LES PRIX DES ACTIVITÉS TERTIAIRES ET DE LA CONSTRUCTION

 

SOMMAIRE

INTRODUCTION

I – COMPARAISONS INTERNATIONALES DES PRIX DES ACTIVITÉ TERTIAIRES

II – MÉTHODES DU PARTAGE VOLUME-PRIX DES ACTIVITÉS TERTIAIRES

III – PARTAGE VOLUME-PRIX DE LA CONSTRUCTION

 

Résumé

 

° Nous allons présenter les méthodes de partage volume-prix et les évolutions en France et à l’étranger entre 1995 et 2018. Le calcul des indices de prix est parfois complexe dans les services modernes et dans l’économie numérique (qui regroupe les biens qualifiés de TIC, comme les ordinateurs et les services numériques, tels les logiciels ou télécommunications) du fait des produits nouveaux et de la mesure de l’effet qualité.

° On rappelle que l’estimation du volume du PIB repose sur une formule de Laspeyres qui conduit à attribuer à des quantités élémentaires le prix qu’elles ont à une période donnée. Par ailleurs, l’amélioration de la qualité d’un bien doit se traduire par un surcroît de croissance du PIB en volume. Par exemple, un vêtement conçu avec un nouveau tissu de très bonne qualité, et vendu au même prix qu’un vêtement « classique », aura probablement une durée de vie plus longue. Le ménage qui achète le vêtement de très bonne qualité voit alors son utilité s’accroître avec l’arrivée du nouveau bien. Cette augmen­tation de l’utilité doit être transcrite dans une croissance du volume, le volume mesurant tout à la fois des évolutions de quantité et de qualité. Ces questions théoriques sont très importantes. Plusieurs travaux de l’INSEE peuvent servir de référence [1], [2], (les nombres entre crochet renvoient à la bibliographie en bas de page).

 

 

° Certains mettent en avant que le partage volume-prix des services devient plus fiable du fait de nouvelles enquêtes pour  connaitre les prix des services modernes aux entreprises, ceux des services traditionnels aux ménages étant mieux connus depuis longtemps à travers l’indice de prix à la consommation (IPC). Certes il y a des difficultés de partage volume-prix dans une économie tertiaire et numérique. Mais celles-ci ne sont pas toutes nouvelles même si la part de ces services ne cesse de croître. 

° D’autres pensent que la mesure de la croissance est sous-évaluée, notamment à travers l’approche « production » du PIB.  Ils se demandent ainsi comment mesurer une économie en pleine « digitalisation » ? Comment faire le partage volume-prix des services modernes voire des biens de plus en plus complexes, qui utilisent l’économie numérique ? Comment mesurer tout simplement les nouveautés comme le « cloud computing » ? Comment prendre en compte enfin la partie gratuite de l’économie numérique (publicité, base de données,..), à la fois dans la valeur et le volume de la production ?

 

° Mais n’est ce pas plus complexe que cela ? Pour les services modernes aux ménages, il faudrait aussi tenir compte des « résultats » et ne pas se limiter au calcul de la production en volume. Cette approche serait plus dans l’idée de suivre des indicateurs de bien être ou de résultats (santé, éducation,..) pour nuancer ou préciser les évolutions de la production en volume de ces services. Non pas nécessairement pour dire que leur croissance est sous-évaluée. D’autant qu’il n’est nullement prouvé que productions et résultats des services modernes aux ménages évoluent de la même manière depuis une vingtaine d’année. Les avis sont partagés sur l’évolution des résultats des services administratifs ou privés. Il y a certes ceux qui pensent que l’économie numérique apporte des résultats de bien meilleure qualité. Mais il y en a d’autres qui estiment que des services simples aux clients se sont dégradés avec le temps.

 

° De plus ces difficultés n’interdisent pas des comparaisons internationales aussi bien pour des services aux ménages qu’aux entreprises car ces questions concernent tous les pays sans qu’on puisse dire si un pays les traite mieux qu’un autre. Sur ce plan, les choses ont évolué dans le bons sens en France depuis 2007-2008. Les prix relatifs de la VA des branches tertiaires à la VA des biens augmentent en France (+1,4% par an) plus que dans l’UE  (+0,7% par an) entre 1995 et 2018. Cette divergence est un peu atténuée si on prend l’UE hors Royaume Uni (écart de 0,6 point par an) dont les prix relatifs tertiaires baissent de manière surprenante de 3% sur toute la période.

° On aurait pu croire que ces divergences sont dues à un problème comptable en France lié au délicat partage volume-prix des services aux entreprises, du commerce, des services administratifs (santé, éducation), bref des « services modernes ». Trois branches expliquent la hausse du prix relatif de la VA des activités tertiaires en France entre 1995 et 2017 : administration (dont notamment l’enseignement), activités scientifiques et techniques, activités immobilière. Le fait est que les méthodes de partage volume-prix y étaient assez frustes :

  • pour les premiers (éducation), la méthode « output » (calcul de la production en volume à partir d’indicateurs en quantité) aboutit à une croissance plus faible en France au début de sa mise en place;
  • pas d’enquêtes sur les prix de nombreux services aux entreprises jusqu’à la fin des années 2000;
  • pas de signification claire du partage volume-prix des loyers fictifs.

° Mais en fait, la raison principale serait autre : ces divergences résulteraient d’une baisse du prix de la VA de l’industrie. L’explication viendrait d’une croissance forte du prix des CI des branches industrielles.

° De plus cette croissance relative des prix de la VA tertiaire ne se situe qu’entre 2000 et 2008. Depuis, les prix relatifs de la VA tertiaire évoluent moins vite en France que dans l’UE. Ils baissent même entre 2010 et 2018, en France plus que dans l’UE.

 

° La VA en volume est calculée par la méthode de la « double déflation » (différence entre la production et la CI en volume). Ce calcul est assez fragile car il est fondé sur des prix de CI estimés par la comptabilité nationale lors de l’élaboration des ERE. Ces prix de CI des produits ne sont pas toujours facilement estimés en volume dans plusieurs produits (matériels informatiques, logement, services aux entreprises,..). A fortiori, les prix des CI des branches sont encore plus fragiles car ils résultent des prix des CI de chaque produit, sans compter les arbitrages possibles lors de l’élaboration du TES. Par ailleurs, la mesure en prix courants de la CI par branche est elle même souvent plus fragile que celle de la production. Plus la VA est petite par rapport à la production et à la CI, plus les erreurs de mesure sur ces éléments, en particulier la CI, peuvent l’affecter fortement à prix constants [3]. Ce peut être le cas dans l’industrie, où la VA représente 30% de la production.

° Notons que la baisse du prix de la VA de l’industrie française entre 2000 et 2017 n’est pas unique. On observe cette baisse au Royaume Uni, Finlande, Suède. Ce prix est quasiment stable en Belgique. Mais il augmente de +13% dans l’UE et +19% aux États-Unis.

° De fait, les prix de la consommation finale (CF) des biens augmentent moins que ceux de la production qui évoluent eux mêmes moins que les prix des CI de ces produits entre 1995 et 2007. On observe ces divergences dans les autres produits industriels (réparation, maintenance,..). De même dans les équipements électriques, les prix de production et des importations diminuent beaucoup moins que ceux de la CF, entraînant par ricochet une légère baisse des prix des CI. Le phénomène est amplifié dans les produits informatiques. Les prix de l’électricité-gaz et du raffinage pétrolier augmentent aussi plus pour la CI que pour la CF.

° En outre, non seulement les prix des CI des ERE de l’énergie augmentent plus que ceux des autres emplois, mais ils augmentent plus quand ces CI sont consommées par l’industrie. Cette divergence observée au niveau de la nomenclature A17 pour lesquels on dispose des TEI en valeur et volume, prix chaînés, résulte toutefois d’une augmentation plus rapide du prix du gaz que de l’électricité  jusqu’en 2007. Or le gaz est d’abord consommé par l’industrie (45% des ventes aux entreprises). Alors que les branches tertiaires consomment surtout de l’électricité.

° Du fait de cette hausse des prix des CI des produits manufacturés et de l’énergie entre 1995 et 2007, surtout consommés par les branches industrielles et énergétiques (80% de leur CI), le prix de la CI par l’industrie augmente de 23% contre +13% pour le prix de la production. Aussi, la production en volume de l’industrie manufacturière baisse légèrement de 2,5% entre 2000 et 2017, quand la VA augmente de près de 14% (écart de 16,5%).

° Ici aussi, cette divergence n’est pas singulière : L’écart de croissance entre les évolutions en volume de la VA industrielle et de la production est parfois proche de 20% (États Unis, Belgique, Suède). Mais l’écart en Allemagne n’est que de 7%. Dans d’autres pays, les agrégats évoluent au même rythme (Pays Bas, Italie,…). 

° La publication en 2005 du manuel de partage volume-prix d’Eurostat, a largement contribué a faire avancer les choses même si l’Insee avait anticipé d’enquêter les prix du commerce extérieur des biens pour compléter les indices de prix de ventes. En même temps, il mettait en place des enquêtes d’indice de prix des services. Tout ce dispositif est devenu opérationnel vers la fin des années 2000, permettant à la fois de mieux estimer les indices de prix des CI des produits manufacturés et aussi de la production des services. Le manuel d’Eurostat de 2008 « supply and use tables », précisait, lui, que le calcul du PIB en volume doit privilégier l’approche « demande » des EREs. L’approche production du PIB global en volume (somme des VA et des impôts, nets des subventions, sur les produit) doit être ainsi calée sur le PIB global en volume de l’approche « demande ». 

° Au début des années 2010, les indices de prix des principaux agrégats des ERE étaient bien mieux connus en France que durant la décennie précédente. On pouvait s’appuyer sur les indices de prix à la production (IPP) dans l’industrie et dans de nombreux service, sur les indices de prix du commerce extérieur, (au lieu des indices de valeur unitaire peu fiables au niveau d’élaboration des EREs),  sur ceux de la consommation finale (IPC), voire ceux de la FBCF : indice du coût de la construction (ICC), etc… .

 

°  S’agissant des gains de productivité du travail des branches tertiaires, ils  sont de +0,9% par an  entre 1995 et 2018, presque comme dans l’UE (écart de 0,05 points). Ces résultats ne sont guère modifiés si on ne prend pas en compte les activités immobilières (qui incorporent les loyers « fictifs »), dont les gains de productivité augmentent un peu plus vite en France (+1,4% par an) que dans l’UE (+0,5%). Dans l’industrie-agriculture, ces gains sont de +2,9% en France contre +2,7% dans l’UE mais de -0,5% dans la construction (+0,0% dans l’UE). Cette dernière divergence explique pour partie une moindre croissance pour l’ensemble de l’économie (+1,2% en France par an contre +1,4% dans l’UE). L’autre explication est la croissance à peine plus forte des gains de productivité tertiaires dans l’UE, mais qui aboutit à un écart global de 0,2 points du fait que la productivité du travail est d’un niveau plus élevé que dans l’industrie et que la VA tertiaire est prédominante.

 

° De leur coté, les prix relatifs de production du tertiaire par rapport aux prix de production de l’industrie augmentent un peu plus fortement en France, mais d’un écart de l’ordre de 0,1% à 0,2%, et non de 0,7%. Dans certains pays (États Unis, Suède), la croissance des prix relatifs de production des services est même plus forte qu’en France entre 1996 et 2016. Depuis 2007, la France est le pays où les prix relatifs des services augmentent le moins  (+0,2% par an entre 2007 et 2016) contre +0,7% dans la plupart des pays.

 

° La divergence entre la France et les autres pays pour les activités tertiaires n’existerait donc qu’en terme de prix relatif de VA (+0,7% par rapport aux prix des biens entre 1995 et 2017), mais à peine en terme de prix relatifs de la production (0,1% à 0,2%) et quasiment pas pour la productivité du travail.

 

° Autrement dit, les évolutions des prix de VA des activités tertiaires et de l’industrie seraient relativement correctes en France entre 1995 et 2018, sauf entre 1995 et 2008 mais de manière assez limitée. Ainsi, les prix des produits électroniques consommés par les branches de l’industrie auraient pu baisser un peu plus entre 1995 et 2007, notamment par les matériels de transport où ces prix augmentent entre 1995 et 2000 de +9% et ne baissent que de -2% entre 2000 et 2007!

° Peut on alors conclure que la croissance de la VA de l’industrie serait surévaluée de 0,1 à 0,2 point par an entre 1995 et 2007 et celle du tertiaire serait sous-évaluée de 0,05 point ?

 

° Une petite partie de ces divergences s’explique par le fait que la VA de l’industrie est « pure » en France alors que dans les autres pays, elle inclut autour de 10% de VA de services comme activités secondaires dont les prix augmentent plus vite. Nous vérifions dans quelle mesure les indices de prix sont comparables entre le TES français en branche pure et les TRE étrangers en secteur d’activité ? 

 

° Dans la construction, le prix relatif de la production augmente plus vite que dans les autres pays (écart de 0,4 points par an avec l’Allemagne et de près d’un point avec la Belgique, l’Italie et les Pays Bas). Dans certains pays, la progression est toutefois du même ordre qu’en France (Autriche, Finlande, États-Unis) Peut on conclure  que l’indice de volume de la production, aurait été minoré de l’ordre de 0,1% par an entre 1995 et 2017 (et donc celui de la VA en volume de 0,25% par an), les prix des CI évoluant correctement ? Dans le cas où le prix de VA progresserait de +2,95% au lieu de +3,2% par an entre 1995 et 2018, la productivité horaire du travail ne diminuerait plus que de 2,5% par an au lieu de -0,5%.

Même si chaque logement est différent, le partage volume-prix serait quand même mieux fait depuis 2010 avec le changement de méthode du calcul de l’ICC (méthode « hédonique »), prenant en compte les normes thermiques dans l’indice de volume et non dans l’indice de prix.

  • Toutefois, tout en convergeant, les indices de prix de la production et de la CI de cette branche continuent d’augmenter différemment +1,32% par an an pour la production contre +0,87% pour la CI de la branche (écart de 0,45 points), ce qui est un signe d’une meilleure prise en compte de l’effet qualité. Alors que le premier était nettement supérieur au second entre 2000 et 2010 (écart de 0,9 points).
  • Mais la productivité horaire du travail augmente de 0,1% par an entre 2010 et 2018 contre +0,9% dans l’UE. L’écart s’accroît par rapport à la période 1995-2018. Certes la productivité du travail baisse aussi sur longue période en Italie (-0,8%) et en Espagne (-0,4%). Il reste qu’on ne sait pas si c’est l’indice du prix de la production qui est encore trop élevé ou bien les heures travaillées qui sont mal estimées, à moins que ce soit la réalité. On note d’ailleurs que l’investissement en machines et équipements par la branche construction progresse à peine durant ces 20 dernières années, comme en Espagne, alors qu’il augmente fortement dans les pays du Nord d’ l’Europe (doublement au Royaume Uni et en Suède).
  • Le partage volume-prix du génie civil (construction des infrastructures) reste très délicat.

