Prix chaînés PPA


VERS DES PRIX ChaÎnÉs ÉQUILIBRÉS ;

PARITÉS DE POUVOIR D’ACHAT

 

SOMMAIRE

I – LA MÉTHODE DES PRIX CHAÎNÉS ET LA PERTE D’ADDITIVITÉ

II – VERS DES PRIX CHAÎNÉS ÉQUILIBRÉS

III – LES PARITÉS DE POUVOIR D’ACHAT (PPA)

 

Résumé

Afin de tenir compte des déformations de la structure des prix relatifs, on a mis au point la méthode dite des comptes « chaînés » pour conserver les évolutions, et non les niveaux, des volumes aux prix de l’année précédente d’une année sur l’autre, à partir de la valeur d’une année de référence donnée. Avant, la méthode des prix constants consistait déflater chaque composante d’un agrégat par son indice de prix puis d’ajouter les composantes pour avoir le obtenir l’agrégat en prix constants : les valeurs ajoutées étaient additives, les équilibres ressources emplois étaient équilibrés non seulement en valeur, mais en prix constants.

Mais, avec le chaînage, les séries perdent cette propriété d’additivité stricte. Aussi, certains ne sont pas satisfaits de cette perte d’équilibre comptable. Ils ont alors proposé un calcul des agrégats du TES en conservant l’égalité comptable des prix chaînés « équilibrés ».

De son coté, la parité de pouvoir d’achat (PPA) est une méthode utilisée en économie pour établir une comparaison entre pays du pouvoir d’achat des devises nationales, ce qu’une simple utilisation des taux de change ne permet pas de faire.

Quelques exemples fictifs sont donnés ici pour mieux comprendre tous ces enjeux.

 

I – LA MÉTHODE DES PRIX ChaÎnÉs ET LA PERTE D’ADDITIVITÉ

 

 

Pour éliminer les effets de prix dans l’analyse de la croissance du PIB et de ses composantes, les volumes sont conçus pour se rapprocher de la notion de quantité. Mais additionner des quantités de produits élémentaires n’a pas de sens : pour rendre ces quantités commensurables, il faut en attribuer aux quantités élémentaires le prix qu’elles ont à une période donnée [1] (les nombres entre crochet renvoient à la bibliographie en bas de page).

 

Le choix de la période qui définit la structure des prix utilisée comme pondération pour évaluer les volumes est important. Auparavant,, les prix des comptes trimestriels étaient mesurés avec une structure de prix fixe relative à une année donnée (l’année de base). On parle de « volumes à prix constants ». Mais cette méthode présente l’inconvénient de ne pas prendre en compte les déformations de la structure des prix relatifs. Par exemple, en quelques années, les prix des équipements électroniques ont beaucoup baissé et les quantités correspondantes ont beaucoup augmenté. De ce fait, en comptes à prix constant, la forte hausse de la quantité consommée de ce type de produit se trouve sur-pondérée au fur et à mesure que l’on s’éloigne de l’année de base [2].

 

Afin de tenir compte des déformations de la structure des prix relatifs, il est possible de mesurer systématiquement l’évolution des volumes en fonction des prix de l’année précédente. Les comptes annuels sont ainsi calculés « aux prix de l’année précédente ». Les comptes sont de plus « chaînés » pour conserver les évolutions, et non les niveaux, des volumes aux prix de l’année précédente d’une année sur l’autre, à partir de la valeur d’une année de référence donnée. En effet, les niveaux des volumes aux prix de l’année précédente ne peuvent pas être utilisés en séries temporelles puisque l’évolution entre les volumes de deux années consécutives comprend à la fois une évolution des prix de l’année de référence et une évolution des volumes.

 

Le principe des indices chaînés consiste à mesurer les indices sur des paires de dates consécutives (en utilisant la première des deux dates comme base) et de multiplier les indices pour former une chaîne.

 

Concrètement, dans cette méthode, il n’est pas nécessaire de choisir une année de base 0 : seule est nécessaire une « année de référence » pour laquelle l’indice vaudra 100, et qui est également l’année pour laquelle on suppose que les agrégats en volume sont égaux aux agrégats en valeur à prix courants.

 

Les indices de volumes d’une année t sont obtenus en multipliant plusieurs ratios, correspondant pour chacun au rapport entre les quantités consommées, produites ou investies au cours de l’année j, par les prix de l’année j-1.

 

Les indices de volume de Laspeyres et les indices de prix de Paasche suivent les formules suivantes :

Les prix chaînés posent en revanche certains problèmes. En effet, avec le chaînage, les séries perdent la propriété d’additivité stricte. Il en résulte que, d’une part, les égalités comptables ne sont pas strictement 124 respectées sur des données en volume chaînées, et que, d’autre part, les séries chaînées correspondant à des niveaux plus agrégés ne sont pas égales à la somme des séries de niveau plus fin chaînées qui composent ce niveau agrégé (voir tableau ci dessous). En outre, des problèmes techniques supplémentaires ont conduit les comptables nationaux à proposer une méthode spécifique pour produire des séries de variations de stocks en volume chaînées..

