chaînes de valeur mondiales

Les chaînes de valeur mondiales

Les chaînes de valeur mondiale (CVM) désigne l’ensemble des activités productives réalisées par les entreprises en différents lieux géographiques au niveau mondial pour amener un produit ou un service du stade de la conception au stade de la production et de la livraison au consommateur final. Ces activités englobent selon les cas la recherche‑développement, la conception, la production, la commercialisation, la distribution, la vente au détail, et parfois même la gestion et le recyclage des déchets. Les CVM cherchent à estimer « la valeur ajoutée créée par chaque pays dans la production de biens et services qui sont échangés et consommés dans le monde entier ». Les biens intermédiaires et les biens d’équipement professionnels représentent presque les deux tiers du commerce mondial de produits industriels, le reste étant constitué de biens de consommation et de produits des industries agro-alimentaires. Autant dire que les importations concernent surtout des consommations intermédiaires et la FBCF dans un pays comme la France bien plus que les achats des ménages.

Les importations représentent autour de 30% du PIB français (ce qui équivaut au contenu en importations de la demande finale) dont 11% de manière directe (un ménage français achète une voiture allemande) et 19% de manière indirecte (l’importation d’acier – consommé au sein du processus de production – pour produire une voiture française achetée par un ménage). Ce total de 30% comprend 14,5 % portés par la consommation finale des ménages (CFM), 9% par les exportations, et 6,5 % par la FBCF. Le contenu en importations de la CFM représente 19,5 % de la CFM, alors que le contenu en importations de la demande finale représente 24,0 % de la demande finale. Cette différence vient du fait que les autres composantes de la demande finale ont un contenu en importations plus important : par exemple le contenu en importation des exportations représente 33 % des exportations : 6  % le sont directement (il s’agit des importations directement réexportées) et 27 % indirectement. Sur les 19,5 % d’importations de la CFM, 9 % est directement importé et 10,5 % est indirectement importé.

La mondialisation économique a conduit à un monde plus connecté ayant des répercussions profondes sur les modes de production, le commerce international, les investissements étrangers, la croissance économique, le marché du travail et de nombreux autres secteurs de l’économie. L’augmentation des interactions transfrontalières et l’ouverture croissante des nations posent également des problèmes de mesure aux fournisseurs de données micro- et macroéconomiques, tandis que l’interprétation et l’application des statistiques deviennent elles aussi plus difficiles. Du fait de la mondialisation, l’importance des frontières légales nationales tend à s’estomper et il pourrait devenir plus difficile d’appliquer les définitions classiques distinguant entre les activités économiques internes (domestiques ou nationales) et externes (étrangères). Il est, dès lors, plus problématique, dans certains cas, de définir la ligne de démarcation entre les unités économiques résidentes et non résidentes, une distinction majeure pour les statistiques macroéconomiques.

 

 

Global value chain (GVC) refers to the set of productive activities performed by companies in different geographical locations around the world so that to bring a product or a service from design stage, to production stage, and delivery to final consumer. These activities may include research and development, design, production, marketing, distribution, retailing, and even sometimes waste management and recycling. GVCs aims to estimate « the value added created by each country on production of goods and services traded and consumed worldwide ».  Intermediate and capital goods account for almost two-thirds of world trade in industrial products. The rest consists of consumer goods and agri-food industry products. It’s as good as to say that global importations in a country like France are related more to intermediate consumption and Gross fixed capital formationt han to households’consumption. .

Imports represent around 30% of GDP in France (which is equivalent to the import content of final demand) of which 11% directly (i.e. French household buys a German car) and 19% indirectly, (i.e. steel consumed in the production process to produce a French car that is bought by a household). This 30% total includes 14.5% carried by household final consumption (HFC), 9% by exports, and 6.5% by GFCF. The import content of HFC represents 19.5% of HFC, while the import content of final demand represents 24.0% of final demand. This difference is due to the fact that the other components of final demand have a higher import content: for example, the import content of exports is 33% of exports: 6% directly (i.e. imports directly re-exported) and 27% indirectly. Of the 19.5% of HFC imports, 9% is directly imported and 10.5% is indirectly imported.

Economic globalisation has led to a more connected world with a profound impact on production patterns, international trade, foreign investment, economic growth, the labour market and many other sectors of the economy. Increasing cross-border interactions and the increasing openness of nations also pose measurement problems for micro- and macroeconomic data providers, while the interpretation and application of statistics are also becoming more difficult. As a result of globalisation, the importance of national legal boundaries tends to blur and it may become more difficult to apply the traditional definitions distinguishing between internal (domestic or national) and external (foreign) economic activities. It is therefore more problematic in some cases to define the dividing line between resident and non-resident economic units, a major distinction for macroeconomic statistics.

 

 

 

 

 

SOMMAIRE

I – DES ÉCHANGES MONDIAUX AUX CHAÎNES DE VALEURS MONDIALES (CVM)

II – UN TES MONDIAL POUR MESURER LES CHAÎNES DE VALEUR MONDIALES

III – LE PROJET FIGARO D’EUROSTAT

IV – LES 6 CAS D’ASYMÉTRIE DES ÉCHANGES EXTÉRIEURS

V – LA DÉLOCALISATION : PREMIER FACTEUR DES CHAÎNES DE VALEURS MONDIALES

VI – RALENTISSEMENT DE LA MONDIALISATION DEPUIS 2009

VII – L’IMPORTANCE DES ÉCHANGES EXTÉRIEURS DE BIENS INTERMÉDIAIRES

VIII – QUELQUES RÉSULTATS DES CHAÎNES DE VALEUR MONDIALES

 

 

Résumé

° L’ouverture des frontières et la baisse des coûts de transport, de communication et d’information ont largement modifié la physionomie du commerce mondial. Les processus de production se sont internationalisés, ce qui a conduit à une fragmentation croissante des chaînes de valeur mondiales. Les entreprises se spécialisent désormais moins dans la production d’un bien que dans une étape de sa fabrication. Isoler la valeur ajoutée dégagée à chacune de ces étapes constitue un enjeu important. En effet, certains pays jouent seulement un rôle d’assemblage, sans dégager pour autant une forte valeur ajoutée, alors que d’autres se positionnent plus volontiers sur les segments à plus forte valeur ajoutée, à l’instar des secteurs de l’innovation et de la recherche.

° La mondialisation s’est beaucoup renforcée durant ces dernières décennies. Mais elle n’est pas nouvelle. Ainsi les réflexions de M. Chevalier à l’occasion de l’exposition universelle de Londres de 1851, sur l’échelle mondiale  des échanges de production ne dépareilleraient pas les observations économiques actuelles : « le même produit reçoit ou peut recevoir une première façon chez un peuple, une seconde chez celui-ci, une troisième chez celui-là. et ainsi de suite; il traverse ainsi cinq ou six frontières et s’élabore cinq ou six fois avant d’arriver au main du négociant qui le vend auprès ou au loin, dans sa propre ville ou dans un autre hémisphère. Voilà de la mousseline qui a peut-être été tissée en Saxe avec du filé de Manchester obtenu avec un mélange de cotons récoltés à Surate dans l’Inde, à Mobile aux États-Unis ou en Égypte; elle va se faire broder à Nancy pour être vendue à Philadelphie ou à Canton ou à Batavia (Java), après avoir passé par l’entrepôt de New-York, ou celui de Hong-Kong ou celui de Singapour ».

° Une chaîne de valeur est un concept développé par M. Porter en 1985. Ce dernier entend le processus de production au sens large, c’est à dire avec la production, la finance, les ressources humaines, la recherche et le marketing. Toutes ces étapes sont organisées par l’entreprise ou une organisation afin d’obtenir un avantage concurrentiel. Les « chaînes d’activité mondiales » recouvrent la fragmentation des processus de production mise en œuvre à l’échelle planétaire.Pour rester compétitives (l’avantage concurrentiel se développe en réalisant chaque étape dans le pays dont la production est la plus efficace), les entreprises organisent de plus en plus leur production à l’échelle mondiale et font de plus en plus appel à des fournisseurs situés dans le monde entier.

° Ce processus ne cesse de se développer depuis les années 1990. Eentre 1993 et 2008, on a assisté à un doublement du taux d’ouverture commercial. L’interconnexion de l’économie mondiale s’est ainsi accélérée, grâce à des relations commerciales toujours plus complexes et à des chaînes d’approvisionnement mondiales qui créent de la valeur tout au long de la chaîne de production. (mais avec toutefois un fléchissement durant ces dix dernières années du fait des crises de 2009 et 2020). On note aussi un triplement du stock d’investissement direct à l’étranger (IDE) en proportion du revenu mondial. 

Mais cela rend les économies dépendantes les unes des autres puisque d’un côté l’offre est conditionnée par l’approvisionnement des fournisseurs en intrants qui peuvent se trouver dans des pays différents avec des règles différentes face à une épidémie (confinement plus ou moins strict) mais aussi par la demande grâce à l’utilisation à l’étranger d’intrants produits sur le sol national. De plus, derrière cette double dépendance internationale s’en cache une autre celle des fournisseurs qui eux-mêmes peuvent être dépendants d’autres fournisseurs de produits.

 

° Cette page a trois dimensions : méthodes, facteurs de la mondialisation et résultats des chaînes de valeur mondiales et du T.E.S. mondial.

° On s’appuie ici sur 6 bases de données : Insee, OCDE, Eurostat, OMC, Banque Mondiale, CNUCED.

 

 

1/ méthodes

° L’utilité de cette approche a vite été reconnue par des institutions internationales telles que l’Organisation mondiale du commerce (OMC) et l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), car elle permet d’évaluer plus précisément les balances commerciales internationales en distinguant pour une exportation ce qui est produit à l’intérieur du pays et ce qui est importé. Les statistiques du commerce brut sont en effet trompeuses : lorsque la valeur du contenu importé, y compris la valeur des droits de propriété intellectuelle incorporés dans les produits, est soustraite de la valeur totale des exportations finales chinoises, le déficit bilatéral américain diminue considérablement (jusqu’à 40 % certaines années).

° Des méthodologies se sont ainsi développées sur les chaînes de valeur mondiales au-delà de la description de l’économie nationale à travers le TRE (tableau-ressources-emplois) et le Tableau-entrées-sorties (TES) symétrique, qu’on appelle en anglais « Input-Output Table » (IOT) : OCDE projet TiVA (trade in Value Added), Eurostat projet FIGARO (Full International and Global Accounts for Research in Input-Output Analysis). Ils s’appuient sur des TES symétriques inter-pays (ou tableaux internationaux inter-pays).

° Les TES inter-pays ont été construits en priorité dans l’objectif d’analyser et de suivre les chaînes de valeurs mondiales (CVM) ou globales ou internationales, et leur fragmentation.

° Celles ci représentent « la valeur ajoutée (VA) créée par chaque pays dans la production de biens et services qui sont échangés et consommés dans le monde entier ».

° Leur construction a nécessité des efforts importants pour réconcilier les exportations de chaque pays et les importations de ses pays destinataires.

° On schématise ici le projet FIGARO d’Eurostat, en y retenant les principaux aspects et tableaux, en montrant [1] (les nombres entre crochet renvoient à la bibliographie en bas de page).:

– d’une part les différents cas du commerce extérieur inter-pays complexes à traiter,

– d’autre part en mettant en évidence la méthode de calcul des TES inter-pays

 

° Il a fallu définir une méthode de calcul du TES symétrique inter-pays :

  • Soit on part des TRE de chaque pays aux prix de base, décomposés en TRE domestique et TRE importé, puis on calcule un TRE inter-pays et au final un TES symétrique inter-pays.
  • Soit on part des TES symétriques de chaque pays. Mais leurs méthodes de calcul varient : la plupart des pays font des IOT « produit » * « produit « . Mais certains pays, notamment scandinaves, font des IOT « branche d’établissement » * « branche d’établissement ». 

° Dans les projets TiVA et FIGARO, c’est plutôt la première solution qui a été choisie. Pour comprendre ce choix, on se reportera à la page TES symétrique.

 

chaînes de valeur mondiale

 

 

2/ Conséquences des chaînes de valeur mondiales sur la Balance des paiements

° Il reste que la valeur ajoutée de chaque pays dans les échanges internationaux est parfois difficile à évaluer avec le transfert des sièges sociaux  des multinationales pour bénéficier d’une fiscalité plus faible (voir page PIB irlandais). L’un des défis les plus complexes pour le statisticien repose sur l’apparition d’une « dichotomie entre le principe de résidence sous­-tendant le cadre statistique macroéconomique et l’empreinte mondiale des entreprises multinationales ». En effet, les stratégies microéconomiques financières rompent avec les schémas traditionnels nationaux, qu’il s’agisse du morcellement des chaînes de production ou des flux financiers conduits par l’optimisation fiscale (Irlande, Luxembourg, Pays-Bas). Or, la lecture économique et géographique des statistiques de balance des paiements peut se voir faussée par la localisation dans des centres financiers extraterritoriaux d’investissements directs, de revenus ou de commissions pour usage de la propriété intellectuelle, engendrant notamment des asymétries dans les enregistrements nationaux.

° De même, la fragmentation de la production signifie que les mesures traditionnelles du commerce, lesquelles enregistrent les flux bruts de biens et services chaque fois qu’ils traversent une frontière, peuvent présenter une image erronée de l’importance du commerce dans la croissance économique et l’emploi, et aussi de la nature structurelle des balances commerciales bilatérales.

° La remise en cause des frontières, renforcée lors de la crise de la Covid­19 par des phénomènes tels que le télétravail à l’échelle transfrontalière, les pratiques de consommation internationale via Internet, ou encore les services, notamment financiers, ou les investissements (localisation off-shore) peu touchés par la pandémie, bouleverse dans le même temps le concept de résidence. Or celui­-ci sous­-tend la construction même de la balance des paiements, qui nécessite un prisme national. Un des plus grands défis de la mesure statistique consiste ainsi à savoir concilier la bonne mesure des dynamiques des entreprises et la lisibilité économique des statistiques de balance des paiements et le cadre de mesure statistique étatique.

 

 

 

 

3/ facteurs expliquant l’explosion des chaînes de valeur mondiales

° La mondialisation a pris une dimension nouvelle depuis une vingtaine d’années. Il ne s’agit plus seulement d’exporter et d’importer de plus en plus des produits bruts comme depuis le début des années 60; ni même de faire des IDE sous forme de délocalisation ou de contrôle d’entreprises étrangères comme à partir du milieu des années 80. Il s’agit de faire fabriquer un produit par de multiples intervenants de différents pays qui chacun apporte une valeur ajoutée supplémentaire. Les activités vont des services en amont (conception du produit, R&D) aux services en aval (transports, logistique, distribution), en passant par la fabrication. Ces 3 formes de mondialisation se conjuguent. Parfois, la dernière concerne des pays éloignés. Mais parfois aussi, elle a lieu entre des pays proches (Allemagne et pays d’Europe de l’Est).

° Les exportations d’un pays vers un autre reposent souvent sur des interactions complexes entre divers fournisseurs locaux et étrangers. Plus encore qu’auparavant, les échanges sont déterminés par les décisions stratégiques des entreprises d’externaliser, d’investir et de réaliser leurs activités là où les compétences et les matériaux nécessaires sont disponibles à des conditions compétitives en termes de coût et de qualité.

° Ainsi, un smartphone assemblé en Chine peut inclure des éléments de conception graphique en provenance des États-Unis, du code informatique élaboré en France, des puces électroniques fabriquées à Singapour et des métaux précieux extraits en Bolivie. Tout au long de ce processus, tous les pays concernés conservent une partie de la valeur du produit final et tirent profit de son exportation. Une grande partie de cette valeur ajoutée tout le long de la chaîne d’approvisionnement internationale demeure cependant invisible dans les statistiques commerciales classiques, qui attribuent l’intégralité de la valeur d’un bien ou d’un service au dernier pays de la chaîne ayant finalisé la production.

° La fabrication de pneus donne un autre exemple, d’autant plus intéressant pour l’illustration de ces interdépendances qu’elle est tributaire de la disponibilité d’intrants intermédiaires dont certains sont importés, comme le caoutchouc naturel, et que le pneu peut lui-même entrer dans le processus de production d’autres biens, puisque sa fabrication constitue le plus souvent une étape destinée à équiper des voitures neuves. Lorsque Michelin fabrique des pneus pour un constructeur allemand, son débouché est ainsi conditionné par les ventes que celui-ci sera capable de réaliser : la dépendance internationale passe alors par le canal de la demande, la valorisation de la production étant liée à la vente du produit final.

° En somme, les chaînes de valeur mondiales induisent une double dépendance internationale : La première, du côté de l’offre, via l’approvisionnement en intrants, peut être mesurée en rapportant la valeur des importations de produits intermédiaires à celle du PIB. La seconde, par la demande via l’utilisation à l’étranger d’intrants produits sur le sol national, peut être évaluée par la part de la rémunération des facteurs de production nationaux valorisée dans un processus de production finalisé à l’étranger.

° Ces deux mesures sont spécifiques aux chaînes de valeur mondiales, dans la mesure où elles sont exclusivement liées aux échanges de produits intermédiaires, sans prendre en compte le commerce de produits finis.

° Si les chaînes de valeur mondiales se sont autant développées depuis trois décennies, c’est parce qu’elles ont procuré des gains significatifs à ceux qui les ont mises en œuvre, et la dépendance apparaissait donc comme la condition de leur réalisation. Les chaînes de valeur mondiales se sont ainsi développées en longueur et en complexité à mesure que les entreprises se développaient dans le monde entier pour améliorer leurs marges.

 

4/ résultats : l’explosion du commerce international jusqu’en 2009 puis son ralentissement

° Le terme mondialisation (« globalization » en anglais) désigne une interconnexion croissante à l’échelle mondiale : les personnes, les institutions, les lieux et, plus généralement, les sociétés sont de plus en plus reliés par-delà les frontières nationales, du fait de l’accroissement des mouvements de capitaux financiers et de biens et services mais aussi de l’augmentation des flux de personnes et de leurs savoirs.

° La mondialisation se définit plus précisément selon cinq composantes : le commerce international, les investissements directs étrangers (IDE), la finance (les capitaux à court terme), la connaissance (les brevets), et les migrations internationales (migrations, voyageurs, transporteurs, étudiants,…). Toutes ces composantes ne sont pas en reflux, bien au contraire – les migrations internationales n’ont jamais été aussi importantes par exemple. Mais le ralentissement du commerce international, les relocalisations d’entreprises, le regain du protectionnisme, puissance jusqu’ici leader du système multilatéral, questionnent l’avenir de la mondialisation et des chaînes de valeur mondiales.

° De 1970 à 2020, le volume du commerce mondial a augmenté de 4,8% par an, tandis que le volume du PIB mondial a cru de 3,1% par an.

  • Depuis 1970 jusqu’à la crise financière de 2008, le taux de croissance du commerce mondial est systématiquement supérieur au taux de croissance du PIB mondial (graphique 1).
  • Mais les taux de croissance du commerce mondial et du PIB mondial sont quasiment identiques depuis la crise de 2008 ; la mondialisation semble avoir atteint un palier (graphique 2).
  • Le commerce mondial se replie fortement en cas de crise, sa décélération est même plus rapide que celle du PIB mondial (graphique 3).

° Les échanges mondiaux, qu’ils soient vus du côté des importations ou des exportations, s’opèrent surtout entre 3 pôles principaux : l’Europe (pour l’essentiel l’Union Européenne), la zone asiatique et l’Amérique du Nord. L’Asie montre un excédent des exportations sur les importations tandis que l’inverse se produit pour l’Amérique du Nord. L’Europe, dans son ensemble, ne connaît pas un déséquilibre aussi marqué que les deux autres pôles.

Tableau 24 mondialisation graphique

Évolution des exportations et du PIB mondial base 100 en 1970 en % ($ US constants de 2010)

Part des exportations mondiales dans le PIB mondial en % ($ US constants de 2010)

Taux de croissance annuel des exportations mondiales et du PIB mondial en % ($ US constants de 2010)

 

 

° En France, les importations, dont la majeur partie passe en consommation intermédiaire (voir ci-dessous) représentaient 15,9 % de la demande intérieure en 1970 contre 29,5% en 2020 (mais 32 % en 2017). Sur la même période, les exportations sont passées de 16 % du PIB français à 27,9 %.

Part des exports dans la production nationale et part des imports dans la demande intérieure (France) en %

 

 

° Quels sont les produits dont la croissance des importations a le plus augmenté dans le monde ? Depuis 2000, la valeur des biens intermédiaires et des biens d’équipement échangés dans le monde aurait été multipliée par presque 3 pour atteindre approximativement 8500 milliards de dollars en 2018, soit les 2/3 des échanges de produits industriels.

° Pour la France, les biens intermédiaires et industries extractives représentent la moitié des biens échangés (Industrie manufacturière, industries extractives et autres), en 2020 alors que les biens d’équipement et les biens de consommation n’en représentent que moins de 25% chacun (graphique suivant). Bien que leur contour soit assez complexe à définir à partir des nomenclatures, ils se composent essentiellement de biens transformés destinés à l’industrie, ainsi que de produits industriels de base et de pièces détachées et d’accessoires.

Tableau 24 importations exportations France

Part des biens dans les échanges de la France selon leur finalité (en %)

 

 

° Autre constat important, suivant la conception classique des échanges internationaux, on considère que chaque pays produit des biens et offre des services qui sont exportés en tant que produits finaux destinés à des consommateurs se trouvant à l’étranger [2]. Néanmoins, dans l’économie mondialisée d’aujourd’hui, ce type de flux commerciaux (consommation finale) ne représente que 25 % de l’ensemble des échanges de biens et de services, voire moins comme en France (21% des importations).

° Une  partie des importations sont re-exportées (6,5% en France). Mais surtout 70 % des importations sont destinées aux entreprises. Elles vont en consommations intermédiaires (60%) ou en FBCF (10%) comme en Europe (tableau suivant). Elles  reposent en fait sur les chaînes de valeur mondiales, et correspondent à des flux de services, de matières premières, de pièces détachées et de composants qui traversent les frontières – souvent à de nombreuses reprises. Elles sont intégrés en bout de chaîne dans des produits finaux, qui sont ensuite expédiés aux consommateurs du monde entier.

° Les pourcentages  des achats des entreprises dans les importations totales du tableau suivant sont toutefois plus faibles dans certains pays à fortes infrastructures portuaires (Allemagne, Belgique). La part des « importations réexportées » dans les importations totales y est relativement élevée. Elle atteint même 35% aux Pays-Bas (voir page échanges extérieurs). Les marchandises arrivent dans le port de Rotterdam pour être parfois entreposées puis réexpédiées dans toute l’Europe. On a choisi ne pas publier les ratios de ce pays du fait de cette spécificité.

Tableau 29 importations par emplois eurostat 2015

Décomposition des importations entre leurs emplois  en 2015 en milliards d’euros à partir des TES symétriques (hypothèse technologie « produits » ou technologie « secteur ») (voir page TES Symétrique)

 

° A côté de ce phénomène, on a assisté à une explosion des déplacements de voyageurs à l’étranger avec une formidable croissance des recettes dans certains pays comme l’Espagne et des activités en plein essor comme l’aéronautique, le transport aérien, le tourisme de masse, etc,… .Mais leur chute est vertigineuse en 2020.

 

 

5/ Chaines de valeur mondiales et pandémie

° Certains ont jugé cette mondialisation néfaste pour leur pays en sachant que les droits de douane deviennent plus difficiles à mettre en place du fait même de cette interdépendance. Tandis que l’écologie devenait une des priorités des gouvernants.

° La pandémie de Covid-19 a montré à quel point les pays sont interdépendants [3]. En liant intimement des processus de production parfois éparpillés dans une multitude de pays, la mondialisation des chaînes de valeur a créé des interdépendances profondes, sur lesquelles la pandémie donne à réfléchir.  En perturbant profondément cette circulation, la crise sanitaire a relancé le débat sur les vulnérabilités issues de la division internationale du travail. Pour limiter la propagation du virus, les pays ont pris des mesures de confinement, qui ont affecté à la fois l’offre, en restreignant la disponibilité de la main-d’œuvre ou en rendant nécessaire le recours à des modalités de travail alternatives (comme le télétravail) ne permettant pas toujours de maintenir la productivité du travail, et la demande, en réduisant la consommation des ménages et la demande d’intrants des entreprises.

° Ces mesures de confinement ont perturbé les échanges internationaux de produits, notamment ceux des biens intermédiaires, qui représentent presque 50 % du commerce mondial de marchandises et sont au cœur des chaînes de valeur mondiales. Le confinement dans un pays donné a ainsi affecté la production d’autres pays, à la fois en paralysant l’accès à certains intrants intermédiaires et en réduisant la demande pour les intrants intermédiaires nationaux. Si l’intensité de ces répercussions varie au cas par cas, en fonction notamment de la spécificité des biens intermédiaires ou de la substituabilité entre les fournisseurs et entre les biens consommés, elle dépend avant tout de l’importance des flux de biens intermédiaires entre les pays concernés. On peut prendre la mesure de ces dépendances à l’offre et à la demande étrangères de biens intermédiaires.

° Les exemples sur l’offre et la hausse des prix ne manquent pas : en 2020-2021, l’industrie des composants électroniques ne tient pas la cadence. Les semi-conducteurs viennent à manquer et cette pénurie planétaire a conduit certains constructeurs européens à se mettre temporairement à l’arrêt.  Les semi-conducteurs sont des puces électroniques qui « permettent de transmettre l’information, de la stocker et de la calculer ». C’est le secteur automobile qui est le plus touché, puisque ces éléments électroniques équipent désormais toutes les voitures. « La pénurie est particulièrement forte dans l’automobile parce que ce sont des composants spécifiques. Il n’y avait plus beaucoup de capacités de production de puces destinées à cette industrie. Il faudra certainement attendre plusieurs trimestres, voire plus d’un an, pour avoir un retour à la normale progressif dans le secteur automobile ».

° Cette carence en puces électroniques est multifactorielle et la pandémie de Covid-19 en constitue l’un des éléments d’explication. Au cœur de la crise sanitaire, la demande d’objets électroniques a augmenté alors que le système de production tournait au ralenti. La reprise rapide de l’économie a surpris les fabricants de puces, qui ont rencontré des difficultés à répondre à la demande. « Le secteur des semi-conducteurs est extrêmement complexe. Il est très difficile d’y équilibrer la demande. La cyclicité du marché fait partie intégrante de son fonctionnement. »

° L’industrie des semi-conducteurs est presque entièrement regroupée entre les mains de quelques entreprises installées à l’étranger. Le Taïwanais TSMC concentre ainsi à lui seul 70% de la production mondiale. « Les États-Unis et l’Europe sommes exactement pareils, ils ne produisent que 10% des semi-conducteurs sur leurs territoires ».

