solde des échanges extérieurs

DÉGRADATION DU SOLDE DES ÉCHANGES EXTÉRIEURS DEPUIS 2004, AGGRAVÉ EN 2020

Le solde des échanges extérieurs est la différence entre la valeur des exportations et celle des importations entre deux pays (ou deux zones). Il peut être relatif à un produit ou à l’ensemble des échanges de produits (biens et services). Le rapport entre ces deux valeurs est appelé taux de couverture. Ce solde est devenu déficitaire pour les biens à partir de 2004 juste après l’introduction de l’euro et au moment de l’ouverture de l’UE aux pays de l’est. Mais l’euro pas plus que l’élargissement de l’UE n’expliquent à eux seuls cette dégradation : l’Italie a un excédent commercial de biens de 60 milliards d’euros en 2020 soit à peu près le même montant que le déficit français; le solde extérieur de biens des 27 pays de l’UE vis à vis des autres pays a progressé depuis 2009, étant excédentaire de près de 200 Mds en 2020; mais pas celui de la France. Le solde des services, en particulier le tourisme, ne compense pas le solde déficitaire des biens comme en Espagne. Cette situation ne s’est pas arrangée avec la crise du Covid. Des biens (aéronautique) ou des services (tourisme, transport aérien) ont vu leur solde extérieur en forte diminution. Ainsi le solde des échanges extérieurs des produits industriels est un point noir de l’économie française d’autant qu’en important autant, les entreprises peuvent subir des ruptures d’approvisionnement comme c’est le cas depuis 2020. Le déficit se creuse encore en 2021.

The external trade balance is the difference between the value of exports and imports between two countries (or two areas). It can be relative to a product or to all trade in products (goods and services). The ratio between these two values is called the coverage rate. This balance became a deficit for goods from 2004 onwards, just after the introduction of the euro and when the EU opened up to Eastern European countries. But neither the euro nor EU enlargement alone explain this deterioration: Italy has a goods trade surplus of 60 billion euros in 2020, i.e. about the same amount as the French deficit; the external balance of goods of the 27 EU countries vis-à-vis the other countries has increased since 2009, being in surplus by almost 200 billion in 2020; but not that of France. The balance of services, in particular tourism, does not compensate for the deficit in goods as in Spain. This situation has not improved with the Covid crisis. Goods (aeronautics) or services (tourism, air transport) have seen their external balance fall sharply. Thus the manufactured trade balance is a black spot in the French economy, especially since by importing so much, companies can suffer supply disruptions as has been the case since 2020. Trade balanve deficit is still growing in 2021.

 

 

 

SOMMAIRE

I – ÉVOLUTION DU SOLDE GLOBAL

II – NETTE DÉGRADATION DU SOLDE DES ÉCHANGES EXTÉRIEURS DE BIENS MALGRÉ UN REBOND EN 2011

III – LES ÉCHANGES EXTÉRIEURS DE SERVICES

IV – L’EXPANSION DU COMMERCE INTERNATIONAL DES SERVICES JUSQU’EN 2019

 

Résumé

° En 20 ans la France a perdu plus de parts de marché que l’Allemagne et l’Italie » ; avec la crise du Covid, notre pays a perdu davantage de terrain que les autres pays dans le commerce international. Ce sont là des signes particulièrement préoccupants. Il est donc important de comprendre quelles sont les réalités dissimulées derrière ces indicateurs de la situation économique du pays. Ce résumé a une dimension méthodologique importante.

 

1/ Deux sources de base pour établir le Compte du Reste du Monde de la comptabilité nationale

° Divers instruments sont mis à contribution pour mesurer les relations économiques entre la France et l’extérieur (flux d’échanges de biens, de services et de capitaux) et leurs évolutions.  Les données correspondantes sont collectées par les administrations des douanes (pour les marchandises) et de la Banque de France (en ce qui concerne les biens et les services, les capitaux et les flux monétaires), avant d’être récapitulées dans deux principaux documents : la balance des paiements, d’une part, et le compte du Reste du monde de la comptabilité nationale, d’autre part.

° Malgré des points communs, la balance des paiements et le compte du Reste du monde ne sont pas tenus selon des méthodes identiques. Les principales différences viennent de ce que le compte du Reste du monde a essentiellement pour objectif de mesurer l’influence des exportations et des importations sur l’activité économique réalisée sur le territoire (et inversement) alors que la balance des paiements a l’ambition d’offrir un recensement exhaustif des flux liés aux relations économiques internationales.

° La Balance des paiements (BdP) est « un état statistique dont l’objet est de recenser l’ensemble des opérations économiques et financières donnant lieu à un transfert de propriété entre résidents et non- résidents au cours d’une période déterminée ». Les statistiques douanières ne décrivent que des mouvements de marchandises traversant les frontières. En outre, son champ dépasse très largement celui des seuls échanges de biens : sont retracés, en plus de ces derniers, les échanges de services et les opérations de répartition entre la France et l’étranger, ainsi que les mouvements de capitaux.

° L’INSEE, quant à lui, utilise les deux catégories de données précédemment évoquées pour élaborer son propre compte du Reste du monde : celles des douanes, pour les échanges de biens et celles de la balance des paiements, en ce qui concerne les échanges de services, les revenus de la propriété et les autres transferts courants. Avant d’être intégrées dans le compte du Reste du monde, les données douanières, comme celles de la Balance des paiements, sont contrôlées et il est en outre nécessaire, de procéder parfois à des ajustements de manière à respecter au mieux les règles et les recommandations du Système Européen des Comptes (SEC 2010). En particulier, le compte du Reste du monde s’inscrivant dans le tableau économique d’ensemble (TEE) de la comptabilité nationale, et les échanges de biens et de services dans les ERE du tableau des « entrées-sorties » (TES), il est nécessaire de respecter le cadre comptable spécifique de ces tableaux; ceci oblige, dans un certain nombre de cas, à modifier les données puisées dans les sources primaires. Les données de l’Insee et des 2 sources de base ne sont donc pas comparables. Leurs différences viennent de ce retraitement des données du commerce international vers les définitions des comptes nationaux (voir ci-dessous).

 

a) Les biens.

° En France, la Direction générale des Douanes et des droits indirects (DGDDI) établit la balance commerciale sur la base de deux types de documents :

  • les « déclarations en douane », enregistrant les échanges avec les pays tiers hors UE sur un « document administratif unique » (DAU) ;
  • les « déclarations d’échanges de biens » (DEB), utilisées pour recenser les échanges intracommunautaires entre États membres depuis la suppression des barrières douanières au sein de l’Union européenne, et donc des formalités ; ces échanges sont enregistrés depuis 1992 dans un système d’information spécifique, le système Intrastat. via la base de données Comext de référence d’Eurostat pour les statistiques détaillées du commerce international de biens.

° La mesure des échanges de biens dans les comptes nationaux repose presque exclusivement sur ces statistiques douanières. L’unité statistique est le mouvement de marchandises passant la frontière nationale. Tous les mouvements transfrontaliers sont enregistrés en douanes.

° Mais ils ne sont pas tous repris dans les statistiques du commerce extérieur. Le cas le plus courant est celui des transactions entraînant un transfert de propriété, effectif ou prévu, contre compensation financière. Il existe aussi des transactions, avec transfert de propriété mais sans paiement, des mouvements de marchandises sans transfert de propriété et des opérations destinées au travail à façon.

° On parle de travail à façon lorsqu’un producteur A sous-traite à un producteur B la fabrication d’un produit en lui fournissant les inputs nécessaires. Dans ce schéma le producteur A est propriétaire des inputs comme du bien produit d’un bout à l’autre de la chaîne de production. Le producteur B ne produit donc pas de biens, mais un service industriel.

° Lorsque les entreprises sont situées dans des pays différents, on observe des flux physiques d’intrants et de biens finis entre les pays concernés. Ces flux sont enregistrés « bruts » dans le statistiques douanières.

° Mais compte tenu du fait que les intrants comme le bien fini restent à tout moment la propriété de l’entreprise donneuse d’ordre, aucun échange de bien entre les deux pays n’est enregistré en comptabilité nationale. En revanche une importation de service industriel par le pays du donneur d’ordre, d’un montant égal à la différence de valeur entre le produit fini et les intrants, est comptabilisée. Conceptuellement, ce traitement ne modifie pas le solde total des échanges extérieurs; mais il diminue les exportations et les importations de biens industriels, et introduit une importation de service (voir page chaînes de valeur mondiales).

° Autre exemple, l’activité de négoce international de marchandises, pratiquée par des négociants ou des courtiers résidents qui achètent des biens à des non-résidents pour les revendre à d’autres non-résidents sans que les biens entrent sur le territoire national, fait l’objet d’un enregistrement net. On ne comptabilise en échanges de biens que la différence entre la valeur des ventes des négociants résidents et celle de leurs acquisitions; cette exportation de biens est, de fait, la contrepartie d’une activité commerciale exercée par le négociant résident à l’étranger. Si le négociant n’est pas résident, son activité ne relève pas de l’activité économique nationale.

 

b) Les services (hors transports)

° Les échanges de services s’apparentent aux échanges de biens, mais leur définition ne repose pas sur la notion de transfert de propriété qui perd alors son sens. Une exportation de service correspond à la fourniture, à titre onéreux, d’une prestation de service par un producteur résident à un bénéficiaire non-résident. Cette exportation fait l’objet d’un paiement adressé par le reste du monde à l’économie nationale, comparable au montant perçu par la France en contrepartie de l’exportation d’un bien. Symétriquement, une importation de service se définit comme une prestation fournie par un non-résident pour le compte d’un bénéficiaire résident. Dans le TEE, pour le « Reste du monde », une exportation (ou recette) de services est inscrite en emploi et une importation (ou dépense) de services, en ressource.

° Le lien entre la notion de territorialité et celle d’échange, qui demeure fort dans le cas des biens, est beaucoup plus souple pour les services. Certes, dans la majeure partie des situations, le prestataire d’une exportation de services réside en France en permanence et le bénéficiaire dans son pays, et vice versa pour les importations. Mais une exportation de services (conseil en informatique, services d’ingénierie, construction,..) peut aussi être produite hors des frontières nationales par un fournisseur résident en déplacement temporaire, ou au contraire achetée à un producteur résident, par un client non résident, à l’occasion d’un séjour de ce dernier en territoire français. Enfin, les échanges de services touristiques sont le fait d’acheteurs qui se déplacent, qu’il s’agisse des voyages des résidents étrangers en France – exportations de services touristiques – ou des voyages des résidents français à l’étranger – importations de services touristiques. .

° Loin d’être marginales, les exportations de services, tourisme inclus, représentaient en 2020 environ 30 % de l’ensemble des exportations de biens et de services, les importations un peu plus de 27 %. Pour les services autres que touristiques, ces parts étaient respectivement de l’ordre de 25% et 24,5 %.

° En ce qui concerne l’évaluation des échanges de services, autres que les services de transport, la principale différence de traitement entre le compte du Reste du monde et la Balance des paiements provient de l’utilisation, dans les comptes, d’une autre source pour l’estimation des échanges de services d’intermédiation financière indirectement mesurés. Mais il y a aussi des passages de nomenclature à définir; ou certains postes de la BdP ne sont pas repris dans les comptes comme la construction (du moins en France à tord ; voir page comptes bâtiment travaux publics); ou le poste « voyages » de la BdP est ventilé par produits dans certains pays (exemple Royaume-Uni). Le SEC 2010 recommande par ailleurs de classer en échanges de services certains échanges de biens, dont les montants figurent de ce fait dans les fichiers douaniers. Enfin, la Banque de France révise ses données de « crédits » et « débits » même pour un compte définitif de l’Insee. Celui-ci ne peut les prendre en compte et ne retient, ce faisant, que les évolutions de ces postes pour évaluer les exportations et importations de services.

 

 

c) Les transports

° L’évaluation des échanges de transport de fret nécessite des précautions particulières. En effet, une part importante des coûts de transport des biens importés et exportés est comprise dans la valeur des échanges de biens (voir page Correction CAF-FAB). Il convient donc de s’assurer que les différentes composantes de l’équilibre-ressources-emplois (ERE) du produit « transport » sont bien compatibles avec les mesures des échanges de biens (CAF-FAB ou FAB-FAB). En particulier, le transport d’un bien en cours d’importation ou d’exportation pouvant être assuré par un prestataire résident, il ne donne pas obligatoirement lieu à un échange de transport. Ces problèmes de cohérence sont d’autant plus complexes que deux modes de valorisation des échanges de biens coexistent dans les comptes et ils ne diffèrent, précisément, que par le contenu en coûts de transport (et assurance) de la valorisation des flux de biens. Une attention particulière doit notamment être portée au traitement de la « correction CAF-FAB » des importations de biens puisqu’elle correspond essentiellement à des frais de transport. Mais comme si tout ceci n’était pas assez compliqué, les échanges de transport ne sont pas d’un même montant dans la BdP et le Compte du Reste du Monde en partie du fait des révisions de la Banque de France pour un compte définitif de l’Insee que celui-ci ne peut prendre en compte en niveaux mais seulement en évoluions

 

1 – Cohérence entre les échanges de biens et les échanges de services au sein du TES

° Le SEC 2010 recommande explicitement de distinguer les services de transport des biens échangés selon qu’ils sont fournis par des prestataires résidents, ou produits par des prestataires non résidents, donc par une autre économie. Compte tenu du mode de valorisation CAF-FAB spontané des données douanières et des recommandations ci-dessus, les échanges de biens sont enregistrés dans les comptes de la manière suivante :

  • les biens importés sont enregistrés CAF, produit par produit, et en sortie du TES, ils sont mesurés au prix d’acquisition :
    • celui-ci comprend tous les frais de transport, y compris ceux qui ne sont pas inclus dans la valeur de l’échange CAF (correspondant au trajet entre les frontières françaises et le point d’acquisition) ;
    •  ces frais de transport seront traités différemment selon qu’ils relèvent ou non de l’activité domestique ;
    • c’est en particulier le cas du service de transport des importations de biens correspondant au trajet effectué entre les frontières, qui n’est autre que la correction CAF-FAB ;
    • toutefois, globalement, dans le tableau des ressources du TES, les importations de biens sont enregistrées FAB.
  • les biens exportés sont toujours enregistrés FAB ;
    • le transport au-delà des frontières françaises n’entre en ligne de compte que s’il est assuré par un transporteur résident ; dans le cas contraire, il ne relève pas de l’activité domestique et comme par ailleurs il n’est pas compris dans la valeur du bien, il n’intervient nulle part ;
    • le transport en France doit être traité différemment selon qu’il relève ou non de l’activité domestique.

