PARITÉ DE POUVOIR D’ACHAT

 

Les grandeurs et indicateurs économiques d’un pays (PIB) sont mesurés au niveau national évalués aux prix nationaux  et à la devise en cours dans le pays. Cette mesure initiale ne permet pas la comparaison entre pays même si la monnaie entre pays est la même ; le niveau de prix entre pays n’est pas le même (exemple France Allemagne malgré l’euro)? Les Parités de pouvoir d’achat  (PPA) sont des déflateurs spatiaux et des facteurs de conversion des monnaies qui éliminent les effets des écarts de prix entre pays et permettent donc la comparaison internationale.

 

SOMMAIRE

 

I – MÉTHODES

II – UN EXEMPLE DE LA MÉTHODE EKS

III – COMPARAISONS INTERNATIONALES

 

 

Résumé

° La parité de pouvoir d’achat (PPA) est une méthode utilisée en économie pour établir une comparaison entre pays du pouvoir d’achat des devises nationales. La parité de pouvoir d’achat (PPA) est un taux de conversion monétaire qui permet d’exprimer dans une unité commune les pouvoirs d’achat des différentes monnaies. Ce taux exprime le rapport entre la quantité d’unités monétaires nécessaire dans des pays différents pour se procurer le même « panier » de biens et de services.

° Ce taux de conversion peut être différent du « taux de change » ; en effet, le taux de change d’une monnaie par rapport à une autre reflète leurs valeurs réciproques sur les marchés financiers internationaux et non leurs valeurs intrinsèques pour un consommateur.

° Pour comparer de manière pertinente le niveau de consommation par habitant au sein de l’Union européenne (UE), il est ainsi indispensable de raisonner en parités de pouvoir d’achat (PPA). Ceci permet d’égaliser les pouvoirs d’achat des différentes monnaies en neutralisant les différences de prix entre pays et de calculer des volumes de consommation par habitant comparables d’un pays à l’autre. Il est par ailleurs préférable de se placer sur le champ de la consommation effective des ménages, (que du PIB par habitant, artificiellement gonflé dans certains pays à fiscalité faible par la délocalisation d’entités percevant des redevances de brevets ou ayant des licences de reproduction de logiciels), en considérant l’ensemble des biens et services que les ménages consomment, que la dépense leur incombe ou qu’elle soit prise en charge par les administrations publiques (État, collectivités territoriales et organismes de sécurité sociale) ; cela concerne notamment l’éducation, la santé et le logement.

° Les agrégats les plus communément comparés sont :

Le PIB et le PIB par habitant comme mesure de la « richesse » des pays. Le produit intérieur brut par habitant, ou par tête (PIB par habitant ou par tête) est un indicateur  du niveau d’activité économique. C’est la valeur du PIB divisée par le nombre d’habitants d’un pays. Il est plus efficace que le PIB  pour mesurer le développement d’un pays, cependant, il n’est qu’une moyenne donc il ne permet pas de rendre compte des inégalités de revenu et de richesse au sein d’une population (voir page Richesse et consommation).

– La consommation effective et la consommation effective par habitant considérées comme des composantes du bien-être des ménages. La consommation effective inclut les dépenses de consommation effectivement à la charge des ménages (dépense de consommation finale des ménages) mais aussi les dépenses dont les  ménages bénéficient à titre individuel tout en étant prises en charge par la collectivité (administrations publiques et institutions sans but lucratif au service des ménages).

– Le revenu national brut (RNB) et le RNB par habitant qui par rapport au PIB reflètent mieux le niveau de vie des seuls résidents du territoire car ils prennent en compte les revenus du travail et de la propriété reçus ou distribués au reste du monde.

 

 

 

 

I – MÉTHODES

Les grandeurs économiques sont mesurées au niveau national, évaluées aux prix nationaux et dans la monnaie du pays. Même lorsque les pays considérés partagent une même monnaie (cas de la zone euro par exemple), la comparaison internationale de ces grandeurs économiques nécessite de prendre en compte le fait que les niveaux de prix entre pays sont différents : un même bien ne sera pas vendu au même prix dans les différents pays de la zone euro et en conséquence, un même niveau de revenu ne permettra pas d’acheter le même panier de biens selon les pays. Les PPA (Parités de Pouvoir d’Achat) sont une construction statistique qui associe niveau relatif des prix et taux de change et permet de comparer les grandeurs économiques entre pays en les évaluant dans une monnaie commune et à un niveau de prix uniforme [4], [5].

Cette mesure initiale ne permet pas la comparaison entre pays. Même si la monnaie entre pays était la même (par exemple l’euro), le niveau de prix entre pays ne serait pas le même.

