Partage Volume Prix


MÉTHODES DE CALCUL ET ÉVOLUTION DES PRIX DES SERVICES, DU COMMERCE ET DE LA CONSTRUCTION

 

SOMMAIRE

INTRODUCTION

I – COMPARAISONS INTERNATIONALES DES PRIX DES ACTIVITÉ TERTIAIRES

II – MÉTHODES DU PARTAGE VOLUME-PRIX DES ACTIVITÉS TERTIAIRES

III – PARTAGE VOLUME-PRIX DE LA CONSTRUCTION

 

Résumé

 

° Le calcul des indices de prix est parfois complexe dans les services modernes du fait des produits nouveaux et de la mesure de l’effet qualité. Plusieurs travaux de l’INSEE peuvent servir de référence [1], [2], (les nombres entre crochet renvoient à la bibliographie en bas de page). Mais on n’a pas assez fait, il nous semble, le rapprochement qui s’impose entre la théorie et les évolutions des prix, notamment à travers les comparaisons internationales. Les prix relatif de la valeur ajoutée des branches tertiaires ? On observe qu’ils augmentent plus que dans l’UE entre 1995 et 2007 (écart de 0,7% par an).

° On aurait pu croire que ces divergences sont dues à un problème comptable en France lié au délicat partage volume-prix des services aux entreprises, du commerce, des services administratifs (santé, éducation), bref des « services modernes ». Trois branches expliquent la hausse du prix relatif de la VA des activités tertiaires en France entre 1995 et 2017 : administration (dont notamment l’enseignement), activités scientifiques et techniques, activités immobilière. Le fait est que les méthodes de partage volume-prix y sont assez frustes : pour les premiers, la méthode « output » (calcul de la production en volume à partir d’indicateurs en quantité) aboutit à une croissance plus faible en France au début de sa mise en place;pas d’enquêtes sur les prix de nombreux services aux entreprises ; enfin pas de signification claire du partage volume-prix des loyers fictifs.

° Mais en fait, la raison principale serait autre : les divergences résulteraient d’une baisse du prix de la VA de l’industrie. De plus cette croissance relative des prix de la VA tertiaire ne se situe qu’avant 2008. L’explication vient d’une croissance forte du prix des CI des branches industrielles. Dans le tertiaire, ce serait l’inverse. La croissance de la VA de l’industrie serait elle surestimée ? La VA en volume est calculée par la méthode de la « double déflation » (différence entre la production et la CI en volume).

° Notons que la baisse du prix de la VA de l’industrie française entre 2000 et 2017 n’est pas unique. On observe cette baisse au Royaume Uni, Finlande, Suède. Ce prix est quasiment stable en Belgique. Mais il augmente de +13% dans l’UE et +19% aux États-Unis.

° De fait, les prix de la consommation finale (CF) des biens augmentent moins que ceux de la production qui évoluent eux mêmes moins que les prix des CI de ces produits entre 1995 et 2007. On observe ces divergences dans les autres produits industriels (réparation, maintenance,..) et surtout à la baisse dans les équipements électriques dont les prix de production et des importations diminuent beaucoup moins que ceux de la CF, entraînant par ricochet une légère baisse des prix des CI. Le phénomène est amplifié dans les produits informatiques. De même, les prix de l’électricité-gaz et du raffinage pétrolier augmentent plus pour la CI que pour la CF.

° En outre, non seulement les prix des CI des ERE de l’énergie augmentent plus que ceux des autres emplois, mais ils augmentent plus quand ces CI sont consommées par l’industrie. Cette divergence observée au niveau de la nomenclature A17 pour lesquels on dispose des TEI en valeur et volume, prix chaînés, résulte toutefois d’une augmentation plus rapide du prix du gaz que de l’électricité  jusqu’en 2007. Or il est d’abord consommé par l’industrie (45% des ventes aux entreprises). Alors que les branches tertiaires consomment surtout de l’électricité.

° Du fait de cette hausse des prix des CI des produits manufacturés et de l’énergie entre 1995 et 2007, surtout consommés par les branches industrielles et énergétiques (80% de leur CI), le prix de la CI par l’industrie augmente de 23% contre +13% pour le prix de la production. Aussi, la production en volume de l’industrie manufacturière baisse légèrement de 2,5% entre 2000 et 2017, quand la VA augmente de près de 14% (écart de 16,5%).

° Ici aussi, l’évolution n’est pas singulière : L’écart de croissance entre les évolutions en volume de la VA industrielle et de la production est parfois proche de 20% (États Unis, Belgique, Suède). Mais l’écart en Allemagne n’est que de 7%. Dans d’autres pays, les agrégats évoluent au même rythme (Pays Bas, Italie,…), La croissance de la VA de l’industrie en France est elle surestimée de l’ordre de 0,1%, notamment avant 2007 ? 

° La publication en 2005 du manuel de partage volume-prix d’Eurostat, a largement contribué a faire avancer les choses même si l’Insee avait anticipé d’enquêter les prix du commerce extérieur des biens pour compléter les indices de prix de ventes. En même temps, il mettait en place des enquêtes d’indice de prix des services. Tout ce dispositif est devenu opérationnel vers la fin des années 2000, permettant à la fois de mieux estimer les indices de prix des CI des produits manufacturés et aussi de la production des services. Le manuel d’Eurostat de 2008 « supply and use tables », précisait, lui, que le calcul du PIB en volume doit privilégier l’approche « demande » des EREs. L’approche production du PIB en volume (somme des VA et des impôts, nets des subventions, sur les produit) doit être ainsi calée sur le PIB en volume de l’approche « demande ». 

° Au début des années 2010, les indices de prix des principaux agrégats des ERE étaient bien mieux connus en France que durant la décennie précédente. On pouvait s’appuyer sur les indices de prix à la production (IPP) dans l’industrie et dans de nombreux service, sur les indices de prix du commerce extérieur, (au lieu des indices de valeur unitaire peu fiables au niveau d’élaboration des EREs),  sur ceux de la consommation finale (IPC), voire ceux de la FBCF : indice du coût de la construction (ICC) etc… .

 

°  S’agissant des gains de productivité du travail des branches tertiaires, ils  sont de +0,9% par an  entre 1995 et 2018 contre +0,9% dans l’UE. Ils augmentent en fait un peu plus vite dans l’UE (écart de 0,05 points). Dans l’industrie-agriculture, ces gains sont de +2,9% en France contre +2,7% dans l’UE mais de -0,5% dans la construction (+0,2% dans l’UE). Cette dernière divergence explique pour partie une moindre croissance pour l’ensemble de l’économie (+1,2% contre +1,4% dans l’UE); l’autre explication est la croissance à peine plus forte des gains de productivité tertiaires dans l’UE, mais qui aboutit à un écart global de 0,2 points du fait que la productivité du travail est d’un niveau plus élevé que dans l’industrie.

 

° De leur coté, les prix relatifs de production du tertiaire par rapport aux prix de production de l’industrie augmentent un peu plus fortement en France, mais d’un écart de l’ordre de 0,1% à 0,2%, et non de 0,7%. Dans certains pays (États Unis, Suède), la croissance des prix relatifs de production des services est même plus forte qu’en France entre 1996 et 2016. Depuis 2007, la France est le pays où les prix relatifs des services augmentent le moins  (+0,2% par an entre 2007 et 2016) contre +0,7% dans la plupart des pays.

 

° La divergence entre la France et les autres pays pour les activités tertiaires n’existerait donc qu’en terme de prix relatif de VA (+0,7% par rapport aux prix des biens), mais à peine en terme de prix relatifs de la production (0,1% à 0,2%) et quasiment pas pour la productivité du travail.

 

° Autrement dit, les évolutions des prix de VA des activités tertiaires et de l’industrie seraient relativement correctes en France entre 1995 et 2018, sauf de manière marginale entre 1995 et 2007. Tout au plus, les prix des produits électroniques consommés par les branches de l’industrie auraient pu baisser un peu plus entre 1995 et 2007. Mais peut on conclure que la croissance de la VA de l’industrie serait surévaluée de 0,1 point par an avant 2007 et celle du tertiaire serait sous-évaluée de 0,05 points ?

 

° D’autant qu’une petite partie de ces divergences s’explique par le fait que la VA de l’industrie est « pure » en France alors que dans les autres pays, elle inclut autour de 10% de VA de services comme activités secondaires dont les prix augmentent plus vite. Nous vérifions dans quelle mesure les indices de prix sont comparables entre le TES français en branche pure et les TRE étrangers en secteur d’activité ? 

 

° Dans la construction, le prix relatif de la production augmente plus vite que dans les autres pays (écart de 0,8 points par an avec l’Allemagne). Peut on conclure  que l’indice de volume de la production, et donc de la VA, aurait été minoré de l’ordre de 0,2% par an entre 1995 et 2017, les prix des CI évoluant correctement ? Le partage volume-prix est il mieux fait depuis 2010 avec le changement de méthode du calcul de l’ICC (méthode « hédonique »), prenant en compte les normes thermiques dans l’indice de volume et non dans l’indice de prix ?

  • D’un coté, les indices de prix de la production et de la CI de cette branche augmentent au même rythme de +0,9% par an, ce qui est un signe de meilleure prise en compte de l’effet qualité. Alors que le premier était nettement supérieur au second entre 2000 et 2010.
  • Mais la productivité horaire du travail augmente de 0,1% par an (comme en Italie) entre 2010 et 2018 contre +1% dans l’UE. L’écart s’accroît par rapport à la période 1995-2018. Certes la productivité du travail baisse aussi sur longue période en Italie (-0,8%) et en Espagne (-0,4%). On ne sait pas si c’est l’indice du prix de la production qui est encore trop élevé, ou bien un partage imparfait de celle-ci en valeur entre CI et VA, ou bien les heures travaillées qui sont mal estimées, à moins que ce soit la réalité. On note d’ailleurs que l’investissement en volume par cette branche progresse à peine durant ces 20 dernières années.

° On se réfère  aux séries en volume, prix chaînés, dont la méthode est présentée dans la page prix chaînés PPA. Ces séries ne sont pas additives. Compte tenu des sources disponibles (Eurostat distingue 7 branches tertiaires), nous les avons rendus additives, (voir méthode certes imparfaite ci dessous), pour le calcul du volume de l’ensemble de ces branches. Mais les conclusions restent valables. Nous essayons ici de d’analyser les mécanismes de comptabilité nationale d’évolution des prix des agrégats.

INTRODUCTION

 

 

1/ Le manuel d’Eurostat sur le partage volume-prix

Le partage volume-prix dans les comptes nationaux fait l’objet de préconisations par Eurostat à travers différents manuels dont :

• le SEC 2010, chapitre 10,

• Manuel de la mesure des prix et des volumes dans les comptes nationaux d’Eurostat de 2001, mis à jour en 2016, en cohérence avec le SEC 2010 [3],

• Eurostat Manual of Supply, Use and Input-Output Tables.

Les méthodes pour effectuer le partage volume-prix ont été classées en trois catégories par Eurostat : les méthodes A, les plus appropriées, les méthodes B dites de remplacement, pouvant être utilisées si les méthodes les plus appropriées ne peuvent l’être, les méthodes C qui ne doivent pas être employées.

 

Pour catégoriser un indicateur, quatre critères sont utilisés :

 

• l’indicateur doit couvrir l’ensemble des produits compris dans la classe considérée, ou seulement certains d’entre eux tels que ceux qui ne sont vendus qu’aux ménages.

 

• la valorisation de l’indicateur doit correspondre à l’emploi ou à la ressource considéré. Par exemple, pour la production l’indicateur doit de préférence être au prix de base alors que pour la consommation finale, il doit s’agir d’un prix d’acquisition.

 

• l’indicateur doit intégrer les variations de qualité, pour les enregistrer en volume. Il y a deux manières d’intégrer ces variations. Dans la méthode la plus classique, il s’agit de stratifier l’échantillon d’un produit en séparant les différentes qualités (par exemple une petite voiture et une grande voiture). Ce cas est assez bien géré.  Ce qui est compliqué c’est de comparer dans le temps les différentes qualités quand le produit évolue continûment  (par exemple une option GPS dans une voiture dont le prix diminue chaque année). Il s’agit d’évaluer en continu une amélioration de la qualité. Ce cas est plu complexe.

Dans ce cas, le plus difficile est de mettre en place un modèle hédonique, c’est à dire de prendre en compte l’utilité pour le consommateur. Le principe est d’évaluer la qualité des générations successives de matériels par quelques caractéristiques objectives (critères et qualités avec de très nombreuses strates qui ne sont pas nécessairement comparables de manière quantitative) pouvant être suivies dans le temps et dont on mesure comment elles sont valorisées par les consommateurs, en analysant les écarts de prix instantanés entre produits présentant des niveaux variables de ces caractéristiques. La méthode hédonique a été jadis appliquée aux ordinateurs (voir ci dessous). Les indices de prix correspondaient à des prix de FBCF importée, y compris marges commerciales; ils ne correspondaient pas à de véritables indices de prix de production. Cette méthode n’est plus appliquée.

Aujourd’hui, on essaie de stratifier les produits avec des qualités différentes. Quand il y a des produits nouveaux, on utilise la méthode appelée « matched models » (modèles appariés). On change ainsi systématiquement chaque année la base de mesure quand il y a des produits nouveaux, en ne retenant que les produits qui se retrouvent sur au moins deux années consécutives. On renouvelle ainsi continûment les séries de prix qu’on mesure pour ne prendre en compte que les évolutions de prix entre 2 produits strictement identiques.

 

• l’indicateur doit être cohérent avec les concepts des comptes nationaux.

 

Lorsqu’un indicateur répond aux quatre critères, il correspond à une méthode A. Dans le cas contraire, ce sont des indicateurs de type B ou C en fonction de l’écart qui les sépare de la méthode A. La méthode décrite est générale, l’attribution d’une méthode A, B ou C varie pour chaque type de produits. Le classement de ces méthodes a toutefois pu évoluer dans le temps, des méthodes théoriquement plus correctes ayant été écartées au vu de leurs implémentations assez instables.