Malgré tout, les volumes et les prix en comptabilité nationale restent calculées selon la méthode du chaînage pour deux raisons principales.

Tout d’abord, avec des indices chaînés, les taux de croissance ne dépendent pas de la date de référence et ne sont pas révisés en cas de modification de cette date de référence dans le cadre notamment d’un changement de base.

Par ailleurs, les volumes aux prix de l’année précédente chaînés offrent l’avantage de prendre en compte la déformation des prix relatifs, ce qui est particulièrement souhaitable lorsque les prix de certains produits évoluent de façon très différente entre eux. Les pondérations sont actualisées tout au long de la série, ce qui permet a priori de tenir compte de l’évolution de la structure de l’économie et de limiter les biais de substitution. En ce sens, ce mode de présentation des chiffres permet ainsi de fournir aux utilisateurs les séries les plus pertinentes possibles pour décrire l’évolution réelle de l’activité.

 

 

 

II – VERS DES PRIX CHAîNÉS  ÉQUILIBRÉS

Certains comptables nationaux ont proposé un calcul des agrégats du TES en conservant l’égalité comptable des prix chaines équilibrés [3]. La méthode repose sur une distinction conceptuelle entre «valeur réelle», d’une part, et changement de «volume», d’autre part, la première correction de la variation monétaire de l’unité de compte résultant de l’inflation du niveau général des prix, tandis que le second isole la variation d’un prix du produit par rapport aux autres produits, causée par les rapports de l’offre et de la demande sur chaque marché de produits de base. Si l’incorporation de l’additivité dans les formules d’indice de chaîne semble simple, l’exprimer dans des tableaux peut même l’être davantage. L’auteur prend un exemple.

Le tableau montre le PIB pour ces années et sa décomposition des emplois et des importations en prix courants (table 1), et dans ceux de l’année précédente (table 2). Ils fournissent les données à partir desquelles commencer notre test.

Les 3 premières tables présentent les agrégats de la méthode classique : valeur, volume, prix chaînés non équilibrés base 100 en 1995. Aucune de ces données n’est additive au fil du temps. Ajouter les importations de l’année 1995 à celles de l’an 2000 serait inacceptable, non parce que les prix ont changé, mais parce que l’unité dans laquelle ils sont mesurés l’est. De même pour les données de la table 2, en s’appuyant sur les prix des années précédentes respectives. La table 3 montre la méthode traditionnelle de chaînage des données dans le temps. On multiplie les ratios d’agrégats des prix des années précédentes par rapport à leur valeur nominale de l’année précédente, et on les applique à la valeur de l’année de base pour atteindre un nombre en euros. La formule correspondante est A gauche du tableau on calcule notamment les indice de prix chaînés du PIB.

 

Ces séries temporelles ne sont pas additives à partir de 1997. Une déflation additive se déroule en deux étapes, dont la première consiste à corriger les flux nominaux pour le simple changement de l’unité de mesure, c’est-à-dire l’inflation de la valeur monétaire. Le résultat dépend du choix du panier de marchandises par rapport auquel la monnaie est évaluée. Deux d’entre eux sont utilisés, l’indice des prix à la consommation et le déflateur implicite du PIB. L’auteur opte pour la seconde, car ce choix place les deux variables clés de l’analyse économique, croissance et inflation, dans une relation comptable cohérente. La valeur réelle du PIB est donc égale à son volume, par définition, ou, inversement, son prix réel est toujours égal à un. Il n’en va pas de même pour tout autre agrégat ou sous-agrégat, sauf accident. La table 4 est donc établie en utilisant l’indice des prix du PIB comme niveau général des prix et le divise en toutes les entrées nominales du tableau 1. La table 4 consiste à déflater les agrégats par l’indice de prix du PIB en le chaînant. Les comptes sont donc équilibrés. Contrairement à la table 3, ces valeurs réelles sont comparables et additives .

 

Nous pouvons définir la «valeur réelle» d’une transaction de la manière suivante :

La table 5 consiste à calculer l’effet volume en faisant pour chaque composante la différence entre le volume de deux années (table 2) divisé par l’indice de prix du PIB, chaîné. Les comptes sont encore équilibrés.

 

La formule de la table 5 est :

Elle dit que le mouvement en volume d’un agrégat est calculé par son changement de prix des années précédentes, corrigé pour changement de l’unité de mesure.