Les PPA sont ainsi des déflateurs qui permettent de faire un partage prix-volume en dimension spatiale. Déflater les dépenses en valeur par les PPA permet d’obtenir une dépense qualifiée de « réelle » qui reflète uniquement les différences de volumes entre pays, ces dépenses étant exprimées dans une monnaie commune qui peut être celle d’un pays de référence ou une monnaie fictive comme le Standard de Pouvoir d’Achat (SPA). Les PPA  éliminent ainsi les effets des écarts de prix entre pays et permettent en théorie donc la comparaison internationale [6].

L’Insee en donne la définition suivante : « La parité de pouvoir d’achat (PPA) est un taux de conversion monétaire qui permet d’exprimer dans une unité commune les pouvoirs d’achat des différentes monnaies. Ce taux exprime le rapport entre la quantité d’unités monétaires nécessaire dans des pays différents pour se procurer le même « panier » de biens et de services » [7]. Un guide méthodologique a été publié [8].

« Ce taux de conversion peut être différent du « taux de change » ; en effet, le taux de change d’une monnaie par rapport à une autre reflète leurs valeurs réciproques sur les marchés financiers internationaux et non leurs valeurs intrinsèques pour un consommateur ».

Les PPA sont ainsi utilisés avant tout dans les comparaisons internationales de niveau de vie. Les PPA servent principalement à convertir les agrégats des comptes nationaux, tels que le produit intérieur brut (PIB) de différents pays, en agrégats en volume comparables. L’application de taux de change nominaux dans ce processus surestimerait le PIB des pays où les prix étaient élevés par rapport aux pays où les prix étaient bas. En effet, les taux de change reflètent essentiellement les cours des devises évoluant en fonction des échanges extérieurs et non le prix moyen des produits dans chaque pays. L’utilisation des PPA garantit que le PIB de tous les pays est évalué à un niveau de prix uniforme et ne reflète donc que les différences dans le volume réel de l’économie.

Les niveaux des prix comparés sont le ratio entre les parités de pouvoir d’achat (PPA) et les taux de change du marché pour chaque pays. Les parités de pouvoir d’achat (PPA) sont des taux de conversion monétaires qui convertissent des indicateurs économiques exprimés en monnaies nationales en une monnaie commune appelée standard de pouvoir d’achat (SPA), qui égalise le pouvoir d’achat des différentes monnaies nationales et permet donc d’effectuer des comparaisons significatives.

Les PPA sont également appliquées dans les analyses des niveaux de prix relatifs dans les pays. À cette fin, les PPA sont divisées par le taux de change nominal actuel pour obtenir un indice de niveau de prix (IPL) qui exprime le niveau de prix d’un pays donné par rapport à un autre ou par rapport à un groupe de pays comme les États membres de l’UE.

Les PPA sont ainsi principalement utilisées pour convertir les dépenses de différents pays en une monnaie et un niveau de prix communs afin de garantir la comparabilité. Par exemple, une série chronologique en prix courants du PIB par habitant, exprimée en monnaie nationale, déflatée par la PPA actuelle de chaque année, garantit la comparabilité des volumes relatifs d’un pays à l’autre. Cependant, les taux de croissance ne refléteront pas la croissance réelle, car les dépenses sont exprimées en prix.

Les PPA doivent être ainsi utilisées avec grande prudence pour mener des comparaisons spatiales sur des données économiques qui ne sont pas celles pour lesquelles les PPA ont été précisément calculées ; Ils est ainsi assez risqué de faire une comparaison dans le temps, par exemple pour l’analyse de la convergence des prix dans le temps : d’une part parce que la comparaison PPA repose sur une structure de produits qui change d’enquêtes en enquêtes et d’autre part parce que les évaluations PPA le sont à partir d’une structure de prix et de produits qui est celle permettant de comparer les pays entre eux, et non de rendre compte aussi bien que le fait la comptabilité nationale de la structure économique de chacun des pays, à un moment donné.

Néanmoins, lorsqu’ils sont présentés sous forme d’index (avec, par exemple, EU28 = 100) et par habitant, ils peuvent être utilisés comme un outil d’analyse dans les comparaisons temporelles, mais avec prudence.

