DÉGRADATION DU SOLDE DU COMMERCE EXTÉRIEUR DEPUIS 2004, AGGRAVÉ EN 2020

II – LES ÉCHANGES EXTÉRIEURS DE SERVICES

III – L’EXPLOSION DU COMMERCE INTERNATIONAL DES SERVICES

 

Résumé

° Les produits importés ont fortement augmenté depuis 2000. Les importations de produits manufacturés augmentent plus vite que la production. De 1970 à 2014, la production manufacturière a progressé nettement en valeur et en volume, mais beaucoup moins que les importations. En valeur, la production s’est accrue de 5,2% en moyenne par an et les importations de 8,4%. L’évolution de la production reste inférieure à celle des importations au cours de chaque sous-période. Production et importations ont néanmoins ralenti, sauf de 1989 à 2000 ; avec la crise, la production a même légèrement reculé en moyenne entre 2007 et 2014. Au total, la part des importations dans les produits manufacturés atteint 36 % en valeur courante en 2014, contre 13 %en 1970. C’est  de 1979 à 1989 que la progression est la plus marquée.

° Les prix de production évoluent plus vite que les prix d’importation, sur l’ensemble de la période comme au cours de chaque sous-période. De 1970 à 2014, en moyenne annuelle, ils ont progressé de 3,5 % contre 2,3 %pour les importations.

 

Les exportations n’ont pas progressé aussi vite.

°Avec la mondialisation des échanges, les exportations de produits manufacturés ont également fortement augmenté de 1970 à 2014 : + 8,1%en valeur et + 5,1%en volume en moyenne annuelle. Elles ralentissent cependant au cours de chaque sous-période (sauf de 1989 à 2000 pour les volumes). Les prix, en hausse de 2,8% en moyenne de 1970 à 2014, ont décéléré, jusqu’à diminuer de 1989 à 2000. Ils se redressent ensuite légèrement.

° La croissance des exportations de produits manufacturés est favorable à la production manufacturière et compense partiellement l’impact négatif de la hausse des importations. Sur l’ensemble de la période, elle reste en moyenne légèrement en deçà de la progression des importations, en valeur comme en volume. En revanche, quelle que soit la sous-période, les prix d’exportation augmentent plus, ou sont moins en recul, que les prix d’importation. De 2007 à 2014, avec la crise, l’écart de croissance en valeur courante est très faible.

° En 2020, les exportations françaises se contractent (baisse de 15,9 %, après 3,5 % de croissance en 2019), dans le contexte de la crise sanitaire Covid-19. Les importations diminuent également, mais de façon légèrement moins marquée (baisse de 13,0 %, après 2,2 % de croissance en 2019).

 

° Le solde des échanges extérieurs en 2020

° Le déficit commercial FAB/FAB des échanges de biens ‘source statistiques douanières) se détériore ainsi de 7,3 milliards d’euros et s’établit à 65,2 milliards, après 57,9 milliards en 2019. C’est le déficit le plus élevé depuis 2012.

° En 2020, le solde manufacturier se détériore de 22,3 milliards, poursuivant de façon accélérée la dégradation tendancielle observée depuis deux décennies. Cette année se caractérise par une diminution généralisée des exportations qui surpasse la baisse des achats à l’étranger, en particulier dans les secteurs aéronautique et automobile. Les importations de masques de protection pèsent nettement (5,9 milliards). Seuls les achats et les ventes de produits pharmaceutiques restent dynamiques.

° La baisse des prix du pétrole et la diminution de l’activité en lien avec les mesures restrictives globales réduisent le déficit énergétique de 19,0 milliards (25,7 milliards en 2020, après 44,8 milliards). L’excédent agricole diminue légèrement, de 0,4 milliard.

 

Sur longue période, tout se passe à la charnière des années 2004, 2005-2006 [1], [2], [3] (les nombres entre crochet renvoient à la bibliographie en bas de page). Le solde des échanges extérieurs, positif depuis le début des années 90 jusqu’en 2005 après avoir fortement chuté en 2004, devient négatif en 2006 (graphique suivant). Le redressement de 2011 reste limité.

Solde des échanges extérieurs de biens et services par produits en milliards d’euros

                                             Source : Insee, comptes nationaux – base 2014.

 

 

I – NETTE DÉGRADATION DU SOLDE EXTÉRIEUR DE BIENS MALGRÉ UN REBOND EN 2011

On dispose de deux sources pour mesurer le solde des échanges de biens : d’une part le solde du commerce extérieur des comptes nationaux, qu’on privilégie, mais dont les séries remontent seulement jusqu’en 2010. D’autre part, le solde des échanges de biens du système Intrastat dont les séries sont plus longues et disponibles pour tous les pays. On explique ci dessous les causes de l’écart entre ces deux séries.

 

1/ Les données de comptabilité nationale sur le commerce extérieur des biens

Pour avoir une idée plus précise du solde extérieur des biens et de l’industrie en particulier, il faut tenir compte de la correction CAF-FAB. L’indicateur « Échanges FAB-FAB » traduit l’évolution globale du commerce extérieur de biens. Cet indicateur économique est établi à partir des échanges de biens, tous comptabilisés en échanges CAF/FAB. Pour calculer cet indicateur, les exportations françaises de marchandises restent comptabilisées au passage de la frontière nationale (FAB). Une correction (taux de passage CAF/FAB) doit être par contre apportée aux importations CAF pour éliminer tous les frais liés à l’acheminement des marchandises depuis la frontière du pays partenaire jusqu’à notre frontière nationale. Une symétrie est ainsi établie dans la comptabilisation des deux flux afin de ne pas biaiser le calcul du solde commercial. Au final, l’ensemble des échanges est ainsi évalué au passage de la frontière du pays exportateur : comptabilisation FAB/FAB. Mais nous verrons dans la page Correction CAF-FAB que cette correction est faite différemment dans les autres pays.

Le taux de passage CAF/FAB est le résultat d’une enquête statistique menée périodiquement par la douane auprès des opérateurs. Il ne s’applique qu’à l’indicateur économique global. Toutes les autres séries statistiques par produits ou par pays sont diffusées en données CAF/FAB.

