Tableau « entrées-sorties » idéal et mondial

Voici quelques aspects d’un livre que j’ai écrit sur le tableau « entrées sorties » (TES) idéal et mondial, édité chez EDILIVRE, disponible aussi en version numérique sur le site : www.edilivre.com/vers-un-tableau-entrees-sorties-ideal-et-mondial-michel-braibant.html.

SOMMAIRE

I – Vue d’ensemble

II. Histoire des TES

III. Une méthode atypique en France

IV. Vers un TES idéal : il intègre le « cadre achat » et estime mieux la FBCF par produit 

V. Un TES mondial

Michel Braibant

Résumé

Ce blog se déploie sur trois dimensions. 

  • Il présente les méthodes d’élaboration du tableau-entrées sorties (TES) mondial et son concept phare, la chaîne de valeur mondial. Toutefois, il ne se limite pas à ces aspects conceptuels.
  • Des comparaisons internationales (en niveau et en évolution) sont faites sur plusieurs questions économiques du système productif. Mais quelques données ont été rectifiées pour ne pas aboutir à des conclusions erronées. 
  • Aussi, on fait une étude approfondie des pratiques françaises et étrangères, ainsi que des sources et des données. Il s’agit d’observer et analyser les comptes avec le souci de les améliorer ponctuellement.

 

PRÉSENTATION GÉNÉRALE

° Au fil des pages, et d’un domaine à l’autre, prend ainsi forme le dessein de décrire les méthodes des comptes en France et à l’étranger, comme par exemple les équilibres-ressources-emplois (ERE) de l’agriculture, l’énergie, l’industrie (Comptes de l’industrie), la construction, les services marchands, le commerce. On présente dans cette page la méthode de confection du TES (celle du TES symétrique dans une autre). On les schématise par des exemples fictifs pour faciliter la compréhension. Il s’agit de les comparer aux recommandations internationales et aux comptes de chaque pays pour voir si la méthode française est plus ou moins appropriée.

° L’analyse des méthodes conduit naturellement à celle du système productif. Son efficacité est la clef de voûte des questions économiques. Il s’agit ainsi de comparer les différences de ratios et d’évolutions entre les agrégats français et étrangers. Quelle est la nature exacte de telles différences ? On n’en sait rien : si la productivité du travail de la construction baisse de 0,5% par an depuis 1995 en France alors qu’elle stagne en Europe (sauf en Italie et en Espagne), c’est peut être lié à un partage volume-prix approximatif. Mais c’est peut être aussi le reflet de la réalité. Celle ci peut se situer entre ces deux évolutions. Et demain, d’autres études pourront confirmer cette baisse alors que nous avons choisi de vérifier ce chiffre même si chaque pays a ses structures spécifiques et ses méthodes.

° D’ailleurs à y regarder de près, on observe que le prix relatif de la production de la construction n’augmente pas plus vite que dans certains pays, tel l’Allemagne, depuis 2010 contrairement à la période 2000-2010. On observe aussi que le prix de la production augmente de  3,4% par an entre 2000 et 2010 ; celui de la consommation intermédiaire (CI) de la branche de +2,5% (écart : 0,9 point). Entre 2010 et 2018, le premier ne croît plus que de 0,9% par an à peine plus que le second. 

° La productivité horaire du travail ne baisse plus (+0,1% par an entre 2010 et 2018). Mais elle augmente encore trop faiblement par rapport aux autres pays. Ceci montrerait les difficultés du partage volume-prix : chaque logement construit est différent. A moins qu’il ne s’agisse d’une mesure approximative des heures travaillées, notamment du travail dissimulé, supposé stable dans le temps en proportion du travail mesuré. Mais on trouve aussi une explication partielle de cette évolution : en volume, les investissements en machines et équipements par la construction ne sont pas plus élevés en 2017 qu’en 2000. Une étude récente de l’Insee précise que la productivité des petites entreprises chute régulièrement à partir de 2003.

° On peut toutefois reprendre une autre publication de l’Insee du 9 juillet 2010 sur l’indice du coût à la construction (ICC). Celui ci intègre désormais des normes énergétiques comme les réglementations thermiques car leur introduction ne correspond pas à un effet prix mais à un « effet qualité ». Cela remonte à l’abandon du métrage au profit d’un indice hédonique. Il suffit ainsi que l’Allemagne et d’autres pays aient introduit plus tôt cet effet qualité, voire qu’ils le prennent mieux en compte, dans l’indice de volume pour expliquer en partie de telles divergences, notamment entre 2007 et 2010.

° Un équilibre sera ainsi recherché entre méthodes et évolutions économiques. Quelques questions sont ainsi abordées comme :

 

° On pose aussi la question de la « qualité » des activités tertiaires donc leur mesure elle même. L’importance qu’elles ont prises en terme économique (80% des emplois) et sociale, les concepts et méthodes qu’on utilise, les statistiques dont on dispose, sont-ils adaptés pour apprécier les services modernes ? Certes, des progrès ont été accomplis du fait des enquêtes sur les indices de prix auprès des producteurs. Mais les comptes nationaux ne retiennent, ce faisant, que des améliorations de la qualité de la production (« output »), par exemple à travers une « meilleure » appréhension du volume des produits « nouveaux » (Voir Partage Volume Prix). On en garde ici le principe mais en élargissant l’objet à des indicateurs de qualité, afin d’avoir une idée du résultat (« outcome ») pour l’usager, sans toutefois se limiter à un chiffre unique. Celle ci peut être en effet appréhendée de différente manière comme dans l’éducation, la santé, ou dans d’autres services, chaque activité tertiaire ayant ses propres indicateurs de qualité. Mais il faudrait à l’avenir des études plus développées que des réponses fragiles à travers quelques tableaux et graphiques. 

° À cette complexité croissante, ne doit-il pas correspondre une diversité des approches statistiques ? Ne faudrait-il pas aussi mesurer la valeur des services « modernes » par la quantité de travail qui y est incorporée ou tout autre indicateur réel de leur activité, tel le résultat ? Les difficultés conceptuelles et pratiques que soulèvent ces approches alternatives ne peuvent empêcher que, au moins pour ces services, la question actuellement se pose.

° Il faut distinguer les services aux entreprises et ceux aux particuliers. Pour les premiers, la productivité est le critère essentiel, même si le résultat est important. Le fait est que les gains de productivité de certains d’entre eux auraient connu une croissance assez forte depuis 20 ans : logistique portuaire, logiciels, information et communication, … . Dans d’autres services aux entreprises, ces gains restent toutefois assez modérés.

° Mais pour les seconds, le résultat est tout aussi important. S’est il amélioré malgré les hausses de la productivité, dans certains services privés aux particuliers, (activités financières, assurances, mutuelles, téléphonie, …) ou dans les services administratifs ?  Les erreurs de gestion, mêlées à des critères financiers ou des besoins d’économie, ne sont elles pas en augmentation? Des innovations, présentées comme telles par les entreprises ou les administrations, le sont elles vraiment pour l’usager? La plupart des services « modernes » aux particuliers (ceux dont la demande croît fortement, parfois de façon exagérée) ne sont plus personnalisés, avec un émiettement des responsabilités. 

° Certains économistes avancent que l’évolution du PIB en volume à partir de l’approche « production » (essentiellement somme des valeurs ajoutées en volume) ne serait plus fiable : d’une part les prix des CI en volume seraient fragiles; d’autre part les évolutions de prix à qualité constante des services modernes, voire des biens faits souvent sur mesure, seraient difficiles à connaitre, sous l’effet du numérique. Ils pensent ainsi que la croissance serait sous-évaluée, considérant que  les enquêtes de prix prendraient assez mal en compte l’effet qualité des services modernes.

° Mais ne serait ce pas plus complexe que cela ? A noter d’abord que d’autres sont beaucoup moins optimistes en mettant en doute la croissance du résultat et de la qualité. N’observerait-t-on pas que la qualité de ces services se serait fortement améliorée dans un premier temps (au moment du développement du numérique) ; puis plus récemment stabilisée, voire détériorée depuis quelques années ? Qu’en est il dans chaque pays ? N’y a t-il  pas une diversité des évolutions selon les pays européens ?

° Mais justement on n’a pas assez fait, il nous semble, le rapprochement qui s’impose entre la théorie et les évolutions des prix, notamment à travers les comparaisons internationales. Les prix relatifs de la VA des branches tertiaires par rapport à la VA des branches qui produisent des biens? On observe qu’ils augmentent en France 2 fois plus vite que dans l’UE entre 1995 et 2018 (écart de 0,7% par an dont une partie provient du prix relatif tertiaire en baisse au Royaume Uni). Mais nous verrons que cette divergence provient en grande partie, non des prix des services modernes, même si certains sont assez mal mesurés jusqu’en 2010 (éducation, services aux entreprises), mais des évolutions fortes des prix des CI des produits industriels, qui sont consommés pour l’essentiel par les branches industrielles. Du coup, le prix de la VA de l’industrie-agriculture baisse de – 2,5% de 1995 à 2018 contre une hausse de 21% dans l’UE. Nous verrons aussi que cette divergence se situe uniquement entre 2000 et 2008. 

 

 

° Ce blog schématise enfin à travers plusieurs pages (voir TES MondialTES méthode mondiale) les différents projets (FIGARO pour Eurostat, TIVA pour l’OCDE) d’élaboration d’un TES mondial dont le but est notamment d’évaluer les chaînes de valeur mondiales (CVM), (« valeur ajoutée de chaque pays dans les échanges mondiaux de biens et services »). Ceci n’est pas toujours facile : les données du commerce extérieur de chaque pays sont souvent insuffisantes quand elles ne se contredisent pas d’un pays à l’autre (asymétries) [1] (les nombres entre crochet renvoient à la bibliographie en bas de page). De même, les pratiques des multinationales qui créent des filiales dans des pays à fiscalité faible avec quelques salariés, mais avec une forte valeur ajoutée, modifient le PIB de certains pays (cas irlandais en 2015 : +25% en volume).