Dans leur forme la plus simple, les PPA sont des rapports de prix indiquant le rapport entre les prix exprimés dans les monnaies nationales du même bien ou service dans différents pays. Par exemple, si le prix d’un hamburger en France est de 3,11 euros et au Royaume-Uni de 1,94 livres, le PPA pour les hamburgers entre la France et le Royaume-Uni est de 3,11 euros à 1,94 livres, soit 1,60 euros la livre. Cela signifie que pour chaque livre consacrée aux hamburgers au Royaume-Uni, il faudrait dépenser 1,60 euro en France pour obtenir la même quantité et la même qualité – ou, en d’autres termes, le même volume – de hamburgers. Par conséquent, pour comparer les volumes de hamburgers achetés dans les deux pays, on peut convertir les dépenses en hamburgers en France en livres en les divisant par 1,60.

Les PPA peuvent faire référence à un seul produit, à un groupe de produits ou à l’économie dans son ensemble. En remontant la hiérarchie de l’agrégation, les PPA font référence à des assortiments de plus en plus complexes de biens et de services. Ainsi, si la PPA du PIB (« l’économie dans son ensemble ») entre la France et le Royaume-Uni est de 1,39 euro la livre, on peut en déduire que pour chaque livre dépensée sur le PIB au Royaume-Uni, 1,39 euro aurait être dépensé en France pour acheter le même volume de biens et services. L’achat du « même volume de biens et de services » ne signifie pas que des paniers de biens et services identiques seront achetés dans les deux pays.

1/ La décomposition volume-prix

Comparer les grands agrégats revient à en décomposer les valeurs – ce qui est observé – en leur composante prix et leur composante volume, cette dernière reflétant à la fois les évolutions en quantité et en qualité de l’agrégat. Le plus aisé pour réaliser ce partage volume-prix est de collecter l’information sur les prix, plus facilement observables que les volumes. On parle alors d’une approche prix.

 

 

2/ L’approche demande du PIB

Le dispositif PPA porte sur l’ensemble du champ des dépenses de consommation des ménages, des dépenses des administrations publiques et de la formation brute de capital fixe des unités résidentes et vise à identifier et à calculer des parités de référence pour chacun de ces agrégats. Il ne porte pas sur la valeur ajoutée par branche

L’approche demande du PIB est traduite par l’équation :

PIB = consommation des ménages + consommation des APU+ consommation des ISBLSM + FBCF +solde commercial + variation des stocks

Dans ce cadre, il s’agit de déterminer des parités de pouvoir d’achat correspondant à ces agrégats. Les PPA sont calculés pour chaque agrégat de la comptabilité nationale à un niveau de détail plus fin que cette équation générale qui agrège l’ensemble des produits.

Le calcul de parités de pouvoir d’achat (PPA) permet ainsi la comparaison en volume, au même moment mais entre des zones géographiques différentes, du PIB ou de ses emplois [9]. Les PPA sont utilisées dans le cadre de la recherche économique et de l’analyse politique pour les comparaisons internationales.

Cette comparaison passe par le calcul d’indices de prix spatiaux qui permettent de déflater les agrégats en valeur que l’on souhaite comparer. La comparaison, à un instant donné, des différences de niveaux de prix entre deux zones est, à priori, un problème équivalent à la comparaison dans une même zone, des niveaux de prix entre deux dates distinctes : il suffit d’inverser la notion de date et de zone géographique. Si le problème est effectivement équivalent dans le cas de deux régions, il se complique singulièrement dès qu’il y en a davantage : le chaînage – qui est la meilleure solution dans un contexte multi-périodique – n’est plus adapté du fait de la pluralité des « chemins » reliant une zone à une autre. La recherche d’indices transitifs passe par d’autres méthodes. Deux d’entre elles sont effectivement mise en oeuvre par Eurostat et l’OCDE : les méthodes EKS et GK. De façon très schématique, le principe de la méthode EKS est de valoriser dans chaque pays un panier représentatif commun à tous les pays entrant dans la comparaison ; Toute la difficulté réside dans la construction de ce panier commun ou de ce système de prix médian. Quand on sait la difficulté de mesure de l’effet-qualité dans l’évolution des prix de la plupart des produits de chaque pays, on comprend mieux cette difficulté.

 

 

3/ La monnaie de référence

Avec les PPA, les différents agrégats pour être comparés sont rapportés à une monnaie d’évaluation commune.

Pour la Banque mondiale, la monnaie de référence utilisée pour les PPA est dérivée du dollar américain et s’appelle « Dollars US aux prix moyens de l’OCDE » abrégés « Dollars OCDE ». Ce Dollar US OCDE est un Dollar qui reflète les niveaux des prix moyens de l’OCDE à 30.

