Tableau « ressources – emplois » (TRE)


 

LES PRINCIPAUX ASPECTS DU TRE

 

SOMMAIRE

 

I – LES ÉQUILIBRES-RESSOURCES-EMPLOIS (ERE)

II – LES COMPTES DE PRODUCTION ET D’EXPLOITATION PAR BRANCHE D’ACTIVITÉ

III – DIFFÉRENTS CONCEPTS D’ÉVALUATION DU TRE

IV – LES TROIS APPROCHES DU PIB

V – LES DÉFINITIONS DU SEC 2010 SONT ELLES APPLICABLES EN FRANCE ?

 

 

Résumé

° Dans le SEC (système européen des comptes), les tableaux de ressources emplois (TRE) visent à fournir une analyse détaillée du processus de production et de l’emploi des biens et des services (ou produits), ainsi que des revenus engendrés par la production. Le cadre entrées-sorties est complété par le TES symétrique [1] (les nombres entre crochet renvoient à la bibliographie en bas de page).

° Les TRE sont établis en prix courants et en prix de l’année précédente ; ces tableaux ont plutôt une fonction de synthèse statistique [2].

° Le tableau des ressources ventile les ressources de biens et services par produit et branche d’activités principales (qu’on appellera branches d’activités par opposition à branche homogène-pure) ou branche d’UAEL, « industries » en anglais, (secteurs d’activité dans de nombreux pays). Il fait la distinction entre les ressources provenant de branches intérieures et les importations dans le TRE [3].

° Le tableau des emplois détaille les emplois de biens et services par produits et par type d’emplois : consommations intermédiaires par branche d’activité, dépenses de consommation finale (des ménages, des administrations publiques et des ISBLSM), formation brute de capital, exportations. Ce tableau inclut par branches d’activité la décomposition de la valeur ajoutée brute selon la rémunération des salariés, les autres impôts et les subventions sur la production, le revenu mixte net et l’excédent net d’exploitation, et la consommation de capital fixe (compte d’exploitation) .

° Les manuels du SEC et du SCN présentent l’avantage de rester général et donc de permettre une certaine souplesse. Le manuel « input-output » d’Eurostat fait deux recommandations. D’une part être au plus près des sources statistiques dans le TRE de manière à estimer correctement la valeur ajoutée et ses composantes; respecter quelques règles pour le calcul du TES symétrique (choix de la technologie, calcul des emplois au prix de base,…). Le SEC 2010 et d’autres manuels étrangers précisent aussi quelques définitions [4], [5].

° En France, le TES est en branche homogène (ou pure), alors que dans le SEC, seul le TES symétrique est en branche homogène [6].

 

 

I – LES ÉQUILIBRES-RESSOURCES-EMPLOIS (ERE)

 

L’équilibre par groupe de produits indique que le total des ressources par groupe de produits doit être égal au total des emplois de ce même groupe de produits. Dès lors, l’égalité suivante doit toujours être respectée par groupe de produits:

Production + Importations + Marges + Impôts moins les subventions sur les produits = Consommation intermédiaire (CI) + Dépenses de consommation + Formation brute de capital + Exportations

Dans l’identité ci-dessus les variables de la production et des importations sont évaluées aux prix de base alors que les emplois sont évalués aux prix d’acquisition. La différence entre ces deux méthodes consiste en la prise en compte ou non des impôts, des subventions et des marges.

1) Production

Le SEC2010 distingue trois types de production qui constituent la production totale reprise dans

le tableau des ressources:

– la production marchande;

– la production pour usage final propre;

– la production non marchande.

La production marchande est la plus importante des trois et comprend la production qui est écoulée sur un marché. Il s’agit ici de la majorité des biens et services produits, comme les denrées alimentaires, les voitures, les services bancaires.

La production pour usage final propre se compose des biens et services qui sont utilisés par l’unité qui les a produits. Des exemples sont les services de logement produits par les propriétaires-occupants ou les logiciels développés par les entreprises pour leur propre utilisation.

La production non marchande comprend la production de biens et services qui sont mis sur le marché gratuitement ou à des prix économiquement non significatifs. Cette production est réalisée par les administrations publiques ou par les institutions sans but lucratif au service des ménages (ISBLSM). Il s’agit ici de biens et de services tels que les services des administrations publiques, l’enseignement et l’action sociale.