° La mise en pratique des spécifications ci-dessus suppose de pouvoir partager le service de transport des biens échangés entre la part produite par l’économie nationale (transporteur résident ou « pavillon français ») et la part de ce service fournie par un transporteur non résident, et cela pour chaque portion du trajet, sur le territoire intérieur, en pays partenaire ou entre les frontières des pays partenaires (zone de transit), à l’importation comme à l’exportation. La faisabilité de cette segmentation se heurte clairement à un problème de source. À défaut d’une mesure objective de ce partage, l’Insee a choisi d’avoir recours à des hypothèses réalistes plutôt que de négliger cet aspect du traitement.

Lecture : Les services signalés par © sont compris dans la mesure des échanges de biens ; les zones grisées correspondent aux portions du service de transport des biens échangés qui, à l’inverse, ne sont pas comprises dans la mesure (CAF ou FAB) de la valeur des échanges de biens. Deux cas se présentent alors : soit ce service est enregistré dans les comptes (zones grisées), soit il échappe à tout traitement dans les comptes nationaux (zones foncées). Dans le premier cas, chaque situation sera étudiée individuellement. 

 

° Sans rentrer dans le détail des différents cas, exportations et importations, (voir la note de méthode https://www.insee.fr/fr/metadonnees/source/fichier/Tome_2_CRM_base_2014_20181022.pdf), le traitement des échanges de services de transport liés à l’acheminement des échanges de biens enregistrés CAF-FAB par produit, et FAB-FAB globalement, est récapitulé dans le tableau ci-dessous.

  • On comptabilise en importations de services de transport :
    • la part du service de transport des biens importés, dès lors que ces derniers sont sortis du pays exportateur (à partir du point FAB de ce pays : zone de transit et territoire français) et si l’activité de transport relève d’une autre économie, c’est-à-dire est réalisé par un transporteur non résident (cas1) ;
    • la part du service de transport des biens exportés, tant que ces biens sont français (trajet en France) et si l’activité de transport relève d’une autre économie, c’est-à-dire est réalisée par un transporteur non résident (cas 2).

° Dans les deux cas, les biens échangés sont devenus « français » mais le transporteur est étranger.

 

  • On comptabilise en exportations de services de transport :
    • la part du service de transport des biens importés, tant que ces biens sont dans le pays exportateur (avant le point FAB de ce pays : trajet en pays partenaire) et si l’activité de transport relève de l’économie nationale, c’est-à-dire est réalisée par un transporteur résident(cas 3) ;
    • la part du service de transport des biens exportés, dès lors que ces biens ne sont plus français (au-delà du point FAB français : zone de transit et pays partenaire) et si l’activité de transport relève de l’économie nationale ; c’est-à-dire est réalisée par un transporteur résident (cas 4).

° Dans les deux cas, les biens échangés sont encore « étrangers », mais le transporteur est français.

 

2 – de la Balance des paiements au compte du Reste du monde

° La BdP distingue explicitement les flux d’échanges de services relatifs à deux grands modes de transport : le transport maritime et le transport aérien, et au sein de ces deux modes, le transport des passagers et le transport de fret. Les services des «auxiliaires de transport» (manutentionnaires, etc.) sont enregistrés sur les lignes « autres » de chacune de ces rubriques. Le transport routier constitue la majeure partie de la rubrique « autres transports », laquelle comporte également le transport ferroviaire, le transport fluvial et le transport spatial.

° Les évaluations des échanges de transport de fret de la Balance des paiements, fondées sur les lignes de règlements afférentes et sur des lignes, dites de « fabisation », ne peuvent pas être reprises telles quelles dans les comptes du reste du Monde. Ce diagnostic vise notamment à identifier au mieux le contenu des lignes de « fabisation » et la signification des corrections ainsi pratiquées dans la BdP. Il est apparu que, si le bien fondé de ces corrections n’avait pas lieu d’être remis en cause, il fallait en revanche, en comptabilité nationale, les adapter au cadre comptable du TES.

° Très spécifiques à la BdP, lignes de corrections, dites de « fabisation » sont destinées à corriger les règlements de manière à ce que les échanges de transport de fret soient in fine cohérents avec les échanges de biens, enregistrés dans la BdP, comme dans les comptes, CAF-FAB par produit et FAB-FAB globalement. À chacun des principaux modes de transport de fret (maritime, aérien et autres) correspond ainsi une ligne de « fabisation ». Étant donné la part de la « fabisation » dans les flux totaux (28,0 % du montant des importations et 17,0 % du montant des exportations, en 2011), il était essentiel d’en identifier le contenu.

° Pour comprendre le mécanisme de la « fabisation », il faut savoir en premier lieu que les coûts de transport des biens échangés sont toujours facturés au donneur d’ordre, c’est-à-dire à l’importateur ; ainsi, ils sont in fine payés par un résident dans le cas des biens importés par la France et par un non-résident dans le cas des biens exportés par la France.

° Mais il faut savoir également que ces coûts, qui correspondent à une activité spécifique, ne sont pas toujours directement payés au transporteur par ce donneur d’ordre. En effet, les marchandises  importées, tout comme les marchandises exportées, peuvent être livrées « coûts, assurance, fret » (sous contrat CAF), ou « franco à bord » (sous contrat FAB) au donneur d’ordre.

  • Si elles sont livrées sous « contrat CAF », le donneur d’ordre (l’importateur, qu’il soit non résident ou résident) ne paie pas directement les frais de transport au transporteur. Ceux-ci sont réglés par l’intermédiaire de l’exportateur (résident ou non résident), lequel les reporte sur la facture, payée ensuite par le donneur d’ordre (l’importateur).
  • Si les marchandises sont livrées sous « contrat FAB », c’est au contraire le donneur d’ordre (l’importateur) qui règle directement les frais de transport au prestataire du service.
  • Ainsi, la fabisation, tant en BdP que dans les comptes nationaux, vient corriger pour imputer ou retirer des montants d’échanges extérieurs lorsque les règlements déclarés auprès de la BdP sont incohérents avec le cadre conceptuel des échanges extérieurs, et ceci se produit dans le cas d’un contrat CAF uniquement, où le donneur d’ordre n’est pas le payeur direct du transporteur.
  • A titre d’exemple, si le prestataire du service de transport et le payeur sont l’un résident, l’autre non résident, ces deux modes de paiement des frais de transport s’accompagnent de flux d’échanges de services de transport qui se trouvent enregistrés de fait dans les règlements de la BdP. À l’inverse, si le transporteur et le payeur sont tous deux résidents, ou tous deux non résidents, aucun règlement de transport n’est enregistré en Balance. On  montre que certains des règlements de services de transport ainsi enregistrés sont indésirables, et qu’à l’inverse, des flux d’échanges de services, qui doivent être comptabilisés, sont omis des règlements. Les problèmes surviennent lorsque le payeur n’est pas le donneur d’ordre (marchandises livrées sous « contrat CAF »).

 

d)  synthèse des écarts entre la BdP et le Compte du Reste du monde de l’Insee

En  2019 et 2020, les transports sont la principale cause de l’écart entre le solde extérieur de services du TES (respectivement 11,6 Md s et 2,5 Mds) et celui de la BdP (respectivement 24 Md s et 16,4 Mds) . Le solde des transports est de -4 Mds et – 2,7 Mds selon la BdP durant ces deux années quand le second est respectivement de -15,1 Mds et -12,2 Mds. Mais il existe d’autres explications (construction, montants différents pour d’autres services tels services financiers et d’information, etc..) de l’écart entre les deux soldes de services (tableau suivant) et sans tenir compte du reclassement de certains échanges de biens en échanges de services (voir ci-dessus). On a choisi ici de reprendre les rubriques de la BdP et les nomenclatures du TES. Dans certains cas (commerce et réparation et autres services), il convient de sommer ces deux rubriques de la BdP pour se rapprocher du montant du TES).

  

Solde extérieur des échanges de services dans  la Balance des Paiements et le compte  du Reste du Monde (TES Insee) en 2019 et 2020 milliards d’euros

 

 

2/ Désindustrialisation et commerce extérieur

° Depuis 2001, le solde commercial (biens et services) ne cesse de se dégrader. Il devient négatif en 2005. Pourquoi la balance commerciale française est-elle vouée à être déficitaire, un déficit qui, en somme, serait structurel?

° Les raisons seraient de deux ordres : d’une part, une désindustrialisation de plus en plus importante du pays (voir page Désindustrialisation par pays), et d’autre part la faiblesse de plusieurs des top secteurs de l’économie, c’est-à-dire les secteurs d’activité qui constituent les piliers de l’économie française : le terme de top sector est utilisé par le gouvernement des Pays-Bas pour désigner les secteurs qui jouent un rôle d’encadrement dans l’économie du pays.

° Dans tous les pays développés, on note que les produits industriels représentent toujours chaque année entre 70 % et 75 % des exportations : il y a une corrélation étroite entre la part de l’industrie (y.c. construction) dans le PIB des pays et les résultats de leur commerce extérieur (tableau suivant) :

Part de l’industrie et de la construction dans le PIB et part du solde commercial dans le PIB en %

                                    Source : Banque Mondiale

 

° Statistiquement, en faisant une corrélation chiffrée on constate que pour qu’un pays ait une balance commerciale équilibrée son industrie doit représenter 17 % du PIB (hors construction), soit 21 à 22 % du PIB si la construction est incorporée dans la définition de l’industrie. Celle-ci (hors construction) ne représente plus en France que 10 % seulement de son PIB. Il ne faut donc pas s’étonner que sa balance commerciale soit en permanence déficitaire. Et on peut prédire qu’elle  continuera à l’être tant que le niveau du secteur industriel du pays n’aura pas été remonté à environ 17 % du PIB.

°  Dans le cas de pays comme la France ou l’Allemagne, les top sectors sont au nombre de quatre, dans celui de plus petits pays, comme les Pays-Bas, ou le Danemark, ils sont au nombre de deux seulement. En Allemagne les quatre secteurs clés sont l’automobile, la chimie, la machine-outil et l’agroalimentaire.

° En France, ce sont l’automobile, l’aéronautique, l’agroalimentaire et l’industrie du luxe. Qu’un seul des ces secteurs en vienne à connaitre des difficultés, et la balance commerciale du pays s’en ressentira fortement, et immédiatement. Même si d’autre secteurs ne doivent pas être négligés.

° Dans le cas de la France, il faut donc voir comment se portent ses 4 top sectors. Deux d’entre eux sont mal en point : l’agroalimentaire et l’automobile. Celle-ci est quatre fois moins puissante que son homologue allemande. La production de véhicules décline : elle est passée de 3,5 millions de véhicules en 2000 à 2 millions en 2018. La balance commerciale de ce secteur est devenue négative. Durant la période de janvier à septembre 2020 , la France a produit 600 000 véhicules, contre 1 200 000 en 2019 pour la même période. L’Allemagne en a produit 2 400 000.

° De son coté, L’agroalimentaire a perdu plus de 20 000 emplois au cours des dix dernières années. La France a régressé dans l’export, passant du second au quatrième rang au plan mondial, battue par l’Allemagne et par les Pays-Bas. Ce sont toujours les États-Unis qui sont en tête.  Il existe beaucoup trop de très petites entreprises de moins de 10 personnes. Ce secteur a donc besoin de se restructurer complètement pour devenir beaucoup plus compétitif. En 2018, les exportations françaises se sont élevées à 44 milliards d’euros, contre 72 milliards pour l’Allemagne et 60 milliards pour les Pays-Bas. Pour la première fois, le solde des échanges dans ce domaine avec les autres pays européens est devenu négatif.

° Le troisième, l’aéronautique, tient une place importante dans les exportations et a été très dynamique ces dernières années, mais s’est trouvé considérablement affecté par la crise du coronavirus.

° Le quatrième secteur, celui de l’industrie du luxe, est un domaine d’activité solide,  dans lequel la France dispose de plusieurs entreprises leaders dans le monde. Ce secteur n’est donc pas menacé car le luxe est devenu une spécialité française. Malheureusement, il est relativement moins important dans l’économie du pays que les trois autres. Il est donc préoccupant que deux secteurs clés sur quatre soient en difficulté.