 

2/ Le partage volume-prix en France, ses forces et ses faiblesses

Le partage volume prix des activités tertiaires posait problème dans les années 2000 dans 3 catégories de produits dont le poids est devenu très important (près de 50 % de la valeur ajoutée totale en France) : les services aux entreprises, les télécommunications, les services non marchands, le commerce.

La seconde étude mentionnée ci dessus pose la question des produits nouveaux, notamment les services des technologies de l’information et de la communication, ou la numérisation [4], [5].

La méthode des prix hédoniques est inapplicable à des services de la nouvelle économie tels que les abonnements aux services de téléphonie mobile qui se laissent difficilement résumer par un petit nombre de caractéristiques. Il n’ a pas été facile de calculer les indices de prix lors de l’arrivée sur le marché d’un quatrième opérateur de téléphonie mobile, en 2012 2013. Cet opérateur a tout de suite pris une part de marché importante, baissant le prix effectivement acquitté en moyenne, au point de conduire à une réduction du chiffre d’affaires nominal du secteur, mais sans qu’il y ait eu baisse immédiate comparable des tarifs des opérateurs en place. Tant que le tarif des autres opérateurs ne s’était pas ajusté, diviser un chiffre d’affaires nominal en baisse par un indice de prix calculé sur les opérateurs en place conduisait à une baisse des volumes, à rebours de l’impact qui était attendu de l’ouverture du marché. Ceci a temporairement conduit les comptes nationaux à une approche directe des volumes, leur évaluation sur la base d’indicateurs de quantités comme les durées de communication et les nombres d’envois de SMS ».

Il reste que les indices de prix sont presque plus nombreux dans les services, pour déflater les opérations d’un ERE. On dispose en effet d’indice de Prix des services à la production (autrefois appelés indice de prix des services aux entreprises). On dispose aussi d’indice prix des emplois, non seulement de la consommation finale (indice B to C), mais aussi d’indices de prix de la CI (indice B to B), et d’indice de prix des exportations. Alors que pour l’industrie, on ne dispose pas d’indice de prix sur la CI, ce qui supposerait en effet de maîtriser parfaitement le partage volume prix des marges commerciales. Notons aussi que pour l’industrie, les indices portent désormais sur la production au prix de base au lieu de celle au prix du producteur.

 

La mesure des volumes et des prix dans les comptes nationaux annuels français se fait par l’élaboration pour chaque année de tableaux entrées-sorties (TES) complets aux prix courants et aux prix de l’année précédente, à un niveau détaillé (138 branches et autant de produits, appelé « niveau G ») pour les comptes définitifs et semi-définitifs. Toutefois, pour certains produits (agriculture et services notamment), les travaux peuvent être menés par produit à un niveau plus détaillé encore, celui de 332 produits (niveau H). La réalisation du partage volume- prix dans le cadre du TES à un niveau fin assure une mise en cohérence de l’approche « production » et de l’approche « demande » au niveau de chaque branche et produit, en valeur, en volume, et en prix.

La méthode de partage volume prix est souvent la suivante ; ce sont différents indices et leurs sous composantes qui sont appliqués poste par poste d’un équilibre-ressources-emplois (ERE) : composantes de l’indice des prix à la consommation (IPC) pour la plupart des éléments de la demande finale des ménages, composantes de l’indice des prix de production industrielle (IPPI), autrefois appelés prix de vente industriels (IPVI) pour la production, l’investissement, les exportations et les importations, et estimation par solde pour le prix des consommations intermédiaires, (éventuellement de la FBCF). Autrement dit, ce dernier indice est implicite, donc assez fragile. C’est pourtant lui qu’on applique pour calculer les CI d’un produit par une branche et donc la CI totale de la branche en volume, et par voie de conséquence la, valeur ajoutée en volume (méthode dite de la « double déflation« ).

 

 

Les comptes sont « chaînés » : le principe des indices chaînés consiste à mesurer les indices sur des paires de dates consécutives et de multiplier les indices pour former une chaîne temporellement cohérente qu’on applique aux montants d’une année de référence. On obtient ainsi des « volumes chaînés au prix de l’année de référence N ». Le chaînage peut poser des difficultés en cas de série très irrégulière et fait perdre aux séries leur propriété d’additivité stricte. Pour autant, il est appliqué dans les comptes en actualisant les pondérations tout au long de la série. Les indices agrégés sont donc plus représentatifs de la structure de l’économie pour chaque année considérée. En outre, les taux de croissance des indices chaînés ne dépendent pas de la date de référence, ce qui limite les révisions en cas de changement de base. Au final, sont donc élaborées et diffusées des séries annuelles d’agrégats « aux prix de l’année précédente, chaînés », référence 2014, cette année étant celle de la dernière base en France. En Europe, l’année de référence est en général 2010.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

I – COMPARAISONS INTERNATIONALES DES PRIX DES ACTIVITÉS TERTIAIRES

Elles permettent d’apprécier en partie la mesure du partage volume prix des activités tertiaires en France, et sous réserve de quelques hypothèses mentionnées ci dessous.

 

1/ Les indices de prix et de volume du TES français et des TRE étrangers sont ils comparables ?

Il aurait fallu surtout comparer les indices de prix relatifs de la production des produits tertiaires plutôt que ceux de la branche.

  • D’une part, le Manuel d’Eurostat s’intéresse surtout à ceux-ci et non aux prix de la branche, encore moins à ceux de la VA.
  • D’autre part, les indices de prix des produits ne changent pas entre la méthode française du TES en branche pure et celle des TRE étrangers par secteurs d’activité alors que les indices de prix des comptes de production ne sont pas les mêmes dans les deux cas. 

Mais ces données font défaut sur longue période dans les bases internationales. On dispose toutefois des prix de production de la branche dans la base STAN (analyse industrielle) de l’OCDE.

Pour les activités tertiaires, les indices de prix de production et donc de valeur ajoutée des branches ne sont pas très différents entre le TES français en branche pure et les TRE étrangers en secteurs d’activités car la matrice de production est presque diagonale pour l’ensemble de ces activités (c’est cependant moins le cas dans un niveau détaillé de nomenclature). L’industrie, elle, diversifie sa production vers des services et du commerce pour près de 10%.  Du coup, il peut y avoir des divergences d’évolution entre l’indice de prix d’une branche pure et d’un secteur d’activité correspondant. N’exagérons toutefois pas trop les écarts entre indice de prix par produits et par secteur d’activité. L’exemple ci dessous le montre à partir de la matrice de production de la France de 2012, assimilée à la matrice de l’année (n). La matrice de l’année (n+1) n’est pas exactement celle de 2013.

Connaissant ces matrices en 3 grands secteurs (agriculture, industrie y compris énergie et construction, activités tertiaires), ainsi que les évolutions des prix de la production des branches-produits, on reconstitue les productions sectorielles en volume selon plusieurs méthodes : en appliquant d’abord les indices de prix des produits à la matrice de production de l’année (n+1) d’où on déduit des indices de volumes par secteur (partie gauche du tableau)  ou bien en calculant des indices de volumes soit à partir des structures de la matrice de l’année (n) (méthode 1), soit à partir des structures de l’année (n+1) (méthode 2), soit à partir de nouvelles structures (NS) en appliquant à l’année (n) le différentiel de structure entre les deux matrices (méthode 3) (partie gauche).

L’indice de volume du secteur industrie calculé ici à partir d’indices de prix fictifs (mais pas trop éloignés de la réalité) augmente de 1,8% tandis que l’indice de volume du produit industrie augmente de 2%. Les divergences sont négligeables pour les activités tertiaires.

 

 

Mais ce tableau est agrégé en 3 grands secteurs de l’économie (la part de la production des sommes des productions diagonales représente 95% de la production totale). En niveau 64 de la nomenclature, cette part n’est plus en France que de 90%.

 

Ainsi, les évolutions en volume des services sont plus comparables entre la France et les autres pays, que pour l’industrie dont les activités sont plus diversifiées. Les calculs de productivité du travail des activités tertiaires le sont aussi.

En revanche, pour des secteurs industriels dans un niveau plus détaillé de la nomenclature (mais aussi des services), telle par exemple l’automobile, il peut y avoir des divergences plus prononcées entre les indices de volumes des productions sectorielles et par produits.

 

 

 

 

2/ Les indicateurs retenus

On se réfère à trois indicateurs pour juger de la qualité du partage volume prix en France :

° Les prix relatifs de la valeur ajoutée (VA) et de la production des activités tertiaires,

° Les prix de la valeur ajoutée des activités tertiaires,

° Les gains de productivité du travail des activités tertiaires,

 

Il faut absolument se référer aux prix de production, autant qu’aux prix de VA.

En effet, les indices de prix de production des branches peuvent être mieux estimés car ils s’appuient sur les enquêtes d’abord dans l’industrie puis dans les services aux entreprises (Indice de prix de production) depuis la fin des années 2000. Mais ceux-ci sont un peu moins disponibles sur longue période que les prix de VA par pays.

En revanche, les indices de prix de VA sont à prendre avec quelque précaution car ils résultent de la méthode de la « double déflation ». Mais ce problème tend à s’estomper  : les indices de prix des CI par produits sont mieux estimés car les prix des importations et exportations sont progressivement enquêtés à la fin des années 2010, complétant ceux sur la production et la consommation des ménages. Il en résulte que les prix des CI des branches évoluent plus correctement (schéma suivant). On vérifie cette hypothèse dans la construction.

 

 

 

Choisir la valeur ajoutée permet toutefois de faire la synthèse avec la productivité, puisque celle ci se retrouve au numérateur dans les deux séries (productivité et prix relatifs).

 

On commence donc ici par les prix de VA malgré leurs possibles imperfections. Dans la base de données d’Eurostat, la VA est agrégée en 10 grandes branches dont 7 branches tertiaires en plus de l’industrie, l’agriculture et la construction. Prendre 7 branches tertiaires est idéal pour une première approche. Les prix de la production des branches ne sont par ailleurs pas calculables à partir d’Eurostat, les pays ne transmettant pas les volumes de la production.

Mais du fait des divergences trop fortes entre les prix relatifs français de la VA tertiaire et ceux des autres pays suite à une estimation assez surprenante, non pas tant du volume de la VA des activités tertiaires, mais de la VA de l’industrie entre 1995 et 2007, nous avons consulté la base STAN (analyse industrielle) de l’OCDE qui publie les productions en valeur et volume, donc les évolutions des prix, mais pas pour tous les pays de l’Europe. Cette base offre un découpage des activités tertiaires (commerces, services administratifs et d’assistance, santé,..) particulièrement intéressant sauf pour les services aux entreprises regroupés avec les activités immobilières.

 

De plus, quand des évolutions françaises sont divergentes comme c’est le cas du prix de la valeur ajoutée de la construction, nous avons regardé l’évolution du prix de la FBCF en construction qui lui est calculable à partir des données d’Eurostat. Ceci montre combien les calculs sont parfois délicats en se référant aux prix de valeur ajoutée. Aussi, les calculs de productivités du travail les complètent d’autant plus qu’ils se limitent à des variables absolues des branches tertiaires sans se référer aux évolutions des prix des biens.

 

Il reste à choisir quel indice de prix relatif et de productivité relative comparer à ceux des branches tertiaires :

° industrie-agriculture,

° industrie-agriculture-construction,

° ensemble des branches.

 

 

Comparer les prix et la productivité à ceux de l’ensemble de l’économie a moins de sens sachant que le tertiaire représente 80% de l’emploi et de la valeur ajoutée en 2017 en France. On donne cependant les principaux résultats pour nuancer ceux calculés en se référant à l’industrie-agriculture dans la base Eurostat et à l’industrie dans la base OCDE..

De plus, parce que les comptes de la construction semblent poser problème s’agissant du partage volume-prix (indice de prix relatif de la valeur ajoutée très élevé du fait d’un indice de prix des CI trop faible mais aussi d’un indice de prix relatif de la production plus fort qu’ailleurs alors même que l’indice du coût relatif de la construction n’est pas nettement supérieur à celui des autres pays), nous préférons comparer les prix et la productivité des branches tertiaires à ceux de l’industrie+agriculture en sachant toutefois que les prix de valeur ajoutée de ces derniers diminuent de 4% en France en 2017 par rapport à 1995, phénomène qui n’est pas exceptionnel, mais qui est quand même assez rare en Europe. Nous l’étudions ci dessous  (voir Désindustrialisation). 

 

 

 

Autre remarque importante, avec le chaînage, on sait que les séries en volume (prix chaînés d’une année de base) perdent la propriété d’additivité stricte. Hors les évolutions relatives de prix, quelle est la part de la valeur ajoutée de biens relativement aux services entre 1995 et 2017 ? Pour répondre à cette question, il faut choisir une année de référence pour fixer les niveaux de prix relatifs. En reprenant ensuite les seules évolutions en volume par branche et en recalant sur le volume total chaque année, on peut alors définir une part valeur ajoutée en volume et la faire évoluer au cours du temps. Naturellement, le chiffrage dépend directement de l’année de référence retenue pour les prix. On retient ici comme année 2010. Par définition, les valeurs ajoutées en volume de 2010 coïncident avec celles en valeur de la même année. Mais pour les autres années, elles dépendent des évolutions relatives des volumes. Par exemple, les prix chaînés n’étant pas équilibrés en 1995, on recalcule les valeurs ajoutées en volume de telle manière que la somme soit égale à 100 alors qu’en fait elle était égale par exemple pour la France à 101,5. Pour ce faire on divise toutes les valeurs ajoutées par 1,015. On fait de même pour les autres pays.