 

 

 

 

 

INTRODUCTION

Un des rôles essentiels des comptes nationaux est de décomposer les évolutions des opérations sur biens et services en valeur en deux composantes : un facteur prix reflétant le mouvement des prix, un facteur volume mesurant l’évolution des agrégats à prix constants.

Cette décomposition se fait de manière naturelle lorsque l’on examine un agrégat de biens élémentaires homogènes, économiquement identiques entre deux périodes [4]. Les quantités étant dans ce cas additives (au sens économique) et commensurables, la notion de volume correspond alors à celle de quantité. L’évolution en volume correspond alors à celle des quantités, l’évolution en prix correspond à celle des prix unitaires (par unité de quantité).

En revanche, lorsque l’agrégat recouvre des produits non homogènes économiquement, il est nécessaire de recourir à des pondérations et en pratique à des indices. Pour un agrégat de produits élémentaires, la méthode la plus naturelle pour décomposer l’évolution en valeur d’une année sur l’autre, entre une variation de prix et une variation de volume, consiste à mesurer le volume en valorisant les opérations élémentaires par le système de prix de l’année précédente. De la sorte l’indice de valeur est le produit d’un indice de volume (de type Laspeyres) et d’un indice de prix (de type Paasche).

 

Soient i produits, sur la période 0-t, en quantités qi aux prix pi

On peut mesurer l’évolution des quantités dans le temps par :

 

 

On applique la même formule pour l’évolution des prix, en échangeant les p et les q.

En pratique, on choisit Lq  et Pp , qui vérifient la relation:

 

Le choix d’utiliser des indices de Laspeyres en comptabilité nationale pour construire le volume s’explique probablement par les nombreux avantages présentés par ces indices lorsqu’ils étaient construits en base fixe, comme c’était le cas jusqu’en base 1995 pour les comptes annuels, et jusqu’en base 2000 pour les comptes trimestriels.

Toutefois, les indices de Laspeyres à base fixe se sont révélés problématiques au cours des années 1990 avec le développement des nouvelles technologies de l’information et des communications dont les prix baissaient très rapidement, ce qui a imposé aux comptes nationaux de mettre en place un système de chaînage pour la constitution des séries longues : ainsi, alors qu’avant la base 1995, l’évolution de chaque agrégat en volume était construite à partir des évolutions des indices élémentaires en volume pondérés par leurs poids en année de base, depuis la base 1995, les évolutions des agrégats en volume sont construits à partir des évolutions des indices élémentaires en volume, pondérés par leur poids l’année précédente.

 

Des difficultés naissent logiquement en cas d’apparition de produits nouveaux, de produits de qualité différente ou de produits uniques (tels que certains biens d’équipement) pour lesquels on ne peut observer de prix l’année précédente. Le traitement de ces problèmes, et d’une manière générale, des «effets-qualité» constitue un des aspects majeurs de la méthodologie d’élaboration des principaux indices statistiques utilisés : indices des prix à la production ou à la consommation. Pour les besoins de la comptabilité nationale comme d’ailleurs pour les statistiques de prix, les indices de prix doivent refléter les évolutions de prix de produits comparables de qualité constante. Les effets-qualité comme ceux liés aux déformations dans la structure des produits (en termes de variétés, de gammes, d’usages…) relèvent alors de variations de volume.

Les équilibres-ressources-emplois (ERE) et les comptes de branches qui en résultent constituent le cadre privilégié du partage volume-prix des opérations sur biens et services. D’abord, ils permettent d’effectuer ce partage à un niveau détaillé, condition nécessaire pour pondérer correctement les indices avant agrégation. Ensuite, l’utilisation de ce cadre comptable permet d’assurer la cohérence des évaluations en volume des différentes opérations, cohérence nécessaire pour obtenir des évaluations en volume des valeurs ajoutées par branches et, par agrégation, du PIB, de bonne qualité. Enfin, ce cadre qui assure le respect des règles fixées en comptabilité nationale quant aux prix de marché devant servir à la valorisation des différentes opérations – prix de base pour la production, prix d’acquisition pour les emplois -, permet de déterminer le partage volume-prix des éléments qui les relient : impôts et subventions, marges commerciales et de transport.

 

Depuis la base 1995, et conformément aux conventions européennes, les ERE aux prix de l’année de base sont désormais élaborés automatiquement au terme de l’élaboration des comptes par chaînage d’indices de volume aux prix de l’année précédente. Le principe des indices chaînés consiste à mesurer les indices sur des paires de dates consécutives et de multiplier les indices pour former une chaîne temporellement cohérente qu’on applique aux montants d’une année de référence. On obtient ainsi des « volumes chaînés au prix de l’année de référence N ». Le chaînage peut poser des difficultés en cas de série très irrégulière et fait perdre aux séries leur propriété d’additivité stricte. Pour autant, il est appliqué dans les comptes en actualisant les pondérations tout au long de la série. Les indices agrégés sont donc plus représentatifs de la structure de l’économie pour chaque année considérée. En outre, les taux de croissance des indices chaînés ne dépendent pas de la date de référence, ce qui limite les révisions en cas de changement de base. Au final, sont donc élaborées et diffusées des séries annuelles d’agrégats « aux prix de l’année précédente, chaînés », référence 2014, cette année étant celle de la dernière base en France. En Europe, l’année de référence est en général 2010.

On se réfère ici aux séries volumes aux prix de l’année précédente chaînés (qu’on appellera souvent en volume, ou prix chaînés), dont la méthode est présentée dans la page Prix chaînés et parités de pouvoir d’achat. Nous essayons ici d’analyser les mécanismes de comptabilité nationale d’évolution des prix des agrégats. On s’intéresse aux ERE et aux comptes de production. Au delà d’une année, l’évolution de la VA, en volume et en prix, est ainsi obtenue comme enchaînement des indices annuels de la VA elle même. Elle ne résulte pas des résultats des enchaînements respectifs de production et de CI. Si on applique ces trois indices (de P, CI et VA) aux valeurs d’une année quelconque, un écart a évidemment toute chance d’apparaître entre les trois postes du compte de production. De même, la somme de la VA en volume des branches de l’économie n’est pas égale à la VA totale de l’économie en volume.  Compte tenu des sources disponibles (Eurostat distingue 7 branches tertiaires), nous les avons toutefois rendus additives pour le calcul du volume de l’ensemble de ces branches : voir la méthode certes imparfaite ci dessous. Les conclusions restent néanmoins valables.

 

 

 

1/ Le manuel d’Eurostat sur le partage volume-prix

Le partage volume-prix dans les comptes nationaux fait l’objet de préconisations par Eurostat à travers différents manuels dont :

• le SEC 2010, chapitre 10,

• Manuel de la mesure des prix et des volumes dans les comptes nationaux d’Eurostat de 2001, mis à jour en 2016, en cohérence avec le SEC 2010 [5],

• Eurostat Manual of Supply, Use and Input-Output Tables.

Les méthodes pour effectuer le partage volume-prix ont été classées en trois catégories par Eurostat : les méthodes A, les plus appropriées, les méthodes B dites de remplacement, pouvant être utilisées si les méthodes les plus appropriées ne peuvent l’être, les méthodes C qui ne doivent pas être employées.

 

Pour catégoriser un indicateur, quatre critères sont utilisés :

 

• l’indicateur doit couvrir l’ensemble des produits compris dans la classe considérée, ou seulement certains d’entre eux tels que ceux qui ne sont vendus qu’aux ménages.

 

• la valorisation de l’indicateur doit correspondre à l’emploi ou à la ressource considéré. Par exemple, pour la production l’indicateur doit de préférence être au prix de base alors que pour la consommation finale, il doit s’agir d’un prix d’acquisition.

 

• l’indicateur doit intégrer les variations de qualité, pour les enregistrer en volume. Il y a deux manières d’intégrer ces variations. Dans la méthode la plus classique, il s’agit de stratifier l’échantillon d’un produit en séparant les différentes qualités (par exemple une petite voiture et une grande voiture). Ce cas est assez bien géré.  Ce qui est compliqué c’est de comparer dans le temps les différentes qualités quand le produit évolue continûment  (par exemple une option GPS dans une voiture dont le prix diminue chaque année). Il s’agit d’évaluer en continu une amélioration de la qualité. Ce cas est plus complexe. Le partage de la valeur de l’investissement entre les deux composantes volume et prix est ainsi une question extrêmement difficile, dans la mesure où les techniques de production et les performances des biens d’investissements ne restent pas stables mais progressent en général. Sur le plan théorique, deux approches ont longtemps été envisageables : l’une aux « coûts des facteurs » se propose de tenir compte des progrès (hausse de la productivité du capital) dans la production des biens d’investissement; l’autre, celle des « services producteurs » cherche à prendre en compte des progrès dans leur performances productives.

Le statisticiens de prix ont ainsi développé une méthode dite  «  hédonique », c’est à dire à prendre en compte l’utilité du bien pour le consommateur : calcul des prix des caractéristiques par étude économétrique entre prix et caractéristiques de modèles différents. Le principe est d’évaluer la qualité des générations successives de matériels par quelques caractéristiques objectives (critères et qualités avec de très nombreuses strates qui ne sont pas nécessairement comparables de manière quantitative) pouvant être suivies dans le temps et dont on mesure comment elles sont valorisées par les consommateurs, en analysant les écarts de prix instantanés entre produits présentant des niveaux variables de ces caractéristiques. Pour un exemple fictif de la méthode hédonique, on se reportera au site www.comptanat.fr (page Prix et volumes).

La méthode hédonique a été jadis appliquée aux ordinateurs. Les indices de prix correspondaient à des prix de FBCF importée, y compris marges commerciales; ils ne correspondaient pas à de véritables indices de prix de production. Cette méthode n’est plus appliquée.

Aujourd’hui, on essaie de stratifier les produits avec des qualités différentes. Quand il y a des produits nouveaux, on utilise la méthode appelée « matched models » (modèles appariés). On change ainsi systématiquement chaque année la base de mesure quand il y a des produits nouveaux, en ne retenant que les produits qui se retrouvent sur au moins deux années consécutives. On renouvelle ainsi continûment les séries de prix qu’on mesure pour ne prendre en compte que les évolutions de prix entre 2 produits strictement identiques.

 

• l’indicateur doit être cohérent avec les concepts des comptes nationaux.

Lorsqu’un indicateur répond aux quatre critères, il correspond à une méthode A. Dans le cas contraire, ce sont des indicateurs de type B ou C en fonction de l’écart qui les sépare de la méthode A. La méthode décrite est générale, l’attribution d’une méthode A, B ou C varie pour chaque type de produits. Le classement de ces méthodes a toutefois pu évoluer dans le temps, des méthodes théoriquement plus correctes ayant été écartées au vu de leurs implémentations assez instables.

 

2/ Le partage volume-prix en France, ses forces et ses faiblesses

Le partage volume prix des activités tertiaires posait problème dans les années 2000 dans 3 catégories de produits dont le poids est devenu très important (près de 50 % de la valeur ajoutée totale en France) : les services aux entreprises, les télécommunications, les services non marchands, le commerce.

La seconde étude mentionnée ci-dessus pose la question des produits nouveaux, notamment les services des technologies de l’information et de la communication, ou la numérisation.

La méthode des prix hédoniques est inapplicable à des services de la nouvelle économie tels que les abonnements aux services de téléphonie mobile qui se laissent difficilement résumer par un petit nombre de caractéristiques. Il n’ a pas été facile de calculer les indices de prix lors de l’arrivée sur le marché d’un quatrième opérateur de téléphonie mobile, en 2012 2013. Cet opérateur a tout de suite pris une part de marché importante, baissant le prix effectivement acquitté en moyenne, au point de conduire à une réduction du chiffre d’affaires nominal du secteur, mais sans qu’il y ait eu baisse immédiate comparable des tarifs des opérateurs en place. Tant que le tarif des autres opérateurs ne s’était pas ajusté, diviser un chiffre d’affaires nominal en baisse par un indice de prix calculé sur les opérateurs en place conduisait à une baisse des volumes, à rebours de l’impact qui était attendu de l’ouverture du marché. Ceci a temporairement conduit les comptes nationaux à une approche directe des volumes, leur évaluation sur la base d’indicateurs de quantités comme les durées de communication et les nombres d’envois de SMS ».

Il reste que les indices de prix sont presque plus nombreux dans les services, pour déflater les opérations d’un ERE. On dispose en effet d’indice de Prix des services à la production (autrefois appelés indice de prix des services aux entreprises). On dispose aussi d’indice prix des emplois, non seulement de la consommation finale (indice B to C), mais aussi d’indices de prix de la CI (indice B to B), et d’indice de prix des exportations. Alors que pour l’industrie, on ne dispose pas d’indice de prix sur la CI, ce qui supposerait en effet de maîtriser parfaitement le partage volume prix des marges commerciales. Notons aussi que pour l’industrie, les indices portent désormais sur la production au prix de base au lieu de celle au prix du producteur.

 

La mesure des volumes et des prix dans les comptes nationaux annuels français se fait par l’élaboration pour chaque année de tableaux entrées-sorties (TES) complets aux prix courants et aux prix de l’année précédente, à un niveau détaillé (138 branches et autant de produits, appelé « niveau G ») pour les comptes définitifs et semi-définitifs. Toutefois, pour certains produits (agriculture et services notamment), les travaux peuvent être menés par produit à un niveau plus détaillé encore, celui de 332 produits (niveau H).

La méthode de partage volume prix est souvent la suivante ; ce sont différents indices et leurs sous composantes qui sont appliqués poste par poste d’un équilibre-ressources-emplois (ERE) : composantes de l’indice des prix à la consommation (IPC) pour la plupart des éléments de la demande finale des ménages, composantes de l’indice des prix de production industrielle (IPPI), autrefois appelés prix de vente industriels (IPVI) pour la production, l’investissement, les exportations et les importations, et estimation par solde pour le prix des consommations intermédiaires, (éventuellement de la FBCF). Autrement dit, ce dernier indice est implicite, donc assez fragile. C’est pourtant lui qu’on applique pour calculer les CI d’un produit par une branche et donc la CI totale de la branche en volume, et par voie de conséquence la, valeur ajoutée en volume (méthode dite de la « double déflation« ).

