Le TEI en France


Élaboration du TEI français en base 2000, 2005 et 2010;

(réflexions pour l’avenir)

 

SOMMAIRE

I – ESTIMATION DU TEI A PARTIR DES DONNÉES D’ENTREPRISE (ESANE)

II – ESTIMATION DU TEI EN BASE 2000 A 2010

III – UN EXEMPLE D’ÉQUILIBRAGE ENTRE LES LIGNES ET LES COLONNES A PARTIR DU CADRE « ACHATS »

IV – EXEMPLES DE SOURCES UTILISÉES PAR LE PASSÉ POUR LE TEI

 

Résumé

Les TEI ne sont pas établis selon les mêmes procédures suivant l’année considérée. Pour l’année de base de référence, priorité est donnée aux estimations en niveau. A cette occasion, on rassemble une information statistique considérable, qu’il n’est pas possible de mobiliser chaque année à l’identique. La prochaine base devrait ainsi intégrer les résultats de l’enquête « cadre achats » [1], [2] (les nombres entre crochet renvoient à la bibliographie en bas de page).

Pour les années autres que l’année de référence , les valeurs des cases du TEI sont établies, à titre principal, à partir d’estimations d’évolution en volume et en prix que l’on applique aux grandeurs correspondantes figurant dans le tableau de l’année de base, sous l’hypothèse que les coefficients techniques en volume (ratios entre la consommation intermédiaire d’un produit et la production d’une branche) restent stables [3], [4]. Cette hypothèse, retenue en première approximation, est ensuite quelque peu relâchée pour pouvoir effectuer les arbitrages finaux entre ressources et emplois.

Cependant, on recueille aussi chaque année des informations directes appelées « cases fixées », ainsi dénommées parce qu’on dispose d’informations précises sur les CI de tel produit par telle branche (par exemple les CI des branches agriculture et des branches non marchandes en colonne, ou les CI des produits agriculture, certains produits de l’énergie et des services -le SIFIM- en ligne). Cependant, au fil des bases, de nombreuses cases fixées ont été supprimées, soit parce que les produits sont traitées en FBCF ou en marges  (R&D, logiciels, transport de marchandises), soit parce que les sources disparaissaient (énergie) [5]. Un enjeu futur est de calculer ces dernières pour évaluer les économies d’énergie par branche et faire d’autres études.

En colonne, le TEI est calé sur la CI du secteur d’activité correspondant, au terme de la décomposition de la branche par secteurs institutionnels et d’un passage secteurs d’activités – branches. Un double jeu de TEI a été constitué, de façon à ce que la lecture puisse se faire aussi bien en secteurs institutionnels et secteurs d’activité.

En ligne, les CI sont souvent déduites par solde de l’ERE, sauf dans le cas d’estimation des cases fixées. Le partage « CI / FBCF » est souvent fait à un niveau de détail extrêmement fin de nomenclature produit (nomenclature PRODCOM correspondant à environ 3.000 produits) dans les autres pays.  Cette méthode est utilisée dans plusieurs autres pays. Ce partage se fait en France de manière plus agrégé à partir de « cibles » sur la FBCF par grands produits industriels. Du coté des services, on détermine les CI à partir de la ventilation du CA par clientèle issue de l’enquête ESA. Des études sont d’autant mieux pertinentes à partir d’un TEI correct [6]

 

 

 

Pour élaborer les TEI des 3 bases, nous avons estimé un TEI global et un un TEI pour chaque secteur institutionnel, sauf les ENF (entreprises non financières), dont le TEI a été déduit, selon le schéma suivant. L’estimation du TEI global est explicitée ci dessous. En fait l’idéal est d’estimer un TEI, non par branche, mais par secteur d’activité, pour chaque secteur institutionnel, et d’en déduire la somme : Derrière le TEI, calculé à partir des ERE tous secteurs confondus, s’emboîtent en fait 5 autres TEI qui correspondent à la consommation intermédiaire des 5 secteurs institutionnels

Ainsi nous n’aurions plus le schéma de la base 2010 où le TEI et les CEB des SNF se déduisent mais une méthode où le TEI et les CEB seraient calculés pour chaque secteur institutionnel, y compris les SNF, du moins pour un compte définitif. Pour un compte SD, le schéma de la base 2010 pourrait être en revanche maintenu compte tenu des délais.

