LE COMPTE DE L’AGRICULTURE

Les comptes économiques de l’agriculture (CEA) constituent un compte spécifique, articulé avec le cadre central des comptes nationaux. Le compte de l’agriculture se présente sous forme d’une séquence de comptes qui décrit la formation de la valeur ajoutée dégagée par les unités agricoles et sa distribution sous forme de revenus primaires.

 

SOMMAIRE

INTRODUCTION

I – LA PRODUCTION

II – LES CONSOMMATIONS INTERMÉDIAIRES

III – LES SOLDES COMPTABLES ET LES INDICATEURS DE REVENU DE LA BRANCHE

IV – LA FORMATION BRUTE DE CAPITAL FIXE

V – COMMERCE EXTÉRIEUR AGRO-ALIMENTAIRE

VI – MUTATIONS DE L’AGRICULTURE EN FRANCE

VII – L’AGRICULTURE EN 2020 : FORTE BAISSE DE LA PRODUCTION CÉRÉALIÈRE

 

Résumé

° Les comptes de l’agriculture française font l’objet de trois publications : le compte européen de l’agriculture (CEA) sous l’égide d’Eurostat [1], |2] (les nombres entre crochet renvoient à la bibliographie en bas de page), le compte spécifique présenté à la Commission des comptes de l’agriculture de la Nation (CCAN) et dans le cadre central des comptes nationaux (CN) [3] . Si les différences entre les deux premiers sont mineures, elles sont plus importantes avec le dernier. Cependant les sources et les méthodes d’évaluation sont largement communes aux différentes approches, notamment pour la production et les CI de la branche. Ensuite le CEA et le compte spécifique s’intéressent davantage à la formation du revenu de la branche tandis que le cadre central se focalise sur les emplois et ressources des produits.

° La séquence comprend trois comptes : le compte de production, le compte d’exploitation, et le compte du revenu d’entreprise. D’où l’idée qu’il s’agit pour partie d‘un compte satellite, le cadre central ne dépassant pas le compte d ‘exploitation. On retrouve de fait d’autres termes classiques des comptes satellites.

° Par exemple, la liste des activités caractéristiques du compte de l’agriculture est un peu différente de la division 01 “Agriculture”de la NAF : on exclut les activités de production de semences en amont et en aval de la multiplication, on en exclut certaines activités de services annexes à l’agriculture : exploitation de systèmes d’irrigation. La production de vin (et d’huile d’olive) des unîtes étroitement liées aux exploitations agricoles est considérée comme une activité caractéristique des comptes de l’agriculture. A ce titre, on retrace l’activité des coopératives vinicoles (et oléicoles).

° La période de référence des comptes de l’agriculture est l’année civile. Dans le domaine agricole, deux notions de campagne sont couramment utilisées : a campagne de production, – la campagne de commercialisation. La campagne de production correspond a la période qui va de la préparation des sols (par exemple octobre n-1) a la date de la récolte (par exemple juillet n) dans le cas des productions végétales. On se réfère à la notion de récolte pour représenter la production et l’utilisation des céréales dans le cadre central des comptes nationaux. C’est-à-dire qu’on considère que la production d’une récolte de céréales se déroule intégralement au cours de l’année calendaire, celle au cours de laquelle la récolte est effectuée : ainsi, on considère que le cycle complet de la récolte effectuée en n se déroule en n, depuis l’ensemencement jusqu’à la moisson. Ce qui revient en fait à translater le cycle d’une demi-année environ, puisque l’ensemencement de la récolte de n est en fait réalisé à l’automne de n-1, et qu’une partie non négligeable de la pousse se déroule aussi en n-1.

° Des questions ont été soulevées en liaison avec ces décalages temporels : Lors de l’élaboration du compte de l’année 2009, on a observé une incohérence forte entre les montants de CI figurant dans l’ERE du produit « engrais » et de CI de la branche agriculture. Cette incohérence s’expliquait par la forte évolution des prix entre 2008 et 2009, les CI dans les deux cas ne correspondant pas aux achats effectués durant les mêmes périodes. La mise en engrais est réalisée au tout début du processus de production d’une récolte. Pour la récolte réalisée en n, la mise en engrais a lieu dans la seconde moitié de n-1. Pour les besoins de la représentation comptable, les contraintes se présentent alors comme suit : la translation du processus de production, afin qu’il soit intégralement enregistré dans les comptes de n, suppose que toutes les CI soient également enregistrées en n dans le compte de production des céréales. Cependant, dans les ERE des engrais, les livraisons destinées à la production de la récolte de céréales de n figurent bien en n-1, et il n’est pas possible de les déplacer.

° La solution a consisté alors à enregistrer, en contrepartie des livraisons d’engrais effectuées en n-1 pour les besoins de la CI du processus de production de la récolte aboutissant en n, une entrée en stocks chez l’agriculteur (on fait l’hypothèse que les avances aux cultures, engrais mis en terre en fin d’année pour une production l’année suivante sont des variations de stocks utilisateurs); et en n, enregistrer, en contrepartie de la CI d’engrais du processus de production des céréales, une sortie de stocks chez l’utilisateur. Cet enregistrement, artificiel puisque les engrais sont mis effectivement en production en n-1, est du moins compatible avec la comptabilité des agriculteurs reprise dans les données du Réseau d’Information Comptable Agricole.

° Des discussions ont aussi eu lieu sur la périodicité de la production. Les comptes nationaux annuels sont établis sur l’année calendaire. Pour que leur cohérence d’ensemble soit assurée, il faut que tous les phénomènes économiques soient représentés sur une base annuelle, reposant sur l’année civile. La mesure de la production devrait s’adapter à ce cadre temporel. Ceci suppose de concevoir des notions abstraites de production, en considérant que l’état inachevé d’un produit est le résultat d’une production, génératrice de valeur ajoutée, et de revenu. Ce qui introduit les notions de travaux en cours, et des stocks qui leur sont associés¸ La production de l’année n, dans le cadre central des comptes nationaux, devrait donc être la somme de la production représentant la phase finale de la récolte n ; et de la production représentant la phase initiale de la récolte n+1. Mais ce principe n’a pas été retenu.

° Enfin on a cherché à simplifier les comptes de l’agriculture. Il s’agissait de déterminer la production à partir des ventes du RICA [4]. Cette méthode aurait été la même pour tous les produits de l’agriculture et aurait remplacer les méthodes spécifiques à chaque produit, mais dont la principale est de multiplier des quantités par des prix. Cette méthode n’a pas été retenue. Il semble probable que plusieurs pays l’appliquent comme les Pays Bas.

° On étudie le solde extérieur agroalimentaire, y compris celui des IAA. En 2019, l’excédent agroalimentaire progresse mais les échanges avec l’Union européenne sont désormais déficitaires.

° Il est aussi très intéressant de suivre les mutations de l’agriculture française sur longue période, complétées par quelques données d’Eurostat.

 

 

 

INTRODUCTION

En France, le compte spécifique est présenté chaque année à la Commission des comptes de l’agriculture de la Nation (CCAN), puis transmis à Eurostat, après mise en forme au format des comptes européen (CEA) [5], [6]. Le compte spécifique est articulé avec le compte du cadre central ; il n’est toutefois pas identique, en raison de différences de champ et de calendrier.

Le compte de l’agriculture se limite à l’analyse des comptes de la branche agricole. Il vise à décrire les opérations économiques dérivant de la mise en œuvre d’une activité agricole, c’est-à-dire le processus de production agricole et le revenu primaire qui en découle. Il n’a donc pas pour but d’analyser l’ensemble du revenu des unités engagées dans une production agricole (notamment des ménages agricoles), dans la mesure où ces unités peuvent avoir d’autres formes de revenus ou de charges que celles décrites dans les comptes de l’agriculture.

 

1) Les activités spécifiques du compte de l’agriculture

Dans la NAF, la division 01 “Agriculture” recouvre les activités suivantes :

– la culture de végétaux : la culture des céréales et plantes industrielles, le maraîchage, l’horticulture et les pépinières (y compris arbres de Noël), la culture fruitière et la viticulture,

– l’élevage d’animaux,

– la culture de végétaux associée à l’élevage d’animaux,

– les services annexes à l’agriculture,

– la chasse : chasse, piégeage, reproduction du gibier, activités de services annexes.

La liste des activités caractéristiques du compte de l’agriculture est un peu différente :

– on exclut les activités de production de semences en amont et en aval de la multiplication,

– on en exclut certaines activités de services annexes à l’agriculture : exploitation de systèmes d’irrigation.

La production de vin (et d’huile d’olive) des unités étroitement liées aux exploitations agricoles est également considérée comme une activité caractéristique des comptes de l’agriculture. À ce titre, on retrace l’activité des coopératives vinicoles (et oléicoles). En revanche, la production de vin (et d’huile d’olive) par les entreprises agroalimentaires est exclue du champ.

 

2) L’unité de base

Pour l’analyse des flux générés par le processus de production, l’unité de base retenue par le système européen (et donc français) de comptes nationaux est l’unité d’activité économique au niveau local (UAE locale), définie comme étant la partie d’une unité d’activité économique (UAE) située en un lieu topographiquement identifié. L’UAE regroupe toutes les parties d’une unité productive qui concourent à l’exercice d’une activité donnée, l’activité étant définie en référence à une classe (quatre positions) de la nomenclature d’activité (NAF).

Dans le cas des activités agricoles au sens strict (hors services annexes à l’agriculture), on considère que les “exploitations agricoles” au sens de la statistique agricole constituent des UAE locales, et donc sont les principales unités de base des comptes de l’agriculture. Du fait de l’extension du champ des comptes de l’agriculture à l’activité des coopératives vinicoles (et oléicoles), celles-ci constituent également des unités caractéristiques de la branche agricole.

 

3) La séquence des comptes

 

Le compte de l’agriculture se présente sous forme d’une séquence de comptes qui décrit la formation de la valeur ajoutée dégagée par les unités agricoles et sa distribution sous forme de revenus primaires.

 

La séquence comprend trois comptes :

– le compte de production,

– le compte d’exploitation,

– le compte du revenu d’entreprise.

 

Ce dernier, spécifique à l’agriculture, permet de mesurer un revenu proche du concept de profit courant avant distribution et impôt sur le revenu, tel qu’il est habituellement utilisé en comptabilité privée. Il enregistre en ressources l’excédent d’exploitation ou le revenu mixte, et en emplois les intérêts et charges locatives sur terres agricoles versés au titre de l’activité productive. En principe, figurent également en ressources de ce compte les intérêts reçus par les unités agricoles au titre de leur activité productive : en pratique, on a considéré qu’il était difficile d’isoler ces montants, et on n’a fait figurer aucun montant d’intérêts sur les dépôts effectivement reçus par les unités de la branche agriculture. En revanche, figurent les intérêts fictifs sur les dépôts qui viennent en contrepartie des consommations intermédiaires des services d’intermédiation financière indirectement mesurés (Sifim) sur les dépôts.

Des éléments du compte de capital complètent la description du processus de production agricole par une évaluation de la formation brute de capital fixe, des variations de stocks et des aides à l’investissement et autres transferts en capital reçus.

 

 

I – LA PRODUCTION

En principe, n’est comptabilisée en production que la valeur des produits quittant l’unité qui les a produits, à l’exclusion des biens et services produits et consommés intermédiairement par la même unité au cours de la même période. Dans le cas de l’agriculture, on a considéré que, du fait qu’une exploitation agricole peut exercer une grande diversité d’activités agricoles étroitement liées entre elles, ces activités ne pouvaient être pleinement prises en compte à travers la seule mesure de la production « quittant” l’exploitation. Dès lors, et pour améliorer la comparaison des coefficients techniques et des taux de valeur ajoutée entre sous-branches d’activité économique et entre pays, on intègre dans la production agricole une partie de la production intraconsommée au sein des unités agricoles.