 

La table 6 calcule l’effet prix en divisant la valeur d’un agrégat par l’indice du prix chaîné moins le volume de ce même agrégat divisé par l’indice de prix chaîné de l’année précédente. Les comptes sont encore équilibrés.. La formule de changement de prix pour la table 6 se lit comme le complément correspondant sous la forme Paasche,

La table 5 montre que tous les changements de volume des composants s’ajoutent au changement de volume du PIB, et la tabla 6 montre comment les différents changements de prix relatifs s’annulent, lorsque le PIB est choisi comme panier de produits pour l’indice général des prix. Les tables 5 et 6 sont la somme de la table 4. Enfin, les agrégats en prix chaînés équilibrés sont dans le cadre en vert en ajoutant pour chaque année la valeur de l’année de base aux effets volume de chaque année. Ainsi pour l’année 1997, on ajoute à la valeur de 1995 les variations de volume de 1996 et 1997 pour chaque agrégat. On obtient des prix chaînés équilibrés.

 

Pour résumer, on commence par déflater les valeurs nominales au moyen de l’indice du prix du PIB uniforme, en arrivant ainsi à des tables en euros constants (valeurs réelles). En soustrayant, pour chaque année, les chiffres nominaux des chiffres de l’année suivante aux prix de l’année précédente, on arrive à la croissance (et au taux de croissance, si on le souhaite) en euros nominaux, comme c’est le cas avec la méthode conventionnelle (table 5). Mais au lieu de multiplier les taux de croissance successifs, on ajoute les différences absolues de croissance après les avoir rendues comparables en les déflatant chacune par l’indice de prix du PIB uniforme correspondant. L’équilibre entre les variations de volume ainsi obtenues et les variations de la valeur réelle produisent la variation complémentaire des prix réels.

 

Les tableaux des entrées-sorties, et les comptes nationaux en général, requièrent l’addition de leurs entrées, contrairement aux statistiques des prix, pour deux raisons. L’un est l’axiome du circuit économique complet, ce qui signifie qu’aucune valeur ne peut se perdre dans le système, ce qui est exprimé par l’équation fondamentale que l’entrée est égale à la sortie. L’autre est lié au premier en disant que la différence de la production et de l’intrant intermédiaire mesure la valeur ajoutée du produit (tout en le consommant dans la production d’un nouveau produit). Il est assez raisonnable de postuler ces axiomes non seulement pour les valeurs nominales, mais aussi pour celles en termes réels.Pourquoi postuler l’additivité pour les valeurs nominales, si pour les valeurs réelles, cela n’est pas jugé souhaitable? La valeur ajoutée à prix constants était naturellement additive, sinon elle n’aurait guère été acceptée comme variable analytique. Alors pourquoi la valeur ajoutée des prix des années précédentes ne serait-elle pas aussi additive, d’autant plus que l’additivité est déjà donnée pour chaque paire d’années consécutives, et le seul problème est de composer une longue série temporelle sur ces éléments.

 

 

III – LES PARITÉS DE POUVOIR D’ACHAT (PPA)

Les grandeurs économiques sont mesurées au niveau national, évaluées aux prix nationaux et dans la monnaie du pays. Même lorsque les pays considérés partagent une même monnaie (cas de la zone euro par exemple), la comparaison internationale de ces grandeurs économiques nécessite de prendre en compte le fait que les niveaux de prix entre pays sont différents : un même bien ne sera pas vendu au même prix dans les différents pays de la zone euro et en conséquence, un même niveau de revenu ne permettra pas d’acheter le même panier de biens selon les pays. Les PPA (Parités de Pouvoir d’Achat) sont une construction statistique qui associe niveau relatif des prix et taux de change et permet de comparer les grandeurs économiques entre pays en les évaluant dans une monnaie commune et à un niveau de prix uniforme [4], [5].

Cette mesure initiale ne permet pas la comparaison entre pays. Même si la monnaie entre pays était la même (par exemple l’euro), le niveau de prix entre pays ne serait pas le même.

Les PPA sont ainsi des déflateurs qui permettent de faire un partage prix-volume en dimension spatiale. Déflater les dépenses en valeur par les PPA permet d’obtenir une dépense qualifiée de « réelle » qui reflète uniquement les différences de volumes entre pays, ces dépenses étant exprimées dans une monnaie commune qui peut être celle d’un pays de référence ou une monnaie fictive comme le Standard de Pouvoir d’Achat (SPA). Les PPA  éliminent ainsi les effets des écarts de prix entre pays et permettent en théorie donc la comparaison internationale [6], [7].

L’INSEE en donne la définition suivante : « La parité de pouvoir d’achat (PPA) est un taux de conversion monétaire qui permet d’exprimer dans une unité commune les pouvoirs d’achat des différentes monnaies. Ce taux exprime le rapport entre la quantité d’unités monétaires nécessaire dans des pays différents pour se procurer le même « panier » de biens et de services » [8]. Un guide méthodologique a été publié [9].