° Une autre difficulté est liée à  l’inflation record du fret maritime : +650%. c’est l’évolution du prix de location d’un conteneur standard de 40 pieds depuis le début de la pandémie. En janvier 2020, un importateur payait 1000 dollars pour faire venir ce conteneur 67m³ au Havre depuis Shanghaï. Il lui en coûte désormais 7500 dollars. Et l’inflation est encore plus forte sur la plus importante route maritime de la planète entre l’est asiatique et la côte ouest américaine.

 

 

6/ Vers une relocalisation de la production ou une régionalisation des chaînes de valeur mondiales?

° Un Rapport sur l’investissement dans le monde 2020 de la CNUCED fait non seulement le bilan de l’impact du Covid-19 sur les investissements directs à l’étranger (IDE), mais il regarde également bien au-delà, la transformation probable de la production internationale au cours de la prochaine décennie 2021-2030. Les années 2010 n’étaient que le calme avant la tempête. La crise causée par la pandémie Covid-19 viendrait s’ajouter aux défis existants pour le système de production internationale découlant de la nouvelle révolution industrielle (NRI), du nationalisme économique croissant et de l’impératif de durabilité. La décennie jusqu’en 2030 sera probablement une décennie de transformation pour la production internationale. Des économistes  mettent en garde contre les risques d’un renversement de la mondialisation économique et d’une réduction des effectifs sans précédent du système de production international existant.

° Les tendances du commerce et de l’investissement se déroulent dans trois dimensions clés de la production internationale : le degré de fragmentation et la longueur des chaînes de valeur (courte à longue), la répartition géographique de la valeur ajoutée (concentrée à distribuée) et les choix de gouvernance des multinationales. Plusieurs configurations archétypiques peuvent être identifiées couvrant des produits qui représentent l’essentiel  du commerce et des investissements mondiaux. Ces produits comprennent les activités  à forte intensité de capital et de main-d’œuvre dans le secteur primaire, les activités à forte intensité de chaînes de valeur mondiales de haute et de basse technologie, les activités de transformation et dispersées géographiquement et les services.

Quatre trajectoires sont possibles  dans les années à venir.

  • La relocalisation devrait entraîner des chaînes de valeur mondiales plus courtes (moins d’intervenants) et moins fragmentées et une concentration géographique plus élevée de la valeur ajoutée (passage des chaînes de valeur mondiales aux chaînes de valeur régionales). Cette tendance affecterait principalement les industries de haute technologie à forte intensité de chaînes de valeur mondiales : la relocalisation de la production des semi-conducteurs est bien l’une des pistes envisagées par l’Europe, qui prévoit un doublement de la capacité de production du continent en semi-conducteurs d’ici à 2030. Les implications de cette trajectoire incluent une augmentation des investissements et une diminution des IDE à la recherche d’efficacité.
  • La diversification affecterait principalement les services (en hausse) et les industries manufacturières à forte intensité de chaînes de valeur mondiales. On s’attend à une possible  pression à la baisse sur le commerce mondial des biens intermédiaires, moins sur le commerce des produits finis, un passage dans certaines industries d’un investissement à grande échelle à une fabrication distribuée à plus petite échelle, et enfin un passage des investissements dans les chaînes de valeur mondiales à des investissements transfrontaliers dans les infrastructures et dans les économies vertes, motivé par l’impératif de durabilité
  • La régionalisation réduirait la longueur physique mais pas la fragmentation des chaînes d’approvisionnement. Cette trajectoire devrait affecter les industries de transformation régionales, certaines industries à forte intensité de chaînes de valeur mondiales et même le secteur primaire.
  •  Le réallocation entraînerait des chaînes de valeur mondiales plus courtes et une réorganisation des étapes de production. Cela conduira à des activités plus réparties géographiquement, mais à une valeur ajoutée plus concentrée. Il sera particulièrement pertinent pour les industries de transformation régionales.

 

 

I – DES ÉCHANGES MONDIAUX AUX CHAÎNES DE VALEURS MONDIALES (CVM)

Traditionnellement, les statistiques classiques du commerce international sont la principale source de données utilisée pour mesurer la participation des pays aux réseaux internationaux de production ou aux chaînes de valeur mondiales. Cependant, la fragmentation internationale de la production a affaibli l’interprétation analytique de ces données car non seulement les biens intermédiaires mais aussi les services traversent les frontières à plusieurs reprises jusqu’à leur destination finale. C’est ce qu’on appelle souvent le problème du double (ou du multiple) comptage des statistiques du commerce international [4] .

L’initiative des échanges en valeur ajoutée rompt avec ce double comptage implicite des flux commerciaux bruts actuels pour s’attacher à la mesure des flux de valeur ajoutée. Par exemple, le pays A exporte pour 100 de biens entièrement produits sur le territoire vers le pays B, qui les perfectionne avant de les exporter vers le pays C où ils seront consommés. B ajoute 10 de valeur ajoutée à ces biens et exporte donc vers C pour un montant de 110. Selon les indicateurs traditionnels, la valeur commerciale totale des importations et des exportations est de 210 alors que seuls 110 euros de valeur ajoutée ont été générés au cours de la production de ces biens. Les indicateurs traditionnels font aussi ressortir que C affiche un déficit commercial de 110 à l’égard de B et n’a procédé à aucun échange avec A, alors que A est le premier bénéficiaire de la consommation de C. Si l’on mesure ces échanges en valeur ajoutée, C n’affiche plus qu’un déficit commercial de 10 à l’égard de B, mais désormais un déficit de 100 à l’égard de A.

chaînes de valeur mondiales

Comme pour la chaîne d’approvisionnement, la complexité de la chaîne de valeur mondiale et des relations opérationnelles entre les différentes étapes peut varier d’un secteur à l’autre et d’une entreprise à l’autre. La chaîne de valeur mondiale peut exister entre des entreprises établies dans une même économie locale ou dans plusieurs pays.

La figure ci-dessous présente un exemple de production fragmentée. Elle représente schématiquement les différentes étapes du processus de production d’un bien, de la conception de celui-ci aux dernières étapes concernant la vente au détail et le service à la clientèle, en passant par la transformation des matières premières. La gestion de la chaîne d’approvisionnement peut porter sur l’ensemble de la chaîne, ou sur certaines parties de celle-ci. De la même manière, certaines étapes de la chaîne peuvent être contrôlées par une société mère, et d’autres par les filiales de cette société.

À l’étape de la R&D et de la conception, il est créé un actif incorporel qui sert ensuite d’intrant pour la production du bien. Le fruit de l’étape de R&D et de conception peut être utilisé par la même entreprise, qui produit alors le bien pour son compte, ou être transmis à un fournisseur chargé de produire le bien. La gestion de l’approvisionnement peut consister en plusieurs fonctions précises telles que les services de contrôle de la qualité et de commercialisation et les services logistiques et financiers. Les services financiers peuvent être fournis à différentes étapes de la chaîne d’approvisionnement. Par exemple, les crédits-bails ou les crédits à la consommation peuvent être fournis à l’étape de la vente au détail ou de la livraison.

chaînes de valeur mondiales

L’entreprise principale peut avoir besoin de plusieurs rangs de fournisseurs pour produire ses biens ou services. Elle travaille directement avec le fournisseur de premier rang, lequel fournit généralement des capacités en matière de conception et d’innovation. Le fournisseur de deuxième rang est une entité qui fournit des biens ou des services directement au fournisseur de premier rang, sans en fournir directement à l’entreprise principale. Les matières premières sont généralement fournies par le fournisseur de dernier rang.

L’intensification des chaînes de la valeur a mondiales a entraîné un niveau sans précédent d’interdépendance entre les pays associés aux chaînes d’approvisionnement. Par leur expansion, les chaînes de valeur mondiales ont pris une dimension de plus en plus mondiale [5]. Ce qui est étonnant c’est le nombre d’intervenants dans la fabrication d’un produit (schéma ci-dessous). Un smartphone est conçu aux États Unis, puis produit en Chine, mais avec un nombre élevé de sous-traitants de différents pays qui interviennent dans la production.

chaînes de valeur mondiales

 

 

II – UN TES MONDIAL POUR MESURER LES CHAÎNES DE VALEUR MONDIALES

D’un point de vue macroéconomique, les TES multi-pays mondiaux ont été largement utilisés pour montrer que les chaînes de valeur mondiales et la valeur ajoutée dans le commerce ont augmenté rapidement entre le milieu des années 90 et la fin des années 2000 [6]. L’intégration des pays et des industries dans les chaînes de valeur mondiales et leurs contributions à la création de valeur nationale sont capturées par des indicateurs basés sur le TES symétrique tels que la valeur ajoutée nationale et le contenu en importations des exportations. De plus, la distance à la demande finale (« amont ») et le nombre d’étapes de production incorporées servent de mesures de la position d’une industrie ou d’un pays au sein des chaînes de valeur mondiales.

Le « TES inter pays » devient une priorité de la comptabilité nationale pour mesurer les chaînes de valeur mondiales. Cette évolution s’est traduite par le développement d’une nouvelle branche des statistiques du commerce, appelée échanges en valeur ajoutée (TiVA : « trade in value added » à l’OCDE). Ils donnent une mesure des interdépendances internationales grâce à la construction de TES mondiaux et montrent comment les producteurs d’un pays fournissent des biens et/ou des services aux producteurs et consommateurs d’autres pays.

En effet, là où les TES symétriques classiques sont habituellement décomposés en un TES domestique et un TES importé, le TES inter-pays permet d’aller plus loin en décomposant les TES symétriques en un TES domestique et les TES importés de chaque pays.

A partir des TES symétriques de chaque pays, le TES inter-pays décompose le TEI entre un TEI domestique et un TEI importé par pays.  De même, il décompose les emplois finaux, soit produits intérieurement, soit importés et selon les pays. (voir TES Symétrique)

Le fait de disposer d’une ventilation des TES symétriques importés par pays d’origine constitue une ventilation supplémentaire, par exemple pour déterminer la ventilation du contenu en importations d’un produit donné selon les pays exportateurs (à titre direct et indirect). Les données sur les échanges internationaux couvrent les échanges de biens et de services, la valeur ajoutée locale dans les exportations brutes et les chaînes de valeur mondiales (CVM).

C’est l’OCDE qui a développé les premiers projets depuis 2005. Le principe est de partir des TES symétriques de chaque pays individuellement, chacun disposant d’importations et d’exportations mais sans décomposition des destinations et origines par pays.

Ce TES mondial doit rendre cohérentes les données du commerce international à l’échelle mondiale, ce qui n’est pas la moindre des difficultés (voir ci dessous). Par exemple, la somme des importations par pays de provenance retracées dans les exportations de ces pays à destination de la France est égale au total des importations de la France.

Le « TEI international » prend la forme suivante dans les bases internationales :

– Le TEI importé : TEI obtenu en croisant deux pays différents (ex: France x Allemagne). Ce tableau détaille les mécanismes d’importation entre deux pays branche par branche.

– Le TEI domestique : TEI obtenu en croisant un même pays (ex: France x France). Il détaille les flux de consommation entre les différentes branches d’une économie.

 

Le TEI « international »

 

Le projet TIVA de l’OCDE est le premier créé pour mettre en lumière les chaînes de valeur mondiales.

La base de données de l’OCDE a pour objet d’éclairer les pouvoirs publics dans un certain nombre de domaines et d’assurer une meilleur prise en compte:

a) de l’importance de la contribution des services dans les chaînes de valeur mondiales,

b) de l’importance des importations dans les exportations,

c) de la véritable nature des interdépendances économiques, telles qu’elles apparaissent dans les balances commerciales bilatérales, exprimées en valeur ajoutée.

La base de données conjointe TIVA de l’OCDE-OMC inclus 38 indicateurs, y compris:

– La valeur des exportations divisée par la valeur ajoutée produite nationalement (directe, indirecte, ré-importée) et à l’étranger

– La valeur ajoutée domestique incluse dans la demande finale étrangère (% PIB)

– La valeur ajoutée étrangère incluse dans la demande finale domestique (% PIB)

– La valeur ajoutée des services incluse dans les exportations.

Le TES inter-pays de l’OCDE est un TES. dans le quel on trouve :

– à droite les TEI décomposés par pays et par produits ou par branches d’établissement (« industry » en anglais) selon le schéma précédent. Parmi eux, se trouvent sur les diagonales, les TEI domestiques de chaque pays,

– en dessous se trouvent les comptes d’exploitation par branches,

– à gauche, se trouvent les tableaux des emplois finals importés et domestiques.

chaînes de valeur mondiales

 

 

III – LE PROJET FIGARO D’EUROSTAT

Suite au manuel des Nations Unies sur les « Supply and Use Table » (2018), un premier document Figaro d’Eurostat  apporte un cadre pour l’élaboration d’un TES inter-pays. On s’efforce d’en faire un large résumé en français en insistant sur les formes d’échanges internationaux qui se sont développées durant ces 20 dernières années et leur traitement conceptuel parfois complexe en comptabilité nationale. On y étudie aussi les étapes de calcul du TES symétrique inter-pays. Depuis ce premier document d’autres liens ont été mis sur le site d’Eurostat.

Ce TES symétrique inter-pays comprend les 28 États membres de l’Union Européenne et les États Unis. Il est construit à partir d’une simple conversion analytique du TRE international. Les principales sources pour construire celui-ci sont les TRE nationaux avec leur décomposition entre production domestique et importations, qui sont reliés entre eux grâce aux données « symétriques » de commerce international.

La première étape consiste à construite un TRE inter-pays. Ce n’est que dans une ultime étape qu’est construit un TES symétrique inter-pays. Le passage des TRE nationaux à un TRE inter-pays (respectivement TES symétriques nationaux –> TES symétrique inter-pays) consiste à ventiler les importations de biens et services intermédiaires et finaux entre pays d’origine (et branches exportatrices). En corollaire, on ventile les exportations nationales par pays de destination et par type d’emploi (intermédiaire ou final), ce qui permet indirectement de déterminer les importations par pays d’origine.

 

Le schéma suivant présente la correspondance conceptuelle entre le TRE inter-pays et les TRE du cadre national pour trois pays, quatre produits et trois secteurs d’activités (ou branches d’activité principale = « industries » en anglais). Les segments sans cellules (en gris) correspondent à des données qui ne sont pas remplies au moment de l’élaboration du TRE. Les autres cellules colorées se réfèrent aux données sources du Pays A, avec chaque couleur montrant le lien vers le segment pertinent dans le TRE national de ce pays.

Les matrices de production sont en vert clair. Les branches d’activité principale sont en ligne et les produits sont en colonnes (à gauche du tableau). Toutes les opérations qui permettent de passer de la production au prix de base aux ressources aux prix d’acquisition se trouvent en bas à gauche du tableau.

Pour les emplois intermédiaires et finaux, les secteurs d’activité sont en colonne et les produits en lignes (en haut à droite du tableau). En rose (TEI domestique) et marron foncé (TEI importé selon les différents pays), se trouvent les TEI. De même, à droite de ceux-ci, se trouvent les emplois finals domestiques (bleu clair) et ceux importés par pays (bleu foncé). Les parties des opérations sur biens et services nationales (en couleurs pâles) sont directement transférées là aussi des TRE nationaux (les deux petits tableaux des ressources et des emplois du pays A en dessous). Ceci nécessite de décomposer les TRE nationaux entre une partie domestique et importée. La nomenclature est uniforme « produit / secteur d’activité » (pour l’UE, nomenclature des secteurs d’activités NACE Rév. 2 et classification des produits CPA 2.1).

En revanche, les parties d’échanges internationaux des emplois (en couleurs sombres) nécessitent un traitement particulier (voir ci dessous).

 

Le TRE inter-pays et la correspondance conceptuelle avec les TRE nationaux

La liste des étiquettes et des notations est indiquée ci-dessous où l’exposant r est le code du pays (r =A, B et C) et l’indice T indique une transposition d’un vecteur / matrice. Les italiques « majuscules et gras » se réfèrent à une matrice, « italiques minuscules gras » à un vecteur, et « italiques minuscules » à un scalaire.

 

 

Le projet FIGARO distingue 3 grandes étapes :

  • la réconciliation des données du commerce extérieur inter-pays,
  • l‘élaboration des tableaux de ressources et d’emplois (TRE) inter-pays,
  • la construction des TES symétriques (IOTs = input-output tables) inter pays.

La première étape est la plus complexe. Elle fait l’objet de sous-étapes (partie 1). Les parties 2 et 3 suivantes concernent la seconde étape. La partie 4 résume la troisième étape.

 

1/ réconciliation des données du commerce extérieur inter-pays

Le projet FIGARO a pour objet de ventiler les importations et les exportations par produits et par pays. Pour ce faire on dispose de sources. Mais celles-ci doivent être retravaillées pour de nombreuses raisons. Se pose d’abord la question des asymétries. Des asymétries commerciales bilatérales se produisent lorsque les exportations déclarées du pays A vers le pays B ne correspondent pas aux importations déclarées vers le pays B en provenance du pays A. Il s’agit de « caler » les exportations et les importations de chaque pays avec les autres pays. La comparaison entre les statistiques du commerce extérieur établies par deux partenaires peut présenter des incohérences. En effet, s’il existe des recommandations internationales pour l’élaboration des statistiques du commerce extérieur de biens, chaque pays établit sa propre méthodologie qui peut s’en écarter significativement.

 

 

Se pose aussi la question de déterminer les flux d’échanges bilatéraux à partir des sources disponibles. Faut il se référer aux échanges extérieurs des comptes nationaux ou aux statistiques commerciales pour déterminer ces flux corrigés des asymétries?

Il s’en suit toute une série d’ajustements et d’estimations supplémentaires en vue de concilier, dans toute la mesure du possible, les différences de concept et de couverture entre les statistiques commerciales et les données des TRE (TES en France).

On dispose de deux grandes catégories de sources pour estimer les TRE et TES symétriques inter-pays. Ceux-ci ont pour objet de  décrire la production et la consommation de produits par les secteurs d’activités et par les agents économiques (ménages, APU,..) dans chaque pays, décomposées par partenaires commerciaux (fournisseurs).

Les deux sources sont :

  • Les matrices d’importation du TRE national reflètent la structure des emplois pour chaque pays et pour chaque produit, sans qu’on sache quels sont les fournisseurs,
  • Les statistiques du commerce extérieur de biens et du commerce international des services fournissent la répartition géographique des flux commerciaux (et les parts du fournisseur), mais ne disent pas qui sont les utilisateurs.

Le principe du projet FIGARO est de faire une combinaison judicieuse de ces deux bases de données afin d’identifier les fournisseurs et utilisateurs. Mais plusieurs ajustements sont nécessaires. Il faut par exemple procéder à des évaluations cohérentes (prix de base, prix d’achat, CAF, FAB, etc…).

Il faut distinguer les ajustements dans les biens et dans les services. Les échanges de biens et services méritent des traitements différents, même si les deux souffrent du même problème des asymétries du commerce bilatéral.

  • Pour les échanges de biens, une combinaison des bases de données du commerce international, COMEXT et COMTRADE, a été mise au point pour différencier les exportations nationales, les réexportations et le commerce de quasi-transit : celui-ci concerne les biens qui arrivent dans les ports néerlandais par exemple et sont enregistrés, conformément aux règles de l’Union, comme des importations extra-UE par les Pays-Bas (le pays dans lequel les biens sont mis en libre pratique) et comme des expéditions provenant des Pays-Bas vers les États membres de destination réels, même s’il n’existe aucun lien avec l’économie des Pays-Bas. D’un coté, les données sur les échanges de biens COMEXT sont équilibrées. Cependant, le nombre et l’importance des échanges bilatéraux asymétriques peuvent être énormes. La stratégie adoptée a donc impliqué de s’attaquer manuellement aux plus grandes différences et d’essayer de trouver un consensus sur un chiffre unique. Toutes les différences moins élevées ont ensuite été rapprochées sur la base d’un indice de symétrie (ou indice de fiabilité) utilisé pour calculer une moyenne pondérée des deux valeurs rapportées disponibles pour chaque flux commercial bilatéral. Ensuite, dans le cas de réexportations, le pays ré-exportateur n’est pas le pays d’origine (autrement dit, le pays qui a produit les biens réexportés). En conséquence, certains ajustements ont dû être apportés aux données commerciales équilibrées afin de refléter correctement la répartition géographique des exportations et importations dans le pays producteur. Ces ajustements ont été effectués sur la base de données COMEXT sur importations par pays d’origine. Par la suite, une estimation des exportations nationales et des réexportations résulte de ces ajustements.
  • Dans les services, il y a beaucoup moins d’informations (en comparaison du commerce de biens) et il y a un nombre réduit de catégories de services (ceux retenus dans la balance des paiements). Une matrice de conversion en produits de la classification par produit CPA est donc nécessaire. Contrairement aux biens qui peuvent être vus physiquement, mesurés et observés, lorsqu’ils traversent les frontières, les transactions de services peuvent être effectués via plusieurs possibilités; seuls les flux financiers peuvent être observés. De plus, il est également difficile de distinguer les services effectués réellement. En conséquence, il existe une variété de sources de données et d’estimations différentes; les techniques d’estimation pratiques peuvent parfois différer d’un pays à l’autre. La confidentialité et la classification différente des services peuvent également compliquer le schéma. Une fois donné un ensemble de données complet (bien que déséquilibré) des flux commerciaux bilatéraux de services, on estime une valeur unique pour chaque flux de commerce bilatéral.

Le schéma suivant illustre le processus d’estimation du commerce extérieur entre pays. Dans certains cas, les informations sont non observées, non attribuées ou sont confidentielles, ce qui nécessite des estimations supplémentaires afin de disposer d’un ensemble complet de données. Les TRE inter-pays exigent que le pays d’origine et la destination intermédiaire / finale soient identifiés lorsqu’il s’agit de commerce bilatéral.

Les cases oranges présentent les données de base; celles en jaune décrivent les données utiles pour faire le TRE inter-pays; les cases bleus sont celles qui seront reprises dans ce TRE.

 

Construction de la vision équilibrée (ajustée) du commerce de biens et de services (source : projet FIGARO)

 

 

 

2) Processus d’élaboration des TRE et TES symétriques dans l’UE

La construction des TRE et TES symétriques (IOT) inter-pays de l’UE (Union Européenne) , comprend différents blocs (schéma suivant). L’ensemble du processus implique cinq éléments de base des données source (officielles) (indiqués dans les cases orange) :

  • comptabilité nationale (en tant que référence);
  • un cadre national d’entrées-sorties (TRE et TES symétriques);
  • données sur le commerce international de marchandises (biens);
  • données sur le commerce international des services et données sur la balance des paiements;
  • statistiques sur les entreprises.

Tous ces éléments sont utilisés pour construire les trois principales entrées de données indiquées dans les cases jaunes des deux figures suivantes qui alimentent le processus de construction des TRE et TES symétriques inter-pays afin d’avoir une vision équilibrée du commerce bilatéral (en biens et services);  on dispose d’un ensemble complet de TRE nationaux (prix de base et prix d’achat);  et on dispose d’un ensemble complet de TES symétriques nationaux.

Les cases bleues indiquent les données souhaitées en sortie du processus. Alors que les comptes nationaux et les cadres nationaux d’entrées-sorties brossent un tableau individuel de chaque économie de l’UE ou du monde entier, une vision équilibrée du commerce bilatéral les rassemble dans un cadre cohérent.

Ce schéma met aussi en lumière plusieurs points de méthode :

  • Contrairement à ce qu’on pourrait penser, ce sont les TRE et non les TES symétriques qui servent de point de départ pour faire un TRE inter-pays.
  • C’est dans le TRE qu’on passe des emplois au prix d’acquisition aux emplois au prix de base.
  • C’est aussi dans ce tableau qu’on estime les importations FAB par produits.

 

 

Processus d’élaboration des TRE et TES symétriques dans l’UE (entre pays)

 

 

 

 

Mais de nombreux pays (comme la France) ne disposent pas d’un TRE au prix de base en distinguant TRE domestique et TRE en importations.

Par ailleurs, la raison pour laquelle Eurostat n’estime pas d’abord un tableau des emplois domestiques et ensuite le tableau des importations par différence (mais plutôt l’inverse) est liée au fait que cette méthode conduit à un nombre de valeurs négatives non souhaitées. En effet, les erreurs dans l’estimation de la plus grande partie du total (c’est-à-dire domestique) conduisent à des importations négatives plus facilement que l’inverse.

Les méthodes sont classées en A, B ou C selon leur qualité:

A – Le tableau des emplois des importations aux prix de base est proportionnel à la structure en lignes du TES symétrique (IOT) des importations, si celui-ci est disponible.
B – Le tableau des emplois des importations aux prix de base est proportionnel à la structure en lignes de l’IOT des importations d’une année antérieure ou d’un pays similaire, si ceux-ci sont disponibles.
C – Le tableau des emplois des importations aux prix de base est proportionnel à la structure en lignes du tableau des emplois (total) aux prix d’acquisition.

Le schéma suivant résume ces 3 méthodes.

 

Les structures de lignes d’un IOT d’importations, si elles sont disponibles, semblent être les meilleures (méthode A). Il convient de noter que dans certains pays, cette méthode donne des résultats très précis, en particulier pour les emplois finals. En général, les tableaux des emplois domestiques sont mieux estimés (environ 2 à 9%) que ceux des importations  (environ 7 – 15%). De manière analogue, chaque fois qu’il n’y a pas d’IOT disponible pour l’année en cours mais qu’il en existe un pour une année précédente, l’approche la plus appropriée semble être l’utilisation des structures des lignes d’un IOT d’importations de l’année précédente (méthode B). Les tableaux d’emplois domestiques continuent à générer de faibles erreurs.

 

 

3/ description des principaux tableaux du projet Figaro

 

a)  Le tableau international des ressources

Il se présente comme ci dessous avec les matrices de production de chaque pays (P1), puis les importations (P7),.. etc. pour passer du prix de base au prix d’acquisition, les impôts nets de subventions sur les produits (D21-D31), etc… A ce stade, les importations sont enregistrés CAF (coût assurance fret) Mais dans un second temps, elles le seront FAB (franco à bord) pour chaque produit contrairement au TRE de chaque pays.

 

b) Le tableau international des emplois

Il estt toujours aux prix d’acquisition. La totalité du tableau des emplois est convertie aux prix de base afin de permettre la construction du TRE international. On décompose le TRE en un TES domestique et les TES importés de chaque pays. Il comprend

  • des TES domestiques sur les diagonales aussi bien pour les CI que les emplois finaux
  • des TES importés pays par pays en dehors de la diagonale.

A gauche en haut, on voit un premier TEI : il s’agit du TEI domestique de l’Autriche. Le TEI en dessous est celui des importations de CI de l’Autriche en provenance de la Belgique. De même, le TEI à droite est celui des importations en CI de la Belgique en provenance de l’Autriche. Tout en bas des TEI domestiques et des CI importés par pays, se trouvent les comptes d’exploitation par branche.