 

Sur le choix des périodes, nous avons pris outre 2017-1995 (disponibilité des séries sur la base Eurostat), 1995-2000, 2000-2007, 2007-2010, 2010-2017. En fait la croissance de la productivité du travail ralentit à partir de 2003 dans de nombreux pays telle la France [6].

 

3/ l’évolution des prix relatifs en terme de VA

a) l’observation du prix relatif de la VA tertiaire d’après les comptes nationaux

Si on s’en tient au premier indicateur, les prix relatifs des activités tertiaires (évolution des prix de la valeur ajoutée des activités tertiaires rapportée à l’évolution des prix de la VA de l’agriculture + industrie) augmentent de 1,4% par an entre 1995 et 2018, soit plus que la moyenne européenne (+0,7%). L’augmentation entre 1995 et 2018 (+38%) est de 10 points supérieure à celle des Pays bas, qui connaissent eux même une croissance assez forte des prix relatifs tertiaires. Elle se situe uniquement avant la crise de 2008. Depuis, les prix relatifs baissent en France alors qu’ils stagnent dans les autres pays (sauf au Royaume Uni et en Espagne où ils diminuent aussi), période où les prix de la VA de l’industrie – agriculture repartent à la hausse en France.

Cet écart est largement dû à la baisse des prix de la VA de l’industrie-agriculture de – 2,5% en 23 ans contre une hausse de 23% dans l’UE.

 

 

 

La plupart des branches tertiaires expliquent cet écart de 0,7 points. Les prix relatifs augmentent plus que dans l’UE entre 1995 et 2018 pour le commerce, les transports et l’hébergement ou les services divers aux particuliers (0,3 points d’écart); ils baissent moins en France pour les services d’information (encore 0,3 points d’écart).

Trois branches expliquent surtout l’écart de 0,7 points.

  • les activités immobilières (1,3 point d’écart),
  • les « Services principalement non marchands » qui correspondent au regroupement des « Administration publique », « Enseignement », « Santé humaine et action sociale », (0,8 points d’écart),
  • les activités spécialisées, scientifiques et techniques; activités de services administratifs et de soutien (0,9 point d’écart).

 

 

 

La structure des activités tertiaires explique aussi cette hausse relative.

Les activités spécialisées, scientifiques et techniques; activités de services administratifs et de soutien sont relativement importantes en France comme aux Pays Bas (respectivement 14% et 15% de la valeur ajoutée globale).

La valeur ajoutée des services principalement non marchands représente 25,5% de la valeur ajoutée globale en 2017 en France contre 19,7% dans l’Union européenne, (UE). Avec une hausse des prix relatifs de 2,2% par an, plus que dans l’UE (+1,4% par an), cette hausse contribue de manière non négligeable à la hausse des prix relatifs des activités tertiaires en France, plus forte que celle des autres pays. Les graphiques  suivants résument ces évolutions.

Il faut aborder maintenant les explications de ce phénomène de croissance des prix relatifs de la VA tertiaire. Il y en a probablement plusieurs : les indice de prix de production des services se généralisent à partir de 2010; ceux de l’industrie deviennent de plus en plus fiables. Mais deux explications paraissent probantes.

 

b) une première explication de la hausse relative des prix de la VA tertiaire par rapport à l’industrie : les prix des CI des produits de l’industrie augmentent plus fortement que ceux des autres emplois de l’industrie entre 1995 et 2007

Le tableaux suivant montre une première explication à la baisse du prix de VA de l’industrie, notamment entre 1995 et 2007. Les prix des CI des produits de l’industrie augmentent sensiblement (+18%) sachant que ces CI représentent les 3/4 de la CI par l’industrie. Les prix de production augmentent moins (+13%) et ceux de consommation finale encore moins (+10%).

Mais ce phénomène n’existe plus entre 2007 et 2017 : le prix de la production augmentent de +8%, celui de la CI de ces produits de +7% et celui de la consommation finale de +6%.

Ce phénomène concerne les équipements électriques, surtout les produits informatiques (-40% pour les prix de production, -23% pour ceux de la CI et -75% pour ceux de la CF) et dans une moindre mesure les autres produits industriels.

Il concerne aussi les produits de l’énergie : prix de production (+28%), prix de CI du produit (+69%) et prix de consommation finale (+16%).

 

 

 

 

1/ les produits de l’énergie

S’agissant des produits de l’énergie, une explication de ces divergences serait la forte croissance des prix de leurs importations (gaz, pétrole brut,..) qui pourraient affecter plus les prix de la CI que ceux de la consommation finale de ces produits. Rappelons que les CI représentent les deux tiers des importations selon le TES symétrique. Pour ces produits comme pour la cokéfaction-raffinage, les prix des produits importés augmentent plus vite que les prix de production entre 2000 et 2007 (graphique suivant).

Ce n’est en revanche pas le cas des biens d’équipements électriques dont les prix des importations baissent de -30% entre 1995 et 2007 alors que les prix de production baissent de -19%, divergence qu’on retrouve dans la quasi-totalité des produits manufacturés.

 

 

Rappelons que les consommations intermédiaires de l’industrie en produits de l’énergie et cokéfaction représentent un peu moins d’un tiers des CI de ces produits, ce qui n’est pas négligeable : 30% selon les comptes de l’Insee en 2000, (où les cases de l’énergie du TEI étaient « fixées » à partir de nombreuses sources), et 28% selon les données du compte satellite de l’énergie, mais 45% pour le gaz qui est importé, contre 32% pour l’électricité.

 

 

2/ les produits électriques et informatiques

Pour les produits électriques, la moindre baisse du prix des CI provient d’une baisse très forte du prix de la consommation finale des ménages. Cette baisse concerne surtout la Fabrication de produits informatiques, électroniques et optiques qui sont largement consommés par les ménages.

Mais même pour ces produits les prix de CI baissent moins que les prix de consommation finale des ménages, issus de l’IPC. Ils baissent de -12% par an entre 1995 et 2007 contre -2,2% pour les prix des CI, -4,2% pour la production et – 5,8% pour les importations ! La question est donc le calcul  (sa méthode) de l’indice de prix de la consommation finale des ménages.

 

 

Pour le calcul de l’indice de prix, lorsqu’un produit disparaît, il est rarement possible dans le cas des produits informatiques, électroniques (téléphonie mobile) de procéder à un remplacement « en équivalent » (c’est-à-dire de remplacer un ancien produit par un nouveau et de calculer directement l’évolution de prix entre ces deux produits), car les nouveaux produits mis sur le marché sont nettement plus performants que les anciens modèles, donc ne peuvent pas leur être directement comparés. La solution retenue dans l’indice des prix à la consommation (IPC) consiste à imputer au nouveau produit, lors de son introduction, une évolution de prix estimée selon différentes méthodes.

La plus utilisée est une méthode implicite qui utilise l’évolution moyenne observée sur l’ensemble des autres produits de la même famille. D’autres méthodes plus directes sont également employées, estimant explicitement la différence de qualité. La différence entre l’évolution de prix imputée et celle résultant de la comparaison directe entre le niveau des prix du nouveau et de l’ancien produit correspond à l’effet qualité. Celui-ci est positif lorsque le modèle de remplacement est plus perfectionné et négatif lorsqu’il est plus simple.

En rapportant la dépense des ménages pour le produit considéré à la quantité de pièces vendues, on obtient une valeur unitaire moyenne. Les fluctuations d’une valeur unitaire cumulent celle de l’indice de prix correspondant et celle de l’effet qualité. La baisse annuelle moyenne de prix des micro-ordinateurs est de 8,6 % par an entre 1995 et 2005. Sur la même période, la valeur unitaire moyenne de ces derniers n’a baissé que de 5,6 %. L’écart, dû à l’effet qualité, s’explique par la tendance longue du progrès technologique. Celui-ci est illustré par la « loi de Moore », qui veut que les performances des circuits intégrés (mémoires et processeurs) doublent tous les dix-huit mois.

Le succès des produits de téléphonie mobile rebondirait ainsi sur des produits nouveaux ou transformés. Leur prix initial est élevé alors que les performances sont limitées. La gamme s’élargit ensuite à des appareils moins chers, ce qui fait croître fortement les quantités vendues. Ensuite, la baisse des prix et l’évolution des fonctionnalités interviennent successivement, ce qui attire des consommateurs nouveaux et pousse au renouvellement rapide de ces produits.

Il reste que la baisse des prix de la consommation finale des ménages en « Matériel de téléphonie et de télécopie », est très forte en France : l’indice du prix est de 3,5 base 100 en 1995 (baisse de – 96%). On retrouve une telle baisse en Autriche, en Suède et en Finlande, surtout entre 1995 et 2007. Dans les autres pays, la baisse est moindre, notamment en Belgique  (-60%) et au Royaume Uni (-20%). Les évolutions sont d’ailleurs plus rapprochées pour la fonction » Matériel audiovisuel, photographique et de traitement de l’information ».

 

 

 

 

3/ les autres produits industriels

Les autres produits industriels comprennent des produits divers comme le textile-habillement, le bois-papier, la chimie et la pharmacie, les meubles, etc.. . En fait, si les prix des CI augmentent plus que ceux de la production et de la consommation finale (mais pas trop entre 1995 et 2007 : 0,1% d’écart avec les prix de production), c’est en grande partie lié à un effet de structure. Il n’y a que dans le textile-habillement, où la consommation des ménages est importante, qu’on retrouve cette divergence. Dans ce produit, les prix des importations baissent de -0 ,4% par an quand les prix de production augmentent de 0,5%. Comme les prix de la consommation finale augmentent de 0 ,3% et ceux des exportations de 0,2%, les prix des CI augmentent de 1%.

Le cas le plus rencontré entre 1995 et 2007 est celui où les prix de CI et de consommation finale évoluent de manière assez proche, nettement plus vite que les prix des exportations : dans la chimie les deux premiers augmentent de 1,4% par an et 2% tandis que les derniers progressent de 0,5%. On retrouve de telles divergences dans la Fabrication de produits en caoutchouc, en plastique et d’autres produits minéraux non métalliques : respectivement +0,8%, +1% et -0,1%, ou dans les autres industries : -0,1%, +1,1% et -3,2%. On peut admettre que les entreprises exportatrices compriment leur marges compte tenu de l’évolution des coûts unitaires, en particulier des salaires, et donc les prix à l’exportation progressent peu ; Dans ces produits les prix des importations progressent d’ailleurs plus ou baissent moins que les prix des importations (autres industrie) . Les prix du marché intérieur progressent plus fortement. Dans la pharmacie, c’est toutefois le contraire : prix des importations (-2,4%), prix des exportations (-0,4%).

Les évolutions sont en revanche assez nuancées entre 2007 et 2017. Les prix des importations augmentent parfois moins vite que les prix des exportations (textile-habillement, chimie, autres industries). Parfois c’est le contraire (bois papier, caoutchouc, en plastique et autres produits minéraux non métalliques, métallurgie). L’évolution la plus significative est la croissance très faible du prix de la consommation finale entre 2007 et 2017 du fait d’une baisse des prix de -2,6% par an dans la pharmacie et d’une progression modérée dans le textile habillement. On observe aussi des évolutions de prix de la CI et de la FBCF assez divergentes mais qui se compensent sur l’ensemble de la période 1995-2017.

 

 

 

 

c) Une seconde explication ; entre 2000 et 2007, le prix de la CI de l’énergie augmente plus quand il est consommé par les branches industrielles du fait surtout du prix du gaz et du fioul lourd; le prix des équipements électriques consommés par la branche « matériels de transport » augmenterait aussi.

Toutes ces évolutions pour ces 3 groupes de produits se répercutent sur celles des prix de  la CI des branches, et donc de la VA.

Outre la cokéfaction-raffinage, (dont la VA est relativement faible), deux branches sont d’abord concernées :

  • les « autre produits de l’industrie » (réparations, installations de machines,..), : prix de CI, +20% entre 1995 et 2017; prix de production, +10%, prix de VA, – 7%
  • la « fabrication de produits électriques et de machines et équipements » : prix de CI, -7% entre 1995 et 2017; prix de production, -19%, prix de VA, – 34% !

Mais d’autres branches connaissent la même évolution, telle l’industrie automobile, dont le prix de VA baisse de 18% entre 1995 et 2007 suite à une hausse du prix des CI par la branche de 6% et une stabilité du prix de production entre ces deux années (graphique suivant). La hausse du prix de la CI provient pour partie d’une hausse des prix des matériels électriques et informatiques dont les prix baissent pourtant entre 1995 et 2007 pour l’ensemble de la CI (baisse qui reste limitée par rapport à celle de la consommation finale ) : + 8% entre 1995 et 2010 alors que les prix de la CI de ce produit baissent de -9% ! Or la CI de ces produits par la branche « matériel de transport » représente plus du tiers de la CI globale de cette branche en 2017. Si le prix de la CI « intra-consommée » par la branche n’avait pas diminué de -13% entre 1995 et 2010, le prix de VA aurait chuté encore plus.

 

Ce phénomène des prix s’est inversé dans l’automobile après 2007 (hausse plus rapide du prix de VA que du prix de CI). Il s’est  quasiment arrêté  dans les biens d’équipements électriques et les autres produits industriels avec quand même une évolution des prix de VA dans ces deux branches toujours moins forte que les prix de production, à fortiori que les prix de CI (une baisse plus forte des prix de VA dans les premiers),   :

  • baisse de -10% du prix de la VA des produits électriques et machines et équipements entre 2007 et 2017, -4% pour la production, -1% pour les prix de CI;
  • respectivement -1% pour la VA des autres produits industriels, +3% pour la production et +5% pour la  CI.

 

 

 

 

 

Toutefois ce phénomène est amplifié par les évolutions de prix de ces CI par branche.