 

Les intraconsommations retracées dans la production agricole concernent les produits végétaux utilisés pour l’alimentation animale (céréales, protéagineux, pommes de terre, fourrages, etc.), les semences, les oeufs à couver et les services annexes agricoles (ETA, Cuma, CIA et services rendus entre agriculteurs).

 

Le vin, l’huile d’olive et le moût de raisin non vinifié résultant de la transformation de raisins ou d’olives produits par la même unité relèvent de la production de la branche agricole. Dans la mesure où il s’agit d’un processus de transformation au sein d’une même filière (végétale), seuls les produits transformés sont enregistrés en tant que tels en production : les produits de base (raisins et olives) ne sont pas comptabilisés dans la production agricole.

 

Les biens et services produits par une unité et utilisés par elle-même comme actifs fixes (FBCF pour compte propre, par exemple d’animaux) ou comme consommation finale (autoconsommation des ménages agricoles) sont toujours comptabilisés en production.

 

On considère que, pour les produits agricoles dont le cycle de production se déroule sur une période inférieure à l’année (y compris lorsque le processus de production chevauche deux années civiles), il est inutile d’enregistrer la production sous forme de travaux en cours : dans ce cas, la comptabilisation de la production au stade du produit fini permet d’assurer une cohérence suffisante avec les coûts de production.

Pour les produits végétaux, la production vendue correspond au chiffre d’affaires tiré de la mise sur le marché des produits, la production stockée correspond à la variation des stocks producteurs, et la production immobilisée est la contrepartie de la FBCF pour compte propre en plantations.

 

Le cas des animaux est un peu plus complexe du fait des échanges d’animaux qui interviennent entre unités agricoles. Les échanges d’animaux entre unités agricoles constituent en effet des échanges d’actifs, non retracés en production et consommation intermédiaire des unités considérées. La production vendue à prendre en compte correspond donc aux sorties de stocks ou aux cessions d’actif du compte national (ou départemental) consolidé, soit à la somme des abattages sur le territoire et des exportations. La production stockée est alors égale à la constitution de stocks pour compte propre nette de ces sorties (production nette stockée), soit la variation des stocks producteurs moins les acquisitions hors unités agricoles résidentes (importations). La production immobilisée est égale à la FBCF pour compte propre nette de ces sorties (production nette immobilisée), soit la FBCF totale moins les acquisitions hors unités agricoles résidentes (importations) et moins les coûts liés au transfert de propriété.

 

 

 

Deux questions se sont posées durant ces dernières années concernant la mesure de la production dans les comptes : la première concerne la périodicité choisie; la seconde , la simplification de la mesure.

 

1) la périodicité

Cette question a été soulevée à propos de la comptabilisation des CI d’engrais par la branche agriculture. Il est nécessaire de traiter la consommation intermédiaire des engrais par la production de céréales de façon cohérente avec les décisions prises à propos de cette production. C’est notamment le partage volume-prix de la consommation intermédiaire d’engrais qui est en cause.

L’économie de la production de céréales repose sur la récolte qui, seule, a un sens économique : une production de blé n’a de valeur qu’une fois récoltée. C’est aussi son cycle qui est économiquement pertinent.

Cependant, les comptes nationaux annuels sont établis sur l’année calendaire. Pour que leur cohérence d’ensemble soit assurée, il faut que tous les phénomènes économiques soient représentés sur une base annuelle, reposant sur l’année civile. La mesure de la production doit s’adapter à ce cadre temporel.

Ceci suppose de concevoir des notions abstraites de production, en considérant que l’état inachevé d’un produit est le résultat d’une production, génératrice de valeur ajoutée, et de revenu. Ce qui introduit les notions de travaux en cours, et des stocks qui leur sont associés.

La production des céréales chevauche, de façon caractéristique, deux années calendaires. Le schéma suivant vise à représenter la succession des événements relatifs à une récolte se déroulant sur 2 années, en l’occurrence les années 2011 et 2012 :

–    appelons « récolte 2012 » la récolte qui a lieu environ au milieu de l’année 2012 : elle résulte d’un processus de production, qui débute par une mise en engrais de la terre dans la seconde moitié de l’année 2011 et se termine par la récolte ;

–    une récolte se forme ainsi du milieu d’une année calendaire au milieu de l’année calendaire suivante ;

–    inversement, une année calendaire voit se dérouler la succession de deux parties de cycle de récolte : au cours de 2012, par exemple, se déroulent la fin de la récolte 2012, et le début de la récolte 2013.

La production  de l’année 2012, dans le cadre central des comptes nationaux, devrait donc être la somme (selon le principe de l’enregistrement de l’année calendaire)

.

  • de la production représentant la phase finale de la récolte 2012 ;
  • et de la production représentant la phase initiale de la récolte 2013.

Ce choix n’a pas été retenu.

 

a) le choix de la base 2010 : l’année de la récolte

En base 2010, il a été décidé de conserver la notion de récolte pour représenter la production et l’utilisation des céréales dans le cadre central des comptes nationaux [9].

C’est-à-dire qu’on considère que la production d’une récolte de céréales se déroule intégralement au cours de l’année calendaire (du 1° janvier au 31 décembre), celle au cours de laquelle la récolte est effectuée : ainsi, on considère que le cycle complet de la récolte effectuée en 2012 se déroule en 2012, depuis l’ensemencement jusqu’à la moisson.

Ce qui revient en fait à translater le cycle d’une demi-année environ, puisque l’ensemencement de la récolte de 2012 est en fait réalisé à l’automne 2011, et qu’une partie non négligeable de la pousse se déroule aussi en 2011. Du point de vue économique, il faut surtout noter qu’une partie importante des coûts de production – dont la mise en engrais – intervient en 2011.

De même, on ne calcule dans la production de 2012, celle qui correspond à l’ensemencement des engrais à la fin de l’année 2012 qui servira pour la récolte de 2013.

 

Respecter le modèle des comptes nationaux annuels – ceux du cadre central – aurait au contraire conduit à un traitement consistant parallèlement :

  • à enregistrer le processus de production conduisant à la récolte de 2012 dans les comptes des deux années calendaires au cours desquelles il se déroule, soit les années 2011 et 2012 ;
  • à représenter, dans les comptes de 2012, la succession des parties des deux cycles successifs de production, soit la fin du processus de production de la récolte de 2012 et le début du processus de production de la récolte de 2013 ;
  • à élaborer les équilibres de produits correspondants.

 

b) une méthode alternative de mesure de la production 

En comptabilité nationale, les flux de produits sont valorisés aux prix courants de marché des produits équivalents qui prévalent au moment où ces flux se produisent. Les stocks dont sont tirés les flux sont valorisés en conséquence de manière cohérente [10].

Ainsi, supposons qu’un produit destiné à la consommation intermédiaire a été acquis à un prix unitaire de 100, pour être mis en stocks jusqu’au moment de son utilisation dans le processus de production. Si, au moment où il est sorti des stocks pour être utilisé dans la production, le prix de marché du même produit est 120, la consommation intermédiaire doit être valorisée à ce dernier prix. A cette date même, le stock complet d’où est tiré ce produit doit être aussi valorisé avec le prix de 120. La différence de valeur affectant le stock est enregistrée comme un gain de détention. Cette méthode est différente de la valorisation adoptée par la comptabilité d’entreprise, qui correspond au coût historique – soit restant à 100 dans l’exemple.

Ce choix de valorisation correspond à la notion économique de coût d’opportunité. Reprenant le cas d’un agriculteur qui aurait acquis un stock d’engrais à un certain prix pour une utilisation ultérieure, la variation sensible du prix peut le conduire ultérieurement à modifier le comportement de production qu’il anticipait. Il peut, par exemple en cas de hausse de prix, décider de revendre une partie de son stock pour réaliser un gain immédiat, et renoncer à un profit futur, incertain par nature, en réduisant la production de céréales qu’il envisageait auparavant.

En règle générale, la consommation intermédiaire d’un produit doit être valorisée au prix de marché prévalant à la date où la consommation intermédiaire a lieu.

 

° Correction à apporter à la règle générale pour la CI d’engrais pour la production des céréales

L’ERE des seuls engrais destinés à la consommation intermédiaire de la production des céréales s’écrit comme suit, hors marges et impôts/subventions.

 

 

Situons-nous en 2012. Compte tenu des conventions adoptées pour le traitement des céréales, qui consiste à déplacer le cycle de production de la récolte réalisée en 2012, pour qu’il soit totalement enregistré en 2012, la consommation intermédiaire d’engrais qui intervient dans les comptes de 2012 – alors qu’elle a réellement eu lieu en 2011 – provient d’un déstockage, chez les agriculteurs (en moins une sortie de stock).

De même, la livraison d’engrais aux agriculteurs, en vue de la mise en production de la récolte de 2013, fait l’objet d’une entrée en stocks chez les agriculteurs.

L’ERE ci-dessus se décompose en fait en deux sous-équilibres :

Cette décomposition de l’ERE permet d’établir les règles pour le partage volume-prix :

–    on décale le compte de production des céréales pour qu’il soit intégralement enregistré en 2012 ;

–    on décale donc de 2011 à 2012 la consommation intermédiaire d’engrais ;

–    la consommation intermédiaire d’engrais doit être valorisée au prix de 2011, et non au prix de 2012 ;

–    ce qui implique que, contrairement aux règles habituelles, les entrées en stocks ne doivent pas avoir le même prix que les sorties de stocks ;

–    dans le cas présent, le prix des entrées en stocks est le prix de l’offre nette :

production + importations – exportations – variations des stocks autres

–    et le prix des sorties de stocks doit avoir le même prix que celui des entrées en stocks de l’année précédente.

Concrètement :

–    l’indice de prix des entrées en stocks de 2012 se déduit de l’équilibre ;

–    l’indice de prix des sorties de stocks, qui est le même que celui de la consommation intermédiaire, est l’indice de prix des entrées en stocks de 2011.

 

 

° le respect des critères des comptes nationaux

Notations

On indice les variables par référence à la récolte, faite en t, et non par rapport à l’année calendaire. Soit :

La valeur de la récolte t est donc égale à :

Décomposition de la valeur de la récolte 2012

On suppose qu’une récolte est faite le 31/07 de l’année. Soit R12 la valeur de la récolte 2012, dont le produit est récolté le 31/07/2012. On décompose cette valeur en deux montants, supposés couvrir respectivement la période allant du 01/08/2011 au 31/12/2011, et la période allant du 01/01/2012 au 31/07/2012 : on désigne ces montants par RP121 et RP122 – RP pour « récolte produite ».

En prolongeant cette notation aux composantes de la valeur de la récolte, on obtient :

On peut faire l’hypothèse que les valeurs des consommations intermédiaires – d’engrais et des autres – sont observables. On peut aussi penser que les valeurs respectives de la rémunération des salariés sont aussi observables. Reste alors à décomposer le montant B d’EBE/RMB entre les deux périodes.

Si on connaît la valeur finale de B12, on peut faire l’hypothèse que le taux « de profit » r calculé sur la récolte totale s’applique aux deux périodes. Ainsi, on calcule :

 

Et on calcule alors les valeurs respectives de B121 et B122 :

On obtient alors les valeurs respectives RP121 et RP122. On vérifie que la somme de ces valeurs est égale à la valeur R12 de la récolte. Si on ne connaît pas la valeur finale de B12, on peut calculer r comme moyenne des taux obtenus par l’observation du passé.

 

° Calcul des productions annuelles

En étendant les notations précédentes, on calcule les productions annuelles. Prenant l’année 2012, on obtient, comme on l’a indiqué plus haut, la valeur P12 de cette production comme la somme de :

RP122, valeur de la production de la récolte 2012 attribuable à l’année 2012, c’est-à-dire à la période du 01/01/2012 au 31/07/2012

RP131, valeur de la production de la récolte 2013 attribuable à l’année 2012, c’est-à-dire  à la période du 01/08/2012 au 31/12/2012

et on obtient la décomposition de la valeur de P12 (comptes de production et d’exploitation).