° Les progrès inexorables de la mondialisation devraient remettre au goût du jour le TES (symétrique), par le calcul des CVM dans les échanges internationaux. Déjà se profile un TES mondial, fait à partir de TES symétriques domestiques et importés, pour répondre au défi de la mondialisation et analyser la structure de l’économie mondiale alors que le profilage des données d’entreprise, en partie liée à celle-ci, pose un problème supplémentaire aux comptables nationaux.

° Le déficit et la dette publique (presque 100% du PIB) sont suivis de près, en partie sous la houlette des Institutions Européennes, qui s’assurent ainsi que les deux principaux critères de Maastricht sont respectés.  La confiance des agents économiques en dépend aussi en grande partie. Ces deux agrégats sont liés aux dépenses et aux recettes publiques. La dépense publique représente 56,4% du PIB en France, ratio parmi les plus élevés au monde. Mais ces deux agrégats sont liés aussi à la croissance (recettes fiscales) et au solde du commerce extérieur. Une bonne situation financière des entreprises entraîne moins de dépenses de l’État (subventions, crédits d’impôts,..) et plus de recettes fiscales. De même, une relance des dépenses publiques entraîne une hausse des importations donc un déficit extérieur. Les équations macroéconomiques des « déficits jumeaux » mettent en relief une relation entre les deux soldes, sauf dans certains pays.

° Il reste que la désindustrialisation est sans précédent. On ne la retrouve pas à ce point dans de nombreux pays, sauf au Royaume Uni. Le solde extérieur des biens manufacturés et énergétiques devient déficitaire en 2003 et ne cesse de se dégrader depuis malgré des redressements épisodiques, Ce n’est pas du tout le cas de nombreux pays, à commencer par l’Allemagne, les Pays-Bas, la Chine. D’autres États s’en sortent bien : pays scandinaves, pays de l’est de l’UE, la Russie (grâce à l’énergie), voire l’Italie,.. . La désindustrialisation est marquée par une baisse de l’emploi industriel du fait de la concurrence étrangère et des délocalisations. Mais quelles en sont les causes profondes, particulières à la France ? Nous nous y intéressons car ce phénomène, assez complexe, fait référence à plusieurs variables : production, valeur ajoutée, emploi, solde des échanges extérieurs, etc,… . En particulier, pourquoi la production industrielle baisse de 2% en volume entre 2000 et 2018 alors que sa valeur ajoutée augmente de 14%. Ce phénomène est il propre à la France ?

 

SPÉCIFICITÉ FRANÇAISE

° Les estimations en colonne (comptes de production et d’exploitation) du TES français sont en branche d’activité pure. Celle ci regroupe des unités de production homogènes, c’est-à-dire qui fabriquent des produits (ou rendent des services) qui appartiennent au même item de la nomenclature d’activité économique considérée. Au contraire, un secteur d’activité regroupe les entreprises possédant la même activité principale. Les secteurs institutionnels du tableau économique d’ensemble (TEE), eux, regroupent les unités institutionnelles ayant des comportements économiques similaires caractérisés par leur fonction principale, la nature de leur activité et leurs ressources. 

° Le TES français en branche pure n’est pas vraiment comparable aux TRE (tableaux de ressources emplois) étrangers par secteurs d’activité (voir Tableau « ressources-emplois ») : n’est ce pas un des intérêts de la comptabilité nationale que faire des comparaisons internationales pour l’analyse économique ? D’autant que la matrice de production de la France n’est pas moins « diagonale » (le poids des activités secondaires n’y est pas plus important).

° Seuls les ERE par produits en ligne ne changent pas en théorie quand on passe du TES français aux TRE étrangers. Pourtant, les pays étrangers travaillant avec des TRE sont conduits à privilégier l’approche combinée production-revenu en colonnes, et donc à arbitrer davantage les ERE. Cette différence de priorité peut aussi nuire aux comparaisons internationales, même quand on pense mettre en rapport des champs conceptuellement identiques.

° Ensuite, l’articulation du TES avec les comptes de secteurs institutionnels n’est pas possible en France. On n’insistera jamais assez sur ce besoin de cohérence : dans les autres pays, la production (et ses composantes) de logiciels des sociétés non financières et entreprises individuelles (SNF-EI), implicitement calculée dans le TEE par secteurs d’activité, se retrouve dans la production de logiciels du tableau de ressources et d’emplois (TRE), moyennant l’ajout de celle des autres secteurs institutionnels. On passe ainsi d’un tableau à l’autre (Voir Évaluation du TES en année courante).

 

 

AMÉLIORATIONS POSSIBLES

Au delà de questions importantes (appréciation sur stock, marges commerciales par produits,…) pour lesquelles on propose différentes méthodes d’estimation, plusieurs points devraient être améliorés dans le TES français. Certains ne sont pas liés au choix par secteur d’activité ou par branche pure. 

 

  • Premier point, les « colonnes » (comptes de production et d’exploitation par branche du TES) sont trop fragiles notamment dans l’industrie malgré des améliorations progressives depuis la base 2000; le tableau des entrées intermédiaires (TEI), lui aussi re-estimé en base 2000, doit être amélioré à partir de l’enquête cadre « achats », Certes les évolutions sont importantes mais les niveaux aussi, comme le montrent les inventaires RNB de chaque pays transmis à Eurostat. D’autant que la France dispose d’un système d’élaboration des statistiques annuelles d’entreprises (Esane) très solide puisqu’il repose sur une mise en cohérence des enquêtes (ESA) et des données fiscales. Elles permettent ainsi d’évaluer correctement ces comptes.
  • Certains agrégats sont plus importants que d’autres : les économistes s’intéressent certes aux coefficients budgétaires ou à la FBCF d’un produit, plus sûrement au solde de ses échanges extérieurs. Mais on ne regarde pas sa consommation intermédiaire (CI). Alors que l’évolution des prix des CI d’une branche est analysée. Elle doit refléter les coûts des matières premières dans l’industrie ou ceux des matériaux de construction dans le bâtiment.
  • Sans compter que l’évolution de la CI en volume détermine celle de la VA selon la méthode de la « double déflation » : la VA en volume est la différence entre la production et la CI. Que dire de ratios économiques significatifs, telle la productivité horaire du travail ou le taux de marge en valeur d’une branche d’activité. Ceci étant, chaque CI en volume d’un produit est importante à calculer puisque celle ci est répartie entre les branches utilisatrices, déterminant ainsi leur CI globale en volume.

 

  • Le second point concerne des niveaux des ERE en « ligne » : l’estimation de la  FBCF par produit est elle correcte en se référant à diverses sources tel le compte satellite du logement (CSL), les données d’Esane de FBCF par grands produits, les comparaisons internationales.
    • N’y a t-il pas trop de FBCF en produit construction en 2014 de l’ordre de 7,5 milliards d’euros (dont autour de 5 Mds d’euros due à la FBCF en construction de logements par les ménages) ? Ceci permettrait de se rapprocher en partie des données du CSL (écart de 20 Mds entre les deux sources qui se réduit néanmoins en 2017). L’Insee ne donne aucune explication de cet énorme écart, si tant est qu’il l’ait identifié. La présentation des derniers comptes de la Commission des comptes du Logement n’en fait pas mention. De même, il y aurait trop de FBCF en construction par les SNF-EI autour de 2,5 Mds en 2014 en confrontant diverses sources (FBCF par grands produits d’Esane, CSL,… ). 
    • N’y aurait-t-il pas aussi trop de FBCF en logiciels et en R&D (autour de Mds en 2014) du fait d’abord d’un double compte entre la FBCF de ces deux produits, ensuite d’une production pour emploi finale propre (P12) en logiciel surévaluée, enfin de logiciels « embarqués » dans les ordinateurs, donc qui devraient être traités en CI, sachant que la FBCF en matériels informatiques serait d’autant sous évaluée ?
    • Mais pas assez en produits manufacturés (autour de 10,5 Mds) avec des différences assez sensibles à l’intérieur de cet ensemble ? Le partage « CI/ FBCF » serait fragile dans plusieurs ERE, tout comme pour la construction. La donnée d’entreprise Esane montre que la FBCF en produit industriels (matériels de transport, machines et équipements) est supérieure à celle des ERE en 2014 de cet ordre de grandeur. Pour un produit comme l’automobile, où l’on dispose d’une source en France, ce partage est le même qu’en Europe. De nombreux pays font celui-ci à un niveau très détaillé de la nomenclature, s’appuyant sur des enquêtes de branche et des clés de répartition à dire d’experts. 

 

  • Troisième point, la matrice FBCF « produit-branche » mériterait une attention : ainsi pour les logiciels, l’industrie n’en investirait elle pas trop au détriment des branches tertiaires ? La part de la FBCF en logiciel et R&D représente presque la moitié des investissements par l’industrie contre 40% en Allemagne du fait de la R&D, moins de 30% dans les autres pays ! Certes l’industrie française utilise moins de robots par ouvriers que d’autres pays européens mais quand même. Ce  point est lié au précédent. Il convient de rectifier cette matrice mais pas de manière uniforme : c’est l’industrie qui investirait trop en R&D et logiciels, soit près de 7 Mds sur les 8. En revanche, le rapport de l’investissement en ces produits dans la FBCF des branches tertiaires n’est pas plus élevé en France que dans d’autres pays sauf en Allemagne et Italie. Par ailleurs, il est fort probable que la FBCF en machines et équipements par l’industrie doive être rehaussée de 2 à 3 Mds en 2014. Mais une partie importante de la sous-évaluation de la FBCF en produits industriels concernerait les matériels de transport (camions, voitures, trains, avions, bus,..) que l’industrie achète mais moins que d’autres branches, notamment les transports. On rappelle que les voitures particulières achetés par les secteurs institutionnels autres que les ménages sont traitées en FBCF. Il en va de même pour les TIC qui sont investis par toutes les branches de l’économie.