« Ce taux de conversion peut être différent du « taux de change » ; en effet, le taux de change d’une monnaie par rapport à une autre reflète leurs valeurs réciproques sur les marchés financiers internationaux et non leurs valeurs intrinsèques pour un consommateur ».

 

Les PPA sont ainsi utilisés avant tout dans les comparaisons internationales de niveau de vie. Les PPA servent principalement à convertir les agrégats des comptes nationaux, tels que le produit intérieur brut (PIB) de différents pays, en agrégats en volume comparables. L’application de taux de change nominaux dans ce processus surestimerait le PIB des pays où les prix étaient élevés par rapport aux pays où les prix étaient bas. L’utilisation des PPA garantit que le PIB de tous les pays est évalué à un niveau de prix uniforme et ne reflète donc que les différences dans le volume réel de l’économie.

Les niveaux des prix comparés sont le ratio entre les parités de pouvoir d’achat (PPA) et les taux de change du marché pour chaque pays. Les parités de pouvoir d’achat (PPA) sont des taux de conversion monétaires qui convertissent des indicateurs économiques exprimés en monnaies nationales en une monnaie commune appelée standard de pouvoir d’achat (SPA), qui égalise le pouvoir d’achat des différentes monnaies nationales et permet donc d’effectuer des comparaisons significatives.

Les PPA sont également appliquées dans les analyses des niveaux de prix relatifs dans les pays. À cette fin, les PPA sont divisées par le taux de change nominal actuel pour obtenir un indice de niveau de prix (IPL) qui exprime le niveau de prix d’un pays donné par rapport à un autre ou par rapport à un groupe de pays comme les États membres de l’UE.

Les PPA sont ainsi principalement utilisées pour convertir les dépenses de différents pays en une monnaie et un niveau de prix communs afin de garantir la comparabilité. Par exemple, une série chronologique en prix courants du PIB par habitant, exprimée en monnaie nationale, déflatée par la PPA actuelle de chaque année, garantit la comparabilité des volumes relatifs d’un pays à l’autre. Cependant, les taux de croissance ne refléteront pas la croissance réelle, car les dépenses sont exprimées en prix.

Les PPA doivent être ainsi utilisées avec grande prudence pour mener des comparaisons spatiales sur des données économiques qui ne sont pas celles pour lesquelles les PPA ont été précisément calculées ; Ils est ainsi assez risqué de faire une comparaison dans le temps, par exemple pour l’analyse de la convergence des prix dans le temps : d’une part parce que la comparaison PPA repose sur une structure de produits qui change d’enquêtes en enquêtes et d’autre part parce que les évaluations PPA le sont à partir d’une structure de prix et de produits qui est celle permettant de comparer les pays entre eux, et non de rendre compte aussi bien que le fait la comptabilité nationale de la structure économique de chacun des pays, à un moment donné.

Néanmoins, lorsqu’ils sont présentés sous forme d’index (avec, par exemple, EU28 = 100) et par habitant, ils peuvent être utilisés comme un outil d’analyse dans les comparaisons temporelles, mais avec prudence.

 

Dans leur forme la plus simple, les PPA sont des rapports de prix indiquant le rapport entre les prix exprimés dans les monnaies nationales du même bien ou service dans différents pays. Par exemple, si le prix d’un hamburger en France est de 3,11 euros et au Royaume-Uni de 1,94 livres, le PPA pour les hamburgers entre la France et le Royaume-Uni est de 3,11 euros à 1,94 livres, soit 1,60 euros la livre. Cela signifie que pour chaque livre consacrée aux hamburgers au Royaume-Uni, il faudrait dépenser 1,60 euro en France pour obtenir la même quantité et la même qualité – ou, en d’autres termes, le même volume – de hamburgers. Par conséquent, pour comparer les volumes de hamburgers achetés dans les deux pays, on peut convertir les dépenses en hamburgers en France en livres en les divisant par 1,60.

Les PPP peuvent faire référence à un seul produit, à un groupe de produits ou à l’économie dans son ensemble. En remontant la hiérarchie de l’agrégation, les PPP font référence à des assortiments de plus en plus complexes de biens et de services. Ainsi, si la PPA du PIB (« l’économie dans son ensemble ») entre la France et le Royaume-Uni est de 1,39 euro la livre, on peut en déduire que pour chaque livre dépensée sur le PIB au Royaume-Uni, 1,39 euro aurait être dépensé en France pour acheter le même volume de biens et services. L’achat du « même volume de biens et de services » ne signifie pas que des paniers de biens et services identiques seront achetés dans les deux pays.

 

 

1/ La décomposition volume-prix

Comparer les grands agrégats revient à en décomposer les valeurs – ce qui est observé – en leur composante prix et leur composante volume, cette dernière reflétant à la fois les évolutions en quantité et en qualité de l’agrégat. Le plus aisé pour réaliser ce partage volume-prix est de collecter l’information sur les prix, plus facilement observables que les volumes. On parle alors d’une approche prix.