Pour Eurostat, l’unité monétaire dans laquelle sont exprimées les dépenses finales réelles est une unité monétaire fictive appelée Standards de Pouvoir d’Achat (SPA). Ce SPA correspond à un euro dont le pouvoir d’achat est une moyenne pondérée du pouvoir d’achat des monnaies nationales des états membres de l’Union. Il reflète les niveaux de prix moyens dans l’UE à 28.

 

 

II – UN EXEMPLE DE LA MÉTHODE EKS

 

On peut comparer les agrégats de plusieurs pays et faire un classement en terme de meilleures parités de pouvoir d’achat. Les PIB calculés en standard de pouvoir d’achat présentent les mêmes problèmes que les PIB « en volume » d’une autre année.

Pour les comparaisons multilatérales (3 pays au moins), les indices EKS sont préconisés par EUROSTAT.

Dans l’exemple suivant, on considère 3 pays A,B et C et deux produits (un bien et un service).

Pays A bien quantité 60 prix 1, service quantité 40 prix 2

Pays B bien quantité 60 prix 1, service quantité 40 prix 1

Pays C bien quantité 40 prix 2, service quantité 60 prix 1

Le calcul des PPA se fait en plusieurs étapes.

a) première étape : calcul de la matrice des indices de Fischer bilatéraux

Mais cette matrice est non transitive :
b) seconde étape : calcul de la matrice des indices de Fischer bilatéraux

Pour que les indice soient transitifs,  on utilise la méthode EKS.

La matrice qui résulte du calcul EKS (et donc transitive) est :

On observe qu’au final au final le PIB du pays B est plus élevé que celui du pays A.

 

Dans cet exemple on voit que les parités de pouvoir d’achat (appelés aussi indice EKS) sont définies à une constante multiplicative près. Les PPA des 3 pays sont respectivement, PPAA=1, PPAB=0,7, PPAC=1,02 : avec le même montant de revenu nominal, on pourra obtenir un panier de biens dans le pays C 1,02 fois supérieur à ce que l’on obtiendrait dans le pays A.

Si la monnaie de référence choisie est celle du pays A, les parités sont respectivement :

Formellement PA = 1 et on a PB = EKSBA = 0.70 et PC = EKSCA = 1.02.

Le tableau des PPA est le suivant :

En supposant que la monnaie de référence est celle du pays A, un standard de pouvoir d’achat (SPA) vaut une unité de monnaie nationale dans le pays A (pays de référence), 0,7 unité de monnaie nationale dans le pays B et 1,02 unité de monnaie nationale dans le pays C (PPAA=1, PPAB=0,7, PPAC=1,02).

Toujours dans ce même cadre de la monnaie de référence, les PIB peuvent alors être exprimés dans la même monnaie et dans un référentiel de prix commun. Ainsi, les PIB en SPA des pays A, B et C seront PIBA/1, PIBB/0,7 et PIBC/1,02 si le pays A est choisi comme référence.

On passe ainsi des PIB en volume ….

… au PIB en SPA

Les PIB en SPA des pays A, B et C sont respectivement

PIBA=140,

PIBB=100/0.70 = 143

PIBC= 140/1.02 = 137

Pour l’OCDE le pays de référence est les États-Unis et la monnaie de référence le dollar américain; pour Eurostat c’est l’euro.

 

 

III – COMPARAISONS INTERNATIONALES

On a vu que le classement des pays en terme de PIB en parité de pouvoir d’achat (PPA)  n’est pas très significatif. On ne s’y attarde donc  pas trop. Il existe plusieurs listes des pays par PIB à parité du pouvoir d’achat (PPA) selon les sources : FMI, Banque Mondiale, World Factbook de la CIA, OCDE,…, On a choisi cette dernière à partir d’un document de lOCDE, Comptes nationaux trimestriels, Volume 2020 Numéro 4. Ne sont répertoriés que les pays de l’OCDE. Les données sont corrigées des variations saisonnières (CVS). La Chine n’est pas dans les tableaux suivants alors qu’elle est en tête au niveau mondial. L’intérêt de ce document est de décomposer le PIB selon ses principales composantes et donc de voir et comparer quelles sont les contributions de chaque agrégat au PIB total ? On note ainsi un niveau relativement élevé de la Dépense de consommation finale des administrations (APU) en France. S’agissant du PIB en PPA, la France se trouve en 5 ème position des pays de l’OCDE légèrement derrière le Royaume-Uni.

 

1/ Le PIB dans les pays de l’OCDE

 

 

2/ la comparabilité des PIB par habitant

a) Le PIB par habitant en niveau

La méthode EKS est utilisée par Eurostat pour les comparaisons des pays de l’UE. Pour l’appliquer, Eurostat considère 1 000 produits pour la Dépense de consommation des ménages et 300 pour la FBCF.