 

 

De ce schéma, on peut tirer une conclusion : Pour les services aux entreprises, une approximation des prix à la production ne devrait pas avoir d’effet sur le calcul du PIB en volume. L’exemple ci-dessous le montre en relevant de 1,05 à 1,07 l’indice du prix de la production des services qui est supposé ici être la seule CI de la branche industrie automobile. Du coup, la production de la branche services diminue de 57,1 à 56,1 de même que la VA en volume diminue de 23,8 à 22,7. Mais cette diminution est compensée par une hausse de la VA en volume de l’industrie automobile : 179,6 au lieu de 178,7 du fait que la CI de cette branche (production de la branche services) est passée de 57,1 à 56,1. La VA totale n’est ainsi pas modifiée : 202,5 dans les deux scénarios. En revanche, la répartition de la VA en volume par branche  n’est pas la même.

En revanche, le problème du partage volume-prix se pose pour les services aux particuliers, notamment ceux de la consommation individualisable des Administrations Publiques (éducation, santé, etc,.. ) : une variation de leurs indices de prix ou de volume modifie l’évolution du PIB en volume.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

I – COMPARAISONS INTERNATIONALES DES PRIX DES ACTIVITÉS TERTIAIRES

Elles permettent d’apprécier en partie la mesure du partage volume prix des activités tertiaires en France, et sous réserve de quelques hypothèses mentionnées ci dessous.

 

1/ Les indices de prix et de volume du TES français et des TRE étrangers sont ils comparables ?

Il aurait fallu surtout comparer les indices de prix relatifs de la production des produits tertiaires plutôt que ceux de la branche.

  • D’une part, le Manuel d’Eurostat s’intéresse surtout à ceux-ci et non aux prix de la branche, encore moins à ceux de la VA.
  • D’autre part, les indices de prix des produits ne changent pas entre la méthode française du TES en branche pure et celle des TRE étrangers par secteurs d’activité alors que les indices de prix des comptes de production ne sont pas les mêmes dans les deux cas. 

Mais ces données font défaut sur longue période dans les bases internationales. On dispose toutefois des prix de production de la branche dans la base STAN (analyse industrielle) de l’OCDE.

Pour les activités tertiaires, les indices de prix de production et donc de valeur ajoutée des branches ne sont pas très différents entre le TES français en branche pure et les TRE étrangers en secteurs d’activités car la matrice de production est presque diagonale pour l’ensemble de ces activités (c’est cependant moins le cas dans un niveau détaillé de nomenclature). L’industrie, elle, diversifie sa production vers des services et du commerce pour près de 10%.  Du coup, il peut y avoir des divergences d’évolution entre l’indice de prix d’une branche pure et d’un secteur d’activité correspondant. N’exagérons toutefois pas trop les écarts entre indice de prix par produits et par secteur d’activité. L’exemple ci dessous le montre à partir de la matrice de production de la France de 2012, assimilée à la matrice de l’année (n). La matrice de l’année (n+1) n’est pas exactement celle de 2013.

Connaissant ces matrices en 3 grands secteurs (agriculture, industrie y compris énergie et construction, activités tertiaires), ainsi que les évolutions des prix de la production des branches-produits, on reconstitue les productions sectorielles en volume selon plusieurs méthodes : en appliquant d’abord les indices de prix des produits à la matrice de production de l’année (n+1) d’où on déduit des indices de volumes par secteur (partie gauche du tableau)  ou bien en calculant des indices de volumes soit à partir des structures de la matrice de l’année (n) (méthode 1), soit à partir des structures de l’année (n+1) (méthode 2), soit à partir de nouvelles structures (NS) en appliquant à l’année (n) le différentiel de structure entre les deux matrices (méthode 3) (partie gauche).

L’indice de volume du secteur industrie calculé ici à partir d’indices de prix fictifs (mais pas trop éloignés de la réalité) augmente de 1,8% tandis que l’indice de volume du produit industrie augmente de 2%. Les divergences sont négligeables pour les activités tertiaires.

 

 

Mais ce tableau est agrégé en 3 grands secteurs de l’économie (la part de la production des sommes des productions diagonales représente 95% de la production totale). En niveau 64 de la nomenclature, cette part n’est plus en France que de 90%.

 

Ainsi, les évolutions en volume des services sont plus comparables entre la France et les autres pays, que pour l’industrie dont les activités sont plus diversifiées. Les calculs de productivité du travail des activités tertiaires le sont aussi.

En revanche, pour des secteurs industriels dans un niveau plus détaillé de la nomenclature (mais aussi des services), telle par exemple l’automobile, il peut y avoir des divergences plus prononcées entre les indices de volumes des productions sectorielles et par produits.

 

 

 

 

2/ Les indicateurs retenus

On se réfère à trois indicateurs pour juger de la qualité du partage volume prix en France :

° Les prix relatifs de la valeur ajoutée (VA) et de la production des activités tertiaires,

° Les prix de la valeur ajoutée des activités tertiaires,

° Les gains de productivité du travail des activités tertiaires,

 

Il faut absolument se référer aux prix de production, autant qu’aux prix de VA.

En effet, les indices de prix de production des branches peuvent être mieux estimés car ils s’appuient sur les enquêtes d’abord dans l’industrie puis dans les services aux entreprises (Indice de prix de production) depuis la fin des années 2000. Mais ceux-ci sont un peu moins disponibles sur longue période que les prix de VA par pays.

En revanche, les indices de prix de VA sont à prendre avec quelque précaution car ils résultent de la méthode de la « double déflation ». Mais ce problème tend à s’estomper  : les indices de prix des CI par produits sont mieux estimés car les prix des importations et exportations sont progressivement enquêtés à la fin des années 2010, complétant ceux sur la production et la consommation des ménages. Il en résulte que les prix des CI des branches évoluent plus correctement (schéma suivant). On vérifie cette hypothèse dans la construction.

 

 

 

Choisir la valeur ajoutée permet toutefois de faire la synthèse avec la productivité, puisque celle ci se retrouve au numérateur dans les deux séries (productivité et prix relatifs).

 

On commence donc ici par les prix de VA malgré leurs possibles imperfections. Dans la base de données d’Eurostat, la VA est agrégée en 10 grandes branches dont 7 branches tertiaires en plus de l’industrie, l’agriculture et la construction. Prendre 7 branches tertiaires est idéal pour une première approche. Les prix de la production des branches ne sont par ailleurs pas calculables à partir d’Eurostat, les pays ne transmettant pas les volumes de la production.

Mais du fait des divergences trop fortes entre les prix relatifs français de la VA tertiaire et ceux des autres pays suite à une estimation assez surprenante, non pas tant du volume de la VA des activités tertiaires, mais de la VA de l’industrie entre 1995 et 2007, nous avons consulté la base STAN (analyse industrielle) de l’OCDE qui publie les productions en valeur et volume, donc les évolutions des prix, mais pas pour tous les pays de l’Europe. Cette base offre un découpage des activités tertiaires (commerces, services administratifs et d’assistance, santé,..) particulièrement intéressant sauf pour les services aux entreprises regroupés avec les activités immobilières.

 

De plus, quand des évolutions françaises sont divergentes comme c’est le cas du prix de la valeur ajoutée de la construction, nous avons regardé l’évolution du prix de la FBCF en construction qui lui est calculable à partir des données d’Eurostat. Ceci montre combien les calculs sont parfois délicats en se référant aux prix de valeur ajoutée. Aussi, les calculs de productivités du travail les complètent d’autant plus qu’ils se limitent à des variables absolues des branches tertiaires sans se référer aux évolutions des prix des biens.

 

Il reste à choisir quel indice de prix relatif et de productivité relative comparer à ceux des branches tertiaires :

° industrie-agriculture,

° industrie-agriculture-construction,

° ensemble des branches.

 

 

Comparer les prix et la productivité à ceux de l’ensemble de l’économie a moins de sens sachant que le tertiaire représente 80% de l’emploi et de la valeur ajoutée en 2017 en France. On donne cependant les principaux résultats pour nuancer ceux calculés en se référant à l’industrie-agriculture dans la base Eurostat et à l’industrie dans la base OCDE..

De plus, parce que les comptes de la construction semblent poser problème s’agissant du partage volume-prix (indice de prix relatif de la valeur ajoutée très élevé du fait d’un indice de prix des CI trop faible mais aussi d’un indice de prix relatif de la production plus fort qu’ailleurs alors même que l’indice du coût relatif de la construction n’est pas nettement supérieur à celui des autres pays), nous préférons comparer les évolutions des prix et de la productivité des branches tertiaires à ceux de l’industrie+agriculture en sachant toutefois que le prix de VA de ces derniers diminue en France en 2018 par rapport à 1995, phénomène qui n’est pas exceptionnel, mais qui est quand même assez rare en Europe (voir Désindustrialisation). Nous l’étudions ci dessous de manière détaillée.

 

 

 

Autre remarque importante, avec le chaînage, on sait que les séries en volume (prix chaînés d’une année de base) perdent la propriété d’additivité stricte. Hors les évolutions relatives de prix, quelle est la part de la valeur ajoutée de biens relativement aux services entre 1995 et 2017 ? Pour répondre à cette question, il faut choisir une année de référence pour fixer les niveaux de prix relatifs. En reprenant ensuite les seules évolutions en volume par branche et en recalant sur le volume total chaque année, on peut alors définir une part valeur ajoutée en volume et la faire évoluer au cours du temps. Naturellement, le chiffrage dépend directement de l’année de référence retenue pour les prix. On retient ici comme année 2010. Par définition, les valeurs ajoutées en volume de 2010 coïncident avec celles en valeur de la même année. Mais pour les autres années, elles dépendent des évolutions relatives des volumes. Par exemple, les prix chaînés n’étant pas équilibrés en 1995, on recalcule les valeurs ajoutées en volume de telle manière que la somme soit égale à 100 alors qu’en fait elle était égale par exemple pour la France à 101,5. Pour ce faire on divise toutes les valeurs ajoutées par 1,015. On fait de même pour les autres pays.

 

Sur le choix des périodes, nous avons pris outre 2017-1995 (disponibilité des séries sur la base Eurostat), 1995-2000, 2000-2007 (2000-2008 pour les prix relatifs), 2007-2010 (2008-2010 pour les prix relatifs), 2010-2018. En fait la croissance de la productivité du travail ralentit à partir de 2003 dans de nombreux pays telle la France [6]. En outre, la moindre croissance des prix relatifs tertiaires en France que dans l’UE commence non en 2007 mais en 2008. De même compte tenu de la baisse surprenante des prix relatifs tertiaires au Royaume Uni (RU), du fait des services aux entreprises, nous avons calculer les évolution des prix de l’UE y compris et hors RU. D’autant que le prix relatif du tertiaire évolue de manière erratique dans ce pays (graphique ci dessous).

 

3/ l’évolution des prix relatifs en terme de VA

a) l’observation du prix relatif de la VA tertiaire d’après les comptes nationaux

Si on s’en tient au premier indicateur, les prix relatifs des activités tertiaires (évolution des prix de la valeur ajoutée des activités tertiaires rapportée à l’évolution des prix de la VA de l’agriculture + industrie) augmentent de 1,4% par an entre 1995 et 2018, soit plus que la moyenne européenne (+0,7%) (+0,8% UE hors RU). L’augmentation entre 1995 et 2018 (+38%) est de 10 points supérieure à celle des Pays Bas, qui connaissent eux même une croissance assez forte des prix relatifs tertiaires. Elle se situe uniquement avant la crise de 2008. Depuis, les prix relatifs baissent en France alors qu’ils stagnent dans les autres pays (sauf au Royaume Uni et en Espagne où ils diminuent aussi), période où les prix de la VA de l’agriculture + industrie repartent à la hausse en France.

Le contraste est ainsi très frappant entre la hausse des prix relatifs tertiaires en France entre 2000 et 2008 (+3,3% par an contre +1,1% par an dans l’UE) et la période suivante 2008-2010 où les prix relatifs tertiaires n’augmentent plus que de +0,8% contre 0,7% dans l’UE (ce chiffre s’expliquant d’ailleurs par la baisse des prix relatifs tertiaires de -6% par an au RU : la progression est de 2,1% hors RU). Depuis 2010, les évolutions sont proches marquant une baisse des prix relatifs tertiaires :  -0,3% en France contre -0,2% dans l’UE. Il faudrait pouvoir faire la part exacte des choses en France : cette baisse depuis 2010 peut traduire une meilleure prise en compte de l’effet qualité dans les services aux entreprises du fait d’une quasi généralisation des enquêtes de prix. Mais elle est surtout le reflet d’une hausse du prix de la VA des biens. Il reste que ce prix baisse de – 2,5% de 1995 à 2018 contre une hausse de 21% dans l’UE. Et c’est cette baisse qui explique d’abord la progression deux fois plus rapide du prix relatif de la VA tertiaire en France que dans l’UE. 

 

 

 

La plupart des branches tertiaires expliquent cet écart de 0,7 points. Les prix relatifs augmentent plus que dans l’UE entre 1995 et 2018 pour le commerce, les transports et l’hébergement ou les services divers aux particuliers (0,3 points d’écart); ils baissent moins en France pour les services d’information (encore 0,3 points d’écart).

Trois branches expliquent surtout l’écart.

  • les activités immobilières (1,3 point d’écart),
  • les « Services principalement non marchands » qui correspondent au regroupement des « Administration publique », « Enseignement », « Santé humaine et action sociale », (0,8 points d’écart),
  • les activités spécialisées, scientifiques et techniques; activités de services administratifs et de soutien (0,9 point d’écart).

 

 

 

La structure des activités tertiaires explique aussi cette hausse relative.

Les activités spécialisées, scientifiques et techniques; activités de services administratifs et de soutien sont relativement importantes en France comme aux Pays Bas (respectivement 14% et 15% de la valeur ajoutée globale).

La valeur ajoutée des services principalement non marchands représente 25,5% de la valeur ajoutée globale en 2017 en France contre 19,7% dans l’Union européenne, (UE). Avec une hausse des prix relatifs de 2,2% par an, plus que dans l’UE (+1,4% par an), cette hausse contribue de manière non négligeable à la hausse des prix relatifs des activités tertiaires en France, plus forte que celle des autres pays. Les graphiques  suivants résument ces évolutions.

Il faut aborder maintenant les explications de ce phénomène de croissance des prix relatifs de la VA tertiaire. Il y en a probablement plusieurs : les indice de prix de production des services se généralisent à partir de 2010; ceux de l’industrie deviennent de plus en plus fiables. Mais deux explications paraissent probantes.