 

 

2/ L’approche demande du PIB

Le dispositif PPA porte sur l’ensemble du champ des dépenses de consommation des ménages, des dépenses des administrations publiques et de la formation brute de capital fixe des unités résidentes et vise à identifier et à calculer des parités de référence pour chacun de ces agrégats. Il ne porte pas sur la valeur ajoutée par branche

L’approche demande du PIB est traduite par l’équation :

PIB = consommation des ménages + consommation des APU+ consommation des ISBLSM + FBCF +solde commercial + variation des stocks

Dans ce cadre, il s’agit de déterminer des parités de pouvoir d’achat correspondant à ces agrégats. Les PPA sont calculés pour chaque agrégat de la comptabilité nationale à un niveau de détail plus fin que cette équation générale qui agrège l’ensemble des produits.

Le calcul de parités de pouvoir d’achat (PPA) permet ainsi la comparaison en volume, au même moment mais entre des zones géographiques différentes, du PIB ou de ses emplois [10]. Les PPA sont utilisées dans le cadre de la recherche économique et de l’analyse politique pour les comparaisons internationales.

Cette comparaison passe par le calcul d’indices de prix spatiaux qui permettent de déflater les agrégats en valeur que l’on souhaite comparer. La comparaison, à un instant donné, des différences de niveaux de prix entre deux zones est, à priori, un problème équivalent à la comparaison dans une même zone, des niveaux de prix entre deux dates distinctes : il suffit d’inverser la notion de date et de zone géographique. Si le problème est effectivement équivalent dans le cas de deux régions, il se complique singulièrement dès qu’il y en a davantage : le chaînage – qui est la meilleure solution dans un contexte multi-périodique – n’est plus adapté du fait de la pluralité des « chemins » reliant une zone à une autre. La recherche d’indices transitifs passe par d’autres méthodes. Deux d’entre elles sont effectivement mise en oeuvre par Eurostat et l’OCDE : les méthodes EKS et GK. De façon très schématique, le principe de la méthode EKS est de valoriser dans chaque pays un panier représentatif commun à tous les pays entrant dans la comparaison ; Toute la difficulté réside dans la construction de ce panier commun ou de ce système de prix médian.

 

 

3/ La monnaie de référence

Avec les PPA, les différents agrégats pour être comparés sont rapportés à une monnaie d’évaluation commune.

Pour la Banque mondiale, la monnaie de référence utilisée pour les PPA est dérivée du dollar américain et s’appelle « Dollars US aux prix moyens de l’OCDE » abrégés « Dollars OCDE ». Ce Dollar US OCDE est un Dollar qui reflète les niveaux des prix moyens de l’OCDE à 30.

Pour Eurostat, l’unité monétaire dans laquelle sont exprimées les dépenses finales réelles est une unité monétaire fictive appelée Standards de Pouvoir d’Achat (SPA). Ce SPA correspond à un euro dont le pouvoir d’achat est une moyenne pondérée du pouvoir d’achat des monnaies nationales des états membres de l’Union. Il reflète les niveaux de prix moyens dans l’UE à 28.

 

 

4/ un exemple de la méthode EKS

On peut comparer les agrégats de plusieurs pays et faire un classement en terme de meilleures parités de pouvoir d’achat. Les PIB calculés en standard de pouvoir d’achat présentent les mêmes problèmes que les PIB « en volume » d’une autre année.

Pour les comparaisons multilatérales (3 pays au moins), les indices EKS sont préconisés par EUROSTAT.

Dans l’exemple suivant, on considère 3 pays A,B et C et 2 produits, un bien et un service.

Pays A bien quantité 60 prix 1, service quantité 40 prix 2

Pays B bien quantité 60 prix 1, service quantité 40 prix 1

Pays C bien quantité 40 prix 2, service quantité 60 prix 1

Le calcul des PPA est le suivant.

On observe qu’au final au final le PIB du pays B est plus élevé que celui du pays A.

 

Dans cet exemple on voit que les parités de pouvoir d’achat (appelés aussi indice EKS, en jaune dans le tableau précédent) sont définies à une constante multiplicative près. Les PPA des 3 pays sont respectivement, PPAA=1, PPAB=0,7, PPAC=1,02 : avec le même montant de revenu nominal, on pourra obtenir un panier de biens dans le pays C 1,02 fois supérieur à ce que l’on obtiendrait dans le pays A.