Puis on passe aux emplois finals. De nouveau on trouve, en premier les emplois finals de l’Autriche, issus du TES domestique. Puis en dessous les emplois finals importés de l’Autriche selon les pays exportateurs et ainsi de suite pour chaque pays. Le tableau des emplois se présente comme ci dessous dans le projet FIGARO. Les codes des opérations sont celles du TES (exemple D1 : rémunérations des salariés, P3S14 consommation finale des ménages,…).

 

 

4/ les TES symétriques (IOTs = input-output tables) inter pays

Les TES symétriques (IOTs) inter-pays peuvent être établis

  • soit sur la base des TRE inter-pays
  • soit directement à partir des TES symétriques nationaux (IOTs).

Cependant, selon le projet Figaro, les sources de données nécessaires à la construction des IOTs inter-pays « seraient » mieux adaptées à partir de l’élaboration des TRE inter-pays qu’à partir des IOTs de chaque pays. 

En effet, les seules informations comparables et disponibles permettant d’établir directement des IOTs inter-pays sont les IOT nationaux. Mais ceci suppose un ensemble complet d’IOT nationaux homogènes de la même typologie, à savoir,

  • soit « produit*produit »,
  • soit « branche d’établissement * branches d’établissement » (« industries » en anglais).

Or ce n’est pas le cas actuellement pour les pays inclus dans le projet Figaro. Certains pays scandinaves (Norvège, Danemark,..) établissent un IOT par « industries » (voir page TES Symétrique). De plus, les statistiques commerciales du partage des emplois sont rapportées par produit, ce qui signifie que les IOT par « industries» ne peuvent être réalisées qu’avec des hypothèses standard de technologies.

Ainsi, le projet Figaro a opté pour la construction du tableau des emplois d’un IOT inter-pays sur la base des TRE inter-pays au lieu de mettre en place un processus similaire sur la base des IOT nationaux.

 

Mais une autre question se pose : à l’heure actuelle, la méthode de construction des IOT de chaque pays de l’UE est en effet loin d’être  homogène.

  • Certains d’entre eux utilisent largement l’hypothèse de la technologie « produit » (avec des différences de traitement du problème inhérent aux valeurs négatives) : chaque produit a sa propre structure de production quelque soit la branche d’établissement (ou le secteur d’activité) qui le fabrique.
  • Mais d’autres pays utilisent des hypothèses de technologie hybride, pour la construction de l’IOT « produit – produit », parfois l’hypothèse de technologie secteur : .chaque secteur d’activité a sa propre structure de production quelque soit le produit qu’il fabrique.

Ainsi, en utilisant une seule hypothèse pour tous les pays de l’UE, on augmente l’homogénéité du traitement des produits secondaires dans tous les pays impliqués.

Bien entendu, les hypothèses de « technologies » restent valables pour les IOT inter-pays. En effet, les TRE inter-pays ne sont rien d’autres que des TRE nationaux avec un plus grand nombre de produits et ventilés par pays d’origine (pour les importations) et par pays de destination (pour les exportations). Cela implique que la construction du TES symétrique inter-pays peut être réalisée à l’aide du système complet des matrices de ressources et d’emplois du TRE inter-pays.

Le projet Figaro a donc estimé au final les   IOTS (TES symétriques) par « produit » et par « industry », afin que les utilisateurs (pays) puissent choisir le type de tableau à utiliser. Pour les TES par « industry »,, FIGARO a utilisé l’hypothèse de structure fixe de vente de produit » (voir page TES Symétrique). Le principal avantage de ce modèle (comme celui de la technologie « secteur ») est qu’il ne ne donne pas de valeurs négatives dans la construction des TES symétriques (IOTs) inter-pays.

 

 

 

IV –  LES 6 CAS D’ASYMÉTRIE DES ÉCHANGES EXTÉRIEURS

Il faut obtenir un équilibre des statistiques de commerce bilatéral entre pays pour chaque bien et service. Mais il est très complexe d’y parvenir. La grande difficulté est de corriger les asymétries, dues à toutes les catégories particulières d’échanges. On présente les 6 grands ajustements des données du commerce extérieur dans le projet Figaro :

  • les réexportations de biens,
  • les biens envoyés à l’étranger pour être transformés (travail à façon),
  • les achats directs à l’étranger par produits par des non résidents,
  • la correction CAF-FAB par produits,
  • le négoce international,
  • le commerce extérieur des services.

Les asymétries résultent d’abord du fait que les exportations d’un pays C vers un pays A sont enregistrées FAB pour le pays exportateur, c’est à dire à sa frontière, et CAF pour le pays importateur, là aussi à sa frontière. La valeur n’est pas la même, la différence étant le transport et l’assurance sur le pays de transit.Les échanges bilatéraux de biens doivent donc être préalablement équilibrés (en supprimant les asymétries) et les valeurs d’importation CAF par produits sont converties en valeurs FAB par produits avec certaines hypothèses sur les corrections CAF-FAB. En l’absence de données disponibles des États membres de l’UE, le projet Figaro utilise les données de l’OCDE d’ajustements de valeur CAF-FAB pour convertir les importations CAF en valorisation FAB.

Mais ces asymétries peuvent être avoir bien d’autres explications. Certaines marchandises ou certaines catégories de transactions peuvent aussi être définies de façon différente et peuvent être incluses dans les statistiques par un partenaire et exclues par l’autre (réparation, admission temporaire, quasi-transit….). Les échanges de faible valeur peuvent ne pas être comptabilisés au niveau statistique dans un État et l’être dans l’État partenaire. De même, certains opérateurs peuvent être dispensés de déclarations si leur échanges sont inférieurs à un certain niveau comme c’est notamment le cas dans les échanges entre les Etats Membres de l’UE. Enfin, les deux partenaires doivent utiliser le même système de commerce : la France a fondé ses statistiques sur le système de « commerce spécial » alors que d’autres pays comme les États-Unis, le Canada et le Japon appliquent le système de « commerce général ». Le système de « commerce spécial » exclut notamment les entrées dans les entrepôts douaniers des marchandises qui sont réexportées par la suite hors du pays.

En outre, la date d’exportation ne correspond pas forcément à la date d’importation. Cette différence peut être expliquée par de nombreux facteurs : délai d’acheminement des marchandises, entreposage préalable au dédouanement,… Il s’ensuit qu’une importation peut être enregistrée comme ayant eu lieu pendant une année autre que celle de l’exportation correspondante.

Les règles suivies en matière de conversion des monnaies peuvent être un autre facteur de disparités entre la valeur des importations d’un pays et celle des exportations de son partenaire, notamment en cas de fluctuation marquée.

La ventilation des importations par pays d’origine et des exportations par pays de dernière destination connue est à l’origine d’importantes disparités entre les statistiques de pays partenaires.

Une marchandise originaire d’un pays A est expédiée depuis un pays B vers un pays C. Le pays B enregistre une exportation à destination de C mais celui-ci enregistre une importation de produit du pays A.

 

1/ Les réexportations de biens

Dans les TES symétriques nationaux, les réexportations sont des marchandises étrangères importées, puis exportées, avec changement ou sans changement de propriétaire, avec changement très léger du produit (travail à façon) ou sans changement apparent du produit (le pays transitaire fournit juste des services de stockage, logistique,..). Les TES symétriques nationaux comprennent ainsi des réexportations (également désignées comme des « exportations étrangères ») dans la colonne exportations des importations.

Cependant, les statistiques du commerce international de biens ne distinguent pas exportations nationales et étrangères (réexportations). Les données du commerce international de biens doivent donc exiger des informations supplémentaires et des ajustements pour les séparer. Celles ci sont estimées en combinant les banques de données COMEXT et COMTRADE. Celle ci est utilisée pour différencier les exportations nationales, les réexportations et le commerce de quasi-transit. Mais, COMEXT dispose de données de qualité supérieure. L’option optimale est donc d’utiliser les deux bases de données, en prenant les meilleures fonctionnalités de chacune.

Cela peut être illustré par un exemple impliquant le commerce du pétrole brut entre l’Espagne et le Portugal. COMTRADE et COMEXT donnent toutes les deux 576 EUR millions d’euros d’importations portugaises (CAF) de pétrole brut en provenance d’Espagne. Elles indiquent également des exportations (FAB) de pétrole brut d’Espagne vers le Portugal de 510 millions. La différence entre les valeurs d’importation et d’exportation peut être attribuée à une mauvaise classification du produit, ou un délai entre les exportations et les importations ou toute autre raison (asymétries). Cependant, en regardant les informations sur le pays d’origine dans COMEXT, qui n’est pas disponible dans COMTRADE, on lit 505 millions de pétrole brut importé d’Algérie (pays d’origine) et 71 millions venant d’Espagne (pays d’origine). Cela indique clairement que l’Espagne réexporte du pétrole brut d’Algérie au Portugal pour un montant de 505 millions. Ceci est confirmé par la production totale de produits miniers (dont le pétrole brut) espagnol, qui s’élève à 110 millions, dont 71 millions sont exportés vers le Portugal (exportations nationales).

La valeur de réexportation correspondrait à une marge commerciale internationale facturée par l’Espagne, qui peut facilement être supposée – en l’absence d’autres informations – être la même que pour la marge intérieure espagnole pour le même produit (soit 10%). En combinant toutes les informations ci-dessus, les conclusions suivantes peuvent donner par conséquent :

a) un flux de pétrole brut entre l’Algérie et le Portugal (454,5 millions);

b) un autre flux commercial intérieur de pétrole brut entre l’Espagne et le Portugal (71 millions);

c) les flux commerciaux intérieurs (de services) entre le Portugal et l’Espagne (marge sur les réexportations).

 

 

2/ Les biens envoyés à l’étranger pour être transformés (travail à façon)

Il y a travail à façon (TAF) lorsqu’une entreprise, agissant en tant que donneur d’ordre, fait confectionner un bien par une autre entreprise, dite sous-traitante, en lui fournissant les intrants nécessaires. Lorsque les entreprises sont situées dans des pays différents, on observe des flux physiques d’intrants et de biens finis entre les pays concernés. En SCN 2008, comme dans le manuel de la balance des paiements 6ème édition (MBP6), compte tenu du fait que les intrants comme le bien fini restent à tout moment la propriété de l’entreprise donneuse d’ordre, aucun échange de bien entre les deux pays n’est enregistré (contrairement au SCN 93). En revanche une importation de service industriel lié à la transformation du bien par le pays du donneur d’ordre, d’un montant égal à la différence de valeur entre le produit fini et les intrants, est comptabilisée. Conceptuellement, ce nouveau traitement ne modifie pas le solde total des échanges extérieurs ; mais il diminue les exportations et les importations de biens industriels, et introduit une importation de service industriel.

Cet enregistrement est plus cohérent avec celui financier de la transaction, mais il provoque une incohérence entre les comptes nationaux et les statistiques du commerce international de marchandises (IMTS).

Le travail à façon (biens envoyés à l’étranger pour transformation, « Goods for processing ») correspond ainsi à l’exportation d’un bien, retraité d’une façon mineure à l’étranger (par exemple une entreprise de production alimentaire qui récolte et transforme des légumes, mais externalise la mise en conserve à une filiale étrangère qui lui appartient intégralement, puis récupère les légumes en conserve pour les vendre). Ce travail à façon fait l’objet d’une ligne bien identifiée dans les importations et les exportations.

Ces changements sont expliqués dans les manuels internationaux.

>  SCN 2008 : § 14.37 à 14.43

> SEC 2010, chap. 18 , § 18.33-18.37, ,

Cette pratique a augmenté dans de nombreux secteurs d’activité qui sous-traitent une partie ou l’ensemble du processus de production, notamment dans des entreprises qui opèrent dans le cadre de la mondialisation des marchés (voir page PIB irlandais).

 

a) ’importance du critère de la propriété économique

C’est une une révision complète de la méthode de comptabilisation des échanges de marchandises fondée sur le suivi de la propriété de la marchandise.

Dans le couple donneur d’ordre – sous-traitant, le véritable producteur du produit matériel n’est plus celui qui le transforme physiquement mais celui qui en a la propriété ou qui a la propriété des principaux intrants matériels qui le composent.

S’il est propriétaire des intrants matériels, on considère que le donneur d’ordre produit le bien.

Le sous-traitant, bien qu’ayant fourni la main œuvre et les équipements, produit un service industriel.

 

b) Un exemple fictif

L’exemple suivant est déroulé sur un cas de sous-traitance avec aller-retour du bien à façonner entre le pays donneur d’ordre et le pays façonnier. On présente ici les comptes de production et les ERE des deux pays, celui du donneur d’ordre et celui du sous-traitant.

Dans le SCN 1993, un donneur d’ordre A ayant une production de 100 envoie le bien à un sous traitant B pour un travail à façon d’une valeur de 60 : les exportations du pays de A au pays de B sont de 100 et les importations du pays A en provenance du pays de B sont de 160. Dans le SCN 2008, on enregistre seulement une  importation de services lié au bien, du pays de A en provenance du pays de B de 60.

 

Le solde commercial des deux pays est inchangé entre le SCN 1993 et le SCN 2008.

Mais ce nouveau traitement du TAF ne touche pas seulement les exportations et les importations mais aussi les productions, les marges, et les CI. Avec le SCN 1993, on considère que le donneur d’ordre achète au sous traitant un produit qu’il revend en l’état d’où une marge de commerce de 20. Avec le SCN 2008, on considère qu’il produit le bien pour un montant de 180, au lieu de 100 avec le SCN 1993. Il achète en effet une CI de 60 de service industriel, et comme il est le propriétaire, on ne considère plus qu’il achète pour revendre, donc la marge est désormais considérée comme une production. Les valeurs ajoutées du donneur d’ordre et du sous traitant ne changent pas, mais dans une certaine mesure la répartition de cette VA change entre industrie et commerce dans le pays du donneur d’ordre.

 

 

 

On retrouve ces différences dans les équilibres-ressources-emplois.

chaînes de valeur mondiales

 

c) Nomenclature des produits

Du côté des produits, les nomenclatures de produits européenne et française (CPA et CPF rév. 2) font apparaître les opérations sous-traitées intervenant dans la fabrication d’un produit manufacturé comme sous-poste de ce produit manufacturé :

Dans le prolongement des nomenclatures de produits européenne et française, les services industriels sont classés dans les produits de l’industrie manufacturière en comptabilité nationale.

 

d) La balance des paiements (BdP)

Le traitement du travail à façon est similaire à celui du SCN 2008.

Dans la BdP, les services industriels pour transformation sont classés dans un poste de services, suite à la mise en œuvre du MBP6 (alors qu’ils sont rattachés aux produits industriels concernés dans les comptes nationaux)

La BdP donne des montants globaux d’importation et d’exportation de services industriels pour travail à façon.

Ces flux engloberont sans distinction les services pour travail à façon bilatéral (aller-retour entre le pays donneur d’ordre et le pays sous-traitant) ou multilatéral, mettant en jeu plusieurs pays, avec ou sans passage par les douanes du pays considéré.

 

e) Statistiques douanières

Les douanes, pour leur part, restent sur un concept de flux bruts, retraçant des échanges de biens passant la frontière.

 

f) Difficultés pratiques de mise en œuvre

Plusieurs difficultés se posent pour évaluer les importations et exportations brutes de biens envoyés (reçus) à (de) l’étranger pour transformation

– il faut évaluer les montants de services industriels pour travail à façon

– Or, les statistiques douanières proposent des codes par nature de transaction (Intrastat, Extrastat). C’est donc difficile avec les statistiques douanières.

– La source principale est donc la balance des paiements mais le montant est global.

– Il convient de ventiler les services industriels pour travail à façon avec l’étranger par produit.

Une Task Force Eurostat a été mise en place. Il en est ressorti que certains pays européens recueillent ces informations au travers de leurs enquêtes structurelles auprès des entreprises.

La Balance des Paiements donne des montants globaux d’importation et d’exportation de services industriels pour TAF sans distinguer les échanges bilatéraux et multilatéraux, avec ou sans passage de la frontière du pays considéré. Les douanes restent sur le concept de flux bruts, retraçant des échanges de biens passant la frontière.

 

Notons aussi que ce solde net ne correspond pas nécessairement à la différence entre la valeur des biens envoyés à destination pour être transformés et la valeur des biens après transformation en raison de gains ou de pertes de détention, de frais généraux et d’erreurs de mesure associées aux mouvements de stock. Il  faut également tenir compte des services de transport liés à ces échanges. Même si, en vertu du SEC 2010, les biens envoyées à l’étranger pour transformation sont exclus du commerce « brute » de biens, ils peuvent générer des coûts de transport qui doivent être pris en compte lorsqu’on transforme les importations CAF en FAB, et ils doivent être enregistrés comme importations si la compagnie de transport est non-résidente.

La complexité des traitements est expliquée en détail dans le Manuel des biens envoyées à l’étranger pour transformation (Eurostat 2014). Avec ce nouveau traitement, l’incohérence du principe de propriété dans le SEC 2010 et dans le MBP6 est certes résolue mais entraîne indirectement une autre incohérence avec les statistiques du commerce international de marchandises (IMTS) qui est mesuré en termes brute. Le manuel présente les principales modifications à prendre en compte dans le SEC 2010, qui concernent non seulement les biens expédiés à l’étranger, mais aussi les produits échangeables, les biens en quasi-transit, les biens à réparer et à réexporter. Il explique également les problèmes conceptuels et l’analyse de l’impact de ces nouveaux traitements, notamment quand plusieurs entreprises de différents pays sont en cause.

Le projet Figaro a donc utilisé toutes les informations détaillées disponibles pour chacun des pays européens et a développé différentes approches méthodologiques pour estimer tous les détails nécessaires afin de produire un TRE et un Tes symétrique inter-pays. Les ajustements de la GSA ont ainsi permis d’obtenir les données suivantes :  marchandises envoyées à l’étranger pour transformation (par pays, partenaire commercial, utilisateur et produit CPA).

Il reste que la mondialisation rend la mesure des échanges extérieurs très difficile. Le manuel de la balance des paiements (MBP6) propose deux exemples de biens faisant l’objet de négoce international et de services de fabrication sur des intrants physiques détenus par des tiers (services de transformation). Les traitements sont complexes surtout dans le second exemple.


 

On peut tenter de formaliser les relations d’échanges entre les pays du second exemple à travers le diagramme suivant :

 

 

3/ Les achats directs à l’étranger par produits

En règle générale, dans un TRE du cadre national , les achats directs à l’étranger et les achats des non-résidents sur territoire national sont généralement inclus en tant que somme forfaitaire sans ventilation du produit. En ce qui concerne les achats directs à l’étranger par les résidents, selon le programme de transmission des SEC 2010,  ils ne sont pas inclus dans la colonne des importations par produits et, par conséquent, ils doivent être une somme forfaitaire dans la ligne (produit) « correction territoriale » des importations pour obtenir la valeur totale des importations. Dans le tableau des emplois, par souci d’équilibre, une approche cohérente est suivie et ils sont également comptabilisés globalement sous forme de somme forfaitaire dans la colonne des dépenses de consommation finale des ménages. En ce qui concerne les achats des non-résidents sur le territoire national, la dépense de consommation finale des ménages inclut les achats sur le territoire national par des non-résidents dans un souci d’équilibre entre l’offre et la demande. En revanche, les exportations ne les incluent pas. C’est logique puisque les produits sont achetés et souvent consommés directement dans le pays de destination sans franchir les frontières. Comme pour les achats directs à l’étranger, les achats effectués sur le territoire national par les non-résidents doivent être inclus en tant que somme forfaitaire dans la partie inférieure du tableau des emplois. Ceci est fait en soustrayant cette valeur dans la colonne des dépenses de consommation finales des ménages et en ajoutant le même montant dans la colonne des exportations.

Mais le SEC 2010 recommande que les dépenses engagées hors du territoire économique soient ventilée par produit. Ceci est nécessaire pour obtenir un solde entre la ressource et l’emploi de chaque produit en termes nationaux et à des fins d’analyse. Cependant, la ventilation doit être estimée comme un exercice spécial du processus de compilation statistique, et elle est rarement fournie par les offices statistiques. Il semble que l’ONS britannique soit seul à fournir cette information.

Compte tenu des informations disponibles, le projet Figaro a élaboré une matrice bilatérale contenant tous les flux par produit, pays d’origine du produit et pays de l’acheteur, tels que présentés dans le tableau suivant. Celui ci présente toutes les informations nécessaires aux ajustements nécessaires des relations pays par pays des concepts domestiques et vice versa. Chaque ligne du tableau indique les achats de chaque produit par pays d’origine de l’acheteur. Comme il faut juste comptabiliser les achats effectués à l’étranger, les éléments de la diagonale principale par pays sont égaux à 0, ce qui signifie que les achats de ressortissants dans leur propre pays ne sont pas inclus ici. Par conséquent, seuls les éléments dans la diagonale de ce tableau sont informatifs. Chaque élément du tableau peut être interprété de deux manières. Considérons par exemple la cellule en gris à l’intérieur du tableau. Elle représente la quantité de produit 1 consommée par un résident du pays 4 dans le territoire économique du pays 3. Cet élément constitue un achat de non-résident pour le pays 3 et aussi un achat direct à l’étranger pour le pays 4. Le total par lignes fournit les achats par les non-résidents d’un produit sur le territoire national d’un pays. Le total par colonnes fournit les achats directs à l’étranger d’un pays.

On vise en priorité l’objectif de décomposer les achats de résidents à l’étranger et ceux des non résidents sur le territoire intérieur par produit. Comme pour la correction CAF-FAB, on vise ainsi le même objectif de calculer un solde du commerce extérieur par produit : de même que le textile importé doit être évalué si possible FAB quand il franchit la frontière par le biais d’un transporteur, le textile acheté à l’étranger par les résidents français, vient s’ajouter à ces importations. En ajoutant ces deux corrections, on a ainsi une vision complète du commerce extérieur de textile.

 

On trouve ainsi dans la base Figaro, ce tableau et graphique pour la France en 2010. Comme pour les achats de résidents français à l’étranger, les achats des non résidents en France en produit « hôtellerie et restauration » (HCR) représentent la moitié de leurs achats. En 2010, ces achats des non résidents en France représentaient 35,5 milliards d’euros (en base 2010), ce montant ayant été rehaussé en base 2014, et les achats des résidents à l’étranger, 29,3 Mds. On note que ces montants n’incluent pas les achats de logement, traités en FBCF.

 

 

 

4/ La correction CAF-FAB par produits

Les importations sont enregistrées CAF et les exportations FAB dans le TRE. Pour avoir une vision claire du commerce extérieur d’un pays on doit enregistrer les importations FAB, c’est à dire hors transport et assurances sur les territoires de transit. On déduit cette valeur des importations CAF, mais globalement, sans distinction par produits. On introduit une colonne correction CAF-FAB où on rajoute ces importations qu’on déduit des importations de services de transport et d’assurance de telle manière que le total de la colonne Correction CAF-FAB soit nul (voir page Correction CAF-FAB).

Il faut aussi savoir que les pays (notamment la France) n’ont pas le même traitement de la correction CAF-FAB. La France retient dans celle-ci tout le transport-assurance sur les territoires de transit quelque soit la résidence du transporteur. D’autres pays ne retiennent que le transport effectué par une unité résidente.

Au départ, le projet Figaro était censé estimer les ratios CAF-FAB sur la base des informations collectées par Eurostat auprès des États membres. Cependant, les données étaient très limitées. Les modèles économétriques ont été estimés sur la base des données du commerce des États membres. Le manque d’informations sur les partenaires extérieurs à l’UE a affaibli l’estimation. Le projet Figaro a décidé donc d’utiliser les estimations de l’OCDE. Les données combinent l’échantillon international  le plus vaste et le plus détaillé de statistiques nationales officielles. La base de données détaille les coûts bilatéraux du commerce international et des assurances pour les produits pour plus de 180 pays et partenaires, et plus de 1 000 produits individuels. Le ratio CAF-FAB correspond à : (valeur CAF-valeur FAB) / (valeur CAF). Les statistiques officielles sur les corrections CAF-FAB sont encore loin d’être produites régulièrement par les offices nationaux de statistique. Cependant, cela contribuerait à améliorer la qualité de la vision équilibrée du commerce bilatéral, qui sert à construire des TRE-TES symétriques inter-pays.

La deuxième étape, où les ratios CAF-FAB sont utilisés, concerne l’estimation des matrices du flux d’importations national par pays d’origine. Les matrices d’importation nationales sont disponibles et évaluées au format CAF. Elles ont été donc converties en valeurs FAB afin d’avoir une vision équilibrée du commerce ajustée.

En 2010, le ratio CAF-FAB moyen pour tous les pays était de 7,4% (où la valeur CAF * 93% = valeur FAB). Des statistiques similaires peuvent être établies au niveau de chaque produit. Le ratio CAF-FAB le plus élevé (12%) s’applique aux industries extractives (CPA B ), tandis que le ratio CAF-FAB le plus bas (4,9%) s’applique aux produits pharmaceutiques de base et préparations pharmaceutiques (CPA 21). Sur les cinq années disponibles (2010 à 2014), le ratio CAF-FAB moyen reste stable à 7,4%. Au niveau de chaque produit, les ratios CAF-FAB sont également très stables pour la période 2010-2014.

 

 

5/ Le négoce international

Il y a négoce international lorsqu’une entreprise d’un pays A achète un bien dans un pays B pour le revendre sans transformation, et sans que le bien franchisse la frontière du pays A (que le bien soit revendu dans le pays B ou dans un pays tiers).

En SEC 1995, on n’enregistrait aucun échange de biens pour le pays A car le produit ne pénétrait pas sur son territoire : était seulement comptabilisée une exportation de service de négoce, pour un montant égal à la marge du négociant (différence entre le prix de revente et le prix d’achat).

En SEC 2010, considérant que le bien, lorsqu’il est acheté au pays B, devient la propriété d’une entreprise du pays A, on enregistre une exportation de bien du pays A égale à la marge du négociant. Plus précisément, dans les ERE de biens, le négoce international  est décrit en marge commerciale en ressources, et en exportations en emplois, dans l’équilibre-ressources-emplois du bien exporté

Ce nouveau traitement n’a d’impact ni sur le PIB ni sur le total des échanges extérieurs, mais diminue en France d’une dizaine de milliards d’euros les exportations de services au profit des exportations de biens.

La principale caractéristique du négoce est que cette pratique implique un changement de propriétaire, mais sans mouvement physique des marchandises au sein de l’économie marchande. Pour cette raison, le négoce international est enregistré différemment dans différentes bases de données statistiques élaborées sous différents principes d’enregistrement. Les statistiques du commerce international de marchandises (IMTS) sont élaborées selon le principe d’enregistrement de tous les flux physiques se déplaçant d’un pays à l’autre. Dans ce cas, les pratiques du négoce international ne sont pas enregistrées en tant que flux internationaux de marchandises par l’économie du commerçant parce que ces flux n’impliquent pas un mouvement physique.