 

b) une première explication de la hausse relative des prix de la VA tertiaire par rapport à l’industrie : les prix des CI des produits de l’industrie augmentent plus fortement que ceux des autres emplois de l’industrie entre 1995 et 2007

Le tableaux suivant montre une première explication à la baisse du prix de VA de l’industrie, notamment entre 1995 et 2007. Les prix des CI des produits de l’industrie augmentent sensiblement (+18%) sachant que ces CI représentent les 3/4 de la CI par l’industrie. Les prix de production augmentent moins (+13%) et ceux de consommation finale encore moins (+10%).

Mais ce phénomène n’existe plus entre 2007 et 2017 : le prix de la production augmentent de +8%, celui de la CI de ces produits de +7% et celui de la consommation finale de +6%.

Ce phénomène concerne les équipements électriques, surtout les produits informatiques (-40% pour les prix de production, -23% pour ceux de la CI et -75% pour ceux de la CF) et dans une moindre mesure les autres produits industriels.

Il concerne aussi les produits de l’énergie : prix de production (+28%), prix de CI du produit (+69%) et prix de consommation finale (+16%).

 

 

 

 

1/ les produits de l’énergie

S’agissant des produits de l’énergie, une explication de ces divergences serait la forte croissance des prix de leurs importations (gaz, pétrole brut,..) qui pourraient affecter plus les prix de la CI que ceux de la consommation finale de ces produits. Rappelons que les CI représentent les deux tiers des importations selon le TES symétrique. Pour ces produits comme pour la cokéfaction-raffinage, les prix des produits importés augmentent plus vite que les prix de production entre 2000 et 2007 (graphique suivant).

Ce n’est en revanche pas le cas des biens d’équipements électriques dont les prix des importations baissent de -30% entre 1995 et 2007 alors que les prix de production baissent de -19%, divergence qu’on retrouve dans la quasi-totalité des produits manufacturés.

 

 

Rappelons que les consommations intermédiaires de l’industrie en produits de l’énergie et cokéfaction représentent un peu moins d’un tiers des CI de ces produits, ce qui n’est pas négligeable : 30% selon les comptes de l’Insee en 2000, (où les cases de l’énergie du TEI étaient « fixées » à partir de nombreuses sources), et 28% selon les données du compte satellite de l’énergie, mais 45% pour le gaz qui est importé, contre 32% pour l’électricité.

 

 

2/ les produits électriques et informatiques

Pour les produits électriques, la moindre baisse du prix des CI provient d’une baisse très forte du prix de la consommation finale des ménages. Cette baisse concerne surtout la Fabrication de produits informatiques, électroniques et optiques qui sont largement consommés par les ménages.

Mais même pour ces produits les prix de CI baissent moins que les prix de consommation finale des ménages, issus de l’IPC. Ils baissent de -12% par an entre 1995 et 2007 contre -2,2% pour les prix des CI, -4,2% pour la production et – 5,8% pour les importations ! La question est donc le calcul  (sa méthode) de l’indice de prix de la consommation finale des ménages.

On étudie les évolutions de prix de la consommation des ménages dans la page économie numérique.

 

 

 

3/ les autres produits industriels

Les autres produits industriels comprennent des produits divers comme le textile-habillement, le bois-papier, la chimie et la pharmacie, les meubles, etc.. . En fait, si les prix des CI augmentent plus que ceux de la production et de la consommation finale (mais pas trop entre 1995 et 2007 : 0,1% d’écart avec les prix de production), c’est en grande partie lié à un effet de structure. Il n’y a que dans le textile-habillement, où la consommation des ménages est importante, qu’on retrouve cette divergence. Dans ce produit, les prix des importations baissent de -0 ,4% par an quand les prix de production augmentent de 0,5%. Comme les prix de la consommation finale augmentent de 0 ,3% et ceux des exportations de 0,2%, les prix des CI augmentent de 1%.

Le cas le plus rencontré entre 1995 et 2007 est celui où les prix de CI et de consommation finale évoluent de manière assez proche, nettement plus vite que les prix des exportations : dans la chimie les deux premiers augmentent de 1,4% par an et 2% tandis que les derniers progressent de 0,5%. On retrouve de telles divergences dans la Fabrication de produits en caoutchouc, en plastique et d’autres produits minéraux non métalliques : respectivement +0,8%, +1% et -0,1%, ou dans les autres industries : -0,1%, +1,1% et -3,2%. On peut admettre que les entreprises exportatrices compriment leur marges compte tenu de l’évolution des coûts unitaires, en particulier des salaires, et donc les prix à l’exportation progressent peu ; Dans ces produits les prix des importations progressent d’ailleurs plus ou baissent moins que les prix des importations (autres industrie) . Les prix du marché intérieur progressent plus fortement. Dans la pharmacie, c’est toutefois le contraire : prix des importations (-2,4%), prix des exportations (-0,4%).

Les évolutions sont en revanche assez nuancées entre 2007 et 2017. Les prix des importations augmentent parfois moins vite que les prix des exportations (textile-habillement, chimie, autres industries). Parfois c’est le contraire (bois papier, caoutchouc, en plastique et autres produits minéraux non métalliques, métallurgie). L’évolution la plus significative est la croissance très faible du prix de la consommation finale entre 2007 et 2017 du fait d’une baisse des prix de -2,6% par an dans la pharmacie et d’une progression modérée dans le textile habillement. On observe aussi des évolutions de prix de la CI et de la FBCF assez divergentes mais qui se compensent sur l’ensemble de la période 1995-2017.

 

 

 

 

c) Une seconde explication ; entre 2000 et 2007, le prix de la CI de l’énergie augmente plus quand il est consommé par les branches industrielles du fait surtout du prix du gaz et du fioul lourd; le prix des équipements électriques consommés par la branche « matériels de transport » augmenterait aussi.

Toutes ces évolutions pour ces 3 groupes de produits se répercutent sur celles des prix de  la CI des branches, et donc de la VA.

Outre la cokéfaction-raffinage, (dont la VA est relativement faible), deux branches sont d’abord concernées :

  • les « autre produits de l’industrie » (réparations, installations de machines,..), : prix de CI, +20% entre 1995 et 2017; prix de production, +10%, prix de VA, – 7%
  • la « fabrication de produits électriques et de machines et équipements » : prix de CI, -7% entre 1995 et 2017; prix de production, -19%, prix de VA, – 34% !

Mais d’autres branches connaissent la même évolution, telle l’industrie automobile, dont le prix de VA baisse de 18% entre 1995 et 2007 suite à une hausse du prix des CI par la branche de 6% et une stabilité du prix de production entre ces deux années (graphique suivant). La hausse du prix de la CI provient pour partie d’une hausse des prix des matériels électriques et informatiques dont les prix baissent pourtant entre 1995 et 2007 pour l’ensemble de la CI (baisse qui reste limitée par rapport à celle de la consommation finale ) : + 8% entre 1995 et 2010 alors que les prix de la CI de ce produit baissent de -9% ! Or la CI de ces produits par la branche « matériel de transport » représente plus du tiers de la CI globale de cette branche en 2017. Si le prix de la CI « intra-consommée » par la branche n’avait pas diminué de -13% entre 1995 et 2010, le prix de VA aurait chuté encore plus.

 

Ce phénomène des prix s’est inversé dans l’automobile après 2007 (hausse plus rapide du prix de VA que du prix de CI). Il s’est  quasiment arrêté  dans les biens d’équipements électriques et les autres produits industriels avec quand même une évolution des prix de VA dans ces deux branches toujours moins forte que les prix de production, à fortiori que les prix de CI (une baisse plus forte des prix de VA dans les premiers),   :

  • baisse de -10% du prix de la VA des produits électriques et machines et équipements entre 2007 et 2017, -4% pour la production, -1% pour les prix de CI;
  • respectivement -1% pour la VA des autres produits industriels, +3% pour la production et +5% pour la  CI.

 

 

 

Toutefois ce phénomène est amplifié par les évolutions de prix de ces CI par branche. Le tableau excel ci dessous décompose étape par étape les évolutions des prix des CI des produits par les branches de l’industrie.

 

 

Nous pouvons observés les faits stylisés suivants au niveau de nomenclature très agrégée en 17 produits : entre 2000 et 2007, les prix des CI de certains biens (énergie, raffinage pétrolier,..) et des services augmentent plus quand ils sont consommés par l’industrie que quand ils sont consommés par le tertiaire. Les prix de l’énergie acheté par l’industrie augmentent de 131% entre 1995 et 2010, contre seulement + 14% par le tertiaire. L’écart est du même ordre de grandeur pour la cokéfaction-raffinage.

Ce phénomène n’existe pas entre 2007 et 2010 et quasiment pas entre 1995 et 2000. Les tableaux suivants d’évolution de prix des CI montrent cette divergence entre 2000 et 2007 (cases en jaune). L’énergie comprend le gaz et l’électricité.

Une autre évolution paraît plus surprenante : celle de la hausse des prix des biens électriques consommés par les matériels de transport (+12% entre 1995 et 2007). Quel contraste avec la baisse des prix de ces mêmes produits consommés par les ménages (-64%), voire même avec la baisse des prix des CI de ces produits de -9%. La méthode hédonique, utilisée pour le calcul des prix des ordinateurs consommés par les ménages, n’exagère-t-elle pas la baisse des prix ? Ces divergences tendent à s’estomper après 2007.

Cette divergence des évolutions des prix de l’énergie par l’industrie et le tertiaire pourrait en partie s’expliquer par la croissance du prix des importations des produits de l’énergie et de la cokéfaction-raffinage, plus forte que celle des prix de production (voir ci dessus), mais aussi par le fait que l’industrie est consommatrice plutôt du gaz, de fioul lourd notamment pour le raffinage pétrolier, alors que le tertiaire plutôt consommateur d’autres produits de l’énergie (électricité). Or le prix du gaz augmente plus que celui de l’électricité avant 2007, les évolutions étant plus proches entre 2007 et 2018, moyennant des fluctuations importantes du prix du gaz. Le calcul des CI des produits en volume (et donc des indices de prix des CI) se fait au niveau le plus détaillé de la nomenclature dans laquelle le gaz et l’électricité sont isolés. Pour le reste, les prix des CI d’un produit évoluent en théorie au même rythme quelque soit la branche qui le consomme, à moins d’arbitrages ou d’informations connues comme c’était le cas pour les prix de l’électricité avant l’ouverture à la concurrence.

Au contraire, les prix des CI des branches industrielles, y compris énergie, baissent de -1% entre 2010 et 2017 quand les prix de production augmentent de 4,5% et ceux de la VA de +6,2%. Il n’y a d’ailleurs plus de hausses plus fortes des prix de CI par les branches industrielles que des prix des CI par les branches tertiaires. Ce serait même l’inverse.  Par exemple le prix des CI de la cokéfaction-raffinage par l’industrie baisse de -13% quand celui des CI par le tertiaire baisse de -6%.

 

 

 

d) croissance plus rapide du prix des CI que du prix de la VA de l’industrie

Du coup, ces phénomènes entre 2000 et 2007 se conjuguent. Ils aboutissent à une croissance bien plus rapide des prix de la CI de la branche industrie que des prix de production, et donc à une baisse du prix de la VA entre 1995 et 2010. Dès lors, la CI en volume de l’industrie baisse de 11% entre 2000 et 2010 malgré une croissance de la CI en valeur plus forte que la production et donc que la VA. La VA en volume augmente ainsi de 14% entre 2000 et 2018 quand la production en volume baisse de -2% (voir le tableau excel dans le chapitre III).

e) Des évolutions du prix de la VA de l’industrie assez disparates selon les pays

Les bases Eurostat et STAN de l’OCDE montrent que la baisse du prix de la VA de l’industrie française entre 2000 et 2017 n’est certes pas unique : on observe cette baisse au Royaume Uni, Finlande, Suède. Le prix de la VA de l’industrie est quasiment stable en Belgique. Il y a néanmoins hausse  du prix de près de +15%, , dans la plupart des grands pays (+13% dans l’UE entre 2000 et 2018). Il est donc difficile d’en tirer des conclusions : les TEI des autres pays en volume ne sont pas disponibles. On ne peut ainsi juger de la réalité (fiabilité) de cette baisse du prix de VA de l’industrie de 5% en France. Cette évolution mériterait d’être confirmée.

S’agissant des prix des CI par l’industrie, ils augmentent plus ou moins dans tous les pays. Mais ces divergences n’ont rien d’anormales vu que les prix des CI évoluent différemment selon les pays comme les taux d’inflation.

 

 

 

4/ l’évolution des prix relatifs en terme de production

Le tableau suivant montre que la croissance des prix relatifs à la production des activités tertiaires (par rapport à ceux de l’industrie) augmente un peu plus en France qu’en Allemagne, Pays Bas, Belgique, avec un écart de l’ordre de 0,3% par an. Cette croissance relative est quasiment la même qu’en Italie (0,1% d’écart) alors qu’il y avait 0,7 points d’écart sur les prix relatifs de la VA tertiaire. Mais comme les prix relatifs tertiaires augmentent plus vite en Suède et aux États Unis qu’en France, l’écart serait ramené à près de 0,1%. On est donc loin des 0,6% observés pour les prix de VA (qui étaient comparés à ceux de l’agriculture-industrie). Par ailleurs, les prix relatifs des activités tertiaires augmentent beaucoup moins en France entre 2007 et 2016 (+0,2% par an)  que dans les autres pays (autour de +0,7%).

 

L’analyse par branches tertiaires précise ces évolutions. Les transports, les services aux entreprises et l’activité immobilière et enfin les services principalement non marchands expliquent la hausse un peu plus forte en France. On note une baisse du prix relatif de ces derniers en Allemagne entre 1996 et 2007, probablement à rapprocher des modérations salariales dans la fonction publique du gouvernement Schroder. On note aussi que ce même prix relatif (services principalement non marchands) augmente en France plus faiblement que dans les autres pays entre 2007 et 2016.

 

Dans deux branches (services de l’information et communication, et activités financières), les prix relatifs en France baissent, quasiment dans la moyenne pour les premiers, de manière inattendue pour les seconds. Ce résultat mériterait d’être confirmé.

 

 

 

 

 

5/ L’évolution des prix des activités tertiaires

Cette approche ne donne pas un diagnostic du partage volume prix des activités tertiaires en France car les taux d’inflation varient selon les pays. Entre 1995 et 2017, les prix de valeur ajoutée de l’ensemble des branches augmentent de 18% en Allemagne, 31% en France, 40% dans l’Union européenne, 68% en Italie. Donc un seul graphique suffirait : celui de l’évolution des prix de l’ensemble des activités tertiaires, en excluant le Royaume Uni du fait d’une évolution erratique du prix de valeur ajoutée des activités immobilières.