Le produit intérieur brut (PIB) est une mesure de l’activité économique. Il est défini comme la valeur de tous les biens et services produits moins la valeur des biens et services utilisés pour leur création. L’indice de volume du PIB par habitant en standards de pouvoir d’achat (SPA) est exprimé par rapport à la moyenne de l’Union européenne (EU28) fixée à 100. Si l’indice d’un pays est supérieur à 100, le niveau du PIB par tête pour ce pays est supérieur à la moyenne de l’Union européenne et vice versa. Les chiffres de base sont exprimés en SPA, c’est-à-dire dans une monnaie commune qui élimine les différences de niveaux de prix entre les pays, permettant des comparaisons significatives du PIB en volume entre les pays. Il est à noter que l’indice, calculé à partir des chiffres en SPA et exprimé par rapport à EU28 = 100, est destiné aux comparaisons internationales plutôt qu’aux comparaisons temporelles.

On n’insistera jamais assez pour souligner que le PIB par habitant de 3 pays (Luxembourg, Irlande, Pays Bas) est artificiellement gonflé par les redevances de brevets dont bénéficient ces pays suite à l’installation sur leur territoire d’entités juridiques des grandes entreprises américaines du numérique. Ceci explique en partie que les économistes préfèrent commenter la consommation effective des ménages par habitant.

 

 

En substance, les PPA sont des indicateurs spatiaux de niveau de prix et conviennent donc principalement aux comparaisons faisant référence à plusieurs zones géographiques à un moment donné. Les séries du PIB par habitant en PPA sont utilisables dans les temps, – Eurostat publie les séries – mais avec prudence vu que les PPA ne sont pas établies pour faire ce type de comparaisons temporelles. On observe une certaine convergence des PIB par habitant avec le temps, par exemple au vue des séries croissantes des pays de l’Europe de l’Est. Le PIB par habitant de la France, exprimé par rapport à la moyenne de l’Union européenne (EU28) fixée à 100 ne cesse de baisser à partir de 2000, malgré un léger tassement avec la crise de 2007, mais une reprise de la baisse à partir de 2013. Sur longue période (1995-2018), son évolution est somme toute assez proche de celle du Royaume Uni malgré des à coups. Le PIB par habitant de l’Allemagne ne progresse plus depuis 2011 après une forte croissance entre 2007 et 2011, mais qui faisait elle même suite à une baisse avant. Celui de l’Italie est en chute continue depuis 1995. Celui de l’Espagne connaît une forte croissance jusqu’à la crise de 2007, suivie d’une chute brutale jusqu’en 2010. Après quoi il stagne jusqu’en 2018.

 

 

Un grand programme de calcul de PPA a été mis en place au niveau mondial, sous la responsabilité de l’ONU et réparti entre diverses institutions internationales. La France est au vingtième rang dans le classement du RNB par habitant en 2016. Elle est au 22 ème rang en 2018 pour le PIB par habitant. Elle était au 12 ème rand en 1980. On note aussi des difficultés d’interprétation pour quelques pays dont l’Irlande (au quatrième rang en 2018) dont le PIB a augmenté très fortement par exemple en 2015 suite à l’implantation des sièges sociaux de grandes sociétés américaines et d’unités porteuses de brevets, ce qui est évidement contestable. Le Luxembourg est aussi concerné par ce phénomène, mais le nombre importants de travailleurs non résidents rehausse  le niveau du PIB par habitant dans ce dernier pays. Du coup, ce niveau du n’y a guère de sens..

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b) les évolutions de niveau du PIB par habitant en volume

En analysant des chiffres de plusieurs sources différentes, qui abordent le sujet par des méthodologies différentes, on constate que l’évolution du PIB par habitant des pays analysés est similaire, peu importe la méthodologie utilisée.  En effet, Eurostat utilise le PIB en volumes chaînés de 2010 en euros pour tous les pays. La Banque mondiale utilise le même procédé, cependant en se basant sur le dollar américain comme monnaie de référence, d’une part et d’autre part en appliquant une parité de pouvoir d’achat (PPA).

Depuis le début des années 2000, le PIB par habitant de la France est inférieur à celui de la Belgique, de la Suède, de l’Allemagne et des Pays Bas. L’écart avec l’Allemagne, la Suède et les Pays Bas serait aussi dû au niveau de dette publique. Ces pays voient le niveau de leur dette par rapport au PIB diminuer depuis le début des années 2000. On peut aussi expliquer la divergence entre le niveau de la consommation par habitant et le PIB par habitant entre la France (le niveau du premier est relativement plus élevé que celui du second) et les autres pays par l’importance du taux d’endettement.