Si la monnaie de référence choisie est celle du pays A, les parités sont respectivement :

PPAA=1, PPAB=0,7, PPAC=1,02

Si la monnaie de référence avait été celle du pays B, les PPA auraient alors été : PPAA=1/0,7, PPAB=1, PPAC=1,02/0,7

En supposant que la monnaie de référence est celle du pays A, un standard de pouvoir d’achat (SPA) vaudra une unité de monnaie nationale dans le pays A (pays de référence), 0,7 unité de monnaie nationale dans le pays B et 1,02 unité de monnaie nationale dans le pays C (PPAA=1, PPAB=0,7, PPAC=1,02).

Toujours dans ce même cadre de la monnaie de référence, les PIB peuvent alors être exprimés dans la même monnaie et dans un référentiel de prix commun. Ainsi, les PIB en SPA des pays A, B et C seront PIBA/1, PIBB/0,7 et PIBC/1,02 si le pays A est choisi comme référence.

 

5/ Les agrégats les plus communément comparés sont :

Le PIB et le PIB par habitant comme mesure de la « richesse » des pays.

– La consommation effective et la consommation effective par habitant considérées comme des composantes du bien-être des ménages. La consommation effective inclut les dépenses de consommation effectivement à la charge des ménages (dépense de consommation finale des ménages) mais aussi les dépenses dont les  ménages bénéficient à titre individuel tout en étant prises en charge par la collectivité (administrations publiques et institutions sans but lucratif au service des ménages).

– Le revenu national brut (RNB) et le RNB par habitant qui par rapport au PIB reflètent mieux le niveau de vie des seuls résidents du territoire car ils prennent en compte les revenus du travail et de la propriété reçus ou distribués au reste du monde.

6/ Comparaisons internationales
a) la comparabilité des PIB par habitant

La méthode EKS est utilisée par Eurostat pour les comparaisons des pays de l’UE. Pour l’appliquer, Eurostat considère 1 000 produits pour la Dépense de consommation des ménages et 300 pour la FBCF.

Le produit intérieur brut (PIB) est une mesure de l’activité économique. Il est défini comme la valeur de tous les biens et services produits moins la valeur des biens et services utilisés pour leur création. L’indice de volume du PIB par habitant en standards de pouvoir d’achat (SPA) est exprimé par rapport à la moyenne de l’Union européenne (EU28) fixée à 100. Si l’indice d’un pays est supérieur à 100, le niveau du PIB par tête pour ce pays est supérieur à la moyenne de l’Union européenne et vice versa. Les chiffres de base sont exprimés en SPA, c’est-à-dire dans une monnaie commune qui élimine les différences de niveaux de prix entre les pays, permettant des comparaisons significatives du PIB en volume entre les pays. Il est à noter que l’indice, calculé à partir des chiffres en SPA et exprimé par rapport à EU28 = 100, est destiné aux comparaisons internationales plutôt qu’aux comparaisons temporelles.

En substance, les PPA sont des indicateurs spatiaux de niveau de prix et conviennent donc principalement aux comparaisons faisant référence à plusieurs zones géographiques à un moment donné.

 

Un grand programme de calcul de PPA a été mis en place au niveau mondial, sous la responsabilité de l’ONU et réparti entre diverses institutions internationales. La France est au vingtième rang dans le classement du RNB par habitant en 2016. Elle est au 22 ème rang en 2018 pour le PIB par habitant. Elle était au 12 ème rand en 1980. On note aussi des difficultés d’interprétation pour quelques pays dont l’Irlande (au quatrième rang en 2018) dont le PIB a augmenté très fortement par exemple en 2015 suite à l’implantations des sièges sociaux de grandes sociétés américaines et d’unités porteuses de brevets, ce qui est évidement contestable. Le Luxembourg est aussi concerné par ce phénomène, mais le nombre importants de travailleurs non résidents rehausse  le niveau du PIB par habitant dans ce dernier pays. Du coup, ce niveau du n’y a guère de sens..

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b) les évolutions de niveau du PIB par habitant en volume

En analysant des chiffres de plusieurs sources différentes, qui abordent le sujet par des méthodologies différentes, on constate que l’évolution du PIB par habitant des pays analysés est similaire, peu importe la méthodologie utilisée.  En effet, Eurostat utilise le PIB en volumes chaînés de 2010 en euros pour tous les pays. La Banque mondiale utilise le même procédé, cependant en se basant sur le dollar américain comme monnaie de référence, d’une part et d’autre part en appliquant une parité de pouvoir d’achat (PPA).

Depuis le début des années 2000, le PIB par habitant de la France est inférieur à celui de la Belgique, de la Suède, de l’Allemagne et des Pays Bas. L’écart avec l’Allemagne, la Suède et les Pays Bas serait aussi dû au niveau de dette publique. Ces pays voient le niveau de leur dette par rapport au PIB diminuer depuis le début des années 2000. On peut aussi expliquer la divergence entre le niveau de la consommation par habitant et le PIB par habitant entre la France (le niveau du premier est relativement plus élevé que celui du second) et les autres pays par l’importance du taux d’endettement.