Considérons par exemple un commerçant néerlandais qui vend du poisson d’un navire danois au port de Helsinki en Finlande, pour une valeur égale à 1,5 million d’euros. Supposons également que les frais de négoce correspondent à 0,5  million. Les statistiques de l’IMTS n’enregistrent que les exportations de biens du Danemark vers la Finlande, mais aucun enregistrement n’a été effectué dans les statistiques du commerce international de biens des Pays-Bas.

La figure suivante  fournit un exemple simplifié. Les pays concernés sont le Danemark, la Finlande et les Pays-Bas. La société 1 au Danemark fabrique le produits de la pêche. La compagnie 2 en Finlande achète ce produit, mais pas directement. Aux Pays-Bas, la société 3 agit en tant que commerçant : elle achète le produit en provenance du Danemark, 1 million d’euros, et le vend à la société 2 en Finlande pour une valeur égal à 1,5 million d’euros, sans que le bien n’entre aux Pays-Bas. La compagnie 3 réalise donc une activité de négoce international. La ligne bleue sur la figure montre le mouvement physique du produit du Danemark à la Finlande, tandis que les lignes grises décrivent le flux de trésorerie et de propriété qui implique l’économie marchande, les Pays-Bas.

Le tableau suivant montre comment ces flux sont enregistrés dans les TRE nationaux. Au Danemark, on enregistre une production de produits de la pêche (1 million d’euros) en tant que production des ressources et exportations dans la tableau des emplois. La Finlande enregistre dans les deux tableaux une valeur de 1,5 million d’euros, classée comme une importation de produits agricoles dans le tableau des ressources et en tant que consommation intermédiaire dans celui des emplois. S’agissant des Pays-Bas, la valeur de 0,5 million est considérée comme un service commercial; il est ensuite traité en marge commerciale et attribué aux produits de la pêche dans la valeur de livraison exprimée en prix d’acquisition. De la même manière, dans le tableau des emplois (exprimé en prix d’acquisition), l’activité de négoce est enregistrée en tant qu’exportation de produits de la pêche.

De cette façon les comptes des trois pays sont équilibrés au niveau mondial, enregistrant une exportation mondiale de produits (1,5 million d’euros), égale à l’importation globale du même produit.

 

Dans le SEC 2010, le principe de propriété doit donc faire prévaloir l’enregistrement du commerce international de marchandises entre différents pays. Pour cette raison, l’achat et la revente d’un  produit par un pays sans que le produit traverse les frontières du pays lui-même, apparaissent comme des exportations du produit. Toutefois dans les statistiques IMTS, ces échanges n’apparaissent pas car ils n’impliquent aucune intervention physique de flux de commerce de marchandises. Étant donné que les deux bases de données (TRE et IMTS nationaux) sont utilisées pour le projet Figaro, il a été nécessaire d’ajuster les données IMTS pour aligner les deux sources sur le même principe de propriété. Pour ce faire, Eurostat a estimé la valeur des activités de négoce international pour chaque pays, ventilée dans les différents flux commerciaux bilatéraux et dans les différents produits impliqués dans le négoce international de transactions. Pour élaborer et appliquer les ajustements liés au négoce, le SEC 2010 définit des critères identiques pour tous les pays.

En pratique, cependant, la difficulté de collecter des données sur ce type de transaction peut conduire à des estimations par les différents pays qui ne sont pas tout à fait compatibles entre eux. En France, la mesure de ces flux reste ainsi délicate. on considère que les opérations de négoce international sont incluses dans les ventes des branches commerciales dans Esane, plus précisément qu’elles sont bien retracées (sans être distinguées) dans les ventes et achats de marchandises et la marge commerciale totale d’Esane. Or, la pratique des entreprises est très diverse quant à l’enregistrement de ces opérations dans leur liasse fiscale. En particulier, des entreprises industrielles n’enregistreraient qu’une partie des transactions concernées en marchandises, une autre partie étant enregistrée en biens ou services ou pas du tout ; peut se poser également le problème du déclarant auprès de la balance des paiements (l’est-il au titre de l’unité légale, du groupe auquel il appartient ?).

 

6/ Le commerce extérieur des services

On présente ici les asymétries du commerce extérieur des services et quelques résultats. Tout d’abord on rappelle les sources pour établir les importations et exportations des équilibres-ressources-emplois (ERE) des services.

Pour l’analyse des résultats du commerce extérieur des services, on peut s’appuyer soit sur les Balances des paiements (https://unstats.un.org/unsd/tradekb/Knowledgebase/50546/MSITS-2010), reprises par l’OCDE, soit sur les ERE par pays. Mais ces deux catégories de données ne sont pas corrigés des asymétries. Elles correspondent à ce que chaque pays rapporte dans sa « balance des paiements (postes services) », selon la méthodologie de la sixième édition du manuel de la balance des paiements de l’ONU (MBP6), ou aux ERE élaborés par chaque pays transmis à Eurostat.

Pour lier les catégories de services du manuel MBP6,  à la nomenclature des produits CPA, il est nécessaire d’obtenir des données pour des items précis. Par exemple, la catégorie de services SD sur les voyages peut être ventilée de différentes façons (voir ci dessus la correction territoriale).

 

a) les sources

Les échanges de services correspondent à la valeur des services échangés entre résidents et non-résidents d’une économie, y compris des services fournis par les filiales établies à l’étranger. L’indicateur le plus significatif est mesuré en pourcentage des exportations, des importations et du solde extérieur dans le PIB. Les services comprennent les transports (de marchandises et de voyageurs), les voyages, les services de communication (postale, téléphonique, par satellite, etc.), les services de BTP, les services d’assurance et financiers, les services d’informatique et d’information, les redevances et droits de licence, les autres services aux entreprises (négoce international, location-exploitation, services techniques et spécialisés, etc.), les services culturels et récréatifs et les services fournis ou reçus par les administrations publiques non inclus dans la liste ci-dessus. Les échanges de services permettent les échanges de savoir-faire et de technologies.

Les données sur le commerce des services proviennent des statistiques du commerce international des services (STI) et des données de la Balance des Paiements. Les données intéressantes sont les séries chronologiques annuelles. Des données pour les années 2010 à 2014 ont été fournies pour le projet Figaro. Comme pour les biens, cette base est celle de l’OCDE offrent la possibilité d’analyser les échanges bilatéraux entre pays.

La balance des paiements (BdP) est un état statistique qui résume, sur une période donnée de temps, toutes les transactions d’une économie avec le reste du monde. Elle enregistre toutes les transactions économiques effectuées entre les résidents et les non-résidents d’un pays au cours d’une période donnée. Une transaction est définie dans le manuel (MBP6) comme un échange entre deux unités institutionnelles qui se produit d’un commun accord ou par l’application de la loi et implique un échange de valeur ou transfert.

La balance des paiements fournit des informations sur la valeur totale des crédits (ou exportations) et des débits (ou importations) pour chaque poste de la BdP et sur le résultat net ou «solde» (crédits moins débits) dues transactions avec chaque partenaire. Les transactions sont organisées en deux comptes différents, le compte courant et de  capital d’une part, et le compte financier d’autre part, dont la somme des soldes devrait en principe être égale à zéro, de telle manière que pour chaque transaction économique dans le compte courant et de capital, il devrait y avoir (théoriquement) un équivalent de transaction dans le compte financier. Ainsi, le solde du compte courant et du capital détermine la position d’une économie vis-à-vis du reste du monde, alors que le compte financier explique comment elle est financée. Pour le projet Figaro, seul le compte courant est pertinent. Le compte courant montre les flux de biens, services, revenus et transferts courants entre unités résidentes et non résidentes. Les services constituent la deuxième grande catégorie du compte courant. Dans la production de données sur commerce international des services (STI), les références sont le manuel BPM6 du FMI et le Manuel des Nations Unies Statistiques du commerce international des services.

La nomenclature des services est principalement basée sur les produits. Elle inclut les transactions pour les voyages, la construction et les biens et services gouvernementaux non inclus ailleurs. La classification est fonction du type de service plutôt que de l’ unité qui le fournit. Par exemple, si une banque fournit des services de fonds de pension comme activité secondaire, le service est classé comme des services de fonds de pension. Le total des services (S) correspond à la somme des 12 catégories de services, y compris un élément supplémentaire SN, qui signifie «Services non attribués». Les items SA (travail à façon des biens envoyés à l’étranger pour une petite transformation mais sans changement de propriétaire) et SB (services de maintenance et de réparation), correspondent aux éléments nouvellement introduits avec la mise en œuvre de la méthodologie BPM6 (précédemment déclarée sous Biens). Le négoce international ne fait plus partie des services et a été déplacé avec les marchandises (voir l’exemple ci-dessus des poissons qui transitent par les Pays Bas).

 

 

Pour le projet Figaro, Eurostat s’est intéressé à certaines catégories de services détaillées mais tous ne font pas partie de la transmission obligatoire par les pays. Le détail des données de la Balance des Paiements est au niveau de deux lettres tandis que les données statistiques STI sont plus détaillées pour les partenaires de l’UE et les États-Unis. L’objectif est de faire les tableaux Figaro à ce niveau détaillé afin qu’il soit possible de les relier plus facilement à la nomenclature des produits CPA des ERE.

 

 

b) Asymétries du commerce des services

L’objectif de la balance commerciale est d’élaborer un seul flux pour une transaction et de supprimer les asymétries entre les flux de crédit et de débit (ou d’exportation / importation). L’asymétrie absolue du compte courant (biens et services réunis) a augmenté en 2015 pour atteindre 208 milliards d’euros et 2% de la somme des crédits et débit. Mais dans les services, les asymétries ont atteint 4,8% en 2015, soit près du double de 2010. Pour l’ensemble des services, les pays de l’UE présentant les asymétries les plus importantes sont les plus grandes économies : Allemagne, France, Royaume-Uni, Italie, Pays-Bas et Espagne (graphique suivant). Pour la plupart des pays, les asymétries, sont plus importants du côté du débit que du côté du crédit.

En collaboration avec les États membres et les pays partenaires, Eurostat assure le suivi des plus grandes asymétries. Les résultats de ces travaux contribuent certainement à réduire certaines des asymétries observées pour établir les tableaux de Figaro. L’élaboration d’un tableau inter-pays des ressources et des emplois des TES, part notamment des échanges entre pays. Ceci dépend dans une large mesure de la balance des paiements et des statistiques du commerce des services. Le processus de réduction des asymétries comprend plusieurs étapes pour imputer les données sur le commerce des services et obtenir un ensemble de données sur le commerce bilatéral avant d’équilibrer au final les asymétries de manière automatisée.

Par exemple, pour les imputations manuelles (une étape de ce processus), une centaine de flux ont été corrigés par les pays pour réduire les asymétries. Ces flux concernent les années 2014 ou 2015. La même correction a été appliquée à rebours jusqu’en 2010. Certains flux commerciaux ont été modifiés manuellement à un niveau plus détaillé de la Nomenclature élargie des services de la balance des paiements (voir ci dessus).

Une autre étape est la cohérence de la balance des paiements avec la source STI. Cette étape vérifie l’ensemble des données dérivées la base STI avec les données de la balance des paiements à deux niveaux (SA à SL). Lorsque les ensembles de données ne sont pas cohérents, Eurostat a généralement remplacé les données basées sur STI par les données de la balance des paiements, en vérifiant néanmoins les différences entre les deux sources. Des remplacements ont été effectués dans les les cas de flux manquants dans l’ensemble de données de référence STI mais présents dans la base de données BdP.

La plupart des asymétries proviennent de la catégorie de service SH (« revenus d’utilisation de la propriété intellectuelle« ), suivie de l’item « voyage » SD et de l’item « transport » SC. L’asymétrie relative est le rapport de l’asymétrie absolue sur le flux initial. Pour l’ensemble des services, l’asymétrie relative médiane est de 21% pour tous les pays de l’UE, ce qui signifie que pour la moitié des échanges, le flux initial et son flux miroir sont différents pour moins de +/- 21%. La situation varie pour l’ensemble des services par rapport au pays.

 

 

 

 

 

 

V –  LA DÉLOCALISATION : PREMIER FACTEUR DES CHAÎNES DE VALEUR MONDIALES

En quoi consiste la stratégie des entreprises depuis 1990? Pour rester compétitives, les entreprises organisent de plus en plus leur production à l’échelle mondiale, en divisant leurs chaînes de valeur mondiales en plus petites sections qui sont approvisionnées par un nombre croissant de fournisseurs établis dans le monde entier. La délocalisation internationale des fonctions des entreprises est une caractéristique essentielle des chaînes de valeur mondiales (CVM). Pour rester compétitives, les entreprises organisent de plus en plus leur production à l’échelle mondiale, divisant leurs chaînes de valeur en pièces plus petites fournies par un nombre croissant de fournisseurs situés dans le monde entier.

  • D’une part, elles délocalisent certaines fonctions à l’étranger.
  • D’autre part, elles importent de plus en plus des biens intermédiaires.

Le premier phénomène est le point de départ de la mondialisation. Il y a par exemple délocalisation (« externalisation ») d’unités de production sous forme de filiales à l’étranger ou bien des sièges sociaux ou entités juridiques dans les pays à fiscalité faible (voir page PIB irlandais). Il y a aussi prise de participation sur des entreprises étrangères sous forme d ‘achat d’actions.

 

 

 

1/ Les investissements directs à l’étranger (IDE)

Les  IDE  sont les mouvements internationaux de capitaux réalisés en vue de créer, développer ou maintenir une filiale à l’étranger et/ou d’exercer le contrôle (ou une influence significative) sur la gestion d’une entreprise étrangère. Élément moteur de la multinationalisation des entreprises, les IDE recouvrent aussi bien les créations de filiales à l’étranger que les fusions-acquisitions transfrontières ou les autres relations financières (notamment les prêts et emprunts intra-groupes).

Selon l’Insee, les IDE sont les investissements qu’une unité institutionnelle résidente d’une économie effectue dans le but d’acquérir un intérêt durable dans une unité institutionnelle résidente d’une autre économie et d’exercer une influence significative sur sa gestion dans le cadre d’une relation à long terme. Par convention, une relation d’investissement direct est établie dès lors qu’un investisseur acquiert au moins 10 % du capital social de la société investie. Les IDE comprennent non seulement l’opération initiale qui établit la relation entre les deux unités, mais également toutes les opérations en capital ultérieures entre elles et entre les unités institutionnelles apparentées, qu’elles soient ou non constituées en sociétés.

Les stocks d’IDE sont un indicateur complémentaire de l’extension internationale des entreprises (création de filiales à l’étranger), avec ses particularités. En effet, les réseaux d’activité des firmes multinationales résultent en grande partie des flux d’IDE qu’elles ont réalisés. Ceux-ci ne mesurent pas un investissement matériel en capital fixe mais une dépense financière (en numéraire, en titres …), souvent pour racheter des entreprises existantes ou les étendre. Ils sont ainsi le support d’un lien entre l’activité productive et les flux financiers.

 

 

 

Les statistiques IDE sont composées :

  • Des flux financiers d’IDE qui retracent les entrées et sorties nettes d’IDE pour une période donnée en présentant séparément les IDE sortants (acquisitions diminuées des cessions / remboursements) et les IDE entrants (acquisitions diminuées des cessions / remboursements) par instrument (titres de participation, prêts).
  • Des positions (ou stocks) d’IDE qui fournissent des informations, ventilées par instrument (titres de participation, prêts) sur l’encours total, à une date de référence donnée, des investissements réalisés à l’étranger ou reçus de l’étranger.
  • Des revenus d’IDE qui résultent :
    • 1) des titres de participation : il s’agit essentiellement des bénéfices dégagés par l’entreprise durant la période de référence et correspondant à des distributions (dividendes) ainsi qu’à des bénéfices non distribués qui sont traités comme des bénéfices réinvestis dans ladite entreprise ; et
    • 2) des prêts (intérêts de crédits interentreprises, de crédits commerciaux et autres formes de prêts).

On étudie ici diverses statistiques à partir des bases de données d’Eurostat et de la CNUCED, les données de l’OCDE étant très proches de cette dernière base.

 

 

 

a) les flux d’IDE (source : CNUCED)

Les IDE sont des investissements qu’une unité institutionnelle résidente d’une économie effectue dans le but d’acquérir un intérêt durable dans une unité institutionnelle résidente d’une autre économie et d’exercer, dans le cadre d’une relation à long terme, une influence significative sur sa gestion.  Par convention, une relation d’investissement direct est établie dès lors qu’un investisseur acquiert au moins 10 % du capital social de l’entreprise investie. Les investissements directs comprennent non seulement l’opération initiale qui établit la relation entre les deux unités mais également toutes les opérations financières ultérieures entre elles et les unités institutionnelles apparentées, qu’elles soient ou non constituées en sociétés.

Les flux d’IDE sont présentés sur une base nette, c’est-à-dire comme des crédits moins des débits. Ainsi, en cas de d’investissement ou de désinvestissement inversé, les IDE peuvent être négatifs.

Le stock d’IDE est la valeur du capital et des réserves attribuables à une entreprise mère non résidente non résidente, plus l’endettement net des filiales étrangères filiales étrangères aux entreprises mères(CNUCED, 2020).

Les séries de la base de données CNUCED sont disponibles depuis 1970.

 

1 – les IDE sortants (outflows) sur longue période

On pouvait élaborer les tableaux suivants depuis 1990. La France est un pays où les IDE sortants sont relativement importants. Ils représentent 3,7% du PIB entre 2000 et 2009 (contre 2,2% en Allemagne), confirmant l’écart entre 1990 et 1999. Ce pourcentage baisse toutefois entre 2010 et 2019 à 1,9% . c’est la tendance inverse en Allemagne : 2,4%. Il est beaucoup plus faible en Italie, Japon, Chine, États-Unis entre 1990 et 2020. Il chute au Royaume-Uni en fin de période. Mais il est plus élevé dans de nombreux « petits » pays (Belgique, Pays-Bas, Suède) voire l’Espagne.

Investissement étranger direct sortant : en % du PIB par pays

Investissement étranger direct sortant : en % du PIB par pays entre 1990 et 2020

 

Ces évolutions globales (industrie et services sans distinction des deux) montreraient qu’en Allemagne, l’investissement à l’étranger est complémentaire de la production sur le sol national. Il semble qu’en France, les multinationales ont substitué des  investissements à l’étranger aux exportations. Ainsi dans l’Automobile,  les entreprises Renault et PSA auraient fortement réduit l’activité d’assemblage en France en délocalisant la production sur le sol français de véhicules légers -30% entre 1997 et 2016, alors que la production mondiale de ces deux groupes pour ces véhicules bondissait de 60 %. Les bénéfices de ces stratégies ne sont pas les mêmes pour l’économie française en matières d’emplois. Les revenus tirés des investissements à l’étranger n’auraient pas été utilisés pour renforcer l’appareil productif et développer des emplois sur le sol français.

 

 

2 – les IDE entrants (inflows) sur longue période

Les IDE entrants peuvent créer des emplois sur le territoire national. La part des IDE entrants en % du PIB est proche en France et ne Allemagne entre 2010 et 2019 (1% du PIB). Mais elle a été supérieure en Allemagne avant 2010 (tableau suivant).

Investissement étranger direct entrant : en % du PIB par pays

 

 

3 – l’évolution des IDE en 2019

Les flux d’IDE sortants des économies développées ont augmenté de manière significative en 2019 par rapport à l’année précédente, passant de 534 milliards de dollars américains à 917 milliards de dollars américains en 2019. Cette augmentation est principalement due à une résurgence des flux sortants en provenance d’Amérique du Nord. Après une année de régression  en provenance de cette région en 2018, les IDE sortants d’Amérique du Nord ont atteint en 2019 15 % des investissements directs étrangers mondiaux. Les économies développées d’Asie et d’Océanie ont eu une part comparable (18 %). La part des économies développées d’Europe était double (36 %). Du côté des bénéficiaires, l’Asie et l’Océanie sont restées la principale région d’accueil des IDE dans le monde en développement, attirant 31 % des IDE. Les économies en développement d’Amérique et d’Afrique en ont reçu, respectivement, 11%  et 3%.

Flux d’investissements directs étrangers par groupe d’économies

La base de données sur les flux d’IDE gérée par la CNUCED permet d’établir le palmarès des principaux principaux pays investisseurs et des pays d’accueil d’IDE. La France est beaucoup mieux placée en 2019 comme investisseur à l’étranger que comme pays d’accueil.

 

Flux sortants d’investissements directs étrangers, 20 premières économies d’origine, 2019

Flux entrants d’investissements directs étrangers, 20 premières économies d’origine, 2019

 

 

b) Les stocks d’IDE

Les stocks d’IDE à l’étranger rapportés au PIB sont plus élevés en France qu’en Allemagne. On retrouve en grande partie les typologies observés pour les flux. Sauf que la part des stocks d’IDE de l’Espagne est plus faible que celle de la France.

Investissement étranger direct : stocks sortants, annuel en % du PIB

 

 

 

b) Les bénéfices réinvestis d’investissements directs étrangers – opération D43 du TEE (source Eurostat)

Il y a investissement direct étranger lorsqu’un achat d’actions conduit à contrôler plus de 10 % du capital social d’une entreprise étrangère. Il y a donc des IDE de la France vers le reste du monde (RDM), et des IDE du RDM vers la France. Envisageons les IDE de la France dans le RDM (le traitement des revenus engendrés par les IDE du RDM en France est symétrique). Ces IDE s’accumulent et leur stock est à l’ origine de revenus versés à l’investisseur, notamment sous la forme de dividendes (ces revenus sont inclus dans les bénéfices réinvestis d’investissements directs étrangers – opération D43 du TEE) qui apparaissent en emplois du RDM et dans les bénéfices réinvestis d’investissements directs étrangers à la même ligne des ressources des secteurs institutionnels (SI) investisseurs, à savoir les sociétés non financières et financières : SNF et SF (bénéfices reçus). Mais une partie des bénéfices des sociétés ne sont pas distribués. La comptabilisé nationale fait comme si ces bénéfices non distribués étaient tout de même versés à l’investisseur et comme si celui-ci les réinvestissait immédiatement. On constate effectivement dans le TEE que le RDM verse (c’est un emploi pour lui) des « bénéfices réinvestis d’investissements directs étrangers » ; une grande partie sont reçus par les SNF et une autre partie par les SF (Ce sont pour elles des ressources). Le fait que SNF et SF les réinvestissent immédiatement est pris en compte dans la ligne « actions » du compte financier.

L’intérêt d’un tel traitement est de mieux décrire l’évolution réelle du revenu des sociétés en France et de l’accroissement de leurs actifs financiers; et on observe que, compte tenu de la croissance vertigineuse des flux d’IDE, les bénéfices réinvestis sont devenus sensiblement plus importants.

Ceci étant dit, il n’apparaît pas vraiment une hausse plus forte des bénéfices réinvestis reçus d’IDE par les SNF en France qu’en Allemagne et au Royaume-Uni. En revanche, ceux ci sont plus importants que dans les autres pays, telle l’Italie. Ceci apparaît dans les deux graphiques suivants. Ceux-ci sont bien plus élevés en Allemagne qu’en France. Mais leur niveau absolu est moins significatif que ces bénéfices rapportés au PIB.

En France, on observe une forte hausse de ces bénéfices entre 1995 et 1998 puis de 2002 à 2007. Mais la crise de subprimes marque une chute en 2008 suivi d’une certaine stabilité durant 10 ans avec une nouvelle baisse depuis 2019, certes moins impressionnante qu’au Royaume-Uni.

Bénéfices réinvestis d’investissements directs étrangers (reçus) en milliards d’euros

Cumul des Bénéfices réinvestis d’investissements directs étrangers (reçus) dans les principaux pays de l’UE en milliards d’euros entre 2002 et 2019

 

 

 

 

 

2/ Mondialisation de l’activité et firmes multinationales

Le développement des firmes multinationales s’appuie sur d’importants IDE. Ces firmes sont au cœur des chaînes de valeur mondiales.

 

a) Poids des filiales étrangères des multinationales en France

Entre 1993 et 2017, la part de la valeur ajoutée nationale réalisée par les entreprises françaises sous contrôle d’une firme multinationale étrangère a tout d’abord crû de 9,3 % à 16,8 % de 1993 à 2013, et augmente plus légèrement par la suite (17,2 % en 2017). En ce qui concerne la part des emplois, elle a d’abord augmenté fortement entre 1993 (9,5 %) et 2003 (14,0 %) avant de diminuer à 13,1 % en 2017 (graphique suivant). Ce tassement est confirmée en 2019 : la valeur ajoutée y représente 16,2% et l’emploi 13,2% (tableau suivant). En 2019, en France, les firmes multinationales représentent 1 % des entreprises des secteurs principalement marchands non agricoles et non financiers. Toutefois, elles emploient 48 % des salariés en France et génèrent 56 % de la valeur ajoutée brute produite sur le territoire français.

La présence de multinationales sous contrôle étranger est moins importante dans l’économie française que dans celle du Royaume-Uni voire de l’Allemagne.

 

Valeur ajoutée et emploi des firmes multinationales étrangères

Champ : France, unités légales et entreprises profilées des secteurs marchands non agricoles et non financiers. Source : Insee, Suse (1993, 2003), Lifi, Ésane (2017).

 

Répartition des entreprises selon le type de contrôle en 2019

L’implantation en France des firmes multinationales sous contrôle étranger correspond le plus souvent à des entreprises de taille intermédiaire (ETI). L’industrie manufacturière concentre le plus d’emploi sous contrôle étranger (37 %), devant le commerce (25 %). Les firmes multinationales sous contrôle étranger emploient 1,6 million de salariés en France.

 

Valeur ajoutée par secteur en fonction des types de contrôle des entreprises en 2019 en milliards d’euros

Au total, en 2018, 112 pays étrangers contrôlent des entreprises en France. Parmi eux,  15 représentent 95 % de l’emploi en France sous contrôle étranger. Les pays européens en concentrent 54 %, au premier rang desquels l’Allemagne avec 321 000 emplois (intérim compris), suivie par les Pays‑Bas, le Royaume‑Uni et la Belgique (graphique suivant). Hors Union européenne, les multinationales sous contrôle américain totalisent le plus d’emplois en France (519 000, intérim compris), puis viennent la Suisse, le Japon et bien plus loin le Canada et la Chine.

Emplois en France sous contrôle étranger par pays d’origine en 2018 en milliers

 

 

 

 

b) firmes multinationales sous contrôle français en 2018

En 2018, à l’étranger, 39 % des salariés des firmes multinationales sous contrôle français travaillent dans l’Union européenne (UE) et 61 % dans le reste du monde. Les filiales en Allemagne, au Royaume‑Uni et en Espagne représentent 50 % des effectifs des firmes multinationales sous contrôle français dans l’UE. Au niveau mondial, les États‑Unis regroupent les effectifs les plus importants devant la Chine et le Brésil. 40 % des salariés des filiales sous contrôle français implantées à l’étranger travaillent dans les services, 36 % dans l’industrie.