 

2) Importations

Les importations de biens et de services consistent en flux de biens et services de non-résidents vers les résidents d’un pays. Elles sont reprises dans les TRE conformément au concept intérieur. Un point ultérieur donne une explication plus détaillée des différences entre le concept intérieur et le concept national lors de l’établissement des comptes nationaux.

 

3) Marges

On distingue deux types de marges : les marges commerciales et les marges de transport. Très souvent, les clients n’achètent pas les biens et les services directement auprès des producteurs mais passent par l’intermédiaire de commerçants. Ainsi, le prix payé par le client final diffère-t-il généralement du prix payé au producteur d’une marge de commerce.

On définit la production des services du commerce par la marge réalisée sur les ventes, c’est-à-dire la valeur des ventes moins leur coût d’acquisition. Le coût d’acquisition est ici le coût de remplacement, c’est-à-dire le coût d’acquisition des biens vendus si le commerçant devait les acquérir au moment de la vente. En effet, une entreprise commerciale achète des biens avec l’intention de revendre ces biens à ses clients sans modification.

Lorsque nous cherchons à établir l’ERE d’un produit particulier, nous devons donc tenir compte de marges de commerce. Par exemple, si nous considérons un produit comme l’automobile, la valeur des achats des clients correspond non seulement à la valeur de la production des constructeurs, mais également à la valeur des marges de commerce. L’ERE correspondant aux services de commerce est assez particulier puisqu’il y a une production mais pas d’emplois. La valeur des services de commerce est, en effet, incluse dans la valeur d’acquisition des autres produits. Aussi, pour assurer l’équilibre, la production est compensée par une marge négative.

Les marges de transport sont les frais, compris dans le prix d’achat, que l’acquéreur d’un bien paie pour le transport du bien. Le SEC précise qu’il faut une facturation séparée du transport lors de la livraison, pour qu’ils y aient marges de transport. Celles ci doivent être traitées comme les marges de commerce, c’est-à-dire apparaître négativement dans l’ERE des transports.

 

4) Impôts moins les subventions sur les produits

Les impôts et les subventions sur les produits sont les impôts ou les subventions qui sont payés ou reçus par unité produite ou traitée d’un bien ou d’un service. Des exemples de ces impôts et de ces subventions sont la TVA, les accises et certaines subventions agricoles.

Les marges et les impôts moins les subventions sur les produits sont des éléments d’évaluation qui permettent de passer du prix de base (le concept d’évaluation pertinent pour le tableau des ressources) au prix d’acquisition (le concept d’évaluation pertinent pour le tableau des emplois).

 

5) Le tableau des emplois

Le tableau des emplois comprend la consommation intérieure totale de biens et de services, répartie entre les différentes catégories de dépenses: la consommation intermédiaire, les emplois finals avec les dépenses de consommation finale, la formation brute de capital et les exportations de biens et de services .

La consommation intermédiaire est ventilée par branche et par groupe de produits . Les autres catégories de dépenses ne sont réparties qu’en fonction des groupes de produits

 

a) Consommation intermédiaire  (CI)

La CI comprend les achats de biens et de services qui sont utilisés comme inputs dans un processus de production (comme les matières premières, l’énergie, les services de télécommunication, etc.). On la retrouve dans le TEI, la matrice des CI décomposée par produit et par branche. Font partie de la CI les services des intermédiaires financiers indirectement mesurés (SIFIM). Les SIFIM sont la partie de la production des intermédiaires financiers. Ils sont calculés comme la différence entre les revenus sur les fonds, et les intérêts payés. Vu que les SIFIM sont une partie de la production totale, ils doivent entrer en compte dans les emplois. Les SIFIM doivent être ventilés par branche d’activité.

 

b) Dépenses de consommation finale (P3) et consommation finale effective (P4)

Les dépenses de consommation finale sont les dépenses réalisées pour les biens et services destinés à la satisfaction directe des besoins individuels ou collectifs [7], [8]. Elles sont reprises dans les TRE selon le concept intérieur. Les tableaux de l’INSEE fournissent une ventilation des dépenses de consommation finale en fonction du secteur institutionnel qui effectue les dépenses:

– les dépenses de consommation finale des ménages;

– les dépenses de consommation finale des institutions sans but lucratif au service des

ménages (ISBLSM);

– les dépenses de consommation individuelle des administrations publiques;

– les dépenses de consommation collective des administrations publiques.