 

 

I – ESTIMATION DU TEI A PARTIR DES DONNÉES D’ENTREPRISE (ESANE) 

Tout d’abord, rappelons deux notions utilisées à l’INSEE :

 

ESANE (élaboration des statistiques annuelles d’entreprises)

Les comptes des sociétés et des entreprises individuelles non financières (SNFEI) sont élaborés principalement à partir d’informations issues de la comptabilité d’entreprise en provenance de la source fiscale. Ces informations sont confrontées et complétées avec les résultats des enquêtes d’entreprises (ESA) qui permettent d’obtenir une ventilation du chiffre d’affaires par branche. Les données sont ensuite complétées par diverses sources et estimations afin de parvenir à un champ exhaustif. ESANE présente les comptes des entreprises dans des opérations qui se rapprochent de la présentation de la comptabilité nationale. Mais il n’est cependant pas possible d’élaborer directement les comptes des SNFEI à partir d’ESANE et cela pour plusieurs raisons : ESANE n’intègre pas les données des activités non déclarées (fraude et travail au noir) ; les concepts de la comptabilité d’entreprise sont proches, mais cependant différents de ceux de la comptabilité nationale. Aussi des corrections sont-elles nécessaires pour passer des données d’ESANE aux comptes des SNFEI, l’ensemble de ces corrections constituant le passage aux comptes (PAC).

 

PAC-CENF

Passage aux comptes : – Compte des entreprises non financières : il contient toutes les données sources utilisées pour construire les comptes des sociétés non financières et des entrepreneurs individuels. Par exemple, la production en comptabilité nationale est obtenue à partir de certaines variables du compte de résultat de l’entreprise, telle la production vendue, la production stockée, et la production immobilisée. Mais en plus, la production calculée de cette manière doit subir plusieurs corrections pour obtenir la production telle que la mesure la comptabilité nationale.

 

La méthode idéale consisterait à faire un TEI par secteur d’activité. Le principe de calcul de la CI issue d’ESANE – PAC s’en trouverait grandement amélioré car il serait directement relié à la statistique d’entreprise. D’une part, les CI globales du TEI par secteur d’activité s’appuieraient sur ESANE puis PAC-CENF.

 

Il n’y aurait plus de calcul ce la CI par branche, moyennant l’hypothèse technologie secteur d’arrivée pour l’année de base ou l’hypothèse technologie secteur en évolution pour les années de campagne. En fait, la valeur ajoutée serait celle des comptes de secteur d’activité du PAC-CENF et donc les CI obtenues par solde le seraient normalement aussi.

 

D’autre part, le partage des CI pourrait reprendre les informations issues de PAC CENF. En particulier les achats de matières du PCG pourraient s’identifier aux achats de biens ; et les autres achats et charges externes (AACE) aux achats de services moyennant un traitement spécifique de la sous traitance qui fait partie des AACE et dont une partie concerne des achats de biens. C’est ce second point qu’on présente en partie 2) car il permet de mieux remplir le TEI en le complétant par d’autres sources (case fixées qu’il convient de maintenir ou développer) voire enquête « cadre achat » auprès des entreprises.

 

Au final, on a eu raison d’utiliser les données d’entreprises pour remplir le TEI dans les bases 2000 à 2010. Le cadre achat est indispensable mais on a déjà pu faire le partage CI de biens CI de services pour fixer les principales grandeurs soient 138 * 2 = 276 cases. Le TEI nous paraît bien estimé à 70%. Manquent surtout des estimations correctes des CI de services par les branches tertiaires, dont les montants sont élevés.

 

 

 

II-  ESTIMATION DU TEI EN BASE 2000 A 2010

Pour faire le TEI français on s’est appuyé sur plusieurs sources [7], [8]. On a aussi regardé de près les coefficients techniques à l’étranger et les travaux sur ceux des services [9].