En fait, cette évolution est bien moins significative que celle des prix relatifs : certes les prix des activités tertiaires augmentent moins en France que dans la plupart des pays, mais comme l’inflation globale.

 

6/La productivité horaire du travail

Elle rapporte la valeur ajoutée en volume aux heures travaillées. Nous commentons ici les évolutions en référence aux avancées des méthodes de partage volume prix. Les tableaux suivants font apparaître les faits suivants de manière très agrégée qu’il faudrait ensuite décomposer pour faire abstraction des effets de structure  (voir Diversité tertiaire) :

1/ La productivité du travail croît un moins plus vite en France pour l’ensemble des branches tertiaires (+0,88% par an entre 1995 et 2019 contre +0,94% dans l’UE). Les gains de productivité un peu plus élevés dans l’industrie et l’agriculture en France que dans les autres pays (respectivement +2,9% et 2,7% par an)

2/ Cette faiblesse des gains de productivité du tertiaire est aussi la cause essentielle de la dérive du prix de relatif des services. Entre 1995 et 2018, on a vu que le prix relatif de la VA des branches tertiaires à celui des biens s’est accru de 1,4% par an en France. Cela correspond à 0,6 point près à l’écart entre les gains de productivité horaire de ces branches et ceux des biens (écart de 2 points).  Or cette relation serait moins bien vérifiée dans l’UE où les gains de productivité du tertiaire et de l’industrie-agriculture augmentent à peu près comme en France (avec un écart de 1,8 points par an entre les deux) alors que les prix relatif du tertiaire n’augmentent que de 0,7% par an. Mais il ne faut pas attacher trop d’importance à cette stricte égalité qui sur cette période déterminée relève en partie du hasard.

3/ Depuis 2000, les gains de productivité dans l’industrie et l’agriculture sont moins élevés en France que dans l’UE. Cette évolution ne concerne pas les pays qui l’entourent.

 

 

On peut faire deux remarques complémentaires :

  • Les évolutions ne changent quasiment pas si on calcule la productivité du tertiaire (hors activités immobilières). En effet, ces gains ont ils un sens dans les activités immobilières, dont l’essentiel de la VA provient des loyers « imputés » que se versent à eux mêmes les propriétaires, et pour lesquels, les effectifs sont quasi inexistants.  ?
  • La productivité du travail de l’industrie (y.c. énergie), évolue de 0,5 points de plus que celle des pays de l’UE entre 1995 et 2018 (+2,7% en France contre +2,2% dans l’UE).

 

 

4/ les gains de productivité sont moins élevés en France dans les Administration publique, défense, éducation, santé humaine et action sociale avant 2000 (-0,1% par an contre +0,8% dans l’UE). On peut rapprocher cette divergence entre 1995 et 2000 du fait que la méthode est encore une méthode de type « input » (calcul des indice de prix à partir des coûts). La méthode « output » n’est pas appliquée en France avant 2000 (calcul des indices de volume à partir d’indicateurs de quantité en essayant d’intégrer un effet qualité). De fait depuis 2010, les gains sont nettement plus élevés en France qu’en Europe.

5/ De même, les baisses de productivité sont plus importantes en France dans les « activités spécialisées, scientifiques et techniques; activités de services administratifs et de soutien » avant 2000 que dans les autres pays (- 0,5% par an contre -0,1% dans l’UE). Ceci peut être rapproché de l’absence d’indice de prix dans les services aux entreprises avant 2000-2005. De fait, entre 1995 et 2018, la productivité du travail est stable en France comme dans l’UE, sachant que ces activités comprennent les activités d’intérim qui faussent en partie les calculs de productivité.

6/ Les gains de productivité des activités financières évoluent à peu près au même rythme en France que dans l’UE, mais avec de fortes disparités (stabilité en Allemagne, +2% par an en France, voire plus dans de nombreux pays).

 

 

 

 

 

7/ Synthèse entre l’évolution des prix relatifs et des gains de productivité

° Le partage volume-prix des activités tertiaires serait aussi bien fait en France que dans les autres pays entre 1995 et 2018 dans les EREs et les comptes de production (Production, CI, VA).

Les gains de productivité du tertiaire progressent en effet de 0,88% par an en France contre 0,94% dans l’UE .

Trois activités tertiaires contribuent surtout à la hausse des prix relatifs de la VA jusqu’en 2007 :

  • les activités immobilières,
  • les activités spécialisées, scientifiques et techniques,
  • activités de services administratifs et de soutien, et l’administration publique, défense, éducation, santé humaine et action sociale.

Or pour ces branches, les gains de productivité sont les mêmes que dans l’UE entre 1995 et 2017.

 

° On observe aussi que les prix relatifs de production ne progressent pas autant (de l’ordre de 0,1%) que les prix relatifs de la VA, du moins dans les pays où on a pu les calculer.

 

° Y a-t-il une sous-estimation de la croissance du prix de la VA de l’industrie de 0,1% par avant 2007 (la croissance de la VA en volume de l’industrie serait surévaluée de 0,1% par an) ? Elle serait due à une croissance sensible des prix des CI par l’industrie, du fait une hausse surprenante de 8% des prix des produits électroniques consommés par la branche « matériels de transport ». Qu’en est-il ? cette croissance impacte-t-elle l’évolution de la VA de branches tertiaires ?

 

Ces conclusions résultent à la fois des comparaisons internationales, et de l’analyse qu’on a pu faire sur le partage volume-prix dans les comptes français dans l’industrie et les activités tertiaires.

 

 

Il n’y aurait donc quasiment plus de problème de partage volume prix dans 95% de services  du point de vue de l’offre (« output ») des producteurs sauf pour quelques services R&D, auxiliaires financiers,…

L’imprécision de la qualité reste néanmoins une question importante s’agissant des résultats pour l’usager (« outcome »). Elle l’est notamment dans les services des télécommunications, des services d’assurance et financiers, des services d’éducation et de santé. S’est elle améliorée en France ? On n’en sait rien. Ceci est un autre travail.

 

 

 

 

 

 

 

II – MÉTHODES DU PARTAGE VOLUME-PRIX DES ACTIVITÉS TERTIAIRES 

 

Les méthodes françaises sont présentées ici. Mais on se réfère aussi aux méthodes étrangères dans les cas difficiles. On présente le partage volume-prix des activités financières et d ‘assurance dans la page Sociétés financières. On présente celui des télécommunications dans la page économie numérique.

 

1/ Services aux entreprises : généralités

Suivre les prix dans certains services est plus difficile que dans l’industrie ou l’agriculture, car les services produits peuvent être moins facilement identifiables que les biens physiques. Il est notamment difficile d’évaluer les variations de prix pour les types de services où chaque prestation est unique, est fonction de la demande du client, comme c’est souvent le cas dans l’ingénierie par exemple. De manière générale, quel que soit le secteur, il est difficile de faire la différence entre une variation pure de prix et une variation due au fait que le produit considéré n’est plus tout à fait le même d’un trimestre à l’autre (ce que les statisticiens appellent « l’effet qualité »)

Ainsi, toute la difficulté est de suivre des prix de prestation unique (d’un produit type de service ou d’un acte élémentaire). Or par nature, de nombreux services aux entreprises sont uniques (par exemple, le contrôle ou les services d’ingénierie d’une centrale EDF sur plusieurs années). D’autre part, certains services sont « liés » soit à un produit (exemple prestations informatiques liées à des fournitures de logiciels) ou autre exemple, une prestation forfaitaire qui contient plusieurs services (« TRIPLE PLAY ») téléphone, internet, télévision,… Comment les distinguer ? Il y aussi en permanence l’apparition de nouveaux services.

 

a) l’aspect théorique

Il existe plusieurs méthodes dans le manuel des indices de prix des services à la production d’EUROSTAT -OCDE qui ont été repris dans un manuel « Methodological guide for developping producer price indices for services » . Le fait qu’existent plusieurs méthodes montre la complexité du problème [7].

 

– Prix des composantes du service (« Component pricing ») : indices de prix dans les sondages (estimer chacun des prix des composantes) exemple :constitution de l’échantillon, phase d’enquête, restitution de l’étude,…on suit chaque trimestre les prix des prestations fictives d’un service à plusieurs prestations ;autre exemple : services de téléphone Méthode de facture type (« bill method ») à combien une facture comportant plusieurs composantes (appel local, appel international, SMS,…) évolue-t-elle tous les trimestres avec la même consommation (on le fait aux Etats-Unis mais pas en France).

– Prix des contrats (« Contract pricing ») : elle concerne des contrats répétés de longue durée ayant la possibilité être négocié (ristournes, remises,…) (exemple : nettoyage de bureaux, sécurité, locations mais aussi contrôle technique d’une centrale EDF).

– Prix observés : pas d’hypothèses,

– Prix observés sur des transactions réelles (Direct Use of prices of repeated services )

– Prix issus de modèle (« Model pricing ») (méthode hédonique : téléphonie mobile) On décompose le prix d’une transaction type « fictive » en divers éléments (appelés «sections»). Elle se rapproche de la méthode « component pricing » mais en tenant compte d’une marge : c’est le prix indiqué pour ces diverses sections qui est suivi, pour reconstituer le prix de la transaction témoin à une autre date en ajoutant un pourcentage d’honoraires ou de la commission (exemple travaux d’architectes), ce qui est très subjectif (prix fictif).

– Pourcentage d’honoraires (« Percentage fees ») : Indice de commission * indice du produit (bien souvent). Par exemple pour les promoteurs immobiliers, on multiplierait l’ICC par le taux de marges des promoteurs. Pour les notaires, ce serait un pourcentage de leur rémunération sur leur transaction  multiplié par l’ indice INSEE d’évolution du prix de l’immobilier. Autre exemple, dans la publicité, on multiplierait le taux de commission d’achat aux régies d’espace publicitaire par les agences publicitaires par l’évolution du prix des espaces.

– Prix de ventes horaires des prestations de services : tels que le prix moyen de vente journalier d’ingénieurs en tenant compte de leur qualification : combien coûte en moyenne une journée de prestations de X ingénieurs informaticiens ?(ce n’est pas un indice du coût horaire car les ingénieurs ne travaillent pas que pour telle entreprise, de plus on ne prend pas en compte le temps de travail de tous les salariés de l’entreprise, par exemple les secrétaires,…). On trouve cet exemple chez les ingénieurs mais aussi les avocats (combien vaut l’heure d’un avocat sachant qu’il traite X dossier dans une heure) mais là aussi en tenant compte de leur qualification (avocat débutant, associé,…).

– Prix fondés sur le temps de travail – Indices de valeurs unitaires pondéré par la structure de la production : par exemple, chiffre d’affaires des entreprises d’intérim divisé par le nombre d’intérimaires en tenant compte de la structure des différentes qualifications : cadres, ouvriers,… prix unitaire de chaque prestation de télécommunication : SMS, appel téléphonique.

 

 

b) la situation en France jusqu’au milieu des années 2000

Jusqu’à la base 2005, on utilisait les principes suivants.

• des indices spécifiquement conçus pour un secteur de services et des indices approchés utilisés par défaut (méthode « B »).

• Dans les services aux particuliers, l’indice des prix à la consommation constituait souvent un bon indice spécifique.

• Dans les services aux entreprises, des indices de prix spécifiques avaient été mis en place progressivement. Il s’agissait d’indices de prix de vente construits à partir de prix collectés auprès d’un échantillon d’entreprises prestataires de services. La diffusion de ces indices couvrait un pourcentage non négligeable du champ des services aux entreprises, hors recherche et développement.

• En attendant la généralisation de ces nouveaux indices, l’indice des prix à la consommation était également utilisé comme indice de prix approché dans certains secteurs pour des activités consommées aussi par les entreprises (à des prix sûrement différents de ceux des ménages) : assainissement, location sans intermédiaires, intermédiation financière, assurance, etc.

• Le partage volume-prix de la R&D n’était pas satisfaisant. Une piste possible pourrait consister à prendre en compte des informations spécifiques sur le volume de brevets, une autre à travailler à la mise en place de méthodes économétriques prenant en compte un champ d’informations plus large.

 

c) Les progrès de la base 2010

En base 2010, Les indices des prix de production des services (IPPS) vendus à l’ensemble des marchés (« BtoAll » pour « Business to All ») constituent les principaux déflateurs des ventes. Les indices des prix de production des services vendus aux entreprises françaises (« BtoB » pour « Business to Business ») peuvent être utilisés pour déflater les consommations intermédiaires. Les indices des prix des exportations de services (« BtoE » pour « Business to Exports ») peuvent de même être utilisés pour déflater le commerce extérieur.

En base 2014, ne subsisteraient ainsi que quelques services dont la méthode de partage volume-prix est de type « c » : les services des activités auxiliaires de services financiers et d’assurance, la R&D marchande,certains services de l’action sociale,  les services des associations. Cette conclusion nous semble toutefois discutable. Elle se place du seul point de vue des producteurs, non des usagers, pour qui la notion de qualité (c’est à dire le « résultat »), n’a pas le même sens que pour les producteurs dont les prix sont enquêtés par les organismes statistiques.

 

En pratique, les indices des prix de production dans les services mesurent l’évolution des prix de transaction hors TVA (à prix de base et à prix de marché) des prestations de services vendues par les entreprises françaises. Ils relèvent également du règlement européen sur les statistiques de court-terme (règlement CE dit « STS » n°1165/98 du conseil du 19 mai 1998) en ce qui concerne le marché « BtoB » et du projet « STS package 2017 » en ce qui concerne l’ensemble des marchés (dits « BtoAll »). Quatre catégories d’indices ont en effet été définies, dont trois forment une partition du premier [8] :

Un indice BtoAll (Business to All) correspond à un indice de prix de production des services vendus à l’ensemble des marchés. Cet indice est obtenu par une agrégation « horizontale », (c’est-à-dire à chaque niveau de nomenclature) des trois indices qui suivent. Ils sont établis aux prix de base.

Un indice BtoB (Business to Business) correspond à un indice des prix de production des services vendus aux entreprises françaises, c’est-à-dire les personnes morales établies en France y compris les administrations publiques et les filiales françaises des groupes étrangers. Ces indices de prix sont établis aux prix de base ainsi qu’aux prix de marché pour permettre les indexations de contrats.

Un indice BtoC (Business to Consumer) correspond à un indice des prix de production des services vendus aux ménages en France, c’est-à-dire les personnes physiques résidentes en France ou non (les touristes). Les indices de prix à la consommation (IPC) sont la source principale pour le calcul de ces indices (les services étant peu importés). Cependant, des écarts subsistent entre ces deux indices du fait de concepts (en particulier l’IPC est établi aux prix de marché tandis que les indices BtoC le sont aux prix de base) et de nomenclatures divergents.