En France, l’estimation des coûts de transport et d’assurance de frontière à frontière est réalisée à partir d’une enquête CAF-FAB qui renseigne la décomposition des coûts de transport et d’assurance entre chaque frontière.  Les résultats de l’enquête conduisent à retenir un taux CAF FAB de 3,3 %. Le numérateur de ce taux correspond à la somme des coûts de transport et d’assurance de frontière à frontière des importations et le dénominateur correspond à la somme des valeurs des marchandises à la frontière française. Selon une étude du Ministère de l’économie des Fiances, les coûts de transports et d’assurance sont variables selon la nature des produits. Ils sont plus élevés pour les biens d’équipements (6,9%) que pour les produits agroalimentaires (4,8%), les biens transformés (3,4%), les matières premières (2%) ou les matériels de transport (0,6%). Ils seraient plus élevés pour les produits acheminée par voie maritime (6,1%) que pour les transports routiers (2,5%).

Nous avons estimé approximativement la correction CAF-FAB à apporter aux 3 types de biens : agricoles, énergie et biens manufacturés. Selon le projet Figaro d’Eurostat, on a appliqué un taux un peu plus élevé aux produits de l’énergie et un peu moins aux produits manufacturés.

Les soldes extérieurs FAB-FAB des biens (agriculture, énergie, industrie) et de la seule industrie deviennent déficitaires en 2004 pour le premier, en 2009 pour le second.

Sur longue période, le solde extérieur des produits manufacturés s’est détérioré au cours des années 1980, devenant négatif en 1987. En amélioration à partir du début des années 1990, il est redevenu positif en 1992 avec un excédent record en 1997 (31,7 Mds d’euros). Il se dégrade fortement à partir de 2002 pour être à nouveau négatif en 2009, avant de connaître une amélioration en dent de scie depuis 2012. Il passe de +19 Mds d’euros en 2000 à – 19 Mds en 2011 et – 10 Mds en 2019 après s’être redressé presque à l’équilibre en 2015 (-1 Mds).

En 2019, le solde des échanges de biens, y compris énergie et agriculture, (mesuré FAB-FAB), s’améliore  : le déficit commercial se réduit de 3,3 Md€ et atteint – 34,5 Md€ . A l’exception du Royaume Uni, dont le solde est largement plus déficitaire qu’en France, on reste quand même très loin des soldes positifs des pays qui entourent la France, à commencer par l’Allemagne mais aussi l’Italie et les autres pays dont l’Espagne.

Le taux de couverture  des biens en valeur augmente ainsi de 0,8 point et atteint 94,0 % en 2019. La réduction du déficit commercial est notamment imputable à l’amélioration de la facture énergétique, elle-même liée à la baisse des prix de l’énergie. Ainsi, le déficit des produits des industries extractives se réduit de 3,6 Md€ en 2019 (après une hausse de 3,3 Md€ en 2018). À l’inverse, le solde des échanges de biens manufacturés se dégrade de 0,9 Md€ en 2019 : le déficit se creuse nettement sur le champ des hydrocarbures raffinés (- 2,6 Md€) et sur celui des biens d’équipement mécaniques, matériel électrique, électronique et informatique (- 2,6 Md€). Toutefois, le solde s’améliore significativement (+ 3,4 Md€) sur le champ des « autres produits industriels », en raison notamment de l’amélioration de l’excédent sur les produits chimiques (hausse de 2,0 Md€) et pharmaceutiques (+ 1,9 Md€). Le solde des échanges de matériels de transports (automobile, aéronautique, etc.) se stabilise en 2019 (+ 0,3 Md€). Enfin, le solde des échanges de produits agricoles est également stable (+ 0,2 Md€).

 

 

La balance commerciale des biens (y compris l’agriculture) est devenue déficitaire à partir de 2004 du fait des biens intermédiaires (automobile, électronique et informatique, matériels de transport, etc.) qui tiraient jusque-là les exportations (graphique suivant). Cette évolution est due aux importations de plus en plus massives de biens intermédiaires et de consommation en provenance de l’étranger (notamment des pays à bas coûts, mais pas seulement), mais aussi de produits énergétiques dont les prix se sont littéralement envolés de 2002 à 2007. Le déficit commercial français FAB-FAB des biens s’est ainsi établi à – 24,7 milliards d’euros en 2016. Celui-ci est cependant en diminution régulière par rapport aux années précédentes (- 52,6 milliards d’euros en 2012 ; et surtout – 59,5 milliards d’euros en 2011, record historique) qui ont été catastrophiques. Mais cette amélioration récente des termes de l’échange est surtout liée aux effets conjoints de la baisse du coût des hydrocarbures sur le marché mondial ainsi qu’à la dépréciation du cours de l’euro plus qu’à une évolution structurelle de l’industrie française à l’export comme le montre la dégradation du solde des produits industriels depuis 2015.

 

 

Si cette évolution de la balance commerciale montre que la France consomme plus qu’elle ne produit, celle-ci est aussi une conséquence directe de la désindustrialisation, suite à la disparition d’entreprises françaises ou de certaines de leurs activités de production, dont les biens vendus en France ou exportés jusque-là ont pu être remplacés par des importations depuis l’étranger . Elle témoigne surtout pour les entreprises restantes de leur perte structurelle de compétitivité. Cette situation, qui révèle la faiblesse de l’industrie française et son affaiblissement graduel, n’est pas récente, mais elle s’est aggravée depuis une quinzaine d’années, au point de s’affirmer comme une évidence.

Au total, si la perte de compétitivité de l’industrie française est bien l’une des principales causes de la désindustrialisation (notamment face à la concurrence étrangère qui a fait perdre de nombreux marchés domestiques), elle explique aussi très largement sa rétrogradation à l’export, dans un contexte inédit où le nombre de pays exportateurs concurrents n’a jamais été aussi important, surtout parmi les pays émergents. Ainsi la France ne représentait plus que 3,1 % des exportations mondiales en 2014 selon le Rapport de l’OMC (ce qui la classait au 8e rang mondial à cette date), contre 4,7 % en 2000 et encore plus de 6 % dans les années 1970 et 1980. De surcroît, la part de marché de la France à l’exportation vers l’Union européenne, son premier débouché (avec 59,5 % en 2016, dont 46,4 % rien que pour la zone euro, loin devant l’Asie,12,7 %, les Amériques, 10,9 %, et 7,2 % pour l’Europe hors UE) a aussi baissé significativement, passant de 12,7 % à 10,5 % entre 2000 et 2014.