 

° Les enquêtes qui permettent d’estimer des « cases fixées » chaque année. On peut citer les données de la Comptabilité Publique pour les cases fixées des branches non marchandes, les données du RICA pour les cases fixées de l’agriculture, l’enquête annuelle sur les consommations d’énergie par l’industrie (EACEI) et les enquêtes de branches du Service des Etudes et des Statistiques Industrielles (SESSI). Ces dernières permettent, pour un produit donné de la nomenclature 118, d’établir des ERE selon un niveau très détaillé de la nomenclature PRODCOM (à 8 positions), en supposant certaines clefs de partage entre les emplois (CI, consommation finale des ménages, FBCF…)

 

° Des sources ponctuelles publiques qui permettent d’estimer directement certaines cases pour une année donnée : enquête sur les consommations de services par l’industrie du SESSI de 1999 ; enquête sur le recours aux services par les entreprises des services et du commerce en 2001 ; enquête partenariat du SESSI de 1994 qui a permis d’estimer les CI de biens par l’industrie ; sources professionnelles (entreprise USINOR pour l’acier, Syndicat général des fondeurs de France pour la fonderie, enquête du SYNTEC pour les services informatiques …) ; rapports d’activité des entreprises publiques (EDF, GDF, CDF).

 

° Les TEI étrangers ont également été utilisés pour valider certaines estimations et les modifier le cas échéant. Pour assurer cette comparaison avec les TEI étrangers, on a été conduit, partant du TES français (croisement produit X branche homogène),à se rapprocher d’un TRE selon le modèle du SCN – SEC (croisement produit X secteur d’activité). Sept pays européens font des TRE par branches d’établissement Mais à défaut, les unités sont les entreprises dans 14 pays européens (Belgique, Pays Bas,…)

 

° Le partage des CI a surtout repris les informations issues de PAC – CENF. Les achats de matières du Plan Comptable Général (PCG) ont été identifiés aux achats de biens ; et les autres achats et charges externes (AACE) identifiés aux achats de services moyennant un traitement spécifique de la sous traitance qui fait partie des AACE et dont une partie concerne des achats de biens. C’est ce second point qu’on développe ici car il permet de mieux remplir le TEI en le complétant par d’autres sources (case fixées qu’il convient de maintenir) voir « cadre achat » auprès des entreprises. Ainsi , on a utilisé les données d’entreprises pour remplir le TEI. Le cadre achat est certes indispensable mais on a pu déjà faire le partage CI de biens CI de services pour fixer les principales grandeurs soient 138 * 2 = 276 cases.

 

Nous allons présenter la méthode en développant certains aspects

 

Le Plan Comptable sur lequel s’appuie ESANE est le suivant. On part des principaux postes « Achats ».

 

 

1) Du compte de résultat issu du PCG, au comptes nationaux

On peut noter que ces postes n’apparaissent pas tels quels dans ESANE. En revanche, on trouve le poste « autres achats et charges externes » dans ESANE.

 

Dans PAC-CENF, les CI sont d’un certain montant qui se répartit entre les postes achats de matières (R212), les autres achats et charges externes (R214), et les variations de stock utilisateur (R213) .

 

2) La sous-traitance

 

a) Définition et prise en compte dans le PCR

La sous-traitance est définie dans le manuel Francis Lefebvre (page 816) : « opération par laquelle une entreprise confie à une autre le soin d’exécuter pour elle et selon un certain cahier des charges préétabli, une partie des actes de production dont elle conserve la responsabilité économique finale ».

On distingue deux catégories de sous-traitance dans le PCR.

 

– les achats de sous-traitance (comptes 604 et 605), qu’on appelle aussi la « sous-traitance incorporée », car elle reprend les achats de services immatériels et matériels lorsqu’ils sont incorporés directement aux ouvrages, travaux produits fabriqués. Cette sous traitance est très importante dans le BTP – construction.

 

– la sous-traitance générale (compte 611), relative à des charges générales (services) : administration, entretien, gardiennage, comptabilité, informatique, logistique, etc. (autres que ceux des comptes 604 et 605).