Les firmes multinationales sous contrôle français réalisent 1 298 milliards d’euros de chiffre d’affaires dans leurs filiales à  l’étranger en 2018, soit la moitié de leur chiffre d’affaires mondial. Elles y emploient 6 ,2 millions de salariés, soit 57 % de leurs effectifs totaux, et donc beaucoup plus que les effectifs des filiales étrangères en France (voir ci-dessus).

Parmi elles, les grandes firmes multinationales regroupent 42 % des filiales à l’étranger des firmes multinationales françaises. La moitié de ces grandes firmes sont implantées dans au moins 12 pays étrangers. Elles réalisent 83 % du chiffre d’affaires et emploient 77 % des effectifs des filiales françaises à l’étranger. À l’opposé, les firmes multinationales sous contrôle français de taille petite ou moyenne ne représentent que 2 % du chiffre d’affaires et 3 % des salariés à l’étranger. Elles réalisent la majorité de leur chiffre d’affaires en France.

La  progression s’est ralentie entre 2014 et 2017 mais repart à la hausse en 2018.

Effectifs et chiffre d’affaires à l’étranger des firmes multinationales sous contrôle français en 2018 par taille

 

Chiffre d’affaires des entreprises étrangères contrôlées par des firmes multinationales françaises

Champ : firmes multinationales sous contrôle français, hors services non marchands et banques. Source : Insee, Ofats 2018.

 

 

c) Les filiales étrangères dans l’UE : faiblesse en France

Dans la base de données Eurostat, les statistiques sur les filiales étrangères (FATS) couvrent la structure et les activités des entreprises qui contrôlent des entreprises à l’étranger (FATS sortantes) ou qui sont contrôlées par des entreprises étrangères (FATS entrantes). L’entreprise A est dite contrôlée par une entreprise B lorsque l’entreprise B contrôle directement ou indirectement plus de la moitié des voix attribuées aux actionnaires.

L’enquête Outward-FATS est annuelle: elle est réalisée pour la France par l’Insee en collaboration avec la Banque de France, et fournit des informations sur les ventes et l’emploi des filiales à l’étranger des FMN domestiques (mais pas sur la valeur ajoutée). Les données sur les implantations étrangères dans les pays européens proviennent de l’enquête annuelle Inward-FATS réalisée par l’Insee pour la France. Comme ces filiales sont présentes dans le pays où a lieu l’enquête, on dispose de bien plus d’informations que pour Outward-FATS, en particulier la valeur ajoutée.

Les statistiques relatives à la structure et à l’activité des filiales étrangères (FATS) fournissent des informations qui peuvent être utilisées pour évaluer l’impact des entreprises sous contrôle étranger sur l’économie européenne. Ces données permettent aussi de contrôler l’efficacité du marché intérieur et l’intégration progressive des économies dans le contexte de la mondialisation. L’un des modes de fourniture d’activités économiques à l’étranger est la présence commerciale par la création de filiales étrangères sur le territoire d’un autre pays.

Certaines activités comme les activités agricoles, financières, etc,… ne sont pas comprises dans ces données. Il est assez délicat de rapporter la valeur ajoutée aux coûts des facteurs de l’ensemble de l’industrie et services marchands; réparation d’ordinateurs, de biens personnels et domestiques; sauf les activités financières et d’assurances à la valeur ajoutée de ces activités correspondante sur le territoire économique qu’on a estimée. Pour le numérateur, il n’y a pas de souci : c’est le même que sur la base Insee, soit par exemple 170 Mds en 2018 et 173,2 Mds en 2019 (voir tableau précédent). Mais pour le dénominateur, on n’a pas d’autre choix, compte tenu des données disponibles, que de prendre la valeur ajoutée des SNF moins la VA des branches « Arts, spectacles et activités récréatives; autres activités de services; activités des ménages et extra-territoriales » moins les impôts (nets de subventions) liés à la production.

Les données de la base Eurostat confirment celles de la CNUCED et de l’OCDE : la France n’est pas vraiment un pays d’accueil des filiales étrangères en terme de valeur ajoutée rapportée au PIB (voir page Désindustrialisation par pays). En revanche, les multinationales françaises créent bien plus d’emplois à l’étranger (rapportés aux emplois salariés domestiques) que leur principaux concurrents de l’UE.

 

tableau 40 filiales étrangères Eurostat

Les filiales étrangères ont un poids plus important dans la plupart des autres pays de l’UE qu’en France. Le ratio de la VA de ces filiales dans la VA totale en France est de 15% en 2018 (16% dans la source Insee). Il est de 23,1% dans l’UE des 27 pays. Il n’est pas étonnant qu’il soit de 67,9% en Irlande  avec la relocalisation d’actifs de la propriété intellectuelle en Irlande (voir page PIB irlandais). Mais il est aussi assez élevé dans la plupart des pays de l’Est de l’Europe avec les nombreuses délocalisations de France et d’Allemagne. Il n’y a qu’en Italie où le ratio est à peine supérieur à celui de la France (16,4%).

Avec plus de 1.220 décisions d’investissement en 2021, la France bat son précédent record et creuse l’écart en tête du classement européen. Mais les projets accueillis créent moins d’emplois que dans les autres pays.

Valeur ajoutée aux coûts des facteurs des firmes multinationales étrangères dans la valeur ajoutée totale de différents pays de l’UE en %

On retrouve ce ratio faible en France dans le secteur de l’industrie. Parmi les principaux déterminants de la localisation des sites de production, la France bénéficie certes d’une position avantageuse en termes de potentiel de marché du fait de la taille de son économie, de la qualité de ses infrastructures et son positionnement au cœur du marché unique. Elle bénéficie de taux d’intérêt plutôt avantageux qui se traduisent par un faible coût de l’endettement pour ses entreprises. La France ne se distingue pas négativement quant à la qualité de ses institutions, ce qui exclut que ces facteurs aient joué fortement contre la localisation des sites de production sur son territoire. Elle est classée de manière plus défavorable que certains de ses partenaires en ce qui concerne le niveau de compétences de la main-d’œuvre ainsi que pour les indicateurs de qualité de l’environnement des affaires mais ces indicateurs ne se sont pas nettement dégradés dans les années 2000 au moment où le recul de l’industrie a été le plus marqué. Par ailleurs, de grands pans de ce qui fait la qualité de l’environnement des affaires est commun aux pays de l’Union européenne. C’est également vrai pour la politique commerciale et la politique de la concurrence ainsi que pour le taux de change pour les pays de la zone euro, ce qui exclut ces facteurs comme des explications possibles d’une désindustrialisation plus rapide de la France par rapport à ses partenaires européens. Le niveau de l’euro, qui a fortement crû dans les années 2000 et a fluctué aux alentours de 1,40 dollar de 2007 à 2014, a souvent été avancé comme facteur de la dégradation de la balance commerciale.

 

 

 

d) Les filiales à l’étranger de l’UE : nette importance de la France

C’est le contraire pour les filiales des pays de l’UE à l’étranger. La France est parmi les pays de l’UE celui dont le nombre de personnes employées rapportés aux effectifs salariés estimés sur le territoire des activités. Les unités statistiques sont les entreprises et succursales à l’étranger qui sont contrôlées par une unité institutionnelle résidente de l’économie déclarante qui n’est elle-même pas contrôlée par une autre personne morale ou privée. En général, la ventilation par activité économique couvre les sections de la nomenclature B à S de la NACE Rev.2 (hors O, donc Administration publique, défense, éducation, santé humaine et action sociale).

La France est le pays de l’UE où les personnes employés par des filiales à l’étranger est le plus élevé : 6,6 millions en 2018 (chiffre un peu supérieur à celui de l’Insee : 6,2 millions). En terme de ratio par rapport aux salariés occupés dans le pays d’origine de la maison-mère, la France n’est pas en tête : 38,7%, certains petits pays ayant un ratio supérieur (Danemark, Suède, Irlande, ce dernier pays étant un cas particulier). Mais le ratio français est sans commune mesure plus élevé qu’en Allemagne et au Royaume-Uni (autour de 20%), en Italie (12,3%) ou en Espagne (8,6%).

tableau 38 filales à l’étranger eurosat

En évolution la croissance des personnes employés par des filiales à l’étranger est particulièrement forte en France durant la décennie 2010 : + 42%, beaucoup plus qu’en Allemagne (+31%) et que dans les pays du Sud de l’UE avec même une baisse au Royaume-Uni (-18%) (tableau suivant), un peu moins en revanche qu’au Danemark, Irlande.

Nombre de personnes employées des filiales à l’étranger sauf l’agriculture et l’Administration publique, défense, éducation, santé humaine et action sociale en milliers en 2018

 

 

Personnes employées des filiales à l’étranger sauf l’agriculture et l’Administration publique, défense, éducation, santé humaine rapportés aux effectifs employés sur le territoire de la maison-mère en 2018 en %

Nombre de personnes employées des filiales à l’étranger sauf l’agriculture et l’Administration publique, défense, éducation, santé humaine et action sociale après la crise de 2009 en milliers

 

Où sont crées ces emplois par des filiales françaises à l’étranger ? Pour 3 millions ils le sont en Europe dont 2,2 millions dans l’UE, et 430 000 chacun au Royaume-Uni et dans le reste de l’Europe. 3,6 millions appartiennent aux autres continents dont 1,7 millions en Amérique, 1,4 millions en Asie et  460 000 en Afrique. À l’intérieur de l’UE, 21,3% des emplois des filiales françaises le sont en Allemagne, 18,2% en Espagne, 12,6% en Italie mais 11,6% en Pologne et 6,8% en Roumanie.

tableau 39 filiales à l’étranger France par pays eurosat

Personnes employées des filiales françaises à l’étranger sauf l’agriculture et l’Administration publique, défense, éducation, santé humaine par pays en milliers

Personnes employées des filiales françaises à l’étranger sauf l’agriculture et l’Administration publique, défense, éducation, santé humaine par pays de l’UE en % du total de ces effectifs

 

 

 

 

 

3/ les chaînes de valeur mondiales des entreprises en Europe [7]

L’approvisionnement internationale des fonctions commerciales est une caractéristique clé alors que les entreprises européennes mondialisent de plus en plus leurs processus de production. Pour en savoir plus sur ce phénomène, la nouvelle enquête International Sourcing (IS) sur les chaînes de valeur mondiales (précédemment appelée «enquêtes sur la délocalisation internationale») a collecté des données sur l’organisation internationale et le « sourcing » (externalisation) des fonctions commerciales dans 16 pays européens, couvrant les périodes 2014-2016 et 2015-2017.  À noter que la France dont on vient de voir l’importance en terme de délocalisation à l’étranger ne fait pas partie de l’enquête d’Eurostat de 2017. Les résultats de l’enquête couvrent près de 60 000 entreprises comptant chacune plus de 50 personnes occupées. Ces enquêtes sont principalement motivées par la nécessité de mesurer l’externalisation et la délocalisation, ou plus précisément la délocalisation d’emplois et la valeur ajoutée à l’étranger. La délocalisation internationale dans le cadre des CVM étant étroitement liée aux fonctions des entreprises, celles-ci peuvent être utilisées pour décrire la délocalisation.

– Le « sourçage-approvisionement » sourcing » en anglais) est le transfert total ou partiel des fonctions commerciales (fonctions de base ou de soutien) actuellement exercées en interne par une entreprise résidente vers des entreprises non affiliées (fournisseurs externes) ou affiliées situées dans le pays ou à l’étranger.

– Le « sourçage » peut être intérieur au pays ou extérieur au pays. On distingue ainsi le sourçage international auprès d’une filiale étrangère ou d’une filiale au sein du même groupe d’entreprises multinationales (« internalisation ») et le sourçage auprès de fournisseurs externes au groupe (« externalisation »).

– Externalisation : On appelle externalisation dans le pays (« domestic sourcing ») tout transfert, total ou partiel, d’activités qui étaient développées au sein d’un groupe (partie implantée dans le pays) vers d’autres sociétés externes à ce groupe et implantées dans le pays.

– Délocalisation : On appelle délocalisation (« international sourcing ») tout transfert, total ou partiel, d’activités qui étaient développées dans la partie implantée dans le pays d’un groupe ou réalisées par une autre société (sous-traitant par exemple) implantée dans le pays vers d’autres sociétés situées à l’étranger, appartenant (entreprises affiliées) ou non (non affiliées) au groupe. Cette définition exclut le déplacement à l’étranger des fonctions de base ou de support de l’entreprise sans réduction d’activité et/ou d’emplois dans l’entreprise concernée. La délocalisation peut être donc interne au groupe (« within enterprise group abroad« ) ou externe au groupe (« outside enterprise group abroad« ). Si elle est interne, des filiales de service des groupes industriels peuvent développer à l’étranger une partie de leurs activités vers l’extérieur du groupe (voir page Comptes de l’industrie).

– Relocalisation : On appelle relocalisation, tout transfert total ou partiel d’activités de l’étranger vers le pays. Ces activités proviennent de sociétés, appartenant ou non au même groupe, implantées à l’étranger et sont déplacées vers le pays dans une société appartenant ou non au groupe.

Entre 2014 et 2017, la délocalisation des fonctions des entreprises en Europe présentent plusieurs grandes tendances :

  • la délocalisation internationale se fait majoritairement d’un État membre de l’Union européenne à un autre, ce qui souligne l’importance du marché unique européen quelles que soient les principales destinations de sourcing à la hausse, telles que la Chine et l’Inde;
  • la part la plus importante de la délocalisation internationale est observée dans les petites économies ouvertes, notamment les pays scandinaves, où le coût de la main-d’œuvre est élevé;
  • la délocalisation est principalement utilisée par les entreprises manufacturières;
  • la délocalisation de fonctions administratives et de gestion ainsi que de services des Technologies de l’information et de la communication (TIC) à l’étranger est la plus fréquente: plus d’un tiers des entreprises qui utilisent la délocalisation internationale le font pour des fonctions administratives et de gestion; Il y a des indications que la vague de « sourcing » de services TIC depuis le début des années 2000 a atteint un plateau, les services administratifs et de gestion les dépassant dans le « sourcing » total en Europe;
  • la réduction des coûts reste la principale motivation de la délocalisation internationale. Toutefois, les entreprises ont de plus en plus recours à la délocalisation à l’étranger pour pouvoir se concentrer sur leur activité principale.

 

a) groupes, entreprises, filiales

Le premier tableau fait référence aux unités. Il décompose les entreprises par identification du groupe d’entreprises et par activité. On distingue dans les entreprises (qui peuvent comprendre une ou plusieurs unités légales et qui ont une autonomie de décision), les entreprises qui appartiennent à un groupe et celles qui n’appartiennent pas à un groupe. Parmi celles qui appartiennent à un groupe, l’une est la tête de groupe; les autre sont des filiales. La tête du groupe de celles-ci peut être située dans son propre pays, dans l’UE ou en dehors de l’UE (voir encadré et tableau suivant).

Les groupes sont plus importants dans les pays de l’ouest de l’Europe et surtout dans les pays scandinaves. Ils le sont encore plus dans l’industrie que dans les services et la construction. 92% des entreprises de l’industrie appartiennent à un groupe en Suède. Les proportions varient aussi selon que la filiale a sa tête de groupe dans son propres pays ou à l’étranger.

Entreprises par identification du groupe d’entreprises Total – ensemble des activités NACE (2017)

Entreprises par identification du groupe d’entreprises Total – industrie (2017)

 

 

b) L’e « sourcage » (« approvisionement ») des entreprises

La part la plus élevée de l’approvisionnement international se trouve dans les petites économies ouvertes (pays scandinaves, Pays-Bas, Autriche) avec des coûts de main-d’œuvre élevés (graphique suivant).

La plupart des entreprises européennes s’approvisionnent localement : Bien que les entreprises européennes utilisent d’une certaine manière l’approvisionnement international, elles appliquent toujours le modèle commercial de l’approvisionnement des fonctions de base ou de support dans leur propre pays plus qu’à l’international (à l’exception des Pays-Bas). L’approvisionnement national est plus fréquent que l’approvisionnement international dans la plupart des pays, avec la plus grande différence entre l’approvisionnement international et national en Roumanie, en Hongrie et en Finlande (graphique suivant). En général, le sourçage domestique (7,5 %) est plus de deux fois plus fréquent que le sourçage international (3,2 %).

Développer une stratégie de global sourcing consiste à mettre en place une politique internationale d’approvisionnement industriel. Cela se fait à plusieurs niveaux : la recherche d’une logistique internationale, l’obtention de matières ou de composants non disponibles sur le territoire d’origine, l’approvisionnement d’usines implantées à l’étranger, etc. Maîtriser sa chaîne logistique (c’est-à-dire l’ensemble des maillons de la logistique d’approvisionnement, que ce soit les achats, la gestion des stocks, la manutention, le stockage, etc.), serait la clef de voûte d’une bonne stratégie. Le sourçage international est plus développé dans l’industrie que dans l’ensemble de l’économie.

Entreprises par statut d’approvisionnement (2014-2017) : ensemble des activités en % de toutes les entreprises interrogées (une entreprise peut avoir plusieurs statuts de sourçage) (*)

Entreprises par statut d’approvisionnement (2014-2017) : Industrie sauf construction en % de toutes les entreprises interrogées (une entreprise peut avoir deux statuts de sourçage) (*)

 

La production industrielle  stimule l’approvisionnement international. Dans les grandes économies, les entreprises qui s’approvisionnent à l’étranger sont majoritairement dans le secteur manufacturier. L’Italie a un niveau particulièrement élevé d’entreprises manufacturières qui s’approvisionnent à l’international (63 %), suivies de l’Allemagne (55 %) et de la Hongrie (54 %).

Dans l’ensemble des États membres, les entreprises qui s’approvisionnent à l’international dans l’industrie et dans les secteurs marchands  non financiers (hors industrie) sont réparties de manière égale (50 % contre 50 %) (graphique suivant). Dans 11 des 16 pays, les entreprises s’approvisionnant à l’international dans les secteurs marchands  non financiers (hors industrie) sont majoritaires. Cependant, l’Italie et l’Allemagne sont les plus grandes économies de l’échantillon et elles ont toutes deux une majorité d’entreprises qui s’approvisionnent à l’international dans le secteur industriel.

Parmi les secteurs d’activités des entreprises non industriels s’approvisionnant à l’international, on trouve surtout des entreprises du commerce, des transports et de la logistique, mais aussi de services d’ingénierie et des activités scientifiques et techniques.

Entreprises ayant eu recours à l’approvisionnement international par pays et par agrégat NACE (2014-2017)
(% de toutes les entreprises interrogées s’approvisionnant à l’international)

Entreprises ayant eu recours à l’approvisionnement international, par code NACE (2014-2017) (% de toutes les entreprises interrogées s’approvisionnant à l’international)

 

 

Les entreprises qui s’approvisionnent au sein de leurs groupes d’entreprises sont prédominantes (internalisation). Les entreprises multinationales sont les moteurs de la mondialisation et c’est également le cas avec l’approvisionnement international.

S’agissant de l’approvisionnement international, 21 % des entreprises procèdent à l’internalisation de leur approvisionnement tandis que seulement 11 % ont externalisé leurs fonctions commerciales à l’étranger (graphique suivant). Les parts les plus élevées d’internalisation se trouvent aux Pays-Bas, en Allemagne et en Italie, tandis que les plus faibles se trouvent en Slovaquie et en Roumanie. La part la plus élevée d’externalisation se trouve au Portugal, tandis que les parts les plus faibles se trouvent en Slovaquie, en Pologne et en Hongrie.

Internalisation et d’externalisation des entreprises à l’étranger (2014-2017) en % de toutes les entreprises d’approvisionnement interrogées

 

 

 

c) approvisionnements étrangers principalement originaires de l’UE

Parmi les fournisseurs externes étrangers des quelques 5300 entreprises des pays enquêtés, les deux tiers appartiennent à des pays de l’UE à 28 pays,10% à des pays de l’Europe hors UE, 6% à la Chine mais 11% à l’Inde (graphique suivant). Cela semble indiquer que la proximité est toujours un facteur important lors de l’approvisionnement international (graphique suivant), les plus grandes économies émergentes jouant un rôle important.

 

La Chine et l’Inde, deux économies émergentes de premier plan, sont toutes deux des sites importants pour les fonctions commerciales provenant de l’UE. Ils attirent différents types de fonctions commerciales. Sans surprise, la Chine est forte pour attirer des fonctions commerciales de base (7 %), généralement dans le secteur manufacturier.  Les entreprises au Danemark, en Roumanie et en Italie s’engagent le plus dans l’approvisionnement de fonctions de base en Chine, les entreprises en Hongrie, en Autriche et en Pologne le moins.

D’autre part, le rôle de l’Inde est important dans la fourniture de services de soutien aux entreprises à l’échelle mondiale. Les pays de l’UE sont trois fois plus susceptibles de confier leurs fonctions de support à l’Inde (12 %) qu’à la Chine (4 %), en particulier les Pays-Bas, la Lettonie et la Finlande. Le Portugal se situe à l’opposé du spectre, sans aucun approvisionnement en Chine et le plus faible approvisionnement en Inde (4 %).

Entreprises par pays de destination du « Sourçing » international en % en 2014-2017

 

 

 

 

 

d) Les fonctions des entreprises

L’enquête distingue les différentes fonctions commerciales

  • Fonction principale de l’entreprise (‘core business fonction‘) : Production de biens ou services finaux destinés au marché/pour des tiers réalisée par l’entreprise et générant des revenus et/ou fonction de soutien. La fonction commerciale de base équivaut dans la plupart des cas à l’activité principale de l’entreprise. Elle peut également inclure d’autres activités (secondaires) si l’entreprise considère qu’elles font partie de ses fonctions principales.
  • Fonction commerciale de support (‘support business fonction‘) : Les fonctions commerciales de support (activités annexes) sont exercées afin de permettre ou de faciliter la production de biens ou de services destinés au marché/pour le compte de tiers par l’entreprise. Les sorties des fonctions métiers support ne sont pas elles-mêmes destinées directement au marché/à des tiers. Les fonctions métiers de support sont réparties en :
    • Distribution et logistique
    • Marketing, vente et service après-vente
    • Services TIC
    • Fonctions administratives et de gestion
    • Ingénierie et services techniques connexes
    • Recherche et développement
    • Autres fonctions d’assistance

Les entreprises ont 75 % de personnes employées dans la fonction principale, avec le pourcentage le plus élevé de personnes employées dans la fonction principale en Roumanie (88 %) et en Bulgarie (85 %). L’Italie (66 %), le Danemark (74 %) et l’Allemagne (74 %) ont le moins de personnes employées dans la fonction principale par rapport à celles employées dans les fonctions de support (graphique suivant).

Emploi dans les entreprises – fonctions de base vs fonctions de support (2014-2017) (% de toutes les entreprises interrogées)

L’approvisionnement international était à l’origine un modèle utilisé par les entreprises manufacturières pour déplacer leur production à l’étranger, mais avec la croissance de la numérisation des services, le modèle d’approvisionnement s’est également étendu aux fonctions de service et aux entreprises de services. En termes relatifs, l’Allemagne a la proportion la plus élevée d’entreprises qui s’approvisionnent à l’international (68 %), suivie du Portugal (64 %). L’approvisionnement en fonctions essentielles — souvent dans le secteur manufacturier — est également relativement élevé en Suède, au Danemark, en Slovaquie et en Norvège.

En général, les entreprises s’approvisionnent plus fréquemment en fonctions de support qu’en fonctions de base. Environ 73 % des entreprises ont déclaré avoir fait appel à des fonctions de support, contre 51 % qui se sont procuré des fonctions de base. Ce n’est qu’en Allemagne que les fonctions de base sont recherchées plus fréquemment. L’importance des fonctions de support y est étonnante, compte tenu du fait que la plupart des entreprises qui s’approvisonnent à l’étranger sont dans le secteur manufacturier.

 

Entreprises s’approvisionnant à l’international par type de fonction commerciale sourcée (2014-2017) (% de toutes les entreprises interrogées s’approvisionnant à l’international)

La Fonction administrative et de gestion est la fonction commerciale de support la plus sollicitée à l’international alors que les deux enquêtes précédentes avaient montré l’importance relative des services TIC.  La proportion d’entreprises recourant à des fonctions administratives et de gestion était la plus élevée en Slovaquie, aux Pays-Bas et en Norvège (plus de 45 %). En revanche, en Bulgarie et en Roumanie, cette proportion était égale ou inférieure à 25 %.

Entreprises s’approvisionnant à l’international (2014-2017) (% de toutes les entreprises interrogées s’approvisionnant à l’international)

 

e) La réduction des coûts stimule l’approvisionnement international mais de moins en moins

Dans la plupart des pays, la principale raison pour laquelle les entreprises ont déménagé des fonctions à l’étranger entre 2014 et 2016 ou entre 2015 et 2017 était de réduire les coûts de main-d’œuvre et autres (graphique suivant). Toutefois, si l’on examine les enquêtes précédentes, les facteurs de motivation de la réduction des coûts semblent perdre de l’importance, la motivation à « se concentrer sur le cœur de métier » augmentant en importance, en particulier en Hongrie et en Autriche. Cela pourrait signifier que l’approvisionnement international motivé par la réduction des coûts qui a déjà été réalisée a atteint plus ou moins ses limites.

Estimation de l’emploi par fonction d’entreprise en % des personnes occupées : ensemble des activités  (2014-2017)

Emplois délocalisés à l’étranger par fonction d’entreprise  en %  des emplois perdus  : ensemble des activités (2014-2017)

 

L’accès à de nouveaux marchés peut aussi influencer la décision de délocaliser des fonctions commerciales, en particulier pour les entreprises mondiales. Souvent, l’accès à de nouveaux marchés nécessite des activités nouvelles ou étendues à l’étranger, généralement par le biais de filiales existantes ou nouvelles. Mais ceci n’est pas compté comme un « sourcing » international, car il n’y a pas de déplacement de fonctions commerciales. Par conséquent, l’accès à de nouveaux marchés n’est pas classé très haut comme motif de déplacement des fonctions commerciales à l’étranger.

Sélection de facteurs de motivation importants pour les entreprises qui s’approvisionnent à l’international (2014-2017) (% de toutes les entreprises interrogées s’approvisionnant à l’international)

 

f) Pertes d’emplois dues à l’approvisionnement international prédominant dans les petites économies ouvertes

Par définition, l’approvisionnement international implique que les emplois sortent de l’économie nationale, ce qui peut inquiéter les décideurs. Cette enquête internationale sur le sourcing mesure les pertes d’emplois en termes isolés, ce qui signifie qu’elle ne saisit pas directement les effets globaux des pertes d’emplois (par exemple, lorsque le sourcing permet à une entreprise de survivre). L’enquête tente de produire des preuves statistiques concernant l’impact de l’approvisionnement international sur l’emploi.