 

  • Enfin, le TES symétrique devrait faire l’objet d’une estimation plus précise en France avec l’émergence d’un TES mondial, aussi bien du TES symétrique globale en partant d’une véritable matrice de production, que sa répartition entre production intérieure et importations. Élaborer une matrice de production signifie  :
    • Partir de la matrice de passage secteur-branche (PSB) des SNF-EI, y adjoindre les activités secondaires des branches non marchandes des administrations publiques (APU), par exemple leur publications vendues, comme le font les autres pays. Elles sont traitées en France comme ventes résiduelles du fait qu’on ne peut isoler leurs coûts de production.
    • Faire de même pour le vin, traité comme un transfert de l’agriculture aux industries agro-alimentaires (IAA).
    • Distinguer ainsi la production d’un produit de celle d’une branche d’activité principale à travers la matrice de production, mais pas comme on le fait en France en passant de l’une à l’autre moyennant ces transferts.

I – VUE D’ENSEMBLE

Plusieurs ouvrages et autres publications sur Internet ont été écrits sur le TES par branches d’activité qui est le premier tableau de la comptabilité nationale avec le TEE par secteurs institutionnels. Celle ci a évolué dans d’autres directions, tel le développement des comptes trimestriels (pour analyser la conjoncture), le calcul du déficit public, la rétropolation jusqu’en 1949 ou l’élaboration des comptes de patrimoine.

Ce blog a pour objectif de présenter le TRE, le TES symétrique, les ERE par produit. Il compare les principaux tableaux internationaux (matrice de production, tableau des entrées intermédiaires,..) et les méthodes d’élaboration de ces TES en France et à l’étranger. La France a une méthode atypique.

Le TES en France est en branche pure, qui ne produit qu’un seul produit. Les autres pays font des « TRE » par secteur d’activité (ou par branche d’établissement) avec des activités secondaires. Les manuels internationaux mettent en avant que seul le TES symétrique est en branche pure.

La méthode française contient des arbitrages qui rendent l’analyse économique assez délicate des comptes de production et d’exploitation d’une branche (en colonnes). Ils ont certes été améliorés depuis la base 2000 suite au calage plus ou moins parfait de la VA des branches sur les celles des secteurs d’activité « passées » en branche mais moyennant quand même des hypothèses de technologies assez fragiles. Ce calage, en n’étant pas exact (les écarts sur la CI pouvant atteindre parfois plus de 5%), laisse une certaine marge de manœuvre aux ERE. Ceux ci sont faits minutieusement (avec des améliorations possibles tel le calcul de la FBCF par produits) par les responsables « secteurs-produits » de l’Insee (RSP). Ces ERE peuvent faire l’objet d’arbitrage lors du calage du PIB de l’approche « demande » sur celui de l’approche « revenu ». Par exemple, on sera amené à modifier la FBCF de l’ERE de la construction pour se rapprocher du PIB de l’approche « revenu », alors que l’ERE initial prenait en compte les données des enquêtes auprès des entreprises.

Ainsi, tout en privilégiant l’approche « revenu » du calcul du PIB à partir du TEE, la comptabilité nationale française conserve un nombre important de RSP. Ceci entraîne une certaine priorité de l’approche « demande » sur l’approche « production » du calcul du PIB, après calage sur l’approche « revenu ». De nombreux pays privilégient l’approche « production » (Pays Bas), ou les deux approches « production » et « demande  » (Allemagne). Les pratiques varient ainsi selon les pays quand au calcul du PIB en terme « d’approches ».

 

Nous nous référons à trois bases de données : celle de l’INSEE,  d’Eurostat et de l’OCDE. Cette dernière intègre plus de pays et parfois plus d’agrégats.  Les séries de l’INSEE remontent à 1978, voire 1949 pour certaines. Les deux bases internationales sont disponibles depuis 1995.

Il est assez risqué de comparer sans précaution les données provenant des comptes nationaux de différents pays. Les exemples ne manquent pas comme pour les autres tableaux de la comptabilité nationale. Comparer le tableau des entrées intermédiaires (TEI) français aux TEI étrangers pose ainsi problème : de nouveau, ces derniers retiennent la branche d’activité principale ou le secteur d’activité. Le TEI français est en branche pure (voir TEI en France).

La  part de la VA de l’industrie française (hors énergie) est de 11,7% dans le TES français en 2015,  soit moins qu’en Espagne (13,7%), Belgique (14,2%), Suède (15,5%) et surtout en Allemagne (23%). Dans le TES symétrique, cette part reste faible en France (11,9%). Mais elle a perdu 3,6 points en Allemagne (19,4%), 1,4 points en Belgique (12,8%), 2 points en Espagne (11,8%) et 2,5 points en Suède (13%). En effet les secteurs de l’industrie ont une activité non négligeable de services (logiciels, R&D, commerce) qui « disparaissent » de l’industrie dans un TES en branche pure. Aussi, pour comparer de la part de la VA de l’industrie entre la France et les autres pays, il faut se référer au TES symétrique. Mais celui-ci est mis à jour plus tardivement. Ainsi, la France relativement désindustrialisée au vue du TES, l’est un peu moins au regard du TES symétrique.

 

 

Autre exemple, l’importance des investissements incorporels (logiciels, R&D) varie fortement entre pays : n’est ce pas une question de méthode  ? De surcroît, dans ces domaines essentiels, il n’est pas possible de comparer la production entre ses trois composantes en France et à l’étranger à partir des bases internationales : production marchande (P11), production pour emploi final propre (P12) et production non marchande (P13).

Dans les logiciels et la R&D, le partage entre la P11 des secteurs d’activités qui les produisent à titre secondaire et la P12 ne serait pas très éloigné des autres pays. Mais les données d’Eurosat font apparaître d’énormes différences du fait même que le TES français est en branche pure alors que ceux des autres pays sont en secteurs d’activité. Selon ces données, la P11 du secteur d’activité R&D est nettement supérieur à la P12, sauf en Espagne C’est le contraire en France : la P11 de la branche R&D est de 37% de la P12.  De même, comme le TRE est élaboré par secteurs d’activité en Allemagne, la production totale (P1) du produit logiciels et bases de données (J62-63) est de 117 milliards en 2014 dont 16,5 Mds viennent de secteurs d’activités qui ne sont pas celui du J62-63. Par ailleurs la P12 y est très faible. En France, la P12 de la branche logiciel est de 19 milliards.

L’exemple fictif ci dessous devrait permettre de comprendre ces différences : l’industrie automobile a une  P12 de 100 dont 45 de logiciels et 55 de R&D. Le secteur d’activité de logiciel a une P12 en logiciel de 10 et une P12 en R&D de 20. Du coup en Allemagne, le tableau d’Eurosat fait apparaître une P12 du secteur logiciel de 30 contre une P12 du secteur automobile de 100 (45+55). Alors que ce même tableau fait apparaître une P12 de 55 en France parce qu’il est en branche pure (soit 45 produit par l’industrie automobile et 10 par le secteur des logiciels). Et la P12 du secteur automobile est nulle. De même, la P1 de l’industrie automobile allemande est de 420 quand elle est de 300 en France. Par ailleurs, Eurostat publie la matrice de production mais sans distinguer celle de la P11 et celle de la P12. Ainsi, la production n’est pas comparable entre la France et les autres pays au regard des bases internationales. La P1 du TES symétrique est la seule comparable. En rouge, sont les données publiées par Eurostat.

Seules sont plus comparables (mais avec des réserves) les ratios en colonnes (coefficients techniques, taux de marges, productivité horaire du travail,..) entre le TES français et les TRE étrangers.

 

 

 

 

 

 

Pour faire des comparaisons correctes, il convient de disposer de la matrice passage secteur-branche (PSB) française, calculée par l’Insee. La répartition de la P1 de chaque secteur d’activité en produits logiciels n’est alors pas franchement différente en France de celle des autres pays : 79,3% de la P1 en logiciel et base de données est produite par le secteur d’activité, soit dans la moyenne des autres pays. Mais cette matrice PSB n’est sur le site d’Eurostat.

Pour le produit R&D, la part élevée du secteur d’activité R&D (53,5%) s’explique par l’importance de la recherche non marchande en France, à la fois la P12, mais aussi la production non marchande (P13) du fait de la consommation de capital fixe (CCF) générée par la FBCF de la branche R&D non marchande. Une branche-produit, que l’on appelle « diffusion de la recherche » (HM72N1), est créée et donne lieu à un nouvel ERE. L’explication n’est donc pas liée aux méthodes différentes. Tout au plus rien n’indique que la durée d’amortissement de cet investissement correspondant à la P12 soit le même selon les pays.

 

 

De même, les marges de transport n’ont pas subi le même traitement. Celui ci peut influencer le niveau du PIB sous certaines conditions. L’Allemagne n’en comptabilise pas (probablement à tord car le transport, comme le commerce, ne change pas la valeur de la production aux prix de base). Les États Unis et l’Australie traitent  presque tout le transport de marchandises en marge, chaque pays ayant son interprétation sur la notion de « facturation séparée » du transport, certes assez floue dans les manuels. Même, la correction CAF-FAB, dont le but est de comptabiliser de manière symétrique les importations  totales et les exportations totales de biens, n’est pas estimée de la même manière dans tous les pays.