Nous pouvons observés les faits stylisés suivants au niveau de nomenclature très agrégée en 17 produits : entre 2000 et 2007, les prix des CI de certains biens (énergie, raffinage pétrolier,..) et des services augmentent plus quand ils sont consommés par l’industrie que quand ils sont consommés par le tertiaire. Les prix de l’énergie acheté par l’industrie augmentent de 131% entre 1995 et 2010, contre seulement + 14% par le tertiaire. L’écart est du même ordre de grandeur pour la cokéfaction-raffinage.

Ce phénomène n’existe pas entre 2007 et 2010 et quasiment pas entre 1995 et 2000. Les tableaux suivants d’évolution de prix des CI montrent cette divergence entre 2000 et 2007 (cases en jaune). L’énergie est un ensemble assez vaste qui comprend le gaz et l’électricité.

Cette divergence des évolutions des prix de l’énergie par l’industrie et le tertiaire pourrait en partie s’expliquer par la croissance du prix des importations des produits de l’énergie et de la cokéfaction-raffinage, plus forte que celle des prix de production (voir ci dessus), mais aussi par le fait que l’industrie est consommatrice plutôt du gaz, de fioul lourd notamment pour le raffinage pétrolier, alors que le tertiaire plutôt consommateur d’autres produits de l’énergie (électricité). Or le prix du gaz augmente plus que celui de l’électricité avant 2007, les évolutions étant plus proches entre 2007 et 2018, moyennant des fluctuations importantes du prix du gaz. Le calcul des CI des produits en volume (et donc des indices de prix des CI) se fait au niveau le plus détaillé de la nomenclature dans laquelle le gaz et l’électricité sont isolés. Pour le reste, les prix des CI d’un produit évoluent en théorie au même rythme quelque soit la branche qui le consomme, à moins d’arbitrages ou d’informations connues comme c’était le cas pour les prix de l’électricité avant l’ouverture à la concurrence.

Au contraire, les prix des CI des branches industrielles, y compris énergie, baissent de -1% entre 2010 et 2017 quand les prix de production augmentent de 4,5% et ceux de la VA de +6,2%. Il n’y a d’ailleurs plus de hausses plus fortes des prix de CI par les branches industrielles que des prix des CI par les branches tertiaires. Ce serait même l’inverse.  Par exemple le prix des CI de la cokéfaction-raffinage par l’industrie baisse de -13% quand celui des CI par le tertiaire baisse de -6%.

 

 

 

d) croissance plus rapide du prix des CI que du prix de la VA de l’industrie

Du coup, ces phénomènes entre 2000 et 2007 se conjuguent. Ils aboutissent à une croissance bien plus rapide des prix de la CI de la branche industrie que des prix de production, et donc à une baisse du prix de la VA entre 1995 et 2010. Dès lors, la CI en volume de l’industrie baisse de 11% entre 2000 et 2010 malgré une croissance de la CI en valeur plus forte que la production et donc que la VA.

e) Des évolutions du prix de la VA de l’industrie assez disparates selon les pays

Les bases Eurostat et STAN de l’OCDE montrent que la baisse du prix de la VA de l’industrie française entre 2000 et 2017 n’est certes pas unique : on observe cette baisse au Royaume Uni, Finlande, Suède. Le prix de la VA de l’industrie est quasiment stable en Belgique. Il y a néanmoins hausse  du prix de près de +15%, , dans la plupart des grands pays (+13% dans l’UE entre 2000 et 2018). Il est donc difficile d’en tirer des conclusions : les TEI des autres pays en volume ne sont pas disponibles. On ne peut ainsi juger de la réalité (fiabilité) de cette baisse du prix de VA de l’industrie de 5% en France. Cette évolution mériterait d’être confirmée.

S’agissant des prix des CI par l’industrie, ils augmentent plus ou moins dans tous les pays. Mais ces divergences n’ont rien d’anormales vu que les prix des CI évoluent différemment selon les pays comme les taux d’inflation.

 

 

 

4/ l’évolution des prix relatifs en terme de production

Le tableau suivant montre que la croissance des prix relatifs à la production des activités tertiaires (par rapport à ceux de l’industrie) augmente un peu plus en France qu’en Allemagne, Pays Bas, Belgique, avec un écart de l’ordre de 0,3% par an. Cette croissance relative est quasiment la même qu’en Italie (0,1% d’écart) alors qu’il y avait 0,7 points d’écart sur les prix relatifs de la VA tertiaire. Mais comme les prix relatifs tertiaires augmentent plus vite en Suède et aux États Unis qu’en France, l’écart serait ramené à près de 0,1%. On est donc loin des 0,6% observés pour les prix de VA (qui étaient comparés à ceux de l’agriculture-industrie). Par ailleurs, les prix relatifs des activités tertiaires augmentent beaucoup moins en France entre 2007 et 2016 (+0,2% par an)  que dans les autres pays (autour de +0,7%).

 

L’analyse par branches tertiaires précise ces évolutions. Les transports, les services aux entreprises et l’activité immobilière et enfin les services principalement non marchands expliquent la hausse un peu plus forte en France. On note une baisse du prix relatif de ces derniers en Allemagne entre 1996 et 2007, probablement à rapprocher des modérations salariales dans la fonction publique du gouvernement Schroder. On note aussi que ce même prix relatif (services principalement non marchands) augmente en France plus faiblement que dans les autres pays entre 2007 et 2016.

 

Dans deux branches (services de l’information et communication, et activités financières), les prix relatifs en France baissent, quasiment dans la moyenne pour les premiers, de manière inattendue pour les seconds. Ce résultat mériterait d’être confirmé.

 

 

 

 

 

5/ L’évolution des prix des activités tertiaires

Cette approche ne donne pas un diagnostic du partage volume prix des activités tertiaires en France car les taux d’inflation varient selon les pays. Entre 1995 et 2017, les prix de valeur ajoutée de l’ensemble des branches augmentent de 18% en Allemagne, 31% en France, 40% dans l’Union européenne, 68% en Italie. Donc un seul graphique suffirait : celui de l’évolution des prix de l’ensemble des activités tertiaires, en excluant le Royaume Uni du fait d’une évolution erratique du prix de valeur ajoutée des activités immobilières.

En fait, cette évolution est bien moins significative que celle des prix relatifs : certes les prix des activités tertiaires augmentent moins en France que dans la plupart des pays, mais comme l’inflation globale.

 

6/La productivité horaire du travail

Elle rapporte la valeur ajoutée en volume aux heures travaillées. Nous commentons ici les évolutions en référence aux avancées des méthodes de partage volume prix. Les tableaux suivants font apparaître faits suivants de manière très agrégée qu’il faudrait ensuite décomposer pour faire abstraction des effets de structure (voir Diversité tertiaire) :

1/ La productivité du travail croît un moins plus vite en France pour l’ensemble des branches tertiaires (+0,88% par an entre 1995 et 2019 contre +0,94% dans l’UE).

2/ Les gains de productivité un peu plus élevés dans l’industrie et l’agriculture en France que dans les autres pays (respectivement +2,9% et 2,7% par an)

3/ Depuis 2000, les gains de productivité dans l’industrie et l’agriculture sont moins élevés en France que dans l’UE. Cette évolution ne concerne pas les pays qui l’entourent.

 

 

On peut faire deux remarques complémentaires :

  • Les évolutions ne changent quasiment pas si on calcule la productivité du tertiaire (hors activités immobilières). En effet, ces gains ont ils un sens dans les activités immobilières, dont l’essentiel de la VA provient des loyers « imputés » que se versent à eux mêmes les propriétaires ?
  • La productivité du travail de l’industrie (y.c. énergie), évolue de 0,5 points de plus que celle des pays de l’UE entre 1995 et 2018 (+2,7% en France contre +2,2% dans l’UE).

 

 

4/ les gains de productivité sont moins élevés en France dans les Administration publique, défense, éducation, santé humaine et action sociale avant 2000 (-0,1% par an contre +0,8% dans l’UE). On peut rapprocher cette divergence entre 1995 et 2000 du fait que la méthode est encore une méthode de type « input » (calcul des indice de prix à partir des coûts). La méthode « output » n’est pas appliquée en France avant 2000 (calcul des indices de volume à partir d’indicateurs de quantité en essayant d’intégrer un effet qualité). De fait depuis 2010, les gains sont nettement plus élevés en France qu’en Europe.

5/ De même, les baisses de productivité sont plus importantes en France dans les « activités spécialisées, scientifiques et techniques; activités de services administratifs et de soutien » avant 2000 que dans les autres pays (- 0,5% par an contre -0,1% dans l’UE). Ceci peut être rapproché de l’absence d’indice de prix dans les services aux entreprises avant 2000-2005. De fait, entre 1995 et 2018, la productivité du travail est stable en France comme dans l’UE, sachant que ces activités comprennent les activités d’intérim qui faussent en partie les calculs de productivité.

6/ Les gains de productivité des activités financières évoluent à peu près au même rythme en France que dans l’UE, mais avec de fortes disparités (stabilité en Allemagne, +2% par an en France, voire plus dans de nombreux pays).

 

 

 

 

 

6/ synthèse entre l’évolution des prix relatifs et des gains de productivité

° Le partage volume-prix des activités tertiaires serait aussi bien fait en France que dans les autres pays entre 1995 et 2018 dans les EREs et les comptes de production (Production, CI, VA).

Les gains de productivité du tertiaire progressent en effet de 0,88% par an en France contre 0,94% dans l’UE .

Trois activités tertiaires contribuent surtout à la hausse des prix relatifs de la VA jusqu’en 2007 :

  • les activités immobilières,
  • les activités spécialisées, scientifiques et techniques,
  • activités de services administratifs et de soutien, et l’administration publique, défense, éducation, santé humaine et action sociale.

Or pour ces branches, les gains de productivité sont les mêmes que dans l’UE entre 1995 et 2017.

 

° On observe aussi que les prix relatifs de production ne progressent pas autant (de l’ordre de 0,1%) que les prix relatifs de la VA, du moins dans les pays où on a pu les calculer.

 

° Y a-t-il une sous-estimation de la croissance du prix de la VA de l’industrie de 0,1% par avant 2007 (la croissance de la VA en volume de l’industrie serait surévaluée de 0,1% par an) ? Elle serait due à une croissance sensible des prix des CI par l’industrie, du fait une hausse surprenante de 8% des prix des produits électroniques consommés par la branche « matériels de transport ». Qu’en est-il ? cette croissance impacte-t-elle l’évolution de la VA de branches tertiaires ?

 

Ces conclusions résultent à la fois des comparaisons internationales, et de l’analyse qu’on a pu faire sur le partage volume-prix dans les comptes français dans l’industrie et les activités tertiaires.

 

 

Il n’y aurait donc quasiment plus de problème de partage volume prix dans 95% de services  du point de vue de l’offre (« output ») des producteurs sauf pour quelques services R&D, auxiliaires financiers,…

L’imprécision de la qualité reste néanmoins une question importante s’agissant des résultats pour l’usager (« outcome »). Elle l’est notamment dans les services des télécommunications, des services d’assurance et financiers, des services d’éducation et de santé. S’est elle améliorée en France ? On n’en sait rien. Ceci est un autre travail.

 

 

 

 

 

II – MÉTHODES DU PARTAGE VOLUME-PRIX DES ACTIVITÉS TERTIAIRES 

 

1/ Services aux entreprises

Suivre les prix dans certains services est plus difficile que dans l’industrie ou l’agriculture, car les services produits peuvent être moins facilement identifiables que les biens physiques. Il est notamment difficile d’évaluer les variations de prix pour les types de services où chaque prestation est unique, est fonction de la demande du client, comme c’est souvent le cas dans l’ingénierie par exemple. De manière générale, quel que soit le secteur, il est difficile de faire la différence entre une variation pure de prix et une variation due au fait que le produit considéré n’est plus tout à fait le même d’un trimestre à l’autre (ce que les statisticiens appellent « l’effet qualité »)

Ainsi, toute la difficulté est de suivre des prix de prestation unique (d’un produit type de service ou d’un acte élémentaire). Or par nature, de nombreux services aux entreprises sont uniques (par exemple, le contrôle ou les services d’ingénierie d’une centrale EDF sur plusieurs années). D’autre part, certains services sont « liés » soit à un produit (exemple prestations informatiques liées à des fournitures de logiciels) ou autre exemple, une prestation forfaitaire qui contient plusieurs services (« TRIPLE PLAY ») téléphone, internet, télévision,… Comment les distinguer ? Il y aussi en permanence l’apparition de nouveaux services.

 

a) l’aspect théorique

Il existe plusieurs méthodes dans le manuel des indices de prix des services à la production d’EUROSTAT -OCDE qui ont été repris dans un manuel « Methodological guide for developping producer price indices for services » . Le fait qu’existent plusieurs méthodes montre la complexité du problème [7].

 

– Prix des composantes du service (« Component pricing ») : indices de prix dans les sondages (estimer chacun des prix des composantes) exemple :constitution de l’échantillon, phase d’enquête, restitution de l’étude,…on suit chaque trimestre les prix des prestations fictives d’un service à plusieurs prestations ;autre exemple : services de téléphone Méthode de facture type (« bill method ») à combien une facture comportant plusieurs composantes (appel local, appel international, SMS,…) évolue-t-elle tous les trimestres avec la même consommation (on le fait aux Etats-Unis mais pas en France).

– Prix des contrats (« Contract pricing ») : elle concerne des contrats répétés de longue durée ayant la possibilité être négocié (ristournes, remises,…) (exemple : nettoyage de bureaux, sécurité, locations mais aussi contrôle technique d’une centrale EDF ).

– Prix observés : pas d’hypothèses,

– Prix observés sur des transactions réelles (Direct Use of prices of repeated services )

– Prix issus de modèle (« Model pricing ») (méthode hédonique : téléphonie mobile) On décompose le prix d’une transaction type « fictive » en divers éléments (appelés «sections»). Elle se rapproche de la méthode « component pricing » mais en tenant compte d’une marge : c’est le prix indiqué pour ces diverses sections qui est suivi, pour reconstituer le prix de la transaction témoin à une autre date en ajoutant un pourcentage d’honoraires ou de la commission (exemple travaux d’architectes), ce qui est très subjectif (prix fictif).