 

 

3/ Faiblesse du commerce extérieur français à surmonter ?

° On voit donc quelles sont les raisons pour lesquelles la balance commerciale de la France est en permanence déficitaire. Le pays a aujourd’hui le taux d’industrialisation le plus faible de tous les pays de l’Union européenne, Grèce mise à part, et les difficultés que rencontrent deux des quatre secteurs clés de l’économie ne laissent aucun espoir de voir la balance commerciale française se rétablir rapidement.

° La situation va-t-elle s’améliorer avec la fin de la crise du covid-19 ?

° L’industrie aéronautique devrait pouvoir reprendre sa croissance et nourrir les exportations du pays. Mais du fait de la structure du groupe Airbus, l’aéronautique est un secteur qui est fortement importateur en composants issus des autres pays européens.

° En revanche, le sort de l’industrie automobile est préoccupant du fait des bouleversements technologiques considérables qui s’opèrent à présent dans ce secteur avec le passage accéléré du tout électrique   : la Chine va très vite être un concurrent redoutable; sa production de véhicules  se monte déjà à 30 millions de voitures par an.

° Certes, le mouvement de réindustrialisation était un peu relancé entre 2017 et 2019. Permettra-t-il à la France de retrouver son industrie et de redresser son commerce extérieur? Certainement pas à court terme : la dégradation est trop forte à moins de freiner considérablement les importations comme en Italie (voir graphique ci-dessous).

 

 

 

I – L’ÉVOLUTION DU SOLDE GLOBAL

Sur longue période, tout se passe à la charnière des années 2004, 2005-2006 [1], [2], [3] (les nombres entre crochet renvoient à la bibliographie en bas de page). Le solde des échanges extérieurs, positif depuis le début des années 90 jusqu’en 2005 après avoir fortement chuté en 2004, devient négatif en 2006 (graphique suivant). Le redressement de 2011 reste limité. Le taux de couverture des échanges extérieurs est de 93,2 soit un des plus bas niveaux depuis 1949.

 

Solde des échanges extérieurs de biens et services par produits en milliards d’euros

Source : Insee, comptes nationaux – base 2014.

 

Taux de couverture (exportations / importations) des échanges extérieurs de biens et services en %       Source : Insee, comptes nationaux – base 2014.

 

1/ Nette dégradation du solde des échanges de biens et de services avec la zone euro

On constate les faits stylisés suivants en s’appuyant soit sur le sources primaire soit sur les données du Compte du reste du Monde :

 

a) Échanges commerciaux de la France

Nos 10 premiers partenaires, qui concentrent les deux-tiers de nos échanges (67%), restent majoritairement des pays européens et développés mais comprennent désormais également un grand pays émergent, la Chine. Huit des dix principaux partenaires commerciaux de la France sont européens, reflétant le poids encore dominant de cette région dans nos échanges extérieurs, dont elle représente près des deux tiers. Cette situation s’explique par différents facteurs :

  • le lien observé empiriquement dans le commerce international entre intensité des échanges d’une part et proximité géographique et taille des économies d’autre part ;
  • l’existence d’une union douanière pour l’Union européenne et les membres de l’Accord européen de libre-échange (AELE) comme la Suisse ;
  • l’existence d’une union monétaire au sein de la zone euro.

Depuis 2012, le classement a assez peu évolué avec toutefois une montée en puissance des États-Unis, une légère érosion du poids des pays européens et le retrait de la Russie du groupe des dix premiers partenaires commerciaux de la France. L’Allemagne conserve à la fois sa première position : son poids dans nos échanges n’a que très peu diminué depuis 2012 (passage de 17,2% à 16,9% en 2016). Le commerce franco-allemand distance largement les neufs autres flux bilatéraux, soit un poids plus de deux fois supérieur à celui des pays positionnés après l’Allemagne dans le classement. Le commerce avec l’Italie, les États-Unis, l’Espagne, et la Belgique reste important, compris entre 7% et 8%. Le reste des États européens et la Chine conservent des poids équivalents à ceux de 2012 dans nos échanges (5,5%).

La France ne compte plus que deux excédents en 2016, avec le Royaume-Uni, premier excédent commercial français, et la Suisse, 10ème excédent, soit deux pays européens hors zone euro.

Avec neuf des dix pays considérés, la grande majorité de nos échanges de biens portent sur les produits industriels (équipements mécaniques, produits électriques et électroniques, matériel de transports, autres produits industriels), principalement avec la Chine, l’Allemagne et les États-Unis.

Avec nos voisins européens, le secteur agricole et agroalimentaire occupe également un poids important, notamment plus d’un quart des échanges bilatéraux avec les Pays-Bas, l’Espagne, la Belgique, le Royaume-Uni et l’Italie.

 

b) solde extérieur entre la France et les différents pays

La Chine devient le premier déficit commercial de la France. Selon les données de la Balance des Paiements, les échanges commerciaux de biens et services de la France sont marqués en 2020 par un creusement important du déficit vis-à-vis de la Chine, qui passe de 17,7 milliards d’euros à 27,2 milliards. À rebours des principales économies mondiales, les exportations de la Chine ont progressé en 2020 grâce à une reprise plus précoce de l’activité industrielle, et dans un contexte de forte demande mondiale de matériel sanitaire et de produits électroniques. La Chine devient ainsi le premier déficit bilatéral de la France. Le déficit vis-à-vis de l’Allemagne en revanche se réduit, et passe de 26,5 milliards à 19,3 milliards.  Les États-Unis et le Royaume-Uni demeurent les principaux pays d’excédents commerciaux pour la France, mais ceux-ci se réduisent : de 14,5 milliards d’euros à 9,5 milliards pour le Royaume-Uni, et de 13,2 milliards à 9,4 milliards pour les États-Unis .

Ventilation géographique des échanges de biens et de services en 2020 (selon l’origine, en milliards d’euro)

                                          Source : Banque de France.

 

Ventilation géographique des soldes des biens et services en 2020 (en milliards d’euros)

Source : Banque de France.

 

 

La relation avec l’Europe reste dominante et dégradée. Les sept pays de l’Union européenne parmi nos dix principaux partenaires représentent à eux seuls près de la moitié des échanges français (50%). L’Union européenne dans son ensemble reste notre principal partenaire commercial, représentant près de 60% de nos échanges, malgré une baisse tendancielle de ce poids depuis le début des années 2000.

Ce fort positionnement du commerce extérieur français sur une zone à faible dynamisme jusqu’à récemment a pesé sur la demande adressée à la France, d’autant plus que notre commerce extérieur est peu tourné vers les économies émergentes de l’est de l’UE, à plus forte croissance de long terme.

Au total, la zone euro et l’Union européenne sont les deux seules grandes zones vers lesquelles les exportations françaises n’ont pas encore retrouvé leur niveau d’avant la crise de 2009. Le déficit avec la zone Euro est impressionnant plus élevé qu’avec la Chine :- 40,5 Mds en 2020 selon le Compte du reste du Monde et – 46 Mds selon la BdP. En fait, il devient de plus en plus négatif depuis 2005 malgré quelques rebonds (graphique suivant). Le déficit total avec l’UE est moins important mais sa courbe est assez parallèle au déficit avec les pays de la zone euro. Les deux déficits se stabilisent depuis 2013 puis s’effondrent en 2020.

Échanges extérieurs de biens et services par zone géographique : solde en milliards d’euros

 

 

2/ évolution du solde des échanges extérieurs dans les pays de l’UE

a) Le solde des échanges extérieurs en 2020

Avec le Brexit, la France devient le pays où le solde commercial (biens +services) est de loin le plus déficitaire de tous les pays de l’UE des 27 pays. En proportion du PIB, la situation est un peu moins catastrophique. Mais les 2 graphiques suivants sont suffisamment parlants.

Solde des échanges extérieurs dans l’Union européenne en 2020

Solde des échanges extérieurs dans l’Union européenne en % du PIB en 2020

 

b) L’évolution du solde des échanges extérieurs depuis 1995

Il s’agit de comparer l’évolution du solde extérieur des biens et services en % du PIB. Le  solde extérieur français en % du PIB ne cesse de dégrader depuis les années 2000. On ne trouve nulle part ailleurs en Europe une telle évolution sauf en Finlande. Même au Royaume-Uni la dégradation est moins prononcée qu’en France. En 1995, la part du solde extérieur dans le PIB est de 1,6% contre 1,2% dans l’UE des 24 pays (hors Irlande, Luxembourg et Pays-Bas – voir encadré). Au Royaume-Uni comme en Allemagne ce ratio est de 0,3%. La ratio en France est devenu négatif depuis 2005 pour atteindre -0,8% en 2009 (et même_1,9% en 2011) contre 0,9% dans l’UE   des 24 pays (+5 % en Allemagne et -1,9% au Royaume-Uni). Jusqu’à la crise de 2009, la dégradation en France et au Royaume-Uni est de même ampleur tandis que partout (sauf en Finlande, Suède et Belgique) le ratio s’améliore.

Puis de 2009 à 2019, le ratio français se redresse très légèrement autour de -1%  avec des à coups selon les années  (-1% en 2019). Mais il se redresse bien plus dans de nombreux pays comme la Belgique, l’Italie, l’Espagne, le Danemark, soit +2,9% dans l’UE des 24 pays (donc un triplement par rapport à 2009). Même au Royaume-Uni, le solde passe -1,6% en 2009 à -1,2% en 2019; il se redresse un peu mieux qu’en France (-1,2% en 2019). Et puis 2020 marque une nouvelle chute : -2% alors que le solde baisse légèrement  dans l’UE des 24 pays (2,6%) du fait de l’amélioration dans plusieurs pays : Italie, Suède, Belgique, voire Allemagne.

Ainsi, toutes les analyses plus détaillées par produits sont bienvenues mais l’évolution principale se situe ici. Le constat que l’on peut ainsi faire est que la France est un pays qui enregistre en permanence un solde négatif de sa balance commerciale et ce depuis 20 ans. Chaque année le même phénomène se produit : en 2020, il s’est agi de 65,2 milliards d’euros de déficit, alors que l’Allemagne avait un solde positif de 182 milliards d’euros, et les Pays-Bas de 68,5 milliards. Ce qui est particulièrement inquiétant, c’est que la France ne parvient pas à redresser sa balance du commerce extérieur, contrairement à ce que plusieurs autres pays européens ont été capables de faire. C’est ce que montre le tableau ci-dessous où l’on voit que des pays qui enregistraient dans les années 1995 un déficit de leur commerce extérieur sont parvenus à redresser la barre alors que la France a suivi le chemin inverse.

Solde du commerce extérieur de biens et service en % du PIB

Solde du commerce extérieur de biens et service en % du PIB

 

 

Que se passe- t-il du coté des composantes du solde ? S’agissant des exportations elles n’augmentent pas au même rythme selon les pays. Base 100 en 1995, la croissance est de 348% dans l’UE des 27 pays du fait des fortes croissances de celles des pays de l’Est de l’Europe. La croissance est un peu moindre en Allemagne, Danemark, Espagne : autour de 335%. On trouve ensuite quelques pays comme la Suède ou la Belgique : autour de +275%. Et tout en bas la Finlande et la France + 232% et un peu en dessous l’Italie : +220%. Bref  les exportations n’évoluent pas du tout au même rythme selon les pays, la France se situant dans les pays à plus faible croissance.

Mais les importations évoluent presque au même rythme quelques soient les pays : +340% en 2020 base 100 en 1995 pour l’UE mais autour de +300% pour les pays de l’Ouest de l’Europe  (sauf l’Italie: +221%). Il y a bien des différences dans ce groupe, par exemple entre l’Allemagne (+297%) et la France (+267%) soit 30 points d’écarts mais celui-ci n’a rien à voir avec l’ écart de 100 points pour les exportations. Or c’est bien le souci : Le solde extérieur français ne cesse de se dégrader par rapport à celui des autre pays de l’UE parce que ses exportations augmentent beaucoup moins vite que dans les autres alors que ses importations augmentent certes moins vite aussi mais beaucoup moins. Si la France augmentait ses importations un peu plus que l’Italie, la situation du solde serait bien meilleure.

Évolution des exportations dans l’UE base 100 en 1995 en %

Évolution des importations dans l’UE base 100 en 1995 en %

 

c) quelques explications de la dégradation en France

Les causes de la dégradation du solde français sont assez bien connues indépendamment des relations avec des pays comme la Chine. Malgré le poids grandissant des économies émergentes dans les échanges mondiaux, l’UE demeure le premier marché de destination des flux commerciaux de biens et le premier marché d’exportation pour la France (59 % des exportations françaises en 2018). Depuis 2000, les échanges de biens à l’intérieur de l’UE ont fortement augmenté (+100 % en valeur entre 2000 et 2018).

La France, comme le Royaume-Uni et l’Italie, n’a pris qu’une part modérée à ce dynamisme : ses exportations en Europe n’ont cru que de 26 % en valeur, et sa part de marché a reculé de 12 % en 2000 à 9 % en 2018. Dans le même temps, l’Allemagne et les Pays-Bas ont réussi à consolider leurs positions, tandis que certains pays d’Europe centrale ont fortement progressé, en particulier la Pologne, la République tchèque et la Hongrie.