Il faut ainsi choisir les bons ratios de comparaisons, mais encore connaître les méthodes des autres pays ce qui n’est pas facile même si Eurostat (l’office statistique de la Communauté Européenne) rassemble les « inventaires RNB » qui les explicitent. Celles du TES ont été discutées en partie dans le cadre de la rédaction du Manuel « Supply and Use » publié par Eurostat en 2008 [2] .

II – HISTOIRE DES TABLEAUX ENTRÉES SORTIES

Les premiers TES, appelés tableaux input-output, ont été inventés dans les années trente par Wassili Leontief, un économiste américain d’origine russe, qui les utilisa d’abord pour analyser l’évolution de l’économie, ensuite pour la prévision et la simulation [3]. Évalué en valeur et en volume, contrairement au TEE, le TES permettait de calculer le PIB en volume et ses composantes.

Le TES permet aussi une description de l’interdépendance entre les branches à l’aide de coefficients technico-économiques. C’est dans cette optique que les comptables français ont choisi d’établir un TES par branche pure. Un document « méthode de comptabilité nationale » de la base 1959, précise [4].

«L’INSEE avait établi pour l’année 1951 un système de tableau rectangulaire où figuraient les achats et les ventes des entreprises classées en secteur d’activité d’après leur activité principale. Ce schéma donnait une description relativement fidèle de la complexité économique, mais il ne facilitait pas les projections. Ce n’est pas pour des raisons théoriques que les comptables nationaux français ont abandonné pour l’étude de la production, la notion de secteurs d’activité, mais pour des raisons pratiques liés aux besoins de la projection et à l’existence d’informations sur les productions et les matières premières nécessaires pour effectuer de telles productions ».

Il est vrai que la planification constituait à l’époque l’outil majeur de la politique économique.

Mais on s’est de moins en moins intéressé aux aspects technologiques du TES pour mieux prendre en compte la complexification de l’ économie en liaison avec sa financiarisation.

Le TES a été par la suite intégré dans la comptabilité nationale dans le cadre du SCN 1968 puis dans le cadre du SEC (système européen des comptes) 1970. Ce système a officiellement introduit le lien entre les comptes nationaux et le Tableau entrées sorties à travers le TRE. Le SEC95 décrit un cadre entrées-sorties qui comporte 3 types de tableaux :

  • un tableau des ressources et des emplois (TRE), qui a plutôt une fonction de synthèse statistique,
  • un tableau qui fait un lien entre le TRE et les comptes par secteur institutionnels (TEE),
  • un tableau « entrées-sorties » symétrique en branche pure décomposé entre le tableau de la production intérieure et le tableau des importations dans le TES symétrique.

1/ Le TRE donne un aperçu :

– de la structure des coûts de production;

– du revenu généré dans le processus de production;

– des flux de biens et services produits dans l’économie nationale;

– des flux de biens et services de et vers l’étranger.

Le TRE a plutôt une fonction de synthèse statistique à partir des sources de base (enquêtes auprès des entreprises, données de la comptabilité publique,..) [5]. Il s’agit ainsi d’établir les lacunes et les incohérences dans les sources utilisées ou d’améliorer la cohérence, la plausibilité et l’exhaustivité des données contenues dans ces tableaux.

2/ Le tableau reliant les TRE aux comptes des secteurs institutionnels :

Ce tableau est fait dans les autres pays mais pas en France. Il est essentiel selon le SEC 2010. Il garantit la cohérence des comptes des secteurs institutionnels et des TRE par branches d’activité principale (ou par secteurs d’activité) pour les variables qui figurent dans le compte de production et le compte d’exploitation.

3/ Les TES symétriques sont destinés à des fins analytiques :

Ils analysent les différents inputs de la production et des interdépendances entre des branches d’activité ; analyses d’impact par exemple conséquences d’un choc pétrolier sur les coûts de production, estimation des « chaînes de valeur mondiale ». Ils permettent de calculer les contenus réels en importations de chacun des emplois finals.

Ainsi la consommation des ménages en France contient 19,4 % d’importations dont 8,8 % est directement importé (cas où le produit final consommé par les ménages est importé) et 10,6 % est indirectement importé (cas où le produit final consommé par les ménages est assemblé en France mais à partir d’éléments pour certains importés).

D’autres travaux étrangers ont été entrepris sur des questions diverses à partir du TES symétrique. Une étude allemande présente le volume de travail rémunéré et non rémunéré, exprimé en unités de temps et en valeurs monétaires [6]. À cette fin, les données sur l’emploi du temps en Allemagne sont combinées au TES symétrique et à sa matrice inverse. Bien que celui ci fournisse des informations sur les contributions directes et indirectes des secteurs d’activité au PIB traditionnel, les données d’emploi du temps déterminent la charge de travail rémunérée et non rémunérée. Ainsi, on peut évaluer un PIB «élargi», défini comme la somme du PIB traditionnel et de la production des ménages (sans salariés). 

On peut aussi citer l’élaboration de tableaux « entrées-sorties » en ressources matérielles, exprimées en unités physiques [7]. Plusieurs indicateurs de pression environnementale sont basés sur des informations pouvant être obtenues à partir de tableaux physiques des ressources et des emplois (PSUT). Le concept de tableaux des ressources matérielles et des emplois est d’ailleurs défini dans le Système de comptes économiques et environnementaux (SCEE) (2012) que nous étudions dans la page « compte environnement ».

III – UNE MÉTHODE ATYPIQUE EN FRANCE

1/ la méthode française

Plutôt que de s’harmoniser aux normes internationales (TRE), les comptables français se sont attachés à améliorer de nombreux points du TES : calage du PIB sur l’approche « revenu » et refonte du TEI en base 2000, meilleure estimation de l’appréciation sur stock, et mesure de l’activité dissimulée en base 2005, de l’investissement en R&D en base 2010, du commerce extérieur en base 2014, intégration du trafic de drogue dans le PIB, plus récemment réflexion sur la prise en compte de l’économie numérique et l’économie collaborative, autant de progrès.

En outre, les utilisateurs peuvent calculer facilement des coefficients techniques (CI d’un produit par une branche rapportée à sa production) même si ceux-ci incluent les marges ; la rétropolation et les comptes trimestriels sont aisés ; les évolutions des statistiques d’entreprises par secteurs d’activité et des comptes nationaux par branche pure peuvent diverger sans que ceci soit trop gênant du fait même de ces différences conceptuelles.

La méthode française combine enfin une grande richesse de sources (ainsi la consommation commercialisable), voire de sources spécifiques (agriculture, construction,…).

Pour montrer la différence entre le TES français et le TRE des autres pays, prenons l’exemple d’une économie fictive avec 4 unités institutionnelles, un ménage, et 3 entreprises ; celles ci ont des UAEL (unité d’activité économique locale ou établissement, unité de base du TRE) lesquelles ont une activité principale et des activités secondaires ce qui permet de définir des UPH (unité de production homogène; une branche pure regroupe des UPH qui produisent le même produit).

Nous présentons le TES français et le TRE des autres pays avec 3 produits-branches. Par exemple, ici le secteur (a) est l’industrie-agriculture, le secteur (b) les services, et (c) le commerce.

Les « lignes » sont apparemment inchangées entre une présentation sous forme de TES (où les colonnes sont des branches pures) ou de TRE (où les colonnes sont des secteurs d’activité principale) : dans les deux tableaux suivants, les ressources du produit (a) sont ainsi de 315 dont 150 d’emplois finals.

De même, le PIB est inchangé (430 dans l’exemple).

Seules sont affectées la structure interne du Tableau des Entrées Intermédiaires (TEI) et des CEB (tableaux 1 et 2 ci dessous). Le TEI et les CEB « étrangers » sont ici calculés en multipliant la structure de la matrice de production du tableau 2 par le TEI et les CEB du tableau 1.

Notons que peu de pays enquêtent à la fois des unités institutionnelles (entreprises), et des UAEL (établissements) avec leur décomposition des ventes par branche. Bien souvent, les pays (Allemagne, Pays Bas, France) enquêtent des entreprises dont on connaît les ventes par branches et la structure du compte de résultat, autrement dit la structure du compte de production et d’exploitation en comptabilité nationale.

La notion d’entreprise a aussi évolué (voir ci dessous) : on enquête désormais des entreprises « profilées » (EP) . Mais cette nouveauté n’a rien à voir avec la spécificité du TES français. Les autres pays sont aussi amenés à enquêter des EP.

2/ Comparaison des méthodes étrangères et de la méthode française

La spécificité française ne se limite pas à une différence de tableaux mais aussi à la manière de les remplir. En France, les CI sont souvent déduites par solde de l’ERE car on dispose de nombreuses sources pour estimer la consommation des ménages, voire les autres emplois. Elles sont alors confrontées aux CI issues de la projection des coefficients techniques calées sur les données d’entreprises Ésane (SIE dans le schéma ci dessous). Il s’ensuit un arbitrage global du PIB. Par exemple, si le PIB de l’approche revenu est supérieur à celui de l’approche demande, on se rapprochera de la première estimation en ajustant les emplois, donc les CI, pour se caler au mieux sur l’approche «revenu», de manière à avoir une VA proche entre l’approche revenu (valeur ajoutée 1) et l’approche demande des ERE. (valeur ajoutée 2), la production étant déjà calée (Voir TES méthode française).