Les exportations industrielles françaises sont trop peu diversifiées, si bien qu’elles dépendent dangereusement de quelques secteurs clés comme l’aéronautique et l’agroalimentaire (respectivement premier et second postes excédentaires), qui occupent l’un et l’autre le second rang mondial dans leur domaine ; mais aussi, selon les années, le matériel militaire (avec les succès retentissants des avions rafale du groupe Dassault, ou encore les sous-marins), de transport, les produits pharmaceutiques, les parfums et cosmétiques, etc. Ce constat apparaît particulièrement probant en 2020 avec la crise du Covid 19 (voir ci dessous).

Ainsi, deux grands pays en Europe restent en déficit de la seule industrie en 2016 : France et Royaume-Uni. Même si le solde des échanges extérieurs des produits industriels s’améliore depuis 2010 grâce notamment aux matériels de transport alors qu’au Royaume Uni le solde ne cesse de cesse de se dégrader (tableaux suivants) . L’automobile, l’informatique, électronique, optique, le textile, habillement, le pétrole raffiné, les autres industries expliquent la dégradation du solde extérieur. Quelques produits dégagent un excédent en 2016 : les autres matériels de transport, la chimie – pharmacie, les IAA.

Le solde extérieur est négatif sur toute la période pour les produits informatiques, électroniques et optiques, le textile, les autres industries manufacturières et le bois papier. Il est devenu négatif en 2000 pour la métallurgie et les produits en caoutchouc, plastique et autres minéraux non métalliques. Après des phases de déficit et d’excédent, il est négatif depuis 1998 pour les autres machines et équipements et depuis 2010 pour les équipements électriques. Il reste positif sur toute la période pour les matériels de transport (hors automobile) avec 34,6 Mds en 2016, les IAA, la pharmacie et la chimie.

 

 

 

 

 

2/ Les autres données (système Intrastat) sur le commerce extérieur des biens

On dispose aussi d’une autre série de données d’Eurostat sur les échanges de biens (système Intrastat). Mais elles ne sont pas comparables à celles des comptes nationaux. Ces différences viennent du retraitement des données du commerce international vers les définitions des comptes nationaux. Les différences entre les deux sources proviennent du travail à façon sans changement de propriété mais aussi des biens réexportés et du négoce international (voir page Chaînes de valeur mondiales et TES ).

En France, la Direction générale des Douanes et des droits indirects (DGDDI) établit la balance commerciale sur la base de deux types de documents :

  • les « déclarations en douane », enregistrant les échanges avec les pays tiers hors UE sur un « document administratif unique » (DAU) ;
  • et les « déclarations d’échanges de biens » (DEB), utilisées pour recenser les échanges intracommunautaires entre États membres depuis la suppression des barrières douanières au sein de l’Union européenne, et donc des formalités ; ces échanges sont enregistrés depuis 1992 dans un système d’information spécifique, le système Intrastat. via la base de données Comext de référence d’Eurostat pour les statistiques détaillées du commerce international de biens.

La mesure des échanges de biens dans les comptes nationaux repose presque exclusivement sur ces statistiques douanières. L’unité statistique est le mouvement de marchandises passant la frontière nationale. Tous les mouvements transfrontaliers sont enregistrés en douanes. Mais ils ne sont pas tous repris dans les statistiques du commerce extérieur. Le cas le plus courant est celui des transactions entraînant un transfert de propriété, effectif ou prévu, contre compensation financière. Il existe aussi des transactions, avec transfert de propriété mais sans paiement, des mouvements de marchandises sans transfert de propriété et des opérations destinées au travail à façon. Il y a travail à façon lorsqu’une entreprise, agissant en tant que donneur d’ordre, fait confectionner un bien par une autre entreprise, dite sous-traitante, en lui fournissant les intrants nécessaires. Lorsque les entreprises sont situées dans des pays différents, on observe des flux physiques d’intrants et de biens finis entre les pays concernés.

Dans les comptes nationaux du SEC 2010, compte tenu du fait que les intrants comme le bien fini restent à tout moment la propriété de l’entreprise donneuse d’ordre, aucun échange de bien entre les deux pays n’est enregistré en comptabilité nationale. En revanche une importation de service industriel par le pays du donneur d’ordre, d’un montant égal à la différence de valeur entre le produit fini et les intrants, est comptabilisée. Conceptuellement, ce traitement ne modifie pas le solde total des échanges extérieurs; mais il diminue les exportations et les importations de biens industriels, et introduit une importation de service.

L’opérateur est la personne physique ou morale responsable de l’opération douanière et fiscale. Le déclarant est celui qui remplit la déclaration en douane. La « valeur facture » de la marchandise comprend le montant du prix d’achat des biens et, le cas échéant, le montant du travail à façon et des régularisations commerciales. En revanche, la « valeur statistique », sur laquelle sont fondés les comptes nationaux, est calculée à la frontière nationale et comprend donc une partie des frais de transport et d’assurance des biens échangés : les importations sont enregistrées CAF, les exportations FAB. C’est la valeur propre de la marchandise, dans son intégralité (y compris le coût éventuel du travail à façon).

On parle de travail à façon lorsqu’un producteur A sous-traite à un producteur B la fabrication d’un produit en lui fournissant les inputs nécessaires. Dans ce schéma le producteur A est propriétaire des inputs comme du bien produit d’un bout à l’autre de la chaîne de production. Le producteur B ne produit donc pas de biens, mais un service industriel.

Le tableau suivant est issu de ces données. Encore une fois, ce ne sont pas celle des comptes nationaux pour les raisons évoquées ci-dessus.

 

 

Les données d’Eurostat (système Intratstat) présentent l’avantage de remonter jusqu’en 2002. Elles concernent tous les biens y compris l’agriculture et les combustibles. Elles montrent que le solde des échanges extérieurs de biens ne cesse de croître en Allemagne sauf durant la crise de 2007. Ce solde dépasse 225 milliards d’euros en 2019; les matériels de transport contribuent pour 5/6 à ce solde ! Celui de l’Italie est aussi excédentaire (53 Mds d’euros) du fait des autres articles manufacturés. Celui des Pays Bas est même supérieur à ce dernier (66 Mds). Mais une partie provient des biens re-exportés qui sont entreposés et groupés à Rotterdam, ainsi que des biens transitant en « négoce international ». Le solde de la France est fortement négatif du fait des matériels de transport et machines et équipements (-15 Mds) malgré l’aéronautique, mais surtout des autres articles manufacturés (-45 Mds). Ces soldes ne cessent de décroître de 2002 à 2011 contrairement aux soldes des autres pays.  Le solde des biens se redresse en France depuis 2011 mais pas autant que celui des comptes nationaux malgré l’amélioration du solde des combustibles. Maigre consolation, celui du Royaume Uni, encore plus négatif, baisse encore plus que celui de la France.