Avec 67 % en France, les dépenses de consommation finale des ménages représentent de loin la catégorie de dépenses de consommation la plus importante. Elles comprennent les achats de biens et de services de consommation (comme les denrées alimentaires, les voitures, les assurances, etc.). La frontière « biens / services » est d’ailleurs difficile à faire avec le développement du leasing, de la location. De même, la consommation des ménages devrait mieux intégrer les formes de dématérialisation (produits numériques) et d’économie collaborative, via les plateformes (covoiturage, location d’appartement par un touriste à un particulier,…)

Les dépenses de consommation finale des ISBLSM comprennent la valeur des biens et services produits par les ISBLSM. Il s’agit de la production d’associations sans but lucratif qui produisent un bien ou un service dans l’intérêt général des ménages, tels les services produits par les syndicats, les associations de consommateurs et les fabriques d’église [8].

Les dépenses de consommation des administrations publiques (APU) comprennent, d’une part, la valeur des biens et services produits par les APU (par exemple l’enseignement) et, d’autre part, les achats par les administrations publiques des biens et services produits par d’autres producteurs, qui sont fournis aux ménages sous forme de prestations sociales en nature (par exemple des services médicaux). Selon que la jouissance des biens et services est individualisable ou pas, on parle de dépenses de consommation individuelle ou collective .

Par ’dépenses de consommation individuelle’, on entend que les biens et les services sont acquis par une personne, ce qui rend leur consommation par une autre personne impossible. Les interventions pour l’achat des médicaments par les ménages constituent un exemple de dépenses de consommation individuelle par les administrations publiques alors que les dépenses pour la défense nationale constituent un exemple de dépense de consommation collective des administrations publiques. Les dépenses de consommation individuelle des administrations concernent les fonctions de santé, éducation, sécurité sociale notamment (à l’exception pour chaque fonction des dépenses liées à l’administration générale, à la réglementation,…).

On passe ensuite à la consommation finale effective, c’est à dire celle effectivement consommée par les ménages, même si cette consommation finale transite d’abord par d’autres secteurs institutionnels. L’intégralité de la consommation finale effective individualisable doit être affecté au secteur des ménages purs. La consommation finale effective collective (P42) doit être affectée aux administrations publiques. La consommation finale effective totale (P4) se calcule comme somme de P41 et de P42. Elle n’existe donc que pour les secteur institutionnels des ménages purs et des administrations publiques.

 

c) Formation Brute de capital fixe (FBCF) 

La FBCF (P51) est constituée par les acquisitions moins les cessions d’actifs fixes réalisées par les producteurs résidents au cours de la période de référence, plus certains ajouts à la valeur d’actifs non produits découlant de l’activité de production des unités productives ou institutionnelles. Les actifs fixes sont des actifs produits utilisés dans des processus de production pendant plus d’un an.

La FBCF en construction représente 43 % du total, ce qui en fait le principal contributeur, Mais elle comprend aussi les investissements incorporels (logiciels, R&D,..), soit plus du tiers de la FBCF des secteurs productifs (entreprises, administrations publiques, sociétés financières). Un futur enjeu est d’en élargir le contenu à d’autres dépenses, telle la publicité ou la formation professionnelle. Cette dernière n’est d’ailleurs pas toujours identifiée dans les comptes nationaux quand elle est réalisée par les entreprises pour leur propre compte. Son traitement en FBCF relèverait le PIB comme pour la R&D lors du SEC 2010.

 

d) La variation des stocks

La variation des stocks (P.52) est mesurée par la valeur des entrées en stocks diminuée de la valeur des sorties de stocks et des éventuelles pertes courantes sur stocks.

 

e) Exportations de biens et services

Comme pour les importations, elles suivent le concept intérieur.

 

 

6) Le TES français en 2016

Le TES se présente alors de la manière suivante; Le TES français est complété par le TES symétrique. Le PIB est calculé selon les 3 approches.

Il comprend 5 produits branches dans sa forme la plus agrégée

AZ : agriculture

BE : produits industriels, y compris énergie

FZ : construction – BTP

GU : services principalement marchands (y compris commerces et transports ce qui explique des marges commerciales et de transport à la ligne GU dans le tableau des Ressources : -360 et -29)

OQ : services principalement non marchands.

 

Chaque ligne représente un groupe de produits et décrit :

° d’un côté les ressources : production, importations, marges de commerce et de transport, et les impôts.
° de l’autre leurs emplois : consommations intermédiaires des différentes branches, consommations finales, FBCF (investissement), variations de stocks et exportations.