 

 

b) Traitement en comptabilité nationale

 

En comptabilité nationale., on enregistre systématiquement la sous-traitance en CI sauf quand on la considère comme un double compte (agences de voyage, organisateur de transport, promotion immobilière,…).

 

Plus précisément, on distingue dans les équilibres – ressources – emplois :

la CI1 : consommation intermédiaire autres que les suivantes (qu’on peut projeter),

la CI2 : sous-traitance incorporée (= sous-traitance industrielle dans l’industrie, sous traitance incorporée dans le BTP) (qu’on ne peut projeter),

la CI3 : sous-traitance structurelle d’organisation liée aux restructurations (qu’on ne peut projeter),

la CI4 : CI branches non marchandes, de la branche agriculture et des branches financières.

 

Cette distinction permet aux RSP de voir si un effet – ligne important n’est pas due à une forte variation de la CI des branches exogènes (CI4).

 

En comptabilité nationale, on a choisi de séparer les CI interprétables en terme de coefficients technique (relativement stable) des CI générées par l’organisation de la production (instables). Ces CI comprennent la sous-traitance classique (CI2) et toute sous-traitance liée à des restructurations (CI3). L’exemple suivant d’une entreprise automobile – qui éclate sa production entre 3 filiales, dont l’une (M) fabrique des moteurs qui transitent par l’entreprise (A) pour être utilisés ensuite par l’entreprise (F) qui fabrique les voitures qu’elle revend à (A) qui les commercialise – a pour objet de montrer que à valeur ajoutée inchangée entre 2 années, le traitement en comptabilité nationale aboutit à ce que les CI soient plus que doublées (schéma suivant). C’est l’exemple d’une entreprise automobile qui éclate sa production en plusieurs filiales.

 

Il est à noter que cette nouvelle organisation des entreprises a incité les statisticiens à enquêter les entreprises profilées plutôt que les unités légales pour consolider les flux entre les UL de contour d ‘une entreprise profilée.

 

Ainsi, le principal souci est d’affecter une partie de la sous-traitance du poste AACE en CI de biens car une partie de celle ci concerne des biens. Il faut aussi affecter les petites fournitures au poste « CI de biens » alors qu’elles sont inclues dans les AACE. On peut d’ailleurs espérer qu’avec le profilage, ce poste sous-traitance diminue.

 

On peut donc établir le tableau suivant sur les variables disponibles d’Esane en regard du PCG

 

 

3)  Les règles d’affectation en CI de biens ou CI de services à partir de PAC-CENF

La première étape consiste à estimer la CI de l’ensemble des biens et des services. Le partage entre CI de biens et CI de services peut être regardé à partir d’Esane en confrontant les CI d’Esane par secteur d’activité aux CI du TEI par branche. On fait la comparaison avec le TEI hors TVA déductible (HTD) car les CI d’Esane sont également HTD.

Dans le TEI par branche, les CI de biens s’étendent des achats de produits agricoles (A01Z) jusqu’à la réparation et installation de machines (E33Z) Les achats de services constituent l’ensemble qui va des produits de l’électricité aux autres services personnels.

 

Toutefois, les AACE comprennent aussi à l’intérieur du poste comptable 606 des petites fournitures et surtout la sous-traitance de biens, – qu’on avait évalué en base 2000 à partir de la variable D314 des fichiers de l’EAE industrie (sous-traitance incorporée) et de la variable D322 des EAE des services (achats de matériels) – qu’il faut rajouter aux achats de matières pour faire la comparaison avec les CI de biens du TEI.

ESANE ne fournit plus la variable D314 mais seulement la sous-traitance totale (variable D310). En base 2000 on disposait aussi des achats de matériels dans l’industrie (variable D323). C’est à partir de ces deux variables qu’on estimait la sous-traitance de biens. L’estimation de la sous-traitance de bien a été assez complexe en base 2005. Pour certains secteurs d’activité, la sous-traitance de biens a été mise à 0 pour ne pas avoir de CI négatives de services.