 

° Présentation croisée production x récolte

Le tableau suivant résume les relations entre productions et récoltes :

 

° Équilibre des produits

Remarque préalable : on se place pour le moment dans une situation où on fait des comptes rétrospectifs, c’est-à-dire qu’on sait ce qui s’est passé, on connaît la valeur et la quantité finales des récoltes réalisées. On verra plus loin ce qui peut être fait en « temps réels », par exemple au provisoire, c’est-à-dire avant que la récolte engagée au cours de l’année sous constat soit réalisée.

Au vu des observations précédentes, il apparaît que la production des céréales prend deux formes différentes, et successives, au cours d’une année calendaire : celle d’un produit fini, puis celle d’un produit en cours de fabrication (travail en cours). A ces deux formes, correspondent deux formes de circulation des produits. On représente donc la circulation des céréales dans l’économie sous la forme de 2 ERE élémentaires, qui seront ensuite agrégés.

A cet effet, on utilise la décomposition de la production P12 :

° Travaux en cours

En comptes annuels, la production de travaux en cours de céréales correspond exclusivement à la première partie de la production de la récolte. L’ERE de ce produit est très simple, puisqu’il n’y a qu »un emploi possible de cette production :

Valorisation :

–    on a vu que cette partie de la production est mesurée par une fraction de la valeur de la production finale, cette fraction étant basée sur le rapport des coûts engagés pendant la durée de la période ; ce qui revient à valoriser cette production par la somme des coûts de production ;

–    on note toutefois que les coûts comportent la rémunération du capital, par l’intermédiaire d’une imputation d’EBE/RMB – stricto sensu, la rémunération du capital passe par le seul ENE/RMN : l’ajout de cette composante est une précision apportée par le SEC2010.

Partage volume x prix :

–    le volume est mesuré, à qualité égale des céréales, par la quantité de céréales mise en production ;

–    toute destruction de la récolte en cours dépassant le niveau couramment observé de pertes se traduit par une perte de volume – enregistrée dans le compte des autres changements de volume des actifs -, sans effet direct sur les prix.

 

° Produits finis issus de la récolte de 2012

On procède pas à pas pour les produits finis, en commençant par ceux qui sont issus de la récolte de l’année sous constat. On s’intéresse aux quantités physiques.

 

Tous les produits finis qui circulent au cours de 2012, notamment pendant la première partie de l’année, avant la récolte 2012, ne proviennent pas de cette récolte :

–    des produits peuvent provenir de récoltes antérieures, par déstockage, chez les utilisateurs et les commerçants, accessoirement chez les producteurs ;

–    des produits sont importés ;

L’ERE de ces produits, en données physiques, est du type suivant.

ERE complet des céréales

L’ERE complet des céréales est se présenterait ainsi. En rappelant que les variations de stocks sont égales aux entrées en stocks diminuées des sorties de stocks, il s’écrit, hors marges et impôts/subventions :

avec la particularité du calcul des travaux en cours.

 

 

 

 

2) les méthodes des principaux produits.

 

a) Les céréales, oléagineux, protéagineux

Les céréales, oléagineux et protéagineux (COP) présentent de nombreux points communs. Les COP sont généralement cultivés par les mêmes exploitants, sur les mêmes terres, avec le même matériel ; les exploitants arbitrent entre les différentes cultures au moment de l’ensemencement en fonction des conditions agronomiques et économiques du moment. Dans le cadre de la Politique agricole commune (PAC), elles relèvent du même dispositif de maîtrise de l’offre (gel des terres, aides à la surface). Enfin, du point de vue des comptes, le traitement des différents produits est similaire.

 

La valeur de la production des COP est égale à la valorisation des quantités produites par un prix unitaire hors impôts, en distinguant :

– la production de semences,

– la production hors semences.

 

La valeur de la production de semences au stade de la multiplication est établie par le Groupement national interprofessionnel des semences et plants (GNIS). La valeur de la production hors semences est obtenue en valorisant les quantités produites issues de la Statistique agricole annuelle (SAA) diminuées des semences, par le prix unitaire du grain de source FranceAgriMer, hors impôts (mais y compris cotisations professionnelles), et subventions. L’intraconsommation est valorisée au même prix que la collecte hors semences. À cette production valorisée hors impôts, on ajoute le montant global des subventions pour passer à la production au prix de base.

 

Chaque composante de la production (production intraconsommée, production de semences multipliées, collecte hors semences) évolue en volume comme les quantités en cause. La production en volume, au prix de l’année précédente, est obtenue en agrégeant les différentes composantes en volume.

 

S’agissant des quantités, la production de céréales, oléagineux et protéagineux (COP) correspond à la récolte. Celle-ci a lieu au début de l’été pour la plupart des produits et à l’automne pour le maïs et le sorgho, le tournesol et le soja. La récolte est évaluée dans le cadre de la Statistique agricole annuelle (SAA), à partir des superficies et des rendements.

 

On distingue donc au sein de la récolte, les trois composantes suivantes :

– les quantités correspondant aux semences multipliées, produites par les exploitants et vendues aux établissements semenciers,

– les autres quantités destinées à la vente, appelées collecte hors semences.

– les quantités non vendues destinées à l’alimentation animale, appelées « intraconsommation ».

 

S’agissant des prix, FranceAgriMer relève le prix de la production des COP à la fin de chaque campagne de commercialisation, dans le cadre d’une enquête quasi-exhaustive auprès des collecteurs agréés (coopératives et négociants) qui lui demandent son aval. L’enquête donne pour chaque produit le « prix d’apport », qui est un prix net payé à l’agriculteur par le collecteur : rendu silo, majorations mensuelles et caractéristiques (bonifications/réfactions) incluses, avec les taxes parafiscales à la charge des agriculteurs déduites de ces prix. Le prix d’apport n’inclut pas les aides à la production, directement versées au producteur. Le prix d’apport, en euro par tonne, est calculé en rapportant les facturations aux quantités collectées associées.

Enfin les semenciers ne font pas partie du champ du compte spécifique, mais ils sont inclus dans celui de la branche agriculture du cadre central, Leur production vient donc s’ajouter à celle des exploitations.

 

b) Les plantes fourragères

 

Les plantes fourragères correspondent à des produits intraconsommés à des fins d’alimentation animale, comptabilisés à la fois en production et en consommations intermédiaires de la branche agriculture. Contrairement à d’autres produits végétaux également intraconsommés pour l’alimentation animale mais dont la plus grande partie de la production est commercialisée (céréales, pommes de terre), les plantes fourragères ne font pas (ou peu) l’objet de transactions. Il a cependant été choisi de retracer la production et les utilisations de ces produits, au moins pour trois raisons

 

a) Une mesure de la production et des consommations intermédiaires sans ces produits ne permettrait pas une analyse économique correcte de l’activité productive agricole, notamment en termes de coefficients techniques et de taux de valeur ajoutée. Les coefficients techniques en niveau seraient en effet très partiels puisqu’ils rapporteraient chaque consommation intermédiaire à une production hors plantes fourragères et non à l’ensemble de la production agricole. Or, les consommations d’engrais, de produits pétroliers, etc., ont été utilisées dans le processus de la production de l’ensemble des produits, y compris les plantes fourragères. De plus, la part de la production intraconsommée dans l’ensemble de la production est variable selon les années, selon les circonstances économiques, en fonction des coûts relatifs des céréales et des aliments composés. Ainsi, l’évolution des coefficients techniques est également faussée lorsqu’ils sont calculés à partir de la production hors produits fourragers.

 

b) L’intégration de ces produits permet également d’assurer la cohérence entre les éléments du compte de production et ceux des comptes d’exploitation et de revenu. Les charges et les recettes sont relatives à l’ensemble de la production agricole, y compris les plantes fourragères. Le problème de cette cohérence souhaitable tout au long de la séquence des comptes se pose avec d’autant plus d’acuité que, depuis la réforme de la politique agricole commune (PAC) de 1992, les subventions sur les produits jouent un rôle important dans la détermination du revenu agricole; certaines d’entre elles concernent explicitement des produits fourragers, tels que le maïs fourrage.

 

c) La mesure de la production englobant les produits fourragers permet également d’établir des comparaisons sur les taux de valeur ajoutée sur des bases homogènes :

– entre les sous-branches agricoles : au sein de la branche agriculture, les intraconsommations sont essentiellement concentrées sur les grandes cultures et la production de bétail alors qu’elles sont plus faibles, voire inexistantes, dans d’autres sous-branches (fruits et légumes, vins…). La comparaison des taux de valeur ajoutée sans les produits fourragers serait donc biaisée.

– entre la branche agriculture et les autres branches de l’économie, pour lesquelles d’une manière générale les intraconsommations de produits bruts sont moins importantes.

– entre la branche agriculture des différents États membres de l’Union européenne, où la part des intraconsommations est très variable selon les modes de production.

 

 

 

La valeur de la production des produits fourragers (hors luzerne) est évaluée à partir d’une estimation des superficies cultivées (source : SAA) et des coûts de production par unité de superficie. Les coûts ont été estimés pour la base 95, à partir de travaux effectués par des experts, confrontés avec des données issues du RICA. On évalue le maïs fourrage en fonction des coûts de production. Le coût des prairies permanentes peu productives a été revu à la baisse, en ne retenant que les coûts de récolte. Par ailleurs les CI d’engrais et de produits phytosanitaires ont connu certaines années des fluctuations en volume de grande ampleur, montrant qu’il n’était pas réaliste de maintenir une structure fixe pour les coûts des fourrages. On tient désormais compte des à-coups dans l’évolution de ces produits observée pour l’ensemble de l’agriculture, dorénavant en fonction des coûts de production. Le coût des prairies permanentes peu productives a été revu à la baisse, en ne retenant que les coûts de récolte.

 

 

c) Les légumes frais

 

La diversité de la production légumière rend très difficile la synthèse nationale de l’ensemble des éléments conjoncturels locaux qui influent sur la valorisation de la production. Afin de tenir compte au mieux des sources locales, il a été décidé, depuis la base 95 des comptes, que l’évaluation nationale de la production de légumes serait obtenue par totalisation des évaluations de production élaborées aux niveaux régional et départemental dans le cadre des comptes départementaux (régionaux depuis 2007) de l’agriculture. Ceux-ci ont été établis localement par les services régionaux d’information statistique et économique (SRISE). La production légumière de la branche agricole concerne d’une part les légumes destinés à être consommés en frais ou à être transformés par des unités des industries agricoles et alimentaires, d’autre part les légumes transformés sur les exploitations, dans le cadre d’activités secondaires non agricoles non séparables de l’activité

 

 

 

II – LES CONSOMMATIONS INTERMÉDIAIRES DE LA BRANCHE

Avant toute chose, on note que la branche agriculture est la seule branche marchande pour laquelle on « fixe » les cases en colonne dans le TEI.

En raison de l’adoption de l’UAE locale comme unité de base des comptes de l’agriculture, les consommations intermédiaires de la branche agricole incluent les biens et services livrés par une exploitation agricole à une autre (plus généralement par une UAE locale à une autre UAE locale) à des fins d’utilisation productive. Les biens et services intraconsommés au sein de la même unité agricole ne sont enregistrés en consommation intermédiaire que dans la mesure où ils apparaissent aussi en production (par exemple les fourrages).

Les biens et services de consommation intermédiaire doivent être comptabilisés au moment où ils entrent dans le processus de production, c’est-à-dire au moment où ils sont effectivement utilisés et non à la date de leur achat ou de leur entrée en stocks. La consommation de biens d’une période correspond en pratique aux acquisitions de marchandises diminuées des variations de stocks utilisateurs (stock final moins stock initial). Si les achats de biens sont de 100, le stock final de 10 et le stock initial de 20, la CI est de 110.