 

Chaque colonne correspond à une branche : le tableau décrit pour chaque activité,

° en ressources : la production, les : consommations intermédiaires nécessaires à cette production (par produit), la valeur ajoutée dégagée, et

° en emplois : la répartition de cette valeur ajoutée entre la rémunération des salariés et le total de l’excédent brut d’exploitations et du revenu mixte.

 

II – LES COMPTES DE PRODUCTION ET D’EXPLOITATION

 

Le tableau des emplois inclut la décomposition de la valeur ajoutée brute (B1G) selon la rémunération des salariés, les autres impôts et les subventions sur la production, le revenu mixte net et l’excédent net d’exploitation, et la consommation de capital fixe (comptes d’exploitation).

 

1) Rémunération des salariés (D1)

La rémunération des salariés comprend la rémunération totale (en espèces ou en nature) qu’un employeur doit à un salarié pour son travail au cours de la période de référence des comptes.. Outre le salaire que perçoit le salarié, la rémunération des salariés comprend également toutes les cotisations sociales versées par l’employeur aux institutions de sécurité sociale, indépendamment du fait qu’il s’agisse d’institutions collectives ou privées.

 

2) Autres impôts (D29) moins subventions sur la production (D39)

Les autres impôts et subventions sur la production sont prélevés ou attribués aux entreprises pour leur activité de production, indépendamment du volume ou de la valeur des biens ou services produits. Les Impôts sur les salaires et les Impôts sur les émissions polluantes constituent des exemples de ces impôts, alors que les subventions salariales ou en intérêts constituent des exemples de subventions sur la production.

 

3) Excédent brut d’exploitation et revenu mixte (B2G-B3G)

L’excédent d’exploitation et le revenu mixte sont deux termes qui désignent la même chose mais qui sont utilisés pour différents types d’entreprises et sont équivalents à :

Valeur ajoutée brute

– Rémunération des salariés

– Autres impôts moins subventions sur la production

= Excédent brut d’exploitation / revenu mixte brut

L’identité ci-dessus indique que l’excédent d’exploitation et le revenu mixte peuvent être considérés comme une échelle de mesure des bénéfices (éventuellement pertes) que les entreprises génèrent par leur activité de production.

 

III – DIFFÉRENTS CONCEPTS D’ÉVALUATION DU TRE

Lors de l’établissement des TRE, un concept d’évaluation pertinent est utilisé pour chaque transaction selon la qualité des unités qui sont impliquées dans la transaction (par exemple producteur ou consommateur). De ce fait, un concept d’évaluation différent peut être utilisé pour la comptabilisation d’une seule et même transaction. En outre, il est important de savoir s’il s’agit d’une transaction entre, d’une part, deux unités résidentes ou, d’autre part, une unité résidente et une unité non résidente. Ces deux cas sont expliqués ci-dessous.

 

1) Transactions entre deux unités résidentes (prix de base – prix d’acquisition)

La valeur des biens ou services qu’une unité produit n’est pas toujours équivalente au prix que paie l’utilisateur de ces biens ou services. En effet, l’utilisateur doit payer toutes sortes de coûts (comme la TVA et les marges sur les produits) qui n’ont pourtant aucun rapport avec la valeur des biens et des services pour le producteur. Pour tenir compte de cette différence, deux concepts d’évaluation sont utilisés lors de l’établissement des TRE, le prix de base et le prix d’acquisition.

Les prix de base constituent le concept d’évaluation pertinent pour les producteurs de biens et de services. Ils reflètent la valeur réelle de la production pour un producteur. De ce fait, la production est évaluée dans le tableau des ressources aux prix de base. Par contre, les prix d’acquisition constituent le concept pertinent pour les transactions de dépenses. Ils reflètent ce qu’un utilisateur des biens et services doit réellement payer pour l’acquisition de ces biens et services. En effet, outre la valeur «intrinsèque» de biens et services (le prix de base), le prix comprend souvent également la TVA, les autres impôts sur la production et les marges. C’est pourquoi les dépenses intérieures sont évaluées aux prix d’acquisition dans le tableau des emplois.

