Résumé

° La notion de secteur « tertiaire » est apparue voilà presque cent ans. À cette époque, traversée par la première grande crise économique du vingtième siècle et dans la foulée des révolutions industrielles, il paraissait utile de séparer l’économie en trois ensembles afin de mieux comprendre les évolutions de l’emploi.

° Une première définition, négative ou résiduelle qualifiait de tertiaire toute activité qui n’était ni agricole ni industrielle [1] (les nombres entre crochet renvoient à la bibliographie en bas de page). Cette formulation devait être par la suite complétée par une définition moins sommaire, dont l’objet était de suggérer des critères d’homogénéité du « tertiaire ». Parmi ces derniers, trois ont souvent été avancés : une part croissante de l’emploi, une relative insensibilité aux crises économiques, et surtout un progrès technique faible [2]. Cette dernière caractéristique n’était sans doute pas applicable à tout le tertiaire : les transports et certains commerces ont connu des gains de productivité importants. Jusqu’au milieu de la décennie 1980, on pouvait cependant admettre que la plupart des activités à faible progrès technique étaient des activités non industrielles et non agricoles. Mais le développement des services liés à l’information (logiciels, télécommunications) ou d’autres comme les transports, a fait éclater cette typologie

° Tertiaire insaisissable ? Le fait même de poser cette interrogation indique les problèmes conceptuels d’aujourd’hui : la classification en trois secteurs est contemporaine de l’époque où se dessinait une méthode homogène de représentation des évolutions économiques, la comptabilité nationale. Comparer les croissances sectorielles du volume de la production et de l’emploi obligeait de classer chaque activité dans l’un des trois ensembles [3]. Et, si l’on admettait que la notion de « volume » (quantité physique à qualité donnée pour les biens) n’était pas toujours conceptuellement bien définie pour quelques services, cela ne remettait pas en question les principales descriptions de l’économie [4]. Ces services restaient minoritaires au sein du tertiaire. De plus, le secteur tertiaire, certes déjà divers, était bien délimité par rapport à l’industrie, les métiers tertiaires ne s’exerçant la plupart du temps que dans les branches tertiaires et réciproquement pour l’industrie.

° On note au contraire une interpénétration croissante entre l’industrie et le tertiaire : les emplois des ouvriers sont devenus plus importants dans les services que dans l’industrie tandis que les métiers tertiaires ne cessent d’augmenter dans l’industrie  Au cours des dernières décennies, deux tendances structurelles ont affecté les fonctions de service dans l’industrie. D’une part, les entreprises se recentrent sur leur cœur de métier et externalisent les fonctions de service supports de leur production. D’autre part, les entreprises industrielles associent des services à leur production. Ce dernier phénomène est parfois appelé « servicisation » de l’industrie. En France, plus de la moitié des emplois salariés directs des entreprises industrielles est dédiée à des fonctions de service : services commerciaux et administratifs, installation-maintenance, contrôle-qualité, logistique et recherche et développement (R&D) industrielle.

° La part de l’investissement immatériel, y compris celui qui n’est pas repris dans les comptes nationaux (formation professionnelle, publicité,..) ne cesse de croître au point de représenter 39 % de l’investissement. Mais en même temps, si les ménages consomment une part croissante de services c’est vrai en valeur mais beaucoup moins vrai en volume à tel point que la structure en volume est à peine supérieure en 2017 qu’en 1975 (deux % de plus) (voir page Consommation des ménages).

 

° L’objet de cette page sera aussi d’examiner si les trois critères d’homogénéité sont aujourd’hui respectés dans un ensemble qui comprend 80 % de la population active française en 2017. La question est intéressante à plusieurs titres : la croissance forte de l’emploi tertiaire durant ces dernières décennies n’est-elle pas source de diversité et de complexité ? La « tertiarisation » de l’économie ne pose-t-elle pas des problèmes statistiques, conceptuels et méthodologiques : les notions de volume et de productivité du travail ont-elles ainsi un sens dans le tertiaire « moderne » ?

° Qu’en est il surtout de la qualité de services ? A-t-elle vraiment progressé durant ces dernières années? La qualité s’est améliorée dans les hôpitaux même si des files d’attente se développent du fait  d’ailleurs des usagers eux mêmes qui se rendent parfois aux urgences sans raison valable. Cette qualité aurait aussi progressé dans l’éducation même si la France n’est pas en tête du classement PISA de l’OCDE qui évalue la connaissance des élèves. Pour autant la méthode « output » de partage volume-prix de ces services prend elle en compte cette amélioration de la qualité dans l’évolution du volume ? De même, elle se serait améliorée dans les services aux entreprises ou les transports face à une demande accrue.

° Mais s’est elle vraiment améliorée pour le consommateur, comme le montrent pourtant les indicateurs de comptabilité nationale, dans certains services privés (activités financières, assurances, téléphonie, …) ou dans les services administratifs ?  Le remplissage des dossiers par internet sans entretien direct répond il toujours aux attentes de l’usager ? Celui ci, quand il a un problème, ne se perd-il pas entre plusieurs services cloisonnés d’une même société ? La fermeture des services publics en zone urbaine et rurale ne les rend elle pas plus difficiles d’accès ? 

° Peut on se référer, sans se poser de question, aux évolutions des prix relatifs de certains services qui diminueraient comme en Europe (services de l’information et communication), voire parfois de manière significative en France (activités financières et d’assurances), contrairement à d’autres indices (administration, services aux entreprises) qui augmentent plus que dans les autres pays ? 

° Ces exemples montrent la difficulté d’apprécier cette qualité de service quand au résultat pour l’usager. Tantôt, elle est peut être minorée en évolution. Mais dans d’autres cas, ne serait elle pas surestimée? Dans les services de gestion de dossier, la productivité du travail augmenterait parfois plus vite en France qu’à l’étranger. Plusieurs économistes ont tenté d’expliquer le paradoxe de Solow « Vous pouvez voir l’ère informatique partout sauf dans les statistiques de productivité » en montrant par exemple que les gains de productivité du travail bénéficient à quelques entreprises, voire quelques individus, ou que les outils statistiques ne sont pas adaptés à l’économie numérique.

°  Faut il ainsi mettre en parallèle aux comptes nationaux des indicateurs de qualité des résultats « service » par « service » ? Mais d’abord ceux ci existent ils ? Ces questions sont importantes parce que les services « modernes » représentent la grande majorité du tertiaire, aussi bien du point de vue des effectifs que de la consommation.

 

 

 

 

I – CROISSANCE ININTERROMPUE MAIS TRÈS DIVERSE DEPUIS UN SIÈCLE

On considère comme tertiaires les activités du commerce, des transports et télécommunications, des organismes financiers et assurances, des services non marchands et des services marchands, reprenant la définition de Colin Clark. Ces derniers regroupent quatre sous-ensembles : la réparation et les activités immobilières, les hôtels, cafés, restaurants, les services rendus principalement aux entreprises et les services rendus principalement aux ménages dont la principale branche est la santé. Le détail de ces différentes composantes est repris dans le tableau suivant.

L’analyse de l’emploi peut être présentée sous la forme d’un triptyque : d’abord les facteurs de développement de l’emploi tertiaire, puis la diversité des évolutions, enfin l’intégration croissante des emplois tertiaires et industriels.

Après s’être développé jusqu’en 1960 selon un rythme annuel moyen de 1 %, l’emploi des branches tertiaires progresse très vivement de 1960 à 1980 (2 % par an), puis encore assez fortement de 1980 à 2000 (+1,7 %). Il ralentit ensuite entre 2000 et 2011 (+0,9 %), avec une quasi stagnation de 2008 à 2011, voire même une légère baisse dans certains services traditionnels aux ménages ou les télécommunications. Ceci est le résultat de deux tendances  : une accélération de la croissance de la demande intérieure tertiaire (+4,3 % par an en volume entre 1959 et 2012) ; des gains de productivité du travail plus faibles que dans le reste de l’économie (+2,5 % par an dans les services marchands contre +4,5 % dans l’industrie). Face à une demande croissante, un secteur dont la productivité progresse relativement plus lentement ne peut que se développer en terme d’emploi. Depuis le début du siècle dernier, le progrès technique a toujours été plus faible dans le tertiaire que dans les autres secteurs. Expliquer « l’explosion » récente de l’emploi tertiaire revient à analyser les raisons de l’accélération de la demande tertiaire.

L’emploi tertiaire représentait 30% de l’emploi en France au début du vingtième siècle. Il en représente aujourd’hui plus de 80%.

 

1/ Les principaux facteurs de la tertiarisation depuis un siècle

En premier lieu, en France, l’industrialisation apparaît comme une condition nécessaire à la progression du tertiaire. D’une part, la croissance matérielle provoque une élévation du niveau de vie ce qui permet à la demande de se diversifier. Les dépenses des ménages en services représentent 52 % de leur budget en 2016 contre 29 % en 1959. On a vu que cette hausse est presque imputable à une croissance plus rapide des prix des services. Il n’en demeure pas moins que, en volume, la consommation de services par les ménages a été multipliée par plus de 4 entre 1959 et 2012.

D’autre part, le développement d’une industrie impose souvent de nouvelles pratiques commerciales et fait apparaître des services en aval : en 2011, la branche de l’industrie automobile, par exemple, employait 131 000 personnes ; les effectifs des branches tertiaires liées à la production automobile (commerce et réparation de l’automobile, transports routiers, auto-écoles, locations de véhicules…) en représentaient environ dix fois plus.

En second lieu, la complexité des activités tertiaires et l’augmentation de la taille des unités de production industrielle ont entraîné une spécialisation : les entreprises industrielles ou même les ménages qui réalisaient auparavant certaines tâches ne sont plus en mesure d’en maîtriser les conditions techniques et commerciales. Les entreprises de gestion d’immeuble se développent, reprenant à leur compte une activité souvent réalisée par les ménages, et ce, parce que le parc immobilier devient de plus en plus complexe à gérer. De même, l’ingénierie technique puis informatique nécessite parfois de gros moyens d’investigation qui ne peuvent se faire que par des entreprises spécialisées dans ce type de travaux. Le gardiennage et le nettoyage industriel deviennent affaire de professionnels. Les obligations légales ou réglementaires nécessitent plus de temps de travail pour transférer un patrimoine immobilier, plus de conseils juridiques pour aider à en comprendre les mécanismes.

En volume, le total des emplois intermédiaires et finaux de services d’études et conseils par les entreprises a ainsi été multiplié par 6,1 entre 1959 et 2012 contre 5,1 pour l’ensemble de l’économie.

Enfin, troisième facteur du développement de la demande tertiaire, la politique économique des gouvernements peut infléchir le profil de croissance de nombreuses activités tertiaires. Les pouvoirs publics déterminent directement une 96 partie de l’emploi tertiaire, celui de la fonction publique. De plus, par ses choix dans de nombreux domaines tels la Sécurité sociale, les transports, l’éducation, l’État infléchit l’emploi dans la santé, la SNCF, l’enseignement public ou privé. Enfin, il intervient indirectement sur l’activité de nombreux secteurs tertiaires. Ce furent, autrefois, les réformes de 1966- 1967 du système bancaire qui, libéralisant le marché intérieur, facilitèrent l’expansion bancaire, les lois octroyant la possibilité aux membres des professions libérales de s’associer pour créer une société civile professionnelle qui met en commun des moyens techniques.

On peut citer aussi :

– Les différentes mesures de décentralisation adoptées depuis les lois Defferre de 1982 ont entraîné une augmentation significative des effectifs des collectivités territoriales dans leur ensemble.

– La cinquième semaine de congés payés accordée en 1982 et la réduction du temps de travail à 35 heures en 1999, couplées à l’augmentation du niveau de vie, ont augmenté la consommation de services de loisirs, en particulier ceux liés au tourisme.

– Les mesures d’ouverture des marchés des services à l’échelle internationale, promues par les différents gouvernements notamment au sein de l’OMC, ont impulsé les échanges extérieurs de services, qui se sont développés deux fois plus vite que les échanges de biens dans les deux dernières décennies.