 

Mais les principaux facteurs qui expliquent le retard de la France sur des économies comme celle de l’Allemagne sont, notamment, le taux de chômage (ou faible taux d’emploi) et la trop faible durée du travail. En effet, la France affiche un taux de chômage bien plus élevé que celui de l’Allemagne, es Pays Bas, la Suède, ou encore la Belgique. De plus, on constate que la France accuse un retard de plus de 10 points sur l’Allemagne concernant le taux d’emploi, ce qui impacte lourdement son PIB par habitant. Cette relation mérite d’être confirmée car le Royaume Uni a quasiment le même niveau de PIB par habitant avec un taux d’emploi de 10 points supérieur à celui de la France. En matière de productivité, l’Allemagne surpasse également la France, notamment en niveau. Une des principales raisons de cet écart peut s’expliquer par la capacité allemande à développer « des secteurs à forte valeur ajoutée et à forte productivité ».

La croissance du PIB par habitant dépendrait ainsi principalement de deux facteurs. Premièrement, la productivité du travail qui représente « le rapport entre le PIB et le nombre d’heures effectivement travaillées sur le territoire économique considéré ». Deuxièmement, l’intrant en travail par habitant qui exprime « le nombre moyen d’heures effectives de travail par habitant » sur une année.

On peut en effet cumuler la croissance de la productivité du travail et celle de l’intrant en travail par habitant pour obtenir le taux de croissance du PIB par habitant. Sur la période allant de 2002 à 2013, la France affiche une productivité du travail relativement faible. Quelques pays (Grèce, Italie et Belgique) font moins bien sur le plan européen. Cependant, en ce qui concerne l’intrant en travail par habitant, la grande majorité des pays analysés subissent un choc (décroissance), y compris la France. Le cumul de ces deux résultats donne un taux de croissance du PIB par habitant faible par rapport aux autres pays européens, bien que supérieur à celui du Danemark, de l’Espagne, du Portugal, de l’Italie et de la Grèce.

3/ dépenses réelles (consommation) par habitant

Les données sur les données sur la dépense de consommation finale et la consommation finale effective (réelle) sont plus comparables que celles du PIB qui intègrent les investissements des entreprises américaines en Irlande ou au Luxembourg, voire aux Pays Bas. Les revenus de ces sociétés repartent aux États-Unis. Certes de nombreuses entreprises américaines dont implantées en France mais pas de la même manière (pas de sièges sociaux ou de sociétés détentrices de brevets mais des sociétés qui versent des salaires qui ne repartent pas aux États Unis) et avec moins de poids. La consommation par habitant n’est pas aussi élevé que le PIB par habitant en Irlande et au Luxembourg.

Pour pouvoir être comparés, les niveaux doivent être rapportés au nombre d’habitants du pays. La consommation effective des ménages (dépense de consommation des ménages + dépense des APU individualisables) par habitant ainsi obtenue permet cette comparaison. En 2018, celle de la France, dépasse de 7 % la moyenne européenne des 28 pays (contre 4% pour le PIB). Elle se situe à un niveau inférieur  à ceux de la Belgique (-3,5%), du Royaume-Uni (-5,5%)  et des pays d’Europe du Nord, derrière le Luxembourg, l’Allemagne (-12%) ou encore l’Autriche.

 

 

 

La dépense de consommation des ménages correspond aux dépenses que les ménages supportent directement. La consommation individualisable des administrations publiques correspond aux dépenses de biens et de services financées par la collectivité, dont les bénéficiaires peuvent être précisément définis. Elle comprend notamment les dépenses publiques d’éducation, les dépenses hospitalières et les remboursements de soins de ville ainsi que les allocations logement.

La consommation effective des ménages correspond à l’ensemble des biens et services que les ménages consomment, que la dépense correspondante leur incombe ou qu’elle soit prise en charge par les administrations publiques (État, collectivités territoriales et organismes de sécurité sociale).

Elle est donc la somme de la dépense de consommation des ménages et de la consommation individualisable des administrations publiques et des institutions sans but lucratif au service des ménages. Elle permet de comparer les niveaux de consommation des pays de l’Union européenne, en tenant compte de la prise en charge par la collectivité de dépenses au bénéfice des ménages, prise en charge qui varie d’un pays à l’autre.

 

 

Le volume de consommation par habitant pour un groupe de produits donné, correspond au niveau relatif des dépenses de consommation pour ce groupe de produits, après ajustement des parités de pouvoir d’achat et des différences de population entre pays.