 

 

 

 

 

3/ L’analyse des données douanières des échanges de biens de la France

a) la situation avant la crise du Covid 19.

On peut compléter ce diagnostic par celui de la Direction générale des douanes et droits indirects (DGDDI) [4]. Il a le métrite de mettre de nouveau en lumière les points faibles du commerce extérieur français à partir des données les plus récentes. Ces données sont légèrement différentes celles d’Eurosat. LA DGDDI a intégré une révision exceptionnelle des données relatives aux importations des produits aéronautiques de janvier 2014 à avril 2018 dans la publication du chiffre du commerce extérieur de décembre 2018. Ces rectifications concernent essentiellement les importations en matière aéronautique en provenance du Royaume‑Uni, qui sont révisées à la baisse. Cela conduit mécaniquement à une correction à la hausse du solde commercial de la France.

En 2018, le déficit du solde commercial douanier (CAF‑FAB) de la France se creuse de nouveau (– 72,9 milliards d’euros après – 71,8 milliards en 2017 et – 57,8 mds en 2016). Les achats d’hydrocarbures naturels et de produits pétroliers raffinés augmentent en valeur, contribuant à la hausse de la facture énergétique qui augmente de 6,4 mds, après une augmentation de 7,6 mds en 2017.

En 2018, le déficit des échanges des hydrocarbures bruts et de l’industrie extractive s’élève à – 38,3 milliards d’euros, après un déficit moins marqué en 2017 (– 33,3 mds après – 26,2 mds en 2016). Les échanges de produits de l’informatique‑ électronique, des équipements électriques et machines industrielles et de l’habillement‑cuir‑textile  sont également déficitaires, mais dans une moindre ampleur.

En revanche, l’aéronautique est nettement excédentaire : + 27,1 mds d’euros en 2018, un niveau atteint pour la première fois au cours des dix dernières années. L’excédent dans les échanges de parfums et de cosmétiques atteint 11,3 mds (+ 7,6 % par rapport à 2017) : les exportations progressent (+ 1,0 md) alors que les importations sont quasi stables (+ 0,2 md). Les échanges agroalimentaires sont toujours excédentaires (+ 6,8 mds après + 5,5 mds en 2017). En effet, l’excédent des échanges de produits des industries agroalimentaires est stable tandis que les autres échanges agroalimentaires sont désormais eux aussi excédentaires, notamment en raison de la hausse des exportations des produits de la culture et de l’élevage (+ 1,0 md).

Le taux d’exportation est plus élevé dans l’industrie (42,7 %) et les transports et l’entreposage (26,8 %). Il est plus faible dans le commerce (14,7 %), mais le montant total des exportations (126 milliards) en fait le deuxième secteur exportateur. En particulier, 81 % des exportations du commerce sont portées par le commerce de gros, dont le taux d’exportation atteint 19,7 % ; en revanche, les taux d’exportation sont très faibles dans le commerce de détail (7,4 %) et le commerce et réparation d’automobiles et de motocycles (6,4 %).

En 2017, 197 000 entreprises exportent, soit 8,6 % de l’ensemble des entreprises des secteurs principalement marchands hors agriculture et services financiers. Elles ont déclaré un chiffre d’affaires à l’exportation de biens et services de 719 milliards d’euros, représentant 27,2 % du chiffre d’affaires total des entreprises exportatrices (tableau suivant).

En 2019, la demande mondiale adressée à la France a ralenti  (+ 1,5 % après + 3,9 % en 2018). Néanmoins, la France a maintenu ses parts de marché dans le commerce mondial.

Dans ce contexte, les échanges français restent dynamiques malgré un ralentissement. La bonne tenue des échanges semble profiter davantage aux exportateurs relevant du secteur du commerce, avec une croissance de leurs exportations deux fois plus rapide que celle de l’ensemble des secteurs (respectivement + 6,2 % et + 3,1 % en valeur) [5]. La progression en valeur des importations relevant des opérateurs du commerce (+ 3,9 %) se maintient, alors que celle de l’ensemble des secteurs ralentit (+ 2,1 %).

En 2019, les exportations des opérateurs du secteur du commerce s’établissent à 144,4 milliards d’euros. Le dynamisme de leurs exportations est porté par les ventes de produits pharmaceutiques, de produits textiles, d’habillement, en cuir et de produits informatiques. En revanche, les exportations du commerce et de la réparation d’automobiles décélèrent fortement. Les exportations des sociétés commerciales ont progressé vers l’ensemble des zones, et tout particulièrement vers l’Union européenne (qui représente les deux tiers des débouchés des entreprises commerciales), vers l’Asie et l’Amérique.

Les importations des opérateurs du secteur du commerce s’établissent, quant à elles, à 284,9 milliards d’euros en 2019. Leur hausse par rapport à 2018 est notamment soutenue par les achats de produits pharmaceutiques, de machines industrielles et agricoles, d’équipements électriques et ménagers et de produits manufacturés divers ; en revanche, les importations des matériels de transport se contractent. Les importations de ces opérateurs augmentent en provenance de toutes les zones. Elles sont particulièrement dynamiques pour celles en provenance d’Asie et de l’Union européenne.

Ainsi, en 2019, le déficit extérieur du secteur du commerce s’établit à 140,5 milliards d’euros (tableau suivant). Le solde du commerce extérieur pour ces opérateurs s’inscrit en très légère détérioration (138,3 milliards d’euros en 2018). Cette dégradation est portée par le commerce de détail et le commerce et la réparation d’automobiles (respectivement – 1,2 milliard et – 0,8 milliard). À l’inverse, le solde du commerce de gros évolue peu (- 0,2 milliard).

De façon structurelle, l’évolution des échanges des opérateurs du commerce est majoritairement dictée par le commerce de gros, qui représente près de 90 % des ventes et 75 % des achats du secteur (graphique suivant).

 

Évolution des échanges de biens de la France et du secteur du commerce (en %)

Évolution des échanges du secteur du commerce (en Mds d’€)

 

Pour l’essentiel, les exportations sont le fait d’un nombre restreint d’entreprises : en 2017, les 50 premières entreprises en termes de chiffre d’affaires à l’exportation concentrent 43 % du total des exportations et les 500 premières en réalisent 71 % . Les firmes multinationales (FMN) réalisent 89 % du total des exportations, dont 58 % pour celles sous contrôle français (figure 5). Les groupes franco‑français (37 mds d’euros d’exportations) et les entreprises indépendantes (41 mds) ont un poids faible face aux 641 milliards des firmes multinationales.