 

La méthode de décomposition employée sur le SIE-PAC en ancienne nomenclature (entre CI de biens et CI de services par secteur d’activité et par branche en niveau 138 de la nomenclature) a été reproduite sur les données PAC-CENF en base 2005 et base 2010 pour les secteurs d’activité de cette nomenclature. Elle a donné, somme toute, des résultats plus que satisfaisants au regard des comparaisons internationales.

 

Pour parvenir à un tel résultat, nous pouvons partir des données de PAC-CENF qui permettent de décomposer pour chaque secteur d’activité de la nouvelle nomenclature agrégée NAF138, les CI totales entre CI de biens et CI de services selon des clefs de répartition (tableau suivant). Ces clefs ont été respectées sauf cas de force majeure. C’est ainsi qu’il ne semblait pas opportun d’avoir près de 8 milliards d’achats de matières en base 2010 et base 2005 par le secteur d’activité promotion immobilière ; on n’en a pris que 5 %, le reste étant supposé faire partie des autres achats et charges externes. Il a fallu aussi rajouter les variables nouvelles d’Esane PAC pour la plupart dans les CI de services (gains des joueurs aux jeux d’argent, résultat du PMU constituant une production des organisateurs de courses, hors ESANE affectée à 80 % en achats de services).

 

Affectation des opérations aux biens ou aux services à partir de PAC-CENF (ESANE)

Nomenclature d’activité en 138 postes et regroupements entre CI de biens et CI de services

Sources statistiques utilisées pour estimer le TEI de la base 2005

III – UN EXEMPLE D’ÉQUILIBRAGE ENTRE LES LIGNES ET LES COLONNES A PARTIR DU CADRE « ACHATS »

Cet exemple est intéressant si l’INSEE dispose à l’avenir d’une enquête sur la structure des achats. Nous n’évoquons pas ici le passage des résultats de l’enquête au remplissage du TEI. Cette question est abordée ci dessous à propos des enquêtes du SESSI en 1999 (enquête d’achats de services par l’industrie) et aussi dans la page  transport à partir d’une enquête sur les achats dans l’industrie en 2005.

Cet exemple est différent de celui de la page d’accueil car le PIB retenu se situe entre les montants du PIB de l’approche « demande » et du PIB de l’approche « production ».Cette méthode pourrait être utilisée en France en cas de non calage absolu sur l’approche « production ». Il semble que ce soient le cas dans plusieurs pays.

Considérons, par exemple, les équilibres ressources-emplois simplifiés (premier tableau) correspondant à une première estimation.

Supposons que l’on dispose, par ailleurs, des résultats d’une enquête portant sur la structure des coûts des entreprises qui décompose les CI par produit. Les résultats de cette enquête fournissent un second tableau exprimant les consommations intermédiaires de chaque branche en pourcentage de leur production. Dans ce tableau, les branches sont en colonnes et les produits en ligne. Par exemple, la CI de la branche Agriculture en produits de l’industrie correspond à 10% de la production. Si l’on applique ces coefficients au tableau des équilibres ressources-emplois, on obtient le troisième tableau.

 

On suppose de plus que la colonne agriculture est non arbitrable (case fixée)

 

On voit que ce tableau n’est plus équilibré puisque, pour chaque ligne, le total des emplois n’est plus égal aux ressources, il faut donc le modifier en arbitrant entre les différentes sources disponibles. On voit aussi que le PIB de l’approche production est différent de celui de l’approche demande.

 

Trois options sont possibles :

 

1/ considérer que les équilibres ressources-emplois étaient corrects et qu’il ne faut pas les modifier, l’équilibrage consistera alors à ventiler les consommations intermédiaires par ligne sans toucher à leur total tout en modifiant le moins possible la structure des coûts donnée par l’enquête ;

 

2/ considérer que la structure des coûts de production est la meilleure source et modifier la consommation finale et la formation brute de capital fixe par produit ; il est possible de modifier également la production, ce qui amènera à recalculer les CI ;

 

3/ considérer qu’aucune donnée n’est parfaite et se donner le droit de modifier l’ensemble du tableau de manière à distordre au minimum sa structure, ce qui est généralement la meilleure solution en termes de qualité du résultat.