Les français consomment davantage que leurs partenaires européens dans les domaines du logement (y compris l’eau, l’énergie et les travaux domestiques) (+10% par rapport à la moyenne des 28 pays), des transport (+4,5%) de l’éducation (+14%) et surtout de la santé (+27%). Cette consommation supérieure à la moyenne européenne n’est pas liée à des niveaux de prix plus bas : au contraire, les prix des biens et services consommés en France dépassent de 9 % la moyenne européenne. Les niveaux de prix sont en effet très variables d’un pays à l’autre au sein de l’Union, dans un rapport de un à trois. Les pays du Nord ont majoritairement les niveaux de prix les plus élevés tandis que ceux d’Europe centrale et orientale ont les prix les plus bas.

4/ En France, des prix supérieurs à la moyenne européenne

Les niveaux des prix comparés sont le ratio entre les parités de pouvoir d’achat (PPA) et les taux de change du marché pour chaque pays. Les parités de pouvoir d’achat (PPA) sont des taux de conversion monétaires qui convertissent des indicateurs économiques exprimés en monnaies nationales en une monnaie commune appelée standard de pouvoir d’achat (SPA), qui égalise le pouvoir d’achat des différentes monnaies nationales et permet donc d’effectuer des comparaisons significatives.

Le ratio est exprimé par rapport à la moyenne de l’UE (EU28 = 100). Si l’indice des niveaux des prix comparés d’un pays est supérieur (inférieur) à 100, le pays concerné est relativement cher (bon marché) par rapport à la moyenne de l’UE.

En 2014, les prix étaient plus élevés dans les pays d’Europe du Nord ainsi qu’au Luxembourg et plus bas dans les pays d’Europe centrale et de l’Est. Une comparaison sur les 28 pays de l’UE montre des prix supérieurs à la moyenne de 38 % au Danemark , de 10 % en France et de 4 % en Allemagne. Le pays le plus cher de l’Union européenne – le Danemark – pratique des prix presque trois fois plus élevés que le pays le moins cher – la Bulgarie. Entre ces deux groupes extrêmes, l’Italie se situe au niveau de la moyenne européenne (UE28). Le Royaume-Uni pratique des prix supérieurs aux prix français, donc à la moyenne européenne (17 % au-dessus). En revanche, la plupart des pays méditerranéens ont des prix inférieurs à cette moyenne UE28 : de 6 % en Espagne, de 16 % en Grèce et à Chypre et de 17 % au Portugal.

Globalement, les prix, analysés sur des biens de même qualité, sont ainsi plus forts dans les pays aux niveaux de vie les plus élevés Ce constat est imputable à des différentiels de productivité entre pays. Pour être compétitifs, les pays les moins productifs versent des salaires plus faibles dans les secteurs produisant des biens échangeables. Les salaires des autres secteurs, où les différences de productivité sont moindres, sont également plus faibles, ce qui se traduit in fine par des prix plus bas de leurs produits non échangeables, principalement dans les services.

Au-delà de cet effet, le niveau relatif des prix dépend également du taux de change. De multiples autres facteurs interviennent également dans les niveaux de prix, notamment les différences de coût du travail, de structure des réseaux de distribution, d’intensité de la concurrence, de fiscalité.

Michel Braibant
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BIBLIOGRAPHIE

 

[1] Introduction à la pratique des indices statistiques, JP Berthier, Document de travail, INSEE,  N° M0503

[2] Le partage volume-prix, base 2000, M. Braibant, note de base n° 7.

[3] Additivity of deflated input-output tables in national accounts, Utz Peter Reich,Input Ouput conference, Istanbul, juillet 2007

[4] Eurostat-OECD Methodological Manual on Purchasing Power Parities (2012 Edition), P. Konijn

[5] Estimating purchasing power parities for the production side of GDP, L. Olislager and P. Konijn, January, 2017, https://ec.europa.eu/eurostat/cros/content/estimating-purchasing-power-parities-production-side-gdp-laurent-olislager-and-paul-konijn_en

[6] Le recul du PIB par habitant de la France traduit surtout l’imperfection des comparaisons internationales, F. Magnien, JL  Tavernier, D. Thesmar, Economie et Statistique Année 2002 354 pp. 3-20, Insee.

[7] Comparing Hospital and Health Prices and Volumes Internationally: Results of a Eurostat/OECD Project, F. Koechlin (OECD), P. Konijn (Eurostat), L. Lorenzoni (OECD), P. Schreyer (OECD), ‎2014

[8] Parité de pouvoir d’achat / PPA, Date de publication : 13/10/2016;https://www.insee.fr/fr/metadonnees/definition/c1923

[9] Note méthodologique, Système français de comptabilité nationale, Les Parité de pouvoir d’achat/ PPA, E. Berger, Insee, N° 5 – juillet 2015

[10] Consommation par habitant en standards de pouvoir d’achat en 2015. La consommation par habitant a varié entre 53% et 137% de la moyenne de l’UE, 250/2016-13 décembre, 2016, Eurostat

Tableau entrées-sorties mondial (T.E.S.)

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