 

 

 

b) L’année 2020

En 2020, le solde commercial FAB/FAB de la France se détériore, après une amélioration en 2019, année où il avait retrouvé un niveau proche du solde moyen des 10 dernières années (2010-2019) [6]. Le solde s’établit à – 65,2 milliards d’euros après – 57,9 milliards en 2019 (graphique suivant). Cette évolution correspond à une baisse des importations (- 13,0 % en 2020 après + 2,2 % en 2019) moins marquée que celle des exportations (- 15,9 % en 2020 après + 3,5 %).

Évolution des échanges et du solde commercial français en milliards d’euros

Y compris matériel militaire et estimation des données sous le seuil, le solde commercial CAF/FAB s’établit à – 82,0 milliards d’euros en 2020, un peu en-dessous de 2018. Il se détériore de 4,7 milliards d’euros par rapport à 2019, mais demeure au-dessus du solde commercial CAF/FAB de 2011 (- 91,7 milliards) et de 2012 (- 84,7 milliards).

Notamment, le solde manufacturier (hors matériel militaire et estimation des données sous le seuil) est en nette baisse (- 22,3 milliards par rapport à l’année précédente). Il s’établit à – 57,5 milliards d’euros, dépassant ainsi le plus bas niveau atteint en 2018 suite à la forte dégradation entre 2014 et 2017 (données CAF/FAB, graphique suivant). Dans une moindre mesure, l’excédent agricole diminue légèrement (de 0,4 milliard) et s’établit à 1,4 milliard en 2020, loin du record de 2011 (4,8 milliards).

De son côté, le déficit énergétique se réduit fortement, passant de 44,8 milliards en 2019 à 25,7 milliards en 2020 (soit une amélioration de 19,0 milliards). Cela s’explique par le repli des cours du pétrole et dans une moindre mesure par le recul des quantités.

Évolution des soldes par grandes familles de produits en milliards d’euros

L’ensemble de ces détériorations est porté par les échanges avec les pays tiers : le déficit se creuse avec l’Asie de 9,6 milliards par rapport à 2019, dont 6,6 milliards avec la Chine (tableau suivant) et l’excédent avec l’Amérique se réduit de 5,4 milliards par rapport à 2019. En revanche, le solde s’améliore avec les autres zones des pays tiers, notamment avec l’Europe hors UE. La réduction de l’excédent avec le Royaume-Uni est tirée par la détérioration du solde des articles de de bijouterie et de joaillerie et de celui des véhicules de transport. Le déficit avec l’UE est stable, à environ 45 milliards.

 

Solde par zone géographique en milliards d’euros

 

En 2020, la France perd des parts de marché. La baisse des exportations de biens en volume (- 15,4 %) est plus importante que la baisse de la demande mondiale adressée à la France (- 11,0 %), ce qui signifie que la France a perdu des parts de marché en 2020. La France n’a donc pas tiré profit de la crise comme en 2008 pour reconquérir une partie des parts de marché qu’elle perd tendanciellement sur le long terme.

 

Évolution en volume des exportations et de la demande mondiale adressée à la France

En 2020, le solde commercial rapporté au PIB se dégraderait légèrement pour l’Allemagne et la France (graphique suivant). Le déficit commercial français passerait de 3,1 % du PIB en 2019 à 3,6 % en 2020, tandis que l’excédent commercial de l’Allemagne reculerait de 1,2 point, passant de 6,7 % du PIB à 5,5 % en 2020. A l’inverse, les soldes commerciaux rapportés au PIB de l’Espagne et de l’Italie s’amélioreraient. Le déficit commercial de l’Espagne se réduirait de 1,4 point, à 1,3 % du PIB en 2020,

En 2020, la diminution des exportations allemandes, espagnoles et italiennes est quasi identique, respectivement – 9,9 %, – 10,0 % et – 10,3 % par rapport à 2019. La France enregistre en revanche une baisse plus marquée de ses exportations, ces dernières reculant de 16,6 % avec une baisse particulièrement forte des exportations de produits de la construction aéronautique et spatiale dont le solde extérieur courant était largement excédentaire jusqu’en 2019. L’année 2020 met donc fin en France comme chez nos partenaires européens à la hausse ininterrompue des exportations depuis 2013.

 

Solde rapporté au PIB des principaux pays de l’UE en % (*)

Exportations des principaux pays de l’UE en valeur base 100 en 2000 (*)

 

On peut aussi observer que les principaux États-membres de l’UE ont légèrement accru leur débouché vers les zones tierces entre 2000 et 2020. La progression atteint 4 points pour l’Allemagne et l’Italie, 3 points pour l’Espagne et 1 point pour la France. Les exportations concernent encore majoritairement l’UE27, notamment l’Espagne qui destine 61 % de ses ventes aux États-membres (le périmètre de l’UE à 27 membres a été retenu sur l’ensemble de la période).

La part de l’Asie dans les débouchés de l’Allemagne et de la France progresse significativement (respectivement + 7 points et + 6 points) entre 2000 et 2020, contre un accroissement plus mesuré pour l’Espagne et l’Italie (respectivement + 3 points et + 2 points). En France et en Allemagne, l’Asie fait presque jeu égal avec l’Europe hors UE27, cette dernière demeurant la première zone tierce cliente de ces quatre États-membres. A l’inverse, la part de l’Amérique se réduit de 2 points dans les débouchés de ces quatre États-membres.

 

Poids des zones (hors UE) dans les exportations des principaux pays de l’UE en %

 

 

 

 

4/ Nette dégradation avec la zone euro

On constate les faits stylisés suivants :

Nos 10 premiers partenaires, qui concentrent les deux-tiers de nos échanges (67%), restent majoritairement des pays européens et développés mais comprennent désormais également un grand pays émergent, la Chine. Huit des dix principaux partenaires commerciaux de la France sont européens, reflétant le poids encore dominant de cette région dans nos échanges extérieurs, dont elle représente près des deux tiers. Cette situation s’explique par différents facteurs :

  • le lien observé empiriquement dans le commerce international entre intensité des échanges d’une part et proximité géographique et taille des économies d’autre part ;
  • l’existence d’une union douanière pour l’Union européenne et les membres de l’Accord européen de libre-échange (AELE) comme la Suisse ;
  • l’existence d’une union monétaire au sein de la zone euro.