L’analyse de la concurrence à laquelle les exportations françaises sont confrontées au sein de l’UE montre que l’Allemagne demeure notre principal compétiteur dans le commerce intra-UE. La concurrence que nous font l’Italie, la Belgique et le Royaume-Uni est en recul, tandis que celle des Pays-Bas et de l’Espagne s’intensifie. Nos exportations sont par ailleurs concurrencées par celles des pays d’Europe centrale depuis leur accession au marché unique, notamment dans le secteur automobile.

La concurrence que subit la France sur ses principaux marchés historiques se renforce, et ses marchés d’exportation se sont moins diversifiés que, par exemple, ceux de l’Allemagne. Cela résulte en partie d’un positionnement géographique plus décentré au sein de l’UE depuis l’intégration en 2004 des pays d’Europe centrale. Les pays frontaliers de la France (Allemagne, Espagne, Italie, Belgique et Royaume-Uni) représentent 70 % de ses exportations intra-UE.

La détérioration, dans les années 2000, de sa compétitivité-coût et la montée en gamme insuffisante de ses produits ont également constitué des freins aux exportations de biens de la France. La forte compétitivité-coût des pays d’Europe centrale a entraîné une recomposition des chaînes de valeur en Europe, dont certains États membres, l’Allemagne en premier lieu, ont su tirer parti pour maintenir leur assise industrielle et renforcer leurs exportations de produits finis.

En  juin 2001, S. Tchuruk, PDG d’Alcatel, déclare : « Nous souhaitons être très bientôt une entreprise sans usines. » Il donne le coup d’envoi à la cession ou à la fermeture de la majorité des 120 usines de son groupe. Alcatel s’achemine vers un groupe sans usines… et sans salariés : en 2003, les effectifs ont été réduits des deux tiers, à 58 000 personnes, et les sites des trois quarts, à 30 usines. » Il  devient le chantre du « fabless » (sans fabrication), cette stratégie consistant à se concentrer sur la conception des produits tout en déléguant leur fabrication à des sous-traitants. Un concept qui popularisait l’idée que la « valeur ajoutée » est dans la matière grise, dans les centre de R&D et dans les brevets, pas dans les usines qui peuvent tout aussi bien être externalisées en Chine ou ailleurs.

La France a ainsi perdu ses usines et ses ouvriers. Pendant longtemps, hommes politiques et « beaux esprits » ont voulu faire croire que le modèle économique idéal pour la France était d’abandonner l’industrie aux pays émergents ou de l’Est et du Sud de l’Europe et de se spécialiser dans les services et les nouvelles technologies. Mais un coût du travail et notamment un niveau des «charges» assez élevé et un environnement peu favorable aux entreprises (et une culture entrepreneuriale moins forte qu’ailleurs) ne favorisent pas non plus la réindustrialisation. On mesure aujourd’hui les ravages de cette illusion : désertification industrielle régionale, déficit extérieur et dette en croissance exponentielle.

 

 

 

 

II – NETTE DÉGRADATION DU SOLDE DES ÉCHANGES EXTÉRIEURS DE BIENS MALGRÉ UN REBOND EN 2011

 

1/ Les données de comptabilité nationale sur le commerce extérieur des biens

Pour avoir une idée plus précise du solde extérieur des biens et de l’industrie en particulier, il faut tenir compte de la correction CAF-FAB, non mentionnée jusqu’à présent. L’indicateur « Échanges FAB-FAB » traduit l’évolution globale du commerce extérieur de biens. Cet indicateur économique est établi à partir des échanges de biens, tous comptabilisés en échanges CAF/FAB. Pour calculer cet indicateur, les exportations françaises de marchandises restent comptabilisées au passage de la frontière nationale (FAB). Une correction (taux de passage CAF/FAB) doit être par contre apportée aux importations CAF pour éliminer tous les frais liés à l’acheminement des marchandises depuis la frontière du pays partenaire jusqu’à notre frontière nationale. Une symétrie est ainsi établie dans la comptabilisation des deux flux afin de ne pas biaiser le calcul du solde commercial. Au final, l’ensemble des échanges est ainsi évalué au passage de la frontière du pays exportateur : comptabilisation FAB/FAB. Mais comme si tout ceci n’était pas assez compliqué, cette correction est faite différemment dans les pays, en particulier en France, même si son principe reste celui de  comptabiliser les importations FAB (voir page Correction CAF-FAB).

Le taux de passage CAF/FAB est le résultat d’une enquête statistique menée périodiquement par la douane auprès des opérateurs. Il ne s’applique qu’à l’indicateur économique global. Toutes les autres séries statistiques par produits ou par pays sont diffusées en données CAF/FAB.

En France, l’estimation des coûts de transport et d’assurance de frontière à frontière est réalisée à partir d’une enquête CAF-FAB qui renseigne la décomposition des coûts de transport et d’assurance entre chaque frontière.  Les résultats de l’enquête conduisent à retenir un taux CAF FAB de 3,3 %. Le numérateur de ce taux correspond à la somme des coûts de transport et d’assurance de frontière à frontière des importations et le dénominateur correspond à la somme des valeurs des marchandises à la frontière française. Selon une étude du Ministère de l’économie des Fiances, les coûts de transports et d’assurance sont variables selon la nature des produits. Ils sont plus élevés pour les biens d’équipements (6,9%) que pour les produits agroalimentaires (4,8%), les biens transformés (3,4%), les matières premières (2%) ou les matériels de transport (0,6%). Ils seraient plus élevés pour les produits acheminée par voie maritime (6,1%) que pour les transports routiers (2,5%).

Nous avons estimé approximativement la correction CAF-FAB à apporter aux 3 types de biens : agricoles, énergie et produits manufacturés (industrie). Selon le projet Figaro d’Eurostat, on a appliqué un taux un peu plus élevé aux produits de l’énergie et un peu moins aux produits manufacturés (qu’on a estimé à 80% de la correction CAF-FAB).

 

a) les importations CAF ou FAB

Les soldes extérieurs FAB-FAB des biens (agriculture, énergie, industrie) et de la seule industrie deviennent déficitaires en 2004 pour le premier, en 2009 pour le second.

Sur longue période, le solde extérieur FAB-FAB des produits manufacturés s’est détérioré au cours des années 1980, devenant négatif en 1987. En amélioration à partir du début des années 1990, il est redevenu positif en 1992 avec un excédent record en 1997 (31,7 Mds d’euros). Il se dégrade fortement à partir de 2002 pour être à nouveau négatif en 2009, avant de connaître une amélioration en dent de scie depuis 2012. Il passe de +19 Mds d’euros en 2000 à – 19 Mds en 2011 et -10,8 Mds en 2019 après s’être redressé presque à l’équilibre en 2015 (-1,5 Mds). Mais sa chute est particulièrement brutale en 2020 : presque -39 Mds.

En 2019, le solde des échanges de biens, y compris énergie et agriculture, (mesuré FAB-FAB), s’améliore  : le déficit commercial se réduit de 3,3 Md€ et atteint – 34,9 Md€ . Mais il chute de nouveau en 2020 : -49 Mds. A l’exception du Royaume Uni, dont le solde est largement plus déficitaire qu’en France, on reste quand même très loin des soldes positifs des pays qui entourent la France, à commencer par l’Allemagne mais aussi l’Italie et les autres pays dont l’Espagne.

Le taux de couverture des biens en valeur baisse fortement en 2020 et atteint 90,4 %. La réduction du déficit commercial des produits de l’énergie est imputable à l’amélioration de la facture énergétique, elle-même liée à la baisse des prix de l’énergie. À l’inverse, le solde des échanges de biens manufacturés se dégrade très fortement en 2020 : le déficit ne  se creuse pas  sur le champ des hydrocarbures raffinés (- 10,5 Md€ contre -13,3 Mds en 2019) et sur celui des biens d’équipement mécaniques, matériel électrique, électronique et informatique (- 33,5 Md€ contre -33,1 Mds en 2019). Toutefois, le solde se détériore significativement (- 22,1 Md€ contre -15,1 Mds en 2019) sur le champ des « autres produits industriels ». Mais surtout le solde des échanges de matériels de transports (automobile, aéronautique, etc.) très positif  en 2019 (+ 28,8 Md€) perd 20 Mds en 2020 pour passer à 8,8 Mds. Enfin, le solde des échanges de produits agricoles est également stable.

 

 

 

La balance commerciale des biens (y compris l’agriculture) est devenue déficitaire à partir de 2004 du fait des biens intermédiaires (automobile, électronique et informatique, matériels de transport, etc.) qui tiraient jusque-là les exportations (graphique suivant). Cette évolution est due aux importations de plus en plus massives de biens intermédiaires et de consommation en provenance de l’étranger (notamment des pays à bas coûts, mais pas seulement), mais aussi de produits énergétiques dont les prix se sont littéralement envolés de 2002 à 2007.

Le déficit commercial français FAB-FAB des biens s’est ainsi établi à – 28 milliards d’euros en 2016. Celui-ci est cependant en diminution régulière par rapport aux années précédentes (- 52,6 milliards d’euros en 2012 ; et surtout – 59,5 milliards d’euros en 2011, record historique) qui ont été catastrophiques. Mais cette amélioration récente des termes de l’échange est surtout liée aux effets conjoints de la baisse du coût des hydrocarbures sur le marché mondial ainsi qu’à la dépréciation du cours de l’euro plus qu’à une évolution structurelle de l’industrie française à l’export comme le montre la dégradation du solde des produits industriels depuis 2015.

 

 

 

b) Les importations de produits industriels ont fortement augmenté depuis 2001.

Les importations de produits manufacturés augmentent plus vite que la production. De 1974 à 2020, les premiers augmentent de 5,8% contre +3,1% pour la production. De 2001 (avant le passage à l’euro) à 2020, la production manufacturière a progressé en valeur et en volume, mais beaucoup moins que les importations. En valeur, la production s’est accrue de 0,5% en moyenne par an et les importations de 2%. L’évolution de la production reste inférieure à celle des importations avant 2001 : respectivement +6% et  +8,4% par an. Production et importations ont néanmoins ralenti, sauf de 1989 à 2000 ; avec la crise de 2009, la production a même légèrement reculé en moyenne entre 2007 et 2014. Au total, la part des importations dans la production des produits manufacturés atteint 58,5 % en valeur courante en 2020, contre 23 % en 1974. C’est  de 1979 à 1989 que la progression est la plus marquée.

 

 

c) Des exportations trop peu diversifiées en moindre hausse que les importations depuis 2001

Avec la mondialisation des échanges, les exportations de produits manufacturés ont également fortement augmenté de 1974 à 2020 : + 5,8 % en valeur comme les importations. Elles ralentissent cependant au cours de chaque sous-période (sauf de 1989 à 2000 pour les volumes). Les prix, en hausse de 2,8% en moyenne de 1970 à 2014, ont décéléré, jusqu’à diminuer de 1989 à 2000. Ils se redressent ensuite légèrement. Elles progressent plus vite que les importations entre 1974 et 2001 : +9,1% par an. Mais c’est le contraire de 2001 à 2020 : +1,6%.

La croissance des exportations de produits manufacturés est favorable à la production manufacturière et compense partiellement l’impact négatif de la hausse des importations. Sur l’ensemble de la période, elle reste en moyenne légèrement en deçà de la progression des importations, en valeur comme en volume. En revanche, quelle que soit la sous-période, les prix d’exportation augmentent plus, ou sont moins en recul, que les prix d’importation. De 2007 à 2014, avec la crise, l’écart de croissance en valeur courante est très faible.

En 2020, les exportations françaises se contractent (baisse de 15,9 %, après 3,5 % de croissance en 2019), dans le contexte de la crise sanitaire Covid-19. Les importations diminuent également, mais de façon légèrement moins marquée (baisse de 13,0 %, après 2,2 % de croissance en 2019).

Cette évolution de la balance commerciale montre que la France consomme plus qu’elle ne produit; celle-ci est aussi une conséquence directe de la désindustrialisation, suite à la disparition d’entreprises françaises ou de certaines de leurs activités de production, dont les biens vendus en France ou exportés jusque-là ont pu être remplacés par des importations depuis l’étranger . Elle témoigne surtout pour les entreprises restantes de leur perte structurelle de compétitivité. Cette situation, qui révèle la faiblesse de l’industrie française et son affaiblissement graduel, n’est pas récente, mais elle s’est aggravée depuis une quinzaine d’années, au point de s’affirmer comme une évidence.

Au total, si la perte de compétitivité de l’industrie française est bien l’une des principales causes de la désindustrialisation (notamment face à la concurrence étrangère qui a fait perdre de nombreux marchés domestiques), elle explique aussi très largement sa rétrogradation à l’export, dans un contexte inédit où le nombre de pays exportateurs concurrents n’a jamais été aussi important, surtout parmi les pays émergents. Ainsi la France ne représentait plus que 3,1 % des exportations mondiales en 2014 selon le Rapport de l’OMC (ce qui la classait au 8e rang mondial à cette date), contre 4,7 % en 2000 et encore plus de 6 % dans les années 1970 et 1980. De surcroît, la part de marché de la France à l’exportation vers l’Union européenne, son premier débouché (avec 59,5 % en 2016, dont 46,4 % rien que pour la zone euro, loin devant l’Asie,12,7 %, les Amériques, 10,9 %, et 7,2 % pour l’Europe hors UE) a aussi baissé significativement, passant de 12,7 % à 10,5 % entre 2000 et 2014.