Dans le compte spécifique, le champ de la branche agriculture comporte, outre les exploitations agricoles métropolitaines (professionnelles et non professionnelles), les coopératives viticoles et les entreprises de services à l’agriculture (ETA, CUMA) ; il comprend également les entreprises des DOM. En résumé :
CI de la branche agriculture = CI des exploitations agricoles (professionnelles et non professionnelles)
+ CI des coopératives viticoles
+ CI des entreprises de services à l’agriculture
+ CI des DOM

 

1) Le Rica, une source essentielle

La source privilégiée est le Réseau d’information comptable agricole (Rica). Il s’agit d’une enquête par sondage réalisée chaque année sur le champ des exploitations professionnelles. Sur ce champ, l’enquête donne les achats des exploitations agricoles, ainsi que les stocks en début et fin d’exercice. Les données en valeur (hors TVA) permettent d’établir la « charge réelle » correspondant à la notion de consommation intermédiaire. Le SSP calcule ensuite divers ratios, en rapportant la valeur des charges aux surfaces cultivées, aux effectifs animaux, etc.. . Ces charges par hectare, tête de bétail, etc. établies sur le champ des exploitations professionnelles sont ensuite extrapolées à la totalité du champ des exploitations agricoles, professionnelles et non professionnelles. Les données du Rica sont utilisées pour un certain nombre de postes, regroupements de produits consommés par l’agriculture lors de son processus de production : produits pétroliers, engrais et amendements, produits de protection des cultures, produits vétérinaires, honoraires vétérinaires, autres honoraires, entretien du matériel, entretien des bâtiments, fournitures stockables, petit matériel, eau-gaz-électricité, eau d’irrigation, frais divers de gestion, location de matériel.

 

3) Les consommations intermédiaires par catégorie de produits

Cette partie traite des consommations intermédiaires des exploitations agricoles (professionnelles et non professionnelles) et des coopératives viticoles. Les consommations intermédiaires des entreprises de services à l’agriculture sont estimées par l’Insee et celles des DOM par le SSP.

Les consommations intermédiaires sont calculées au niveau 138 de la nomenclature de la compatibilité nationale
(naf rév.2). Elles sont publiées après regroupement de ces postes dans une nomenclature simplifiée :

– semences et plants
– énergie et lubrifiants
– engrais et amendements
– produits de protection des cultures
– dépenses vétérinaires
– aliments pour animaux
dont : intraconsommés
achetés en dehors de la branche agricole

– entretien du matériel
– entretien des bâtiments
– services de travaux agricoles
– autres biens et services (dont Sifim)

Quelques produits méritent attention.

 

a) Les engrais et amendements

Le problème posé par les engrais est étudié dans une autre page (voir Compte de l’industrie).

La mise en engrais est réalisée au tout début du processus de production d’une récolte. Pour la récolte réalisée en 2012, la mise en engrais a lieu dans la seconde moitié de 2011.

Pour les besoins de la représentation comptable, les contraintes se présentent alors comme suit :

–    la translation du processus de production, afin qu’il soit intégralement enregistré dans les comptes de 2012, suppose que toutes les CI soient également enregistrées en 2012 dans le compte de production des céréales, et dans les ERE des produits concernés ;

–    cependant, dans les ERE des engrais, les livraisons destinées à la production de la récolte de céréales de 2012 figurent bien en 2011, et il n’est pas possible de les déplacer.

La solution consiste alors :

–    à enregistrer, en contrepartie des livraisons d’engrais effectuées en 2011 pour les besoins de la consommation intermédiaire du processus de production de la récolte aboutissant en 2012, une entrée en stocks chez l’utilisateur ;

–    en 2012, enregistrer, en contrepartie de la consommation intermédiaire d’engrais du processus de production des céréales, une sortie de stocks chez l’utilisateur.

Cet enregistrement, artificiel puisque les engrais sont mis effectivement en production en 2011, est du moins compatible avec la comptabilité des agriculteurs reprise dans les données du RICA.

La valeur de la consommation en engrais et en amendements est égale à la valeur des achats diminués de la variation de stocks entre le début et la fin de l’année civile.

Lors de l’élaboration de la base 2010, il a été tenu compte du fait que la plus grande partie des stocks d’engrais en début ou fin de campagne est constituée par des stocks mis en terre peu de temps après leur achat pour la production de l’année suivante. La correction de l’appréciation sur les stocks n’a donc pas été reconduite. Pour les engrais, un indice de prix à pondération variable est calculé à partir des indices IPAMPA des différents engrais simples et engrais composés. Le prix des amendements évolue comme l’indice IPAMPA « Amendement. Ces indices sont décalés en « année de campagne » pour tenir compte des dates de mise en terre.

 

b) Les aliments pour animaux produits par la branche agricole

Les consommations intermédiaires de produits agricoles destinés à l’alimentation animale sont constituées de céréales (à l’exclusion du blé dur), protéagineux, pommes de terre et de plantes fourragères. Elles correspondent très largement à une intraconsommation au sein de la même unité agricole. Toutefois les échanges entre exploitations, mal connus et supposés faibles, sont de fait intégrés dans cette intraconsommation. Dans le cas des fourrages, les consommations intermédiaires comprennent également le solde du commerce extérieur (très faible : de 5 à 10 millions d’euros).

La part des récoltes destinée à l’intraconsommation de la branche est obtenue par solde entre les récoltes et les livraisons en aval de la branche agriculture, en général à des unités du commerce ou des industries agroalimentaires.Compte tenu des dates de récolte et des besoins réguliers des troupeaux, une hypothèse simple et si possible réaliste a été adoptée pour fixer le taux d’utilisation des quantités intraconsommables dès l’année de la récolte. Les consommations intermédiaires d’aliments pour animaux intraconsommés dans l’année civile comprennent ainsi une part provenant de la récolte antérieure et une part de la récolte de l’année.

Production intraconsommable n = Récolte n – Collecte n / n+1
Intraconsommation n = Production intraconsommable n-1 x (1- Tx) + Production intraconsommable n x Tx

avec Tx = taux d’utilisation des quantités intraconsommables sur l’année même de la récolte.

Un taux d’utilisation de 50 % a été retenu pour les COP.

En revanche pour les fourrages qui ne sont enregistrés ni en production, ni en stocks des exploitations, les quantités destinées à l’intraconsommation sont considérées comme intégralement consommées l’année même. Cette convention facilite les comparaisons avec le Rica. L’intraconsommation est valorisée soit par le prix de la production commercialisée (céréales, protéagineux, pommes de terre), soit par les coûts de production (fourrages) quand les échanges commerciaux sont inexistants . Dans les deux cas, l’intraconsommation est valorisée hors subventions sur les produits : les subventions versées au producteur permettent de diminuer le coût pour l’utilisateur, même si l’exploitant joue les deux rôles dans le cas de l’intraconsommation.

 

 

4) Les consommations intermédiaires du cadre central des comptes nationaux

Le champ de la branche est plus large dans le cadre central des comptes nationaux que pour le compte spécifique. Il faut donc tenir compte des semenciers, des jardins familiaux et des productions agricoles d’administrations publiques (lycées agricoles par exemple). Dans les deux premiers cas, aucune information directe sur les consommation intermédiaires n’est disponible. Des évaluations avaient été réalisées pour une base précédente. Elles sont prolongées avec une hypothèse de stabilité des coefficients techniques : elles évoluent en volume comme la production et en prix selon l’évolution pondérée des prix des produits qui la composent. Pour les administrations publiques, on ne connaît qu’une valeur globale.

En base 2010, les dépenses des semenciers en services de recherche ne sont plus enregistrées en consommation intermédiaire mais en formation brute de capital fixe. Elles sont connues par une enquête auprès des entreprises.

 

III – LES SOLDES COMPTABLES ET LES INDICATEURS DE REVENU DE LA BRANCHE

Le compte spécifique de la branche agriculture est présenté selon une séquence de trois comptes : le compte de production, le compte d’exploitation et le compte de revenu d’entreprise. Ces trois comptes permettent de déterminer successivement les soldes comptables suivants : la valeur ajoutée, l’excédent d’exploitation ou revenu mixte, le revenu d’entreprise. Suivant la méthodologie d’Eurostat, les soldes comptables sont présentés en « net », c’est-à-dire après déduction de la consommation de capital fixe qui correspond à l’amortissement économique du capital de la branche.

Issus de la séquence des comptes, deux indicateurs de revenu sont ensuite établis pour suivre l’évolution de la branche agriculture : le revenu des facteurs par actif et le revenu net de la branche agricole par actif non salarié, tous deux exprimés « en termes réels », c’est-à-dire déflatés par l’indice de prix du PIB.

 

1) Le compte de revenu d’entreprise

Partant de l’excédent d’exploitation, on retranche les intérêts à payer (nets des intérêts à recevoir) et les charges locatives, afin de dégager le solde comptable appelé revenu d’entreprise. L’objet du compte de revenu d’entreprise est de déterminer un solde équivalent au concept de profit courant avant distribution et impôt sur le revenu, habituellement utilisé en comptabilité d’entreprise.

 

2) Les indicateurs de revenu de la branche agriculture en termes réels

La séquence des comptes de l’agriculture fait apparaître successivement les soldes comptables suivants : la valeur ajoutée, la valeur ajoutée au coût des facteurs, l’excédent d’exploitation ou revenu mixte, le revenu d’entreprise. Ces différents soldes sont présentés « nets », c’est-à-dire après déduction de la consommation de capital fixe.

La valeur ajoutée nette au coût des facteurs représente la somme des revenus du travail et du capital dégagés par l’activité agricole. Le terme étant apparu trop technique pour un usage courant, cet indicateur de revenu est désigné par le terme résultat agricole net.

Cet agrégat est le plus approprié pour des comparaisons entre activités, entre pays, ou entre périodes différentes dans la mesure où il est indépendant de la forme juridique qu’adoptent les unités, et donc de l’importance du salariat. Cet indicateur autorise des comparaisons internationales, sachant que la part des exploitations traditionnelles et des exploitations sous forme d’entreprises peut être très différente d’un pays à l’autre dans l’Union européenne. C’est d’ailleurs le seul indicateur sur lequel communique Eurostat. Il est aussi le plus approprié pour des comparaisons temporelles, le développement de la main-d’oeuvre salariée pouvant être lié au développement des formes sociétaires ou, plus généralement, à une meilleure formalisation des relations, y compris au sein du cercle familial.

Pour calculer un indicateur de revenu individuel à partir du résultat agricole net, il est pertinent de le diviser par un volume d’emploi total (salarié et non salarié) mesuré en équivalent temps plein, c’est-à-dire en unité de travail annuel (UTA). Cet indicateur est alors dénommé résultat agricole net par actif.

Le solde final du compte, appelé revenu net d’entreprise, résume quant à lui toute l’information contenue dans le compte. A ce titre, il constitue un indicateur pertinent du revenu tiré de l’activité agricole, conceptuellement proche du résultat comptable de la comptabilité privée. Il est dénommé revenu d’entreprise agricole. À partir de 2007, les comptes régionaux et par catégories d’exploitation privilégient cet indicateur.

Pour calculer un indicateur de revenu individuel, il convient de diviser le revenu d’entreprise agricole par le volume d’emploi non salarié correspondant, mesuré en équivalent temps plein (UTA non salarié) : en effet, la rémunération des salariés a déjà été déduite dans le calcul du revenu net d’entreprise. On obtient ainsi un revenu net d’entreprise agricole par actif non salarié.

Ces deux indicateurs de revenu sont exprimés en termes réels, en éliminant l’inflation mesurée ici par l’indice de prix du produit intérieur brut. Le choix du déflateur tient au fait qu’on étudie l’activité d’une branche : on divise l’évolution du résultat et du revenu de la « branche » agriculture par l’indice de prix de la valeur ajoutée de l’ensemble des « branches » d’activité (PIB).