 

C’est ce que nous faisons dans le dernier tableau ci dessous.

1/ le PIB est à mi chemin entre celui de l’approche demande et de l’approche production.

2/ la colonne agriculture n’a pas été arbitrée

3/ la consommation des ménages (donnée exogène) n’est pas modifiée.

4/ la FBCF est modifiée (+150)

5/ les valeurs ajoutées de l’industrie et des services ont été modifiées dans des proportions à peu près identiques

6/ les nouvelles CI du produit industrie ont été réparties entre les branches industrie et services au prorata

 

IV – EXEMPLES DE SOURCES UTILISÉES PAR LE PASSÉ POUR LE TEI

 

1) l’enquête du SESSI sur les achats de services par l’industrie de 1999

On a pu estimer les CI de services par l’industrie à partir de l’enquête ponctuelle du SESSI de 1999 [9]. Selon, le SESSI, le rapport « achats de services / CAHT » est de 15 %, pourcentage qu’on a repris tel quel dans le TEI de 1999 comme coefficient technique Ce tableau a permis aussi de déterminer les marges de transports, moyennant l’hypothèse que c’est le producteur qui prend en charge le transport. Ces dépenses de transport (compte 624 du PCR), sont de 12,3 milliards d’euros.

 

 

2)  L’enquête partenariat de 1994 du SESSI (entreprises de plus de 20 salariés)

A titre d’exemple, on explique ici comment on a utilisé cette enquête pour répartir les CI des produits de l’industrie par branche dans l’édition (C20). Les méthodes sont les mêmes pour les autres produits (tableau suivant).

Selon l’enquête partenariat (chiffre d’affaire par secteur client-entreprise), le total des ventes des entreprises de l’édition est de 136 milliards de francs en, 1994. Il inclut 12,6 milliards au commerce de gros et 44,9 milliards au commerce de détail. Si les ventes au commerce de gros sont principalement destinées à d’autres entreprises (donc traitées en CI), les ventes au commerce détail vont pour la plus grande partie aux ménages (sauf la partie consommée par les détaillants pour leur propre CI, estimée à 3 milliards). Pour comparer les ressources de l’ERE avec celles qui découleraient de l’enquête partenariat, il faut rajouter les marges de transport et les marges de commerce aux ventes ainsi que le solde du commerce extérieur, les livraisons non vendues et le CA estimé des petites entreprises (l’enquête ne couvre que les entreprises de plus de 20 salariés). On procède ensuite à un certain nombre d’hypothèse pour répartir les CI par branches utilisatrices dans le TEI de 1995.

Pour estimer les ventilations des CI des produits par les branches, on a procédé en deux étapes. D’abord, on a fixé des cases en fonction des enquêtes de branche, permettant de calculer les CI des autres branches par solde et au prorata des données de l’enquête partenariat. Ensuite, pour des raisons d’équilibrage, on a retenu des estimations quelques peu différentes de celles calculées pour des raisons d’équilibrage. D’autres enquêtes du SESSI ont tété utilisées pour faire les TEI des bases 2000 à 2010.

 

3) Les TEI étrangers et les coefficients techniques de chaque pays

Les coefficients techniques français sont comparables à ceux des autres pays (source Eurostat et OCDE), à quelques exceptions près, tel que le coefficient technique de produits de l’industrie  (chime, engrais, pesticides,…) par l’agriculture (23% en France contre moins de 20% dans les autre pays européens, mais 23% aussi aux États Unis). Or, c’est justement une case « fixée » en France.

Les coefficients techniques des services par l’industrie et ceux des services doivent être estimés au mieux vu leur développement dans l’économie. Les CI de l’industrie (yc énergie) par l’industrie représentent 450 milliards d’euros en France en 2015. Celles des produits tertiaires (services) par les branches tertiaires (services) en représentent 810 milliards d’euros.

Le suivi des coefficients techniques mériterait d’être repris comme dans les anciennes bases [10].