– Pourcentage d’honoraires (« Percentage fees ») : Indice de commission * indice du produit (bien souvent). Par exemple pour les promoteurs immobiliers, on multiplierait l’ICC par le taux de marges des promoteurs. Pour les notaires, ce serait un pourcentage de leur rémunération sur leur transaction  multiplié par l’ indice INSEE d’évolution du prix de l’immobilier. Autre exemple, dans la publicité, on multiplierait le taux de commission d’achat aux régies d’espace publicitaire par les agences publicitaires par l’évolution du prix des espaces.

– Prix de ventes horaires des prestations de services : tels que le prix moyen de vente journalier d’ingénieurs en tenant compte de leur qualification : combien coûte en moyenne une journée de prestations de X ingénieurs informaticiens ?(ce n’est pas un indice du coût horaire car les ingénieurs ne travaillent pas que pour telle entreprise, de plus on ne prend pas en compte le temps de travail de tous les salariés de l’entreprise, par exemple les secrétaires,…). On trouve cet exemple chez les ingénieurs mais aussi les avocats (combien vaut l’heure d’un avocat sachant qu’il traite X dossier dans une heure) mais là aussi en tenant compte de leur qualification (avocat débutant, associé,…).

– Prix fondés sur le temps de travail – Indices de valeurs unitaires pondéré par la structure de la production : par exemple, chiffre d’affaires des entreprises d’intérim divisé par le nombre d’intérimaires en tenant compte de la structure des différentes qualifications : cadres, ouvriers,… prix unitaire de chaque prestation de télécommunication : SMS, appel téléphonique.

 

 

b) la situation en France jusqu’au milieu des années 2000

Jusqu’à la base 2005, on utilisait les principes suivants.

• des indices spécifiquement conçus pour un secteur de services et des indices approchés utilisés par défaut (méthode « B »).

• Dans les services aux particuliers, l’indice des prix à la consommation constituait souvent un bon indice spécifique.

• Dans les services aux entreprises, des indices de prix spécifiques avaient été mis en place progressivement. Il s’agissait d’indices de prix de vente construits à partir de prix collectés auprès d’un échantillon d’entreprises prestataires de services. La diffusion de ces indices couvrait un pourcentage non négligeable du champ des services aux entreprises, hors recherche et développement.

• En attendant la généralisation de ces nouveaux indices, l’indice des prix à la consommation était également utilisé comme indice de prix approché dans certains secteurs pour des activités consommées aussi par les entreprises (à des prix sûrement différents de ceux des ménages) : assainissement, location sans intermédiaires, intermédiation financière, assurance, etc.

• Le partage volume-prix de la R&D n’était pas satisfaisant. Une piste possible pourrait consister à prendre en compte des informations spécifiques sur le volume de brevets, une autre à travailler à la mise en place de méthodes économétriques prenant en compte un champ d’informations plus large.

 

c) Les progrès de la base 2010

En base 2010, Les indices des prix de production des services (IPPS) vendus à l’ensemble des marchés (« BtoAll » pour « Business to All ») constituent les principaux déflateurs des ventes. Les indices des prix de production des services vendus aux entreprises françaises (« BtoB » pour « Business to Business ») peuvent être utilisés pour déflater les consommations intermédiaires. Les indices des prix des exportations de services (« BtoE » pour « Business to Exports ») peuvent de même être utilisés pour déflater le commerce extérieur.

En base 2014, ne subsisteraient ainsi que quelques services dont la méthode de partage volume-prix est de type « c » : les services des activités auxiliaires de services financiers et d’assurance, la R&D marchande,certains services de l’action sociale,  les services des associations. Cette conclusion nous semble toutefois discutable. Elle se place du seul point de vue des producteurs, non des usagers, pour qui la notion de qualité (c’est à dire le « résultat »), n’a pas le même sens que pour les producteurs dont les prix sont enquêtés par les organismes statistiques.

 

En pratique, les indices des prix de production dans les services mesurent l’évolution des prix de transaction hors TVA (à prix de base et à prix de marché) des prestations de services vendues par les entreprises françaises. Ils relèvent également du règlement européen sur les statistiques de court-terme (règlement CE dit « STS » n°1165/98 du conseil du 19 mai 1998) en ce qui concerne le marché « BtoB » et du projet « STS package 2017 » en ce qui concerne l’ensemble des marchés (dits « BtoAll »). Quatre catégories d’indices ont en effet été définies, dont trois forment une partition du premier [8] :

Un indice BtoAll (Business to All) correspond à un indice de prix de production des services vendus à l’ensemble des marchés. Cet indice est obtenu par une agrégation « horizontale », (c’est-à-dire à chaque niveau de nomenclature) des trois indices qui suivent. Ils sont établis aux prix de base.

Un indice BtoB (Business to Business) correspond à un indice des prix de production des services vendus aux entreprises françaises, c’est-à-dire les personnes morales établies en France y compris les administrations publiques et les filiales françaises des groupes étrangers. Ces indices de prix sont établis aux prix de base ainsi qu’aux prix de marché pour permettre les indexations de contrats.

Un indice BtoC (Business to Consumer) correspond à un indice des prix de production des services vendus aux ménages en France, c’est-à-dire les personnes physiques résidentes en France ou non (les touristes). Les indices de prix à la consommation (IPC) sont la source principale pour le calcul de ces indices (les services étant peu importés). Cependant, des écarts subsistent entre ces deux indices du fait de concepts (en particulier l’IPC est établi aux prix de marché tandis que les indices BtoC le sont aux prix de base) et de nomenclatures divergents.

Un indice BtoE (Business to Exports) correspond à un indice des prix des exportations de services. Ces indices mesurent l’évolution des prix de transaction, incluant les effets de change, des services français vendus à des clientèles établies à l’étranger. Cet indice ne comprend pas les transports internationaux de marchandises qui suivent les concepts des comptes nationaux, notamment le retraitement CAF-FAB des échanges internationaux de marchandises. Ils sont établis aux prix de base et incluent les transactions intra groupes.

 

 

d) les logiciels

La production de l’ensemble des branches des services (90 % des ressources des ERE), pour un compte définitif, est estimée directement en valeur à partir des ventes branches issues de la statistique d’Esane. Le partage volume-prix de la production est généralement réalisé à partir des IPC ou des IPSE (indice des prix des services aux entreprises).

Lors d’un compte semi-définitif, la production en volume est obtenue en déflatant la valeur (indice de chiffre d’affaires) par des IPC ou des IPSE.

 

Ainsi, pour les produits J58Z1 et J60Z1 le prix choisi est en priorité le déflateur de la consommation des ménages, en l’occurrence l’IPC. Si l’utilisation de l’IPC pose des problèmes de cohérence au sein des ERE, le prix suit les IPSE disponibles. Pour les autres produits la valeur est déflatée par un IPSE (BtoAll).

 

Les ERE J58Z, J59Z, J61Z et J62Z comportent des importations (10 % des ressources des ERE) estimées en valeur à partir des données de la Balance des Paiements. Dans le cas où un IPSE (BtoE) est disponible (cas des J58Z2, J61Z et J62Z), il est utilisé pour le partage volume-prix des importations. Pour les autres ERE, le partage volume-prix est déterminé en utilisant le déflateur de la production.

L’utilisation du prix de production peut être remise en question si des IPSE (BtoE) sont disponibles.

Le volume des impôts (part très faible dans le total des ressources) suit l’indice de volume de la consommation des ménages. Les impôts concernent les ERE 59Z2, 60Z1 et 60Z2.

 

Les emplois

La consommation finale des ménages (15 % des emplois) est estimée en valeur à partir de diverses sources (Livre Hebdo, GfK, données de la Direction Générale des Médias et des industries culturelles, données des douanes, de la DGFIP, de la DG Trésor, données du Centre National du cinéma et de l’image animée, données du Syndicat National de l’édition phonographique, EAP, CA3). Le partage volume-prix repose sur l’IPC. A noter que pour le produit J60Z2, l’IPC retenu ne comprend que la contribution à l’audiovisuel public. Le partage volume-prix de la FBCF (40 % des emplois, essentiellement localisés sur le 62Z) est réalisé selon diverses méthodes.

 

Le partage volume-prix de la FBCF des logiciels spécifiques (J62Z) se fait en utilisant l’IPSE (BtoAll) de la « programmation, conseil et autres activités informatiques » (62).

 

Pour ce qui est des logiciels standards (J58Z2), la FBCF est le poste solde de l’ERE en valeur comme en volume. L’l’IPSE « Édition d’autres logiciels » (58.29) est utilisé depuis le SD 2015 pour le partage volume-prix de l’ensemble des opérations de l’ERE, à l’exception de la consommation des ménages (qui ne pèse quasiment rien). De ce fait, le déflateur de la FBCF peut s’écarter très légèrement de IPSE « Édition d’autres logiciels ».

Le partage volume-prix de la FBCF des autres ERE est calculé au niveau H en utilisant le déflateur de la production.

Les ERE J58Z, J59Z, J61Z et J62Z comportent des exportations (10 % des emplois environ). Dans le cas où un IPSE (BtoE) est disponible, pour les produits J58Z2, J61Z et J62Z notamment, il est utilisé pour le partage volume-prix des exportations. Pour les autres ERE, le partage volume-prix est déterminé en utilisant le déflateur de la production. L’utilisation du prix de production peut être remise en question si des IPSE (BtoE) sont disponibles.

 

Appréciation sur la qualité du partage volume-prix

La méthode d’évaluation des évolutions en volume utilisant une déflation par l’IPSE peut être considérée comme une méthode de « type A ». La méthode d’évaluation des évolutions en volume utilisant une déflation par l’IPC peut être considérée comme une bonne méthode (« type A ») dans le cas des produits utilisés essentiellement par les ménages, et s’il s’agit d’un indice correspondant bien au contenu du poste considéré de la nomenclature. Dans le cas contraire, on considère qu’il s’agit d’une méthode de « type B ».

 

 

e) les services de télécommunication

Le partage volume-prix de la consommation finale des ménages ne suit pas nécessairement l’IPC, assis pour les services de téléphonie mobile sur un pricing model qui présuppose que le consommateur est parfaitement informé des offres de prix et choisit la meilleure offre de prix correspondant à son profil parmi les offres d’un opérateur donné. En particulier, au moment de l’arrivée de Free sur le marché du mobile, Free étant un nouvel opérateur, ses offres ont été traitées comme de nouveaux produits par l’IPC, qui n’a par conséquent par pris en compte correctement la baisse des prix en 2012-2013 : comme nous l’avons déjà vu, une méthodologie assise sur les quantités transmises par l’ARCEP (minutes de communication, SMS/MMS) a ainsi été mise en place aux comptes nationaux pour l’évaluation des volumes de téléphonie mobile à partir du milieu des années 2000, et ce jusqu’au compte provisoire 2016. Toutefois, les données transmises par l’ARCEP ne permettent plus d’utiliser cette méthodologie désormais, et une nouvelle méthode, exploitant cette fois ci l’IPC compte tenu de la stabilisation récente du marché et malgré les hypothèses sous-jacentes à sa construction, a été élaborée.

 

 

f) La production des services indirectement mesurés (SIFIM)

Elle se mesure en valeur par la marge prélevée par les intermédiaires financiers sur leurs opérations d’intermédiation (dépôts et crédit).

Les intermédiaires financiers prêtent à un taux plus élevé que le taux auquel ils se refinancent et rémunèrent leurs dépôts à un taux inférieur au taux de refinancement. Cette marge se calcule par rapport au prix moyen du refinancement des intermédiaires financiers, c’est à dire par le taux d’intérêt moyen des opérations interbancaires. Le calcul de la production en valeur est fait en distinguant les encours, les dépôts et crédits et les secteurs institutionnels.

Le volume de la production des SIFIM est calculé à partir de l’évolution des encours des crédits et des dépôts par secteur institutionnel déflatés par le déflateur du PIB.

La valeur des échanges extérieurs de SIFIM est estimée à partir des données de la Banque de France, leur volume est calculé à partir de l’évolution des encours des crédits et des dépôts par secteur institutionnel déflatés par l’indice de prix du PIB.

La consommation des ménages (10 % des emplois correspond au SIFIM pour le secteur institutionnel des ménages, hors crédit logement. Elle est calculée en volume à partir des encours des crédits et dépôts des ménages déflatés par le déflateur du PIB, en valeur à partir de données de la Banque de France.

La consommation intermédiaire (80 % des emplois) constitue le solde de l’ERE et comprend de tous les secteurs institutionnels résidents ainsi que le crédit logement des ménages.

Cette méthode est dite de type B.

 

 

2/ services non marchands de santé et d’éducation

 

La production à prix courants des branches non-marchandes dans les comptes nationaux est évaluée par la somme des coûts.  Si cette méthode permet d’évaluer la production à prix courants, elle ne permet pas de décomposer l’évolution de cette grandeur en un élément de prix et un élément de volume. Là encore, en l’absence de transactions sur le marché, il n’est pas possible d’observer des prix, donc de calculer un déflateur adéquat pour cette production. Pour un calcul de comptes à prix constants, les comptables nationaux ont proposé jusqu’à la base 95 une méthode « basée sur l’input » : déflation des coûts par un indice de prix des facteurs. Dans cette approche, on calcule un indice de prix des divers facteurs qui interviennent dans la formation du coût : indice de coût salarial par exemple et on considère que l’évolution de ce coût correspond à celle du prix qu’on veut mesurer. Mais utiliser l’évolution du coût comme indicateur d’évolution des prix suppose qu’il n’y a pas de gain ou de perte de productivité des facteurs dont on mesure l’évolution des coûts.