 

Ces deux indicateurs de revenu — résultat et revenu d’entreprise — correspondent au revenu généré par les activités agricoles, même si les recettes ne sont perçues que plus tard. Il ne s’agit pas donc pas du revenu effectivement perçu : ils sont établis en optique production et non en optique trésorerie.

 

IV – LA FORMATION BRUTE DE CAPITAL FIXE

 

La formation brute de capital fixe (FBCF) correspond aux acquisitions moins les cessions d’actifs fixes réalisées au cours de la période de référence, augmentées de la valeur des biens et services incorporés aux biens existants de capital fixe afin de les améliorer, de procéder à leur réfection ou d’accroître leur durée de vie ou leur capacité de production. Elle inclut également l’addition à la valeur des actifs non produits résultant d’une activité productive : aménagement de terrains, frais de notaires, de géomètres…

Les actifs fixes sont par définition des actifs corporels ou incorporels produits (eux-mêmes issus d’un processus de production) et utilisés de façon répétée ou continue dans la conduite de l’activité agricole. Les acquisitions d’actifs fixes comprennent les acquisitions par achat ou affectation en provenance de tiers ainsi que la constitution de FBCF pour compte propre : dans ce cas, la valeur de la FBCF est identique à celle imputée à ce titre en production. Les cessions d’actifs fixes concernent les actifs fixes existants vendus ou cédés par leur propriétaire.

Les comptes de l’agriculture distinguent cinq éléments de la formation brute de capital fixe :

– les plantations,

– les animaux,

– les autres actifs fixes corporels et incorporels :

– machines et autres biens d’équipement,

– matériel de transport,

– bâtiments d’exploitation (non résidentiels),

– autres ouvrages à l’exception de l’amélioration des terres,

– autres (logiciels, R&D,….),

– l’amélioration des terres,

– les coûts liés au transfert de propriété d’actifs non produits (terrains).

 

 

Le renouvellement des matériels et l’extension des capacités de production passent par la formation brute de capital fixe ou investissement. Cet indicateur connaît des cycles, qui sont conditionnés par les résultats économiques des agriculteurs. Depuis 2012, dans un contexte incertain, les investissements ont reculé, exposant l’agriculture au risque d’une érosion de ses performances économiques. .Le poste matériel et outillage est le plus important.

 

Formation brute de capital fixe de la branche agricole (source : Chambres d’agriculture – Études économiques)

 

 

V – COMMERCE EXTÉRIEUR AGROALIMENTAIRE

Ici on s’intéresse aux produits agroalimentaires (bruts  = produits agricoles) et (transformés = produits des IAA). Les échanges extérieurs sont valorisées CAF-FAB (voir page Correction CAF-FAB). Pour les données de l’UE, la source essentielle est celle des Douanes, dont les données par pays sont repris par Eurostat : Système Intrastat ( voir échanges extérieurs).

En 2019, l’excédent des échanges agricoles et agroalimentaires s’accroît pour la deuxième année consécutive (+ 1,1 Md€) pour s’établir à 7,9 Md€. Il repasse même au-dessus du niveau moyen des cinq dernières années. L’excédent en produits agricoles bruts gagne 0,4 Md€, principalement grâce aux exportations de céréales et à une hausse du prix moyen des pommes de terre expédiées. Les produits transformés contribuent plus fortement à la consolidation de l’excédent : + 0,7 Md€, soit plus des deux tiers de la hausse tous produits confondus, sous l’effet des ventes de vins et spiritueux. Les exportations et les importations avec l’UE représentent les deux tiers de l’ensemble des échanges agricoles et agroalimentaires ; leur contribution à l’excédent  commercial est toutefois en net recul depuis 2009 avec un solde désormais négatif [7].

 

1/ Commerce international

Depuis 2000, les échanges agroalimentaires mondiaux croissent de 8 % par an en moyenne avec une rupture en 2015 (- 9 %), après celle de 2009 (- 11 %). En 2018, les États-Unis demeurent les premiers exportateurs de produits agroalimentaires devant  les Pays-Bas, l’Allemagne à égalité avec le Brésil et la Chine. La France, au deuxième rang au début des années 2000, est désormais le sixième exportateur mondial [8].

En 2018, les États-Unis sont aussi les premiers importateurs de produits agroalimentaires. Les importations chinoises augmentent fortement depuis dix ans. La Chine est depuis 2012 le second importateur mondial de produits agroalimentaires. Les importations allemandes, dynamiques avant 2008, augmentent plus modérément depuis, avec des fluctuations marquées. Néanmoins, l’Allemagne reste le troisième importateur mondial. La France se situe au septième rang, proche du Royaume-Uni.

 

 

Source : UNCTADSTAT – Nomenclature CTCI Rév. 4. Les nomenclatures d’UNCTADSTAT et d’Eurostat (nomenclature NC) n’étant pas identiques, le champ des produits délimitant le secteur agroalimentaire ne coïncide pas totalement entre les deux sources, introduisant un biais.

 

2/ Échanges agroalimentaires de l’Union européenne

Alors que le déficit des échanges agroalimentaires de l’Union européenne (UE) avec le reste du monde se creusait depuis le début des années quatre-vingt-dix, il se réduit fortement à partir de 2009. En 2013, le solde des échanges atteint 0,1 milliard avant de redevenir déficitaire les années suivantes. Cependant, ce déficit ne cesse de se réduire depuis. En 2019, le solde commercial affiche un excédent record de 9,5 milliards d’euros.

Depuis 2009, les échanges agroalimentaires de l’UE ne cessent de progresser. En 2019, le rythme de croissance augmente : les
exportations (151 milliards d’euros) augmentent de 13,7 milliards par rapport à 2018 et les importations (141,5 milliards d’euros) croissent de 3,8 milliards d’euros. Les boissons, vins et alcools sont les premiers produits exportés par l’UE et les ventes restent dynamiques depuis 2014. De même, les exportations de céréales et de produits laitiers (notamment de poudre de lait) augmentent en 2019 parallèlement à la forte demande mondiale ; mais ce sont les ventes de viande qui  contribuent le plus à la hausse des exportations et ce, à travers la demande chinoise en viande porcine. En ce qui concerne les importations, elles sont portées en premier lieu par la croissance des achats d’oléagineux et de poissons en 2019.

Les exportations européennes augmentent vers les principaux pays clients, et notamment vers la Chine et les États-Unis.

Champ : UE (contour évolutif, UE à 15 en 2000, à 27 en 2010 et à 28 à partir de 2013).
Source : Eurostat

Champ : UE à 28. Source : Eurostat

 

 

3/ Échanges agroalimentaires de la France

a) balance commerciale de la France

Depuis 2000, le déficit total de la balance commerciale de la France a été multiplié par plus de cinq tandis que l’excédent  agroalimentaire s’est maintenu autour de 8 milliards d’euros. Cependant, après 2010, l’excédent commercial agroalimentaire fluctue fortement. Dépassant les 11 milliards d’euros entre 2011 et 2013, il se maintient autour de 9 milliards d’euros en 2014 et 2015 avant de diminuer les deux années suivantes. Après avoir atteint son plus bas niveau depuis huit ans en 2017, l’excédent agroalimentaire augmente ensuite pour s’établir à 7,9 milliards d’euros en 2019, soit le troisième de la France, derrière le matériel de transport  et les produits chimiques, parfums et cosmétiques.

L’excédent commercial agroalimentaire français est concentré autour de 6 produits (bossons alcoolisées,céréales, produits laitiers, sucre, produits minoterie et animaux vivant)  auxquels il faut ajouter le poste semence, lequel dégage un excédent chronique moyen de plus d’un milliard d’euros. La hiérarchie des produits excédentaires n’a que peu évolué depuis 30 ans, avec une croissance forte des vins au premier poste des excédents.

Les déficits agroalimentaires français se concentrent surtout sur 6 types de produits agricoles et alimentaires (oléagineux, plantes et floriculture, viandes, produits tropicaux, fruits poissons crustacés) une hiérarchie quasi inchangée depuis plus de trente ans. On note que si cette hiérarchie reste inchangée, les déficits se sont en revanche, creusés, notamment en fruits et en produits de la mer.

Solde CAF-FAB – Nomenclature agrégée NA 2008, niveau A38. Champ : France métropolitaine avant 1997. Source : Douanes

 

Avec 1,2 milliard d’euros, le solde des échanges de produits agricoles bruts s’améliore pour la deuxième année consécutive en 2019 (+ 0,3 milliard d’euros par rapport à 2018) en lien avec la croissance des exportations de céréales et l’augmentation du prix moyen des pommes de terre expédiées.

L’excédent commercial en produits transformés (6,6 milliards d’euros) progresse davantage (+ 0,7 milliard d’euros), du fait du dynamisme des exportations de vins et spiritueux tout comme celles de poudres de lait et de viandes porcines. Si les échanges avec l’Union européenne représentent les deux tiers des échanges agricoles et agroalimentaires totaux, leur contribution à
l’excédent commercial recule nettement depuis 2009 et devient négative pour la première fois en 2019.

Solde CAF-FAB – Nomenclature agrégée NA 2008, niveau A38. Champ : France. Source : Douanes

 

b) échanges avec l’Union européenne et les pays tiers

Structurellement excédentaires, les échanges agroalimentaires de la France avec l’Union européenne (UE) tels, que mesurés à partir de la nomenclature combinée (voir tableau suivant), n’ont cessé de diminuer depuis 2012 au point d’afficher un solde négatif pour la première fois en 2019 (- 0,4 milliard d’euros contre 38 millions en 2018). La hausse des importations (+ 1,8 %) est supérieure à celle des exportations (+ 0,8 %). En 2019, l’Allemagne reste le premier client européen de la France devant la Belgique, suivie par l’Italie. Les boissons, les produits laitiers et les céréales sont les principaux produits exportés vers l’UE. Les principaux fournisseurs européens de la France sont l’Espagne, la Belgique et les Pays-Bas.

Les pays tiers contribuent de manière croissante à l’excédent agroalimentaire de la France. En 2019, ce dernier s’accentue exclusivement grâce aux échanges avec les pays tiers. Avec 8 milliards d’euros, l’excédent de la France avec les pays tiers a été multiplié par plus de trois depuis 2000. Les principaux clients de la France sont les États-Unis, la Chine et la Suisse. Les exportations vers l’Afrique du Nord augmentent en lien avec la progression des expéditions de céréales. Les ventes vers l’Amérique du Nord et l’Asie sont dynamiques, portées d’une part par la demande des États-Unis en vins et spiritueux et d’autre part par la demande chinoise en poudre de lait, en viande de porc et en céréales.

Le fait significatif qui se dégage de ces chiffres est la place de plus en plus importante des pays tiers. 4 clients sur 10 sont des pays tiers. Le solde excédentaire de la balance agroalimentaire est d’ailleurs obtenu sur les échanges avec les pays tiers depuis 2008, alors qu’auparavant, c’est sur l’UE que l’excédent était obtenu.

 

* Le champ qui délimite les produits agroalimentaires est différent de celui défini par la classification des produits française, introduisant des différences dans les résultats.  Champ : UE. Source : Douanes – 24 premiers chapitres de la NC.

 

Champ : France métropolitaine avant 1997, UE à contour évolutif. Source : Douanes – 24 premiers chapitres de la NC

 

 

c)  exportations

En 2019, les exportations de produits agroalimentaires agroalimentaires s’élèvent à 63,8 milliards d’euros. Elles ont augmenté de 40 % depuis 2007 même si leur évolution a été beaucoup plus erratique entre 2013 et 2017. Les boissons, vins et alcools sont les produits les plus exportés par la France. En 2019, les exportations progressent de nouveau, approchant les 17,3 milliards d’euros, en lien avec des ventes de vins et de Champagne dynamiques sous l’effet d’une meilleure valorisation des produits français.