– Dans le domaine de l’intérim, une loi basée sur l’accord national interprofessionnel du 24 mars 1990 limite à nouveau le recours aux contrats précaires et améliore la protection des salariés intérimaires. Depuis la loi de 1990, les effectifs d’intérimaires sont passés de 250 000 en 1990 à 650 000 à la veille de la crise de 2008-2009.

(voir Tableau 16 tertiaire)

 

 

2/ Divers profils d’évolution de l’emploi tertiaire

Les branches tertiaires peuvent être classées selon trois types d’évolution : celles dans lesquelles l’emploi est en régression depuis plusieurs décennies, celles qui comprennent des activités dont le profil de croissance est relativement proche de celui de la plupart des branches industrielles, et enfin celles qui regroupent des services modernes, caractérisés par une croissance rapide, voire une « explosion » de l’emploi durant ces cinquante dernières années (graphique suivant).

 

Dans le premier ensemble, il convient de distinguer la SNCF dont la baisse des effectifs est liée à des gains concomitants de productivité et des transferts de trafic opérés entre le rail et la route, et les autres services (domestiques, réparations diverses, blanchisserie teinturerie) où la baisse de 99 l’emploi est liée à une diminution relative de la demande des ménages. Une croissance moindre des prix industriels, des comportements nouveaux de consommation et une obsolescence plus rapide de certains biens durables ont pu entraîner un effet de substitution des biens aux services.

 

Le second ensemble comprend deux groupes : la plupart des services traditionnels rendus principalement aux ménages et les activités tertiaires dont la fonction est de faciliter l’échange des biens industriels et agricoles. Le profil d’évolution de ces deux groupes se caractérise par une forte croissance au début du vingtième siècle, une quasi-stagnation de 1936 à 1954 et une reprise de la croissance durant les dernières décennies, mais à un rythme plus lent que lors de la première période.

Une première impulsion avait été donnée au début du siècle dernier, dans la foulée de la révolution industrielle. La multiplication des commerces, l’extension du réseau de chemin de fer sont deux exemples de la première grande phase de tertiarisation de l’économie française. Depuis la fin de la guerre, les fortes croissances industrielles et agricoles entraînent le développement de plusieurs services par un effet de complémentarité. La réparation automobile croît dans le sillage de la production des voitures particulières. La croissance industrielle entraîne celle du commerce de gros non alimentaire.

 

Un troisième groupe comprend des activités dont la croissance, encore relativement faible jusqu’au début des années soixante, a fortement progressé depuis. Les développements rapides durant ces quarante dernières années des services rendus principalement aux entreprises (tels les activités informatiques et les services d’information, l’ingénierie, l’expertise comptable, enfin l’intérim inclus dans les services), des transports routiers de marchandises, de la santé, de l’enseignement et des services de la fonction publique sont justifiés par la conjonction des trois facteurs : industrialisation au début, spécialisation, politique économique stimulatrice. L’activité de la plupart de ces services dépend de plus en plus des décisions et mutations des grandes organisations économiques (l’État, les entreprises, voire les pays étrangers 5) et de moins en moins du comportement des ménages [32].

 

Ces services s’intègrent dans un processus de production complexe, et contribuent souvent, comme l’ingénierie, à la croissance industrielle. Ce tertiaire, souvent concentré dans de grandes unités de production, paraît très éloigné du premier ensemble que représentait bien le domestique ou du second dont le coiffeur était un exemple. Il possède des liens étroits avec l’industrie et l’État.

 

Dernière évolution significative, les services principalement marchands et non marchands progressent au même rythme entre 1949 et 2012 (base 100 en 1949). L’évolution des services non marchands est plus rapide jusqu’en 1995, puis un rattrapage des services marchands suit entre 1995 et 2002.

 

 

3/ La tertiairisation est européenne mais avec des différences non négligeables de la part des services

Pour les comparaisons internationales, il ne faut plus s’intéresser seulement à la part de l’emploi tertiaire dans l’emploi global. Vu le poids de celui-ci, il faut suivre l’évolution respective de chaque branche tertiaire. Il aurait fallu aussi calculer des taux de croissance des heures travaillées par branche tertiaire. Nous nous limitons à quelques conclusions en distinguant les heures travaillées et les effectifs car les pourcentages ne sont pas les mêmes, le temps partiel étant relativement important dans certaines branches tertiaires.

Il faut aussi que ces chiffres ne sont pas tout à fait comparables entre la France et les autres pays. Le TES est en branche « pure » en France. Il est en secteur d’activité ou branche d’activité « principale » ailleurs. Autrement dit, le poids  du tertiaire est quelque peu gonflé en France puisque les branches tertiaires sont pures. Alors que dans les autres pays, une partie des effectifs tertiaire sont comptabilisées dans les autre secteurs d’activité, notamment dans l’industrie qui emploie  parfois 10% des effectifs de ce secteur. Cette comparabilité est toutefois possible pour les services principales non marchands (administration, santé, éducation, action sociale) car cette branche se confond avec le secteur d’activité, peu de ses effectifs travaillant dans l’industrie.

 

a) Les heures travaillées

 

Le poids du tertiaire exprimée en heures travaillées est particulièrement élevée dans les pays du Nord de l’Europe (80% aux Pays Bas en 2018), au Royaume Uni (79,6%) et en France (78,4%). Les données de l’OCDE confirmeraient son importance aux États Unis. Ce poids est en revanche plus faible en Allemagne (71,9%), en Italie (70,7%) et dans l’ensemble de l’UE (70,3%) du fait même du poids plus faible dans les pays de l’est de l’UE.

La France se singularise par un poids relativement faible de l’ensemble « commerce, transport, hébergement et restauration » (23,6%) contre 25,2% dans l’UE mais seulement 22,2% en Allemagne du fait d’un poids particulièrement bas des activités de commerce et d’hébergement-restauration. Ces deux activités expliquent aussi en partie le poids assez faible de l’ensemble « commerce, transport, hébergement et restauration ». Mais la France a rattrapé son retard dans le domaine de l’hébergement-restauration.

En revanche, le poids des services principalement non marchands (qui comprennent la santé et l’éducation qu’elles soient marchandes ou non marchandes) est bien plus élevé en France qu’ailleurs (26,3%) soit 5 points de plus que dans l’UE, et 24,2% en Allemagne dont la part a néanmoins gagné 3 points depuis 1995. On retrouve cette croissance relative dans la plupart des pays sauf en Italie mais de manière moins prononcée) alors que la part en France est restée stable. Il faut encore souligner que ces services ne sont pas que non marchands (les ventes financent moins de 50% de leurs coûts). Il reste que la part de ces services est plus élevée qu’ailleurs.

Quand on fait la différence entre la part des emplois administratifs et la somme des emplois de l’agriculture, l’industrie et la construction, l’écart est de 4,7%. Quelle différence avec plusieurs pays : UE -8,4%,  Allemagne -3,9%, Italie -14,1% ! Il n’ y a que les Pays Bas et le Royaume Uni, où l’écart est positif : respectivement 3,1% et 2,2%.

 

 

En regardant de plus près ce sont la santé mais surtout les services administratifs qui expliquent la part élevée en France. Des pays comme le Royaume Uni et l’Italie occupent une proportion presque 2 fois moindre qu’en France (8%) dans l’administration publique.

Par ailleurs avec 13% des heures travaillées dans la santé, la France se situe à peu près comme l’Allemagne (12,7% en Allemagne). Ces pourcentage sont de 12,5% aux Pays Bas et 11,2% au Royaume Uni mais seulement 7% en Italie et en Espagne. On insistera jamais assez pour dire que ce chiffre est global. Qu’il faudrait distinguer les médecins, les personnels soignants et administratifs. Mais comment ne pas être frappé par le fait que la santé occupe bien plus d’heures travaillées en France que toute l’industrie, phénomène qu’on retrouve certes aux Pays Bas et au Royaume Uni ?

On note aussi le pourcentage élevé des heures travaillées dans l’éducation au Royaume Uni (6,8%) contre 5,5% dans plusieurs pays dont la France.

Qu’en est il des services principalement aux entreprises dénommés dans les nomenclatures « Activités spécialisées, scientifiques et techniques; activités de services administratifs et de soutien » ? Dans cet ensemble, la France se singularise par une proportion plus élevée que dans l’UE (16% contre 12%). Le pourcentage est de 13,3% en Allemagne. Mais cette part est encore plus élevée au Royaume Uni (16,7%) et surtout aux Pays Bas (20%). On retrouvera ce phénomène dans l’étude des coefficients techniques. Car ce sont d’abord ces services que les entreprises de l’économie externalisent. Mais quand on regarde de plus près d’où vient cette part plus importante dans les 3 pays , on voit qu’elle provient d’abord des « Activités de services administratifs et de soutien » qui comprennent les services de location, très importants aux Pays Bas, et les activités liées à l’emploi (intérim) relativement développées en France et au Royaume Uni. Mais la part de la publicité est aussi élevée aux Pays Bas et au Royaume Uni. Tandis qu’on note le poids plus élevé en France des heures travaillées dans la R&D (1,6%) contre 0,5% dans la plupart des pays.

 

b) Les effectifs

La part du tertiaire est supérieure du fait du temps partiel mais avec quelques différences entre les composantes du tertiaires, notamment en France. La part des effectifs tertiaires dans l’ensemble est de presque 81% en France (un peu moins de 80% en secteur d’activité). Elle est de 82,5% au Royaume Uni , le pourcentage étant le plus élevé aux Pays Bas. Il est de 74,5% en Allemagne. En France, 29,6% des effectifs appartiennent à la branche des services non marchands, (soit un des pourcentages les plus élevés d’Europe), qui elle, est quasi comparable entre la France et l’étranger.

 

II – LES SERVICES MARCHANDS SONT LE MOTEUR DE LA TERTIARISATION

 

Les services marchands non financiers correspondent au champ défini dans la nomenclature NAF rév. 2 par les sections hébergement et restauration (I), information et communication (J), activités immobilières (L), activités spécialisées, scientifiques et techniques (M), activités de services administratifs et de soutien (N), arts, spectacles et activités récréatives (R) et autres activités de services (S). Ils excluent les services non marchands de la recherche-développement, des arts, spectacles et des activités récréatives, sauf pour les statistiques d’emploi. Ce champ ne comprend donc pas le commerce (G), les transports (H) et les services financiers (K). L’arborescence de la nomenclature figure sur le site Internet de l’Insee (www.insee.fr – Définitions et méthodes – Nomenclatures – Nomenclature d’activités française – NAF rév. 2, 2008).

 

 

1/ La croissance relative de la valeur ajoutée et de l’emploi des services marchands

 

En 2017, la valeur ajoutée des services marchands (au sens strict) s’élève à 786 milliards d’euros. Elle représente 39 % de celle de l’ensemble des branches de l’économie, soit nettement plus que l’ensemble industrie construction y compris l’énergie (20 %) ou que l’ensemble commerce-transports-hébergement (18 %) (Graphique suivant). Cette part des services dans la valeur ajoutée totale a progressé continûment depuis 1978 (27%) jusqu’à la crise de 2008-2009.

Deux facteurs principaux ont contribué au développement des services depuis trente ans. En premier lieu, avec l’amélioration de leur niveau de vie, les ménages consomment une part toujours plus grande de services. Ainsi, la part des services marchands dans leur consommation est passée de 23 % en 1980 à 30 % en 2012 au détriment des produits manufacturés. De même, les entreprises achètent de plus en plus de services pour produire : ils représentent 31 % de leurs achats en 2012 contre 20 % en 1980. Ces achats correspondent soit à des fonctions externalisées (nettoyage, sécurité, location de matériel ou de main-d’oeuvre), soit à des fonctions dont l’importance croît (informatique, communication, recherche, publicité, contrôle de gestion, etc.).

 

En 2017, les services marchands emploient presque 7,8 millions de personnes (salariés et non-salariés) en équivalent temps plein (ETP), soit 27,9 % de l’emploi total (Graphique suivant). Sur près de quarante ans, leurs effectifs ont été multiplé par 2,25 (+4,3 millions), soit un accroissement de près de 80% de celui de l’emploi total. C’est dans les activités informatiques, classées dans l’ensemble information et communication, que le taux de croissance a été le plus élevé (+310 % entre 1978 et 2016, soit +390 000 ETP).