Les exportations industrielles françaises sont trop peu diversifiées, si bien qu’elles dépendent dangereusement de quelques secteurs clés comme l’aéronautique et l’agroalimentaire (respectivement premier et second postes excédentaires), qui occupent l’un et l’autre le second rang mondial dans leur domaine ; mais aussi, selon les années, le matériel militaire (avec les succès retentissants des avions rafale du groupe Dassault, ou encore les sous-marins), de transport, les produits pharmaceutiques, les parfums et cosmétiques, etc. Ce constat apparaît particulièrement probant en 2020 avec la crise du Covid 19 (voir ci dessous).

 

d) analyse par pays

Ainsi, deux grands pays en Europe restent en déficit de la seule industrie en 2016 : France et Royaume-Uni.

La France est en situation de déficit vis-à-vis de la plupart de ses partenaires européens. À l’exception notable du Royaume-Uni, pays qui a connu une désindustrialisation encore plus marquée, et de la Suisse, avec laquelle notre balance commerciale est tout juste à l’équilibre, tous nos voisins réalisent des excédents commerciaux vis-à-vis de la France dans leurs échanges de biens. L’excédent de la Belgique à l’égard de la France s’élevait à 1,6 milliards, celui de l’Espagne à 4,6 Mds celui de l’Italie à 7 Mds, et celui des Pays-Bas à 6,8 Mds. Quant à l’Allemagne, son excédent commercial vis-à-vis de la France a atteint 11,1 Mds d’euros en 2020. Ce déficit a presque doublé en deux décennies.

Le déficit commercial de biens avec la Chine se creuse à 39 milliards d’euros en 2020, lié en particulier à de fortes importations de produits informatiques, électroniques, électriques et textiles. Malgré une stabilisation de nos exportations vers la Chine, toujours portées par l’aéronautique du moins jusqu’en 2019 (qui en représente 30%) et la bonne tenue de certains secteurs (vins et spiritueux notamment), la place de ce pays dans les chaînes de production industrielles mondiales et son fort positionnement sur les produits informatiques, électroniques, électriques et mécaniques (49% de nos importations en provenance de Chine), ainsi que sur le textile habillement (22%), produits fortement recherchés par les consommateurs français, expliquent notre déficit bilatéral.

Principaux partenaires de la France à l’exportation et à l’importation en 2020

 

Même si le solde des échanges extérieurs des produits industriels s’améliore depuis 2010 grâce notamment aux matériels de transport alors qu’au Royaume Uni le solde ne cesse de cesse de se dégrader (tableaux suivants) . L’automobile, l’informatique, électronique, optique, le textile, habillement, le pétrole raffiné, les autres industries expliquent la dégradation du solde extérieur. Quelques produits dégagent un excédent en 2016 : les autres matériels de transport, la chimie – pharmacie, les IAA.

Le solde extérieur est négatif sur toute la période pour les produits informatiques, électroniques et optiques, le textile, les autres industries manufacturières et le bois papier. Il est devenu négatif en 2000 pour la métallurgie et les produits en caoutchouc, plastique et autres minéraux non métalliques. Après des phases de déficit et d’excédent, il est négatif depuis 1998 pour les autres machines et équipements et depuis 2010 pour les équipements électriques. Il reste positif sur toute la période pour les matériels de transport (hors automobile) avec 34,6 Mds en 2016, les IAA, la pharmacie et la chimie.

 

 

 

 

 

2/ Les autres données (système Intrastat) sur le commerce extérieur des biens

On dispose aussi d’une autre série de données d’Eurostat sur les échanges de biens (système Intrastat) : celui-ci est disponible dans tous les pays notamment pour les années les plus récentes (voir page chaînes de valeur mondiales). Le tableau suivant est issu de ces données. Encore une fois, ce ne sont pas celle des comptes nationaux pour les raisons évoquées ci-dessus.

 

 

Les données d’Eurostat (système Intratstat) présentent l’avantage de remonter jusqu’en 2002. Elles concernent tous les biens y compris l’agriculture et les combustibles. Elles montrent que le solde des échanges extérieurs de biens ne cesse de croître en Allemagne sauf durant la crise de 2007. Ce solde dépasse 225 milliards d’euros en 2019; les matériels de transport contribuent pour 5/6 à ce solde ! Celui de l’Italie est aussi excédentaire (53 Mds d’euros) du fait des autres articles manufacturés. Celui des Pays Bas est même supérieur à ce dernier (66 Mds). Mais une partie provient des biens re-exportés qui sont entreposés et groupés à Rotterdam, ainsi que des biens transitant en « négoce international ». Le solde de la France est fortement négatif du fait des matériels de transport et machines et équipements (-15 Mds) malgré l’aéronautique, mais surtout des autres articles manufacturés (-45 Mds). Ces soldes ne cessent de décroître de 2002 à 2011 contrairement aux soldes des autres pays.  Le solde des biens se redresse en France depuis 2011 mais pas autant que celui des comptes nationaux malgré l’amélioration du solde des combustibles. Maigre consolation, celui du Royaume Uni, encore plus négatif, baisse encore plus que celui de la France.

 

 

 

 

 

3/ L’analyse des données douanières des échanges de biens de la France

a) la situation en 2020

On peut compléter ce diagnostic par celui de la Direction générale des douanes et droits indirects (DGDDI)  [4]. Il a le métrite de mettre de nouveau en lumière les points faibles du commerce extérieur français à partir des données les plus récentes. Ces données sont légèrement différentes celles d’Eurosat.

En 2020, le déficit du solde commercial douanier (CAF‑FAB) de la France s’accroît (– 77,0 milliards d’euros après – 73,0 milliards en 2019) (graphique suivant). C’est le déficit le plus élevé depuis 2012.. La crise sanitaire a conduit à deux effets opposés qui ont conduit à limiter in fine la dégradation du déficit commercial : d’une part, la mise à l’arrêt forcé d’une partie importante de l’appareil de production industrielle a conduit à réduire fortement les importations d’hydrocarbures naturels et de produits pétroliers raffinés en valeur (la facture énergétique s’est établie à 25,3 milliards d’euros en 2020, après 44,8 milliards d’euros en 2019) ; d’autre part, l’arrêt des échanges internationaux a fortement pesé sur le déficit commercial de biens industriels (hors industrie agro‑alimentaire et produits pétroliers), qui s’est accru pour atteindre en 2020 un plus‑bas historique jamais mesuré depuis 1999 : – 54,2 milliards d’euros (contre – 31,3 milliards d’euros en 2019).

Avec la mise à l’arrêt de l’industrie manufacturière et du transport aérien en  2020, les importations d’hydrocarbures bruts ont chuté, entraînant une nette réduction du déficit commercial dans ce type de produits (– 17,6 milliards d’euros en 2020, après – 33,9 milliards en 2019)  (graphique suivant). Le secteur des produits d’informatique‑électronique est le plus déficitaire en 2020 (– 18,1 milliards d’euros) et ce déficit s’est accru par rapport à 2019. Quant aux autres échanges qui étaient déjà déficitaires en 2019, seuls ceux relatifs aux textiles‑habillement le sont davantage en 2020. A contrario, les déficits des échanges d’équipements électriques et machines industrielles, de véhicules, de produits métallurgiques ou de caoutchouc se sont légèrement réduits ou stabilisés en 2020.

Les échanges de biens déjà excédentaires  en 2019 le sont encore en 2020, mais les excédents commerciaux se sont réduits dans l’aéronautique (+ 16,3 milliards d’euros) du fait de l’effondrement des exportations. En 2019, il avait atteint son niveau le plus élevé depuis une quinzaine d’années (+ 30,9 milliards d’euros). Par ailleurs, les soldes commerciaux des autres  produits structurellement excédentaires (cosmétiques, agroalimentaire, pharmacie, chimie) restent positifs. Ils diminuent également, avec toutefois une moindre ampleur.  L’excédent agricole diminue légèrement, de 0,4 milliard.

Solde commercial douanier par produit

Principaux excédents ou déficits en 2020

 

La chute des exportations est particulièrement impressionnante dans les matériels de transports, particulièrement les produits de la construction aéronautique.

Commerce extérieur des matériels de transport entre 2000 et 2020 (source : DGDDI)

 

Pour l’essentiel, les exportations sont le fait d’un nombre très restreint d’entreprises : en 2019, les 50 premières entreprises dégageant les chiffres d’affaires à l’exportation les plus élevés concentrent à elles seules 44 % du total des exportations et les 500 premières en réalisent 72 %  (premier graphique suivant à gauche). Les firmes multinationales (FMN) réalisent 89 % du total des exportations, dont 61 % pour celles sous contrôle français (second graphique suivant). Les groupes franco‑français (41 milliards d’euros d’exportations) et les unités légales indépendantes (42 milliards) ont un poids faible face aux 677 milliards d’euros d’export des firmes multinationales (second graphique suivant à droite).

Concentration des entreprises exportatrices en 2019

 

 

Le taux d’exportation des entreprises exportatrices est plus élevé dans l’industrie (43,4 %), les transports et l’entreposage (25,3 %) et les services aux entreprises (23,8 %). Il est plus faible dans le commerce (14,6 %), mais le montant total des exportations (136 milliards d’euros) en fait le deuxième secteur exportateur. En particulier, 81 % des exportations du commerce sont portées par le commerce de gros, dont le taux d’exportation atteint 18,7 % ; en revanche, les taux d’exportation sont très faibles dans le commerce de détail (8,0 %) et le commerce et réparation d’automobiles et de motocycles (6,7 %).

En 2019, 191 500 entreprises exportent, soit 5,8 % de l’ensemble des entreprises des secteurs principalement marchands non agricoles et non financiers. Elles ont déclaré un chiffre d’affaires à l’exportation de biens et services de 760 milliards d’euros, soit 27,0 % du chiffre d’affaires total des entreprises exportatrices (tableau suivant).

Entreprises exportatrices en 2019

 

En 2019, la demande mondiale adressée à la France a ralenti  (+ 1,5 % après + 3,9 % en 2018). Néanmoins, la France a maintenu ses parts de marché dans le commerce mondial.

Dans ce contexte, les échanges français restent dynamiques malgré un ralentissement. La bonne tenue des échanges semble profiter davantage aux exportateurs relevant du secteur du commerce, avec une croissance de leurs exportations deux fois plus rapide que celle de l’ensemble des secteurs (respectivement + 6,2 % et + 3,1 % en valeur) [5]. La progression en valeur des importations relevant des opérateurs du commerce (+ 3,9 %) se maintient, alors que celle de l’ensemble des secteurs ralentit (+ 2,1 %).

En 2019, les exportations des opérateurs du secteur du commerce s’établissent à 144,4 milliards d’euros. Le dynamisme de leurs exportations est porté par les ventes de produits pharmaceutiques, de produits textiles, d’habillement, en cuir et de produits informatiques. En revanche, les exportations du commerce et de la réparation d’automobiles décélèrent fortement. Les exportations des sociétés commerciales ont progressé vers l’ensemble des zones, et tout particulièrement vers l’Union européenne (qui représente les deux tiers des débouchés des entreprises commerciales), vers l’Asie et l’Amérique.

Les importations des opérateurs du secteur du commerce s’établissent, quant à elles, à 284,9 milliards d’euros en 2019. Leur hausse par rapport à 2018 est notamment soutenue par les achats de produits pharmaceutiques, de machines industrielles et agricoles, d’équipements électriques et ménagers et de produits manufacturés divers ; en revanche, les importations des matériels de transport se contractent. Les importations de ces opérateurs augmentent en provenance de toutes les zones. Elles sont particulièrement dynamiques pour celles en provenance d’Asie et de l’Union européenne.

Ainsi, en 2019, le déficit extérieur du secteur du commerce s’établit à 140,5 milliards d’euros (tableau suivant). Le solde du commerce extérieur pour ces opérateurs s’inscrit en très légère détérioration (138,3 milliards d’euros en 2018). Cette dégradation est portée par le commerce de détail et le commerce et la réparation d’automobiles (respectivement – 1,2 milliard et – 0,8 milliard). À l’inverse, le solde du commerce de gros évolue peu (- 0,2 milliard).

De façon structurelle, l’évolution des échanges des opérateurs du commerce est majoritairement dictée par le commerce de gros, qui représente près de 90 % des ventes et 75 % des achats du secteur (graphique suivant).

 

Évolution des échanges de biens de la France et du secteur du commerce (en %)

Évolution des échanges du secteur du commerce (en Mds d’€)

 

Pour l’essentiel, les exportations sont le fait d’un nombre restreint d’entreprises : en 2017, les 50 premières entreprises en termes de chiffre d’affaires à l’exportation concentrent 43 % du total des exportations et les 500 premières en réalisent 71 % . Les firmes multinationales (FMN) réalisent 89 % du total des exportations, dont 58 % pour celles sous contrôle français (figure 5). Les groupes franco‑français (37 Mds d’euros d’exportations) et les entreprises indépendantes (41 mds) ont un poids faible face aux 641 milliards des firmes multinationales.

 

 

 

 

b) L’analyse par pays

L’analyse reprend ici une publication de la DGDDI de février 2022 avec des résultats non définitifs [6]. Elle a le mérite de présenter des graphiques depuis 2000 montrant notamment la dégradation du solde des produits industriels et de tous les biens depuis 2002. L’étude des échanges avec les différents pays apporte aussi des éléments nouveaux. En 2020, la détérioration du solde commercial correspond à une baisse des importations (- 13,0 % en 2020 après + 2,2 % en 2019) moins marquée que celle des exportations (- 15,9 % en 2020 après + 3,5 %).