En 2019, les exportations de céréales bénéficient non seulement de l’augmentation des volumes  disponibles due à l’abondance de la récolte 2019 de céréales à paille mais aussi, au 1er semestre, d’une meilleure valorisation liée à la hausse des cours sur un an. La valeur des exportations de céréales, autour des 4 milliards d’euros entre 1995 et 2006, avait par la suite fortement progressé pour atteindre 8,2 milliards d’euros en 2013. Depuis, la baisse des volumes vendus pesait sur les exportations avant le rebond observé ces deux dernières années.

Les exportations de produits laitiers ont progressé de façon continue entre 2000 et 2014 (excepté en 2009) puis de façon plus irrégulière ces dernières années. Après la baisse en 2018, la valeur des exportations de produits laitiers augmente en 2019 en lien avec le dynamisme de la demande mondiale pour les poudres de lait.

 

 

d) importations

En 2019, les importations de produits agroalimentaires atteignent 56 milliards d’euros. Elles augmentent d’un milliard d’euros par rapport à 2018 du fait essentiellement de la hausse des importations d’oléagineux, d’aliments pour animaux et de légumes.

En 2019, les principaux produits importés par la France sont les fruits (5,1 milliards d’euros), puis les poissons, les viandes et les abats. Après la baisse enregistrée en 2018, les importations de fruits augmentent de nouveau en 2019 (+ 44 millions d’euros) du fait de la hausse du prix moyen à l’importation des fruits dits « exotiques » (dattes, figues, ananas, avocats, goyaves,
mangues). Cependant, les hausses les plus significatives concernent surtout les oléagineux et plus particulièrement les graines de colza, en raison de la faiblesse des disponibilités issues de la production française 2019, mais aussi les résidus des industries alimentaires et aliments pour animaux.

Depuis 2012, l’Espagne est le premier fournisseur de la France, suivi de la Belgique, des Pays-Bas et de l’Allemagne.

Le café, le thé ou le tabac, produits de grande consommation peu produits en France, présentent structurellement un déficit commercial. C’est également le cas du poisson et de ses préparations, des fruits et des préparations associées.

 

 

 

 

VI – MUTATIONS DE L’AGRICULTURE EN FRANCE

1/ Données de cadrage sur l’agriculture française [9]

Le secteur agricole n’occupe désormais qu’une place marginale dans l’économie française, à l’image de la plupart des pays du monde. Il faut toutefois nuancer ce constat en soulignant le rôle décisif du secteur agricole français dans le maintien de l’autosuffisance alimentaire et dans les échanges extérieurs, ainsi qu’en matière de dynamisme territoriale. L’agriculture pèse pour moins de 2 % du PIB.

La baisse des effectifs d’agriculteurs est régulière depuis les années 1970, selon les Recensements Agricoles décennaux. Elle se ralentit en fin de période.

En 2017, le nombre d’exploitations en agriculture biologique est de 36 691, ce qui correspond à 8,3 % du total des exploitations agricoles et 6,5 % de la SAU totale en France.

La baisse des effectifs agricoles se poursuit de façon régulière (2,3% de la populationa ctive en 2017). Si on ajoute les industries agroalimentaires, la sylviculture et la pêche, le secteur représente 1,4 million d’emplois, soit 5,3 % de la population active.

Part de l’agriculture dans le PIB (en %) (source : Chambres d’agriculture – Études économiques)

 

Nombre total d’exploitations agricoles en France  (source : Chambres d’agriculture – Études économiques)

 

2/ évolutions des productions et des rendements agricoles : Croissance et rupture

a) Les produits végétaux (blé • Maïs • Oléagineux • Colza • Tournesol • Pois • Légumes • Fruits • Vins)

  • L’évolution de la production de blé tendre depuis 1980 est tendanciellement orientée à la hausse, mais sa valeur a diminué sous l’influence des prix. À partir du milieu des années 2000, les prix deviennent plus volatils, du fait du contexte mondial. La production française de blé représente 26 % de la production de l’UE.L’agriculture française se distingue par des rendements élevés en blé. S’ils restent exposés aux risques climatiques, ils sont tendanciellement parmi les meilleurs du monde.Après avoir connu une croissance fulgurante, les rendements du blé plafonnent et posent des interrogations sur les nouvelles sources de progrès techniques pour gagner en compétitivité.

Production française de blé tendre (source : Chambres d’agriculture – Études économiques)

Le rendement du blé en France (source : Chambres d’agriculture – Études économiques)

 

  • En maïs, la progression tendancielle des volumes contraste avec l’érosion des prix. La progression de la production française de maïs est similaire à celle du blé. La baisse des prix sur longue période a entraîné une diminution de la valeur de la production française. Les rendements du maïs sont parmi les plus élevés du monde, tandis que les surfaces diminuent d’année en année.

Production française de maïs (source : Chambres d’agriculture – Études économiques)

  • La dynamique de production d’oléagineux est très soutenue, mais s’accompagne de prix tendanciellement bas. Comme dans le reste de l’UE, le colza est l’oléagineux le plus produit, avec des rendements fluctuants d’une année sur l’autre.

Production française d’oléagineux (source : Chambres d’agriculture – Études économiques)

 

  • La production française de légumes régresse depuis 20 ans, les prix restant très bas, ce qui explique la persistance de notre déficit commercial en légumes, les productions françaises étant très exposées à la pression concurrentielle des pays de l’UE, comme l’Espagne, ou hors UE, comme le Maroc.

 

Production française de légumes (source : Chambres d’agriculture – Études économiques)

 

  • Comme pour les légumes, la production française de fruits régresse depuis plus de 20 ans, les prix restant très bas, ce qui explique la persistance voire l’amplification de notre déficit commercial en fruits depuis 40 ans.

Production française de fruits (source : Chambres d’agriculture – Études économiques)

 

  • La production française de vins se partage le leadership international avec l’Italie. La hausse tendancielle des prix depuis plus de 10 ans traduit un marché rémunérateur pour les producteurs. La production évolue au gré des accidents climatiques (sécheresse, gels de printemps), et de l’évolution de surfaces.

Production française de vins d’appellation (source : Chambres d’agriculture – Études économiques)

 

b ) Les produits animaux Lait • Viande bovine • Viande de volailles • Viande ovine • Viande porcine

  • L’encadrement de la production laitière n’a pas empêché la baisse tendancielle des prix. Ces derniers sont devenus plus volatils depuis 2008. La hausse de la production à partir de 2008 illustre l’anticipation de la part des producteurs de la sortie des quotas laitiers le 1er avril 2015. Depuis cette date, les producteurs de lait évoluent au gré du marché.

    La régularité de la progression des rendements laitiers en France lui a permis de se positionner comme le 2e producteur de l’Union européenne derrière l’Allemagne.

Production française de lait (source : Chambres d’agriculture – Études économiques)

  • Le rythme de la consommation française de viande de volailles a dépassé celui de la production nationale. La France affiche un déficit commercial en viande de volailles depuis 2016. Les accords de Marrakech de 1994 ont eu comme conséquence une ouverture du marché français aux volailles (poulet notamment) aux productions de concurrents détenant un différentiel de coûts favorable, induisant une baisse de la production nationale.

Production et consommation de volailles en France (source : Chambres d’agriculture – Études économiques)

  • L’image de la viande bovine s’est dégradée auprès des consommateurs. Crises sanitaires (ESB), motifs médicaux, prix…, autant de facteurs qui ont exercé un impact sur la décision de consommer de la viande de bœuf. La production intérieure a suivi, et est tendanciellement orientée à la baisse depuis 1990
  • S’agissant de la viande ovine, la France se distingue par un taux d’auto-approvisionnement très faible, l’obligeant à recourir à des importations en provenance de pays hautement compétitifs, comme la Nouvelle-Zélande.
  • Depuis les années 90, la France est devenue autosuffisante en viande porcine. La production dépasse légèrement la consommation intérieure, incitant les producteurs à rechercher des débouchés à l’exportation.

 

Production et consommation de viande bovine en France (source : Chambres d’agriculture – Études économiques)

 

c) La consommation de produits alimentaires des ménages : Des mutations structurelle

Sur longue période, la consommation alimentaire des ménages a moins progressé, passant de + 4 %/an durant la période de forte croissance, à + 1 %/an depuis les années 1990.

 

Indice de volume des dépenses de consommation alimentaire des ménages (source : Chambres d’agriculture – Études économiques)

La part de leur budget que les ménages consacrent à l’alimentation a fortement diminué sur longue période. Le poids des postes logement et équipement, transports et communication, ainsi que santé, ont en revanche augmenté sur la période. Depuis 2016, la part du budget consacré à l’alimentation semble ne plus diminuer.

Alors que la consommation alimentaire, y compris alcools et tabac, représentait près de 30 % du budget des ménages en 1960, celle-ci pèse désormais pour moins de 15 % en 2017. Il y a de moins en moins de viande dans le panier du consommateur, mais ce poste demeure le plus important. La consommation d’œufs et de produits laitiers augmente, et les plats préparés voient leur poids s’élever.

Dépenses de consommation alimentaire en % (source : Chambres d’agriculture – Études économiques)

Le processus de désinflation a conduit à une légère baisse des prix alimentaires sur longue période, mais l’écart avec les prix à la production demeure conséquent. Cet écart illustre la question du partage de la valeur ajoutée au sein des filières, dont la loi EGALIM tente d’apporter des solutions.

Ciseau des prix • Approche des comptes nationaux (source : Chambres d’agriculture – Études économiques)

 

4/ Les exploitations agricoles

Sur longue période, la production agricole progresse, mais la baisse des prix agricoles est continue jusqu’en 2008, période de flambée des prix et de volatilité chronique des marchés. La régulation des marchés jusqu’au début des années 2000 n’a manifestement pas empêché les prix de suivre une baisse tendancielle.

La productivité agricole a été multipliée par 5 depuis les années 1970.Un agriculteur nourrissait 3 personnes dans les années 1970, contre près de 30 aujourd’hui.

Au tournant des années 2000, l’agriculture s’inscrit dans un régime de production plus économe en intrants, puisque les volumes utilisés se sont stabilisés. L’exigence environnementale ainsi que le coût de ses intrants expliquent cette évolution.

Le renouvellement des matériels et l’extension des capacités de production passent par la formation brute de capital fixe (FBCF) ou investissement. Cet indicateur connaît des cycles, qui sont conditionnés par les résultats économiques des agriculteurs. Depuis 2012, dans un contexte incertain, les investissements ont reculé, exposant l’agriculture au risque d’une érosion de ses performances économiques. .Le poste matériel et outillage est le plus important.

 

Production agricole (y compris subventions) (source : Chambres d’agriculture – Études économiques)

Consommations intermédiaires de l’agriculture (source : Chambres d’agriculture – Études économiques)

Voici quelques commentaires sur le tableau suivant :

  • du coté des coefficients techniques, la part de la CI dans la production est à peu près dans la moyenne des autres pays en France (59%), mais avec un poids particulièrement élevée de l’intra – consommation (fourrages) (18% contre 5% en Allemagne) et des produits chimiques (engrais, phytosanitaires,..) (10% contre 6% en Allemagne) à peu près comme au Royaume-Uni au détriment des services aux entreprises (3% en France comme en Italie) contre 14% en Allemagne.
  • Les impôts moins subventions (qui incluent notamment les subventions européennes de la Politique agricole commune.- PAC) représentent -9% en France (les subventions viennent en déduction) mais plus dans les pays de l’Est de l’UE, ainsi qu’en Autriche et en Finlande. On trouve cependant des pourcentages moins élevés dans d’autres pays (Belgique, Pays-Bas,..). En niveau, ce poste impôts moins subventions (D29-D39) est le plus élevé en France de tous les pays de l’UE (presque -7 Milliards d ‘euros en 2017). Compte tenu des autres impôts liés à la production (D29), les subventions à la production (D39) sont de 8,3 Mds d’euros en 2017, soit plus de 26% de la valeur ajoutée brute. Par ailleurs une petite partie des aides liés à la PAC est traité en comptabilité nationale en subventions sur le produits (D31) : 1,3 Mds. Mais est-ce le niveau qui compte ou sa part dans la production ? En Pologne, Hongrie, Tchéquie, Autriche, Finlande,.. le ratio « autres subventions » rapporté à la VA est supérieur à celui de la France dont le ratio est somme toute égal à celui du total des pays (- 9%).