Un indice BtoE (Business to Exports) correspond à un indice des prix des exportations de services. Ces indices mesurent l’évolution des prix de transaction, incluant les effets de change, des services français vendus à des clientèles établies à l’étranger. Cet indice ne comprend pas les transports internationaux de marchandises qui suivent les concepts des comptes nationaux, notamment le retraitement CAF-FAB des échanges internationaux de marchandises. Ils sont établis aux prix de base et incluent les transactions intra groupes.

 

 

 

2/ le problème posé par la publicité

Le partage volume prix de la publicité se fait comme pour les autre services. Le partage volume-prix de la production est obtenu en déflatant la valeur par un IPSE. Mais les nouveaux services liés à la digitalisation de l’économie obligent à rouvrir le débat. (publicité gratuite). Le traitement de la publicité en comptabilité nationale est critiqué depuis longtemps par certains. Les agences s’adressent à des régies publicitaires pour faire passer leurs publicités. En dernier ressort, les chaînes de télévision les leurs font payer. Ce ne sont pas les ménages qui paient les dépenses de publicité mais les entreprises en comptabilité nationale.

Du coup, certains ont proposé un autre traitement, distinguant dans les recettes de publicité le coût effectif des programmes publicitaires de celui des programmes de divertissement:

  • Les annonceurs consomment un service (imputé) d’écoute de leurs messages publicitaires produit par les ménages, et un service (non imputé) de diffusion de ces messages produit par la société de télévision.
  • La société de télévision fournit un service de diffusion de programmes publicitaires aux annonceurs, et un service (imputé) de diffusion de programme de divertissement aux ménages.
  • Les ménages consomment le service de programmes de divertissement produit par la société de télévision en échange de la production du service d’écoute des messages publicitaires auprès des annonceurs.

Le schéma suivant tente de présenter les deux traitements de la publicité. Le sens des flèches correspond aux flux physiques. Pour simplifier, on a supposé qu’ils n y avaient pas d’autre CI que celle de publicité. On a cherché à calculer la variation du PIB due à des dépenses de publicité.

On a repris :

1) les ERE des agences, régies et sociétés de télévision dans les 3 ERE correspondants (HJ60Z2, HM73Z1, HM73Z2).

2) la solution proposée  par certains.

3) Il apparaît que le PIB augmente quand on traite la publicité en consommation des ménages, pour ce même  montant, par rapport à celui où on la traite en CI, et en supposant que l’annonceur reporte les coûts de publicité sur ses ventes. Cette hausse serait due à l’apparition de la production du services d’écoute des messages publicitaires par les ménages (400 dans l’exemple).

 

 

La complexité vient du fait que la publicité ne modifie pas le produit mais sa vente. Mais le commerce traité en marge commerciale peut aussi influencer les ventes. Autre sujet de réflexion, une partie de la publicité s’apparente plutôt à in investissement incorporel, celle dont les effets ne se traduisent pas seulement sur les ventes immédiates.

S’agissant du partage volume-prix du PIB, deux positions prédominent en liaison avec le traitement actuel de la publicité et celui préconisé par certains :

  • la première considère qu’il est nécessaire d’imputer une nouvelle valeur pour les services d’attention des ménages qui seraient la contrepartie de l’offre gratuite (sponsorisée) dont ils bénéficient et que d’une certaine manière ils consomment.
  • La seconde considère que la publicité est déjà prise en compte car répercutée in fine sur les prix des biens et services consommés par les ménages.

Comment prendre en compte la publicité gratuite ? Plusieurs solutions sont proposées

1/ l’évaluation des recettes publicitaires par les coûts. Elle pourrait s’interpréter comme une relation de troc entre ménages et diffuseurs de contenus sponsorisés où un service d’attention des ménages aux publicités est offert en échange d’un service de diffusion de contenus récréatifs.

2/ La valorisation du temps qu’une personne consacre pour accéder aux contenus, sous forme de coût d’opportunité. en s’appuyant sur un équivalent en termes de salaire comme prix fictif du service de divertissement, à la façon de la valorisation des services domestiques.

3/ Quantifier le « bien-être » retiré du gratuit par les consommateurs à travers une évaluation de l’acceptation à payer pour accéder à un service, ou de l’acceptation à être payé en échange de la suppression de l’accès à un service

Des méthodes ont été testées afin d’éviter que le PIB soit affecté par des effets de bascule entre médias payants et médias financés par la publicité. Elle ont été mises en œuvre mais elles débouchent sur des effets très limités : 0,019 % de croissance annuelle mondiale supplémentaire, ce qui reflète le fait que ces dépenses de publicité ne représentent qu’une part faible et relativement stable du PIB.

 

 

 

3/ le commerce ou les marges commerciales

Pour décomposer l’évolution de la production de marge commerciale en une évolution en volume et une évolution en prix, on se heurte à une double difficulté : ni le volume, ni le prix du service commercial, c’est-à-dire la marge, ne sont observables directement (voir Marges de commerce).

 

 

a) Le manuel d’Eurostat sur « les prix et les volumes ».

Le manuel d’Eurostat sur « les prix et les volumes » a tenté de clarifier la méthode du partage volume prix des marges commerciales. Une approche susceptible – en théorie – de tenir compte des variations de la qualité des services de commerce consiste à appliquer le mode de calcul de la production à prix courants (sous forme de marge) au calcul à prix constants, c’est-à-dire à déterminer la marge à prix constants sous forme de différence entre les ventes et les achats à prix constants. Prenons l’exemple suivant d’un détaillant dans le tableau suivant..

Le rapport de la marge aux ventes à prix courants est passé de 15 % (15 /130)  en (N-1) à 15,4 % (20 /130) en N. La question est de savoir comment décomposer cette augmentation en une variation de volume et en une variation de prix. Supposons que nous disposons d’un indice de prix pour les ventes (un indice des prix de détail, soit 110 dans l’exemple) et d’un indice distinct pour les achats (un indice des prix de gros, soit 108,0 dans l’exemple). L’indice de prix pour les ventes concerne le produit composite « bien + service de commerce ». Cet indice de prix tient compte des variations de la qualité du bien ainsi que de celles du service de commerce. La marge en volume peut alors s’obtenir en déflatant les ventes et les achats au moyen des indices de prix correspondants. La valeur de la marge aux prix de l’année précédente est égale à la différence entre la valeur des ventes (118,2) et celle des achats aux prix de l’année précédente (101,9). Dans l’exemple, l’indice de prix obtenu pour la marge est de 122,5.

 

En ce qui concerne les indices de volume, s’il n’y a pas de variations des stocks, la variation de la quantité de biens achetés est égale à la variation de la quantité de biens vendus. Toutefois, la variation de volume des achats ne doit pas nécessairement être égale à la variation de volume des ventes dans la mesure où la qualité du service de commerce peut avoir changé. C’est le cas : les ventes progressent de 6,1 % alors que les achats enregistrent une hausse de 5,0 % : ceci traduit une amélioration des volumes des services commerciaux de 11,5 %.

 

Cette méthode préconisée par Eurostat est de type « A ». Elle suppose que l’on distingue les ventes et les achats et implique donc que l’on dispose d’indices de prix appropriés. Eurostat fait référence à un indice de prix de gros, par exemple un IPP pour les achats, à un indice de prix de détail (IPC) pour les ventes.

 

b) La méthode française

Le partage volume / prix s’élabore en postulant que pour chaque activité sectorielle élémentaire), le volume de la marge commerciale évolue comme le volume des ventes de marchandises (valeurs exprimées aux prix de l’année n-1).

Au niveau de chaque activité élémentaire, l’évolution en valeur de la production de service commercial est mesurée par définition par :

où ri est le taux de marge de la période i (ici 0 ou 1) et CAi le chiffre d’affaires sur les ventes de marchandises.  On cherche à décomposer cette évolution en une évolution en prix et une évolution en volume :

s désigne le prix du service commercial et Q le volume de la production de ce service commercial. Or l’évolution du chiffre d’affaires s’analyse elle-même comme le produit d’une évolution en volume par une évolution en prix.

P désigne le prix de vente des marchandises , V le volume du chiffre d’affaires en vente de marchandises. En reportant (b) dans (a), on obtient

L’hypothèse cruciale de la méthode « française » (au sens où elle est le plus souvent utilisée pour la détermination des marges dans les ERE) est que pour chaque activité élémentaire, le volume de la production de la marge commerciale Q évolue comme le volume du chiffre d’affaires des ventes de marchandises V. On peut transformer (c) en :

d’où l’indice du prix de la marge commerciale :

 

C’est-à-dire que l’indice du prix de la marge commerciale se traduit par le produit de l’évolution du taux de marge commerciale et de l’indice du prix du chiffre d’affaires sur les ventes de marchandises.

Voici le résultat de la méthode française avec les mêmes montants que dans l’exemple précédent en valeur en N-1 et N.

 

La méthode « française » correspond à une méthode de type B, puisqu’elle ne prend en compte qu’une faible partie des variations de la qualité qui reflètent l’évolution en volume du service de commerce : avec cette méthode toute amélioration de service commercial n’est en effet pas distinguée en tant que telle, donc ne se trouve imputée sur la marge en volume qu’à due proportion de cette marge dans le prix de vente au lieu de l’être totalement.

 

c) Comparaison des résultats des 2 méthodes

Cette méthode peut dans certains cas aboutir à des partages volumes-prix très différents de celle préconisée par Eurostat

En pratique, dans les ERE au niveau H, le partage volume-prix des marges se fait selon chaque emploi. En effet, la nature de l’emploi est un des facteurs de disparité des taux de marge car il conditionne la longueur du circuit de distribution (les détaillants interviennent pour la consommation finale mais généralement pas pour les consommations intermédiaires). L’indice de volume de la marge est pris égal à celui de l’emploi, d’où l’on déduit l’indice de prix. La méthode « française » conduit alors à ce que le volume global de la marge figurant en ressource est obtenu par addition des volumes des marges sur les différents emplois (hors les variations de stocks sur lesquelles il n’y a pas de marge). Son indice de volume intègre donc bien les variations dans la structure des emplois. Les volumes de marges aux niveaux plus agrégés sont obtenus par agrégation des volumes au niveau H et intègrent donc bien les variations de structures entre les différents produits et les différents emplois (pour le total des marges).

En appliquant cette méthode au niveau le plus fin possible, cette façon de procéder pour opérer le partage volume-prix des marges est admissible. En effet, si le SEC privilégie la méthode d’Eurostat, il décrit la méthode française comme applicable à condition de « tenir compte du fait que les marges commerciales varient parmi les différents produits et emplois ».

 

d) Appréciation et comparaison des deux méthodes (Eurostat et méthode française)

Si l’application de la méthode d’Eurostat (marge à prix constants sous forme de différence entre les ventes et les achats à prix constants) permet une meilleure prise en compte de l’amélioration des services commerciaux en volume, elle a toutefois l’inconvénient de conduire à des résultats parfois peu intuitifs et volatils. C’est notamment le cas lorsque la part des marges dans le total des ventes est relativement faible (cf. tableau ci-dessous) : construit comme le rapport entre ventes et achats en valeurs d’une part, ventes et achats en volume d’autre part, le prix résultant peut être très divergent des prix de l’IPC et de l’IPPI utilisés. Dans cet exemple, un indice des prix des ventes au détail (IPC) à 4 % et un indice de prix d’achat (IPP) à 3 % conduisent à une hausse des prix des marges de 28 %, une baisse des volumes de 22 %, le taux de marge en valeur étant inchangé.

Or, la précision des estimations des indicateurs de prix utilisés n’est souvent pas suffisante pour s’assurer que la différence entre l’IPC et l’IPPI sur un même produit est significativement différente : la méthode d’Eurostat conduit à reporter tout l’écart sur un agrégat relativement faible, la marge commerciale dans l’ERE, si bien que de petites divergences initiales entre prix d’achat et de vente se trouvent interprétées au final comme des variations fortes sur le volume du service du commerce. La méthode française conduit à des résultats plus lisses et plus compréhensibles de prime abord. On peut notamment expliquer la croissance du volume par la contribution des marges en volume relatives à chacun des emplois.

Par ailleurs, les données disponibles en France ne permettent pas d’appliquer correctement la méthode d’Eurostat : en effet, des hypothèses fortes devraient être formulées, sans pouvoir être vérifiées avec les données. En particulier, il n’est pas aisé de disposer d’indices de ventes de prix de gros, qui correspondraient aux indices de prix d’achat par les détaillants: à défaut d’indices spécifiques, les indices de prix industriels et agricoles, voire des IPC, sont utilisés aujourd’hui pour déflater les ventes de gros. En outre, il faudrait pouvoir réaliser, en miroir du partage volume prix des ventes au détail, un partage volume prix des achats par les détaillants à un niveau très précis – qui n’est connu que par enquête (Esa) et dont les résultats à un niveau fin sont assez peu robustes.

Pour ces raisons, et parce que le partage volume prix des marges est fait par emploi, et à un niveau détaillé, la méthode française doit conduire à des résultats pertinents. Le travail est réalisé pour chaque produit, selon qu’il s’agisse de commerce de gros ou de commerce de détail, en tenant compte des différenciations de taux de marge entre les sous-classes.

Toutefois, la méthode française présente deux faiblesses principales :

– d’une part, elle néglige l’impact des variations de stocks dans le partage volume prix des marges. Toutefois, les variations de stocks pèsent très peu dans la marge, quand bien même elles sont volatiles .

– d’autre part, elle ne permet pas d’intégrer dans le volume l’évolution de la qualité du service commercial, même si le travail à un niveau fin permet de tenir compte d’une partie des évolutions de la qualité correspondant à l’évolution de la structure de l’économie.

Pour autant, il n’est pas certain que l’application de la méthode d’Eurostat en France permettrait de corriger correctement les indices de prix des marges des effets qualité, compte-tenu des données disponibles à ce jour.

e) L’apparition d’une nouvelle forme de vente (le commerce en ligne) remet elle en cause ces méthodes ?

La diffusion d’Internet a permis l’émergence d’une nouvelle forme de vente, le commerce en ligne. Or la qualité d’un bien et son prix ne dépendent pas uniquement de sa qualité intrin­sèque, mais également du service commercial qui est associé à sa vente. Ce service est mesurée par la marge commerciale. Un même produit peut ainsi être vendu plus cher par un commerce de proximité que dans un hypermarché parce que le service commercial associé (dans ce cas, la proximité) est jugé supérieur. On vient de voir que la mesure de la qualité du service commercial (moins obser­vable) est probablement encore plus complexe celle de la qualité du produit vendu.