Le manuel récent de l’ONU dit qu’il n’y a pas de règle absolue sur le choix d’accorder la priorité aux colonnes ou aux lignes du TRE [8]. Cela dépend des enquêtes de base et des pratiques nationales spécifiques en matière de comptabilité nationale, ainsi que des indicateurs tels que la qualité et la couverture des données. Cependant, il est recommandé de démarrer le processus d’élaboration du TRE en colonne car les données sont issues des sources de base. Il ajoute :

« À condition que les résultats de l’enquête du cadre achats soient disponibles et qu’on connaisse bien les comptes de production, donc la VA et la CI, la méthode des « intrants » (colonne) est la meilleure option pour identifier les coûts des branches d’activité (secteurs d’activité). La méthode des «ERE», donc les lignes, peut également être utilisée dans une première étape, même si plus tard ces ERE seront changés pendant le processus d’équilibrage. En effet, si les ERE sont élaborés à un niveau très détaillé, l’on sera capable de décomposer les consommations intermédiaires entre certaines branches d’activité, même en l’absence d’informations directes sur les structures de coûts. Il existe des produits spécifiques, par exemple, les navires, les avions militaires, le nucléaire, les carburants, etc. où la méthode des ERE pourrait être préférée ».

Ainsi, il est possible de faire des ERE par exemple en 2300 produits comme le font les Allemands où il affectent une ressource à un emploi bien précis ou de disposer de plusieurs sources pour faire un ERE correct comme en France (construction, agriculture,..). Mais il est clair que les colonnes du TRE sont mieux estimées que dans le TES français puisqu’elles s’appuient directement sur les sources statistiques, notamment celles des entreprises.

3/ Résultats fragiles de la méthode française en colonne.

En France, il n’existe pas de lien étroit entre le TEE par secteurs institutionnels et le TES par branches pures. Il est vrai que les établissements (équivalents des UAEL) ne sont pas enquêtés en France mais on a vu que c’est aussi le cas dans d’autres pays qui font des TRE par secteurs d’activités à partir des données d’entreprises. De même, ils disposent souvent d’enquêtes sur la structure des achats, permettant de mieux remplir les colonnes du TRE. En revanche, les données d’entreprises (Esane) complètent les enquêtes par les statistiques fiscales en France, ce qui rend normalement plus robustes leurs comptes, raison supplémentaire pour privilégier les colonnes d’un TES par secteur d’activité.

La priorité de l’approche «revenu» dans le calcul du PIB a permis certes un meilleur calcul de la valeur ajoutée par branche, mais qui reste perfectible à un niveau désagrégé de nomenclature, du fait de la prise en compte relativement arbitraire des « effets colonnes » qui mesurent la différence par branche entre la consommation intermédiaire (CI) « passée » en branche, calée sur la statistique d’entreprise, et la somme des CI projetées avec la stabilité des coefficients techniques.

Ce passage des données en secteur d’activité aux données en branche est fondé sur des hypothèses de technologies fragilesLes « effets colonnes » subsistent même si ils sont réduits, du fait du calage relatif sur la CI les ERE en lignes. Les agrégats des comptes de production et d’exploitation par branche pure (valeur ajoutée, rémunérations,…) variaient ainsi en base 2010 parfois de manière différente de ceux des comptes de secteurs d’activité correspondant. Tout au plus, les deux agrégats évoluaient de manière assez proche à moyen terme.

Un premier exemple montre ces difficultés. Le calcul de la VA par branche provoque des évolutions sensiblement divergentes entre 2009 et 2010 non pas tant du point de vue des résultats initiaux (calcul de la VA avec l’hypothèse « technologie secteur » puis calage sur la VA globale) que du point de vue des arbitrages qui sont ensuite faits soit pour diminuer les « effets lignes » ou pour se caler sur la CI des ERE. Ces effets mesurent la différence entre la CI de l’ERE en valeur et la CI projetée (avec l’hypothèse de stabilité des coefficients techniques), calée sur la statistique d’entreprise.

Lors du calcul en évolutions par la « technologie secteur », (« les structures des intrants sont les mêmes quel que soit le produit dans un secteur donné »), les modifications de structure de la matrice de production perturbent certes les évolutions de la VA en branches par rapport à celles des secteurs correspondants. Mais c’est surtout le lien entre données « secteurs d’activité » et données « branches » de la VA et des CI qui est perturbé par la construction du TEI. Celui-ci est élaboré sur la base de l’hypothèse de stabilité des coefficients techniques. Les CI du TEI sont également contraintes par la CI globale des ERE.

Ainsi, les évolutions des VA de la branche C10E (Fabrication de produits laitiers) restaient relativement proches (-5,5 %) de celles du secteur (-8,3%) lors de l’étape de calage sur les données sectorielles mais s’en écartaient de 7,3 points lors des arbitrages finaux. Une partie importante de l’écart (4,5 points) s’expliquait par des arbitrages pour résorber les effets lignes. La VA de la branche évoluait finalement de -1,1 %. On retrouvait de tels écarts dans d’autres branches.

Un autre exemple, issu de la base 2014, montre que la méthode des comptes français est loin d’être parfaite en colonne du TES. Si la VA de la branche industrie et du secteur d’activité industrie évoluent entre 2009 et 2016 de manière divergente, c’est moins dû au changement de la structure de la production vers les services que de la technique mise en œuvre pour réconcilier branche et secteur d’activité sur la VA, en aval du processus, et en intégrant tous les arbitrages : on aurait pu s’attendre à ce que la part de la VA de la branche industrie dans la VA du secteur industrie baisse au moins autant que la part de la production de la branche industrie dans le secteur industrie, voire même plus fortement du fait que l’industrie diversifie un peu ses activités vers des services à plus forte valeur ajoutée. Or il n’en n’est rien et, fait tout aussi significatif, les deux courbes n’évoluent pas de la même manière entre 2009 et 2016.

Face à ces difficultés, l’INSEE a fait en sorte que les comptes de production soient plus cohérents avec les données sectorielles en base 2014, du moins en évolution, mettant au second plan les « effets lignes » : à la fin de l’élaboration du TES, on s’assure que la VA d’une branche évolue à peu près comme celle du secteur d’activité correspondant.

Cette hypothèse de stabilité relative des coefficients techniques est d’ailleurs trop large : l’économie a été bouleversée en 60 ans par la tertiarisation notamment (79 % de la valeur ajoutée). La part de l’industrie représente en 2015, 11% de la valeur ajoutée contre 25% en 1959. Les entreprises externalisent (sous-traitent) de plus en plus leur production même si ce mouvement s’est sensiblement ralenti dans l’industrie depuis le début des années 2000. Mais il tendrait à de développer dans les services. Ces deux changements économiques peuvent faire fortement varier ces coefficients d’une année à l’autre.

4/ différence de méthode sur le calcul du TES symétrique

Autre raison, le calcul du TES symétrique se fait à l’étranger à partir d’une véritable matrice de production avec des activités secondaires, moyennant l’hypothèse « technologie produit » (« chaque produit a sa propre structure de production quel que le soit le secteur d’activité qui le fabrique »).

Au contraire, en France, cette matrice (qui existe pourtant mais non prise en compte dans le calcul du TES symétrique) se limite aux seules ventes résiduelles, par exemple les publications vendues par les ministères.

Ceci constitue d’ailleurs une autre spécificité car ces ventes sont traitées à l’étranger comme activités secondaires des secteurs d’activités non marchands même si on ne peut isoler des unités de production homogène pour ces produits, c’est à dire des unités où les coûts de production sont bien identifiables.

Quand à l’élaboration du partage « importation / production domestique » du TES symétrique, les pays étrangers estiment souvent le tableau des importations à partir de données du commerce extérieur très détaillées permettant d’affecter un produit importé à un emploi particulier. La méthode française fait ce partage à partir des EREs les plus détaillés de la nomenclature, ce qui est moins fiable.

IV – VERS UN TES IDÉAL : IL INTÈGRE LE « CADRE ACHAT » ET ESTIME MIEUX LA FBCF PAR PRODUIT

1/ articulation du TES par secteur d’activité et du TEE

On estimerait en parallèle les comptes des secteurs institutionnels du TEE (et des sous-secteurs d’activités du TEE) et les comptes des secteurs d’activités du TRE, les deux tableaux étant cohérents. Le SEC 2010 le recommande fortement à travers ce tableau.

2/ un exemple d’utilisation de l’enquête « cadre achats »

Quitte à mieux estimer les CI en produits par les secteurs d’activité, d’abord à partir d’une exploitation des données d’entreprises, comme ce fut le cas lors des base 2000 à 2010 (voir page TEI) en distinguant achats de biens et achats de services par secteurs d’activité. La méthode a donné des résultats satisfaisants au regard des comparaisons internationales. Les coefficients techniques français sont quasiment dans la moyenne des autres pays.

Quitte aussi à compléter leur estimation par une enquête sur la structure des achats des entreprises, qui pourrait avoir lieu tous les 5 ou 10 ans, comme le font les autres pays. L’exemple ci dessous, détaillé par étape,  montre comment une telle enquête peut être intégrée dans le TES par secteur d’activité pour une année de base.

Le tableau des entrées intermédiaires (TEI) de l’année de base doit s’appuyer sur l’enquête. On modifie d’abord les emplois finals des ERE (approche « demande » du PIB) puis les cases du TEI, tout en restant caler sur les deux autres approches de calcul du PIB « production » et  « revenu ». Les marges de manœuvre sont ainsi plus étroites pour les ERE  : il faut se caler sur les comptes des secteurs d’activité aussi bien sur la valeur ajoutée (VA) que sur les CI, la production étant donnée.