 

Mais les principaux facteurs qui expliquent le retard de la France sur des économies comme celle de l’Allemagne sont, notamment, le taux de chômage (ou faible taux d’emploi) et la trop faible durée du travail. En effet, la France affiche un taux de chômage bien plus élevé que celui de l’Allemagne, es Pays Bas, la Suède, ou encore la Belgique. De plus, on constate que la France accuse un retard de plus de 10 points sur l’Allemagne concernant le taux d’emploi, ce qui impacte lourdement son PIB par habitant. Cette relation mérite d’être confirmée car le Royaume Uni a quasiment le même niveau de PIB par habitant avec un taux d’emploi de 10 points supérieur à celui de la France. En matière de productivité, l’Allemagne surpasse également la France, notamment en niveau. Une des principales raisons de cet écart peut s’expliquer par la capacité allemande à développer « des secteurs à forte valeur ajoutée et à forte productivité ».

La croissance du PIB par habitant dépendrait ainsi principalement de deux facteurs. Premièrement, la productivité du travail qui représente « le rapport entre le PIB et le nombre d’heures effectivement travaillées sur le territoire économique considéré ». Deuxièmement, l’intrant en travail par habitant qui exprime « le nombre moyen d’heures effectives de travail par habitant » sur une année.

On peut en effet cumuler la croissance de la productivité du travail et celle de l’intrant en travail par habitant pour obtenir le taux de croissance du PIB par habitant. Sur la période allant de 2002 à 2013, la France affiche une productivité du travail relativement faible. Quelques pays (Grèce, Italie et Belgique) font moins bien sur le plan européen. Cependant, en ce qui concerne l’intrant en travail par habitant, la grande majorité des pays analysés subissent un choc (décroissance), y compris la France. Le cumul de ces deux résultats donne un taux de croissance du PIB par habitant faible par rapport aux autres pays européens, bien que supérieur à celui du Danemark, de l’Espagne, du Portugal, de l’Italie et de la Grèce.

3/ dépenses réelles (consommation) par habitant

Les données sur les données sur la dépense de consommation finale et la consommation finale effective (réelle) sont plus comparables que celles du PIB qui intègrent les investissements des entreprises américaines en Irlande ou au Luxembourg, voire aux Pays Bas. Les revenus de ces sociétés repartent aux États-Unis. Certes de nombreuses entreprises américaines dont implantées en France mais pas de la même manière (pas de sièges sociaux ou de sociétés détentrices de brevets mais des sociétés qui versent des salaires qui ne repartent pas aux États Unis) et avec moins de poids. La consommation par habitant n’est pas aussi élevé que le PIB par habitant en Irlande et au Luxembourg.

Pour pouvoir être comparés, les niveaux doivent être rapportés au nombre d’habitants du pays. La consommation effective des ménages (dépense de consommation des ménages + dépense des APU individualisables) par habitant ainsi obtenue permet cette comparaison. En 2018, celle de la France, dépasse de 7 % la moyenne européenne des 28 pays (contre 4% pour le PIB). Elle se situe à un niveau inférieur  à ceux de la Belgique (-3,5%), du Royaume-Uni (-5,5%)  et des pays d’Europe du Nord, derrière le Luxembourg, l’Allemagne (-12%) ou encore l’Autriche.

 

La France se distingue par une consommation effective par tête en santé dépassant de 28 % la moyenne de l’UE. Elle se situe ainsi en 4e position, légèrement derrière la Belgique, l’Allemagne et le Danemark, mais très loin devant le Royaume-Uni, l’Italie et l’Espagne. Les prix des biens et services médicaux (avant remboursement) sont modérés en France, légèrement inférieurs à la moyenne. En France, la consommation effective par habitant en éducation est supérieure de 14 % à la moyenne. Elle se situe devant celle du Royaume-Uni (6 % au-dessus de la moyenne). Elle est beaucoup plus élevée que celles de l’Allemagne, de l’Espagne et de l’Italie. Pour la santé comme l’éducation, la part des dépenses de consommation prises en charge par les administrations publiques (principalement en santé, éducation et logement) dans la consommation effective des ménages est plus importante en France (22 %) que dans l’ensemble de l’UE (19 %) [10].