Tableau 16 structure des comptes de l’agriculture en Europe

Structures de la production et coefficients techniques de la branche agriculture dans différents pays en 2017

Répartition des aides de la PAC en 2018 (en millions d’euros) (Source : Parlement Européen)

 

Depuis la réforme de la PAC de 1992, le poids des aides représente ainsi plus du quart de la valeur ajoutée agricole. Sans ces subventions, 50 % des exploitations françaises auraient un revenu avant impôt négatif.

Depuis le début des années 2000, l’endettement des exploitations est passé de 37 à 42 % du total des actifs. Il se ralentit depuis 2015, sous l’effet de la baisse des taux d’intérêt, permettant de contenir les charges financières, et de la baisse de l’investissement.

Poids des aides directes et subventions dans la valeur ajoutée brute au coût des facteurs (source : Chambres d’agriculture – Études économiques)

 

Le fermage est un poste qui compte dans les charges (5 % du total) ; cela traduit l’importance des terres en location dans l’agriculture française(80 % de la SAU). le graphique ci-dessous n’est pas tout à fait comparable au tableau ci-dessus. Il inclut tout d’abord les intérêts (2% des charges d’exploitation). Il exclut en revanche les fourrages. En outre, l’entretien des matériels et bâtiments correspond pour partie à la consommation de capital fixe (CCF). Ceci étant, on retrouve certains ratios : les phytosanitaires et les engrais représentent 12% des charges d’exploitation; l’énergie qui inclut ici les produits pétroliers, cokéfaction-raffinage dans le tableau précédent (7%), etc…

 

Composition des charges d’exploitation (source : Chambres d’agriculture – Études économiques)

 

5/ Revenus sectoriels

Dans la Typologie du RICA (Ministère de l’agriculture),

  • une exploitation est spécialisée « Bovin-lait » si les 2/3 de son Produit Brut Standard est généré par son activité laitière
  • le Produit brut Standard est un indicateur que l’on peut interpréter comme le chiffre d’affaires potentiel d’une exploitation compte tenu de la structure de son cheptel, de ses surfaces et de sa localisation géographique
  • le RCAI (revenu courant avant impôts, par actif non salarié) est un indicateur calculé à partir de la valeur de la production de l’année (vendue ou stockée), augmentée des subventions, moins les consommations intermédiaires et les charges courantes (salaires, frais financiers…), dans lequel est prise en compte la dépréciation des actifs immobilisés (amortissements).

 

La longue période de stabilité des années 1980 au début des années 2000, s’est inversée, puisque la volatilité du revenu s’est ensuite imposée. La tendance baissière du revenu dans le secteur des grandes cultures depuis 2012 s’est confirmée, avec même un revenu négatif pour les producteurs de céréales en 2016, année qui a toutefois laissé place à un redressement en 2017.

Dans les autres productions végétales, les contrastes sont importants selon les orientations. Sur longue période, la viticulture reste le secteur dégageant un revenu supérieur aux autres productions.

Dans les productions animales, les revenus sont orientés à la baisse depuis dix ans, certains n’ayant pas retrouvé leur niveau d’avant crise. La sortie des quotas laitiers en 2015 a exercé une contrainte lourde pour les éleveurs de bovins lait, avec des répercussions sur les bovins viande, du fait de la décapitalisation en élevage laitier.

On observe une cyclicité affirmée des revenus dans le secteur porcin, et un redressement du revenu dans la production ovine, du fait du versement d’aides couplées dans le cadre de la Politique agricole commune.

 

Revenu Courant Avant Impôts par actif non salarié – Exploitations orientées en grandes cultures (source : Chambres d’agriculture – Études économiques)

 

Revenu Courant Avant Impôts par actif non salarié – Exploitations orientées en  cultures spéciales (source : Chambres d’agriculture – Études économiques)

 

Revenu Courant Avant Impôts par actif non salarié – Exploitations orientées en élevage bovin (source : Chambres d’agriculture – Études économiques)

Revenu Courant Avant Impôts par actif non salarié – Exploitations orientées en élevage porcin, granivore, ovin et caprin (source : Chambres d’agriculture – Études économiques)

 

 

VII – L’AGRICULTURE EN 2020 : FORTE BAISSE DE LA PRODUCTION CÉRÉALIÈRE

 

1/ La production céréalière chute, du fait de conditions climatiques défavorables [10]

En 2020, la valeur de la production de la branche agricole hors subventions sur les produits baisse de nouveau (– 1,9 % après – 0,4 %). « Activité de première ligne », l’agriculture a été moins affectée par la crise sanitaire que les autres activités économiques. Les conditions météorologiques restent un facteur dominant l’évolution de la production végétale.

La valeur de la production végétale baisse en valeur (– 2,4 % après – 2,6 %) du fait de la contraction des volumes alors que les prix augmentent. La production de céréales a souffert de la sécheresse et se replie nettement en volume (– 18,8 % après + 14,5 %). Soutenu par la fermeté de la demande internationale adressée à la France, leur prix rebondit (+ 12,2 %, après – 10,0 %). Après deux années de très fortes variations, la production totale de vins varie à peine en volume (+ 1,4 %). La production de fruits augmente en valeur (+ 3,7 % après + 2,7 %) du fait de la nette hausse des prix (+ 10,8 %) alors que les volumes se contractent (– 6,3 %). La production d’oléagineux augmente en valeur (+ 12,2 %) sous l’effet de la hausse des prix.

La valeur de la production animale fléchit (– 0,9 % après + 2,5 %), la hausse modérée des volumes ne compensant pas la baisse des prix. Contrairement aux deux années précédentes, la variation du prix des porcins est contenue (– 4,8 %) mais pèse sur les prix, ainsi que ceux des œufs et du lait.

Évolution de la production agricole hors subventions en 2019 et 2020 en %

 

Mais la production agricole augmente sur trois ans malgré le recul des deux dernières années. L’ensemble de la production (hors subventions) en valeur diminue en 2020 pour la deuxième année consécutive mais reste à un niveau supérieur à celui observé trois ans auparavant (+ 4,4 %) du fait du renchérissement des prix (+ 6,4 %) . Sur les trois dernières années, la production végétale augmente en valeur (+ 6,1 %) ainsi que la production animale (+ 1,5 % acquis sur les deux dernières années). Le volume de la production végétale se replie de 3,6 % alors que les prix croissent de 10,1 % (+ 0,8 % sur les deux dernières années). La production animale augmente en prix (+ 1,3 %) et plus légèrement en volume (+ 0,2 %).

Évolution de la production hors subventions entre 2017 et 2020, en valeur, en volume et en prix

 

En 2020, la valeur de la production de céréales diminue nettement (– 8,9 %) après la hausse de 2019 (+ 3,0 %). La chute des récoltes en volume (– 18,8 %) est en partie atténuée par la nette augmentation des prix (+ 12,2 %).

En volume, la production de la plupart des céréales recule fortement du fait de conditions météorologiques défavorables qui ont affecté les rendements et entraîné le recul des surfaces des cultures d’hiver au profit de celles de printemps et d’été. La production de blé tendre diminue ainsi nettement (– 26,1 %, après + 15,9 % en 2019) sous l’effet de la baisse des surfaces d’ensemencement (– 14,7 %). La récolte d’orge décroît nettement (– 24,1 %) malgré la légère hausse des surfaces (+ 1,4 %). Seule la production de maïs croît (+ 6,6 %) grâce à l’augmentation des surfaces, malgré des rendements en forte baisse. Le prix de production des céréales rebondit nettement (+ 12,2 % après – 10,0 % en 2019). La demande mondiale de céréales a été soutenue en 2020 du fait d’achats de précaution pour la constitution de stocks par les pays structurellement importateurs.

Le prix du blé tendre augmente (+ 13,0 %) du fait de la baisse de la récolte européenne et de prix russes élevés. Le prix du maïs augmente (+ 12,3 %) tiré par la demande mondiale et en particulier chinoise. Le prix de l’orge se renchérit (+ 9,8 %) sous l’effet de la demande chinoise notamment adressée à la France. En effet, l’orge française est la seule disposant des autorisations pour l’exportation vers la Chine. En outre, des tensions diplomatiques avec l’Australie ont contribué aux achats chinois d’orges françaises.

Depuis 2014, la production de céréales en valeur hors subventions se situe en deçà de son niveau de 2010 (Graphique suivant). L’écart s’est même creusé du fait des inondations de 2016. En 2020, le niveau de la production est ainsi 15 points de pourcentage au-dessous de celui de 2010. Le recul est marqué pour le blé tendre dont la production s’est contractée de 1/5e entre 2010 et 2020. Après avoir reculé jusqu’en 2016, la production de maïs tend à s’améliorer depuis 2017 légèrement puis plus franchement en 2020, et se rapproche de son niveau de 2010. Du fait de la nette contraction en 2020, la production d’orges revient à son niveau de 2010, le plus bas depuis 2017. Enfin, la production de blé dur décroît nettement tendanciellement et a été divisée par deux depuis 2010.

 

La production de céréales en valeur hors subventions depuis 2010 (base 100 en 2010)

 

La production de lait, produits laitiers et autres produits animaux croît légèrement en valeur (+ 0,6 % après + 3,8 %) du fait de la hausse des volumes (+ 1,2 %) qui excède la baisse des prix (– 0,6 %).

La production de lait et produits laitiers augmente en volume (+ 0,9 %), malgré la sécheresse printanière et estivale. La crainte de la contraction des débouchés pendant le confinement a également incité les éleveurs à réduire leur quantité de production. En outre, la collecte s’est repliée au deuxième trimestre, affectée par la baisse du prix du lait. Des mesures d’indemnisation ont également été mises en place par l’interprofession laitière pour inciter à la réduction de la collecte de lait en avril 2020 et maintenir les prix. Cependant, malgré la contraction de certains débouchés, la demande en produits frais s’est maintenue du fait de l’augmentation de la consommation à domicile.

Après avoir reculé jusqu’en 2006, la production de lait progresse tendanciellement malgré des à-coups prononcés. Ainsi, après deux années de hausse, elle atteint son plus haut niveau en 2014, plus de 25 points de pourcentage au-dessus de 2010, mais recule très nettement en 2015 et 2016 où elle se situe un peu au-dessus du niveau de 2010. La production s’est redressée les années suivantes et s’établit en 2020 22 points au-dessus de 2010.

Production en valeur hors subventions de lait (base 100 en 2010)

 

2/ consommations intermédiaires et valeur ajoutée de l’agriculture

En 2020, les consommations intermédiaires (CI) de la branche agricole baisseraient en valeur (– 2,0 % après + 3,4 % en 2019), les prix se replient (– 1,4 %) ainsi que les volumes (– 0,6 %). La consommation en énergies et lubrifiants diminue nettement en valeur (– 14,8 %) du fait de la chute des prix (– 13,9 %), conséquence du repli des cours pétroliers. La baisse en volume est plus modérée (– 1,1 %). Les dépenses en engrais et amendements reculent (– 9,5 % après + 8,1 %), du fait du repli des volumes (– 8,6 %) alors que les prix varient peu (– 0,9 % après + 9,0 %). Les achats d’aliments pour animaux auprès des industries agroalimentaires diminuent en volume de 1,2 %, baisse qui s’explique en partie par le recours accru aux aliments intra-consommés, produits directement dans les exploitations agricoles (+ 4,2 % en volume). Les aliments pour animaux s’achètent dans l’ensemble un peu plus cher qu’en 2019 (+ 0,6 %). La baisse des prix des pesticides et produits sanitaires (– 3,2 %) allègent les dépenses de pesticides et produits phytosanitaires (– 3,0 %). Enfin, le prix de l’entretien du matériel se renchérit (+ 3,2 %), ainsi que celui des dépenses vétérinaires (+ 2,5 %).