 

La croissance est aussi très forte dans les activités scientifiques et techniques ; services administratifs et de soutien (+180%). de fait, en termes de nombre d’emplois supplémentaires, ce sont ces services qui ont connu la plus forte augmentation avec 2,65 millions d’emplois nets créés, notamment dans les activités de services administratifs et de soutien, qui comprennent l’intérim (2 107 000 ETP en 2016 contre environ 695 000 en 1978). Dans une moindre mesure, on enregistre plus 900 milliers de créations nettes dans les activités scientifiques, juridiques et comptables et 650 milliers d’emplois dans les hôtels, cafés, restaurants sur la période.

Une étude de l’INSEE confirme que la part des activités de services administratifs et de soutien, dont l’intérim, et des activités scientifiques et techniques dans l’emploi des services marchands est passée d’un peu plus de 40 % en 1960 à 52 % en 2016 (Graphique suivant) . Mais en terme de valeur ajoutée la part des activités immobilières est très importante du fait des « loyers fictifs » (loyers que se versent les propriétaires de leur logement à eux-mêmes)

 

2/ Le commerce extérieur de services marchands en excédent

Entre 1980 et 2012, le commerce extérieur (hors tourisme, prise en compte dans la correction territoriale) des services marchands s’est développé au rythme de l’internationalisation de l’économie française.  De la seconde moitié des années quatre vingt- dix à la première moitié des années deux mille, l’excédent a été la règle. Sur trente ans, la structure par grands types de produits des exportations s’est sensiblement modifiée avec un accroissement de la part des services d’information et communication au détriment de celle des autres activités scientifiques. Celle des importations s’est un peu moins modifiée. Entre 2015 et 2017, les exportations et les importations de services ne progressent au même rythme (respectivement +2,5 % et +6 %).

 

Le solde du commerce extérieur reste stable. Le solde s’améliore de nouveau assez sensiblement à près de 14 milliards d’euros en 2016 et 13 milliards en 2017, retrouvant presque son niveau maximum des années 2011 et 2012. Il s’améliore nettement pour les activités spécialisées, scientifiques et techniques (+5,4 milliards d’euros), et dans une moindre mesure pour les activités informatiques et services d’information (+1,3 milliards d’euros) (Graphique suivant).

Notons toutefois qu’en 2017, les exportations de services représentaient de l’ordre de 7 % de la production de services et près de 16,6 % des exportations des biens manufacturés. De plus, le solde extérieur des échanges de services, bien que largement positif, ne compense absolument pas le solde déficitaire des échanges extérieurs de biens manufacturés.

 

 

III – UNE ADAPTATION DIFFICILE DEPUIS LA CRISE MALGRÉ UNE REPRISE EN 2016 

La relative autonomie de l’activité des services en période de récession économique a souvent été expliquée par le fait que la demande de services était en grande partie liée aux décisions des ménages dont les dépenses jouaient un rôle de stabilisateur en période de crise. Pour vérifier la validité de cette explication, on comparera avant et après 2007, début de la crise économique actuelle, les évolutions de la valeur ajoutée en volume des services et des deux principaux indicateurs de la demande relative qui leur est adressée : la part de la consommation intermédiaire de services dans la production effective des branches marchandes (coefficients techniques) ; la part de la consommation de services dans le total de la consommation des ménages (coefficients budgétaires).

 

 

1/  Les services liés à l’information et les services de santé échappent à la crise 

 

Durant la décennie qui précède l’année 2007, l’évolution de la production des services se fait selon des schémas analogues à ceux de l’emploi : on peut distinguer des services à développement rapide, liés à l’économie (les services rendus aux entreprises, la réparation et le commerce de l’automobile), les services à développement lent, souvent destinés aux ménages (les hôtels, cafés, restaurants), et des services en régression (réparations diverses : services des cordonniers, d’horlogers…) [5] . La reprise de l’activité économique en France en 2010, à un rythme certes plus lent qu’avant la crise, incite à ne pas trop s’attarder sur la conjoncture des services marchands en 2009, année qui fut essentiellement défavorable aux services rendus aux entreprises. Les trois évolutions suivantes sur la période 2007-2017 paraissent plus significatives :

° le bon comportement, jusqu’en 2007, de nombreux services, la plupart destinés aux ménages ;

° la sensibilité à la crise d’une partie des services destinés aux entreprises ;

° la décélération progressive du rythme de croissance globale des services marchands depuis 2007 (Graphique suivant).

Ainsi, au fil des décennies, et au-delà de l’évolution globale, on est passé à travers plusieurs phases de spécialisation d’un tertiaire traditionnel principalement destiné aux ménages à des tertiaires dont l’un, moderne, s’intègre à l’industrie .

 

 

 

 

2/ Mais la sensibilité à la crise est plus forte que lors des précédents chocs pétroliers

 

Entre 2007 et 2018, la valeur ajoutée des services principalement marchands ralentit fortement : +1,4 % par an en volume, après +3 % entre 1995 et 2007. Mais celle des services principalement non marchand n’est pas du tout affectée : respectivement +1% contre +0,8%. La branche des services principalement marchands s’en sort certes mieux que l’industrie (-0,2% par an entre 2007 et 2018 contre +2,6% avant). C’est néanmoins sa plus faible performance depuis le début des années 2000. Au total, la VA des branches tertiaires passe d’un rythme de 2,3% à +1,3% après la crise.

On verra plus loin que ce ralentissement en comparaison de celui de l’industrie, est moindre que dans la plupart des autres pays. La crise a affecté les services mais moins que l’industrie alors que dans plusieurs pays la crise a presque autant affecté les services  que l’industrie, voire plus (Allemagne).

Les services d’information et de communication connaissent un net ralentissement de leur croissance même si les télécommunications restent l’activité la plus dynamique. Les services principalement orientés vers les ménages sont aussi affectés sauf les services de santé qui eux progressent plus fortement entre 2007 et 2018 (+2,2% par an) que de 1995 à 2007 (+1,2%). Dans les autres services principalement orientés vers les ménages (activités culturelles, autres services personnels, hébergement et restauration, activités immobilières), la valeur ajoutée stagne ou progresse faiblement sous l’effet d’une moindre croissance de la consommation, elle-même liée à la moindre progression du pouvoir d’achat.

Il convient donc de distinguer la santé, dont les facteurs de la demande sont assez particuliers, les services traditionnels et ceux qui sont en aval d’une filière industrielle, telle la réparation automobile. Que la crise ait peu affecté les services de santé ne paraît pas très surprenant : la demande, toujours très élevée, est relativement inélastique au prix et dépend plutôt des conditions de remboursement de la sécurité sociale et de la politique des pouvoirs publics en matière de santé. Jusqu’en 2011, ces deux éléments n’ont vraiment pas freiné la progression de la consommation de soins médicaux par les ménages, renforcée particulièrement par le vieillissement de la population

Plus surprenant a été le comportement moyen des services  de l’hôtellerie, de la restauration, les activités immobilières ou récréatives, les réparations diverses. De 1995 à 2017, la VA en volume des services d’Hébergement et restauration progresse de +1,4%, même progression que de 2007 à 2018. Cette évolution ne peut pas vraiment s’expliquer par la croissance annuelle moyenne du revenu disponible des ménages qui s’infléchit à peine à partir de 2000. On peut donc avancer plusieurs hypothèses : du côté de la demande, la hausse de la parité de l’euro par rapport aux autres monnaies mondiales a probablement incité les touristes à consommer modérément les services de vacances sur le territoire français.

 

 

 

 

 

Donc ce sont les services aux entreprises et les activités du commerce et des transports qui sont affectés par la crise de 2007, mais aussi les services immobiliers et financiers et surtout les autres activités de services (-0,2% depuis 2007 contre ++2,1% entre 1995 et 2007).

 

La période 2007-2017 marque le repli des activités liées à l’emploi après plusieurs années de progression assez soutenues. La valeur ajoutée des activités de services administratifs et de soutien stagne à +0,4% en volume entre 2007 et 2017 (+3,2% entre 1995 et 2007), même si on observe une nette reprise à partir de 2013. Dans une conjoncture dégradée, les entreprises et les administrations compriment leurs dépenses, en particulier de fonctionnement. Ces restrictions pèsent sur les services administratifs et de soutien : leur valeur ajoutée représente 41 % de celle des services principalement orientés vers les entreprises (activités scientifiques et techniques ; services administratifs et de soutien). Le travail intérimaire constitue l’essentiel de cette activité. L’atonie de l’économie française observée entre 2007 et 2010 pèse sur l’emploi marchand et en premier lieu sur l’emploi intérimaire, qui est la première variable d’ajustement des entreprises. Ainsi, un retournement à la baisse des missions d’intérim s’opère depuis entre 2007 et 2014. À noter que l’emploi intérimaire est comptabilisé en totalité dans les services, indépendamment du secteur d’exercice des missions. En fait après une forte hausse avant 2000, le ratio « intérimaire / emplois des secteurs marchands » tend à se stabiliser depuis autour de 4% jusqu’en 2007 pour tomber à 2,9% en 2009 et se situer à 3,4% en 2014.

 

Par ailleurs, la croissance de la valeur ajoutée des activités juridiques, comptables, de gestion, d’architecture, d’ingénierie, de contrôle et d’analyses techniques, ralentit sensiblement (+2,2 % entre 2007 et 2018 contre +4% entre 1995 et 2007), bien que ceux-ci semblent relativement mieux supporter le choc que l’industrie. Comme pour les services rendus aux ménages, les conditions de la demande ou les éléments de substitution qui avaient joué favorablement jusqu’en 2007, se retournent depuis.

Enfin l’activité commerciale est affectée : la VA du commerce augmente de +1,2% contre +2,5% avant 2007. On retrouve cette baisse de la croissance de moitié dans les activités  immobilières. Mais le choc est beaucoup plus fort pour les transports : +0,3% contre +3,9%.

 

En 2018, la valeur ajoutée des services marchands non financiers augmente quasiment au même rythme qu’en 2017 (+ 3,4 % après + 3,3 %) [6]. La production des services accélère (+ 4,0 % après + 3,4 %), tirée par les activités scientifiques et techniques et les activités immobilières. La demande en services marchands non financiers reste très allante en 2018, en dépit du ralentissement de l’économie. Les consommations intermédiaires en services sont dynamiques (+ 3,9 % après + 3,7 %) et les dépenses de consommation des ménages demeurent bien orientées (+ 2,3 % après + 2,2 %). Les exportations de services repartent à la hausse et le solde des échanges extérieurs augmente nettement. Seul l’investissement marque le pas après avoir bondi en 2017.

Les services aux entreprises sont ainsi le principal moteur de la croissance. La vitalité des activités spécialisées scientifiques et techniques s’accentue : leur valeur ajoutée progresse de 5,2 %, après + 4,5 % en 2017. La croissance des activités spécialisées, scientifiques et techniques s’accentue particulièrement dans le conseil, la recherche marchande, l’ingénierie et les activités juridiques et comptables. La production ralentit légèrement, tout en restant soutenue, dans l’information-communication (+ 5,1 % après + 5,5 %), les activités administratives et de soutien (+ 4,2 % après + 4,4 %)

 

En conclusion, le principal intérêt de cette analyse est de montrer que les mutations de l’environnement économique, notamment de l’industrie, affectent l’évolution des services marchands, en particulier des services aux entreprises. Certes, la croissance des services se poursuit, voire s’accélère comme en 2017 et 2018, quand la valeur ajoutée industrielle stagne entre 2007 et 2017. ce qui traduit le fait que les fluctuations de l’activité ont une amplitude moins forte dans les services que dans l’industrie et surtout le fait que certains services échappent en partie à la crise tels la santé et les services d’information (mais mêmes ces derniers sont affectés en 2013 et encore plus en 2009). De ce point de vue, le tertiaire joue bien encore son rôle d’amortisseur. Dire qu’il est abrité des crises n’est cependant pas justifié. La décélération importante de la croissance des services marchands depuis 2007, mais aussi la sensibilité marquée de plusieurs services modernes liés à l’industrie en 2013, le montrent.