 

C’est pourquoi les méthodes « output » sont utilisées depuis la base 2000 pour les services d’éducation et de santé. Les coûts unitaires des services non marchands sont considérés comme des prix. Le volume de la production non marchande est obtenu en pondérant les quantités produites de chaque service par leurs coûts. Par exemple, l’évolution en volume de l’activité des établissements publics d’enseignement suit l’évolution des effectifs dans les différents niveaux d’enseignement pondérés par le coût moyen de l’élève/étudiant dans les différents niveaux d’enseignement. L’évolution en volume de l’activité des hôpitaux publics suit l’évolution du nombre de patients pris en charge par groupe homogène, pondéré par le coût moyen de traitement dans chaque groupe homogène.

Pour calculer cet indice de volume, il faut donc disposer de l’évolution des quantités au sein de chaque poste élémentaire, ainsi que de la structure en valeur de ces postes l’année de base. C’est la principale difficulté d’application des méthodes output, dont la mise en œuvre est subordonnée à la disponibilité de données à un niveau fin.

Dans certains pays des tentatives ont été faites pour étendre cette méthode à d’autres domaines (police, justice p. ex.), généralement en liaison avec le souci d’essayer de mieux mesurer l’efficacité des services publics. Mais ces travaux posent des problèmes méthodologiques, dans la mesure où des indicateurs de résultats ne couvrent généralement qu’un des aspects de l’activité, l’aspect « répression » par exemple dans le cas de la police, alors qu’il peut également être considéré que l’aspect « prévention » est la finalité première de l’activité.

Mais le principal problème de la méthode « output » est d’introduire un effet qualité. Les indicateurs de volume à l’étude (nombre d’élèves ou d’heures d’enseignement pour le secteur de l’éducation, nombre de traitements pour le secteur de la santé) ne permettent généralement pas de capter l’évolution de la qualité du service. Si aucune correction n’est apportée, les augmentations de coûts visant à améliorer la qualité passent intégralement dans l’indice de prix et la productivité ralentit, voire décroît.

On peut distinguer deux types d’effet qualité. Le premier concerne la qualité du produit final, proche de la notion de « résultat » (par exemple, niveau des diplômes délivrés par le système éducatif, ou bien taux de survie après une opération dans le secteur de la santé). Le second prend en compte la qualité du processus de production, à résultat donné. Dans le domaine de l’éducation, il s’agit par exemple de mesurer la valeur ajoutée de l’école, en contrôlant toutes les variables socio-démographiques qui peuvent avoir une influence sur la réussite des élèves. Dans sa présentation de l’enquête PISA, l’OCDE a d’ailleurs distingué les scores moyens obtenus par les différents pays et les scores obtenus après contrôle des caractéristiques socio-démographiques des élèves (par exemple : niveau de formation des parents, nombre de livres disponibles à la maison,…).

Un autre débat concerne l’étendue des services rendus par l’éducation et la santé. Le choix d’un indicateur plutôt qu’un autre pour la production finale des deux secteurs peut se justifier suivant que l’on considère, ou non, le PIB comme un indicateur de bien être. Concernant le système éducatif, la production doit-elle être appréciée en fonction du nombre de diplômes délivrés ou bien en fonction du taux d’emploi des sortants après X années ? Dans le 1er cas, il s’agit plutôt d’un output  (« production ») et dans le second d’un outcome (« résultat »). Au-delà de l’indicateur retenu, le fait de considérer le PIB comme un indicateur de bien être peut influer sur le choix des pondérations (coût du service ou bien utilité sociale).

Pour ces services non marchands (santé et éducation), s’agissant de services individuels, la méthode employée respecte les préconisations d’Eurostat mais doit être classée comme méthode « B », car le volume ne prend pas en compte l’effet qualité.

 

a) Santé non marchande

Le volume de la production non marchande est calculé à partir d’une méthode « output » par la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (DREES) [9].

L’indice de volume de la production est construit en pondérant par leurs coûts relatifs les indices de variation de multiples indicateurs d’activité hospitalière fournis par l’enquête « Statistique Annuelle des Etablissements » (SAE), ainsi que des indicateurs d’activité obtenus via le « Programme de médicalisation des systèmes d’information » (PMSI).

La production de santé non marchande des hôpitaux se décompose en un certain nombre de traitements pouvant être regroupés en trois grands postes. Pour chacun de ses grands postes, un indice de volume est construit :

* les soins de court séjour médical-chirurgie-obstétrique (MCO) Les données du PSMI fournissent par Groupe Homogène de Malades (GHM, au nombre de 600) des nombres de séjours et de journées (assimilé à un indice de quantité) ainsi que des coûts unitaires par séjour (utilisés pour la pondération).Ces différentes données permettent de construire un indice de volume.

* les soins de suite et de réadaptation (SSR) Les données de la SAE fournissent des quantités sur le nombre d’entrées en hospitalisation complète et partielle. Ces informations sont assimilées à un indice de volume.

* la psychiatrie

Les données de la SAE fournissent des quantités sur le nombre d’entrées en hospitalisation complète et partielle. Ces informations sont assimilées à un indice de volume.

 

 

Éducation non marchande

La production de l’enseignement non marchand (100 % des ressources) comprend de la production des administrations publiques (APU) et des institutions sans but lucratif au service des ménages (ISBLSM).

Les effectifs par niveau d’enseignement et par filière, publiés par le ministère de l’Éducation, ont été retenus comme indicateurs de volume. Les effectifs par niveau d’enseignement et filière sont pondérés par les coûts moyens (coût de l’heure d’enseignement selon le niveau et la filière).

L’évolution du coût total entre deux périodes successives se décompose comme le produit d’un indice de l’évolution de la quantité (assimilé à un indice de volume) par un indice de l’évolution des coûts de production (à volume fixé).

Cependant, ces indicateurs ne donnent pas d’information sur la qualité de l’enseignement reçu. Le volume de la production non marchande des ISBLSM suit l’indice de volume de la production non marchande des APU. L’indice de prix de la production non marchande est obtenu par solde.

Le manuel d’Eurostat recommandait dans un premier temps d’utiliser un volume d’heures d’éducation par type d’enseignement mais admettait que le nombre d’élèves lui-même constitue un bon indicateur lorsque le nombre d’heures x élèves n’est pas disponible.. Pour de nombreux pays toutefois, la durée moyenne par étudiant est une durée théorique et non réelle. Eurostat souhaitait également mesurer la qualité à partir des enquêtes PISA (Program for International Student Assesment) en utilisant les résultats aux examens ou la taille des classes : par exemple nombre d’élèves qui sont sortis chaque année avec succès des différentes classes de l’enseignement élémentaire et de l’enseignement secondaire. Dans cet indice, le succès correspond à l’accès à une classe de niveau supérieure ou l’obtention du diplôme (baccalauréat).

Selon les principes de la méthode « output », plusieurs indicateurs sont susceptibles d’être utilisés pour appréhender le volume d’enseignement non marchand :

• le nombre de reçus aux examens,

• le nombre d’élèves sortant avec succès d’une année d’enseignement,

• le nombre d’heures x d’élèves par niveau et par matière,

• les effectifs d’élèves par niveau et par filière,

 

Les effectifs d’élèves par niveau et par filière, qui sont publiés régulièrement par le ministère de l’Éducation, avaient finalement été retenus en base 2000 comme indicateurs de volume. Mais ils ne donnaient pas d’information sur la qualité de l’enseignement reçu. Les évaluations en base 2000 conduisaient ainsi à réviser à la baisse l’évolution du volume de la production d’éducation non marchande entre 1995 et 2005, calculée en base 95 selon la méthode « input ».

En effet, l’évolution positive du volume en base 1995 traduisait l’augmentation des moyens mis en oeuvre, notamment l’amélioration de la qualification des enseignants et leur nombre. En base 2000, la stagnation du volume constatée depuis 1996 était liée à l’évolution démographique (baisse des effectifs scolarisés dans certaines filières), non compensée par une augmentation de la fréquence de réussite aux examens ou un accès plus fréquent dans une classe de niveau supérieur (voir graphique ci dessous). Le résultat garde un caractère conventionnel, lié au principe encore fruste dont est appréhendé le volume d’éducation, en particulier l’effet qualité.

 

 

Sur la période 1995-2016, le prix relatif de la production de l’enseignement augmente assez fortement, comme en Allemagne. Cette hausse assez forte du prix relatif explique donc en partie la hausse du prix relatif de la valeur ajoutée du bloc administration, santé enseignement plus forte en France, observée ci-dessus. En revanche, le prix relatif de la production de la santé, soins, action sociale évolue plutôt comme celui des autres pays, la courbe de la Finlande dont le prix augmenterait fortement n’ayant pas été mise dans ce graphique.

On ne peut que s’interroger sur une croissance trop forte du prix des services d’enseignement en France, fondé sur la méthode « output », où le volume évolue comme le nombre d ‘heures élèves qui lui évoluent très faiblement, voire diminue.

Un travail d’harmonisation sur ce sujet est sans aucun doute nécessaire, sans lequel les comparaisons internationales, au sein de l’Union européenne elle même, risquent d’être biaisées.

 

 

 

3/ le commerce ou les marges commerciales (voir Marges de commerce)

Pour décomposer l’évolution de la production de marge commerciale en une évolution en volume et une évolution en prix, on se heurte à une double difficulté : ni le volume, ni le prix du service commercial, c’est-à-dire la marge, ne sont observables directement.

 

 

a) Le manuel d’Eurostat sur « les prix et les volumes ».

Le manuel d’Eurostat sur « les prix et les volumes » a tenté de clarifier la méthode du partage volume prix des marges commerciales. Une approche susceptible – en théorie – de tenir compte des variations de la qualité des services de commerce consiste à appliquer le mode de calcul de la production à prix courants (sous forme de marge) au calcul à prix constants, c’est-à-dire à déterminer la marge à prix constants sous forme de différence entre les ventes et les achats à prix constants. Prenons l’exemple suivant d’un détaillant dans le tableau suivant..

Le rapport de la marge aux ventes à prix courants est passé de 16,7 % en (T-1) à 18,0 % en T. La question est de savoir comment décomposer cette augmentation en une variation de volume et en une variation de prix. Supposons que nous disposons d’un indice de prix pour les ventes (un indice des prix de détail, soit 102,5 dans l’exemple) et d’un indice distinct pour les achats (un indice des prix de gros, soit 101,9 dans l’exemple). L’indice de prix pour les ventes concerne le produit composite « bien + service de commerce ». Cet indice de prix tient compte des variations de la qualité du bien ainsi que de celles du service de commerce. La marge à prix constants peut alors s’obtenir en déflatant les ventes et les achats au moyen des indices de prix correspondants. La valeur de la marge aux prix de l’année précédente est égale à la différence entre la valeur des ventes et celle des achats aux prix de l’année précédente. Dans l’exemple, l’indice de prix obtenu pour la marge est de 105,4.

 

En ce qui concerne les indices de volume, s’il n’y a pas de variations des stocks, la variation de la quantité de biens achetés est égale à la variation de la quantité de biens vendus. Toutefois, la variation de volume des achats ne doit pas nécessairement être égale à la variation de volume des ventes dans la mesure où la qualité du service de commerce peut avoir changé. C’est le cas : les ventes progressent de 6,1 % alors que les achats enregistrent une hausse de 5,0 % : ceci traduit une amélioration des volumes des services commerciaux de 11,5 %.

 

Cette méthode préconisée par Eurostat est de type « A ». Elle suppose que l’on distingue les ventes et les achats et implique donc que l’on dispose d’indices de prix appropriés. Eurostat fait référence à un indice de prix de gros, par exemple un IPP pour les achats, à un indice de prix de détail pour les ventes.

 

b) La méthode française

Elle est résumée ci dessous :

 

La méthode « française » correspond à une méthode de type B, puisqu’elle ne prend en compte qu’une faible partie des variations de la qualité qui reflètent l’évolution en volume du service de commerce : avec cette méthode toute amélioration de service commercial n’apparaît n’est en effet pas distinguée en tant que telle, donc ne se trouve imputée sur la marge en volume qu’à due proportion de cette marge dans le prix de vente au lieu de l’être totalement.

 

c) Comparaison des résultats des 2 méthodes

Cette méthode peut dans certains cas aboutir à des partages volumes-prix très différents de celle préconisée par Eurostat (voir exemple dans le tableau ci après) :

En pratique, dans les ERE au niveau H, le partage volume-prix des marges se fait selon chaque emploi. En effet, la nature de l’emploi est un des facteurs de disparité des taux de marge car il conditionne la longueur du circuit de distribution (les détaillants interviennent pour la consommation finale mais généralement pas pour les consommations intermédiaires). L’indice de volume de la marge est pris égal à celui de l’emploi, d’où l’on déduit l’indice de prix. La méthode « française » conduit alors à ce que le volume global de la marge figurant en ressource est obtenu par addition des volumes des marges sur les différents emplois (hors les variations de stocks sur lesquelles il n’y a pas de marge). Son indice de volume intègre donc bien les variations dans la structure des emplois. Les volumes de marges aux niveaux plus agrégés sont obtenus par agrégation des volumes au niveau H et intègrent donc bien les variations de structures entre les différents produits et les différents emplois (pour le total des marges).

En appliquant cette méthode au niveau le plus fin possible, cette façon de procéder pour opérer le partage volume-prix des marges est admissible. En effet, si le SEC privilégie la méthode d’Eurostat, il décrit la méthode française comme applicable à condition de « tenir compte du fait que les marges commerciales varient parmi les différents produits et emplois ».