Depuis 2012, le classement a assez peu évolué avec toutefois une montée en puissance des Etats-Unis, une légère érosion du poids des pays européens et le retrait de la Russie du groupe des dix premiers partenaires commerciaux de la France. L’Allemagne conserve à la fois sa première position : son poids dans nos échanges n’a que très peu diminué depuis 2012 (passage de 17,2% à 16,9% en 2016). Le commerce franco-allemand distance largement les neufs autres flux bilatéraux, soit un poids plus de deux fois supérieur à celui des pays positionnés après l’Allemagne dans le classement. Le commerce avec l’Italie, les États-Unis, l’Espagne, et la Belgique reste important, compris entre 7% et 8%. Le reste des États européens et la Chine conservent des poids équivalents à ceux de 2012 dans nos échanges (5,5%).

La France ne compte plus que deux excédents en 2016, avec le Royaume-Uni, premier excédent commercial français, et la Suisse, 10ème excédent, soit deux pays européens hors zone euro.

Avec neuf des dix pays considérés, la grande majorité de nos échanges de biens portent sur les produits industriels (équipements mécaniques, produits électriques et électroniques, matériel de transports, autres produits industriels), principalement avec la Chine, l’Allemagne et les États-Unis.

Avec nos voisins européens, le secteur agricole et agroalimentaire occupe également un poids important, notamment plus d’un quart des échanges bilatéraux avec les Pays-Bas, l’Espagne, la Belgique, le Royaume-Uni et l’Italie.

 

La relation avec l’Europe reste dominante et dégradée.

Les sept pays de l’Union européenne parmi nos dix principaux partenaires représentent à eux seuls près de la moitié des échanges français (50%). L’Union européenne dans son ensemble reste notre principal partenaire commercial, représentant près de 60% de nos échanges, malgré une baisse tendancielle de ce poids depuis le début des années 2000.

Ce fort positionnement du commerce extérieur français sur une zone à faible dynamisme jusqu’à récemment a pesé sur la demande adressée à la France, d’autant plus que notre commerce extérieur est peu tourné vers les économies émergentes de l’est de l’UE, à plus forte croissance de long terme.

Au total, la zone euro et l’Union européenne sont les deux seules grandes zones vers lesquelles les exportations françaises n’ont pas encore retrouvé leur niveau d’avant-crise. Le déficit avec la zone Euro est  impressionnant tout aussi élevé qu’avec la Chine : -30 Mds en 2016, puis – 36,5 Mds en 2019. En fait, il s’effondre depuis 2005 malgré quelques rebonds (graphique suivant). Le déficit total avec l’UE est moins important mais sa courbe est assez parallèle au déficit avec les pays de la zone euro en sachant quand même que le déficit avec les pays de l’UE hors zone euro  s’améliore un peu tout en étant positif. Les deux déficits se redressent un peu depuis 2013.

Le déficit commercial avec la Chine se creuse à 30 milliards d’euros en 2016, lié en particulier à de fortes importations de produits informatiques, électroniques, électriques et textiles. Malgré une stabilisation de nos exportations vers la Chine, toujours portées par l’aéronautique (qui en représente 30%) et la bonne tenue de certains secteurs (vins et spiritueux notamment), la place de ce pays dans les chaînes de production industrielles mondiales et son fort positionnement sur les produits informatiques, électroniques, électriques et mécaniques (49% de nos importations en provenance de Chine), ainsi que sur le textile habillement (22%), produits fortement recherchés par les consommateurs français, portent notre déficit bilatéral.

 

 

 

 

 

 

II – LES ÉCHANGES EXTÉRIEURS DE SERVICES

1/ Les données de la Banque de France

La collecte et le traitement de l’information relative aux échanges de services sont assurés par la Banque de France; elles  demandent plus de temps que pour les échanges de biens.

En 2019, les échanges de services ont légèrement progressé, mais leur excédent est en repli par rapport à 2018, en raison d’une progression des importations (+1,4 % à 228,7 Md€) plus rapide que celle des exportations (+0,4 % à 250,5 Md€). Selon les dernières estimations disponibles, ce solde devrait toutefois demeurer largement excédentaire à 21,8 Md€ (après 23,8 Md€ en 2018). L’excédent dégagé par les services devrait atteindre 21,8 Md€ en 2019, en baisse de 2,0 Md€ par rapport à 2018, après trois années consécutives de hausse. On retrouve cettet baisse de l’ordre de 2 Mds dans le tableau de l’Insee (-3,6 Mds par rapport à 2018 pour le tourisme mais +1 Mds pour les autre services).

Cette dégradation devrait principalement être le fait des services d’assurance et de pension (-5,2 Md€ pour un déficit de 5,8 Md€). L’excédent des voyages diminuerait de 2,2 Md€ à 12,7 Md€ (après 14,9 Md€) tandis que celui des services de fabrication deviendrait quasi nul, en recul de 1,3 Md€. A l’inverse, le solde des services financiers s’accroitrait de 4,0 Md€, le déficit des services de transport diminuerait de 2,0 Md€ et l’excédent des « autres services aux entreprises » 8 progresserait de 1,2 Md€ à 8,5 Md€

  • Le déficit des transports et l’excédent des voyages diminuent dans des proportions similaires: L’excédent des voyages recule à 12,7 Md€ et atteint son niveau le plus bas en valeur depuis 2003. Les recettes de voyages (qui correspondent aux dépenses des étrangers en France) continuent toutefois d’augmenter (+4,4 % à 57,9 Md€) pour la troisième année consécutive, et atteignent leur plus haut niveau historique en valeur. Néanmoins les dépenses de voyages (dépenses des Français à l’étranger) sont particulièrement dynamiques, en hausse de 11,5 % par rapport à 2018, et atteignent à 45,2 Md€ un niveau record, venant grever l’excédent des voyages. Ces données sont cohérentes avec celles de l’Organisation mondiale du tourisme, qui signalait déjà une forte hausse du nombre de touristes français dans le monde (la plus forte parmi les dix premiers marchés sources) pour les trois premiers trimestres de l’année9 . Le solde des services de transport s’améliore en 2019 à -2,6 Md€ après -4,6 Md€ en 2018, son meilleur niveau depuis 2012, principalement sous l’effet d’une augmentation des recettes (+4,3 % à 42,3 Md€), tandis que les dépenses sont en léger recul (-0,5 % à 49,9 Md€).
  • L’excédent des services financiers s’accroit nettement tandis que le déficit des services d’assurance explose.  L’évolution des soldes des autres secteurs de services est contrastée : d’une part les services d’assurance et de pension voient leur solde reculer de 5,2 Md€ à -5,8 Md€, son plus bas niveau historique en valeur, contribuant sensiblement à la détérioration du solde global des services. Cela s’explique notamment par une forte diminution des recettes, divisées par plus de deux en un an (-61,7 % à 3,0 Md€). D’autre part le solde des services financiers s’améliore de 4,0 Md€ pour atteindre le niveau record de 7,5 Md€ en 2018, grâce à des exportations très dynamiques (+36,3 % à 13,6 Md€).
  • Le solde des « autres services aux entreprises » poursuit son amélioration et atteint un niveau record à 8,5 Md€. Cette évolution est principalement due aux services professionnels et de conseil en gestion (dont le solde des services de recherche et développement et de services techniques, liés au commerce et autres sont stables.
  • Le secteur des services de bâtiment et travaux publics, dont l’excédent atteint 2,1 Md€ (après 1,1 Md€) progresse également en 2019, grâce à une baisse des dépenses (-21,1 % à 1,5 Md€) et une hausse des recettes (+18,5 % à 3,6 Md€).