En 2020, la valeur ajoutée (VA) brute  de la branche agricole diminuerait pour la deuxième année consécutive (– 1,8 % après – 5,5 % en 2019), du fait de la baisse de la production  (– 1,9 %), c’est-à-dire y compris les subventions sur les produits, qu’atténue cependant la réduction des CI (– 2,0 %). La baisse en volume de la valeur ajoutée brute serait plus prononcée (– 6,3 %) mais est compensée par la hausse des prix de la production.

En 2020, les subventions d’exploitation s’élèveraient à 7,8 milliards d’euros, en repli de 467 millions par rapport à 2019 en raison principalement de la disparition du crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (CICE), transformé en allègement de cotisations patronales au 1ᵉʳ janvier 2019, ainsi que dans une moindre mesure de la baisse des aides découplées.

Après prise en compte des subventions d’exploitation et des impôts, la VA brute au coût des facteurs (VABCF) diminuerait de 2,6 % en 2020. L’emploi agricole décroît tendanciellement, sous l’effet de la baisse de l’emploi non salarié. Ainsi, la  VABCF par actif baisserait de 0,9 %. En termes réels, elle se réduirait de 3,3 %, après une baisse de 5,1 % en 2019.

De la production à la valeur ajoutée

 

3/ Les subventions d’exploitation

En 2020, les subventions d’exploitation en France métropolitaine devraient s’établir autour de 7,8 milliards d’euros, en baisse par rapport à 2019 du fait de la transformation du crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (CICE) depuis le 1er janvier 2019 en allègement de cotisations patronales, ainsi que, dans une moindre mesure de la baisse des subventions associées au paiement unique.  Les indemnités au titre des calamités agricoles et l’Indemnité Compensatrice de handicap naturel (ICHN) varient peu. Après la période de réforme des aides de la PAC entre 2015 et 2019, l’année 2020 est une année de transition avant la prochaine programmation.

 

Les subventions d’exploitation* de la branche agriculture, en millions d’euros

Subventions à l’agriculture entre 2000 et 2020, en milliards d’euros

 

 

4/Le résultat brut et net de la branche agricole

a) Le résultat brut

En valeur, le résultat brut de la branche agricole baisse de 2,9 % en 2020 (après – 6,3 %). En termes réels, déflaté par l’indice d’évolution du prix du PIB (+ 2,5 %), il se contracte de 5,3 % (après – 7,5 % en 2019).

La baisse de l’emploi non salarié se poursuit (– 2,1 %) conduisant à une évolution du résultat brut de la branche agricole par actif non salarié de – 0,9 % (après – 4,2 %). Le résultat brut de la branche agricole par actif non salarié en termes réels recule de 3,3 % en 2020, après – 5,4 % en 2019.

Les salaires versés par les unités agricoles baisseraient en 2020 de 2,1 % sous l’effet de la baisse de l’emploi salarié (– 1,0 %) et dans une moindre mesure de l’activité partielle. Les cotisations sociales à la charge des employeurs baisseraient légèrement (– 0,3 %), après la nette diminution (– 17,0 %) en 2019 du fait de la conversion du CICE en allègement de cotisations patronales au 1er janvier 2019.

En 2020, les intérêts dus par la branche baissent de 3,5 % ; le taux d’intérêt apparent moyen, défini par le rapport des intérêts aux encours, diminue : 1,85 % en 2020, après 2 % en 2019.

Les charges locatives nettes5 augmentent de 1,1 % en 2020.

 

VABCF et résultat brut de la branche agricole en termes réels, base 100 en 2010

 

VABCF par unité de travail agricole et résultat brut de la branche agricole par unité de travail agricole non salarié, en termes réels, base 100 en 2010

 

b) Le résultat net

Les agrégats comptables nets se déduisent des agrégats bruts en soustrayant la consommation de capital fixe (CCF). La  consommation de capital fixe (CCF) mesure la dépréciation annuelle liée à l’usure et à l’obsolescence du capital, lequel est évalué à son coût de remplacement. L’estimation de ce poste est délicate, elle résulte d’une modélisation et se trouve de ce fait moins robuste que les données observées. La consommation de capital fixe évolue peu en 2020 (+1,6 %).

La part de la consommation de capital fixe dans la valeur ajoutée est beaucoup plus importante dans l’agriculture que dans le reste de l’économie. De ce fait, les évolutions annuelles sont fortement amplifiées par le passage des agrégats bruts aux agrégats nets et les révisions entre les différentes versions d’un même compte (provisoire, provisoire, semi – définitif et définitif). Comme les résultats de l’agriculture sont très volatils, les indicateurs exprimés en net enregistrent des variations pouvant aller jusqu’à 20 % dans un sens comme dans l’autre.

Eurostat utilise la valeur ajoutée nette au coût des facteurs par actif en termes réels, appelé indicateur A. En 2020, cet indicateur baisse de 5,0 % pour la France (après – 7,4 %). Le résultat net se déduit du résultat brut en enlevant la consommation de capital fixe.

Évolutions des résultats en brut et en net, en termes réels

 

 

5/ Les échange extérieurs

Après s’être amélioré en 2018 et 2019, l’excédent commercial des produits agricoles bruts s’élève à 2,3 milliards d’euros (Md€) en 2020. Il se réduit de 0,4 Md€ par rapport à 2019 du fait essentiellement de la hausse des importations. En effet, celles-ci ont augmenté (+ 0,5 Md€, + 4 %) et atteignent 12,1 Md€, tandis que les exportations ont été quasi stables à 14,5 Md€ (+ 0,2 %). Si le solde commercial avec l’UE à 27 reste excédentaire (+ 2,6 Md€), il baisse néanmoins de 0,7 Md€ du fait principalement du recul de l’excédent des céréales (– 0,3 Md€) et de l’augmentation du déficit des fruits (+ 0,2 Md€). Le déficit commercial est essentiellement celui des fruits, qui se creuse de 0,3 milliard d’euros. En 2020, il se situe à un niveau inédit de 3,0 milliards d’euros. Celui des légumes s’accroît également, de 150 millions d’euros, pour atteindre 0,5 milliard d’euros. Avec les pays tiers, il est déficitaire (– 0,2 Md€) mais se réduit de 0,3 Md€ du fait de la hausse des exportations de céréales vers la Chine. Dans leur ensemble, en 2020, les exportations françaises en valeur se sont réorientées vers les pays tiers (+ 8,5 %) au détriment de l’UE (– 4,3 %).

Les céréales sont structurellement le point fort des échanges commerciaux français de produits agricoles bruts. En 2020, pour la troisième année consécutive, l’excédent commercial des céréales progresse (+ 0,2 Md€) et s’élève à 6,4 Md€, du fait principalement des exportations de blé tendre vers la Chine, alors qu’il se dégrade avec les pays de l’UE.

Échanges extérieurs de produits agricoles en 2020 en milliards d’euros

 

Échanges extérieurs de céréales

 

 

6/ Comparaisons européennes

En 2020, dans l’ensemble de l’Union européenne, la production de la branche agricole baisse de 1,4 % par rapport à 2019 et se situe à 412 milliards d’euros (Md€) d’après les comptes économiques de l’agriculture publiés par Eurostat. La production avait atteint un niveau record en 2019 avec 418 milliards d’euros. En 2020, elle est pénalisée par la contraction combinée des volumes (– 0,8 %) et des prix (– 0,7 %).

Les productions végétale et animale ont décru en valeur de 1,2 % et de 1,5 % respectivement. Parmi les produits végétaux, les principales baisses concernent les pommes de terre dont la production décroît nettement (– 14,6 % après + 19,8 % en 2019), les céréales (y compris semences) (– 2,7 % après + 4,6 %) et le vin qui se replie pour la deuxième année consécutive (– 1,6 % après – 17,2 %). La production de fruits rebondit nettement (+ 8,3 % après – 7,8 % l’année précédente). Côté productions animales, la baisse de celle des porcins (– 1,7 % après + 15,1 %) et des bovins (– 2,7 % après – 3,0 %) n’est pas compensée par la hausse des ovins et caprins (+ 2,0 %).

Parmi les pays de l’Union européenne, la France se maintient à la première place, avec une production de 75,5 milliards d’euros, soit 18,3 % de la production totale de l’UE. Elle est suivie par l’Allemagne (56,8 Md€), l’Italie (56,3 Md€) et en quatrième l’Espagne (52,9 Md€). La production de la branche agricole française (en valeurs, hors subvention) baisse de 1,9 % en 2020 d’après l’estimation du compte provisoire tirée à la fois par les productions végétale (– 2,4 %) et animale (– 0,9 %). La production allemande se contracte (– 2,9 %) du fait du contrecoup baissier des productions de pommes de terre (– 23,1 % après + 48,5 %) et des céréales (– 1,6 % après + 28,7 %). La production agricole italienne recule encore (– 2,6 % après – 1,2 %). Parmi les quatre grands pays producteurs, seule la production espagnole augmente de 2,4 %, portée par les fortes croissances céréalières (+ 28,9 %) et fruitières (+ 12,2 %). La production hollandaise décroît de 3,1 %, la production polonaise, elle, croît de 3,1 %. Au final, la France, l’Allemagne et l’Italie pèsent chacun négativement avec 0,4 point de pourcentage sur la baisse de la production agricole de l’Union européenne. L’Espagne contribue positivement de 0,3 point de pourcentage.

 

Évolution de la production en valeur de la branche agricole en 2020 (en %)

 

 

 

Michel Braibant

 


 

BIBLIOGRAPHIE

[1] Glossaire : Comptes économiques de l’agriculture (CEA), Eurostat,  https://ec.europa.eu/eurostat/statistics-explained/index.php/Glossary:Economic_accounts_for_agriculture_(EAA)

[2] Manuel des comptes économiques de l’agriculture et de la sylviculture CEA/CES 97 (PDF)2000, version en 3 langues https://ec.europa.eu/eurostat/fr/web/products-manuals-and-guidelines/-/KS-27-00-782

[3] Comptes économiques de l’agriculture – valeurs à prix courants, https://ec.europa.eu/eurostat/fr/web/products-datasets/-/AACT_EAA01

[4] Réseau d’information comptable agricole (RICA), https://agreste.agriculture.gouv.fr/agreste-web/

[5] Comptes de l’agriculture, Agreste, Rapports de la commission des comptes du 18 décembre 2018 http://agreste.agriculture.gouv.fr/donnees-de-synthese/comptes-de-l-agriculture/

[6] Comptes de l’agriculture en 2019, Comptes nationaux annuels – base 2014, https://www.insee.fr/fr/statistiques/4267448?sommaire=4262966

[7] https://agreste.agriculture.gouv.fr/agreste-web/download/publication/publie/SynCex20355/Synthese_Commerce%20ext%C3%A9rieur_355.pdf

[8] https://agreste.agriculture.gouv.fr/agreste-web/download/publication/publie/GraFra2020Chap11.1/Graf2040%20-%20Commerce%20ext.%20agri%20et%20agroalimentaire.pdf

[9] https://agreste.agriculture.gouv.fr/agreste-web/download/publication/publie/Dos2104/Dossier2021-4_CCAN%20D%C3%A9finitive_110821.pdf

Tableau entrées-sorties mondial (T.E.S.)