Alors que le solde commercial de la France était proche de l’équilibre au début des années 2000, il est très nettement déficitaire en 2019 avec environ – 77 milliards d’euros (CAF/FAB), y compris énergie et matériel militaire) et -104,7 Mds en 2021. En 2021, le solde commercial FAB/FAB en valeur chute par rapport à 2020 : il recule de 20,0 milliards d’euros sur un an et s’établit à -84,7 milliards d’euros, un niveau record (graphique suivant). Cette aggravation du déficit en 2021 s’explique par un rebond des importations (+18,8 %, après -13,0 % en 2020) plus marqué que celui des exportations (+17,0 %, après -15,8 %).

Y compris matériel militaire, le solde CAF/FAB s’établit à -104,7 milliards d’euros en 2021, son plus bas historique, à l’instar du solde FAB/FAB. Il se détériore de 23,2 milliards d’euros par rapport à 2020. Cette baisse est toutefois inférieure à celle observée en 2011 (-24,4 milliards), qui s’expliquait alors majoritairement par un renchérissement de la facture énergétique en raison de la forte hausse du prix du pétrole.

Évolution des échanges et du solde commercial français des biens en milliards d’euros

Les entreprises industrielles situées en France sont essentielles pour nos exportations. 74 % de ces dernières (en valeur) sont réalisées par le secteur industriel, pour un montant de 468 milliards d’euros de biens manufacturés en 2019. Malgré ces résultats, l’industrie manufacturière présente à elle seule un déficit commercial de plus de 51 milliards d’euros, selon les chiffres des Douanes.

L’observation des deux composantes du solde commercial (exportations et importations) est éclairante : elle illustre l’évolution de notre économie vers un modèle de consommation et non de production. De 2001 à 2019, alors que les exportations augmentaient d’environ 55 %, les importations faisaient un bond de 76 %. Le graphique suivant illustre la divergence des trajectoires des importations et des exportations de la France. C’est le décalage entre ces deux progressions qui a plongé la France en situation de déficit commercial en constante aggravation depuis deux décennies.

 

Trajectoires des importations et des exportations de biens en France en milliards d’eurosSource : Haut‑Commissariat au Plan, d’après les données de l’outil Trade Map (International Trade Center) et de la direction générale des Douanes et Droits indirects.

 

Par produit, le recul du solde commercial CAF/FAB (hors matériel militaire et estimation des données sous le seuil) est principalement dû à celui de l’énergie qui chute (de 18,0 milliards sur un an). Le solde énergétique s’établit à -43,1 milliards d’euros, un niveau proche de sa moyenne sur la période 2000-2020. Cette diminution du solde énergétique est intégralement due aux prix, le cours du pétrole s’étant apprécié de 63,7 % par rapport à 2020. Le solde manufacturier diminue également, de 8,0 milliards, nettement moins que l’an passé (-22,2 milliards), et descend à -65,7 milliards. Dans une moindre mesure, le solde agricole diminue également (de 0,6 milliard) mais reste excédentaire et s’établit à +0,8 milliard en 2021, un niveau près de trois fois inférieur à sa moyenne de 2000-2020

Évolution des soldes CAF-FAB par grandes familles de produits en milliards d’euros

Le solde se détériorant le plus en 2021 est celui des hydrocarbures. Cette dégradation s’explique presque exclusivement par une augmentation des importations. C’est aussi le cas, dans une moindre mesure, pour la pharmacie. La détérioration des autres soldes (pétrole raffiné, métallurgie, caoutchouc, plastiques, informatique et électronique, machines, automobiles, équipements électroniques et ménagers et bois, papier) tient à une hausse des importations supérieure à celle des exportations.

L’amélioration des soldes des parfums, des autres énergies et des industries agroalimentaires s’explique par la hausse des exportations dépassant celles des importations. Les soldes de l’aéronautique et des textiles, habillement s’améliorent, portés par l’accroissement des exportations.

Variations des flux et soldes CAF-FAB par produits entre 2020 et 2021 en %

 

Par partenaire économique, mis à part avec l’Amérique, le solde CAF/FAB baisse avec toutes les autres zones. Ainsi, les échanges avec l’Union européenne s’inscrivent en forte baisse, le solde se réduisant de 10,8 milliards, tiré par la diminution du solde avec la Belgique (-6,8 milliards), les Pays-Bas (-2,0 milliards) et l’Allemagne (-1,7 milliard). Ce solde était stable en 2020.

Le solde avec l’Afrique, qui était devenu excédentaire en 2020, redevient négatif à -2,1 milliards (en baisse de 5,3 milliards), tiré par le solde avec l’Algérie qui recule de 2,1 milliards, dans le sillage de l’augmentation des prix du pétrole. Le solde commercial recule également avec l’Europe hors UE de 4,9 milliards, dont 2,7 milliards avec la Russie et 2,2 milliards avec le Royaume-Uni (tableau suivant), du fait de la hausse des approvisionnements énergétiques originaires de ces pays. Le solde avec l’Asie baisse également (de 3,6 milliards), tiré par la Corée du Sud (-1,7 milliard) et, dans une moindre mesure, par la Chine et Hong-Kong (-0,6 milliard) dont le solde continue de baisser. L’Amérique est la seule région du monde où le solde s’accroît (+1,6 milliard), notamment grâce à des ventes dynamiques de spiritueux et de produits de la mode et de la beauté (boissons, cuir et bagages, parfums et cosmétiques) vers les États-Unis.

 

Solde extérieur des biens par zone géographique en milliards d’euros

 

 

En 2021, la hausse des exportations en volume (+8,1 %) est moins importante que la hausse de la demande mondiale adressée à la France (+9,4 %), ce qui signifie que la France a perdu des parts de marché. En comparaison de 2020, l’écart entre les exportations en volume et la demande mondiale est toutefois moins élevé en raison d’un rebond des exportations françaises en volume (+8,1 %, après -15,0 %) plus important que celui de la demande mondiale (+9,4 %, après -9,1 %). La perte de parts de marché est par conséquent moins élevée en 2021 qu’en 2020

 

Évolution en volume des exportations de biens  et de la demande mondiale adressée à la France

 

– solde commercial

En 2021 (*), le solde commercial rapporté au PIB se dégrade sur un an moins sévèrement en Allemagne (-0,4 point) qu’en Italie (-0,8 point), en France (-0,8 point) et en Espagne (-1,0 point). Par rapport à la situation d’avant-crise, les soldes de l’Italie et de l’Espagne reviennent à des niveaux similaires à ceux de 2019 (respectivement à -0,2 point et +0,4 point par rapport à 2019), contrairement aux soldes de la France et de l’Allemagne qui continuent de se détériorer (respectivement à -1,3 point et -1,6 point par rapport à 2019).

Notre solde commercial (-77,9 milliards d’euros en 2019, CAF/FAB, hors matériel militaire) marque un écart très net par rapport à l’Allemagne, dont l’excédent commercial est supérieur à 200 milliards d’euros depuis 2014 (sauf en 2020,  en raison de la crise sanitaire). Mais ce décalage est de plus en plus significatif également au regard de la situation en Italie (excédentaire depuis 2012) et en Espagne (déficitaire mais dans de plus faibles proportions qu’en France et en voie d’amélioration depuis la fin des années 2000). Le Royaume-Uni quant à lui connait une dégradation bien plus importante de son solde commercial.

Solde extérieur des biens rapporté au PIB des principaux pays de l’UE en % (*)

 

– exportations

Le fait marquant est la moindre croissance des exportations françaises que dans les autres grands pays de l’UE entre 2001 et 2019. Alors que nos exportations ont augmenté de 55 % entre 2001 et 2019, nos partenaires européens ont vu les leurs augmenter de manière bien plus importante : + 76 % en Italie, + 108 % en Allemagne, + 133 % en Espagne. Ces rythmes différents expliquent la divergence des soldes commerciaux de ces pays par rapport à celui de la France.  On peut noter également que les exportations italiennes (en valeur) rattrapent les exportations françaises 27 : inférieures d’environ 16 % aux nôtres en 2001  (323 milliards d’euros pour la France contre 272 pour l’Italie), elles ne l’étaient plus que de 3 % environ en 2019 (497 milliards d’euros pour la France contre 480 pour l’Italie). En 2020, année certes particulière compte tenu de la crise, l’Italie (avec plus de 434 milliards d’euros d’exportations) a même dépassé la France (417 milliards d’euros) et est devenue le deuxième exportateur de l’UE derrière l’Allemagne.

En 2021, la croissance des exportations est dynamique pour les principaux pays de la zone euro : +20,6 % en Espagne, +18,4 % en Italie, +15,1 % en France et +13,5 % en Allemagne. Cette progression est insuffisante pour que les exportations de la France renouent avec leur valeur d’avant-crise : elles se situent 3,9 points en-dessous de leur niveau de 2019. À l’inverse, les exportations de l’Allemagne, et plus encore de l’Italie et de l’Espagne dépassent leur niveau de 2019, de 2,5 points en Allemagne, 6,9 points en Italie et 8,8 points en Espagne

Exportations des biens des principaux pays de l’UE en valeur base 100 en 2000 (*)

 

Il en résulte un recul de l’empreinte de la France dans le commerce international. Les parts de marché (à l’export) de la France au niveau mondial ont fondu de moitié, en passant de 6,3 % en 1990 à 3 % en 2019 (et même à 2,5 % sur les deuxième et troisième trimestres de l’année 2020, un chiffre dépassé par l’Italie, 2,6 % sur cette période). Les parts de marché de la France au niveau européen ont elles aussi reculé de 8,9 % à 5,1 % sur la même période, tandis que celles de l’Allemagne s’établissaient à 7,9 % en 2019 au niveau mondial  (12,1 % en 1990) et à 14,1 % au niveau européen (18,4 % en 1990).

Principaux exportateurs mondiaux de biens en % du commerce mondial (données en valeur)Source : FMI

 

On peut enfin observer que les principaux États-membres de l’UE ont légèrement accru leur débouché vers les zones tierces entre 2000 et 2020. La progression atteint 4 points pour l’Allemagne et l’Italie, 3 points pour l’Espagne et 1 point pour la France. Les exportations concernent encore majoritairement l’UE27, notamment l’Espagne qui destine 61 % de ses ventes aux États-membres (le périmètre de l’UE à 27 membres a été retenu sur l’ensemble de la période).

La part de l’Asie dans les débouchés de l’Allemagne et de la France progresse significativement (respectivement + 7 points et + 6 points) entre 2000 et 2020, contre un accroissement plus mesuré pour l’Espagne et l’Italie (respectivement + 3 points et + 2 points). En France et en Allemagne, l’Asie fait presque jeu égal avec l’Europe hors UE27, cette dernière demeurant la première zone tierce cliente de ces quatre États-membres. A l’inverse, la part de l’Amérique se réduit de 2 points dans les débouchés de ces quatre États-membres.

 

Poids des zones (hors UE) dans les exportations de biens des principaux pays de l’UE en %

 

 

4/ L’analyse fine et détaillée des chiffres du commerce extérieur

À partir des données issues de la direction générale des Douanes et Droits indirects, publiées selon sa nomenclature la plus détaillée (la nomenclature NC8 32) et relatives aux importations et aux exportations, le Haut-Commissariat au Plan a dressé pour l’ensemble des postes/produits, au nombre de 9 304, les soldes commerciaux pour les années 2019 et 2020.

 Il en ressort que sur ces 9 304 postes/produits, 6 449 en 2019 (6 426 en 2020), soit plus des deux tiers (un peu plus de 69 % pour ces deux années), sont en déficit commercial, pour un total de – 266 milliards d’euros (- 235 milliards d’euros en 2020). Ces déficits signalent une consommation intérieure non satisfaite par la production nationale.

 

a) 10 % des postes/produits représentent à eux seuls de l’ordre de 80 % des déficits

En 2019, 914 postes/produits affichent un déficit commercial de plus de50 millions d’euros, pour un total de – 217 milliards d’euros, hydrocarbures inclus. Ainsi environ 10 % du total des postes/produits représentent à eux seuls 81 % de la somme de tous les déficits (217 / 266).

Si l’on exclut les postes « hydrocarbures » en déficit de plus de 50 millions d’euros, qui sont au nombre de 30 et représentent à eux seuls 50 milliards d’euros, alors ce sont 884 postes/produits qui présentent un déficit commercial de plus de 50 millions d’euros, pour un total de – 168 milliards d’euros, soit78 % de la somme de tous les déficits hors hydrocarbures (168 / 216). En 2020, les ordres de grandeur sont analogues. 846 postes/produits sont en déficit commercial de plus de 50 millions d’euros, pour un total de – 187 milliards d’euros, hydrocarbures inclus (818 postes/produits hors hydrocarbures, pour un total de – 159 milliards d’euros).

Il en résulte que la prise en considération des seuls produits en déficit commercial de plus de 50 millions d’euros permet déjà de traiter une part très substantielle du déficit total (de l’ordre de 80 %).