    A l’inverse, le solde des services de fabrication sur intrants détenus par des tiers recule nettement (-1,3 Md€) et devient nul ; celui des services de télécommunication, d’informatique et d’information diminue de 1,1 Md€ (à -3,3 Md€) principalement en raison d’une baisse des exportations (-6,7 % à 16,1 Md€) et atteint son plus bas niveau historique, alors qu’il était excédentaire jusqu’en 2012.

Solde extérieur des échanges de services (21,8 Mds en 2019)

 

2/ Les soldes des échanges extérieurs de services des comptes nationaux

a) Les soldes par pays

Pour terminer, regardons les soldes extérieurs à partir des ERE en 2016 sans corrections des asymétries. On note un écart avec le solde de la Balance des Paiements pour l’Allemagne du fait notamment du poste « voyages ». Déficitaire de -21 milliards dans la BdP en 2018, il est légèrement positif dans les ERE en 2016. Les écarts sont plus faibles dans les autres pays. Par exemple, ces montants sont respectivement de 24 milliards et 20,5 milliards en France. outre que les années ne sont pas les mêmes (2016 pour les ERE, 2018 pour la BdP), ces écarts s’expliquent surtout par des rubriques différentes : le travail à façon des biens envoyés à l’étranger pour transformation est comptabilisé dans le poste « services » dans la Balance des Paiements alors qu’il est dans le commerce extérieur des biens dans les ERE. De même on a repris ici 2/3 de l’ERE de la PCHTR attribuable aux services (comme le montrent les données de Figaro en 2010 et du compte satellite du tourisme), le reste étant des achats de biens, alors que le poste « voyages » est comptabilisé entièrement dans les services dans la Balance des Paiements.

En se référant aux ERE, le solde positif français des services ne compense pas celui négatif des biens, ce qui n’est pas le cas de l’Espagne dont le solde est largement positif (4% du PIB). Tandis que l’Italie dégage aussi un solde positif proche de celui de l’Espagne en proportion du PIB, mais avec un solde excédentaire des biens, le solde des services étant équilibré. C’est la même situation en Allemagne mais avec un solde positif de 8% du PIB et surtout aux Pays Bas (10%); Seul, le Royaume-Uni a un solde total (biens et services) négatif plus élevé qu’en France en proportion du PIB (-7,5% pour les biens; +5,5% pour les services).

 

b) Les soldes des échanges extérieurs de services de la France

Les services, notamment le tourisme et dans une moindre mesure les services aux entreprises, comblent en partie le déficit des biens (hors matériels de transport) [7], [8]. Le tableau suivant ainsi que les deux graphiques justifient ces propos pessimistes où les deux produits qui permettent de limiter le déficit extérieur sont en chute libre en 2020 (tourisme et avions).

Le déficit sur le champ des services hors tourisme se réduit de 1,0 Md€ en 2019, porté notamment par l’amélioration du solde sur les services de transport (+ 1,7 Md€). En revanche, l’excédent des échanges de tourisme se réduit nettement en 2019 (- 3,5 Md€) en raison d’une forte progression des dépenses des touristes français à l’étranger (+ 11,5 %).

L’excèdent commercial des  services marchands non financiers diminue légèrement Bonne année pour les exportations de biens, l’année 2019 est beaucoup moins favorable aux services marchands : leurs exportations, hors transports, voyages et services financiers, diminuent légèrement en volume (- 0,2 %), alors que les importations augmentent de 0,7 %. En valeur, les importations progressent également davantage que les exportations (+ 1,6 % contre + 0,9 %).

Aussi, le solde commercial en services marchands reste positif mais diminue. Il s’élève à 5,6 milliards d’euros (21 milliards avec la correction territoriale liée aux dépenses des touristes étrangers en France et des résidents français à l’étranger). Le solde commercial continue de croitre dans les services qui génèrent traditionnellement un excédent (conseil de gestion, activités artistiques et culturelles hors édition) et recule dans l’ingénierie, où les importations sont habituellement supérieures aux exportations.

L’excédent des opérations de répartition se réduit légèrement en 2019 (- 0,5 Md€), après une forte dégradation en 2018 (- 3,2 Md€). En 2019, la baisse du solde des revenus de la propriété (- 2,9 Md€) est en effet contrebalancée par une hausse du solde de la rémunération des salariés (+ 1,1 Md€) et des transferts courants (+ 1,1 Md€). Au total, le Besoin de financement  de la Nation se réduit légèrement en 2019 (- 0,3 Md€), après une forte augmentation en 2018 (+ 3,4 Md€)

 

 

 

 

L’EXPLOSION DU COMMERCE INTERNATIONAL DES SERVICES

Les services représentent une part essentielle de l’économie mondiale, génèrent plus des deux tiers du produit intérieur brut (PIB) mondial, attirent plus des trois quarts de l’investissement direct étranger dans les économies avancées, emploient la plus grande partie des travailleurs et créent la plupart des nouveaux emplois dans le monde. Les services ont toujours fait l’objet d’échanges. Le transport international est aussi ancien que le commerce lui-même, et les services financiers et d’assurance ont suivi peu après [9].

Au fil des ans, de nouveaux services ont vu le jour dans l’économie mondiale grâce aux progrès des technologies de communication. C’est le cas par exemple des services juridiques, d’ingénierie, et d’autres services professionnels comme l’informatique et les télécommunications, pour n’en nommer que quelques-uns.