S’agissant de l’indice des prix à la production industrielle, les prix mesurés sont des prix « sortie d’usine » déclarés par les producteurs, et indépendants du circuit de distribution choisi par les produc­teurs : la modification du mode de vente d’un des produits d’un producteur est donc ainsi neutre sur l’indice mesuré. À l’inverse, IPC relève des prix dans des points de vente donnés et fixés dans son échantillon ; le type de formes de vente fait partie intégrante de la qualité du produit. Dès lors, l’apparition d’une nouvelle forme de vente est prise en compte par l’IPC comme l’appari­tion d’un produit entièrement nouveau et cette nouvelle forme de vente n’est intégrée que par chaînage avec la mise à jour annuelle du panier de biens et services suivi par l’IPC. Le fait que les prix soient moins élevés sur Internet (constat qui reste à discuter) ne se traduirait alors pas par une baisse des prix dans l’IPC mais par une baisse de la qualité.

Le postulat que la différence de prix reflète une différence de qualité est bien sûr discutable mais, comme pour d’autres problématiques autour de la qualité, il est difficile d’établir un jugement objectif sur une différence de qualité au‑delà de la mesure synthétique des préférences que doivent refléter les prix. La vente en ligne ouvre la possibilité d’acheter 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7, sans coût de déplacement mais à l’inverse, on ne voit pas le produit, on ne béné­ficie pas des conseils du vendeur, la livraison du produit n’est pas immédiate, etc. Si la différence de prix entre e-commerce et points de vente physiques, reflète, au‑delà d’une différence de qualité, une amélioration de la concurrence via l’arrivée de nouveaux acteurs, on peut espérer que l’apparition de ces nouveaux acteurs joue également à la baisse sur les prix pratiqués par les points de vente physiques. Dès lors, l’arrivée du e‑commerce sera bien mesurée dans l’IPC mais de manière indirecte via la baisse des prix mesurée dans les points de vente traditionnels.

L’arrivée du commerce en ligne peut ainsi modifier le partage volume-prix des 2 méthodes, soit en  faisant baisser l’IPC (méthode Eurostat), soit en faisant varier le taux de marge (méthode française).

 

 

 

III – PARTAGE VOLUME-PRIX DE LA CONSTRUCTION 

 

1/ le partage volume prix

La production de l’ensemble des branches (presque 100 % des ressources) de la construction (qu’on appelle ici aussi BTP) est estimée directement en valeur à partir des ventes branches issues de la statistique d’Esane. Le partage volume-prix de la production résulte de l’équilibrage des différents emplois d’un produit caractérisé par le type de construction, le type de travaux ainsi que les secteurs institutionnels. Le prix de production résulte de la moyenne pondérée des différents indices intervenant pour les emplois.

L’indice du coût de la construction (ICC) est un indice de prix sur la construction de logements neufs à usage d’habitation, à qualité constante, permettant de suivre trimestriellement, l’évolution des prix dans ce secteur. Il s’agit du prix, TVA incluse, payé par les maîtres d’ouvrages aux entreprises de construction. Il ne couvre donc pas le non-résidentiel.

L’indice des prix de production de la construction neuve à usage d’habitation – référence 100 en 2010 (contre référence 100 en 1953 pour l’ICC) – qui est utilisé comme déflateur des comptes nationaux de la construction, est dérivé de l’ICC.

Le terme « indice du coût de la construction » est impropre, même s’il est consacré par l’usage. L’ICC ne s’attache pas à l’évolution des coûts supportés par les entreprises de construction mais à celle des prix.

L’ICC s’attache exclusivement aux travaux de construction, c’est-à-dire qu’il exclut les prix et coûts liés au terrain (viabilisation, fondation spéciale,…) ainsi que le prix de revient des logements (charge foncière, frais annexes de promotion, frais financiers, etc.). Les opérations d’entretien ne sont pas non plus prises en compte par cet indice.

L’Insee a qualifié les méthodes de partage volume-prix de la construction de type « A » sauf les travaux publics (« B ») selon les critères d’Eurostat.

 

 

a) la question de l’effet qualité de l’ICC

Il n’est pas vraiment possible, pour le secteur de la construction, de traiter les effets qualité via les techniques classiques de remplacement en équivalence, d’imputation ou consistant à faire des relevés concomitants de l’ancien et du nouveau produit, dans la mesure où chaque ouvrage est unique. Or le renchérissement des logements consécutif à l’augmentation de la surface des pièces ou encore à l’installation d’équipements perfectionnés est représentatif des améliorations de qualité des logements qui doivent être exclues de l’évolution des prix.

Par conséquent, et comme les prix dans la construction dépendent d’un grand nombre de paramètres (configuration de la construction, matériaux employés, équipements installés, localisation et ampleur de la réalisation…), une méthode d’évaluation des prix à partir de modèles hédoniques est mise en oeuvre depuis 2010.

Elle consiste à établir à partir d’un modèle économétrique, une relation entre le prix du marché de construction et les caractéristiques de l’ouvrage, ceci permettant d’évaluer la valeur implicite de ces différentes caractéristiques. L’évolution temporelle du prix est captée dans le modèle à l’aide de variables indicatrices de la date. L’effet qualité est supposé être capté en mesurant l’évolution des caractéristiques entre deux périodes : par exemple, lorsqu’un composant, matériaux ou autre, est remplacé par un composant plus performant, ou sujet à des normes plus strictes, une augmentation de coût peut s’ensuivre. Or, une augmentation de coût de la construction consécutive à une augmentation de qualité ne doit pas en principe apparaître dans l’ICC. Diverses méthodes sont disponibles pour effectuer cette correction. Les recommandations d’Eurostat sont d’utiliser une méthode implicite, c’est à dire que lorsqu’un nouveau produit remplace un ancien produit, on suppose que le rapport des prix entre le nouveau et l’ancien reflète le gain en qualité (qu’il s’agisse de performances supérieures ou de normes plus exigeantes) et on neutralise cette différence sur l’indice de prix. Ces méthodes sont dites implicites par opposition aux méthodes dites explicites, qui estiment au contraire l’impact monétaire du changement de qualité entre l’ancien et le nouveau produit sur la base des différentes caractéristiques des produits.

 

Toutefois, le prix des logements varie souvent en fonction d’un trop grand nombre de caractéristiques, parfois difficilement observables dans les données (la proximité d’une voie de chemin de fer par exemple), si bien que la mesure de l’effet qualité dans l’évolution des prix des logements demeure un exercice délicat.

Afin de rendre compte de l’hétérogénéité des constructions, un modèle hédonique est défini pour chaque type de construction : l’individuel pur, l’individuel groupé (maison individuelle comportant plusieurs logements individuels ou un seul logement avec des locaux) et les logements collectifs. Pour chaque type de construction, le logarithme du prix moyen de la construction est modélisé selon différentes variables explicatives : le logarithme de la surface moyenne, la localisation de la construction, nombre de niveaux habitables. L’ICC hédonique pour l’ensemble de la construction de logements neufs est le résultat de l’agrégation des trois sous-indices proportionnellement à l’importance de chaque type de construction.

 

b) La promotion immobilière (GF41A)

La FBCF en promotion immobilière de logements (41A1) correspond à des investissements réalisés par le secteur institutionnel des ménages : elle est estimée en valeur à partir de clés appliquées aux ressources de l’ERE, et déflatée à partir de l’indice de prix des logements neufs qui suit la commercialisation des logements neufs aux particuliers.

La FBCF en autres activités de promotion immobilière (41A2) correspond à des investissements réalisés par les autres secteurs institutionnels (sociétés non financières, institutions financières, ISBSLM). Elle est évaluée en valeur à partir de clés appliquées aux ressources de l’ERE, et déflatée par l’ICC, faute d’indice de prix sur la commercialisation des bâtiments non destinés à des particuliers.

Si jamais l’ICC connaît une évolution de prix atypique, liée principalement à des facteurs du logement résidentiel, il est remplacé dans l’ERE 41A2 par l’indice du coût de production du bâtiment (ICP-BT), pendant de l’index bâtiment (BT01). Le partage volume prix réalisé sur la FBCF est donc repris pour chacun des agrégats de l’ERE, en particulier pour la production et les consommations intermédiaires.

 

c) La construction de bâtiments résidentiels et non résidentiels (GF41B)

La production (presque 100 % des ressources) est intégralement investie (la FBCF représente presque 100 % des emplois), et en toute logique, le partage volume-prix de la construction de bâtiments résidentiels et non résidentiels est lié aux emplois, c’est-à-dire à la FBCF.

Dans ce produit, il faut différencier ce qui relève du résidentiel et du non-résidentiel mais aussi du neuf et de l’entretien. Ainsi, environ les trois-quarts de la production de ce produit correspondent à du neuf et un quart correspond à de l’entretien.

Pour la construction de bâtiments neufs :

– s’agissant de la construction résidentielle neuve, le partage volume-prix est effectué à partir de l’ICC, qui suit la construction de logements destinés à l’usage principal d’habitation. Celui-ci peut être remplacé par l’indice du coût de production du bâtiment (ICP-BT) en cas d’évolution atypique.

– s’agissant de la construction non-résidentielle neuve, le partage volume-prix est effectué à partir de l’ICP-41B.

En ce qui concerne les travaux d’entretien, l’indice des prix d’entretien-amélioration des logements (IPEA) est privilégié.

 

d) Le génie civil (GF42Z)

Cet ERE recouvre les activités de génie civil (construction d’infrastructures, de routes, bâtiments et travaux publics…). Les CI des SNFEI hors sous-traitance correspondent en valeur aux deux tiers de 18,5 % des ventes. Les CI et la FBCF des administrations publiques proviennent du compte des administrations publiques. La FBCF des ménages est estimée à partir du cadre « clients particuliers et syndicats » de l’enquête Esa. Enfin, la FBCF des SNFEI est déterminée de façon à ce que l’évolution des consommations intermédiaires de sous-traitance évoluent comme les ressources de l’ERE.

La construction dans ce produit correspondant à des travaux publics, c’est l’index indice du coût de production du 42Z (ICP-42) pour chacun des différents emplois : CI et la FBCF. Cependant, cet indice est parfois arbitré si les prix et les coûts ont évolué de manière différente. Il est considéré comme de méthode « B ». De fait, les évolutions de cet indice sont assez surprenantes, comme par exemple une forte hausse en 2017 (+4,9%).

 

e) Les travaux de construction spécialisés (GF43Z)

Le partage volume-prix des travaux de construction spécialisés (travaux de bâtiment à 93 % environ) est lié aux emplois. Cependant, pour chaque emploi, il est nécessaire de différencier le type de construction, le type de travaux et les secteurs institutionnels. La FBCF est constituée par la construction neuve et le gros entretien du logement, du non-résidentiel et des travaux publics (TP). La Consommation finale (CF) correspond au petit entretien de leur logement par les ménages. La CI correspond au petit entretien (bâtiment et TP) des secteurs institutionnels hors ménages ainsi qu’à la sous-traitance. Le partage volume-prix est donc pondéré par le type de construction et le type de travaux pour chaque emploi. Les indices de prix utilisés sont les suivants :

• Construction neuve de bâtiments résidentiels et non résidentiels : ICC (ICP-43BTC pour le non résidentiel quand l’évolution de l’ICC est atypique)

• Gros entretien de bâtiment résidentiel : IPEA

• Gros entretien de bâtiment non résidentiel : ICP-43BTR

• Petit entretien de leur logement par les ménages (CF) : IPC

• Travaux publics (neuf et entretien) : ICP_43TP

 

On trouve ci dessous le tableau ce calcul du partage volume -prix du produit F43Z. Il montre que l’indice des prix des ventes de la branche est calculé à partir des indices de prix des emplois, y compris la CI et la sous-traitance. On a mis les flèches des principaux indices notamment l’ICC, l’IPEA, l’lPC, etc..  Il en ressort un indice de prix des ventes de la branche à 101,6 en 2017 qui s’applique largement aux autres agrégats des ressources comme la PEFP.

 

 

 

 

2/ divergence des prix relatifs de la construction (BTP) entre la France et les autres pays

Nous essayons d’analyser ici les évolutions des variables de la construction en valeur, prix et volume. On rappelle que la production est largement estimée à partir des ventes d’Esane (moyennant l’ajout de la PEPF et du travail au noir). Le profilage d’entreprises modifie t – il les évolutions de la production, notamment en 2017 ? Nous n’en savons rien. Par contre, on peut observer que du coté des évolutions en valeur, les évolutions de la production, la CI et la VA semblent correctes, la CI de la branche augmentant de 123% et la VA de 104%. Depuis la base 2000, les évolutions des comptes de production et d ‘exploitation sont plus robustes, calées sur celles de la statistique d’entreprise. Surtout, la part de la CI en valeur dans la production n’augmente pas plus en France que dans les autres pays : elle passe de 58,7% à 60,6% entre 2015 et 2016, évolution proche des autres pays sauf aux États-Unis. Il n’y aurait pas de souci sur les évolutions en valeur.

 

En suivant les évolutions de la production en valeur et en volume ainsi que celle de la CI de la branche et de la VA, on ne peut que constater la divergence très marquée entre l’évolution de la VA en volume en France (stabilité entre 1995 et 2018 malgré le pic de 2007) et celle de la CI en volume qui augmente de presque 50% sur la même période (graphique suivant).

Du coté des évolutions en valeur, les divergences sont plus faibles : production + 3,4% par an, CI de la branche +3,5% : +3,2%.

 

 

 

Nous nous référons aux indicateurs suivants en les comparant surtout aux autres pays en commençant par le prix qui se calcule en dernier parce qu’il est permet de calculer la productivité horaire du travail en évolution  :

  • prix de la valeur ajouté,
  • prix de la production,°
  • prix de la FBCF en logement et en BTP,
  • prix de la CI de la branche

 

a) une évolution des prix de la valeur ajoutée du BTP bien plus forte en France que dans les autres pays

  • Prix relatif de la VA 

La plupart des méthodes de partage volume prix du BTP sont de type A et pourtant le prix relatif de la valeur ajoutée augmente bien plus vite en France que dans les autres pays. Il augmente plus fortement que le prix de l’ensemble des branches. Si on prend comme référence l’Allemagne, la croissance du prix relatif de la VA à l’ensemble de l’économie est supérieure en France de 0,7%. Pour qu’il augmente comme en Allemagne, il faudrait que ‘indice de prix de la valeur ajoutée de la construction augmente de 0,7% par an de moins que ce qu’il a augmenté : il faudrait qu’il augmente de 2,5% au lieu de 3,2% par an.