 

Ainsi, on ne retrouve pas tout à fait durant la crise de 2007-2012 les évolutions qu’on avait connues lors du premier choc pétrolier entre 1974 et 1980. À l’époque, la réduction de la durée du travail permettait aux ménages de consacrer un temps plus long à leurs loisirs. Des comportements nouveaux se développaient au milieu de la décennie 1970, telle la fréquentation accrue des restaurants par les ménages, la forte progression du nombre de divorces. De surcroît, la crise de 1974-1980 avait relancé l’activité de plusieurs professions : la croissance du nombre d’affaires civiles ou pénales stimulait l’activité des avocats ; l’activité des réparateurs se portait mieux dès lors qu’est accordée une préférence à la réparation d’un bien durable plutôt qu’à l’achat.

 

À ces déterminants de la demande, était venue s’adapter une politique de l’offre des entreprises, caractérisée par des innovations techniques ou des pratiques commerciales originales. La création des cafétérias dans les centres commerciaux, la modulation des tarifs de vacances en fonction de la saison, le développement de structures permettant de plaider des affaires pour un prix relativement faible, sont autant d’exemples de cet effort d’adaptation. Celui-ci était d’ailleurs d’autant mieux reconnu que la plupart de ces services sont difficilement substituables. À l’inverse, la croissance relative des services modernes rendus aux ménages avait été infléchie avec la crise : les coefficients budgétaires de la réparation et du commerce de l’automobile, par exemple, stagnent depuis 1974, leur activité s’effectuant en complément ou en réparation d’une production industrielle.

 

 

 

3) Le tertiaire est plus affecté à l’étranger du fait des services principalement non marchands et de la chute des activités financières dans plusieurs pays

On retrouve cette relative sensibilité à la crise dans les autres pays d’Europe mais plus prononcée dans certaines branches et de la décélération de la croissance des services non marchands. Quand on compare la croissance de la VA tertiaire en France et en Europe après et avant la crise de 2007, la première observation est celle d’une sensibilité plus affirmée dans de nombreux pays. Le cas le plus exemplaire est celui de l’Allemagne où la VA tertiaire a baissé de 1% (+1,1% par an en volume après contre +2,1% avant 2007) alors que la croissance de la VA de l’industrie ne perd que 0,7 point. De même au Royaume Uni : la croissance de la VA tertiaire perd plus de 2 points soit deux fois plus que la croissance de la VA de l’industrie, qui, il est vrai ,baisse entre 2007 et 2017.

 

 

Il faut d’abord tenir compte des services principalement non marchands : leur croissance de la VA en volume n’est pas affectée en France : +0,9% par an avant 2007 et +1% après. Alors que dans l’UE, leur rythme de croissance passe de +1,5% avant 2007 à +0,9% après. Dans la santé, la croissance reste très forte au Royaume Uni après 2007. Mais elle est freinée en Espagne depuis 2010 ainsi qu’au Pays Bas, voire en Belgique et en Italie. Du coup, la croissance s’infléchit dans l’UE de +2,3% par an avant 2007 à +1,7% après. C’est le contraire en France où il y a accélération après 2007 : +1,3%  avant et +2,3% après. De plus cet ensemble représente 27,4% de la VA tertiaire en France contre 24,5% dans l’UE. Par un effet de structure, ceci influence le moindre ralentissement du tertiaire global en France.

 

 

Un second bloc en Europe explique la meilleure résistance en France du tertiaire. C’est celui des services financiers et d’assurance dont la croissance dans l’UE est quasi-nulle après 2007 : +0,1% par an contre +3,6% avant 2007. Avec des pays où ce choc est très fort :Royaume Uni : -0,8% depuis la crise contre +6,8% avant 2007, Pays Bas : -0,3% contre +4,3% et surtout Espagne : -2,5% après 2007 contre +8,5% avant. Alors qu’en France, le ralentissement est beaucoup plus faible : +2,2% par an contre +2,8%.

 

 

Le ralentissement est un peu plus prononcé dans les autres pays pour les commerces, transports et services d’hébergement : +1% par an en France après 2007 contre +2,7% entre 1995 et 2007. Ces évolutions sont respectivement de +0,9% et +2,8% dans l’UE.

À partir de 2007, la croissance s’infléchit voire se retourne dans les activités d’hébergements mais pas de manière très prononcée ; elle retrouve sa hausse lente dans plusieurs pays comme au Royaume Uni, en France, et en Espagne et dans une moindre mesure en Italie. En Allemagne et aux Pays Bas, le niveau de 2017 est proche de celui de 2007 après une légère baisse entre 2000 et 2007. On retrouve ces évolutions dans de nombreux services aux particuliers.

Les transports sont particulièrement affectés par la crise de 2007 autant en France que dans l’UE. On transporte ce qu’on produit : la crise touche d’abord l’industrie sauf en Allemagne. Les échanges intra-européens représentent l’essentiel du commerce extérieur de la zone euro. D’autres pays sont encore plus touchés comme l’Allemagne ou surtout l’Italie. Les Pays Bas tirent un peu mieux leur épingle du jeu.

 

 

Dans les activités spécialisées, scientifiques et techniques; activités de services administratifs et de soutien, la crise de 2007-2008 a provoqué aussi un ralentissement un peu plus prononcé dans l’UE qu’en France. Mais la croissance reste très forte au Royaume Uni  (+3,1% par an entre 2007 et 2017) et dans une moindre mesure en Espagne.

 

 

Dans les services d’information et de communication, c’est à peu près la même amplitude dans l’UE (+3,5% après 2007 contre +7,1% avant) qu’en France (respectivement : +3,2%, +6,4%), soit une croissance diminuée de moitié dans les deux cas.

En revanche, le rythme de croissance s’est à peine infléchie au moment de la crise en France dans les télécommunications :  +43% en France  entre 2007 et 2017 (mais la progression se situe surtout avant 2012) contre +28% dans l’UE du fait d’une stabilité de la VA notamment aux Pays Bas et au Royaume Uni , après une hausse très rapide jusqu’en 2007. Même si en Espagne, la valeur ajoutée de ces services a progressé de 90% entre 2007 et 2017;

 

 

 

 

 

IV – LE PROGRÈS TECHNIQUE DANS LE TERTIAIRE

Activités où la productivité du travail croît plus lentement que dans les autres secteurs, c’est ainsi que, souvent, l’on caractérise les activités tertiaires. Ce phénomène semble de fait confirmé durant ces trois dernières décennies : la productivité apparente du travail dans l’ensemble des services marchands progresse au rythme de +2,3 % par an entre 1959 et 2000, contre +4,3 % pour l’industrie [7]. Une telle constatation appelle néanmoins deux remarques, l’une d’ordre conceptuel, l’autre d’ordre chronologique. Chacune traduit les mutations de l’offre tertiaire entre 1950 et 1980.

 

1/ Ralentissement des gains de productivité horaire du travail depuis 2000

 

 

a) l’évolution de la productivité des services en France

 

° Entre 1960 et 2018, on peut distinguer un premier groupe de services (information et communication) où les gains sont impressionnants (+7,4% par an).

° Un second groupe comprend les services liés à la commercialisation et aux transports (autour de +3% par an) mais avec une nette décélération depuis 2000.

° Puis viennent les services modernes (services aux entreprises, santé) où les gains sont compris entre +1% et +2% par an.

° Les gains des services traditionnels sont de +1% par an mais parfois nulles voire légèrement négatifs (Hébergement et restauration) depuis 2000.

° Les services de soutien administratif (qui comprennent les services liés à l’emploi, l’intérim,) ont des gains quasi nuls.

 

Autre évolution significative, la croissance de la productivité dans les services, déjà plus faible, s’infléchit comme dans l’industrie après 2000. Mais ce fléchissement diverge selon les activités tertiaires. Ce sont les activités de commerce de gros et de détail, transports, hébergement et restauration, ainsi que la santé, qui expliquent surtout la moindre croissance des gains après 2000. Leurs gains sont passés de +4% avant 2000 (+2,7% pour la santé) à de +1% après 2000 (+0,6% par an pour la santé avec un fléchissement très marqué de 2000 à 2010, et une petite reprise après). Dans cette branche, la décélération est progressive depuis 1960. En revanche, les gains de productivité des télécommunications (déjà très élevés) s’accroissent dans entre 2000 et 2017, ainsi que dans certains services aux entreprises comme les autres activités spécialisées, scientifiques et techniques (+1,9% entre 200 et 2018) contre +0,2% entre 1974 et 2000.

 

 

 

Le développement des entreprises des services « modernes » s’est fait selon le même schéma : une croissance rapide de l’emploi salarié depuis 1960, puis à la fin des années 1970, des investissements importants en matériels (ordinateurs, bureautique, matériels de chirurgie,…) suite à une conjoncture très favorable de la demande et à l’émergence de techniques nouvelles.

 

Dès lors, la productivité apparente du travail dans ces services, touchés par l’informatisation, progresse au début de la décennie 1970 : services d’information +4,9% par an entre 1974 et 2000, autres activités spécialisées, scientifiques et techniques, 5,7%, Santé +4%. Mais après 2000, on a vu que ces évolutions divergent fortement.

 

A l’intérieur des services « modernes », il convient en effet de distinguer ceux de basse et moyenne technologie des services de haute technologie (voir ci dessous). Ces derniers peuvent avoir des gains de productivité élevés comme les services d’information (+3,2% par an entre 2000 et 2017).

Les « activités scientifiques et techniques ; services administratifs et de soutien« , qui sont principalement des services aux entreprises, peuvent se retrouver dans ces deux catégories. D’un coté, les services administratifs et de soutien, très disparates (intérim, location, aménagement paysager,….), auraient des gains de productivité très faibles (mais comment mesurer la productivité dans l’intérim ?). Tandis que les activités scientifiques et techniques, eux aussi  disparates, auraient des gains de l’ordre de 1,9% par an.

Outre qu’ils sont destinés aux entreprises, ces services possèdent plusieurs caractéristiques communes. D’une part, leurs structures de production et de travail sont semblables : l’activité y est relativement concentrée : 60 % des salariés de l’ingénierie travaillent par exemple dans les entreprises de plus de 100 salariés.

 

 

Les services traditionnels aux ménages (hôtels, cafés, restaurants, services cinématographiques, loisirs),  font partie des services de basse et moyenne technologie; ils  ont des gains de productivité un peu moins importants, entre 0,5 % et 1 % l’an, voire négatifs. Autre point commun à ces activités, la proportion des personnels de service (serveurs, coiffeurs) est importante : deux tiers dans l’hygiène corporelle, 55 % dans les cafés. On y observait une amélioration plus élevée de la productivité du travail avant 1974. Ceci était à mettre en rapport avec les efforts de modernisation (restructuration des salles de cinéma, développement des chaînes hôtelières, utilisation de l’informatique par certains restaurants pour gérer leur approvisionnement). Dans ces services, les gains de productivité sont aussi dus à des restructurations et des concentrations (disparition de petits établissements).

La santé est un cas à part avec des gains de l’ordre de +2% par an sur longue période mais un net ralentissement entre 2000 et 2010.

 

Il convient aussi de noter la grande hétérogénéité des entreprises selon la taille. Dans la santé notamment, il est discutable de rendre compte des évolutions de la productivité en agrégeant les médecins libéraux et les hôpitaux dont les investissements sont très importants (équipements médico-chirurgicaux).

 

D’autres services s’apparentent à l’industrie par leur structure de métier. Qu’ils soient traditionnels (réparations diverses, blanchisserie) ou modernes (réparation automobile, nettoyage), ces services ont en commun une structure des métiers analogue à celle de l’industrie (deux tiers d’ouvriers, moins de 10 % de cadres).

 

Certains services enfin, de par leur nature même, ne peuvent connaître que des gains de productivité très faibles : la durée de l’étude d’une cause par un avocat peut difficilement être réduite. De même en est-il d’une leçon particulière, d’une activité de recherche ou d’une pièce de théâtre.