En France, pour les biens et services de communication, la consommation par habitant dépasse de 12 % la moyenne de l’UE, loin devant l’Italie, le Royaume-Uni et surtout l’Espagne, mais nettement derrière l’Allemagne. Pour le logement, elle est supérieure de 10 % à la moyenne, presque à égalité avec  l’Italie, mais devant l’Allemagne (5 % au-dessus de la moyenne) et surtout le Royaume-Uni et l’Espagne qui se situent sous la moyenne (respectivement de 6 % et 11 %). La consommation par tête en énergie liée au logement va du simple au triple et dépend en partie des conditions climatiques. En France, elle est supérieure de 15 % à la moyenne. consommations liées aux transports (y compris les achats de véhicules) dépassent de 9 % la moyenne de l’UE, derrière l’Allemagne et le Royaume-Uni (29 % et 24 % au-dessus de la moyenne) mais devant l’Italie et l’Espagne (autour de la moyenne).

 

La dépense de consommation des ménages correspond aux dépenses que les ménages supportent directement. La consommation individualisable des administrations publiques correspond aux dépenses de biens et de services financées par la collectivité, dont les bénéficiaires peuvent être précisément définis. Elle comprend notamment les dépenses publiques d’éducation, les dépenses hospitalières et les remboursements de soins de ville ainsi que les allocations logement.

La consommation effective des ménages correspond à l’ensemble des biens et services que les ménages consomment, que la dépense correspondante leur incombe ou qu’elle soit prise en charge par les administrations publiques (État, collectivités territoriales et organismes de sécurité sociale).

Elle est donc la somme de la dépense de consommation des ménages et de la consommation individualisable des administrations publiques et des institutions sans but lucratif au service des ménages. Elle permet de comparer les niveaux de consommation des pays de l’Union européenne, en tenant compte de la prise en charge par la collectivité de dépenses au bénéfice des ménages, prise en charge qui varie d’un pays à l’autre.

 

 

Le volume de consommation par habitant pour un groupe de produits donné, correspond au niveau relatif des dépenses de consommation pour ce groupe de produits, après ajustement des parités de pouvoir d’achat et des différences de population entre pays.

Les français consomment davantage que leurs partenaires européens dans les domaines du logement (y compris l’eau, l’énergie et les travaux domestiques) (+10% par rapport à la moyenne des 28 pays), des transport (+4,5%) de l’éducation (+14%) et surtout de la santé (+27%). Cette consommation supérieure à la moyenne européenne n’est pas liée à des niveaux de prix plus bas : au contraire, les prix des biens et services consommés en France dépassent de 9 % la moyenne européenne. Les niveaux de prix sont en effet très variables d’un pays à l’autre au sein de l’Union, dans un rapport de un à trois. Les pays du Nord ont majoritairement les niveaux de prix les plus élevés tandis que ceux d’Europe centrale et orientale ont les prix les plus bas.

4/ En France, des prix supérieurs à la moyenne européenne de 7%

Les niveaux des prix comparés sont le ratio entre les parités de pouvoir d’achat (PPA) et les taux de change du marché pour chaque pays. Les parités de pouvoir d’achat (PPA) sont des taux de conversion monétaires qui convertissent des indicateurs économiques exprimés en monnaies nationales en une monnaie commune appelée standard de pouvoir d’achat (SPA), qui égalise le pouvoir d’achat des différentes monnaies nationales et permet donc d’effectuer des comparaisons significatives.

Le ratio est exprimé par rapport à la moyenne de l’UE (EU28 = 100). Si l’indice des niveaux des prix comparés d’un pays est supérieur (inférieur) à 100, le pays concerné est relativement cher (bon marché) par rapport à la moyenne de l’UE.

En 2018, les prix étaient plus élevés dans les pays d’Europe du Nord ainsi qu’au Luxembourg et plus bas dans les pays d’Europe centrale et de l’Est. Une comparaison sur les 28 pays de l’UE montre des prix supérieurs à la moyenne de 38 % au Danemark , de 7 % en France et de 4 % en Allemagne. Les pays les plus chers de l’Union européenne – le Luxembourg et le Danemark – pratiquent des prix presque trois fois plus élevés que le pays le moins cher – la Bulgarie. Entre ces deux groupes extrêmes, l’Italie se situe au niveau de la moyenne européenne (UE28). Le Royaume-Uni pratique des prix supérieurs aux prix français, donc à la moyenne européenne (18% au-dessus). En revanche, la plupart des pays méditerranéens ont des prix inférieurs à cette moyenne UE28 : de 6 % en Espagne, de 18 % en Grèce  et de 15% au Portugal.