L’enquête fournit des informations sur le nombre d’emplois perdus de 2014 à 2016 ou de 2015 à 2017 en raison de la délocalisation de fonctions commerciales à l’étranger. Les pays ont signalé des pertes d’emplois dues à l’approvisionnement international par fonction commerciale et par activité de la NACE. Le graphique suivant montre les pertes d’emplois en proportion de l’emploi total déclaré dans l’enquête par fonction commerciale. Quelques valeurs aberrantes peuvent être remarquées, telles que des pertes d’emplois élevées dans les services TIC (4,7 %) et les services marchands à forte intensité de connaissances (3,4 %). Dans le secteur des entreprises non financières hors industrie, les fonctions d’ingénierie et services techniques connexes (4,5 %) et de recherche et développement (3,0 %) ont enregistré un nombre relativement élevé de suppressions d’emplois. Pour le secteur de l’industrie, seule la fonction de services TIC a enregistré des pertes d’emploi supérieures à 1 % (1,1 %).

Il est important de mentionner que l’approvisionnement de la « fonction de base » est beaucoup plus élevé en termes absolus que l’approvisionnement en services des TIC et de services marchands à forte intensité de connaissance.

Emplois perdus du fait de l’approvisionnement international, par fonction commerciale et agrégats NACE (2014-2017) (% du nombre de personnes employées dans toutes les entreprises interrogées par secteur)

 

 

 

 

 

 

 

 

VI –  RALENTISSEMENT DE LA MONDIALISATION DEPUIS 2009

La crise économique et financière récente a eu un impact très fort sur le commerce mondial : en 2009, alors que le PIB mondial diminuait d’environ 2 %, le volume des échanges de biens et services a chuté de plus de 10 %. Un fort rebond a suivi en 2010, avec une croissance de presque 13 % du commerce, quand le PIB mondial augmentait de 4,1 %. Les échanges commerciaux sont en général deux à trois fois plus volatils que le PIB ; Le commerce est en grande partie composé de biens manufacturés dont la demande est plus cyclique que celle des services et des produits agricoles. Les investissements, qui comprennent une proportion élevée d’importations, sont plus volatils que le reste de la demande. Enfin, lors d’une crise financière aiguë comme celle de 2008-2009, la restriction des crédits commerciaux ou la détérioration des garanties (plus indispensables encore aux exportations qu’aux transactions nationales) limitent les échanges internationaux ; ce facteur a indéniablement joué au cours de la crise de 2009.

 

1/ Le commerce mondial

Sauf précision, les données sont issues ici de l’OMC en milliards de dollars courants contrairement aux données du résumé issues de la CNUCED, en volumes chaînés.

Contrecoup de la crise financière de 2008, les échanges internationaux ont fortement reculé dès 2009. Toutefois, l’année 2017 s’est déroulée sous de meilleurs auspices, le commerce mondial de marchandises enregistrant sa plus forte hausse en six ans (+ 4,7 %) suivie de de + 4,4 % en 2018 et (+ 4 %) en 2019. Pourtant, les échanges n’ont jamais retrouvé leur dynamisme d’avant la crise, à savoir + 4,8 % en moyenne dans les années 1990. De 2009 à 2020, les exportations mondiales ont progressé de +3% par an contre +2,5% pour le PIB mondial.

La pandémie de COVID-19 a entraîné une baisse du commerce des marchandises (parfois dénommés « biens« ) de 8 % et le commerce des services commerciaux sous-traitant de 21% en glissement annuel en 2020. L’effet de COVID-19 sur les biens et services a différé,  avec des services plus durement touchés. Les services ont diminué de 30 % au deuxième trimestre 2020 par rapport à une baisse de 23 pour cent pour les marchandises au cours de la même période. Tandis que les confinements ont entraîné l’annulation de vols, de séjours à l’étranger,  repas au restaurant et activités culturelles/récréatives,  la demande de biens essentiels s’est maintenue dans toutes les grandes économies.  Contrairement aux biens, les services ne peuvent pas être stockés, ce qui signifie que la plupart des pertes de revenus sont susceptibles d’être permanentes.

Du coup la part du commerce des biens est remontée de 2016 à 2020, passant de 76% à 78% (mais 75,5% en 2019) contre 80% en 2006.  En 2020, ce ratio est quasiment le même qu’en 2009 (premier graphique). Une différence avec la crise de 2009, c’est que cette fois les échanges mondiaux de service sont plus affectés que ceux des biens (second graphique).

Part du commerce des marchandises (biens) dans le commerce mondial en %

Commerce mondial de biens et services entre 2008 et 2020 en taux de croissance annuelle

a) Les marchandises

Les exportations de produits agricoles ont augmenté en moyenne de 2,7 % par an de 2006 à 2020. En revanche, les exportations de produits combustibles et miniers ont baissé en valeur, principalement en raison de la diminution de leurs prix (- 16,5 % par exemple sur la seule année 2016) et de l’appréciation du dollar américain, ce qui a permis d’acheter les mêmes quantités de marchandises avec moins d’unités monétaires. Les exportations mondiales de produits manufacturés sont passées de 8 267 milliards de dollars en 2006 à près de 12 000 milliards en 2020, soit un léger recul par rapport à 2014. Et quant à la croissance observée en entre 2009 et 2020, c’est un chiffre bien inférieur au taux de croissance annuel moyen de 4,7 % enregistré depuis 1980. En résumé, la crise financière de 2009 a fortement ralenti les échanges de marchandises, et, même s’ils paraissent retrouver un certain dynamisme entre  2017 et 2019, ils sont encore loin des niveaux de croissance d’avant la crise : +3% par an entre 2009 et 2020.

Depuis 2012, les échanges internationaux évoluent de façon moins heurtée, mais n’ont pas, pour autant, retrouvé leur tendance d’avant-crise. Étant donné la baisse du prix moyen des biens et services échangés, la valeur en dollars courants des échanges mondiaux a quasiment stagné au cours de ces trois dernières années.

Tableau 26 commerce mondial de marchandises source OMC

Commerce mondial de marchandises par groupes de produits entre 2006 et 2020 en  milliards de dollars

Les exportations mondiales de produits manufacturés ont diminué de 5,2 % en 2020, tandis que les exportations totales de marchandises ont diminué de 7,7 pour cent au total. Les combustibles et produits miniers diminué de 23,9 % en 2020, en raison d’une forte baisse d’énergie prix et une baisse de la demande. Les exportations de produits agricoles produits ont augmenté de 0,9 %t en 2020 autant de pays dépendait des exportations alimentaires pendant la crise du COVID-19. 

En raison de la demande de protection équipement personnel, exportations mondiales des textiles a augmenté le plus parmi les produits manufacturés en 2020, en croissance de 16,0 pour cent. Les exportations de produits automobiles ont souffert des perturbations des chaînes de production et de la faible demande en 2020, en baisse de 16,4 %.

Exportations mondiales de marchandises de produits manufacturés entre 2019 et 2020,  (en volume en %)

Toutes les régions ont enregistré des baisses du commerce des marchandises en 2020. Le commerce en termes nominaux en dollars des États-Unis a chuté plus fortement que le commerce des termes de volume. L’impact de la pandémie sur le commerce des marchandises a différé d’une région à l’autre.

Commerce mondial de marchandises par région, entre 2019 et 2020 (Variation annuelle en %)

 

b) Les services

Portés par le développement du numérique et l’accélération des technologies de l’information et de la communication (TIC), les échanges de services commerciaux ont augmenté depuis dix ans : les exportations sont ainsi passées de 2 900 milliards de dollars en 2006 à 4 800 milliards en 2020 (6000 milliards en 2019). Mais la progression du commerce mondial de services s’est considérablement réduite, comparée aux deux décennies précédant la crise de 2008. En 2015, il a même reculé de 5,5 % par rapport à 2014, et il n’a crû que de 0,1 % en 2016. L’OMC justifie ce repli essentiellement par l’appréciation du dollar, qui aurait pesé sur les échanges. Entre 2014 et 2020, les exportations de services ont dimuné de -1% par an.Dans le détail,  on constate que le recul a touché surtout les voyages (-12,5% par an) les exportations de services de transport (- -1,3% par an) . Les autre services et les ervices liés aux biens ont eux en recanche progressé resopectivement de +2,4% et 0,4%.

Tableau 27 commerce mondial de services source OMC

Commerce mondial de services par groupes de produits entre 2006 et 2020 en  milliards de dollars

 

Les voyages et les transports ont été les plus durement touchés par COVID-19 et les restrictions de voyage associées. Les dépenses des voyageurs internationaux ont diminué de 81 pour cent et les transports de 29 pour % au deuxième trimestre de 2020. La baisse des transports a été similaire à la baisse de la crise financière de 2009. Cependant, contrairement à 2009, la baisse du commerce des services de transport a été principalement expliquée par des restrictions au transport de passagers et une baisse de la demande de transport international des voyageurs plutôt que par de fortes baisses du transport de marchandises.

Commerce mondial des services commerciaux par secteurs, trimestriel, 2008-2020, Variation en pourcentage d’une année sur l’autre

Valeur du commerce des voyages de 2016 à 2020 en milliards de dollars

D’autres services commerciaux ont été touchés de manière inégale par la pandémie. Les secteurs nécessitant une proximité physique, comme le bâtiment,  et les services personnels, culturels et récréatifs, ont fortement chuté. Les services financiers, en revanche, ont continué de croître. Les services informatiques, les plus dynamiques secteur des services au cours des 10 dernières années,augmenté de 8 % en 2020,  par une évolution vers le télétravail et numérisation accrue. Avec des projets de construction retardés ou reporté dans de nombreux pays en raison de la pandémie, exportations mondiales de construction ont baissé de 18 % en 2020. La part des transports et des déplacements dans le commerce total des services est passé de 43 % en 2019 à 31 % en 2020. Les Autres services commerciaux – y compris les services financiers, services juridiques,  services informatiques et professionnels – ont augmenté leur part de 54 % à 66 %.

Exportations d’autres services commerciaux par sous-secteur, entre 2019 et 2020 (Variation en %)

c) Les acteurs du commerce mondial

Sans surprise, les échanges de marchandises et de services se concentrent autour d’un noyau dur formé de dix pays qui, à eux seuls, représentent plus de la moitié du commerce mondial, les cinq premiers en réalisant la plus grande partie. En effet, les échanges (en valeur) depuis la Chine, les États-Unis, l’Allemagne, la France et le Japon représentaient en 2016 près de 40 % du commerce global, laissant peu de place aux 159 autres pays membres de l’OMC. La Chine, en particulier, a su monter en puissance ces dernières années : elle a réussi à se hisser pour la première fois au rang de premier exportateur mondial en 2009 et à réaliser à elle seule 14 % des exportations mondiales en 2015 et 15,2% en 2020.  Alors que le commerce mondial était, jusque dans les années 1990, l’apanage des pays riches, la part des économies en développement augmente de plus en plus : en 2015, elle s’élevait à 41 % pour le commerce des marchandises (43% en 2020) et à 36 % pour les services.

Cette progression s’explique en partie par l’essor du commerce entre économies en développement, qui représentait plus de la moitié des exportations totales de ces pays en 2015 (jusqu’à 67 % pour les produits manufacturés). Les pays du Moyen-Orient, quant à eux, se distinguent ces dernières années par les exportations de services. Depuis 2012, ils enregistrent le plus fort taux de croissance pour ces exportations, grâce en particulier au dynamisme du transport aérien, du tourisme et des services informatiques. Les pays les moins avancés (PMA), en revanche, restent largement en marge des échanges mondiaux : ils pèsent ensemble moins de 2 %, tous secteurs confondus. Les pays africains sont particulièrement peu performants dans le domaine du commerce mondial des services, où les TIC jouent un rôle prépondérant. Ainsi, l’Afrique représentait 0,4 % des exportations mondiales de services informatiques en 2016, contre 62,6 % pour l’Europe, 23,5 % pour l’Asie et 61 % pour l’Amérique du Nord.

Exportations mondiales de marchandises, par région et par certaines économies, 1948, 1953, 1963, 1973, 1983, 1993, 2003 et 2020 (En milliards de dollars et en pourcentage)

 

 

2/ Une nouvelle ère pour les chaînes de valeur mondiales à partir de 2009

Bien que l’ensemble des économies semble avoir surmonté la crise financière et économique de 2008-2009, les échanges commerciaux n’ont pas retrouvé leur niveau d’avant-crise. On considère plutôt que cela traduit l’entrée du commerce mondial dans une nouvelle phase. « Ce ralentissement est avant tout un retour à la normale après une période d’expansion qui a vu les exportations mondiales passer d’environ 18 % du produit intérieur brut mondial en 1993 à 28 % en 2008 mais 30% en 2018. Une telle augmentation n’a rien de naturel, et la théorie économique ne prévoit pas que les échanges commerciaux doivent croître plus rapidement que le revenu.

Cet indéniable ralentissement du commerce mondial depuis 2009, concomitant de celui des échanges interbancaires (réduits d’un tiers entre 2008 et 2016), ne doit pas faire oublier une poursuite de la mondialisation dans ses autres aspects. Les inégalités dues à la globalisation de la finance et de l’économie continuent à augmenter, et ne touchent plus seulement les ouvriers les moins qualifiés. L’hyper-mondialisation s’est recomposée : les entreprises mondiales se sont redéployé (exemple des transferts des sièges sociaux  des GAFAM du numérique et autres multinationales en Irlande, aux Pays-Bas ou au Luxembourg durant toute la décennie 2010); la rhétorique protectionniste est clamée haut et fort durant la décennie 2010, mais les effets de la globalisation continuent de s’approfondir.

Alors qu’avant la crise de 2008, la hausse du commerce mondial était exacerbée par celle du produit intérieur brut (PIB) mondial avec, durant les années 1990 notamment, des échanges qui augmentaient trois fois plus vite que la croissance économique, le ratio croissance du commerce/croissance du PIB paraît revenir à un certain équilibre. « Entre 2009 et 2020, le ratio de la croissance du commerce à celle du PIB a diminué, tombant à environ 1,005 à la suite de la crise financière. Cela contraste avec le fait que la croissance du commerce a été en moyenne 1,5 fois supérieure à celle du PIB mondial depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Le ralentissement du commerce mondial puise principalement ses racines dans des facteurs structurels et non pas conjoncturels, comme la forte contraction d’après-crise de 2008 aurait pu le laisser penser.

 

a) Un rythme de croissance en deçà de celui d’avant-crise 2008-2009

La première explication au ralentissement du commerce mondial tient à l’atonie de la croissance du PIB. Il s’agit naturellement d’un déterminant de première importance, mais le ralentissement du PIB est moins marqué que celui du commerce. La croissance du PIB mondial, de 2,4 % à 2,6 % entre 2012 et 2014, diffère assez peu de sa moyenne sur la période 1995-2008 (3,1 %). Il en va tout autrement des échanges mondiaux de biens et services, dont la croissance en volume n’a pas dépassé 3,5 % entre 2012 et 2019, contre 6,9 % en moyenne au cours des années 1995-2008. Alors que la croissance du commerce mondial était deux fois plus élevée que celle du PIB avant la crise de 2009, elle peine à la dépasser ; la progression du seul commerce de marchandises est même moins élevée que celle du PIB en 2012 et 2013, et à peine égale en 2014. La faiblesse mondiale de l’investissement peut constituer l’une des explications de la baisse de l’élasticité du commerce à la croissance. Cependant, il ne semble pas que les changements intervenus dans la composition de la demande aient joué un rôle déterminant dans l’évolution de cette élasticité : pas plus la hausse de la part de l’investissement dans les années 2000, avant la crise, que sa baisse ultérieure. Mais La faiblesse de la demande mondiale n’expliquerait en réalité qu’un tiers du ralentissement observé.

Le commerce de la Chine, compte tenu de son poids et des transformations importantes qu’il a connues récemment, a joué un rôle important dans l’évolution globale. Mais, hors commerce chinois, l’évolution du taux d’ouverture mondial rompt aussi avec la tendance d’avant-crise.

 

b) Les enseignements du modèle de gravité

Le modèle de gravité identifie trois déterminants principaux de la valeur des échanges : les facteurs d’offre, identifiés à la valeur ajoutée industrielle ; ceux de demande, mesurés par le PIB ; l’existence éventuelle d’un accord commercial.

Les estimations du CEPII, réalisées sur la période précédant la crise (1995-2008), montrent qu’à une croissance de 1 % du PIB des pays partenaires était associée, toutes choses égales par ailleurs, une augmentation de la valeur de leurs échanges commerciaux de 1,4 % à court terme et de 1,7 % à long terme : voir [3]. Ces estimations peuvent être utilisées pour évaluer ce qu’auraient été, à relation inchangée entre le commerce et ses déterminants, les échanges après la crise compte tenu de la croissance économique des différents pays et de l’éventuelle entrée en vigueur de nouveaux accords commerciaux. Les résultats obtenus sont nettement supérieurs aux valeurs observées : alors que l’extrapolation du modèle estimé avant crise laissait attendre une croissance de 8 % par an en 2012 et 2013, la valeur en dollars du commerce mondial a stagné.

S’agissant de la zone Euro, le commerce intra-européen en volume n’a progressé entre 2012 et 2014 que de 0,4 % par an en moyenne. Exclure le commerce intra-européen rehausse de quelques dixièmes de pourcentage le chiffre moyen de croissance du commerce mondial, de 3,5 % à 3,8 %. Ce dernier chiffre reste sensiblement inférieur à la moyenne de 7,2 % de la période précédant la crise.  CEPII)». Pour la zone euro, dont la croissance du commerce extérieur (y compris intra-zone) a été faible, et même fortement négative en 2012, la faiblesse de l’écart entre l’évolution du commerce et celle qui était prédit peut étonner. Ce résultat montre que l’atonie du commerce s’explique essentiellement par la faiblesse de la croissance et non par un problème spécifique aux échanges (graphique suivant).

Tel n’est pas le cas aux États-Unis, au Japon, en Corée et surtout en Chine : pour ces quatre pays, la valeur du commerce observée est très en deçà de ce que laissaient attendre les évolutions de leur croissance et les comportements passés. Le phénomène est particulièrement marqué pour la Chine, où la croissance du commerce en valeur est inférieure de 13 points de pourcentage en 2012 et 2013 à celle prédite. Avant la crise, la Chine se démarquait par l’exceptionnel dynamisme de son commerce, dont la croissance excédait largement les valeurs prédites par le modèle.  Le coup d’arrêt à la progression du taux d’ouverture mondial – il s’établit autour de 29 % depuis 2011 – pourrait donc ne pas être un simple creux conjoncturel. Peut-être annonce-t-il un changement de tendance.

 

Niveaux « prédits » et observés du taux de croissance du commerce extérieur en valeur, par pays 1998-2013

.

c) Un essoufflement de la dynamique liée au fractionnement international des chaînes de valeur

Un autre facteur potentiel de changement structurel est lié aux chaînes de valeur mondiales. On désigne par ce terme la fragmentation du processus de production en un grand nombre de tâches effectuées dans des pays différents pour tirer le meilleur parti des différences de qualifications, de technologies, de disponibilités d’intrants et de prix des facteurs. La chaîne des tâches productives, sources de valeur ajoutée, décomposée de plus en plus finement entre pays, induit des échanges internationaux croissants. Ce processus a joué un rôle central dans l’accélération du commerce mondial dans les années 1990 et 2000. Il se traduit notamment par le fait que les exportations incorporent une part croissante d’intrants, et donc de valeur ajoutée, importés. On peut ainsi distinguer, dans les exportations de chaque pays, la valeur ajoutée qui a été importée et celle produite dans le pays lui-même : stable aux environs de 15 % en moyenne mondiale dans les années 1970 et 1980, la part de la valeur ajoutée importée atteint actuellement 25 % à 30 %.

L’OCDE avance d’autres facteurs pour justifier ce ralentissement, tels que la morosité de l’investissement et la politique commerciale : la stratégie commerciale des États-Unis entre 2016 et 2020 a entrainé un retour en force du protectionnisme.

Au-delà de la faiblesse relative de la croissance et de l’atonie persistante de l’investissement, les évolutions récentes du commerce mondial pourraient provenir d’un ralentissement de la dynamique liée au fractionnement des chaînes de valeur mondiales et constituer ainsi une rupture durable. Il paraît naturel que les gains liés à l’extension internationale des chaînes de production tendent à s’amenuiser au fur et à mesure de l’avancée du processus : les arbitrages les plus profitables ont déjà été effectués, les moteurs de ce mouvement (baisse des coûts de transports et de coordination distante) sont sujets à des rendements décroissants, et les politiques économiques ne peuvent être indéfiniment rendues plus favorables à l’extraversion.

En outre, la décennie 2010 a souligné que la division internationale fine des processus productifs peut aussi être un facteur de fragilité qui, perçu comme tel, peut limiter son approfondissement. Le tremblement de terre au Japon en 2011 ou les inondations en Thaïlande au cours de la même année ont ainsi perturbé l’activité d’usines situées à l’autre bout du monde, en particulier dans l’industrie électronique.

 

d) Une tendance à la relocalisation ?

Y-a-t-il une tendance à la relocalisation depuis une dizaine d’années ? Depuis la crise des subprimes, aux États-Unis, le coût salarial unitaire a augmenté, la robotisation s’est accélérée et le coût de l’énergie a baissé grâce au gaz de schiste. Tous ces paramètres conjoints, les re-localisations d’entreprises dont la production avait été délocalisées en Asie du Sud Est, en Chine ou en Afrique du Nord ont augmenté.

Ils y auraient deux raisons à cette tendance de relocalisations : d’abord, la hausse des coûts de transports, en particulier pour les entreprises pondéreuses, gourmandes en coûts de transports, comme l’industrie automobile. Ensuite, les coûts salariaux unitaires dans les pays du Sud, qui augmentent. Cela grève la compétitivité des entreprises qui s’étaient délocalisées. En 2008, le coût salarial unitaire d’un ouvrier chinois représentait 30% d’un ouvrier américain. Il représente 80% dix ans plus tard. Cependant, ces relocalisations restent minoritaires. On compterait en moyenne un cas de relocalisation pour vingt cas de délocalisation, et dans la plupart des phénomènes observés en Amérique et en Europe, il s’agit davantage d’une re-régionalisation (entreprises américaines se relocalisant au Mexique par exemple), plus près des marchés, mais pas forcément dans l’espace national.

 

 e) les transferts de technologie ne sont plus dans un sens

Entre 1995 et 2017, les États-Unis, le Japon, l’Allemagne, la France et le Royaume-Uni (le G-5) ont produit trois quarts de toutes les innovations brevetées dans le monde. Les autres grands pays — notamment la Chine et la Corée — ont commencé à apporter des contributions significatives au stock mondial de connaissances ces dernières années, rejoignant ainsi les cinq grands leaders dans un certain nombre de secteurs. Même si cela indique qu’à l’avenir, ces pays seront aussi des sources importantes de nouvelles technologies, pendant la période étudiée, le G-5 a constitué la majeure partie de la frontière technologique.

Le graphique ci-dessous donne une représentation de ces liens internationaux en matière de connaissances. Deux caractéristiques apparaissent. Premièrement, tandis qu’en 1995, les États-Unis, l’Europe et le Japon dominaient les citations mondiales de brevets, la Chine et la Corée (représentées ensemble comme «autre Asie») ont de plus en plus utilisé le stock mondial de connaissances, mesuré par leurs citations de brevets. Deuxièmement, les liens en matière de connaissances se sont intensifiés en général, à la fois au sein des régions (flèches rouges) et entre les régions (flèches bleues). Une autre façon de mesurer à quel point les connaissances étrangères sont disponibles pour être utilisées dans le pays est de considérer l’intensité du commerce international avec les leaders technologiques.

Dès lors que les transferts de technologie sont mieux répartis dans le monde, il se peut que ceci est une influence sur l’évolution du commerce mondial. Les pays émergents n’ont plus besoin d’importer des produits en provenance des pays riches. Ils fabriquent eux-mêmes, y compris pour leur marché intérieur. La Chine a ainsi servi de locomotive au commerce mondial, avec un taux d’ouverture extraordinairement élevé. Mais un « retour à la normale » est à l’œuvre depuis 2007. Le taux d’ouverture chinois a en effet considérablement décliné : entre 2006 et 2017, d’après la Banque mondiale, la part des exportations dans son PIB a baissé de 36 % à 20%, et celle des importations de 28 % à 18 %.

 

 

 

3/ La course aux méga-zones de libre-échange

a) une économie mondiale devenue multipolaire

La caractéristique principale qui définit la phase actuelle, c’est que nous sommes dans une économie mondiale devenue multipolaire. Aujourd’hui, loin d’être parvenu à un idéal de libre-échange dans lequel chaque pays appliquerait à tous les mêmes conditions à l’importation et à l’exportation, le commerce mondial est essentiellement un commerce régional. En 2018, selon l’OMC, 287 accords commerciaux régionaux (ACR) sont ainsi en vigueur dans le monde, soit autant de partenariats qui édictent des règles d’échanges commerciaux plus favorables au sein d’un groupe de nations qu’avec le reste du monde

Échanger davantage de marchandises et de services avec ses pays voisins qu’avec les autres États est une pratique qui a quasiment toujours existé. Mais, alors que la création de l’OMC, en 1995, devait favoriser l’émergence d’un commerce multilatéral dans lequel tous les États auraient les mêmes chances d’accéder au marché intérieur des pays membres, cet objectif est aujourd’hui loin d’être atteint. La concentration des échanges entre grandes zones de libre-échange monte en puissance depuis dix ans. Trois blocs majeurs se distinguent : le pôle américain (piloté par les États-Unis), le pôle européen (dominé par l’Allemagne) et le pôle Asie (où se concurrencent le Japon et la Chine). Plusieurs zones de libre-échange avaient été créées avant la crise de 2009, dont : l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ASEAN) en 1967, la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) en 1975, le Marché commun du Sud (MERCOSUR, regroupant plusieurs pays d’Amérique du Sud) en 1991, l’Union européenne (instituée en 1992 par le traité de Maastricht mais dont le marché commun est établi dès 1986 par l’Acte unique européen) et l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA), signé en 1994 par les États-Unis, le Canada et le Mexique. Plusieurs autres accords ont vu le jour récemment. Ainsi, l’UE s’est associée avec le Canada en concluant en octobre 2016 l’Accord économique et commercial global et avec le Japon par la signature, en juillet 2018, de l’Accord de libre-échange entre le Japon et l’Union européenne pour contrecarrer l’hégémonie des États-Unis. Ces derniers, ils ont cherché à étendre leur zone d’influence dans le Pacifique avec l’Accord de partenariat transpacifique (Trans-Pacific Partnership Agreement – TPP),. Ces accords ne sont pas complétemennt rentés en vigueur car les pays concernés n’arrivent pas à s’entendre sur tous les points, ce qui prouve une nouvelle fois que la souveraineté des nations demeure omniprésente dans le commerce mondial.