Les activités de services peuvent s’échanger soit sur le marché mondial, comme l’ingénierie ou l’informatique, soit entre filiales du même groupe localisées dans des pays différents, comme la recherche et développement ou l’administration d’entreprises.

L’accord général dur le commerce des services (AGCS) de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) apporte aux 7]7]7marchés de services la certitude conférée par un système mondial fondé sur des règles. Il définit les services comme une transaction entre un résident et un non-résident. En fonction de la présence du fournisseur et du consommateur sur le territoire au moment de la transaction, l’AGCS répartit les échanges de services en plusieurs catégories selon la manière dont ils ont été délivrés.

1/ Les échanges mondiaux de services

Les services, qui représentent déjà 50 % du revenu mondial et 70 % des emplois, deviennent aussi un élément important du commerce international. Sur la planète, la croissance du commerce des services continue à dépasser celle des échanges de biens et de marchandises. Les exportations de services, qui comptent pour presque un quart de l’ensemble des exportations (près de 30% dans l’UE et en Amérique du Nord, 28,5% en France mais 43% au Royaume Uni), jouent désormais un rôle central dans l’économie mondiale grâce, en grande partie, aux progrès de la technologie [10]. La baisse rapide du coût des télécommunications, l’expansion d’Internet dans le monde et la prolifération des services Internet à haut débit permettent de fournir des services très éloignés des prestataires. Beaucoup de services comme l’assurance ou les diagnostics médicaux n’exigeraient plus tout à fait que le prestataire soit à proximité de son client.

Dans le classement des pays exportateurs de services, la France maintient son rang de 4ème avec une part de marché (PDM) de 5% soit plus de 249 milliards d’euros d’exportation (en hausse de 5%) mais devant la Chine (5ème) avec 230 milliards d’exportation. La France est toujours derrière l’Allemagne, classé à la 3ème place avec plus de 290 milliards d’exportation. Les États-Unis sont toujours leaders avec presque 14% de PDM pour une valeur de 700 milliards d’euros. Le Royaume Uni vient en second (336 milliards). On note aussi le dynamisme et le niveau élevé des exportations des Pays Bas (210 milliards).

 

 

Selon les Balances des Paiements du site de l’OCDE, le solde extérieur des services est le plus élevé aux États Unis (+220 milliards d’euros en 2018) suivi par celui du Royaume Uni (+118 milliards). L’Espagne est bien placée (+62 milliards), la France venant loin derrière (+24 milliards).

 

 

Le graphique suivant analyse les différences selon les services. Les États-Unis sont très compétitifs dans 5 domaines : la réparation-maintenance, les voyages, les services financiers, les produits de propriété intellectuelle et les services aux entreprises. Le Royaume Uni dégage des soldes importants dans les services financiers et d’assurance, les services aux entreprises, voire les services numériques; l’Espagne dans les voyages. La France ne dégage un solde important que dans les voyages, mais 3 fois moins que l’Espagne, et du même ordre de grandeur que l’Italie et le Japon. Elle dégage aussi un solde net de +7 milliards dans les services aux entreprises, mais sans commune mesure avec le Royaume Uni (+37 Mds) et les États-Unis (+46 Mds).

 

 

 

 

2/ Comparaisons internationales des soldes échanges des transactions courantes

Contrairement à l’Espagne, les services ne compensent pas le solde négatif des biens.

L’Allemagne aurait un excédent des échanges de biens (y compris énergie) de 272 milliards de dollars en 2018 contre – 62 Mds pour la France (sans tenir compte de la correction CAF-FAB). Dans une moindre mesure, les pays scandinaves, mais surtout l’Italie et les Pays-Bas, s’en tirent correctement avec des produits en excédent comme l’informatique, électronique, optique ou l’automobile. L’excédent de la Chine est encore plus élevé (395 Mds de dollars). L’avènement de l’euro en 2002 puis dans une moindre mesure l’entrée des pays de l’Europe de l’Est dans l’Union Européenne en 2004 n’ont pas profité à l’industrie française contrairement à l’Allemagne. Cette dernière a un très faible déficit du solde des services. L’excédent total des transactions courantes de l’Allemagne (291 Mds de dollars) est impressionnant, le solde des revenus étant lui même positif (52 Mds). C’est le plus grand excédent au monde du fait du déficit du solde des services en Chine. A l’inverse, le plus grand déficit est celui des États Unis (-491 Mds de dollars dont -887 Mds du fait de la seule balance des biens). Mais ce montant absolu global doit être rapporté au PIB : le ratio des États Unis est alors entre celui de la Grèce et de la France.

En pourcentage du PIB, le solde total des transactions courantes (biens, services et revenus primaires et secondaires) est en baisse en France. Il devient négatif en 2007. D’autres pays connaissent toutefois un déficit plus important en proportion du PIB : le Royaume Uni, la Grèce surtout au moment de la crise de 2007, et récemment l’Argentine. A l’inverse, le solde atteint plus de 10% du PIB aux Pays Bas, plus de 7% en Allemagne, en Slovénie et en Russie, 4% en Corée, plus de 2% en Italie, et près de 1% dans la plupart des pays de l’Europe de l’Est.

La situation financière de la France se rapprocherait presque de celle la Grèce, l’Espagne et le Portugal. Mais dans ces pays, le tourisme permet de rétablir largement le solde des transactions courantes. En revanche, ce solde est largement plus déficitaire au Royaume Uni (comme pour celui des biens).

 

 

Michel Braibant


BIBLIOGRAPHIE

[1] https://www.insee.fr/fr/statistiques/3303548?sommaire=3353488

[2] https://www.insee.fr/fr/statistiques/2381436

[3] https://www.insee.fr/fr/statistiques/4494156?sommaire=4494218

[4] https://www.insee.fr/fr/statistiques/4255753?sommaire=4256020

[5] La situation du commerce en 2020 (éd. décembre), Insee, https://www.insee.fr/fr/statistiques/4995159

[6] https://lekiosque.finances.gouv.fr/fichiers/Etudes/Thematiques/A2020.pdf

[7] https://www.insee.fr/fr/statistiques/2830252

[8] https://www.insee.fr/fr/statistiques/2130300

[9] https://www.oecd.org/fr/echanges/sujets/echanges-de-services/

[10] échanges de services, OCDE,  https://data.oecd.org/fr/trade/echanges-de-services.htm

 

Tableau entrées-sorties mondial (T.E.S.)