 

Une étude récente de l’INSEE distingue deux types de services en cherchant à expliquer les causes du ralentissement des gains de productivité [8] : les services de basse et moyenne technologies (commerces, transports, hébergements, activités de servies administratifs et de soutien,..) et ceux de haute technologie  (information, télécommunication, logiciels,…). Elle étudie les variations de la productivité du travail selon l’efficacité productive des entreprises : celles très productives (la « frontière »), celles peu productives (le « décile ») et les autres entreprises dites « intermédiaires ». La dispersion des productivités s’analyse, de son coté, en comparant la dynamique de productivité entre la frontière et le premier décile ou la productivité intermédiaire.

Il semblerait que le ralentissement de la productivité soit d’abord lié à une inefficacité de l’allocation des facteurs de production entre entreprises, phénomène qu’on retrouve dans l’industrie. Défectueuse, elle conduit à allouer des facteurs de production à des unités qui n’en ont pas besoin, ceci conduisant à diminuer la productivité globale, tout en accroissant sa dispersion entre les entreprises. Par exemple, des entreprises peu productives peuvent continuer à fonctionner grâce à des facilites de crédit, tandis que des barrières réglementaires peuvent dissuader de potentielles entreprises productives d’entrer sur le marché. D’autre part, l’extension de l’innovation aux entreprises moins productives pourrait avoir ralenti depuis 2010. Enfin, les gains de productivité issues des technologies de l’information et de la communication seraient d’ores et déjà récoltés.

  • Dans les services de basse et moyenne technologies, la divergence de la productivité des entreprises est manifeste entre 2002 et 2007 et se caractérise par une stagnation de la productivité des entreprises les moins productives, notamment commerciales, pour lesquelles l’emploi a augmenté légèrement plus vite que l’activité. Cette période serait caractérisée par des gains de productivité très faibles (moins de 1 % en moyenne par an pour le commerce, les transports, les services aux ménages ou les services de soutien aux entreprises), voire négatifs pour l’hébergement-restauration (-0,4% par an entre 2000 et 2017). L’augmentation presque continue de la dispersion des productivités entre 2002 et 2007 serait liée, d’une part, à l’accélération de la productivité à la frontière et, d’autre part, au décrochage du premier décile par rapport à la productivité intermédiaire. De 2008 à 2015, l’écart entre la frontière et le premier décile est resté relativement stable. Ainsi, au sein des services de basse et moyenne technologies, les entreprises à la frontière sont 5,0 fois plus productives que celles du premier décile en 2000, et le sont 5,6 fois plus en 2015. Ce constat moyen masque pourtant une hétérogénéité sectorielle. Dans le commerce par exemple, la productivité de la frontière a été particulièrement dynamique tandis que celle du premier décile a reculé légèrement. Dans le secteur des transports, alors que la productivité avait progressé de façon homogène avant la crise, la productivité de la frontière aurait nettement rebondi dès 2010 (+ 3,5 % par rapport à 2009). À l’inverse la productivité intermédiaire et celle du premier décile sont globalement restées à leur niveau de 2009. L’augmentation de la dispersion des productivités de 2000 à 2008 dans les services de basse et moyenne technologies serait compatible avec les politiques d’allègements de charges pour les bas salaires, amorcées dès 1995. En effet, la productivité d’une entreprise peut baisser si elle décide d’employer plus de main-d’œuvre moins qualifiée, à l’aide de ces dispositifs.
  • Le secteur des services de haute technologie échapperait à ce phénomène de divergence. Le capital humain, et en particulier le recrutement et l’emploi d’ingénieurs et de techniciens semble être un moteur important de la diffusion. Deux périodes se distinguent. De 2000 à 2007, les gains de productivité sont similaires entre la frontière, le premier décile et la productivité intermédiaire. Entre 2008 et 2015, la productivité à la frontière baisse tendanciellement malgré une légère reprise en toute fin de période, tandis que la productivité intermédiaire se maintient globalement et que celle du premier décile est dynamique jusqu’en 2012 et stagne ensuite. Les évolutions relatives des productivités de la frontière et du premier décile depuis la crise sont ici toutefois hétérogènes entre les secteurs d’activité. La dispersion des productivités est particulièrement marquée dans les services de l’édition, où la productivité du premier décile continue de croître alors que celle de la frontière diminue fortement (– 7 %), ainsi que pour les activités juridiques, comptables, etc. Cette évolution se poursuit après la crise où, dans ces secteurs d’activité, la croissance de la productivité du premier décile serait supérieure de 0,5 point à 1 point en moyenne par an à la productivité intermédiaire ou de la frontière.

 

 

 

 

b) La productivité du travail en Europe

Les comparaisons européennes relativisent quelque peu les évolutions françaises. Les données sont disponibles sur une période plus courte. Il convient de reprendre les différents groupes de services de la nomenclature.

Par exemple, les gains très élevés dans les télécommunications se retrouvent dans la plupart des pays mais parfois de manière moins prononcée. Leur ralentissement depuis la crise de 2007 est aussi plus ou moins marqué. De même, le second groupe en terme des gains, les commerces et transports, n’est pas homogène suivant les pays même si on observe un net ralentissement de ces gains dans les transports d’abord à partir de 2000, puis ensuite avec la crise. Mais la France se singularise surtout , avec le Royaume Uni, par un rebond des gains dans la santé après 2010 alors que ceux ci baissent dans la plupart des pays ainsi que par une croissance non négligeable des gains des autres activités spécialisées, scientifiques et techniques, publicité entre 1995 et 2017.

 

° Le premier groupe comprend le commerce, transports et hébergements. Les gains de productivité du commerce évoluent en France (+1,4% entre 1995 et 2017) un peu moins vite que dans l’UE. Ces gains évoluent plus rapidement en Allemagne, Pays Bas, Suède (+ 2% à +3% par an) et progressent peu dans les pays du Sud (+0,9% en Italie et en Espagne). Depuis la reprise de 2010, les gains évoluent en France (+2,4% entre 2010 et 2017) comme en Allemagne, au Royaume Uni et aux Pays Bas et un peu plus que dans l’UE (+2,1%).

Dans les transports, les gains sont désormais très faibles aussi bien en France qu’en Allemagne qu’au Royaume Uni (- 0,6% par an après 2010). Ces gains restent toutefois assez élevés en Suède et s’accroissent sensiblement en Espagne.

 

 

° Le second groupe comprend les services d’information : la croissance forte des gains (+3,1% en France entre 1995 et 2017) provient uniquement des télécommunications (+9,5% comme en Allemagne). cette croissance reste soutenue après la crise de 2007-2010. Mais elle est moins forte qu’avant 2007 dans plusieurs pays, notamment en Allemagne, Italie, mais surtout aux Pays Bas et au Royaume Uni.

Les gains sont très faibles en France dans les services CPA 62-63 (logiciels spécifiques et bases de données). Mais ils sont bien plus élevés dans d’autres pays, notamment en Allemagne et aux Pays Bas. On note aussi que ces gains sont repartis à la hausse après la crise ce qui explique la progression assez forte dans ces pays. En Espagne et en Italie, ils sont du même  ordre de grandeur qu’en France (+0,8% par an entre 1995 et 2017).

 

 

 

° Le troisième groupe comprend des services divers : santé, soutien administratif et activités financières. On observe que le ralentissement de la productivité du travail dans la santé depuis 2000 en France se situe uniquement entre 2000 et 2010. Les gains sont de +1,5% entre 2010 et 2017.

Les gains des activités financières restent élevés dans la plupart des pays sauf en Allemagne où ils diminuent de manière singulière de -0,2% par an sur 22 ans. Ils augmentent en France comme dans la moyenne de l’UE entre 2000 et 2017. Ils augmentent plus qu’en France dans plusieurs pays : Espagne, Pays Bas, Royaume Uni, Suède.

Restent les activités de soutien administratif. Les gains diminuent dans la plupart des pays comme en France sauf en Suède et au Royaume Uni, et dans une moindre mesure aux Pays Bas.

 

 

 

 

° Enfin, les gains divergent sensiblement dans les activités scientifiques techniques qui comprennent aussi les services juridiques comptables, la publicité, etc,.. . Le Royaume Uni se singularise par des gains de productivité assez élevés dans ces activités (+2,2% par an entre 1995 et 2018 alors qu’on enregistre une baisse dans plusieurs pays). Les gains en France sont de l’ordre de 0,7% par an entre  1995 et 2017 du fait de la publicité et autres activité scientifiques et techniques (+2,2%) quand la productivité du travail baisse partout sauf au Royaume Uni.

 

 

 

 

2/ Les salariés tertiaires puis les ordinateurs

II apparaît que les entreprises des services modernes ont dans la première étape de leur développement engagé et utilisé une main-d’œuvre importante, puis ont trouvé dans la croissance du capital un complément à celle du facteur travail. La productivité du travail s’y améliore du fait d’une combinaison plus efficace entre le capital et le travail, de la salarisation (même si on ne peut pleinement la saisir à partir des comptes nationaux), de l’impulsion donnée par les pouvoirs publics, ou par une demande interne et externe soutenue ; autant d’éléments qui soulignent les points de convergence entre l’industrie et cette partie du secteur tertiaire.

Les données d’Eurostat montreraient d’ailleurs que les gains de productivité (calculés ci dessus) sont d’autant plus importants que les actifs en TIC en volume ont augmenté. En Italie, le stock de capital en TIC a progressé assez faiblement dans un pays où les gains de productivité tertiaire n’ont guère augmenté. En Suède, aux Pays Bas, ou au Royaume Uni, les gains plus élevés de productivité vont de pair avec une forte hausse des actifs en TIC.

 

 

3/ la mesure et la qualité de services

Cependant, le sens des concepts économiques traditionnels dans les services et l’application des méthodes de comptabilité nationale méritent une attention particulière. La tertiarisation du système productif et le développement de services modernes, complexes, posent en effet des problèmes non négligeables de mesure statistique. D’abord, de quelle productivité du travail s’agit-il ? Celle de l’ensemble de l’industrie qui peut être améliorée par les services qui lui sont rendus ou celle des services eux-mêmes ? Mesurer un tel concept par branche dans une économie où le travail est de plus en plus déconnecté du produit direct a-t-il toujours un sens ? Apprécier la productivité apparente du travail suppose de plus qu’on puisse bien mesurer le rapport qui la représente.

Or, ni le numérateur, la valeur ajoutée en volume, ni le dénominateur, le temps de travail nécessaire à la production, ne peuvent être parfaitement saisis dans les services. En ce qui concerne la valeur ajoutée, la démarche la plus fréquente dans les comptes nationaux est de calculer la valeur de la production, de la déflater par un indice des prix et d’en déduire un indice de volume. Or, les services sont des produits immatériels. La notion de « volume » (quantité physique à qualité donnée pour chaque bien) n’y est pas toujours conceptuellement bien définie, par exemple dans les services non marchands de l’éducation ou de la santé. L’observation des prix des services aux entreprises et des services des télécommunications s’est toutefois améliorée durant la décennie 2000 avec la mise en place des indices de prix dans ces activités (voir page Partage Volume-Prix).

Mais certains telle la recherche développement y échappent. La notion de « volume » peut être assez bien appréhendée pour des activités traditionnelles, telle une « coupe » de cheveux où l’acte élémentaire peut être aisément quantifiable. Il est autrement difficile de mesurer le volume (et son évolution) de services modernes. On est dès lors amené à se demander si l’autre caractéristique d’une activité tertiaire, celle qui a trait aux conditions de l’offre, précisément à la nature du progrès technique, est encore acceptable ?

 

 

 

a) la mesure de l’effet qualité

Le service a un caractère instantané car il est produit et consommé au même moment et au même endroit. La qualité d’un service est d’autant plus difficile à gérer quand la participation d’un client est active. Ce dernier juge autant le processus et la relation que le résultat de la prestation. La qualité perçue du service reçu dépend en réalité de la qualité du contrat entre le client et l’ensemble de l’organisme prestataire (supports matériels, personnel en contact…..).