Dès le 1er janvier 2022, le bloc appelé RCEP, qui comprend notamment la Chine, le Japon, l’Australie et la Corée du Sud, représente à lui seul le tiers du produit intérieur brut de la planète et le tiers de la population mondiale. L’Asie fait un pas important vers son intégration économique et commerciale. Le Partenariat régional économique global (Regional Comprehensive Economic Partnership, RCEP), négocié depuis 2011 et qui entre en vigueur ce 1er janvier 2022, devrait donner naissance à la plus vaste zone de libre-échange du monde après un abaissement progressif des droits de douane étalé sur vingt ans. Ce nouveau bloc, qui comprend notamment la Chine, le Japon, l’Australie et la Corée du Sud, représente à lui seul le tiers du produit intérieur brut (PIB) de la planète et le tiers de la population mondiale. Les baisses de tarifs vont surtout concerner l’industrie manufacturière, moteur de la croissance régionale, davantage que les services ou l’agriculture, un secteur encore très sensible politiquement et qui fait vivre de nombreux habitants. Cet accord pourrait augmenter de 0,2 % le PIB de ses pays signataires, en particulier celui du Japon, de la Chine et de la Corée du Sud. C’est la première fois qu’un traité commercial aussi ambitieux lie ces trois pays. Certains économistes qualifient le RCEP d’« accord de libre-échange entre la Chine et le Japon », étant donné les gains importants enregistrés par ces deux économies.

Exportations de marchandises dans le cadre des accords commerciaux régionaux (ACR) par destination en 2015 part en % du commerce mondial (Source: OMC, L’examen statistique du commerce mondial 2017)

 

 

b) Un retour du protectionnisme ?

À l’instar des crises passées et notamment de la Grande dépression, la crise actuelle a ravivé les tentations protectionnistes. L’OMC a récemment dénoncé la multiplication de barrières tarifaires mais surtout non tarifaires – normes, manipulation des taux de change ou encore subventions à la production susceptibles de conduire à une contraction de l’activité mondiale de l’ordre de 800 milliards de dollars.

Si la libéralisation des échanges a emporté la conviction de nombre d’économistes quant à ses effets sur la croissance et le développement économiques au cours des dernières décennies, d’aucuns font aujourd’hui le constat des effets destructeurs d’une mondialisation débridée, dépourvue de toute régulation commerciale et financière. Certains vont jusqu’à prôner le patriotisme économique, voire la démondialisation, pour que s’infléchisse le mouvement de désindustrialisation observé dans les pays occidentaux et que soit contré le dumping social et environnemental pratiqué par les pays émergents, afin de restaurer l’équilibre macroéconomique mondial.

Les  États-Unis ont en effet annoncé, le 1er juin 2018, l’application de taxes douanières supplémentaires sur l’acier (25 %) et l’aluminium (10 %) en provenance de l’Union européenne (mais aussi du Canada et du Mexique). En représailles, l’UE a décidé de taxer à son tour 180 produits importés des États-Unis en Europe, selon une fourchette oscillant entre 10 % et 50 % (règlement d’exécution UE 2018/886 de la Commission du 20 juin 2018). Le Mexique, le Canada et la Chine, également ciblés par la politique douanière des États-Unis, entendaient chacun y riposter. On peut donc redouter une escalade des mesures protectionnistes qui risque de freiner davantage les échanges multilatéraux au profit d’échanges internes à des zones d’entente régionale, si tant est que des partenariats de ce type puissent se conclure. Plus généralement, les pays du Groupe des Vingt (G20), qui sont les principaux moteurs du commerce mondial, ont pris depuis le début de la crise de 2009 plus de 3 500 mesures ayant un impact négatif sur les échanges internationaux ; la plupart d’entre elles sont encore en vigueur aujourd’hui. Il s’agit de mesures qui influent directement sur le volume des échanges – par exemple, l’instauration de quotas ou la hausse des tarifs douaniers sur certains produits – ou de mesures plus indirectes comme la mise en place de subventions favorisant certains exportateurs au détriment d’autres.

Pour combattre ces politiques commerciales peu favorables, l’OMC a tenté d’assouplir ses règles grâce à de nouvelles mesures destinées à faciliter les échanges en réduisant ou en supprimant les droits de douane et en simplifiant les procédures douanières notamment. Ces mesures étaient plus nombreuses que les mesures restrictives adoptées sur la même période.

Dans un tel contexte, l’échec du cycle des négociations de Doha (2001) pose la question de la mise en place de nouvelles règles du jeu commerciales au niveau mondial mais aussi régional. En effet, quid des espaces régionaux, tels l’Union européenne ou encore le Mercosur, au sein desquels la tentation protectionniste est plus que jamais présente, non seulement vis à vis de l’extérieur mais aussi au sein même de ces zones ? Comment passer du libre-échange au « juste-échange » conditionné au respect de critères sociaux (travail décent) et environnementaux notamment ?

 

 

c) Des normes qui freinent les échanges

La création de grandes zones de libre-échange dynamise les échanges, mais remplit aussi une fonction essentielle que l’OMC n’est pas parvenue à assurer : elle uniformise les normes sur l’importation et l’exportation des produits et services au sein de ces zones. Or, cette question s’avère cruciale à l’heure où la Chine, premier exportateur mondial, applique des normes plus laxistes que l’Europe et les États-Unis, par exemple. Il n’est alors pas étonnant que les pays qui se retrouvent lésés par des normes trop exigeantes choisissent de s’allier pour s’opposer aux exportations des pays moins regardants. L’établissement de normes mondiales permettrait d’éviter cette course à la création de grands blocs. L’OMC pourrait peut-être remplir cette fonction si elle parvenait à sortir de sa paralysie. Mais « aboutir à zéro différence de normes entre tous les pays est un processus extrêmement long et complexe, à la fois pour des raisons techniques et politiques », a rappelé Pascal Lamy, ancien directeur général de l’OMC.

 

 

VII –  L’IMPORTANCE DES ÉCHANGES EXTÉRIEURS DE BIENS INTERMÉDIAIRES

L’intensification des échanges de biens intermédiaires (B.I.) va de pair avec le développement du «contenu en importations des exportations» : Il est défini comme la part des intrants importés dans  les exportations totales d’un pays et il indique la participation d’un pays en tant qu’utilisateur d’intrants étrangers. En France, mise à part les importations re-exportées, le contenu en importations des exportations est de l’ordre de 27% (voir modèle Avionic ci dessous). La croissance des échanges des B.I. illustre la fragmentation internationale grandissante des processus de production

Autrement dit, il serait de plus en plus nécessaire d’importer pour être en mesure d’exporter. Les pays qui exportent le plus sont aussi ceux qui importent le plus. Les entreprises important le plus de biens intermédiaires sont aussi celles qui affichent les meilleures performances à l’exportation. Ainsi une augmentation de 10 % du montant des importations de biens intermédiaires s’accompagnerait d’une hausse de 3 % des exportations en valeur. Des résultats complémentaires indiqueraient que le nombre même de biens intermédiaires importés et leur variété (estimée par le nombre de couples pays*produits), ainsi que le nombre de pays fournisseurs, ont également un impact non négligeable sur les exportations. Ce résultat corrobore d’autres travaux mettant en avant la complémentarité des intrants nationaux et étrangers comme source de gains de productivité et de performances à l’exportation. Les entreprises qui ont mis en œuvre avec succès un modèle global de fabrication allégé ont amélioré les indicateurs tels que les niveaux de stock, les livraisons complètes à temps et les délais plus courts.

 

1/ la part prédominante des biens intermédiaires dans les importations

Pour comprendre la transmission internationale des chocs liés à la Covid-19 via le commerce mondial, il faut tenir compte du rôle central que jouent les chaînes de valeur mondiales (processus de production dispersés géographiquement et couvrant plusieurs pays). Cette grande fragmentation internationale de la production, qui s’est accentuée dans les années 1990, a contribué favorablement à l’expansion du commerce international au cours des trente dernières années. Elle a été rendue possible par les avancées technologiques, notamment celles liées aux technologies de l’information et la communication (TIC) et la multiplication des accords commerciaux qui ont considérablement réduit les barrières au commerce international [8].

La fragmentation des chaînes de valeur mondiales touche toutes les étapes du processus de production d’un bien (recherche et développement, conception, production de biens intermédiaires, assemblage, commercialisation, distribution). Par exemple, Boeing travaille avec des fournisseurs localisés dans environ 150 pays, tandis que l’IPhone d’Apple combine des services de facteurs de production d’environ 50 pays sur cinq continents. Directement ou indirectement, l’ensemble des secteurs sont concernés par l’internationalisation de la production.

Les données reportées dans le graphique suivant montrent qu’au cours de la période 2002-2019, les importations de pièces et composants et de produits semi-finis incorporés dans la production industrielle représentent près de la moitié de la croissance des importations des pays de l’Union européenne. Ainsi en Allemagne, les produits intermédiaires semi-finis (en bleu) contribuent pour 33% à la croissance des importations totales, tandis que les pièces et composantes (en orange) contribuent pour 17% (graphique suivant). Intégrant la contribution des autres biens (gris) la croissance des importations de biens totales sur la période 2002-2019 a été de +113%.

Taux de croissance des importations des pays de l’Union européenne (2002-2019) décomposées selon le type de bien

chaînes de valeurmondiales

Source : données Eurostat-Comext par stade de production (BEC) en valeurs et calcul des auteurs [8].

 

 

 

La spécialisation des pays sur leurs secteurs d’avantages comparatifs, ainsi que la fragmentation internationale de la production au sein des secteurs sur les différentes étapes de la chaine de valeur, ont amélioré l’efficacité de la production à l’échelle mondiale. Cette organisation implique que la compétitivité d’une entreprise ne repose plus seulement sur sa propre productivité, mais également sur sa capacité à se fournir auprès des entreprises les plus performantes. Du coup, la fragmentation de la production peut être une source de fragilité en cas de défaillance des entreprises partenaires en amont ou en aval de la chaine de valeur. D’une part, la mise en place de mesures sanitaires pour enrayer la pandémie a engendré des ruptures d’approvisionnements. D’autre part, les difficultés de transport et de distribution pendant le confinement, ont pu aussi se transmettre en cascade en aval ou en amont de la chaine de valeur.

Or, les chaînes de valeur mondiales sont davantage régionales que mondiales. Le graphique suivant montre que, pour les pays européens, une grande majorité des approvisionnements en biens intermédiaires provient des autres membres de l’Union européenne. Cette très forte régionalisation de la production s’explique d’abord par la géographie, qui joue traditionnellement un rôle extrêmement fort dans l’intensité des flux de commerce international entre partenaires. Mais elle résulte aussi des politiques économiques et d’intégration, qui ont permis en Europe de créer un environnement stable et propice aux liens commerciaux, grâce en particulier au marché unique et à la monnaie commune.

Une plus grande diversification des sources d’approvisionnement apporterait une meilleure résilience face aux crises futures. Les entreprises américaines ayant des liens préétablis avec le Vietnam auraient ont pu sauvegarder des approvisionnements habituellement assurés par leurs fournisseurs chinois.

Part de l’Union européenne (28 membres) dans les importations de biens intermédiaires en 2019

Source : données Eurostat-Comext par stade de production en valeurs et calculs des auteurs [8]. Se lit ainsi : les importations de produits semi-finis de la France en provenance de l’UE représentent 70% de ces importations

 

 

2/ Le modèle Avionic de l’Insee: les importations en France par produits et par emplois

Le modèle AVIONIC (Analyse variantielle Input/Output nationale importée et en contenus), a été développé à l’Insee [9]. La source de données principale de ce modèle est le TES symétrique (voir page TES symétrique). Il présente une ventilation du TEI en produit*produit et sépare l’ensemble des ressources et des emplois de l’économie en deux parties : une partie provenant de la production domestique et une partie provenant des importations.

La somme des contenus en importations et des contenus en valeur ajoutée correspond à l’emploi final. Autrement dit, un emploi final se décompose en une partie importée et une partie de valeur ajoutée domestique. Les contenus en importations représentent le montant des importations généré par une des composantes de la demande finale (consommation des ménages, exportations ou formation brute de capital fixe). Il s’agit de déterminer le montant d’importations nécessaire pour satisfaire la composante de la demande finale retenue.

 

 

 

a) Les contenus en importations

Ils sont séparés en une composante directe et une composante indirecte:

 

° Les contenus directs en importations :

il s’agit des importations qui satisfont directement l’emploi final considéré, sans rentrer dans le processus de production domestique. Par exemple,  un ménage achète une voiture allemande.

 

° Les contenus indirects en importations :

Ce sont les importations transitant par les CI qui servent, à travers la production domestique, à satisfaire la demande finale. Par exemple, L’importation d’acier – consommé au sein du processus de production – pour produire une voiture française qui est achetée par un ménage en France.

 

 

 

b) Les contenus en valeur ajoutée (VA) domestique

Les contenus en VA représentent le montant de VA générée par une des composantes de la demande finale (consommation des ménages, exportations ou formation brute de capital fixe). En d’autres termes, il s’agit de déterminer le montant de VA nécessaire pour satisfaire la composante de la demande finale retenue. Cette VA représente le complémentaire des importations : tout ce qui n’est pas importé est de la VA domestique. Les contenus en VA sont aussi séparés en une composante directe et une composante indirecte :

 

° Les contenus directs en VA :

il s’agit de la VA domestique qui satisfait directement l’emploi final considéré sans rentrer dans le processus de production domestique ainsi que la VA générée pour satisfaire ses consommations intermédiaires.  Un ménage achète une voiture; les contenus directs représentent la valeur ajoutée liée à la production de la voiture ainsi que celle liée à la production des consommations intermédiaires du produit (branche) voiture.

 

° Les contenus indirects en VA:

il s’agit de la VA transitant par les consommations intermédiaires qui servent, à travers le processus de production domestique, à satisfaire les consommations intermédiaires. Un phare, consommation intermédiaire du produit (\branche) voiture a besoin d’une lampe pour être produit. On prend ici la VA du produit (\branche) lampe, ainsi que ses consommations intermédiaires et ainsi de suite.

 

c) principaux résultats 

Les calculs du modèle AVIONIC portent sur l’année 2013 (base 2010). On joint ici le TES symétrique de l’Insee en 2017 (base 2014). Les importations représentent 29,2 % du PIB en 2013 (ce qui équivaut au contenu en importations de la demande finale) dont 10,7% de manière directe et 18,7% de manière indirecte. Ces importations représentent 618 milliards d’euros hors correction territoriale, non prises en compte dans le TES symétrique. Elles se décomposent en CI importées pour un montant de 391 Mds et en emplois finals importés pour un montant de 226 Mds (tableaux suivants). On retrouve ainsi les proportions ci-dessus, à savoir (391/618 = 63,5%) et (18,7/29,2 = 64%). Le rôle des biens intermédiaires et des biens d’équipement est primordial dans les importations de CI : 38 Mds de produits chimiques, 32 Mds de produits métalliques, etc… .

En 2017 (base 2014), ces deux catégories de produits représentent les 2/3 des importations de produits industriels, hors importations re-exportées.

Tableau 28 TES symétrique 2017 France

 

 

 

Ce total de 29,2% comprend 14,4 % portés par la consommation des ménages, 8,8 % par les exportations, et 5,9 % par les autres postes de la demande finale (notamment FBCF, variations de stock, objets de valeur). Le contenu en importations de la consommation finale des ménages représente 19,4 % de la consommation finale des ménages (CFM), alors que le contenu en importations de la demande finale représente 24,0 % de la demande finale. Cette différence vient du fait que les autres composantes de la demande finale ont un contenu en importations plus important : par exemple le contenu en importation des exportations représente 32,9 % des exportations : 6,3 % le sont directement (il s’agit des importations directement réexportées) et 26,6 % indirectement (il s’agit des importations qui transitent par le processus de production national).

On remarque ainsi que le contenu indirect en importations de la consommation des ménages est proportionnellement plus faible que celui des autres composantes de la demande finale. Sur les 19,4 % d’importations de la CFM, 8,8 % est directement importé (c’est-à-dire la consommation des ménages qui s’adresse directement aux produits importés) et 10,6 % est indirectement importé (c’est-à-dire qui transite à travers le processus de production français).

 

Ce taux de 19,4% relativement faible de contenus importé masque toutefois une forte hétérogénéité entre types de produits. En effet, la consommation en biens manufacturés contient plus de 2/3 d’importations. La consommation en services contient, elle, moins de 10 % d’importations (et 9/10 importés indirectement).

Pour certains biens, la part de la consommation importée est très élevée. Ainsi, le contenu importé de la fabrication de textiles, industries de l’habillement, industrie du cuir et de la chaussure représente 86,5 % de la consommation (il s’agit pour les 9/10 des contenus directs). Pour d’autres biens, cette part est plus faible, par exemple pour la fabrication de denrées alimentaires, de boissons et de produits à base de tabac, avec un contenu importé de 40 % (qui est à 55 % direct et 45 % indirect).

Pour les services, le contenu en importation est en général assez faible, et principalement de type indirect. En effet, ces activités sont le plus souvent réalisées par les résidents, même si ceux-ci peuvent utiliser notamment des matériels étrangers, ou des composants étrangers, pour mener à bien leurs activités.

Les produits consommés en France ont un contenu importé qui vient principalement d’Allemagne (15,7 %), puis d’Italie (8,6 %), d’Espagne (8,3 %), des États-Unis (7,4 %) et de Grande-Bretagne (7,2 %) (Source : TiVA). Les contenus importés d’Allemagne sont supérieurs à 10 % pour presque tous les produits. À l’inverse, les contenus importés de certains pays sont plus ciblés sur certains produits. C’est le cas par exemple des produits pétroliers et combustibles nucléaires importés de Russie, des équipements électroniques et optiques provenant de Suisse, ou encore des services d’intermédiation financière provenant du Luxembourg.

 

 

 

d) Le commerce extérieur français entre 1970 et 2020

La partie de la demande intérieure satisfaite par les importations est la plus importante pour les produits industriels, suivis par ceux de l’agriculture, sylviculture, pêche et enfin des services marchands. Entre 1970 et 2010, cette part a le plus augmenté dans les produits de l’industrie puisqu’elle est passée de 12,3% à 34,7% , et même 36% en 2018, suivie par les services marchands dont la part est passée de 6,3% à 9% tandis que dans le secteur de l’agriculture, sylviculture, pêche, cette part est passée de 9,5% à 14,4%.

Les exportations concernent en premier lieu les secteurs de l’industrie, suivis par ceux de l’agriculture et des services marchands. La part exportée de la production a le plus augmenté dans l’industrie (où elle est passée de 15,9% en 1970 à 49,5% en 2020) suivie par l’agriculture, sylviculture, pêche où la part exportée de la production a été multiplié par 2,6 tandis que ce même ratio a été multiplié par 1,7 dans les services principalement marchands.

Tableau 25 exportation et importation en % France

Part des importations dans la demande intérieure totale y compris C.I. (mais hors stocks) en %

Part des exportations dans la production des branches en %

 

 

 

 

 

 

 

 

VIII –  QUELQUES RÉSULTATS SUR LES CHAÎNES DE VALEUR MONDIALES

 

1) les chaines de valeur mondiales de 66 pays

On reprend ici les nombreux travaux de l’OCDE publiés d’abord dans une étude en 2013. La mise à jour 2021 de la base de données des échanges de valeur ajoutée (TiVA) de l’OCDE fournit toutefois une nouvelle série d’indicateurs pour mieux comprendre les CVM [10]. La mise à jour couvre 66 économies, dont tous les pays de l’OCDE, de l’Union européenne (UE) et du G20.ainsi qu’un nombre important d’économies d’Asie de l’Est et du Sud-Est, pour les années 1995 à 2018. Elle couvre 45 activités économiques et agrégats connexes et est basée sur les dernières données d’entrées-sorties inter-pays (ICIO) sous-jacente disponibles avec un certain délai (ici 2018).

La participation aux chaînes de valeur mondiales n’est pas la même pour tous les pays, de même que leur participation aux échanges internationaux n’est pas identique pour tous. Les pays interviennent dans les chaînes de valeur mondiales à la fois au titre d’utilisateurs d’intrants étrangers et au titre de fournisseurs de biens et services intermédiaires qui peuvent être intégrés dans les exportations des autres pays.

 

a) Pour un pays donné, la part de la VA dans les exportations mondiales n’est pas la même que sa part dans les exportations

« Les petites économies ouvertes comme la Belgique, le Luxembourg ou la République slovaque achètent relativement plus d’intrants à l’étranger et produisent relativement plus d’intrants qui seront utilisés dans les CVM que les grandes économies comme le Japon, les États-Unis ou l’ensemble de l’Union européenne. Dans ces économies, compte tenu de leur taille, la part locale de la chaîne de valeur est plus importante ».

« Cependant, l’indice de participation ne tient pas seulement compte du recours aux intrants étrangers (mesuré comme la part d’importations dans les exportations, ou la participation en amont), mais comptabilise également l’utilisation des intrants par des pays tiers. Ainsi, la part d’intrants étrangers dans les exportations américaines ressort à 15% environ, mais la participation des États-Unis aux chaînes de valeur mondiales atteint près de 40% dès lors que la part d’intrants intermédiaires américains dans les exportations des autres économies est prise en compte ».

« Mesurer les échanges en valeur ajoutée modifie également les balances commerciales bilatérales, alors que la balance commerciale totale reste inchangée. L’excédent commercial de la Chine avec les États-Unis en 2009 diminue ainsi de 60 milliards USD (un tiers) lorsqu’il est calculé en valeur ajoutée. Cet écart s’explique en partie par une part plus élevée d’importations de valeur ajoutée américaine dans la demande finale chinoise, mais également par le fait que pas moins d’un tiers des exportations chinoises incorporent du contenu étranger – le phénomène de « l’Asie, usine du monde ». Ainsi, une proportion importante des exportations de valeur ajoutée coréennes et japonaises transitent par la Chine avant d’atteindre les consommateurs finals d’autres pays. Cela a pour effet de réduire sensiblement les déficits commerciaux chinois avec la Corée et le Japon, mais également de gonfler les excédents commerciaux japonais et coréens avec les autres pays. De même, le déficit commercial considérable de la Corée avec le Japon chute dès lors qu’on le mesure en valeur ajoutée ».

« Les intrants intermédiaires représentent désormais la majeure partie des transactions internationales de biens et de services. Dans la plupart des économies, environ un tiers des importations de biens intermédiaires finissent en exportations. Plus l’économie est petite, plus cette part est en général importante. Pour autant, même aux États-Unis et au Japon, elle atteint respectivement 17 % et 22 % de l’économie totale, et est nettement plus élevée dans certaines industries fortement intégrées. Dans la plupart des autres pays, la part des importations intermédiaires incorporées dans les exportations est sensiblement plus importante. C’est le cas en Hongrie, où près des deux tiers des importations sont destinés au marché des exportations après transformation. En Chine et au Mexique, environ les trois quarts des importations intermédiaires totales de produits électroniques sont incorporés dans les exportations ».

 

L’OCDE publie son sur site (https://www.oecd.org/fr/sti/ind/tableauxdesentrees-sorties.htm) le tableau suivant du contenu en importations des exportations, en % des exportations totales. On observe des pourcentages très élevés dans les pays de l’Est de l’Europe (Tchéquie, Slovaquie, Hongrie). Les taux élevés au Luxembourg, en Irlande, voire aux Pays-Bas, s’expliquent par le travail à façon et autres phénomènes liés aux transferts des sièges sociaux des multinationales. Selon le critère de propriété, les entreprises installées dans ces 3 pays enregistrent des importations importantes.

Contenu en importations des exportations totales par pays entre 1995 et 2018 en % (*)Source : OCDE (*) hors importations ré-exportées

 

« Le positionnement sur la chaîne de valeur varie également selon les pays et dépend de leur spécialisation. Les pays situés en amont produisent des matières premières ou des connaissances (ex. : recherche, conception) mises en œuvre dans les premières étapes du processus de production, tandis que les pays situés en aval assemblent les produits transformés ou se spécialisent dans les services aux clients. Ces positionnements peuvent évoluer dans le temps. La position d’un pays sur la chaîne de valeur peut influer sur l’ampleur des gains qu’il retire de sa participation à une CVM ; certaines activités, comme la R&D et la conception, mais également certains services, créent généralement davantage de valeur ajoutée que l’assemblage, même si des différences existent entre les secteurs ».

« Les chaînes de valeur mondiales peuvent devenir si complexes qu’il est possible que les importations contiennent également une valeur qui a été ajoutée à l’origine par le pays importateur. En Chine, par exemple, près de 7 % de la valeur totale des biens intermédiaires importés incorporent une valeur ajoutée créée à l’origine par la Chine. S’agissant des biens électroniques, les importations intermédiaires de la Chine contiennent plus de 12 % de valeur ajoutée chinoise « de retour », et celles de la Corée près de 5 % de valeur ajoutée « de retour » d’origine coréenne ».

« L’écart entre la part des exportations exprimée en flux bruts et celle exprimée en valeur ajoutée s’explique par le rapport entre valeur ajoutée locale et exportations brutes, ou, à l’inverse, par la quantité de valeur ajoutée intégrée aux exportations brutes. D’une manière générale, les pays présentant un rapport « valeur ajoutée/exportations brutes » élevées sont de très grands pays (y compris en termes géographiques) ou d’importants exportateurs de ressources naturelles, comme l’Australie ou la Norvège (Graphique suivant). Les économies présentant un faible rapport sont soit de très petits pays, comme l’Islande et le Luxembourg, soit des économies fortement intégrées dans les chaînes de valeur mondiales, comme certaines économies d’Europe centrale, ou encore l’Irlande et la Corée ».

 

 

b) Signes de ralentissement dans la « fragmentation mondiale de la production » depuis la crise de 2009

Tandis que la mondialisation n’a cessé d’augmenté depuis le milieu des années 90, il y a des signes de ralentissement depuis la crise de 2009. Par exemple le contenu en valeur ajoutée importée des exportations abaissé dans de nombreux pays malgré une hausse entre 2016 et 2018. Cette dégradation a été particulièrement prononcée en Chine et dans une certaine mesure aux États-Unis.

L’augmentation de l’approvisionnement domestique en intrants intermédiaires joue un rôle. Mais il faut noter que les fluctuations des prix des produits de base (par exemple le pétrole brut) peuvent aussi avoir une influence sur ces évolutions.

Part de la valeur ajoutée de l’étranger par rapport à la valeur des exportations en %

Source: OCDE base de données TIVA

 

Plusieurs pays comme l’Argentine, le Royaume-Uni, le Japon, la Grèce, ont connu une forte augmentation de la  part de la valeur ajoutée de l’étranger par rapport à la valeur de leurs exportations entre 2000 et 2018. Quelques pays (Suisse, Irlande, Nouvelel-Zlande) ont connu une baisse.