Il convient de préciser les coefficients techniques dans les branches tertiaires (services), vu l’importance des montants. Le coefficient technique des services par les services de 28% en 2012 recouvre des niveaux différents selon les branches. Il apparaît surtout que le coefficient technique de services par les branches principalement non marchandes est particulièrement bas en France : à peine 12% en 2015 contre 14% en Allemagne et près de 19% dans de nombreux pays. Il s’agit de cases fixées en France mais la CI en énergie et produits industriels par ces branches est relativement élevée.

A l’inverse les coefficients techniques en services par les activités financières et immobilières et par les services aux entreprises (Activités spécialisées, scientifiques et techniques et activités de services administratifs et de soutien) sont parmi les plus élevés : respectivement 43%, un peu moins qu’en Allemagne, et 39% (comme en Belgique). Ce dernier ratio est de l’ordre de 34% dans plusieurs pays, voire en dessous (graphique suivant). Malgré le traitement des logiciels et de la R&D en FBCF, il correspond encore à 200 milliards d’euros de CI en 2015.

La méthode d’élaboration d’élaboration du TEI en base 2000 et 2005, a consisté à répartir les CI des produits une fois connues les cases « fixées ». Contrairement à l’industrie, on disposait de peu de sources  en ligne (quelques cases fixées comme l’intérim,…). En colonne du TEI, on disposait des « autres achats et charges externes » (qui s’apparentent aux services) par secteur d’activité dans la nomenclature en 138 et des données de la comptabilité publique pour les cases « fixées » des services principalement non marchands. Il est possible que les CI de services par les services aux entreprises aient été un peu ajustées sachant que  celles des services par les services principalement non marchands étaient fixées et que celles des services par l’industrie étaient connues par l’enquête du SESSI sur les achats de services par l’industrie. Mais le coefficient technique des services par ces branches augmente surtout entre 2010 et 2015, passant de 37% à 39%, rattrapant quasiment celui de la Belgique qui était le plus élevé en 2010.

Le coefficient technique en services par les branches financières et immobilières est plus difficile à modifier voire à interpréter car il faut tenir compte d’abord de l’importance des refinancements interbancaires. Au total, les deux tiers des 150 milliards de consommation de services par les branches financières et immobilières sont des CI en ces produits par ces branches, dont une partie importante concerne aussi la consommation de « services auxiliaires aux services financiers et aux assurances » par celles-ci.

 

Michel Braibant
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BIBLIOGRAPHIE

 

[1] Enquête Achats des entreprises, 02/03/2019  https://www.insee.fr/fr/metadonnees/source/serie/s1035

[2] Questionnaire de l’enquête achats des entreprises 2017 Insee-  https://www.insee.fr/fr/metadonnees/…/Achats2017_questionnaire_Construction.pdf

[3] ESPEER Transformation des tableaux Entrées – Sorties (TES) en table des coefficients techniques (IO),  BRGM – 2014 espeer.brgm.fr/spip.php?action=acceder…coefficients_techniques…

[4] http://public.iutenligne.net/economie/simonnet/conjoncture/documents/Leontief.html

[5] analyse des coefficients techniques des produits transports  depuis  1977, M. Braibant, F. Favre http://temis.documentation.developpement-durable.gouv.fr/pj/NS/NS_044_3.pdf

[6] La place de la santé dans l’économie française ; C. Pilarski, A. Bourgeois, 12e colloque de l’Association de Comptabilité Nationale, juin 2008

[7] enquête sur le recours aux services par les entreprises des services et du commerce en 2001, enquête sur les achats de services par l’industrie, Sessi, 2000, enquête partenariat du SESSI de 1994, etc…

[8] l’enquête du SESSI sur les consommations des services par l’industrie, 1999. (Cette enquête a été reconduite en 2005)

[9] The Role of Services in the New Member States: A Comparative Analysis Based on Input-Output Tables Doris Hanzl-Weiss and Robert Stehrer wiiw Research Report No. 366, November 2010

[10] évolution des coefficients techniques dans le tableau des entrées intermédiaires en base 90 : années 1977 à 1986, D. Demailly, document de l’Insee, n°07, août 1988

Tableau entrées-sorties mondial (T.E.S.)

Tableau entrées-sorties mondial (T.E.S.)