 

b) Ces différents produits peuvent être répartis en huit catégories :

Produits agricoles et agroalimentaires
143 postes/produits en déficit de plus de 50 millions d’euros,  représentant au total environ 22 milliards d’euros de déficit cumulé en 2019. On y retrouve de nombreux fruits (tomates, avocats, kiwis, fraises, clémentines et mandarines…), légumes (courgettes, concombres, poivrons…) et produits transformés (ketchup, chips, biscuits et gaufrettes…)…

– Les véhicules et équipements de transport(routier, aérien, maritime…)
75 postes/produits en déficit de plus de 50 millions d’euros ,représentant au total environ 33 milliards d’euros de déficit cumulé en 2019.On y retrouve différentes cylindrées de voitures à essence ou diesel, les bateaux de plaisance ou de sport à moteur, certains types de motos ou de tracteurs agricoles et forestiers, les vélos et vélos électriques, les jeux de fils pour bougies d’allumage, les indicateurs de vitesse pour véhicules terrestres, des pneumatiques en caoutchouc…

– Les équipements et objets de la maison et du bureau et les outils domestiques
183 postes/produits en déficit de plus de 50 millions d’euros , représentant au total environ 42 milliards d’euros de déficit cumulé en 2019. On y retrouve fours et cuisinières électriques, aspirateurs, brosses à dents, certains types de tondeuses à gazon, de machines à laver le linge et de jouets pour enfants, éléments de cuisines, ordinateurs et téléphones portables..

– Les machines, outils, équipements professionnels…
101 postes/produits en déficit de plus de 50 millions d’euros , représentant au total environ13 milliards d’euros de déficit cumulé en 2019. On y retrouve machines à traire, fibres optiques, faisceaux et câblesde fibres optiques, groupes électrogènes à énergie éolienne, circuits imprimés, accumulateurs au lithium-ion, moissonneuses-batteuses…

– Les matériaux, matières premières et produits chimiques(organiques et inorganiques)
243 postes/produits en déficit de plus de 50 millions d’euros,  représentant au total environ 34 milliards d’euros de déficit cumulé en 2019. On y retrouve certains antibiotiques, des minerais de fer, du cuivre affiné, des alliages d’aluminium, différents types d’objets en plastique, certains types de bois.

– Textile, vêtements et accessoires
108 postes/produits en déficit de plus de 50 millions d’euros ,représentant au total environ17 milliards d’euros de déficit cumulé en 2019. On y retrouve T-shirts, anoraks, chaussures de sport, pulls et chandails, pantalons, chemises, casquettes, sacs et malles, bijoux fantaisie, montures de lunettes…

– Les produits pharmaceutiques et dispositifs médicaux
31 postes/produits en déficit de plus de 50 millions d’euros ,représentant au total environ 7 milliards d’euros de déficit cumulé en 2019. On y retrouve les aiguilles, cathéters, et canules, les antisérums, les stimulateurs cardiaques, des articles et appareils de prothèse dentaire, les bandes et pansements, les instruments et appareils d’anesthésie, les prothèses auditives, les pansements adhésifs, l’héparine (un anticoagulant).

– Hydrocarbures
30 postes/produits en déficit de plus de 50 millions d’euros ,représentant au total environ 50 milliards d’euros de déficit cumulé en 2019. On y retrouve les huiles brutes de pétrole ou de minéraux bitumineux, le gaz naturel, à l’état gazeux ou liquéfié, le propane liquéfié, les essences pour moteur.

 

c) Y-a -t-il moyen de reconquérir des parts de marché ?

Dans cette perspective, le rapprochement des chiffres du commerce extérieur avec les statistiques de la production est éclairant. Ces dernières données, aisément disponibles, permettent de calculer le taux d’auto-approvisionnement d’un produit , défini comme la part de la production nationale dans la consommation totale de ce produit en France. Ainsi un taux d’auto-approvisionnement substantiel, qui pourrait être de l’ordre de 25 %,peut constituer le signe d’une réelle capacité de production nationale. Cette capacité peut constituer le socle sur lequel est opéré le renforcement de notre appareil productif. Ce sont ces « petits ruisseaux » de l’industrie qu’il convient aujourd’hui de faire grossir.

 

– La France a laissé s’échapper la production des équipements de la maison, que notre pays importe massivement

La France dispose de l’une des plus grandes forêts d’Europe et son excédent commercial en bois ronds se situe autour de 200 millions d’euros. Pourtant les meubles en bois pour les chambres à coucher affichent un déficit de plus de 220 millions d’euros…

 Alors que la France possédait de nombreuses marques et groupes d’électroménagers qui ont accompagné le développement de la société de consommation des années 60 et 70, elle est désormais importatrice nette de ces équipements. Au total, notre déficit commercial sur les appareils ménagers a augmenté de près de 40 % depuis 2012, passant de 3,214 milliards à 4,464 milliards d’euros. La Chine, l’Allemagne, l’Italie, la Turquie et la Pologne pèsent respectivement pour 37 %, 9,3, %, 9,3 %, 8,1 % et 7,2 % de nos importation.

Ce solde peut être relevé, sur plusieurs  types de produits (Machines à laver le linge ou la vaisselle), que si une partie des importations provient de pays à plus bas coût qu’en France, une autre partie provient de pays aux modèles sociaux et aux coûts du travail comparables. L’industrie française n’est donc pas exclue par nature du champ des équipements ménagers et de la maison. Pour preuve, elle conserve une position exportatrice nette sur quelques objets et équipement.

 

– Dans le domaine de la santé et en particulier des dispositifs médicaux, la France est en situation de vulnérabilité préoccupant

La crise sanitaire impose désormais de travailler à la réduction des dépendances en matière de dispositifs médicaux et de médicaments, parfois les plus fondamentaux, que nous importons massivement. Dans la page Désindustrialisation par pays, on a vu toutefois que la situation française se situait dans le moyenne des autres pays d’Europe pour les produits de la pharmacie. Mais c’était en 2017.

 

– Produits agricoles et agroalimentaires : maîtriser l’ensemble de la chaîne, en amont et en aval des points forts de notre production

La France a des difficultés, en aval, à transformer sur le plan industriel l’essai agricole, c’est-à-dire à passer des produits bruts issus de l’agriculture aux produits transformés, à plus haute valeur ajoutée. La France présente ainsi à certains égards les caractéristiques d’une « économie de pays en voie de développement » : exportation de produits bruts et importation de biens et denrées transformés (un modèle déjà illustré plus haut avec l’exemple du bois et des meubles en bois).

Aux 143 postes agroalimentaires en déficit commercial de plus de 50 millions d’euros en 2019, on pourrait ajouter la dépendance stratégique de la France à l’égard de certains facteurs indispensables aux productions agricoles et au processus de transformation industrielle. Il en est ainsi des énergies fossiles,  gaz et pétrole, nécessaires au bon fonctionnement des engins agricoles, mais aussi des engrais (dont les importations s’élèvent à 1,841 milliard d’euros en 2019, pour un déficit commercial de 1,461 milliard d’euros), de certaines machines agricoles (1,33 milliard de déficit commercial au total en 2019), des robots et logiciels.

Si la France est une puissance laitière, elle est en revanche importatrice nette de machines à traire (avec un déficit de presque 60 millions d’euros en 2019),en provenance de deux pays européens : la Suède et les Pays-Bas. De même, troisième exportateur mondial de blé 78, la France est pourtant importatrice nette de moissonneuses-batteuses, avec un déficit de 182 millions d’euros en 2019. Enfin, s’agissant des tracteurs agricoles et forestiers, toutes catégories  de puissance motrice confondues, la France accuse un déficit commercial cumulé de 271 millions d’euros en 2019. Comment un pays qui aurait l’ambition de rester demain une puissance agricole peut-il être importateur  net d’autant de dispositifs matériels nécessaires à son bon fonctionnement ?

 

 

III – LES ÉCHANGES EXTÉRIEURS DE SERVICES

Les échanges de services occupent une place croissante dans le commerce extérieur français. Entre 2000 et 2019, ils ont crû de 156 % selon la BdP (graphique suivant), soit deux fois plus vite que les échanges de biens (+ 75 %) ou que le PIB (+ 64 %) [7]. Ils ont en outre engendré un excédent moyen de plus de 20 milliards d’euros par an. La nature des services échangés a également évolué : la part des services aux entreprises, intervenant en amont (recherche et développement, échanges de propriété intellectuelle) ou durant le processus de production (conseils, services informatiques), a augmenté (de 65 % à 78 %), au détriment des services aux consommateurs finaux (voyages, loisirs).

La crise sanitaire a fortement affecté les échanges de services. Les exportations françaises ont diminué de 16 % en 2020, et les importations de 14 %, conduisant à un excédent de 16 milliards d’euros,  inférieur à celui de 2019 (24 milliards).

 

1/ Les soldes des échanges extérieurs de services dans la Balance des Paiements

a) L’évolution entre 2000 et 2019

Les avancées technologiques dans le domaine de information et des télécommunications, et les efforts de libéralisation des secteurs de services dans le monde, ont fortement accru la quantité d’activités commercialisables a delà des frontières nationales. En outre, depuis la conclusion de l’Uruguay Round en 1994, le commerce de services bénéficie à l’instar  du commerce de biens d’un accord, le General Agreement on Trade in Services (GATS), visant à faciliter les échanges internationaux.

Au cours des vingt dernières années, la France a su pleinement bénéficier de cette nouvelle donne en intensifiant ses échanges de services avec le reste du monde et en s’intégrant aux chaînes de valeur mondiales. La part des flux touristiques a diminué, et les entreprises françaises sont devenues davantage importatrices et exportatrices de services aux entreprises. En outre, les échanges de services ont engendré un excédent commercial pour la France sur toute la période concernée.

Les échanges de services dépassent les 500 milliards d’euros en 2019. Ils ont engendré sur cette période un excédent commercial moyen de plus de 20 milliards par an, atteignant jusqu’à 30 milliards en 2012 et en 2013 (et 24 milliards en 2019).

Évolution comparée des échanges (exportations et importations)  de services, de biens et du PIB de la France  (prix courants, base 100 = 2000)

 

Les services de voyages, qui enregistrent les exportations et importations au titre du tourisme international, en sont un point fort, avec des excédents entre 10 et 15 milliards par an avant la crise. Leur poids tend cependant à diminuer. Alors qu’ils représentaient le tiers des échanges de services au début des années 2000 (35 % des exportations et 27 % des importations), ils n’en constituent plus que le cinquième en 2019 (21 % des exportations et 19 % des importations). En outre, alors que l’excédent des autres catégories de services a progressé régulièrement sur les vingt dernières années, celui des voyages s’est quant à lui détérioré depuis 2013de sorte qu’en 2019 l’excédent des services hors voyages (12,4 milliards)  a dépassé celui des voyages (11,6 milliards – graphique suivant).

Solde des échanges de services de la France  (en milliards d’euros)

 

Cette part croissante prise par les services autres que ceux des voyages concerne aussi les pays de l’OCDE. Ils pesaient en effet 20 % des échanges extérieurs de l’OCDE en 2019, contre seulement 15 % en 2000. En France, en 2019, ce poids est de 25 %, contre 20 % par exemple aux États-Unis, et d’environ 15 % en Allemagne, en Espagne ou en Italie. Il est plus élevé cependant au Royaume-Uni (32 %), et encore davantage en Irlande et au Luxembourg, en raison notamment de la spécialisation de ces pays dans les services financiers et les activités de services des multinationales.

À l’instar des échanges de biens, les échanges de services hors voyages de la France se font majoritairement vis à vis des pays de l’Union européenne  (UE, y compris le Royaume-Uni). Après avoir stagné,  voire diminué en ce qui concerne les exportations, la part de l’UE dans ces échanges a augmenté à partir de 2010, l’UE représentait 56 % des exportations et 66 %des importations, contre respectivement 54 % et 59 % en 2000 (graphique suivant). Néanmoins, depuis vingt ans, les échanges avec l’UE ont enregistré un déficit systématique, qui a eu tendance à se creuser pour atteindre 14 milliards d’euros en 2020, tandis qu’à l’inverse l’excédent vis à vis  de l’extérieur de l’UE a progressé jusqu’à 26 milliards d’euros.

 

Part de l’Union européenne dans les échanges et dans le solde des services hors voyages de la France

Les États-Unis, l’Allemagne et le Royaume-Uni sont les premiers partenaires de la France pour ce qui concerne les services hors voyages (graphique suivant). Les États‑Unis sont le premier client de la France (25 milliards d’euros en 2019). En particulier, ils représentent presque un cinquième des exportations françaises liées à la rémunération de la propriété intellectuelle et à la recherche et développement (R&D). Le Royaume‑Uni est quant à lui le premier partenaire de la France pour ce qui est des échanges de services financiers, à la fois pour les exportations françaises mais plus largement encore pour les importations. L’Allemagne enfin est le premier fournisseur de services hors voyages (27 milliards en 2019), totalisant presque le tiers des importations de la France au titre de la rémunération de la propriété intellectuelle et de la R&D.

Ce trio était déjà à la tête des échanges de services hors voyages en 2013. Dans le détail, des évolutions peuvent néanmoins être soulignées. Concernant les frais d’usage de la propriété intellectuelle, la part des importations venant des États‑Unis a fortement reculé, de 30 % en 2013 à 15 % en 2019, au bénéfice principalement de l’Allemagne. Dans les services de télécommunications,  d’informatique et d’information, la part des importations en provenance de l’Irlande a nettement augmenté,  passant de 10 % à 18 %, en lien avec les stratégies de localisation d’activités des multinationales. Enfin, dans les services financiers, la part du Luxembourg dans les exportations est passée de 11 % à 17 %, du fait de son rôle majeur en matière de services financiers au sein de la zone euro.