Le client est l’arbitre final de la qualité ; ainsi un produit de qualité du point de vue du client, ne signifie pas nécessairement un produit de luxe ou de haute gamme mais plus simplement un produit qui plait, c’est-à-dire, un produit qui répond à la demande et aux attentes d’un groupe d’acheteurs-cibles.

Certains économistes suggèrent que la qualité soit associée aux éléments physiques du service ce que font en général les offices statistiques, alors que d’autres l’associent aux résultats de l’interaction entre le consommateur et le personnel en contact. Certains expriment la qualité en terme plus globale et, pour eux, elle est fortement liée à la satisfaction que retire le client de cette prestation de service.

L’association française de normalisation (afnor) définie la qualité de service comme étant «la capacité d’un service à répondre par ses caractéristiques aux différents besoins de ses utilisateurs ou consommateurs».

 

La mesure de la qualité des services reste ainsi complexe : efficacité et qualité vont elles  toujours de pair ? Il reste à démontrer que la qualité de certains services s’améliore nettement pour les usagers avec le développement des ordinateurs dans les entreprises et les administrations. Le résultat, et donc la qualité, ne cesse de s’améliorer dans de nombreux services (hôpitaux, services aux entreprises, transports, éducation,…) malgré les tensions du personnel.

Mais qu’en est il dans d’autres activités privées ou publics plus administratives où la gestion de dossiers est la tâche principale ? L’usager des zones rurales s’y retrouve-t-il quand des services publics disparaissent ? Celui des villes est confronté au problème d’une demande très forte alors que l’offre ne suit parfois pas toujours. Les services sont ils de meilleur qualité parce qu’ils sont privatisés ?  A l’inverse, l’usager est il satisfait des services administratifs ? Toute étude portant sur l’évaluation des politiques publiques ou des sondages de satisfaction devient utile.  Ne s’agit il pas de penser au client autant qu’au produit ? Les statistiques officielles ne s’intéressent elles pas à ce dernier aspect en laissant de coté le résultat ?

 

 

b) les indicateurs sociaux mais répondent ils aux questions sur la qualité ?

Le courant des indicateurs sociaux (ou indicateurs de développement durable) se développe à la fin des années 60 et dans la première moitié des années 70. Ces travaux, qui s’inscrivent dans une période assez courte, cherche à faire contrepoids à l’utilisation privilégiée de la comptabilité nationale dans le débat politique ou social par la référence à un ensemble d’indicateurs recouvrant les grands domaines des préoccupations sociales. Une percée emblématique de cette nouvelle tendance a été la création de l’indice de développement des Nations Unies (IDH) en 1990, qui combine le PIB par habitant avec la mesure de la santé (espérance de vie) et des résultats scolaires (alphabétisation et scolarisation).

Durant ces 20 dernières années, on s’est orienté vers les indicateurs composites. La méthode consiste à ne pas chercher une traduction monétaire de ces items mais plutôt à les agréger les uns et les autres, directement, après avoir choisi des poids pour les différentes composantes et fait des opérations de standardisation minimales. Par exemple, cela n’aurait pas de sens de sommer un PIB qui s’exprime en milliers d’euros et une espérance de vie qui s’exprime en années. Un premier travail consiste à ramener chaque composante à une échelle de variation commune, par exemple entre 0 et 1, avant de procéder à une agrégation (éventuellement en pondérant). C’est ainsi que procède l’indice de développement humain introduit en 1990, qui rajoute au Logarithme du PIB par tête en parité de pouvoir d’achat, l’espérance de vie recentrée sur [0,1] et un taux d’éducation moyenne de la population. Le poids donné aux différentes composantes de l’indicateur est toutefois arbitraire et a des conséquences fortes sur son évolution.

Mais ces travaux sur ces questions ne sont ils pas trop globaux, en cherchant à estimer des indicateurs de bien être ?  Ne faudrait il pas mieux s’intéresser à chaque service, pris séparément, où les indicateurs de qualité peuvent être d’ailleurs multiples ? De plus, ces indicateurs de bien être ne disent pas grand chose sur la qualité des services (le « résultat »). Pour mesurer la qualité des soins de santé, il ne faut pas prendre des indicateurs sur la santé mais des indicateurs sur les soins de santé. Un indicateur de qualité et de sécurité des soins est un outil de mesure d’un état de santé, d’une pratique ou de la survenue d’un événement, qui permet d’évaluer de manière valide et fiable la qualité des soins et ses variations dans le temps et l’espace. Il doit mesurer une ou plusieurs dimensions de la qualité des soins. Par exemple, les indicateurs de résultats mesurent directement, à l’issue de la mise en œuvre d’un processus de soins, les bénéfices ou les risques générés pour le patient en termes d’efficacité, de satisfaction et de sécurité.

 

De nombreux indicateurs sont disponibles sur les bases de données d’Eurostat et des Nations Unies. En voici quelques uns, mais qui ne rendent pas vraiment compte de la qualité des services.

Prenons le cas de la santé. L’espérance de vie a la naissance en France est la plus élevée parmi les pays d’Europe de L’Ouest et du Nord (82,7 ans en 2017) et figure parmi les plus élevées des pays de. La France se classe ainsi au 3e rang européen derrière deux pays du Sud, l’Espagne et l’Italie (respectivement 83,4 ans et 83,1 ans). L’espérance de vie donne une évaluation de la durée de vie, mais elle n’indique pas si les personnes sont en bonne sante. Ainsi, des indicateurs sur la sante perçue, complètent les informations sur l’espérance de vie. De ce point de vue, la France se distingue des pays d’Europe de l’Ouest et du Nord puisqu’elle est un des deux pays, avec l’Allemagne, dont la part de la population se percevant en bonne ou très bonne sante (67,4 %) est inférieure a la moyenne européenne (69,2 %).

 

 

 

 

 

Dans le domaine de l’éducation, il n’est pas non plus facile d’y voir très clair. Certaines données sont publiées par la Banque Mondiale. Mais c’est l’enquête Pisa (Programme international pour le suivi des acquis des élèves)  de l’OCDE qui offre la meilleure appréciation. Les acquis des élèves de 15 ans en lecture, en mathématiques et en sciences sont ainsi évalués tous les trois ans depuis 2000 par cette enquête.

Certes, la France se situe au niveau des pays d’Europe de l’Ouest et du Nord et au-dessus de la moyenne de l’UE, sauf en ce qui concerne la réduction des faibles compétences chez les jeunes de 15 ans ou les résultats français sont moins bons. De même, la participation a l’enseignement pré-élémentaire atteint 100 % en 2016. La France se place ainsi au 1er rang européen en ce qui concerne la scolarisation des jeunes enfants entre 4 ans et l’âge de la scolarité obligatoire.

En sciences, Singapour devance tous les autres pays et économies participants. Le Japon, l’Estonie, la Finlande et le Canada sont les quatre pays les plus performants de la zone OCDE. La France avec un score de 495 points se situe, avec l’Autriche, les États-Unis et la Suède, dans la moyenne des pays de l’OCDE (493 points), derrière l’Allemagne ou la Belgique, toutes deux -dessus des 500 points, et devant l’Italie (481 points). La Turquie (425 points) et le Mexique (416 points) ferment la marche pour les pays de l’OCDE. Cette performance est stable depuis 2006. Le recul important en mathématiques qui avait été constaté en 2012 n’a pas été rattrapé. Par rapport aux résultats de 2006, la proportion d’élèves en difficulté est en très légère augmentation en 2015 (21% en 2006 contre 22% en 2015).

 

Mais en 2015, comme lors des trois enquêtes PISA précédentes, la France affiche une proportion d’élèves en difficulté supérieure à la moyenne des pays de l’OCDE. Les inégalités dans le niveau de performance des élèves en sciences sont toujours aussi fortes en 2015 qu’en 2006, alors même que l’insertion professionnelle des jeunes les moins qualifiés est difficile. En 2015, en France, la proportion d’adolescents ayant de faibles compétences en lecture est de 21,5 %, en mathématiques de 23,5 % et en sciences de 22,1 %. Ces résultats placent la France dans une situation moins favorable que celle de la moyenne de l’UE.

Cette situation est d’autant plus préoccupante que l’une des leçons d’OCDE – Pisa2015 est le lien étroit entre l’équité et la performance générale du système d’éducation. Autrement dit, la capacité d’un système à faire progresser les élèves en difficulté améliore la qualité générale du système et donc sa performance globale. Or, plus on vient d’un milieu défavorisé en France, moins on a de chances de réussir selon l’évaluation PISA 2015. La différence de résultats entre les deux groupes d’élèves extrêmes est particulièrement marquée en France, où la relation entre performance et milieu socio-économique des élèves est l’une des plus fortes parmi les pays et économies participant à l’enquête PISA 2015.

Enfin, l’accès à la marché du travail des jeunes semble plus difficile en France que dans la plupart des autres pays européens. Le taux d’emploi des 20‑34 ans récemment diplôme (au moins Du second cycle de l’enseignement secondaire) y atteint 74,4 % en 2017 : c’est l’un des taux les plus faibles des pays de l’UE, loin de l’objectif européen de 82 % en 2020 et du taux Européen (80,7 % en 2017). L’écart est encore plus marqué avec les autres pays d’Europe De l’Ouest et du Nord. Par exemple, ce taux dépasse 90 % en Allemagne et aux Pays-Bas. De plus, la France se démarque des autres pays de d’Europe de l’Ouest et du Nord par la proportion la plus élevée de jeunes ne travaillant pas et ne suivant ni études ni formation : 13,9 % des jeunes de 15‑29 ans en 2017. La situation de la France est ainsi plus proche de La situation observée dans certains pays d’Europe de l’Est et du Sud, sans toutefois atteindre Celle de la Grèce et de l’Italie ou la part de jeunes qui ne sont ni en emploi ni en formation est supérieure à 20 %.

 

 

 

V – LA FRONTIÈRE INDUSTRIE SERVICES PLUS COMPLEXE QUE PAR LE PASSÉ

L’économie française se désindustrialise à un rythme rapide,  souvent jugé préoccupant. Cette évolution du tissu productif est plus profonde qu’il n’y paraît. Au-delà d’un basculement de la production et des emplois depuis les secteur industriels vers les secteurs de services, les activités des entreprises deviennent plus complexes et plus diversifiées, au point que la frontière entre services et industrie est aujourd’hui difficile à cerner. En effet, un des aspects les plus étonnants de cette désindustrialisation c’est qu’elle s’accompagne de multiples phénomènes qu’on peut ici énoncer en quelques points :

– Tout d’abord la désindustrialisation résulte aussi d’un  « effet de nomenclature », avec l’externalisation de nombreuses activités de services, du nettoyage à la R&D en passant par les cantines et surtout l’intérim. Ce phénomène d’externalisation est particulièrement curieux à étudier d’autant qu’il est plus marqué en France que dans les autres pays d’Europe jusqu’en 2000. Il est toutefois sensiblement freiné durant la dernière décennie : le coefficient technique des services par l’industrie ne progresse quasiment plus.

À cela on peut ajouter que :

  • l’industrie est de moins en moins industrielle : d’une part les entreprises du secteur d’activité de l’Industrie diversifient leurs activités vers les branches des services.
  • D’autre part les métiers tertiaires ne cessent d’augmenter dans l’industrie tandis qu’a contrario les emplois des ouvriers sont devenus plus importants dans les services que dans l’industrie.
  • l’investissement devient de plus en plus immatériel : 35% de la FBCF des secteurs productifs, sans compter ceux que la comptabilité nationale ne mesure pas.

 

1/ L’externalisation des services aux entreprises s’est complètement estompé 

Le tableau excel ci dessous présente les calculs faits pour la France.