Part de la valeur ajoutée de l’étranger par rapport à la valeur des exportations en 2000 et 2018 en %

Source: OCDE base de données TIVA

 

L’examen de trois des secteurs les plus intégrés, à savoir la fabrication d’ordinateurs, d’équipements électroniques et optiques, la fabrication de véhicules à moteur et celle de textile-habillement, révèle qu’il existe des variations importantes dans la mesure où un ralentissement de la fragmentation des CVM est observé au niveau régional. Par exemple, l’Asie a connu une légère diminution des sources d’approvisionnement intra-régionales bien que ces 3 produits ont connu un haut niveau de contenu de valeur ajoutée intra-régionale dans la demande finale. À l’inverse, il y a eu baisse des sources d’approvisionnement intra-régionales en Europe et aux États-Unis notamment pour le textile-habillement. Il en va de même pour les véhicules à moteur dans l’approvisionnement intérieur tandis que les importations en provenance d’Asie n’ont cessé d’augmenter.

 

Demande régionale de certains produits manufacturés, 2000 et 2018 par région d’origine de la valeur ajoutée en %

Source: OCDE, base de données TIVA

 

 

 

 

 

c) Le rôle de plus en plus important des services

Les services jouent un rôle beaucoup plus important que ne l’indiquent les statistiques commerciales brutes. La valeur créée par les services en tant qu’intrants intermédiaires représente plus de 30 % de la valeur ajoutée totale des biens manufacturés. On sait que la part de la valeur ajoutée industrielle ne cesse de diminuerdans tous les pays du fait de l’externalisation de services par l’industrie. En 2018, la valeur ajoutée des services représente entre 25% et 40% du contenu des exportations manufacturières dans la plupart des pays de l’OCDE (39% en France – voir ci-dessous). Pour un certain nombre de pays, la part étrangère de la valeur ajoutée des services est supérieure à la part nationale – un indicateur du rôle que jouent les services dans l’intégration du secteur manufacturier dans les chaînes de valeur mondiales.

Valeur ajoutée des services incorporée dans les exportations de produits manufacturés, 2018 en %

Source: OCDE base de données TIVA

 

L’OCDE a établit une nomenclature de 7 activités avec des métiers correspondant. Une étude de l’OCDE montre que l’emploi a surtout progressé en France dans les activités de marketing, ventes et services aux clients et dans celles de support informatique et de réseaux. L’emploi stagne au contraire dans les opérations d’assemblage. On retrouve ces évolutions dans l’industrie manufacturière (graphiques suivants).

 

« Les services de distribution et de transport sont ceux qui jouent le plus grand rôle, en assurant les liens nécessaires dans les chaînes d’approvisionnement. Les services financiers et les services aux entreprises améliorent l’efficacité de la production de biens et assurent le bon fonctionnement des chaînes de valeur mondiales. Améliorer la qualité du secteur des services, y compris par la libéralisation des échanges de services, permettrait de bénéficier de services plus efficaces et de meilleure qua-lité, et de renforcer ainsi la compétitivité des entreprises manufacturières et de faciliter leur intégration dans les réseaux de production mondiaux ».

« Les services représentent environ deux tiers du PIB de la plupart des économies développées. Toutefois, évalué en termes bruts, le commerce des services équivaut en général à moins d’un quart de l’ensemble des échanges, alors qu’en termes de valeur ajoutée, sa contribution est légèrement inférieure ou supérieure à 50 % en France, en Allemagne, en Italie et aux États Unis ; elle s’élève à près de 60 % au Royaume-Uni, et à près de 30 % en Chine. Le Luxembourg, la Grèce et l’Irlande présentent la contribution la plus élevée des services aux exportations totales parmi les 40 pays cités dans le graphique suivant. Dans les pays dépendant davantage des exportations de ressources naturelles, comme le Brésil, le Canada ou encore la Fédération de Russie, et les grandes économies manufacturières comme le Mexique, la Chine ou la Corée, la part des services dans les exportations totales est relativement faible. Dans la plupart des pays, la contribution des services a progressé au fil du temps. Les services apportent une contribution importante (généralement d’un tiers) d’origine nationale ou étrangère, pour tous les produits manufacturés. En France, par exemple, plus de la moitié de la valeur ajoutée locale générée dans la production de matériel de transport est attribuable au secteur tertiaire français» .

« Les chaînes de valeur mondiales accentuent le besoin de coordination et de relations efficaces entre les stades de production et les pays, les services jouant à cet égard un rôle déterminant. Les chaînes de valeur mondiales s’appuient largement sur la chaîne logistique ainsi que sur les technologies de l’information et des communications, ce qui exige des infrastructures de réseau efficaces et des services complémentaires. Les chaînes de valeur mondiales n’existeraient pas en l’absence de services efficaces de transport, de logistique, de financement, d’assurance, de communication et d’autres services aux entreprises permettant de faire circuler les marchandises et de coordonner la production le long de la chaîne de valeur. En outre, les services fondés sur le savoir contribuent à adapter les produits à des marchés ou des catégories de consommateurs spécifiques, apportant ainsi une valeur ajoutée supplémentaire» .

Enfin les dépenses des non-résidents représentent une part importante des exportations comme en France. Les dépenses en biens et services finaux des non-résidents ont un impact indirect notable sur les activités de certains fournisseurs nationaux en amont (par exemple les produits agricoles et alimentaires comme fournisseurs des restaurants)

 

 

Dépenses des non-résidents par origine de la valeur ajoutée, 2018 en % des exportations brutes totales

Source: OCDE base de données TIVA

 

 

 

 

2/  Les chaînes de valeur mondiales en France

Entre 2008 et 2018, le contenu étranger des exportations françaises est estimé avoir augmenté de 22,3% à 24,2% en dessous de la moyenne de l’OCDE de 27,9% (graphique suivant). Comme au  niveau mondial, les indicateurs TIVA confirment qu’il y a eu un ralentissement des interactions entre les chaînes de valeur mondiales depuis la crise économique de 2009, la courbe de la France évoluant comme celle de tous les pays de l’OCDE.

Contenu en valeur ajoutée étrangère des exportations en France en % des exportations totales, 1995 à 2018

Source: OCDE base de données TIVA

 

a) Le rôle de la demande finale étrangère dans la production nationale

Au total, en 2018, 22,7% de la valeur ajoutée intérieure française a été tirée par la demande finale étrangère, contre 20,6% en 2008. Par branche, les parts allaient des autres équipements de transport (85,4 %) et des matériels en TIC (84,7 %) aux services d’information et à la communication (22,6%) dans le bas de l’échelle.

 

Valeur ajoutée en France dans la demande finale étrangère en % de la VA par branche, 2000, 2008 et 2018

Source: OCDE base de données TIVA

 

b) L’importance des importations pour les exportations

Les branches dont les exportations contiennent le plus de valeur ajoutée étrangère sont le coke et les produits pétroliers raffinés (61%), les autres équipements de transport (43%) et les véhicules à moteur (39%). Le contenu étranger le plus important dans les exportations totales provient des autres équipements de transport (4%).

Contenu en valeur ajoutée étrangère des exportations brutes en % des exportations brutes, par branche, 2000, 2008 et 2018

Répartition par branche du contenu en valeur ajoutée étrangère et et nationale des exportations brutes. En % des exportations brutes totales, 2018 (FVA : valeur ajoutée étrangère, DVA : valeur ajoutée nationale)

Source: OCDE base de données TIVA

 

Sur le total des importations de biens et services passées en CI (intrants intermédiaires) de la France en 2018, 40,3% ont été indirectement incorporés dans les exportations, soit moins que la moyenne de l’OCDE (48%) mais plus que le ratio en 2008 (37,8%). Les branches avec les plus grandes parts d’importations « intermédiaires » utilisées dans les exportations françaises étaient les autres équipements de transport (75%), les métaux de base (54,5%) et les véhicules à moteur (53%).

Intrants intermédiaires importés utilisés pour les exportations françaises, par branche-origine des importations En pourcentage des importations intermédiaires, 2000, 2008 et 2018

 

Une étude la Banque de France montre que l’industrie pharmaceutique française participe au développement des chaînes de valeur mondiales, notamment entre 2006 et 2012 (https://ideas.repec.org/a/bfr/bullbf/201720905.html). La part de la valeur ajoutée importée dans les exportations pharmaceutiques augmente ainsi en France de 7,9 points de pourcentage entre 2000 et 2014, soit une croissance de 57 %. En outre, le contenu étranger dans la production varie également en fonction de la nationalité des entreprises. Les firmes multinationales (FMN) sous contrôle étranger produisant en France emploient plus d’intrants importés dans leur production totale (26,8 %) et dans leurs exportations (38,6 %) que les FMN françaises produisant en France (employant respectivement 11,9 % et 12,7 %).

 

c) Les principaux partenaires du commerce extérieur français

L’Allemagne (11,3%), les États-Unis (7,8%) et le Royaume-Uni (7,4%) étaient les principaux importateurs des produits français en 2018 en termes bruts. Les trois principales destinations finales de la valeur ajoutée  (Value added in finla demand dans le graphique suivant) de la France étaient les États-Unis (10,4%), l’Allemagne (10%) et le Royaume-Uni (8%).

S’agissant des importations en termes bruts, l’Allemagne (13,5%), les États-Unis (7,6%) et l’Espagne (7,6%) étaient les 3 preinipaux partenaires. Alors qu’en termes de valeur ajoutée, on trouvait l’Allemagne (12,5%), les États-Unis (9,2%) et la Chine (7,7%).

France – exportations et importations : principaux partenaires En pourcentage du total des exportations et importations brutes et à valeur ajoutée, 2018

 

d) L’importance des services

Les services contribuent largement à l’économie de la France, représentant 59,7 % des exportations brutes en 2018. plus que la moyenne d e l’OCDE qui est de 55,7%. Les services étrangers ont contribué pour 12,3% aux exportations brutes. Les services ne sont pas seulement important en tant que tels mais aussi pour la compétitivité des produits industriels. Pour ceux-ci, le contenu en valeur ajoutée des services était de 39,2%

 

 

 

 

3/ Quel niveau de dépendance pour la France ?

Selon l’étude du CEPII déjà mentionnée en [3], les chaînes de valeur mondiales induisaient en 1995 pour la France une dépendance vis-à-vis de l’étranger sensiblement égale du côté de l’offre et de la demande ; depuis, la dépendance par l’offre étrangère a un peu plus augmenté que celle par la demande (tableau suivant). En 2014, les importations de produits intermédiaires représentaient 13,6 % du PIB contre 10 % en 1995. C’est moins qu’en Allemagne, où cette dépendance s’est fortement accrue, pour atteindre 15,7 % en 2014 contre 9,1% en 1995. Mais c’est beaucoup plus qu’aux États-Unis, pays le moins dépendant de l’offre étrangère de produits intermédiaires, et légèrement au-dessus de la Chine. Pourquoi ces différences ? La taille des économies, mesurée notamment par leur PIB, est une première explication, puisque les grandes économies sont généralement moins ouvertes – elles se suffisent plus facilement à elles-mêmes, pour simplifier. Les États-Unis en sont une bonne illustration. La Chine également, même si son degré de dépendance peut sembler élever au regard de sa taille, une exception qui tend d’ailleurs à s’amenuiser du fait de la baisse de sa dépendance observée au cours de la dernière décennie. L’Allemagne fait en revanche exception en comparaison de ses voisins, puisque le plus grand pays de la zone euro est aussi l’un des plus ouverts et donc des plus dépendants de l’étranger. Cela provient du poids élevé de l’industrie dans l’économie allemande, secteur plus dépendant de l’offre étrangère de produits intermédiaires que les services.

 

Dépendances par les chaînes de valeur mondiales à l’offre et à la demande étrangères en %

 

En ce qui concerne sa dépendance vis-à-vis de la demande étrangère, la France se situe également dans une position intermédiaire. En 2014, 12 % du PIB français provenait de la production d’intrants intermédiaires incorporés ensuite dans une production finalisée à l’étranger. Cette proportion dépassait 19,5 % en Allemagne à la même date, alors que les niveaux initiaux en 1995 étaient à peu près les mêmes. L’Allemagne a ainsi presque doublé sa dépendance à la demande étrangère par les chaînes d’approvisionnement. Cela tient en partie au volontarisme allemand en matière d’exportation, avec des politiques régionales très actives pour favoriser l’ouverture à l’international des ETI-PME, afin qu’elles vendent à l’étranger leurs produits, dont certains sont des produits intermédiaires. Quant aux États-Unis, leur faible dépendance aux chaînes de valeurs mondiales, déjà soulignée du côté de l’offre, se confirme par le canal de la demande. La Chine, enfin, a vu sa dépendance à la demande étrangère pour ses intrants intermédiaires s’accroître, mais elle reste inférieure à celle de la France.

La crise sanitaire a mis en évidence la dépendance de la France vis-à-vis de l’étranger par les chaînes de valeur. Mais de quels pays la production française dépend-elle ? Avant tout de l’Union européenne, autant du côté de l’offre (graphique 1 suivant) que de la demande (graphique 2 suivant) : en 2014, la part de l’Union européenne comptait pour 50 % de la dépendance de la production française à l’offre étrangère, et pour 47 % de celle à la demande.

Mais son importance relative a diminué : en 1995, la part de l’Union européenne était en effet respectivement de 58 % et 52 %. Sur cette période, la dépendance à l’égard des États-Unis n’a guère bougé. Elle s’est un peu accrue du côté de l’offre et a un peu diminué du côté de la demande, de telle sorte qu’en 2014 la part des États-Unis dans la dépendance à l’offre comme à la demande étrangère se situe autour de 10 %.

C’est vis-à-vis de la Chine et du reste du monde hors Union européenne que la dépendance de la France a le plus augmenté. La dépendance de la production française à l’égard de l’offre chinoise a pratiquement été multipliée par 10 entre 1995 et 2014 (de 0,09% à 0,85% de la production) et celle vis-à-vis de la demande par 6 (de 0,12 % à 0,72 %), ce qui a porté la part de la Chine dans la dépendance de la production française à l’offre et à la demande étrangère d’environ 1 % à environ 6 %.

Quant à la dépendance vis-à-vis du reste du monde, elle est passée de 2,8 % à 4,5 % de la production française, côté offre, et de 3,6 % à 4,5 %, côté demande. Le reste du monde représente ainsi un tiers de la dépendance de la production française vis-à-vis de l’offre d’intrants étrangère en 2014 contre 28 % en 1995 et près de 38 % de la dépendance vis-à-vis de la demande étrangère pour l’offre d’intrants française contre 34 % en 1995.

En somme, les interdépendances liées à l’insertion de la France dans les chaînes de valeur mondiales sont avant tout européennes, mais elles augmentent plus rapidement vis-à-vis de l’extérieur de l’Union.

 

Pour la France, les chiffres peuvent sembler peu élevés au regard de l’importance communément accordée à cette question. L’explication tient au fait que cette dépendance (qui s’ajoute à celle par les échanges de produits finis, rappelons-le) est d’abord et avant tout liée à l’industrie, dont la part dans le PIB est relativement faible (14,4 % en 2014) : pour ce seul secteur, le niveau de dépendance de la France se situait autour 30 % dans ses deux dimensions en 2014 (tableau suivant). Cet effet de structure (dû à la composition sectorielle de l’économie) joue également sur l’évolution moyenne : la dépendance internationale de l’industrie par les chaînes de valeur a considérablement augmenté entre 1995 et 2014, mais l’effet de cette hausse sur la moyenne est fortement atténué par la baisse de la part du secteur manufacturier dans le PIB (14,4 % en 2014 contre 20 % en 1995).

 

Dépendance de la France à l’offre et à la demande étrangères, par secteur

 

 

Dans le même temps, la dépendance du secteur des services s’est accrue, mais moins, ce secteur étant structurellement moins ouvert et donc moins dépendant, si bien que sa prépondérance dans le PIB tend à réduire la dépendance d’ensemble.

Tout en confirmant cette différence d’ensemble entre industrie et services, l’examen du détail sectoriel du niveau de dépendance en 2014 montre que les écarts reflètent avant tout des différences de niveau d’ouverture : les secteurs, telle l’industrie, plus dépendants par le canal de l’offre le sont aussi par le canal de la demande.

La situation est cependant loin d’être symétrique. Plusieurs secteurs industriels importants, comme les équipements électriques et optiques, la chimie et les machines, sont ainsi plus fortement dépendants par la demande que par l’offre, parce qu’ils sont d’importants exportateurs de pièces, composants et produits semi-finis.

L’automobile, le textile-habillement et l’agroalimentaire sont, au contraire, plus dépendants par l’offre, dans la mesure où ces secteurs utilisent une grande quantité d’intrants importés, ce qui est également le cas dans les services et la construction.

 Ces différences, qui traduisent des positionnements différents dans les chaînes de valeur mondiales, ne préjugent pas de la force de la position concurrentielle des secteurs : les secteurs plus dépendants de l’offre de produits intermédiaires étrangers sont en aval de la filière, et de ce fait plus directement en contact avec le consommateur final, d’où des enjeux importants de marque, d’image et de capacité de commercialisation; les secteurs dépendants de la demande de leurs produits intermédiaires par des clients étrangers se situent plus en amont, ils sont souvent très capitalistiques et utilisent des technologies sophistiquées, les enjeux les plus forts étant alors plus directement liés à la qualité, la maîtrise technologique et la capacité d’investissement.

 

 

4/ Emploi et chaînes de valeur mondiales (CVM)

 

a) Indicateurs sur les Échanges en Emploi de l’OCDE

L’expansion de l’intégration économique à l’échelle mondiale a exacerbé l’incidence des variations de la demande de pays ou régions tiers sur l’emploi national ou régional. Les statistiques classiques ne révèlent toutefois pas la véritable nature des interdépendances entre échanges et emploi, en particulier lorsqu’il s’agit d’analyser le mode d’influence des consommateurs d’un pays sur la production, et a fortiori sur l’emploi, de pays tiers situés plus en amont dans la chaîne de valeur. Les Tableaux internationaux des entrées-sorties (TIES) de l’OCDE, d’où sont tirés les données sur les Échnges de ValeurAjoutée (ÉVA) permettent également d’établir des indicateurs portant sur l’origine de la demande et ses effets sur l’emploi. Les estimations de l’emploi local devant satisfaire la demande finale extérieure (ou satisfaire les activités d’exportation) soulignent dans quelle mesure le marché du travail d’un pays dépend de son intégration dans l’économie mondiale.

La base de données sur les Échanges en emploi  (EeE) fournit des estimations sectorielles sur l’emploi, cohérentes avec les mesures de production et de valeur ajoutée figurant dans la base de données ÉVA, pour tous les pays de l’OCDE, l’Union europénne et les pays du G20. En outre, les indicateurs établis à partir des rémunérations des salariés sont présentés pour l’ensemble des pays cibles dans ÉVA. Les 36 secteurs d’activités d’ÉVA  sont également couverts, et ce, pour la période 2005-2015  (Échanges en emploi : Principaux indicateurs).

Le graphique suivant montre la part de l’emploi intérieur dans certaines économies utilisée dans la production pour répondre à la demande finale, c’est-à-dire la part de l’emploi qui dépend du marché extérieur. Elle montre qu’aucune économie n’est « une île » : même les plus grandes économies (par exemple la Chine, les États-Unis et le Japon) dépendent de la demande étrangère pour au moins 10% de leur emploi. Dans la plupart des pays, l’emploi lié à la demande finale étrangère a augmenté entre 2005 et 2015. La dépendance à l’égard de la demande finale étrangère peut être très élevée pour de nombreux petits pays, en particulier ceux qui sont fortement intégrés dans les chaînes de production régionales européennes.

 

Emploi du secteur des entreprises soutenu par la demande finale extérieure, 2015 en % de l’emploi total du secteur des entreprises (divisions de la CITI Révision 4 : 05 à 39, 41 à 43, 45 à 56, 58 à 63, 64 à 66 et 69 à 82).

Source: OCDE, base de données sur les Échanges en emploi, 2019. Note: Les agrégats OCDE et UE28 tiennent compte des flux intrarégionaux; ces chiffres sont considérés comme des moyennes pondérées de leurs pays membres.

 

On peut établir le même graphique pour quelques pays  (premier graphique ci-dessous). Il est aussi intéressant de décomposer l’emploi intérieur du secteur des entreprises incorporé dans les exportations brutes en 2015 en % entre emploi direct et emploi indirect (second graphique ci-dessous). Les emplois directs sont ceux des entreprises exportatrices alors que les emplois indirects sont ceux de leurs sous-traitants ou de leurs fournisseurs.

chaînes de valeur mondiales

 

Enfin pour l’ensemble de l’économie et pas seulement pour les branches qui concernent les entreprises, la part de l’emploi national incorporé dans la demande finale étrangère augmente dans tous les pays mais selon une ampleur plus ou moins importante. Cette part est un peu plus faible en France qu’en Italie du fait de l’importance relative de l’emploi dans les branches des services d’administrations, de santé, et d’éducation en France.

 

 

 

b) Les résultats de Figaro-Eurostat

La production de biens et de services repose sur des intrants qui peuvent provenir du pays ou du monde. La valeur finale d’un produit peut très bien refléter la valeur ajoutée à de nombreuses étapes différentes grâce à la combinaison de facteurs de production, y compris l’emploi. L’intrant emploi peut avoir été localisé dans de nombreux pays différents.

Les politiques de l’emploi et du commerce comptent parmi les six priorités de la Commission européenne. Pour mener à bien ces politiques, il est essentiel d’attester la relation particulière entre l’emploi et le commerce.

Au cours des dix dernières années, le nombre total d’emplois soutenus par les exportations de l’UE vers le reste du monde est passé de 28 millions en 2010 à 37 millions en 2019, avec un taux de croissance annuel moyen de 3 %. En 2010, ces emplois représentaient 14,5 % de l’emploi total dans l’UE, alors qu’en 2019, ce taux était passé à près de 18 %.

Emplois soutenus par les exportations de l’UE vers les pays tiers en 2019 (Source : Eurostat Figaro)

Des résultats plus détaillés sont disponibles sur Eurostat https://ec.europa.eu/eurostat/fr/web/esa-supply-use-input-tables/data/database. Ils couvrent, pour les années 2010 à 2017, 27 économies de l’UE et 64 branches d’activité, et, pour les années 2018 et 2019, 21 branches. Les résultats permettent de procéder à une analyse fine, comme les exemples décrits ci-dessous.

Premier exemple: en 2019, les exportations de produits manufacturés allemands vers des pays tiers ont soutenu environ 24 000 emplois dans l’industrie manufacturière tchèque, soit 0,4 % de l’emploi total en Tchéquie.

Deuxième exemple: en 2019, près de la moitié (48 %) de tous les emplois de l’UE soutenus par les exportations vers le reste du monde étaient concentrés dans trois États membres — l’Allemagne, la France et l’Italie — avec 9 millions d’emplois en Allemagne et près de 4,5 millions tant en France qu’en Italie.

Emplois soutenus par les exportations de l’UE vers les pays tiers (année 2019) en milliers de personnes (Source : Eurostat Figaro et calculs propres)chaînes de valeur mondiales

En pourcentage de l’emploi total, l’emploi dans chacun des États membres de l’UE qui a été soutenu par les exportations de l’un des États membres de l’UE a culminé à près de 3 sur 10 au Luxembourg (29,1 %) et en Irlande (29,4 %).

L’Allemagne était de loin le plus grand « contributeur » d’emplois soutenus par les exportations en raison des effets d’entraînement : en 2019, 951 000 personnes employées dans les États membres de l’UE autres que l’Allemagne ont été soutenues par les exportations allemandes.

Part de l’emploi dans chaque État membre soutenu par les exportations de tous les États membre vers des pays tiers en  2019 en % (Source : Eurostat Figaro)

 

 

 

 

Michel Braibant

BIBLIOGRAPHIE

[1] https://ec.europa.eu/eurostat/web/esa-supply-use-input-tables/figaro, voir aussi https://ec.europa.eu/eurostat/fr/web/economic-globalisation et https://publications.banque-france.fr/etablir-la-balance-des-paiements-une-mission-statistique-la-banque-de-france-depuis-1945

[2] https://www.oecd.org/fr/echanges/sujets/chaines-de-valeur-mondiales-et-commerce/ voir aussi https://www.oecd.org/fr/industrie/ind/contenu-en-emploi-de-la-demande-finale-exterieure.htm

[3] Chaînes de valeur mondiales et dépendances de la production française, la Lettre du CEPII, n° 409, Juin 2020, http://www.cepii.fr/PDF_PUB/lettre/2020/let409.pdf,voir aussi http://www.cepii.fr/PDF_PUB/lettre/2015/let356.pdf

[4]  Guide pour la mesure de la production mondiale: présentation générale Commission économique pour l’Europe, Conférence des statisticiens européens, Soixante-deuxième réunion plénière Paris, 9-11 avril 2014, colloque de l’ACN, novembre 2014, https://www.insee.fr/fr/information/2387327, https://www.insee.fr/fr/information/1894371

[5] La place de la France dans les chaînes de valeur, Sébastien Miroudot, COSAPEE, France Stratégie, 25 mai 2016, OCDE, https://www.strategie.gouv.fr/sites/strategie.gouv.fr/files/atoms/files/miroudot_cosapee_20160525.pdf

[6] Intégration de la chaîne de valeur des entreprises manufacturières tournées vers l’exportation et du marché intérieur, B. Michel, C. Hambÿe, B. Hertveldt, 21 janvier 2019 . https://voxeu.org/article/value-chain-integration-export-oriented-versus-domestic-oriented-firms

[7] Sourcing international et relocalisation de fonctions commerciales, Eurostat, https://ec.europa.eu/eurostat/statistics-explained/index.php?title=International_sourcing_and_relocation_of_business_functions

[8] https://blocnotesdeleco.banque-france.fr/billet-de-blog/les-chaines-de-valeur-internationales-lepreuve-de-la-covid-19

[9] Le modèle Avionic, modélisation input/output des comptes nationaux, A. Bourgeois et A. Briand, document G2019/02, avril 2019, Insee, https://www.insee.fr/en/statistiques/3970826 , voir aussi « Le « made in France » : 81 % de la consommation totale des ménages, mais 36 % seulement de celle des biens manufacturés  » https://www.insee.fr/fr/statistiques/4166056

[10] plusieurs études de l’OCDE : https://www.oecd.org/industry/ind/tiva-2018-flyer.pdf , voir aussi https://www.oecd.org/industry/ind/TIVA-2018-France.pdf, voir aussi https://www.oecd.org/fr/industrie/ind/contenu-en-emploi-de-la-demande-finale-exterieure.htm, voir aussi https://www.oecd.org/fr/sti/ind/TIVA_stats%20flyer_FRA.pdf

Tableau entrées-sorties mondial (T.E.S.)