 

d) Appréciation et comparaison des deux méthodes (Eurostat et méthode française)

Si l’application de la méthode d’Eurostat (marge à prix constants sous forme de différence entre les ventes et les achats à prix constants) permet une meilleure prise en compte de l’amélioration des services commerciaux en volume, elle a toutefois l’inconvénient de conduire à des résultats parfois peu intuitifs et volatils. C’est notamment le cas lorsque la part des marges dans le total des ventes est relativement faible (cf. tableau ci-dessous) : construit comme le rapport entre ventes et achats en valeurs d’une part, ventes et achats en volume d’autre part, le prix résultant peut être très divergent des prix de l’IPC et de l’IPPI utilisés. Dans cet exemple, un indice des prix des ventes au détail (IPC) à 4 % et un indice de prix d’achat (IPP) à 3 % conduisent à une hausse des prix des marges de 28 %, une baisse des volumes de 22 %, le taux de marge en valeur étant inchangé.

Or, la précision des estimations des indicateurs de prix utilisés n’est souvent pas suffisante pour s’assurer que la différence entre l’IPC et l’IPPI sur un même produit est significativement différente : la méthode d’Eurostat conduit à reporter tout l’écart sur un agrégat relativement faible, la marge commerciale dans l’ERE, si bien que de petites divergences initiales entre prix d’achat et de vente se trouvent interprétées au final comme des variations fortes sur le volume du service du commerce. La méthode française conduit à des résultats plus lisses et plus compréhensibles de prime abord. On peut notamment expliquer la croissance du volume par la contribution des marges en volume relatives à chacun des emplois.

Par ailleurs, les données disponibles en France ne permettent pas d’appliquer correctement la méthode d’Eurostat : en effet, des hypothèses fortes devraient être formulées, sans pouvoir être vérifiées avec les données. En particulier, il n’est pas aisé de disposer d’indices de ventes de prix de gros, qui correspondraient aux indices de prix d’achat par les détaillants: à défaut d’indices spécifiques, les indices de prix industriels et agricoles, voire des IPC, sont utilisés aujourd’hui pour déflater les ventes de gros. En outre, il faudrait pouvoir réaliser, en miroir du partage volume prix des ventes au détail, un partage volume prix des achats par les détaillants à un niveau très précis – qui n’est connu que par enquête (Esa) et dont les résultats à un niveau fin sont assez peu robustes.

Pour ces raisons, et parce que le partage volume prix des marges est fait par emploi, et à un niveau détaillé, la méthode française doit conduire à des résultats pertinents. Le travail est réalisé pour chaque produit, selon qu’il s’agisse de commerce de gros ou de commerce de détail, en tenant compte des différenciations de taux de marge entre les sous-classes.

Toutefois, la méthode française présente deux faiblesses principales :

– d’une part, elle néglige l’impact des variations de stocks dans le partage volume prix des marges. Toutefois, les variations de stocks pèsent très peu dans la marge, quand bien même elles sont volatiles .

– d’autre part, elle ne permet pas d’intégrer dans le volume l’évolution de la qualité du service commercial, même si le travail à un niveau fin permet de tenir compte d’une partie des évolutions de la qualité correspondant à l’évolution de la structure de l’économie.

Pour autant, il n’est pas certain que l’application de la méthode d’Eurostat en France permettrait de corriger correctement les indices de prix des marges des effets qualité, compte-tenu des données disponibles à ce jour.

III – PARTAGE VOLUME-PRIX DE LA CONSTRUCTION 

 

1/ le partage volume prix

La production de l’ensemble des branches (presque 100 % des ressources) de la construction (qu’on appelle aussi BTP) est estimée directement en valeur à partir des ventes branches issues de la statistique d’Esane. Le partage volume-prix de la production résulte de l’équilibrage des différents emplois d’un produit caractérisé par le type de construction, le type de travaux ainsi que les secteurs institutionnels. Le prix de production résulte de la moyenne pondérée des différents indices intervenant pour les emplois.

L’indice du coût de la construction (ICC) est un indice de prix sur la construction de logements neufs à usage d’habitation, à qualité constante, permettant de suivre trimestriellement, l’évolution des prix dans ce secteur. Il s’agit du prix, TVA incluse, payé par les maîtres d’ouvrages aux entreprises de construction. Il ne couvre donc pas le non-résidentiel.

L’indice des prix de production de la construction neuve à usage d’habitation – référence 100 en 2010 (contre référence 100 en 1953 pour l’ICC) – qui est utilisé comme déflateur des comptes nationaux de la construction, est dérivé de l’ICC.

Le terme « indice du coût de la construction » est impropre, même s’il est consacré par l’usage. L’ICC ne s’attache pas à l’évolution des coûts supportés par les entreprises de construction mais à celle des prix.

L’ICC s’attache exclusivement aux travaux de construction, c’est-à-dire qu’il exclut les prix et coûts liés au terrain (viabilisation, fondation spéciale,…) ainsi que le prix de revient des logements (charge foncière, frais annexes de promotion, frais financiers, etc.). Les opérations d’entretien ne sont pas non plus prises en compte par cet indice.

 

a) la question de l’effet qualité de l’ICC

Il n’est pas vraiment possible, pour le secteur de la construction, de traiter les effets qualité via les techniques classiques de remplacement en équivalence, d’imputation ou consistant à faire des relevés concomitants de l’ancien et du nouveau produit, dans la mesure où chaque ouvrage est unique. Or le renchérissement des logements consécutif à l’augmentation de la surface des pièces ou encore à l’installation d’équipements perfectionnés est représentatif des améliorations de qualité des logements qui doivent être exclues de l’évolution des prix.

Par conséquent, et comme les prix dans la construction dépendent d’un grand nombre de paramètres (configuration de la construction, matériaux employés, équipements installés, localisation et ampleur de la réalisation…), une méthode d’évaluation des prix à partir de modèles hédoniques est mise en oeuvre depuis 2010.

Elle consiste à établir à partir d’un modèle économétrique, une relation entre le prix du marché de construction et les caractéristiques de l’ouvrage, ceci permettant d’évaluer la valeur implicite de ces différentes caractéristiques. L’évolution temporelle du prix est captée dans le modèle à l’aide de variables indicatrices de la date. L’effet qualité est supposé être capté en mesurant l’évolution des caractéristiques entre deux périodes : par exemple, lorsqu’un composant, matériaux ou autre, est remplacé par un composant plus performant, ou sujet à des normes plus strictes, une augmentation de coût peut s’ensuivre. Or, une augmentation de coût de la construction consécutive à une augmentation de qualité ne doit pas en principe apparaître dans l’ICC. Diverses méthodes sont disponibles pour effectuer cette correction. Les recommandations d’Eurostat sont d’utiliser une méthode implicite, c’est à dire que lorsqu’un nouveau produit remplace un ancien produit, on suppose que le rapport des prix entre le nouveau et l’ancien reflète le gain en qualité (qu’il s’agisse de performances supérieures ou de normes plus exigeantes) et on neutralise cette différence sur l’indice de prix. Ces méthodes sont dites implicites par opposition aux méthodes dites explicites, qui estiment au contraire l’impact monétaire du changement de qualité entre l’ancien et le nouveau produit sur la base des différentes caractéristiques des produits.

 

Toutefois, le prix des logements varie souvent en fonction d’un trop grand nombre de caractéristiques, parfois difficilement observables dans les données (la proximité d’une voie de chemin de fer par exemple), si bien que la mesure de l’effet qualité dans l’évolution des prix des logements demeure un exercice délicat.

Afin de rendre compte de l’hétérogénéité des constructions, un modèle hédonique est défini pour chaque type de construction : l’individuel pur, l’individuel groupé (maison individuelle comportant plusieurs logements individuels ou un seul logement avec des locaux) et les logements collectifs. Pour chaque type de construction, le logarithme du prix moyen de la construction est modélisé selon différentes variables explicatives : le logarithme de la surface moyenne, la localisation de la construction, nombre de niveaux habitables. L’ICC hédonique pour l’ensemble de la construction de logements neufs est le résultat de l’agrégation des trois sous-indices proportionnellement à l’importance de chaque type de construction.

 

b) La promotion immobilière (GF41A)

La FBCF en promotion immobilière de logements (41A1) correspond à des investissements réalisés par le secteur institutionnel des ménages : elle est estimée en valeur à partir de clés appliquées aux ressources de l’ERE, et déflatée à partir de l’indice de prix des logements neufs qui suit la commercialisation des logements neufs aux particuliers.

La FBCF en autres activités de promotion immobilière (41A2) correspond à des investissements réalisés par les autres secteurs institutionnels (sociétés non financières, institutions financières, ISBSLM). Elle est évaluée en valeur à partir de clés appliquées aux ressources de l’ERE, et déflatée par l’ICC, faute d’indice de prix sur la commercialisation des bâtiments non destinés à des particuliers.

Si jamais l’ICC connaît une évolution de prix atypique, liée principalement à des facteurs du logement résidentiel, il est remplacé dans l’ERE 41A2 par l’indice du coût de production du bâtiment (ICP-BT), pendant de l’index bâtiment (BT01). Le partage volume prix réalisé sur la FBCF est donc repris pour chacun des agrégats de l’ERE, en particulier pour la production et les consommations intermédiaires.

 

c) La construction de bâtiments résidentiels et non résidentiels (GF41B)

La production (presque 100 % des ressources) est intégralement investie (la FBCF représente presque 100 % des emplois), et en toute logique, le partage volume-prix de la construction de bâtiments résidentiels et non résidentiels est lié aux emplois, c’est-à-dire à la FBCF.

Dans ce produit, il faut différencier ce qui relève du résidentiel et du non-résidentiel mais aussi du neuf et de l’entretien. Ainsi, environ les trois-quarts de la production de ce produit correspondent à du neuf et un quart correspond à de l’entretien.

Pour la construction de bâtiments neufs :

– s’agissant de la construction résidentielle neuve, le partage volume-prix est effectué à partir de l’ICC, qui suit la construction de logements destinés à l’usage principal d’habitation. Celui-ci peut être remplacé par l’indice du coût de production du bâtiment (ICP-BT) en cas d’évolution atypique.

– s’agissant de la construction non-résidentielle neuve, le partage volume-prix est effectué à partir de l’ICP-41B.

En ce qui concerne les travaux d’entretien, l’indice des prix d’entretien-amélioration des logements (IPEA) est privilégié.

 

d) Le génie civil (GF42Z)

Cet ERE recouvre les activités de génie civil (construction d’infrastructures, de routes, bâtiments et travaux publics…). Les CI des SNFEI hors sous-traitance correspondent en valeur aux deux tiers de 18,5 % des ventes. Les CI et la FBCF des administrations publiques proviennent du compte des administrations publiques. La FBCF des ménages est estimée à partir du cadre « clients particuliers et syndicats » de l’enquête Esa. Enfin, la FBCF des SNFEI est déterminée de façon à ce que l’évolution des consommations intermédiaires de sous-traitance évoluent comme les ressources de l’ERE.

La construction dans ce produit correspondant à des travaux publics, c’est l’index indice du coût de production du 42Z (ICP-42) pour chacun des différents emplois : CI et la FBCF. Cependant, cet indice est parfois arbitré si les prix et les coûts ont évolué de manière différente. Il est considéré comme de méthode « B ».

 

e) Les travaux de construction spécialisés (GF43Z)

Le partage volume-prix des travaux de construction spécialisés (travaux de bâtiment à 93 % environ) est lié aux emplois. Cependant, pour chaque emploi, il est nécessaire de différencier le type de construction, le type de travaux et les secteurs institutionnels. La FBCF est constituée par la construction neuve et le gros entretien du logement, du non-résidentiel et des travaux publics (TP). La Consommation finale (CF) correspond au petit entretien de leur logement par les ménages. La CI correspond au petit entretien (bâtiment et TP) des secteurs institutionnels hors ménages ainsi qu’à la sous-traitance. Le partage volume-prix est donc pondéré par le type de construction et le type de travaux pour chaque emploi. Les indices de prix utilisés sont les suivants :

• Construction neuve de bâtiments résidentiels et non résidentiels : ICC (ICP-43BTC pour le non résidentiel quand l’évolution de l’ICC est atypique)

• Gros entretien de bâtiment résidentiel : IPEA

• Gros entretien de bâtiment non résidentiel : ICP-43BTR

• Petit entretien de leur logement par les ménages (CF) : IPC

• Travaux publics (neuf et entretien) : ICP_43TP

 

 

 

 

2/ divergence des prix relatifs de la construction (BTP) entre la France et les autres pays

Nous nous référons aux indicateurs suivants :

° prix de la valeur ajoutée et prix de la production,

° prix de la FBCF en logement et en BTP.

 

a) une évolution des prix de la valeur ajoutée du BTP bien plus forte en France que dans les autres pays

 

  • Prix relatif de la VA 

La plupart des méthodes de partage volume prix de la construction sont de type A et pourtant le prix relatif de la valeur ajoutée augmente bien plus vite en France que dans les autres pays. Il augmente plus fortement que le prix de l’ensemble des branches. Si on prend comme référence l’Allemagne, la croissance du prix relatif de la VA à l’ensemble de l’économie est supérieure en France de 0,6%. Pour qu’il augmente comme en Allemagne, il faudrait que ‘indice de prix de la valeur ajoutée de la construction augmente de 0,6% par an de moins que ce qu’il a augmenté : il faudrait qu’il augmente de 2,1% au lieu de 2,7% par an.

On constate cependant que la croissance plus rapide des prix relatifs de la construction se situe entre 2000 et 2010. Les prix relatifs de la VA augmentent moins vite en France qu’en Allemagne entre 2010 et 2018. L’écart avec l’UE est de 0,5 points entre 2010 et 2018 contre 0,8 points entre 1995 et 2018. La période 1995-2000 avait été toutefois marquée par une hausse analogue des prix relatifs en France et dans l’UE et des gains de productivité de 1% en France contre 0% dans l’UE. Que s’est il donc passé entre 2007 et 2010 pour que les gains de productivité chutent en France et que les prix relatifs explosent ? On retrouve certes ce phénomène aux Pays Bas et en Allemagne mais de moindre ampleur. Est ce que la crise suffit à expliquer ces divergences avec les autres pays ?