Tableau 10 – Externalisation des services

 

Afin d’apprécier l’importance réelle de la désindustrialisation,  on vise à estimer la somme de la valeur ajoutée (ou l’emploi) de l’industrie et de la valeur ajoutée (ou l’emploi)  des services aux entreprises utilisés par l’industrie. Ainsi corrige- t-on le niveau et l’évolution apparents du poids de l’industrie des phénomènes liés à l’externalisation de fonctions tertiaires. Les services à l’Industrie comprennent tous les « services aux entreprises » : « télécommunications »,  « services informatiques », « activités juridiques et comptables,  services d’ingénierie, architectes », « Recherche – Développement » (en base 2005), « autres activités spécialisées,  scientifiques et techniques », « activités de services administratifs et de soutien » qui comprend les services liés à l’emploi (intérim). Les services à l’industrie ne comprennent pas les services financiers qui ne peuvent pas être vraiment externalisés.

Ce chiffrage repose sur le Tableau des Entrées Intermédiaires  (TEI). La méthode consiste à répartir dans un premier temps, les importations entre les consommations intermédiaires  (CI) de services aux entreprises par l’industrie, les CI de services aux entreprises par le reste de l’économie et les emplois finals de services (hors exportations).

Dans un second temps, on calcule les CI de services produits en France par l’industrie (hors celles correspondant à des importations), les CI de services par le reste de l’économie (hors celles correspondant à des importations), et les emplois finals de services (y compris les exportations)  correspondant à la production hors importations. On multiplie alors la valeur ajoutée (VA) des branches de services aux entreprises par le ratio des CI de services par l’industrie (hors celles correspondant à des importations) divisées par la somme des CI totales (hors celles correspondant à des importations)  et des emplois finals.

On obtient une « Valeur Ajoutée (VA) des services aux entreprises utilisés par l’industrie » qu’on peut ajouter à la Valeur Ajoutée de l’industrie.

« VA SERV par IND » = X * (« CI SERV par IND »/(CI TOT + EF TOT)) * VA SERV

(le tout hors import)

 Le ratio X représente la part des services aux entreprises produits intérieurement. Il est supposé fixe sur toute la période  (1980-2012).

Le pourcentage de la « VA de services utilisés par l’industrie + VA de l’industrie/VA totale de l’économie »  passe de 21,9 % en 1980 à 12,9 % en 2012. La part de l’industrie (VA de l’industrie/VA totale de l’économie) varie de 20,3 % à 11,6 %. On observe une hausse de l’écart (VA externalisée se services par l’industrie) entre 1985 et 2000 et une baisse avec la crise de 2007, puis une moindre baisse entre 2010 et 2016. Ainsi, même si le poids de l’industrie est relevé en niveau de l’ordre de 1,5 points à cause de cette correction  (prise en compte des services utilisés par l’industrie), son recul sur 30 ans n’est guère affecté pour la valeur ajoutée.

En terme d’emplois, ces pourcentages sont de 22,2 % en 1980 et 10,9 % en 2016, contre 21,1 % et 9,4 % pour la seule industrie.  Le niveau relevé pour l’emploi l’est à cause des effectifs intérimaires en dépit de leur baisse au moment de la crise. Les emplois de services utilisés par l’industrie représentent 16,5 % des emplois industriels en 2016 contre 5,6 % en 1980.

 

 

 

 

Parmi les différents emplois externalisés, ceux dont la croissance est la plus forte entre 1980 et 2010 sont ceux des activités juridiques, comptables, et d’ingénierie.  Par contre, les activités de services administratifs et de gestion qui comprennent les services liés à l’emploi  (intérimaires) ont baissé entre 2000 et 2010 du fait d’une quasi stagnation des consommations intermédiaires en ces services par l’industrie alors que celles-ci augmentent globalement.

Il faut aussi souligner que comme les logiciels et la R&D sont traitées en FBCF, et que ce sont eux qui connaissent la plus forte croissance, le ralentissement est d’autant plus net que ces services ne sont plus considérés comme une CI.

 

 

 

 

a) L’externalisation a été presque stoppée depuis 2000 malgré un regain en 2017 et 2018

Entre 1985 et 2000, période où la croissance en volume a été forte en moyenne, on observe un recours accru aux services : la valeur ajoutée de l’industrie et des services à l’industrie augmente presque aussi vite que le PIB. L’emploi de l’industrie et des services à l’industrie a ainsi augmenté de près de 140 000 personnes entre 1995 et 2000. Cette forte poussée est surtout due aux à l’ingénierie et à l’intérim. Entre 1980 et 2000, l’externalisation a un effet de l’ordre de 23 % sur la baisse de l’emploi industriel ce qui n’est pas négligeable.

Toutefois, entre 2000 et 2016, surtout après la crise de 2007, ce mouvement est freiné même si la part des effectifs des services à l’industrie dans les effectifs de l’industrie ne baisse pas et même si le coefficient technique des services par les branches industrielles augmente encore mais beaucoup plus faiblement qu’avant 2000 Ainsi, la prise en compte du mouvement d’externalisation ne conduit pas à infirmer de façon très significative l’habituel diagnostic de désindustrialisation. Mais elle suggère que ce mouvement a un caractère cyclique marqué comme le montrent les données entre 1980 et 2016. On peu presque parler d’un nouveau cycle depuis 2007, en rappelant encore une fois que les entreprises dépensent (externalisent) en priorité des achats de logiciels et de R&D.

En valeur, de 1970 à 2013, l’industrie manufacturière a externalisé de plus en plus ses activités vers les services. Les consommations intermédiaires de services principalement marchands augmentent fortement : elles ont progressé deux fois plus vite que l’ensemble des consommations intermédiaires de la branche. Globalement, elles se sont accrues plus rapidement que la production, pesant sur la valeur ajoutée. Le recours croissant de l’industrie manufacturière aux services a essentiellement eu lieu au cours des années 1990, puis aurait nettement ralenti jusqu’à s’estomper : la part des consommations intermédiaires de services principalement marchands de la branche manufacturière dans l’ensemble des consommations intermédiaires de la branche a augmenté jusqu’en 2000 ; puis, de 2000 à 2007, elle  nettement ralenti, avant de stagner de 2007 à 2013. Au total, elle a doublé pour atteindre 19 % en 2013.

Sur l’ensemble de la période 1970-2013, la croissance de la part des consommations intermédiaires de services principalement marchands en valeur est due pour les trois quarts à un « effet prix » De 2000 à 2007, la hausse est faible et s’explique pour les deux tiers par un « effet volume ». Et, de 2007 à 2013, la stabilité de leur part résulte d’une légère hausse des volumes relatifs compensée par des prix relatifs en baisse.

 

 

b) Le mouvement d’externalisation des services par l’industrie est ralentie en France comme dans la plupart des pays d’Europe mais celui des services par les services a pris le relais

 

Pour faire des comparaisons internationales, il faut encore être prudent. Comme les marges de transports ne sont pas traitées de la même façon dans tous les pays et que le partage des logiciels entre CI et FBCF n’est pas le même malgré certaines recommandations internationales, on a préféré exclure ces produits des comparaisons. On inclut en revanche dans les produits tertiaires les services financiers et immobiliers.

Ces calculs sont faits ici en valeur. Voici les principales évolutions dans différents pays.

  • En 2015, le coefficient technique des services par l’industrie manufacturière en valeur est le plus élevé aux Pays Bas aussi bien pour tous les produits tertiaires  (hors logiciels et transports sauf logistique) que pour les seuls « services aux entreprises ».  La France vient au second rang pour les produits tertiaires. Son coefficient technique par l’industrie est de 13,7 % en 2015, à peine plus élevé qu’en Italie et en Belgique. Celui de l’Allemagne est plus faible. Les coefficients du Royaume Uni et de l’Espagne sont les plus bas.
  • Le coefficient technique des services aux entreprises par l’industrie est plus élevé en France dans les industries agroalimentaires (IAA) et les biens intermédiaires. Pour l’automobile ou les matériels de transport, il est dans la moyenne des autres pays.
  • Le coefficient technique des produits tertiaires augmente légèrement en France entre 2010 et 2015, La progression est plus sensible au Royaume Uni et surtout en Allemagne, l’écart se réduisant ainsi avec la France. Il est stable en Espagne. Il progresse en revanche sensiblement en Belgique.

 

 

 

 

  • Ces évolutions et niveaux sont très différents pour l’ensemble des branches : d’une part le Royaume Uni externalise beaucoup de services dans l’ensemble de l’économie (plus que dans l’industrie), autrement dit dans les branches tertiaires : le rapport « CI en produits tertiaires / production de l’ensemble des branches » est de 21%, soit plus qu’en Allemagne et en Italie, la France se situant au dessus avec plus de 23%, en dessous des Pays Bas et de la Belgique.
  • D’autre part, le mouvement d’externalisation des services par l’ensemble des branches n’est pas moins faible en France qu’aux Pays Bas et en Belgique (contrairement à la seule industrie) : entre 2010 et 2015, le coefficient technique de l’ensemble des produits tertiaires par le total des branches de l’économie gagne 1,2 point, plus qu’au Pays Bas et presque autant qu’en Belgique. Un ensemble de produits explique particulièrement ce dynamisme : les activités juridiques, comptables, de gestion, d’architecture, d’ingénierie, de contrôle et d’analyses techniques.
  • Cette croissance relative est en partie expliquée par un effet de structure (voir ci dessous) : en France, la production tertiaire, gros consommateur de services, augmente plus vite que celle de l’industrie qui consomme moins de services. Faut il rappeler que les consommations de services par ces branches sont presque 7 fois plus élevées que celles par l’industrie en France ! Par un effet de structure, il pourrait y avoir croissance du coefficient technique des services par l’ensemble de l’économie malgré une stabilité de ce coefficient dans l’industrie et le tertiaire. On observe que le coefficient technique des produits tertiaires par l’ensemble des branches a plus augmenté en France que les deux coefficients techniques de ces produits par l’industrie d’une part et les branches tertiaires d’autre part.

  • Ce sont ainsi des entreprises tertiaires qui externalisent (sous-traitent) de plus en plus des services en France. Dans d’autres pays (Allemagne, Belgique, Pays Bas), le mouvement d’externalisation est parallèle dans l’industrie et le tertiaire entre 2010 et 2015. Tandis qu’au Royaume Uni, Italie, Espagne, le coefficient technique des services par les branches tertiaires n’augmente pas.

On peut s’interroger sur cet arrêt de la croissance du coefficient technique des services aux entreprises par l’industrie. On n’ose pas imaginer qu’ils y aient des biais statistiques comme le changement de traitement comptable des logiciels à très forte croissance « passés » en FBCF depuis le SEC95 alors qu’ils étaient traités auparavant en CI. De même, on pourrait invoquer le fait que l’industrie dans les TRE étrangers, incorporant de plus en plus de services comme activités secondaires, soit amenée à sous-traiter plus de services qu’en France (où l’industrie est une branche pure) du fait même que les services sont plus acheteurs de services que l’industrie. Il semble en fait que le mouvement d’externalisation des services par l’industrie tend à se ralentir au fil du temps et qu’il y ainsi une convergence des économies européennes sur ce plan. D’autant que les logiciels et R&D, dont la croissance est forte, ne font plus partie des CI. C’est pourquoi il faut compléter l’analyse des coefficients techniques par celle des ratios de FBCF en produit de propriété intellectuelle dans la FBCF totale ou dans la valeur ajoutée totale.

Toutefois, un regain des CI des coefficients techniques des  services par l’industrie est possible en France depuis 2017. On a vu que que les achats intermédiaires des entreprises et des administrations  accélèrent depuis 2017 en 2018 (+ 3,8% par an en volume en 2017 et 2018). Cette expansion est notamment imputable à la forte croissance des activités scientifiques et techniques.

 

 

  4/ Le coefficient technique des produits tertiaires par les principales branches tertiaires en Europe

Si le coefficient technique des produits par les branches tertiaires a augmenté en France, c’est largement du à ces deux groupes de services aux entreprises, activités juridiques, comptables, de gestion, d’architecture, d’ingénierie, de contrôle et d’analyses techniques d’une part, services administratifs et de soutien d’autre part. Le graphique suivant montre que le coefficient technique des produits tertiaires par ces services aux entreprises a progressé entre 2010 et 2015 au point d’être le plus élevé des pays, presque 40% : la CI des produits tertiaires par les services aux entreprises représente 39% de la production de ces services (contre moins de 37% en 2010), autant qu’en Belgique, et bien plus que dans les autres pays. Les financières et immobilières consomment aussi beaucoup de produits tertiaires en France mais l’augmentation du coefficient technique de ces produits a été moins forte que pour les branche des services aux entreprises.