 

Principaux pays partenaires de la France pour les services hors voyages en 2019 (en milliards d’euros)

 

 

b) La baisse du tourisme international fait reculer l’excédent des services en 2020

En 2020, la pandémie de Covid 19 et les mesures sanitaires affecté les échanges internationaux de services.  Les échanges de services affichent un excédent de 16,4 milliards d’euros, en baisse de 7,6 milliards par rapport à 2019. Mais la structure des exportations de la France a permis de limiter en partie l’ampleur de leur baisse par rapport aux pays européens les plus dépendants du tourisme international.

Les services de voyages ont été durement touchés par les restrictions sanitaires décidées du fait de la Covid‑19 [8].  Avec 28,6 milliards d’euros en 2020, les recettes chutent de 50 %, tandis que les dépenses atteignent 24,3 milliards,  soit une baisse de 46 %. Le solde s’établit à 4,2 milliards,  son niveau le plus bas depuis 1989.

Les recettes et dépenses ont été principalement enregistrées au début de l’année 2020 ou à l’été 2020, le reste de l’année ayant été marqué par les différents confinements et mesures de restriction à la mobilité internationale, avec par exemple une chute des recettes de 84 % en avril 2020 par rapport à 2019. La saison estivale (juillet à septembre) à elle seule correspond ainsi à 3,7 milliards d’euros d’excédent sur les 4,2 milliards annuels.

Les voyageurs de provenance lointaine, plus présents en janvier‑février 2020 qu’en 2019, se font en revanche plus rares à l’été au profit des visiteurs européens. Sur l’année,  les recettes de ces visiteurs voisins de la France atteignent ainsi 74 % du total, contre 62 % en 2019, centrées particulièrement sur les mois de juillet et août (86 % des recettes en 2020, contre 69 % en 2019).

L’excédent des autres services se réduit de 1,5 milliard d’euros pour atteindre 14,9 milliards. Cette dégradation est notamment portée par les services d’assurance et de pension, dont le déficit s’élève à 0,8 milliard, après un excédent de 1,0 milliard, en raison d’une baisse des exportations de 1,2 milliard et d’une hausse des importations de 0,5 milliard. Les commissions pour usage de la propriété intellectuelle y contribuent  également, avec un solde en baisse de 0,9 milliard du fait
de la baisse des exportations de 1,0 milliard.

Soldes des échanges de services en milliards d’euros

                  Source : Banque de France      a) voir décomposition des autre services dans le tableau du résumé

 

 

 

2/ Les soldes des échanges extérieurs de services des comptes nationaux

a) Les soldes par pays

Pour terminer, on peut reprendre les soldes extérieurs à partir des ERE en 2016 sans corrections des asymétries (source : Eurostat). On note un écart avec le solde de la Balance des Paiements pour l’Allemagne du fait notamment du poste «voyages». Déficitaire de -21 milliards dans la BdP en 2018, il est légèrement positif dans les ERE en 2016. Les écarts sont plus faibles dans les autres pays. Par exemple, ces montants sont respectivement de 24 milliards et 20,5 milliards en France. Outre que les années ne sont pas les mêmes (2016 pour les ERE, 2018 pour la BdP), ces écarts s’expliquent surtout par des rubriques différentes : On a repris ici 2/3 de l’ERE de la PCHTR attribuable aux services (comme le montrent les données de Figaro en 2010 et du compte satellite du tourisme), le reste étant des achats de biens, alors que le poste « voyages » est comptabilisé entièrement dans les services dans la Balance des Paiements.

En se référant aux ERE, le solde positif français des services ne compense pas celui négatif des biens, ce qui n’est pas le cas de l’Espagne dont le solde est largement positif (4% du PIB). Tandis que l’Italie dégage aussi un solde positif proche de celui de l’Espagne en proportion du PIB, mais avec un solde excédentaire des biens, le solde des services étant équilibré. C’est la même situation en Allemagne mais avec un solde positif de 8% du PIB et surtout aux Pays Bas (10%); Seul, le Royaume-Uni a un solde total (biens et services) négatif plus élevé qu’en France en proportion du PIB (-7,5% pour les biens; +5,5% pour les services).

 

 

b) Les soldes des échanges extérieurs de services de la France

Les services, notamment le tourisme et dans une moindre mesure les services aux entreprises, comblent en partie le déficit des biens (hors matériels de transport) jusqu’en 2019. La situation se dégrade en 2020. Le tableau suivant ainsi que les deux graphiques justifient ces propos pessimistes où les soldes (positifs) de ces deux produits (tourisme et avions inclus ici dans la Fabrication de matériels de transport) qui permettaient de limiter le déficit extérieur, sont en chute libre en 2020 : le solde total des biens et services diminue de plus de 23 Mds d’euros par rapport à 2019. Le solde de ces deux produits diminue de 29 Mds d’euros. La correction territoriale des exportations représente les dépenses des non-résidents en France et celle des importations représente les dépenses des résidents à l’étranger.

Échanges extérieurs de biens et services par produit : solde en milliards d’euros

 

 

Dans le graphique suivant, les échanges extérieurs de services comprennent la correction CAF-FAB et la correction territoriale (voir page Chaînes de valeur mondiales). L’énergie inclut les produits de la cokéfaction.

On observe la chute du solde des échanges extérieurs de services en 2020 du fait de ce celui de la correction territoriale. De même, le solde des matériels de transport subit un repli encore plus fort bien que toujours positif. Le solde de l’énergie est moins déficitaire. Au final, le solde du commerce extérieur passe de -23,3 Mds en 2019 à -46,5 Mds en 2020. C’est un des aspects le plus marquant de la crise économique en France.

Tableau 21 solde extérieur France 1949 2020

 

 

 

 

 

IV – L’EXPANSION DU COMMERCE INTERNATIONAL DES SERVICES JUSQU’EN 2019

Les services représentent une part essentielle de l’économie mondiale, génèrent plus des deux tiers du produit intérieur brut (PIB) mondial, attirent plus des trois quarts de l’investissement direct étranger dans les économies avancées, emploient la plus grande partie des travailleurs et créent la plupart des nouveaux emplois dans le monde. Les services ont toujours fait l’objet d’échanges. Le transport international est aussi ancien que le commerce lui-même, et les services financiers et d’assurance ont suivi peu après [9].

Au fil des ans, de nouveaux services ont vu le jour dans l’économie mondiale grâce aux progrès des technologies de communication. C’est le cas par exemple des services juridiques, d’ingénierie, et d’autres services professionnels comme l’informatique et les télécommunications, pour n’en nommer que quelques-uns.

Les activités de services peuvent s’échanger soit sur le marché mondial, comme l’ingénierie ou l’informatique, soit entre filiales du même groupe localisées dans des pays différents, comme la recherche et développement ou l’administration d’entreprises.

L’accord général dur le commerce des services (AGCS) de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) apporte aux 7]7]7marchés de services la certitude conférée par un système mondial fondé sur des règles. Il définit les services comme une transaction entre un résident et un non-résident. En fonction de la présence du fournisseur et du consommateur sur le territoire au moment de la transaction, l’AGCS répartit les échanges de services en plusieurs catégories selon la manière dont ils ont été délivrés.

 

 

1/ Les échanges mondiaux de services

Les services, qui représentent déjà 50 % du revenu mondial et 70 % des emplois, deviennent aussi un élément important du commerce international. Sur la planète, la croissance du commerce des services continue à dépasser celle des échanges de biens et de marchandises. Les exportations de services, qui comptent pour presque un quart de l’ensemble des exportations (près de 30% dans l’UE et en Amérique du Nord, 28,5% en France mais 43% au Royaume Uni), jouent désormais un rôle central dans l’économie mondiale grâce, en grande partie, aux progrès de la technologie [10]. La baisse rapide du coût des télécommunications, l’expansion d’Internet dans le monde et la prolifération des services Internet à haut débit permettent de fournir des services très éloignés des prestataires. Beaucoup de services comme l’assurance ou les diagnostics médicaux n’exigeraient plus tout à fait que le prestataire soit à proximité de son client.

Avec la pandémie et les restrictions sanitaires, la diminution très forte du commerce international des services en 2020 est très brutale du fait de celle des services de transport et de la chute vertigineuse des « voyages » (voir page chaînes de valeur mondiales).

Dans le classement des pays exportateurs de services, la France maintient son rang de 4ème avec une part de marché (PDM) de 5% soit plus de 249 milliards d’euros d’exportation (en hausse de 5%) mais devant la Chine (5ème) avec 230 milliards d’exportation. La France est toujours derrière l’Allemagne, classé à la 3ème place avec plus de 290 milliards d’exportation. Les États-Unis sont toujours leaders avec presque 14% de PDM pour une valeur de 700 milliards d’euros. Le Royaume Uni vient en second (336 milliards). On note aussi le dynamisme et le niveau élevé des exportations des Pays Bas (210 milliards).

 

 

Selon les Balances des Paiements du site de l’OCDE, le solde extérieur des services est le plus élevé aux États Unis (+220 milliards d’euros en 2018) suivi par celui du Royaume Uni (+118 milliards). L’Espagne est bien placée (+62 milliards), la France venant loin derrière (+24 milliards).

 

 

Le graphique suivant analyse les différences selon les services. Les États-Unis sont très compétitifs dans 5 domaines : la réparation-maintenance, les voyages, les services financiers, les produits de propriété intellectuelle et les services aux entreprises. Le Royaume Uni dégage des soldes importants dans les services financiers et d’assurance, les services aux entreprises, voire les services numériques; l’Espagne dans les voyages. La France ne dégage un solde important que dans les voyages, mais 3 fois moins que l’Espagne, et du même ordre de grandeur que l’Italie et le Japon. Elle dégage aussi un solde net de +7 milliards dans les services aux entreprises, mais sans commune mesure avec le Royaume Uni (+37 Mds) et les États-Unis (+46 Mds).

 

 

 

 

2/ Comparaisons internationales des soldes des échanges des transactions courantes

Contrairement à l’Espagne, les services ne compensent pas le solde négatif des biens.

L’Allemagne aurait un excédent des échanges de biens (y compris énergie) de 272 milliards de dollars en 2018 contre – 62 Mds pour la France (sans tenir compte de la correction CAF-FAB). Dans une moindre mesure, les pays scandinaves, mais surtout l’Italie et les Pays-Bas, s’en tirent correctement avec des produits en excédent comme l’informatique, électronique, optique ou l’automobile. L’excédent de la Chine est encore plus élevé (395 Mds de dollars). L’avènement de l’euro en 2002 puis dans une moindre mesure l’entrée des pays de l’Europe de l’Est dans l’Union Européenne en 2004 n’ont pas profité à l’industrie française contrairement à l’Allemagne. Cette dernière a un très faible déficit du solde des services. L’excédent total des transactions courantes de l’Allemagne (291 Mds de dollars) est impressionnant, le solde des revenus étant lui même positif (52 Mds). C’est le plus grand excédent au monde du fait du déficit du solde des services en Chine. A l’inverse, le plus grand déficit est celui des États Unis (-491 Mds de dollars dont -887 Mds du fait de la seule balance des biens). Mais ce montant absolu global doit être rapporté au PIB : le ratio des États Unis est alors entre celui de la Grèce et de la France.

En pourcentage du PIB, le solde total des transactions courantes (biens, services et revenus primaires et secondaires) est en baisse en France. Il devient négatif en 2007. D’autres pays connaissent toutefois un déficit plus important en proportion du PIB : le Royaume Uni, la Grèce surtout au moment de la crise de 2007, et récemment l’Argentine. A l’inverse, le solde atteint plus de 10% du PIB aux Pays Bas, plus de 7% en Allemagne, en Slovénie et en Russie, 4% en Corée, plus de 2% en Italie, et près de 1% dans la plupart des pays de l’Europe de l’Est.

La situation financière de la France se rapprocherait presque de celle la Grèce, l’Espagne et le Portugal. Mais dans ces pays, le tourisme permet de rétablir largement le solde des transactions courantes. En revanche, ce solde est largement plus déficitaire au Royaume Uni (comme pour celui des biens).

 

 

Michel Braibant


BIBLIOGRAPHIE

[1] https://www.insee.fr/fr/statistiques/3303548?sommaire=3353488

[2] https://www.insee.fr/fr/statistiques/2381436

[3] https://www.insee.fr/fr/statistiques/4494156?sommaire=4494218

[4] https://www.insee.fr/fr/statistiques/4255753?sommaire=4256020

[5] La situation du commerce en 2020 (éd. décembre), Insee, https://www.insee.fr/fr/statistiques/4995159,

[6] https://lekiosque.finances.gouv.fr/fichiers/etudes/thematiques/A2021.pdf, voir aussi https://www.gouvernement.fr/sites/default/files/contenu/piece-jointe/2021/12/reconquete_de_lappareil_productif_-la_bataille_du_commerce_exterieur_.pdf

[7] https://publications.banque-france.fr/vingt-ans-dessor-des-echanges-de-services-de-la-france

[8] https://www.banque-france.fr/sites/default/files/media/2021/07/20/bdp2020_rapport_annuel.pdf

[9] https://www.oecd.org/fr/echanges/sujets/echanges-de-services/

[10] échanges de services, OCDE,  https://data.oecd.org/fr/trade/echanges-de-services.htm

 

Tableau entrées-sorties mondial (T.E.S.)