Les trois méthodes de calcul du PIB sont confrontées : l’approche revenu et l’approche production, normalement cohérentes, sont comparées à l’approche demande des ERE. Cette dernière permet de regarder les arbitrages quand elle aboutit à des résultats incohérents avec les deux autres approches.

a) Un exemple fictif d’élaboration du TES-TRE à partir du « cadre achats »

On présente une méthode pour le TES pour l’année de base, la méthode française actuelle ne devant pas changer pour les années courantes. Les grands déséquilibres entre la CI totale d’un bien obtenue en sommant les CI en colonnes pour ce produit et la CI retenue de l’ERE au moment de l’arbitrage du PIB sont résolus de manière manuelle (dans l’ordre de priorité analyse des sources, comparaison internationale, suivi des coefficients techniques,…). Ce n’est que dans un second temps, qu’une procédure RAS doit être utilisée. Le tableau suivant explicite les différentes étapes manuelles.

Cette méthode est toutefois trop longue pour être utilisée en année courante. Dans ce cas, il faut faire soit un RAS d’emblée, soit même utiliser la méthode actuelle.

Télécharger Tableau 1 – Cadre Achats

On transforme le passage secteur branche (PSB) de la production en matrice de production « secteur d’activité-produit ». Il faut faire un TEI pour les 5 secteurs institutionnels (SI). Les TEI des secteurs S12 (IF) et S13 (APU) existent déjà dans le cas français à partir de sources autres que le cadre achats. Le TEI des ménages purs (S14B), qui existe aussi, comprend surtout 3 branches : l’agriculture dont on connaît les cases fixées, les services domestiques qui consomment des produits d’entretien, et le logement (loyers imputés et loyers réels). Pour les ISBLSM, on prend la structure du TEI des SNF voire des EI mais surtout des APU. Le TEI des SNF-EI est élaboré à partir du « cadre achats ». On sépare les EI (S14A) des SNF (S11). On a donc 5 TEI des SI dont ceux des SNF-EI (solde) et des ISBLSM (extrapolation) font un peu figure d’ajustement.

Il faut séparer le TEI en 4 quadrants (biens et services en activités et en produits).

  • Les biens s’entendent de l’agriculture à l’énergie (on sait qu’il existe cependant des ERE de services industriels et que la fourniture d’énergie s’apparente aussi à un service) ;
  • les services vont du BTP aux services domestiques (on sait que les activités d’édition peuvent produire des biens et les ouvrages de construction s’apparentent à des biens).
  • Les RSP font les ERE en lignes.
  • Le cadre central détermine les comptes en colonnes : production, VA et CI totale, par secteurs d’activités des SI. Les VA ainsi calculées sont calées sur l’approche revenu qui coïncide avec l’approche production.
  • On suppose par ailleurs connu le TEI de l’ancienne base (tous SI confondus, et pour chaque secteur institutionnel).

Quelques cases fixées sont supposées connues (agriculture, branches non marchandes, intérim, SIFIM,..).

On fait une table de passage entre les postes de l’enquête et les produits en 138 de la nomenclature du TES français (idéalement agrégée en 64 ou en 88 produits de niveau division NACE 2008 pour comparer aux TEI étrangers).

L’exemple suivant, proche des ordres de grandeur du TES de la base actuelle,  schématise les différentes étapes.  Le TEI est celui des SNF-EI, seul secteur institutionnel par hypothèse dans cet exemple. Il comprend 5 secteurs d’activité – produit : l’agriculture, deux activités industrielles, la construction (BTP), les services marchands. En pratique, il faut procéder par étape :

  • caler les emplois finals sur le PIB,
  • résoudre d’abord les grands « effets lignes » (voir définition ci-dessous) puis les petits,
  • calculer le TEI étape par étape en s’appuyant sur des informations dont la projection des coefficients techniques, en n’utilisant pas une procédure RAS d’emblée, mais plutôt vers la fin, comme le font de nombreux pays (Allemagne, Pays Bas,…) au moment où les « effets lignes » ne sont plus supérieurs à 3 – 4%.

Les RSP ont fait les ERE (premier sous-tableau). Ils disposent de la production (donnée exogène). De son coté, la synthèse («cadre central ») a fait les comptes de production et d’exploitation par secteurs d’activités.

On dispose de l’enquête structure des achats en pourcentage de la production (donc l’équivalent de coefficient technique) (second sous-tableau). On calcule les CI d’un produit par un secteur d’activité à partir des coefficients techniques de l’enquête. On applique ces coefficients à la production. On additionne les CI de chaque secteur d’activité pour obtenir une CI totale par produit.

On en déduit un nouveau TES avec des CI qu’on peut comparer aux CI des ERE. Elles sont différentes. Par exemple, pour le produit « agriculture » 217,5 au lieu de 200 ; pour le produit «industrie A » 949,5 au lieu de 900. Le rapport entre les deux mesure « l’effet ligne » (1,06 pour l’industrie A).

De plus, le PIB de l’approche demande est de 12400 tandis le PIB des approches « production » et « revenu » est de 12455 (troisième sous tableau). Il faut se rapprocher, voire se caler, sur ce montant.

b) calage du PIB de l’approche « demande » sur l’approche « revenu » et arbitrage des emplois finals

La première étape est celle du calage de l’approche « demande » sur l’approche « revenu » en modifiant les emplois finals des ERE (et donc la CI). On commence donc par les lignes (ERE).  On modifie les emplois finals uniquement là où les écarts de CI sont importants donc pas pour l’industrie B car l’effet ligne est de 1,01. On n’arbitre pas l’ERE de l’agriculture, comme c’est le cas dans la méthode actuelle. On n’intègre donc pas le cadre achat pour la CI du produit agriculture par les autres branches du fait d’autres sources.

Pour arbitrer les emplois finals (donc par ricochet la CI d’un ERE), il faut suivre quelques règles de base. Il faut trouver la CI du produit la plus appropriée : elle n’est ni la CI calculée à partir du « cadre achats », ni la CI de l’ERE. On arbitre sur la CI de l’ERE « industrie A » car la CI issue de l’enquête est de 6% supérieure à celle de l’ERE. On retient un montant de CI qui se trouve entre la CI de l’ERE (900) et la CI issue du cadre achats (949,5), soit ici 915.

Dans la pratique, il n’est bien entendu pas acquis qu’on ne puisse pas modifier les CI de l’industrie (par exemple ici l’industrie B). On verra que le partage « CI / FBCF » est assez fragile dans l’industrie en France. A l’inverse, certaines CI des ERE des services peuvent être considérés comme non arbitrables.

On arbitre aussi la consommation finale et la FBCF du BTP et des services. A ce stade, on se réfère à un principe : on préfère arbitrer sur la FBCF que sur la consommation pour laquelle on dispose de nombreuses sources. On a ainsi arbitré sur les emplois finals (hausse de la consommation finale de 0,4% et de la FBCF –  stock utilisateur de 0,8%).

Au total, on aboutit à un premier tableau des cases « connues », où ont été repris :

  • les comptes de production, cohérents avec la donnée d’entreprise (Esane), complétés par le cadre achats;
  • les ERE arbitrés,
  • la colonne de l’agriculture « fixée »,
  • ainsi que la répartition du produit agriculture par branche, en l’occurrence par la branche industrie (A) seule consommatrice en dehors de l’agriculture elle-même (fourrages), calculée par solde (182,5 = 200 – 17,5).

c) Méthodes d’arbitrage du TEI

La seconde étape consiste à arbitrer le TEI. Il faut le faire de manière assez minutieuse. Quelques principes peuvent guider.

  • Tout d’abord, les cases sur lesquels on arbitre  devraient être les cases diagonales aussi bien dans le bloc 1 (biens–biens) que dans le bloc 4 (services-services ou BTP-BTP). Dans un second temps on arbitre éventuellement les CI de services-BTP par les secteurs d’activités de l’industrie (bloc 2) ou les CI de produits industriels par les services (bloc 3). Pourquoi  faire ce choix ? parce que la case diagonale reflète souvent des relations de sous traitance ou bien des échanges dans le cadre d’une intégration « verticale ». Or on peut penser que le cadre « achats » ne met pas bien en relief les coefficients techniques correspondant à ces échanges.
  • Le second principe est d’éviter d’arbitrer sur le bloc 1 sauf les cases diagonales. En effet, les coefficients techniques ont un peu plus de sens dans l’industrie. Par ailleurs, les CI de services par les services sont de gros montants, donc à priori plus arbitrables. Il devient toutefois intéressant de suivre l’externalisation dans les services. La plupart des grandes entreprises de services sous-traient une partie de leur activité.
  • On peut ajouter que nous n’avons pas choisi les produits de l’énergie dans cet exemple. Ceux-ci jouent un rôle important dans l’économie. Le cadre achats devrait donner pour chaque secteur d’activité les CI d’énergie. Compte tenu qu’elles permettent de calculer les économies d’énergie, mieux vaut éviter de les arbitrer.
  • Enfin, il ne reste plus beaucoup de cases fixées dans le TEI (agriculture, intérim, branches non marchandes,..) alors que leur rôle n’était pas négligeable dans les bases anciennes (en ligne CI de l’énergie, de la publicité, des logiciels avant la base 95, de la R&D avant la base 2010,…). Mieux vaudrait les conserver, voire les développer même si on dispose d’un cadre « achats ».

° produit industriel A et secteur d’activité A

Quand on a modifié la CI du  produit industrie A par le secteur d’activité de l’industrie A, on reporte sur la CI du produit BTP par l’industrie A ou sur la  CI de services par l’industrie A (bloc 2). Ce report peut se faire au prorata comme dans l’exemple fictif. On avait baissé de 17,5 la CI de l’agriculture par l’industrie A et de 34,5, la case diagonale soit un total de 52, qu’on reporte au prorata : + 10 de BTP par l’industrie A, + 42 de services par l’industrie A. D’après le cadre « achats », les CI de services par l’industrie A sont 4 fois supérieures à celles du BTP par l’industrie A.