 

 

 

 

2) Emplois par branche et par fonction : il y a plus d’ouvriers dans le tertiaire que dans l’industrie.  La part des cadres et surtout des fonctions de services ne cesse de croître dans l’industrie.

Il convient de préciser un autre aspect important de la tertiarisation de l’économie durant ces vingt dernières années.  Certes, l’analyse comparative des sources « salariés » des DADS (déclarations annuelles de données sociales) de 1994 et 2011 montre une relative stabilité de l’écart entre la part de l’emploi tertiaire par branche dans la population active (72 % en 1994, 78,5 % en 2011) et la part des catégories socioprofessionnelles tertiaires hors fonction publique (cadres,  professions intermédiaires employés) (58 %, 66 %)

 

 

Mais ceci masque certaines évolutions significatives de bouleversements dans l’organisation du travail des entreprises.  Tout d’abord, du fait de la spécialisation, l’emploi des branches tertiaire se situe à un niveau nettement supérieur à celui des métiers tertiaires comme l’indiquent les pourcentages ci dessus et les chiffres en niveau absolu.

 

a) En France, plus de la moitié des emplois salariés directs des entreprises industrielles est dédiée à des fonctions de service : services commerciaux et administratifs, installation-maintenance, contrôle-qualité, logistique et recherche et développement (R&D) industrielle.

Cette évolution est équilibrée par un mouvement inverse :  la part de l’emploi tertiaire dans les branches industrielles progresse sensiblement entre 1994 et 2011 : de 37 % de l’emploi industriel en 1995 (1,2 million de personnes), cette part passe à 45 % en 2011. Elle serait même supérieure à 50% en 2013 selon une étude par fonction (voir ci-dessous) Cette progression relative n’est pas nouvelle : de 20 % de l’emploi industriel en 1962 (1,1 million de personnes), cette part passe à 23 % en 1968 (1,2 million) et 27 % en 1975 (1,7 million).

Cette croissance, parallèle au mouvement de spécialisation des activités tertiaires, résulte du développement de plusieurs fonctions dans les entreprises industrielles : l’administration, la gestion, la distribution et surtout l’informatique. Précisément, c’est l’effectif des cadres supérieurs qui a le plus progressé à l’intérieur de ces différentes fonctions. Avec le numérique,la croissance des fonctions tertiaires dans l’industrie se conjugue avec l’automatisation de la production.

Une étude de l’Insee porte sur les entreprises profilées (EP) et non les unités légales (UL) [10]. Cette approche intègre les unités légales « siège social » ou commerciales, chargées de réaliser l’administration, l’approvisionnement et la commercialisation de la production des entreprises industrielles. Le poids de l’industrie en est augmenté. 17 % des emplois salariés des entreprises industrielles sont ainsi portés par des unités légales ou des établissements non industriels. Leurs activités principales sont souvent commerciales (7,5 % des emplois des entreprises industrielles) ou administratives (2,3 % en regroupant les sièges sociaux et holdings).La plupart des entreprises industrielles comportent au moins un emploi de service, même parmi celles composées d’un seul établissement. La fonction exercée par les salariés est précisée par l’entreprise dans la déclaration annuelle de données sociales (DADS). Les salariés sont rattachés à leur fonction principale en négligeant leurs fonctions secondaires. Les salariés des prestataires externes travaillant indirectement au service des entreprises industrielles ne sont pas pris en compte.

Cette étude prcise que les services informatiques, les transports et les services liés aux locaux (notamment nettoyage et gardiennage) sont les plus souvent externalisés. La R&D industrielle est concentrée sur un petit nombre d’entreprises, tandis que les fonctions administratives et commerciales sont largement partagées. La R&D, les services informatiques et ceux liés aux locaux sont regroupés sur un nombre réduit d’établissements. La R&D est plus souvent implantée au cœur des établissements industriels que les services commerciaux ou même la logistique.

En 2013, la fonction de production ne représente que 44 % des emplois directs des entreprises industrielles, les 56 % restants étant consacrés à des fonctions de service (tableau suivant).  Les fonctions de service sont présentées par ordre d’éloignement à la fonction de production. La fonction informatique-télécommunications pèse très peu dans l’emploi direct des entreprises industrielles (2,2 %), car elle est très souvent assurée par des prestataires externes travaillant en régie. Les services liés aux locaux (principalement du nettoyage), également en grande partie externalisés, ne représentent que 1,3 % de l’emploi industriel. Les fonctions commerciales et administratives représentent une part importante des emplois des entreprises industrielles (respectivement 11,0 % et 13,3 %).

 

La structure de l’emploi par fonction diffère entre l’industrie manufacturière et les services aux entreprises parce que les besoins sectoriels sont naturellement différents mais aussi du fait qu’une partie des fonctions nécessaires aux entreprises de l’industrie est externalisée auprès des entreprises de services aux entreprises. Ainsi, la part des fonctions de services est plus élevée dans les entreprises du secteur des services aux entreprises que dans les entreprises industrielles. L’écart est particulièrement important pour certaines fonctions connues pour être fréquemment externalisées : les services liés aux locaux, l’informatique et les transports (graphique suivant). En particulier, les entreprises industrielles qui ont recours à des travaux informatiques de maintenance des infrastructures des technologies de l’information et de la communication (TIC), de protection des données, de développement et support des logiciels, des systèmes de gestion et des solutions web les externalisent dans plus des deux tiers des cas.

La R&D et les services liés à la production plutôt présents dans les entreprises industrielles Les services les plus proches du cœur de métier industriel ont un poids plus élevé dans les entreprises industrielles que dans les entreprises des services aux entreprises. C’est le cas des services liés à la production (11 % contre 4 %) et plus encore de la R&D industrielle (8 % contre 1 %), du fait sans doute de son caractère stratégique, qui la conduit à être moins externalisée.

 

b) forte poussée des métiers ouvriers dans le tertiaire

Dernier exemple, la forte poussée des ouvriers dans les branches tertiaires confirme l’interpénétration croissante entre l’industrie et les services. Certes, leur part dans l’emploi tertiaire global diminue légèrement (de 25 % en 1994 à 23 % en 2011) mais leur nombre (1,8 million en 1994, 2,5 millions en 2011) progresse plus rapidement que le nombre total des ouvriers à tel point qu’il dépasse le nombre d’ouvriers dans l’industrie de 1 million en 2011, qui lui ne cesse de décroître surtout à partir de 2002. Cette poussée provient notamment d’une transformation du mode de production des services. Ainsi le développement de nouvelles formules de restauration (« fast-food » restaurants, cantines) a entraîné une industrialisation de ces branches. Des spécialités ouvrières (réparateurs, salariés de la restauration rapide) apparaissent dans les entreprises tertiaires nouvellement créées.  Enfin, le développement du travail intérimaire explique aussi cette forte poussée. Les entreprises de l’intérim sont classées comme tertiaires alors que près des trois quarts de leurs effectifs travaillent dans l’industrie.

C’est pourquoi les métiers ouvriers progressent entre 1994 et 2011 dans l’ensemble de l’économie même si ce mouvement  se retourne en 2007, alors que l’emploi des branches industrielles diminue.

 

 

 

 

 

 

 

 

CONCLUSION

Ainsi la tertiarisation de l’économie draine-t-elle de nouvelles interrogations :

  • La qualité des services devient essentielle dans une économie où ils représentent 80% des actifs. Quelle est la qualité des services hospitaliers, éducatifs et de tous les services en général, rendus pour le client ? Peut-on bien la mesurer ? 
  • Comment évoluent la production en volume et la valeur ajoutée en volume de tous ces services dont il n’est pas toujours simple de faire le partage volume-prix même si celui-ci s’est sensiblement amélioré dans de nombreux services marchands du fait des enquêtes développées depuis la décennie 2000 ? Le nombre d’heures élèves est il un bon indicateur du volume de l’éducation ? Celui du nombre de lits de maisons de retraite, un bon indicateur du volume de services de cette branche de l’action sociale ?
  • La répartition de la production entre services marchands et services non marchands devient intéressante à suivre, notamment dans la santé, l’éducation, l’action sociale et tous les services susceptibles d’être produits par des entreprises et vendus sur le marché, ou par les administrations publiques fournis à titre plus ou moins gratuit. Mais déjà se profile un troisième agent en concurrence : les ménages eux mêmes à travers l’économie collaborative.
  • La relation « industrie/service » devient plus complexe que par le passé, la frontière entre les deux secteurs d’activité tendant à s’estomper. Il y a plus d’ouvriers dans le tertiaire que dans l’industrie. Le poids des cadres et des employés ne cessent de croître dans les usines.
  • La tertiarisation a t elle un impact sur l’environnement?  On pourrait le penser car les bureaux sont à priori moins polluants que les usines. Mais la consommation relative de biens et d’énergie a très peu baissé en volume en 50 ans. N’est ce pas cela qui compte?
  • En revanche, l’économie collaborative a un impact sur l’environnement. C’est une économie de la fonctionnalité (privilégiant l’usage plutôt que la vente d’un produit). Elle élargit le spectre de la location. L’importance de l’offre potentielle des ménages permet de lisser les taux d’utilisation dans le temps : lors des Jeux Olympiques, le fait que les visiteurs puissent se loger chez des particuliers à l’aide d’AirBnb tend à augmenter l’offre sur une période donnée sans avoir besoin de construire de nouveaux complexes hôteliers. La location intègre aujourd’hui de plus en plus de services à visée écologique : par exemple la location de friteuse avec récupération des huiles de cuisson usées et ajout d’un service de nettoyage inclus dans le tarif. Les effets sont  probables sur l’écologie mais ils ne sont pas directement visibles au sein des comptes nationaux et ils méritent d’être précisés.

 

 

 

 

 

Michel Braibant


BIBLIOGRAPHIE

[1] C. Clark : « The conditions of economic progress », Mac Millan, Londres, 1951.

[2] J. Fourastié : « Le grand espoir du XXe siècle », PUF, Paris, 1950.

[3] M. Braibant, Le tertiaire insaisissable ? : Économie et statistique, N° 146, juillet-août 1982. pp. 3-17. http://www.epsilon.insee.fr/jspui/bitstream/1/121005/1/estat_1982_146.pdf

[4] J. Gadrey : l’économie des services, éditions Repères la découverte, 1992. Voir aussi Socio-économie des services, éditions la découverte, 2003.

[5] « Les ressorts de l’économie des services : dynamique propre et externalisation », Insee Première n° 1163, novembre 2007. https://www.epsilon.insee.fr/jspui/bitstream/1/90/1/ip1163.pdf

[6] Les services marchands en 2018 : Les services marchands échappent au ralentissement de l’activité en 2018, V. Andrieux, Z. Bouziani,  S. Heck, A. Nay, E. Rakedjian, P. Varrambier, Insee Première, juillet 2019, https://www.insee.fr/fr/statistiques/4183936

[7] La tertiarisation de l’économie française et le ralentissement de la productivité entre 1978 et 2008, A. Schreiber A. Vicard Insee, 2011 ,  https://www.insee.fr/fr/statistiques/1373853?sommaire=1373855

[8] https://www.insee.fr/fr/statistiques/4180914; La productivité en France de 2000 à 2015 : poursuite du ralentissement et hausse modérée de la dispersion entre entreprises, B. Khder, R. Monin, l’économie française, juin 2019.

[9] Les services en France, services aux entreprises, édition 2007,  https://www.insee.fr/fr/statistiques/1373225?sommaire=1373226

[10] Les fonctions de service dans l’industrie manufacturière : la moitié des emplois directs, N. Ceci-Renaud , Insee Références, édition 2016, https://www.insee.fr/fr/statistiques/2497074?sommaire=2497179

Tableau entrées-sorties mondial (T.E.S.)