Le rapport entre le prix de base et le prix d’achat est le suivant  :

Prix de base

+ Impôts moins les subventions sur les produits

+ Marges commerciales et de transport

= Prix d’acquisition

 

 

2) Transactions entre unité non résidente et unité résidente (correction CAF – FAB)

Le montant des importations pour chaque produit nous est fourni CAF (coût assurance fret) par les douanes alors qu’à l’opposé les exportations sont fournies FAB (franco à bord). Comme le montre le schéma très simplifié ci-dessous le prix d’un produit importé en France au point B et qui est fabriqué dans une usine située en Pologne au point A est ainsi enregistré au point B’ (frontière française) alors qu’il devrait l’être au point A’ (frontière polonaise). La correction CAF/FAB a pour objet de passer du prix au point B’  au prix au point A’. Elle est nécessaire pour que les services de transport et d’assurance ne soient pas comptabilisés 2 fois : une fois pour le produit importé et une autre fois pour le service de transport ou d’assurance (voir page correction CAF-FAB).

 

Dans le TRE, une correction, égale aux frais de transport et d’assurance du point FAB au point CAF, est nécessaire pour que le total des importations de biens soit égal au prix FAB. Une ligne et une colonne correspondant à cette correction CAF/FAB sont ainsi introduites [8] :

* sur la ligne supplémentaire, la correction CAF/FAB est introduite négativement dans la colonne des importations pour que le total des importations de biens soit mesuré au prix FAB ;

* dans la colonne supplémentaire, la correction est également introduite négativement, dans les lignes correspondant au transport et à l’assurance. En effet, ces services sont déjà inclus dans la valeur CAF des biens importés ;

* la correction est inscrite sur la ligne d’ajustement CAF/FAB, à l’intersection de la colonne CAF/FAB, afin d’annuler le total de la colonne et celui de la ligne.

 

On peut prendre le cas d’une entreprise française qui importe un bien A de Pologne et qui fait appel alternativement à des transporteurs résidents et à des transporteurs non-résidents. Les importations de ce produit A se décomposent de la façon suivante : Importations FAB : 100 M€; Services de transports (entreprises résidentes) : 10 M€; Services de transports (entreprises non-résidentes) : 20 M€; Importations CAF : 130 M€. On suppose en outre par simplification que ces importations n’ont que de la consommation finale comme emploi.  Les ERE s’écrivent de la façon suivante :

 

 

 

 

3) Comparaison concept intérieur / concept national dans les TRE : correction territoriale

Les TRE sont établis selon le concept intérieur, à la différence des comptes des secteurs qui sont établis selon le concept national. La différence entre ces deux concepts est liée au traitement, d’une part, des dépenses de consommation finale des Français à l’étranger et, d’autre part, des dépenses de consommation des étrangers en France.

Le concept intérieur comprend toutes les dépenses de consommation, effectuées par les résidents et les non-résidents, sur le territoire d’un pays, alors que le concept national comprend toutes les dépenses de consommation des résidents d’un pays, indépendamment du fait qu’ils se trouvent sur le territoire de ce pays ou à l’étranger.

L’utilisation du concept intérieur dans les TRE est surtout liée à des considérations pratiques. Le total des dépenses de consommation des Français à l’étranger et des dépenses de consommation finale des étrangers en France provient de la balance des paiements. Si ces montants étaient repris dans les TRE, ils devraient être répartis entre les différents groupes de produits auxquels ils correspondent. Ces informations ne sont cependant pas disponibles et la répartition n’est donc pas possible (comme pour la correction CAF-FAB par produits).

La comptabilité nationale doit calculer l’ERE de la correction territoriale (appelé aussi solde touristique, il est codé PCHTR ). Cet ERE correspond aux achats faits par des non-résidents sur le territoire et aux achats des résidents à l’étranger. Pour retrouver les définitions du TEE, il convient d’ajouter aux importations la consommation finale hors du territoire économique des ménages résidents et d’ajouter aux exportations la consommation finale des ménages non-résidents sur le territoire économique. Au niveau de la consommation finale, pour retrouver la consommation finale des ménages résidents, il faut ajouter à la consommation finale sur le territoire économique la consommation finale hors du territoire économique des ménages résidents et déduire la consommation finale des non-résidents sur le territoire économique.

Dans l’exemple suivant, la consommation finale des ménages résidents en dehors du territoire économique est portée dans la ligne « correction territoriale » en importations (15). Des achats des non-résidents sur le territoire domestique (par exemple 25) doivent être traités en tant qu’exportations (25). Comme ils sont inclus dans la colonne de la dépense de consommation des ménages, ils sont déduits de cette colonne (-25). L’équilibre ressources-emplois de la correction territoriale devient : Importations (15) = consommation des ménages (15 – 25 = – 10) + exportations (25).