° produit industriel B et secteurs d’activité B

A ce stade, il faut caler la CI totale issue du cadre « achat » du produit de l’industrie B à la CI de l’ERE qu’on n’a pas modifiée car l’effet ligne est 1,01. Les autres pays ne modifient pas en général une CI de l’ERE dans un tel cas. Il faut donc diminuer la CI de la case diagonale de 10, qu’on ajoute (reporte) à la CI des services par l’industrie B (+10).

Pour résumé : principes de l’arbitrage pour les produits manufacturés,

  • Si l’effet ligne est faible, on ne change pas les emplois finals et donc la CI de l’ERE du produit ; on arbitre la CI de la case diagonale par rapport à ce que donne la CI totale issue du cadre « achats ». On reporte l’écart sur une autre CI pour rester caler sur la CI du secteur d ‘activité issue d’Esane (soit au prorata, soit sur les CI de service, soit sur une CI d’un produit industriel proche, par exemple l’industrie automobile (C29A) et les équipementiers (C29B),
  • Si l’effet ligne est important, on prend une CI qui se trouve entre celle des ERE et celle issue du cadre « achat » (exemple du produit de l’industrie A).  On reprend les mêmes principes précédents, c’est à dire qu’on modifie la case diagonale plutôt que les CI du produit par les autres branches afin de conserver au mieux les coefficients techniques issus du cadre « achat ».

° produit BTP et services et secteurs d’activité BTP et services

Restent les arbitrages du BTP et des services. On arbitre le BTP en premier. Pour se caler sur la CI du produit BTP, on retire 30 à la case diagonale et 50 à la CI de BTP par les services, toutes deux ayant été estimées à partir du cadre achat. Pour être calé sur la CI du secteur d’activité BTP, on doit rajouter les 30 à la CI de services par le BTP.

On obtient au final la case diagonale de services par les services en ajustant à la CI de l’ERE et à la CI du secteur d’activité services. L’écart est de 50 par rapport à la CI issu de lu cadre achat (10550 au lieu de 10500).

Dans cet exemple, on n’utilise pas la méthode RAS parce qu’il n’y a que 5 produits – secteurs d’activité (ou branches pures). Dans la pratique, il faut faire un RAS assez rapidement, au fur et à mesure des tours de TES. La méthode proposée ici ne peut donc se faire qu’après les tous premiers tours de TES, quand les ERE ont déjà été élaborés.

d) Conclusion sur l’arbitrage des ERE et du TES en utilisant le cadre  » achats »

Ce travail d’ajustement du TEI ne peut se faire que par la synthèse parce qu’il met en jeu tous les ERE ainsi que les comptes de production et d’exploitation de toutes les branches mais en lien avec les RSP qui fixent par ailleurs quelques cases (par exemple on ne pas peut modifier la case diagonale du BTP dans le TEI sans regarder la sous-traitance issue de liasse fiscale ou d’Esane).

Cette procédure est plus complexe pour ajuster un TEI de plus de 100 produits – secteurs d’activité. Les emplois finals et la CI du produit ne changent pas en théorie entre un TES en secteur d’activité et en branche pure ; Seules changent les colonnes (comptes de production, comptes d’exploitation, CI du TEI). Toutefois, les lignes changent car le calage sur les comptes de secteur d’activité est plus marqué que dans la méthode actuelle plus souple du TES français (pas de calage en niveau, mais des évolutions aussi proches que possible entre les comptes de production par secteurs d’activité et par branches pures).

Dans un TEI de plus de 100 lignes – colonnes, il convient de traiter les plus grands « effets-lignes » dans l’industrie puis dans les services. On s’occupe dans un second temps des plus petits « effets-lignes ».

On raisonne à priori d’abord en ligne, ensuite en colonne. Il ne faut pas aller d’en haut à gauche du TEI en bas à droite car on aboutit à une impasse. Il convient de s’intéresser aux gros montants (diagonales de l’industrie, CI de services par les services) qu’on peut modifier.

A la fin, seuls les déséquilibres restants et petits (en général moins de 3% à 4% de la CI par produit) sont équilibrés par une procédure RAS pour répartir les niveaux tout en se calant sur les totaux (marges) en ligne et en colonne

3/Améliorer le calcul de la FBCF par produit

Rien n’empêche de conserver les acquis de la méthode française, l’arbitrage sur le PIB de  l’approche revenu. les « cibles » de FBCF par grands produits, les « effets lignes »,… Tous ces calculs sont nécessaires pour élaborer un TES en année courante (autre que l’année de base). Ainsi le calcul des CI à partir de l’hypothèse de constance des coefficients techniques peut être maintenue (quitte à être confrontées avec d’autre sources) car elle permet de calculer les CI d’un produit par un secteur d’activité pour les années où il n’y pas d’enquête. Elle permet aussi de calculer les CI pour un compte semi-définitif (comme le font plusieurs pays) et pour un compte provisoire. D’ailleurs, pour ces deux comptes, les méthodes sont différentes que pour le compte définitif.

De même l’estimation de nombreuses données dites « exogènes » des ERE telle la production, les variations de stock producteur, la consommation des ménages, etc…, est indispensable aux RSP pour établir leurs ERE, en les confrontant avec d’autres sources.

Subsistent cependant des estimations parfois fragiles (ou du moins à vérifier) dans les comptes français. On donne ici un exemple, celui de la FBCF par produit, assez éloignée dans les ERE des données d’entreprises d’Esane de la FBCF par grands produits et du compte satellite du logement (CSL), éloignée aussi de celle des autres pays quand on rapporte cette FBCF à l’ensemble des emplois intérieurs. Ne serait il pas possible de se rapprocher de ces sources ?

On peut calculer le part de la la FBCF en différents produits dans la FBCF globale.  Confirmant une observation déjà faite, la part de la construction serait particulièrement importante en France. Cette part est de 55% en France. Il n’y a qu’au Royaume Uni où cette part est proche (54,5%). Dans la plupart des pays elle en revanche en dessous des 50% (48% en Allemagne).

Il en va presque de même pour la FBCF en droits de propriété intellectuelle dont la part est relativement élevée en France (23,2%) mais quand même inférieure à celle des pays de l’Europe du Nord (la FBCF en R&D en Suède étant artificiellement gonflée).

Du coup, c’est la FBCF en machines et équipements qui aurait une part très faible en France (un peu plus de 21%) contre plus de 30% dans la plupart des autres pays !

 

Étant donné les sources françaises (CSL, Esane) et les données des autres pays, nous aurions tendance à penser que la FBCF en produits industriels est nettement sous estimée en France au détriment de celle en construction et et services. Mais on doit reconnaître qu’il n’est pas possible de le démontrer entièrement. Si les chiffres actuels correspondent à la réalité, on aurait une explication du retard industriel français (une partie importante de la FBCF en produit industriel est investi par l’industrie). Ou bien les FBCF en France en construction et en droits de propriété intellectuelle seraient surestimées au détriment de celles en machines et équipements (la construction, FCBF Incorporel Pays). Notons toutefois qu’en rajoutant 10,5 Mds à la FBCF en machines et équipements, et moyennant les autres modifications (-7,5 Mds de FBCF en construction et -8 Mds  en logiciels et R&D), cette FBCF en produits industriels représenterait 23,9% de la FBCF globale soit bien en dessous du pourcentage du Royaume Uni qui est lui même particulièrement bas (25,3%).

 

 

 

 

On doit aussi s’interroger sur la part de la FBCF en logiciels par la branche industrie en France dans la FBCF de l’industrie (16% en 2013), bien plus élevée qu’ailleurs (moins de 10% dans les autres pays). Un pourcentage de 8,5%, comme aux Pays Bas, serait dans la moyenne. Du coup, le poids des investissements en logiciels et R&D dans la FBCF de l’industrie est de 48% en France contre 40% en Allemagne du fait de la R&D (34%); les logiciels n’en représentent que 6%. Il est plus faible aux Pays Bas, au Royaume Uni et en Italie (autour de 25%). Le ratio français semble trop élevé. A l’inverse, ce ratio est important dans les autres branches de l’économie, pour l’essentiel des branches tertiaires, aux Pays Bas, au Royaume Uni, en Suède et en France (de l’ordre de 28 %) et moins en Allemagne (18 %).

V – UN TES MONDIAL

1/ Profilage de la statistique d’entreprise et TES

Comme si tout cela n’était pas suffisamment compliqué, voilà qu’un nouveau changement important est apparu récemment pour l’élaboration du TES français (et des TRE étrangers) : les nouvelles sources statistiques à savoir le profilage des entreprises (voir TES et Profilage), en partie liée à la mondialisation. Il a été mis en place à l’INSEE en 2013  : il consiste à prendre en compte les structures complexes existant entre les groupes d’entreprises souvent mondiaux pour donner plus de pertinence aux statistiques publiées .

Ce système de consolidation des flux internes à une entreprise profilée peut largement se justifier d’un point de vue économique et comptable (consolidation des flux) au regard par exemple de l’explosion des dividendes versés à d’autres unités légales d’une même entreprise profilée. Mais il est en contradiction avec une directive du SEC, qui précise bien d’enregistrer dans la production tous les flux entre deux unités d’activités économiques locales (UAEL) d’une même unité institutionnelle (UI).