Les positionnements des pays selon les prix ou selon leur niveau de consommation relatif sont en général assez proches : les prix relatifs sont plus élevés dans les pays où les volumes de consommation sont plus élevés et inversement (graphique suivant). Quatre groupes de pays apparaissent. Tout d’abord, l’Europe du Nord (Danemark, Irlande, Suède, Finlande) avec les prix les plus élevés, de 23 % à 42 % au-dessus de la moyenne de l’UE. Puis 7 pays d’Europe de l’Ouest avec des prix supérieurs également à la moyenne, mais à un moindre niveau (jusqu’à 18 %) : Royaume- Uni, Pays-Bas, Autriche, Belgique, France, Allemagne, Italie. Ces deux groupes ne contiennent que des États de l’UE15. Suivent 6 pays d’Europe méridionale avec des prix inférieurs de 6 % à 18 % à la moyenne : Espagne, Chypre, Portugal, Slovénie, Malte, Grèce. Enfin, 10 pays d’Europe de l’Est ont les prix les plus bas, inférieurs à la moyenne de 24 % (Estonie) à 54 % (Bulgarie).

 

En restreignant la comparaison à des pays plus homogènes, les prix français se situent exactement au niveau moyen de l’UE15, et 4 % au-dessus de la moyenne de la zone euro. Le niveau relatif des prix exprimé dans une monnaie commune dépend du taux de change courant. Ainsi, quand la livre sterling s’est dépréciée entre 2015 et 2018 (– 22 %), le niveau relatif des prix au Royaume-Uni par rapport aux autres pays de l’UE a baissé de 13 % sur la même période. D’autres facteurs interviennent également, notamment les différences de productivité, de coût du travail, d’intensité de la concurrence, de structure des réseaux de distribution et de fiscalité (comme pour le tabac). Entre pays de l’UE, les différences de prix sont plus importantes pour les services que pour les biens à la consommation. Les biens, plus échangeables d’un pays à l’autre que les services, sont plus exposés à la concurrence internationale, ce qui tend à égaliser leurs prix. La dispersion des prix est ainsi dans un rapport de un à deux pour les biens contre un rapport de un à quatre pour les services.

Globalement, les prix, analysés sur des biens de même qualité, sont ainsi plus forts dans les pays aux niveaux de vie les plus élevés Ce constat est imputable à des différentiels de productivité entre pays. Pour être compétitifs, les pays les moins productifs versent des salaires plus faibles dans les secteurs produisant des biens échangeables. Les salaires des autres secteurs, où les différences de productivité sont moindres, sont également plus faibles, ce qui se traduit in fine par des prix plus bas de leurs produits non échangeables, principalement dans les services.

Au-delà de cet effet, le niveau relatif des prix dépend également du taux de change. De multiples autres facteurs interviennent également dans les niveaux de prix, notamment les différences de coût du travail, de structure des réseaux de distribution, d’intensité de la concurrence, de fiscalité.

Michel Braibant
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[4] Eurostat-OECD Methodological Manual on Purchasing Power Parities (2012 Edition), P. Konijn, https://www.oecd.org/sdd/prices-ppp/PPP%20manual%20revised%202012.pdf

[5] Estimating purchasing power parities for the production side of GDP, L. Olislager and P. Konijn, January, 2017, https://ec.europa.eu/eurostat/cros/content/estimating-purchasing-power-parities-production-side-gdp-laurent-olislager-and-paul-konijn_en

[6] Le recul du PIB par habitant de la France traduit surtout l’imperfection des comparaisons internationales, F. Magnien, JL  Tavernier, D. Thesmar, Economie et Statistique Année 2002 354 pp. 3-20, Insee. https://www.insee.fr/fr/statistiques/1376266

[7] Parité de pouvoir d’achat / PPA, Date de publication : 13/10/2016; https://www.insee.fr/fr/metadonnees/definition/c1923

[8] Note méthodologique, Système français de comptabilité nationale, Les Parité de pouvoir d’achat/ PPA, E. Berger, Insee, N° 5 – juillet 2015, https://www.insee.fr/fr/statistiques/fichier/2832834/les-parites-de-pouvoir-d-achat.pdf

[9] Consommation par habitant en standards de pouvoir d’achat en 2017 La consommation par habitant a varié entre 54% et 132% de la moyenne de l’UE, décembre 2018, Eurostat, https://ec.europa.eu/eurostat/documents/2995521/9447637/2-13122018-AP-FR.pdf/2b6ae3d6-d3b1-4ca5-af3f-baee6e434e9d

[10] Consommation par habitant : la France au-dessus de la moyenne de l’UE, L. Sauvadet, Insee première, n° 1784, novembre 2019, https://www.insee.fr/fr/statistiques/4255812

Tableau entrées-sorties mondial (T.E.S.)