 

IV – LES TROIS APPROCHES DU PIB

Le PIB peut être évalué selon 3 optiques:

– l’approche de la production;

– l’approche des dépenses;

– l’approche des revenus.

Selon l’approche de la production, le PIB est évalué comme la somme de la valeur ajoutée de toutes les branches d’activité, où la valeur ajoutée par branche d’activité est obtenue en faisant la différence entre la production et la CI. Étant donné que la production dans les comptes nationaux est évaluée aux prix de base et la consommation intermédiaire aux prix d’acquisition, la valeur ajoutée est évaluée aux prix de base. Le PIB est cependant évalué aux prix d’acquisition. Cela signifie que le total des impôts moins les subventions sur les produits doit être ajouté à la somme des valeurs ajoutées par branche d’activité pour obtenir le PIB.

L’approche des dépenses (ou demande) évalue le PIB en sommant toutes les catégories de dépenses (excepté la consommation intermédiaire) diminuées des importations.

L’approche des revenus du PIB, enfin, est obtenue en additionnant les composantes de la valeur ajoutée, à savoir la rémunération des salariés, les autres impôts moins les subventions sur la production et l’excédent brut d’exploitation (ou le revenu mixte brut) dans le cas d’unités de production sans personnalité juridique). Étant donné que la valeur ajoutée est évaluée aux prix de base, tout comme pour l’optique de la production, les impôts moins les subventions sur les produits sont additionnés pour obtenir le PIB aux prix d’acquisition.

 

L’encadré suivant donne le PIB à partir des 3 approches en 2016.

V – LES DÉFINITIONS DU SEC 2010 SONT ELLES APPLICABLES EN FRANCE ?

 

A coté du TRE, le SEC recommande l’’élaboration des TES symétriques, qui ont plutôt une vocation analytique [10]. Dans le TES symétrique de type produit-produit, requis dans le programme de transmission d’Eurostat, la matrice des CI indique comment un produit est utilisé dans la fabrication d’un autre produit ; les emplois finaux sont détaillés par produit. Le TES symétrique est aux prix de base. Il se décline en deux tableaux, l’un décrivant les emplois de la production intérieure, l’autre décrivant, de la même manière, les emplois des importations (contenus en importations). Le tableau qui est le plus utilisé est le TES pour la production intérieure. C’est en effet grâce à ce tableau que l’on peut calculer l’impact de mesures de politique sur l’appareil de production national. Les tableaux importés intéressent cependant de plus en plus les économistes pour calculer les chaînes de valeur mondiales.

Les deux types de tableaux, TRE et TES symétrique, se distinguent formellement par la différence des unités de production utilisées respectivement par chacun d’eux, et qui sont regroupées par activité selon la NACE :

Dans le TRE, les unités de production sont les unités d’activité économique locale, regroupées par branches d’activité principale.

Dans les TES symétriques produits-produits, les unités de production sont les unités de production homogène, regroupées en branches homogènes.

 

Les manuels du SEC et du SCN présentent l’avantage de permettre une certaine souplesse tout en faisant trois recommandations.

° D’une part être au plus près des sources statistiques dans le TRE de manière à estimer correctement la valeur ajoutée et ses composantes .

° D’autre part, respecter quelques règles pour le calcul du TES symétrique (choix de la technologie, calcul des emplois au prix de base,…).

° Enfin faire le lien entre TRE et TEE (tableau économique d’ensemble par secteurs institutionnels).

 

 

L’unité est l’entreprise dans de nombreux pays d’Europe, pour les TRE si l’UAEL n’est pas enquêtée. Pour les TES symétriques, l’unité est l’UPH : Une branche regroupe des UPH qui produisent un même produit. Normalement on peut isoler clairement des coûts d’une UPH. C’est pourquoi les comptables nationaux français traitent à part les ventes résiduelles (exemple publications de l’INSEE). Les autres pays traitent en général ces cas comme des branches secondaires des secteurs d’activité non marchande même si leurs coûts ne sont pas isolables.

Le tableau de base du SEC est fait selon le modèle suivant. il est en général rectangulaire (plus de produits que de branches d’activité) mais pas nécessairement. Les lignes de la matrice de production sont celles de la matrice des CI. De même, les colonnes des branches d’activité principale ou des branches d’établissements de la matrice de production sont celles de la matrice des CI. Le TRE transmis à EUROSTAT est carré (65 produits * branches d’activité).