La ventilation branche d’une EP est elle aussi bien estimée que celle des unités légales (UL) de contour ? De toute évidence, elle ne donne pas les mêmes structures dans les deux cas. Prenons le cas d’une EP de l’industrie automobile dont une UL (1) fait de la R&D qu’elle vend à une autre UL (2) de la même EP. Non seulement cet échange n’apparaît plus dans les ventes de l’EP. Seules apparaissent les ventes de l’UL (2). Mais le PIB risque d’être minoré du fait même que cette vente de R&D était comptabilisée en FBCF par l‘UL (2). A moins qu’on ne comptabilise une production pour emploi final propre de R&D par l’EP, autant de questions pas faciles à traiter.

Que dire aussi de la sous traitance dans le BTP (14% de la production) et de tous les échanges « verticaux » entre des UL qui disparaissent quand ils se font dans une même EP, comme c’est particulièrement le cas dans ce secteur d’activité ?

Le SEC reconnaît deux unités de base de la comptabilité nationale, à savoir l’UI pour l’analyse des flux de revenus et l’UAEL pour l’analyse des flux de production. Le profilage pose ainsi un problème supplémentaire aux comptables nationaux.

2/ Le TES international

Les progrès de la mondialisation devraient remettre au goût du jour le TRE et le TES symétrique, par le calcul des chaînes de valeur mondiales dans les échanges internationaux. Déjà se profile un TES mondial, fait à partir de TES symétriques domestiques et importés.

  • Le TES est tout d’abord mondial s’agissant des concepts et des méthodes de confection dans chaque pays, qui doivent être le plus harmonisés possible.
  • Ensuite, il l’est parce qu’il peut être utile de disposer d’un TES mondial ou européen, somme des TES de chaque pays, pour connaître la structure de l’économie mondiale ou européenne.
  • Enfin, il l’est pour estimer les importations d’un pays en provenance des exportations de chaque pays et ainsi mesurer les chaînes de valeur mondiales, c’est-à-dire la valeur ajoutée de chaque pays dans les échanges mondiaux de biens et services.

3/ Des échanges mondiaux aux chaînes de valeurs mondiales (CVM)

La chaîne de valeur désigne l’ensemble des activités productives réalisées par les entreprises en différents lieux géographiques au niveau mondial pour amener un produit ou un service du stade de la conception au stade de la production et de la livraison au consommateur final [9]. Une chaîne de valeur est l’ensemble des activités d’ajout de valeur nécessaires pour faire passer un bien ou un service des étapes de conception, recherche-développement, production, commercialisation, distribution et soutien aux clients finals, parfois même la gestion et le recyclage des déchets. Cette notion renvoie à la valeur ajoutée au bien ou au service à chaque étape du réseau. Si la Chine exporte des châssis de voiture pour un montant de 100 à l’Allemagne laquelle les assemble à des moteurs pour un montant de 50 et exporte ensuite le tout pour 150 à la France, les échanges extérieurs bruts sont de 250. Mais la CVM est de 150 dont 100 de VA par la Chine et 50 de VA par l’Allemagne.

L’intensification de la mondialisation des chaînes de la valeur a entraîné un niveau sans précédent d’interdépendance entre les pays associés aux chaînes d’approvisionnement [10].

Cet objectif ne va pas d’ailleurs sans difficulté : Les problèmes d’asymétrie (par exemple écart entre les importations polonaises enregistrées par la France et les exportations polonaises à la France enregistrées par la Pologne) sont liés à la mondialisation : ils font l’objet d’ajustements et d’estimations supplémentaires, en vue de concilier, dans toute la mesure du possible, les différences de concept et de couverture entre les statistiques commerciales et les données des échanges extérieurs des comptes nationaux.

Outre que la mondialisation rend la mesure des échanges extérieurs très complexe car un produit acheté par un pays A à un pays B transite par de nombreux pays qui y ajoutent de la valeur ajutée , on discerne surtout 5 cas particuliers à l’origine de ces asymétries.

  • enregistrement FAB (« franco à bord ») des importations de biens (par exemple à la frontière polonaise) d’un montant de 100 destiné à la France, donc hors transport dans les pays de transit (20), non compatible avec l’enregistrement français CAF (« coût assurance fret ») à la frontière française,  d’un montant de 130 au lieu de 120. Il s’agit de rendre les flux cohérents puis de ventiler la correction CAF-FAB par produit. Celle-ci a pour objet d’évaluer les importations de biens FAB, hors transports de transit. Mais elle est estimée globalement sans distinguer les produits. Comme elle est rajoutée dans une colonne spécifique, il faut retirer cette correction des importations de ceux ci par un jeu d’écriture adéquat,
  • produits envoyés à l’étranger pour subir une petite transformation avec ou sans changement de propriétaire (travail à façon à l’étranger),
  • négoce international, (moyennant un service commercial du pays du négociant sans que le bien franchisse sa frontière), impliquant les échanges extérieurs entre 3 pays : des poissons pêchés en France pour un montant de 10 transitent par un négociateur à Rotterdam et sont vendus pour 15 en Finlande. Les exportations de la France sont théoriquement de 10, les importations en Finlande sont de 15. Si les flux sont bien enregistrés, les Pays Bas produisent 5 de négoce international, traité en marge commercial du produit « poissons » puis en exportations de poissons,
  • produits importés d’un pays A par un pays B pour être ré-exportés vers un pays C (moyennant un service logistique) : L’Espagne importe du pétrole brut d’Algérie, qui est en fait destiné au Portugal. Elle le stocke et comptabilise dans ses exportations de pétrole brute vers le Portugal, d’une part celui en provenance d’Algérie, d’autre part, celui qu’elle produit.
  • achats directs à l’étranger par les résidents et réciproquement (correction territoriale). Comme pour la correction CAF-FAB, il s’agit de ventiler ces achats par produits pour évaluer un solde extérieur par produit.

Mais d’autres difficultés viennent se greffer pour mesurer les chaînes de valeur mondiales, quand des grandes entreprises créent des filiales à l’étranger pour payer moins d’impôt et enregistrent artificiellement une partie de leur production dans ces pays sans qu’ils y aient des heures travaillées correspondantes.

Une entreprise américaine produit un logiciel original. En plus, elle « produit » une licence de reproduction, qui est achetée par une société chinoise. Cette dernière organise la commercialisation de ces CD-Rom dans le monde entier. Consciente de toutes les opportunités fiscales, la maison mère crée une entité ad hoc en Irlande dans le but de minimiser sa valeur ajoutée aux États-Unis et en Chine. Cette entité n’a pas d’employé (sauf un concierge…) mais a la propriété du logiciel et reçoit ainsi le paiement de la licence pour l’utiliser. L’unité irlandaise étant interne à la multinationale, cette dernière a la tentation de sous-évaluer la valeur de la vente du logiciel à l’Irlande, en y mettant un prix nul. Au contraire, pour faire paraître un profit en Irlande, elle donnera un prix élevé à la licence vendue par l’Irlande à la Chine. Si rien n’est corrigé, le PIB irlandais, et sa contribution dans les chaînes de valeur mondiale est surévalué, au détriment de celui de la Chine.

Michel Braibant

Après une formation en économie, j’intègre l’ENSAE en 1973, puis travaille à l’INSEE et dans des services statistiques ministériels.

Ayant exploré différents domaines de la comptabilité nationale et dans des secteurs aussi variés que l’industrie, les transports, l’énergie, les services, l’agriculture, l’environnement, souvent en tant que Responsable « secteur-produits » des ERE, j’ai publié différents articles sur ces domaines.

Mon expérience m’a permis de rédiger des publications et guides méthodologiques après avoir été responsable de l’élaboration du tableau « entrées sorties » en France. Nous avons collaboré de façon collégiale à l’élaboration du Manuel « input-output » d’Eurostat. Dans ce cadre, plusieurs missions à l’étranger ont enrichi mes expertises dans ce domaine. J’ai également enseigné la comptabilité nationale à l’ENSAI de 2001 à 2007.

De même, mes précédents ouvrages portent sur le  TES : « de la désindustrialisation à la tertiairisation, vers un mélange des genres », « l’investissement incorporel en France et à l’étranger ».


Bibliographie

[1] EU inter-country supply, use and input-output tables Full international and global accounts for research in input-output analysis (FIGARO), I. Remond-Tiedrez, J. M. Rueda-Cantuche (ED.) https://ec.europa.eu/eurostat/documents/3888793/9689907/KS-FT-19-002-EN-N.pdf/d335cb6c-e7d8-4a03-ba6f-01e443f6c0df

[2] Manuel « input-output » “Eurostat Manual of Supply, Use and Input-Output Tables », édition 2008

[3] La structure de l’économie américaine 1919 1939, W. Leontief édition Genin Paris, 1958

[4] Méthodes de la comptabilité nationale, cadre et définition de la base 1959 (études et conjoncture 1966, INSEE)

[5] Manuel de construction et d’interprétation des tableaux entrées-sorties, Nations Unies, 2000,

[6]  The magic triangle of Input-Output table, C. Stahmer, janvier 2010, https://www.researchgate.net/publication/262097800

[7] « Physical/Hybrid supply and use tables, Methodological report »,  S. Merciai  and J. Schmidt , projet Desire, Development of a system of indicators for a resource efficient Europe, 8 – 9 – 2016

[8] Handbook on Supply, Use and Input-Output Tables with Extensions and Applications, Series F No.74, Rev., United Nations, New York, 2018

[9] «  économies interconnectées : comment tirer parti des chaînes de valeur mondiales », rapport de synthèse, OCDE, 2013

[10] indicators on global value chains: a guide for empirical work, Nadim Ahmad, 06-Jul-2017, OCDE

Tableau entrées-sorties mondial (T.E.S.)

Tableau entrées-sorties mondial (T.E.S.)