 

 

 

  • Productivité horaire du travail

De même, la productivité horaire du travail de la construction baisse en France de -0,4% par an entre 1995 et 2018 alors qu’elle est stable dans l’UE. Il n’y a qu’en Italie où la baisse est plus forte (-0,8%). Même entre 2010 et 2018, la productivité du travail augmenterait de +0,1% en France contre +1% dans l’UE. Autrement dit le différentiel de productivité entre la France et les autres pays ne s’est pas vraiment réduit après 2010 malgré les nouvelles méthodes de calcul de l’ICC mises en place en 2010. si la productivité du travail s’était améliorée comme en Espagne et en Italie  depuis 2010 (celle-ci ayant baissé dans ces deux pays comme en France entre 1995 et 2018), la productivité aurait baissé de -0,3% par an au lieu de -0,5%. Notons toutefois que la productivité horaire du travail en France est parmi les plus élevée en Europe.

 

  • prix de la production et de la FBCF

 

En fait, le prix à la production de la branche BTP n’augmente pas beaucoup plus vite en France que dans certains pays. Le prix en Allemagne augmente très faiblement. Mais comme les prix globaux augmentent moins vite en France que dans les autres pays, le prix relatif de la production de la construction augmente plus vite. Ainsi, le prix relatif de la production de BTP rapporté à la hausse du prix de la production de l’ensemble des branches augmente plus fortement en France (+1%) qu’ailleurs. Il augmente plus faiblement en Allemagne (+0,6%). Du coup, ne serait qu’entre ces deux pays, l’écart du prix relatif de la production du BTP est de 0,4 points. Comme l’indique le graphique suivant, l’écart est encore plus important avec l’Italie, la Belgique, les pays Bas (0,8 points d’écart en moyenne). Les divergences sont ainsi plus grandes que pour la productivité du travail  (-0,4% par an).

 

De leurs cotés, les prix relatifs de la FBCF en BTP rapportés à la FBCF globale n’augmentent pas beaucoup plus vite en France qu’ailleurs entre 1995 et 2017. Par exemple en France, les prix relatif de la FBCF totale augmentent de 0,8% par an, comme en Allemagne. Dans les autres pays européens, la croissance est moindre. Mais aux États Unis et au Royaume Uni, elle est plus élevée.

On note aussi que cette croissance relative du prix de la FBCF en construction en France se situe avant 2010. On le voit sur le  graphique suivant du prix relatif de la FBCF en construction à la FBCF globale où est indiquée la courbe en pointillé corrigée de cet effet de 0,2% par an.

L’écart des prix relatifs de la production du BTP est ainsi plus élevé que l’écart de prix relatif de la FBCF car dans la plupart des pays les prix de la production globale augmentent plus vite que les prix de la FBCF globale. Il n’y a qu’en France, où le prix de la production globale augmente moins vite (+1,2%) que le prix de la FBCF globale (+1,4%). Notons aussi que dans certains pays, contrairement à la France et à l’Allemagne, le prix de la production et le prix de la FBCF n’évoluent pas au même rythme.

 

 

 

  • prix de la CI de la branche

Par ailleurs, le prix de valeur ajoutée augmente fortement en France parce que le prix des CI de la branche évolue assez faiblement et que le prix à la production augmente quand même assez fortement. Plus précisément le prix de production de la branche augmente de 65% entre 1995 et 2017, quasiment comme tous les prix des emplois de l’ERE, qui eux évoluent au même rythme, (du fait du calcul implicite de la production en volume). L’indice de prix des CI est beaucoup plus faible : +46%; donc l’indice de prix de la VA augmente fortement : +99%. Ces évolutions se retrouvent sur la VA en volume qui baisse de -2% en 22 ans contre une hausse de la production en volume de +23%. Ces divergences en volume amplifient par ailleurs celles en valeur : production de la branche + 104%, CI de la branche +110%, VA de la branche : +95%.

A moins d’une mauvaise estimation des comptes de production en valeur, on ne voit pas une évolution anormale du prix des CI dont l’essentiel est constitué de produits industriels, mis à part la sous-traitance et certains services. En effet, l’indice de prix des CI peut être recalculé en décomposant celle ci en trois blocs (CI de  en produits industriels, en sous traitance et en services). Aux premières, on peut appliquer l’index « Materials costs in construction of buildings (group 41.2) » de l’Insee; à la sous traitance, l’indice de prix de la CI du produit construction; aux services, les indices de prix des CI pondérés des 4 principales CI de services par le BTP (transports, services financiers, services juridiques, activités de services administratifs et de soutien). Ces dernières représentent 90% des CI de services par la construction. Le premier indice ne commence qu’en 1998; on l’a estimé pour les 3 années antérieures. Les deux courbes évoluent quasiment en parallèle. Leur indice en 2017, base 100 en 1995, sont les mêmes. L’indice de CI de la branche construction dans les comptes nationaux ne poserait donc pas de problème.

 

 

 

  • synthèse générale des évolutions des prix

Ce serait donc le prix de la production qui évoluerait un peu trop vite, donc celui des emplois, en particulier de la FBCF. Les RSP de la construction ont repris tels quels les indices de prix depuis 1995, lesquels évoluent de manière très proche pour les 3 principaux emplois. On note toutefois une hausse relative du prix de la consommation finale des ménages depuis 2014.

 

En conclusion, la méthode « hédonique » de 2010 a quand même permis de capter l’effet qualité, non dans les évolutions de prix, mais de volume : l’indice de prix de la production entre 2000 et 2010 augmente de  3,4% par an; celui de la CI de la branche de +2,5% (écart : 0,9 point). Entre 2010 et 2017, le premier n’augmente plus que de 0,91%; le second de 0,87%. Il n’y a plus d’écart.

S’agissant de la valeur ajoutée de la construction en volume, on ne sait pas si elle aurait du augmenter de 0,2% de plus (soit une moindre croissance de son prix de 0,2%) ? Son prix relatif à la VA de l’ensemble des branches augmente plus que dans les autres pays. Comme les prix des CI évoluent correctement en France, ceci reviendrait à dire que le prix de production aurait augmenté de 0,1% de trop entre 1995 et 2018, donc le prix des emplois, en particulier celui de la FBCF.

 

 

  • évolution du taux d’investissement de la branche construction
Ainsi, la productivité du travail du BTP baisserait dans ces conditions de -0,3% par an au lieu de -0,5%. 

Pourquoi la productivité du travail de la construction décroît -t-elle en France? La réponse vient de l’investissement productif, c’est à dire de l’investissement en machines et équipements qui représentent l’essentiel de la FBCF en construction dans la plupart des pays. Deux graphiques sont révélateurs des difficultés françaises.

Le taux d’investissement (FBCF / VA) en machines baisse régulièrement de 2000 à 2017, malgré un redressement depuis 2014, signe avant coureur d’un regain de la productivité. Il diminue de moitié, passant de 6% en 2000 à 3% en 2014 ! Il se redresse pour atteindre 3 ,8% en 2017. C’est le plus bas taux des pays étudiés.

Le volume de cet investissement n’a en effet pas augmenté en France entre 2000 et 2017. Il a certes augmenté jusqu’à la crise de 2007 pour diminuer ensuite et se redresser à partir de 2014. Cette évolution est proche de celle des Pays Bas, mais avec des à coups. Elle est pire en Italie, ce que traduit largement la chute de la productivité du travail dans ce pays, plus marquée qu’en France. Mais la FBCF en machines augmente en Allemagne et surtout en Suède. Ainsi, la baisse de la productivité su travail s’expliquerait en partie par cette atonie de l’investissement en machines et équipements.

 

 

b) les conclusions d’une mission sur l’ICC

L « effet qualité » de l’ICC est il bien pris en compte en France ? Nous nous appuyons sur un rapport de mission « Diagnostic sur les indices statistiques des coûts de construction et sur les marges des entreprises du secteur » de l »Inspection générale des finances, avril 2014).

« S’agissant de l’indice de prix qu’est l’indice du coût de la construction (ICC), il apparaît que son mode de calcul n’incorpore pas à ce stade tous les ajustements requis pour tenir compte des rapides évolutions réglementaires qu’a connues le secteur de la construction depuis 2005 ».

« Dans les faits, la rapidité des évolutions réglementaires n’a pas à ce jour permis la complète exploitation de la méthode. L’Insee a ainsi indiqué que la réglementation thermique RT 2012, largement anticipée par de nombreux maîtres d’ouvrage par le recours au label « Bâtiment Basse Consommation », n’avait pu encore être prise en compte ».

« Depuis 2012, l’ICC apparaît surévalué par rapport à l’évolution des coûts de construction de l’échantillon retenu par la mission ».

 

c) Des évolutions inadéquates des coûts (en particulier du poste matériaux), avant 2008 expliqueraient une croissance plus rapide de l’ICC en France.

Y a t il une croissance plus rapide des coûts que l’ICC ? C’est ce que semble conclure une étude de la Fédération Française du Bâtiment [10].

Outre plusieurs évolutions comparatives de l’ICC et des coûts, montant une contribution forte de ces derniers, du fait d’une hausse plus forte qu’en Allemagne du coût des matériaux de construction entre 2005 et 2012 (qu’il faudrait néanmoins vérifier mais les données d’Eurostat ne le permettent pas vraiment), deux remarques y sont faites :

– « premièrement, les évolutions de l’ICC Insee (« bonne » mesure des évolutions de prix) ont été, à de nombreuses reprises, sur la période récente, très critiquées par nombre d’experts (on peut citer, à titre d’exemple, la hausse de 10,5 % observée au troisième trimestre 2008 par rapport au troisième trimestre 2007) ».

– « deuxièmement, la méthodologie d’Eurostat précise que l’indice du prix de construction en Allemagne prend en compte les prix de la construction neuve, mais également ceux de la réhabilitation. Or, l’ICC ne concerne que le neuf en France. Pour que les données soient comparables, il conviendrait donc d’introduire l’indice des prix d’amélioration-entretien (IPEA) des logements en France, qui progresse moins vite que l’ICC. On peut ainsi définir un indice composite d’évolution des prix du bâtiment en France, formé sur la base de l’ICC Insee et de l’lPEA pondérés selon les parts de marché du neuf et de l’amélioration-entretien ».

En utilisant cet indicateur de prix pour la France, les écarts d’évolution ressortiraient sensiblement moins marqués : Base 100 en 2005, cet indice recalculé serait à 124 au second trimestre 2012, contre 128 pour l’ICC, soit un différentiel de croissance avec l’Allemagne de 7% contre 11% si on retient l’ICC.

 

Un autre rapport de l’Inspection Générale des Finances se penche aussi sur les évolutions de l’ICC et des coûts de la construction.

« On voit que la croissance de l’ICC est trop forte à travers la variation des coûts des « facteurs de production » que sont essentiellement les produits de construction et les salaires et charges des personnels d’exécution et d’encadrement ; cette variation est reflétée par les divers « index Bâtiments », représentatifs des divers « corps d’état » du bâtiment (gros œuvre, plomberie, peinture, etc.), qui sont agrégés dans l’index « BT01 Tous corps d’état », réputé transcrire l’évolution du coût des facteurs de production d’un bâtiment moyen. »

« Pour faciliter la comparaison de la croissance du prix des matériaux de construction dans différents pays de l’Union, il convient alors de corriger ces données. Le graphique ci-dessous incorpore ces données corrigées. La correction réduit l’estimation initiale du différentiel de coût de la construction entre la France et l’Allemagne, avec une progression corrigée des coûts de 22 % en Allemagne de 2003 à 2012 contre 34 % en France. La différence s’explique par la croissance du coût des matériaux et des salaires plus rapide en France qu’en Allemagne : sur ce dernier point, s’il est exact que depuis 2007 les variations de coût de main d’oeuvre sont proches entre la France et l’Allemagne, il y a en revanche une différence significative de croissance avant 2007. En Allemagne les salaires croissent de 1 % entre 2005 et 2007, en France de 8 % ».

 

 

Michel Braibant


BIBLIOGRAPHIE

[1] note du partage volume prix en base 2014 de L. Aeberhardt et C. Bidault, Insee, 2018

[2]  document « La croissance est elle sous estimée ? Dossiers de l’économie française 2018, INSEE »,

[3] Handbook on prices and volumes measures in national accounts, 08/02/2016, mise à jour du manuel de 2001, Eurostat

[4] Manuel des indices hédoniques et des ajustements de qualité dans les indices de prix Applications aux produits des technologies de l’information et de la communication, Triplett Jack, OCDE, 2006

[5] The Impact of Digitalisation on Price and Volume Measures , . Dollt P. Konijn, 35th IARIW General Conference Copenhagen, Denmark, August 20-25, 2018

[6] Économie et statistiques de l’INSEE , 494-495-496 2017, « Stagnation de la productivité en France : héritage de la crise ou ralentissement structurel »? (Gilbert Cette, Simon Corde et Rémy Lecat).

[7] Eurostat-OECD Methodological Guide for Developing Producer Price Indices for services, OCDE, 2006

[8] Indices des prix de production des services français pour l’ensemble des marchés (BtoAll) − Total HS − Ensemble des services https://www.insee.fr/fr/statistiques/3553676?sommaire=3530679. Voir aussi Indice des prix à la production des services, Ipse https://www.insee.fr/fr/metadonnees/source/indicateur/p1640/description

[9] Le partage volume-prix à l’hôpital dans les Comptes nationaux de la santé, Malik Koubi, Annie Fenina, n° 118 – mars 2012, DREES

[10]  » Analyse de l’évolution comparée des prix et des coûts dans le bâtiment. Préconisations en matière de simplifications réglementaires », juillet 2013. Fédération Française du Bâtiment. Voir aussi Diagnostic sur les indices statistiques des coûts de construction et sur les marges des entreprises du secteur » (avril 2014), rapport de l’Inspection Générale des Finances

Tableau entrées-sorties mondial (T.E.S.)

Tableau entrées-sorties mondial (T.E.S.)