Le SEC précise certains points : Tout d’abord, La plupart des informations statistiques qui peuvent être obtenues des unités productrices portent sur les types de produits qu’elles ont produits et vendus et, souvent de façon moins détaillée, sur les types de produits qu’elles ont achetés et utilisés. Le format des TRE a été conçu spécialement pour accueillir ce type d’information (c’est-à-dire « produits utilisés × branche d’activité principale »). L’une des caractéristiques essentielles des TRE tient en ce que ces tableaux enregistrent séparément des activités secondaires.

 

 

 

L’application de ces définitions au TES français : un TES par secteur d’activité

Pour appliquer les définitions du SEC en France, encore faut il voir si la matrice de production est relativement proche de celle des autres pays. Elle est faite en France à partir des unités légales (UL). la comparaison porte sur l’année 2012, dernière année avant le profilage des entreprises (EP). Depuis, la matrice PSB française reprend les structures de celle de 2012 par UL, la ventilation branche des EP n’est pas du tout la même que celle des UL. Prendre la structure de 2012 pose toutefois problème car la ventilation branche évolue dans le temps.

La matrice de production française est construite à partir de la matrice passage secteur branche (PSB) des SNF-EI et du traitement des ventes résiduelles et du transfert du vin en activités secondaires, respectivement des secteurs d’activité non marchands et de l’agriculture.

Elle n’est pas moins diagonale qu’ailleurs. Elle est un peu moins diagonale que celle de l’Allemagne, alors que dans les deux pays ce sont des entreprises qui sont enquêtées. Ainsi le produit « industrie manufacturière » représente 86% de la production du secteur d’activité « industrie  manufacturière» en France contre 92% en Allemagne.

Mais les matrices de production des pays, qui enquêtent l’UAEL (Suède, Pays Bas,…) sont moins diagonales que celle de l’Allemagne avec des ordres de grandeur comparable au pourcentage français dans l’industrie. En revanche, les produits « services » représente 98% à 99% de la production du secteur d’activité «services» dans tous les pays. Mais compte tenu du poids de ceux ci dans l’économie, il faudrait détailler cet ensemble.

 

La diversification ne peut s’appréhender seulement par cette approche trop agrégée où le croisement « industrie * industrie » prend en compte la production secondaire industrielle des entreprises (UAEL) industrielles. Il faut aussi voir quelle est la part de la production de la diagonale dans la production globale dans la nomenclature la plus fine. Il apparaît de nouveau que la France se situe dans la moyenne des autres pays. Certes la part de la production de la diagonale dans la production de l’industrie est assez faible (81%); mais ce n’est pas le cas pour la part de la production de la diagonale dans celle de l’économie.

 

 

 

 

 

Michel Braibant

 


BIBLIOGRAPHIE

[1] Supply, use and input-output tables  in the Netherlands, Piet Verbiest, The 19th International Input-Output Conference, Alexandria, USA, 13- 17 June 2011

[2] Tableaux Entrées-Sorties de la Belgique pour 2000, Bureau fédéral du Plan, L. Avonds, V. Deguel, C. Hambye, B. Van den Cruyce , Décembre 2004

[3] United Kingdom, Input-output Annual Supply and Use Tables 1998, Sanjiv Mahajan, août 2000

[4] Tableaux Entrées-Sorties 2010, Décembre 2013, Bureau fédéral du Plan, https://www.plan.be/admin/uploaded/201401141529040.IOT2010_FR.pdf

[5] Méthodologie de l’élaboration de Tableau entrées-sorties (TES) et son application pour le Luxembourg, Novembre 2008, Mehran KAFAÏ Unité C1 – Comptes Nationaux STATEC

[6] Tableau d’entrées-sorties / TES, Insee, https://www.insee.fr/fr/metadonnees/definition/c1417

[7] Dépenses de consommation finale des ménages/Dépenses des ménages https://www.insee.fr/fr/metadonnees/definition/c1322

[8] La dépense de consommation finale des ménages et la consommation effective finale des ménages Base 2010 Septembre 2014, Nathalie Morer, INSEE

[9] Manuel sur les institutions sans but lucratif dans le système de comptabilité nationale, Nations unies, 2006

[10] SEC 2010, EUROSTAT

 

Tableau entrées-sorties mondial (T.E.S.)

Tableau entrées-sorties mondial (T.E.S.)