On constate cependant que la croissance plus rapide des prix relatifs de la construction se situe entre 1995 et 2010. Les prix relatifs de la VA augmentent moins vite en France qu’en Allemagne entre 2010 et 2018. L’écart avec l’UE est de 0,2 points entre 2010 et 2018 contre 0,7 points entre 1995 et 2010. La période 1995-2000 avait été toutefois marquée par une hausse nettement moins élevée des prix relatifs en France (+1,7% par an)  que dans l’UE (+3,6%) et des gains de productivité de 1% en France contre 0% dans l’UE. Que s’est il donc passé entre 2000 et 2010, en particulier entre 2007 et 2010, pour que les gains de productivité chutent en France et que les prix relatifs explosent ? On retrouve certes ce phénomène aux Pays Bas et en Allemagne mais de moindre ampleur. Est ce que la crise suffit à expliquer ces divergences avec les autres pays ?

 

 

 

  • Productivité horaire du travail

La productivité horaire du travail de la construction baisse en France de -0,5% par an entre 1995 et 2018 alors qu’elle est stable dans l’UE. Mais elle baisse d’autre pays parfois plus qu’en France (Italie, États Unis : -0,8% par an) ou comme en France (Autriche, Espagne). Entre 2010 et 2018, la productivité du travail augmenterait de +0,1% en France contre +1% dans l’UE. Autrement dit le différentiel de productivité entre la France et certains pays ne s’est pas vraiment réduit après 2010 malgré les nouvelles méthodes de calcul de l’ICC mises en place en 2010. Notons toutefois que la productivité horaire du travail en France augmente de 1,8% par an depuis 2014 avec le regain de cette activité, soit un rythme nettement supérieur à celui des autres pays. Notons aussi que la productivité horaire du travail en France est plus élevée que la moyenne des pays de l’UE.

Ainsi on distingue 3 groupes de pays en se référant à la productivité du travail : d’un côté Pays Bas, Belgique, Royaume Uni, Danemark, où la productivité de la construction augmente autour de +1 % par an depuis 1995; en Allemagne et en Suède, la productivité n’augmente pas beaucoup (+0,2% par an); enfin plusieurs pays (Autriche, France, Italie, États-unis, Espagne) où elle décroît autour de – 0,4% à -0,8% par an. La stabilité de la productivité dans l’UE résulte de ces divergences.

 

 

 

b) prix à la production

Entre 19950 et 2019, le prix à la production de la branche construction, y compris travaux publics (qu’il aurait fallu pouvoir isoler), n’augmente pas beaucoup plus vite en France que dans certains autres pays (Autriche, États-Unis, Italie, Suède, Finlande). On le voit d’abord sur le graphique suivant dont la source est Eurostat. Le prix en Allemagne augmente toutefois plus faiblement : +48% en 2019 contre +73% en France. On observe aussi que le prix en France augmente plus qu’en Allemagne jusqu’en 2007 : +41% contre +7%. La tendance s’inverse ensuite : le prix en France augmente de 22,5% entre 2007 et 2019 contre 39% en Allemagne.

Évolution du prix à la production de la branche construction dans des pays d’Europe (base 100 en 1995) en %

 

Évolution annuelle moyenne du prix à la production de la branche construction dans des pays d’Europe (base 100 en 1995) en %

Mais comme les prix globaux augmentent moins vite en France que dans les autres pays, le prix relatif de la production de la construction augmente un peu plus vite sauf aux États Unis en se référant aux données de l’OCDE (non prise en compte ici). Ainsi, le prix relatif de la production de la construction rapporté à la hausse du prix de la production de l’ensemble des branches augmente de +1,2% par an en France entre 1995 et 2019 (comme en Finlande). Il augmente plus faiblement en Allemagne (+0,9%), soit un écart de 0,3 point. Comme l’indique le graphique suivant, l’écart est cependant plus important avec le Danemark, les Pays Bas, et surtout la Belgique dont les prix relatifs à la construction n’augmentent pas entre 1995 et 2019 (1,2 point d’écart avec la France). Les divergences sont presque plus grandes que pour la productivité du travail  (écart de 0,5% par an).

Toutefois, la période 2007-2019, poursuivant la tendance depuis 2007,  se singularise par des évolutions plus rapprochées voire même inversées. Le prix relatif de la production de la construction augmente moins vite que dans certains pays, tel l’Allemagne, depuis 2007 contrairement à la période 1995-2007. On observe aussi que le prix relatif de la production augmente de +1,4% par an en France entre 1995 et 2007, ;contre +0,,2% en Allemagne. Entre 2007 et 2019, le premier ne croît plus que de 0,8% par an contre +1,4% pour le second (écart de 0,8 points dans l’autre sens).

Évolution annuelle moyenne du prix relatif à la production de la branche construction par rapport à la production totale de l’économie dans des pays d’Europe (base 100 en 2000) en %

 

Si on se réfère à la base STAN (analyse industrielle) de l’OCDE, on retrouve quasiment les mêmes conclusions : le prix relatif à la production de la construction par rapport à celle de la production totale entre 1995 et 2017 augmente plus vite en France que dans d’autres pays sauf aux États Unis et en Finlande (tableau suivant). Ainsi, ce prix relatif augmente de +1,1% par an en France entre 1995 et 2017. Il augmente plus faiblement en Allemagne (+0,7%). Ne serait qu’entre ces deux pays, l’écart du prix relatif de la production du BTP est de 0,4 points. Cet écart est encore plus important avec l’Italie (0,9 point) se rapprochant donc des pays du Benelux.

 

 

 

 

c) prix de la FBCF

De leurs cotés, les prix relatifs de la FBCF en BTP rapportés à la FBCF globale n’augmentent pas beaucoup plus qu’ailleurs entre 1995 et 2017. Par exemple en France, les prix relatif de la FBCF totale augmentent de 0,8% par an, comme en Allemagne et aux Pays Bas. Dans les autres pays européens, la croissance est moindre. Mais aux États Unis, en Suède et au Royaume Uni, elle est plus élevée.

On note aussi que cette croissance relative du prix de la FBCF en construction en France se situe avant 2010. On le voit sur le  graphique suivant du prix relatif de la FBCF en construction à la FBCF globale où est indiquée la courbe en pointillé corrigée de cet effet de 0,2% par an.

 

Entre 1995 et 2017, l’écart des prix relatifs de la production du BTP est ainsi plus élevé que l’écart de prix relatif de la FBCF car dans la plupart des pays les prix de la production globale augmentent plus vite que les prix de la FBCF globale. On note aussi que dans certains pays, contrairement à la France et à l’Allemagne, le prix de la production et le prix de la FBCF n’évoluent pas au même rythme.

 

 

 

 

d) prix de la CI de la branche

Le tableau excel suivant reprend tous les indices de prix, de valeur et de volume disponibles sur le site de l’INSEE. Il présente par ailleurs une méthode de calcul de l’indice de prix des CI par la branche construction, décomposé en 3 composantes : matériaux de construction, sous-traitance, services (page prix CI BTP). Il présente aussi les évolutions en volume de la production et de la valeur ajoutée des branches de l’industrie (voir ci dessus).

 

Tableau 13 – Évolution des prix des produits et des branches

Le prix de valeur ajoutée augmente fortement en France parce que le prix des CI de la branche évolue assez faiblement et que le prix à la production augmente quand même assez fortement. Plus précisément le prix de production de la branche augmente de 65% entre 1995 et 2017, quasiment comme tous les prix des emplois de l’ERE, qui eux évoluent au même rythme, (du fait du calcul implicite de la production en volume). L’indice de prix des CI est beaucoup plus faible : +46%; donc l’indice de prix de la VA augmente fortement : +99%. Ces évolutions se retrouvent sur la VA en volume qui baisse de -2% en 22 ans contre une hausse de la production en volume de +23%. Ces divergences en volume amplifient par ailleurs celles en valeur : production de la branche + 104%, CI de la branche +110%, VA de la branche : +95%.

On ne voit pas une évolution anormale du prix des CI (graphique suivant). L’essentiel des CI est constitué de produits industriels, mis à part la sous-traitance et certains services . En effet, l’indice de prix des CI peut être recalculé en décomposant celle ci en trois blocs (CI de  en produits industriels, en sous traitance et en services). Aux premières, on peut appliquer l’index « Materials costs in construction of buildings (group 41.2) » de l’Insee; à la sous traitance, l’indice de prix de la CI du produit construction; aux services, les indices de prix des CI pondérés des 4 principales CI de services par le BTP (transports, services financiers, services juridiques, activités de services administratifs et de soutien). Ces dernières représentent 90% des CI de services par la construction. Le premier indice ne commence qu’en 1998; on l’a estimé pour les 3 années antérieures. Les deux courbes évoluent quasiment en parallèle. Leur indice en 2017, base 100 en 1995, sont les mêmes. L’indice de prix de la CI de la branche construction dans les comptes nationaux ne poserait donc pas de problème.

 

 

 

e) synthèse générale des évolutions des prix

Ce serait donc le prix de la production qui évoluerait un peu trop vite, donc celui des emplois, en particulier de la FBCF. Les RSP de la construction ont repris tels quels les indices de prix depuis 1995, lesquels évoluent de manière très proche pour les 3 principaux emplois. On note toutefois une hausse relative du prix de la consommation finale des ménages depuis 2014.

 

En conclusion, Le prix de la VA augmente sensiblement en France (+3,2% par an) parce que le prix de la CI de la branche évolue assez faiblement (+1,8% par an) et que le prix à la production augmente de +2,5% par an. Ces évolutions se retrouvent sur la VA en volume qui est quasiment la même en 2018 qu’en 1995 contre une hausse de la production en volume de +1,1% par an. Ces divergences en volume amplifient ainsi celles en valeur.

La méthode « hédonique » de 2010 a permis de capter l’effet qualité, non dans les évolutions de prix, mais de volume : l’indice de prix de la production entre 2000 et 2010 augmente de  3,4% par an; celui de la CI de la branche de +2,5% (écart : 0,9 point). Entre 2010 et 2018, le premier n’augmente plus que de 1,32%; le second de 0,87%. L’écart a diminué de moitié. Autrement dit, le partage volume-prix serait correct depuis 2010 sauf pour les travaux publics où l’ICP (indice des coûts de production) ne semble pas de très bonne qualité avec de fortes variations d’une année à l’autre.

Au vue de tous ces résultats, on estime que le prix de la production du BTP a été surestimé de 0,1% par an entre 1995 et 2019 mais pas entre 2007 et 2019. Nous ne nous référons pas à l’évolution des prix absolus mais à celle des prix relatifs de la production du BTP par rapport à l’ensemble : +1,12% par an en France entre 1995 et 2019 contre entre 0% en Belgique et +0,9% en Allemagne, en exceptant quelques pays (Autriche, États Unis) dont l’évolution est proche du prix relatif français selon les données de l’OCDE.

 

S’agissant de la valeur ajoutée de la construction en volume, faut il admettre qu’elle aurait du augmenter de 0,25% de plus (soit une moindre croissance de son prix de 0,25%) ? Son prix relatif à la VA de l’ensemble des branches augmente plus que dans les autres pays. Comme les prix des CI évolueraient correctement, ceci reviendrait à dire que le prix de production aurait augmenté de 0,1% de trop par an entre 1995 et 2018, donc le prix des emplois, en particulier celui de la FBCF.

Ainsi, la productivité du travail du BTP baisserait-t-elle  de -0,25% par an au lieu de -0,5% (voir financiarisation de l’économie) ?

 

 

 

 

b) les conclusions d’une mission sur l’ICC

Le rapport de mission « Diagnostic sur les indices statistiques des coûts de construction et sur les marges des entreprises du secteur » de l »Inspection générale des finances, avril 2014) se demande si l’effet qualité » de l’ICC est il bien pris en compte en France ?

« S’agissant de l’indice de prix qu’est l’indice du coût de la construction (ICC), il apparaît que son mode de calcul n’incorpore pas à ce stade tous les ajustements requis pour tenir compte des rapides évolutions réglementaires qu’a connues le secteur de la construction depuis 2005 ».

« Dans les faits, la rapidité des évolutions réglementaires n’a pas à ce jour permis la complète exploitation de la méthode. L’Insee a ainsi indiqué que la réglementation thermique RT 2012, largement anticipée par de nombreux maîtres d’ouvrage par le recours au label « Bâtiment Basse Consommation », n’avait pu encore être prise en compte ».

« Depuis 2012, l’ICC apparaît surévalué par rapport à l’évolution des coûts de construction de l’échantillon retenu par la mission ».

 

c) Des évolutions inadéquates des coûts (en particulier du poste matériaux), avant 2008 expliqueraient une croissance plus rapide de l’ICC en France.

Y a t il une croissance plus rapide des coûts que l’ICC ? C’est ce que semble conclure une étude de la Fédération Française du Bâtiment [10].

Outre plusieurs évolutions comparatives de l’ICC et des coûts, montant une contribution forte de ces derniers, du fait d’une hausse plus forte qu’en Allemagne du coût des matériaux de construction entre 2005 et 2012 (qu’il faudrait néanmoins vérifier mais les données d’Eurostat ne le permettent pas vraiment), deux remarques y sont faites :

– « premièrement, les évolutions de l’ICC Insee (« bonne » mesure des évolutions de prix) ont été, à de nombreuses reprises, sur la période récente, très critiquées par nombre d’experts (on peut citer, à titre d’exemple, la hausse de 10,5 % observée au troisième trimestre 2008 par rapport au troisième trimestre 2007) ».

– « deuxièmement, la méthodologie d’Eurostat précise que l’indice du prix de construction en Allemagne prend en compte les prix de la construction neuve, mais également ceux de la réhabilitation. Or, l’ICC ne concerne que le neuf en France. Pour que les données soient comparables, il conviendrait donc d’introduire l’indice des prix d’amélioration-entretien (IPEA) des logements en France, qui progresse moins vite que l’ICC. On peut ainsi définir un indice composite d’évolution des prix du bâtiment en France, formé sur la base de l’ICC Insee et de l’lPEA pondérés selon les parts de marché du neuf et de l’amélioration-entretien ».

En utilisant cet indicateur de prix pour la France, les écarts d’évolution ressortiraient sensiblement moins marqués : Base 100 en 2005, cet indice recalculé serait à 124 au second trimestre 2012, contre 128 pour l’ICC, soit un différentiel de croissance avec l’Allemagne de 7% contre 11% si on retient l’ICC.

 

Un autre rapport de l’Inspection Générale des Finances se penche aussi sur les évolutions de l’ICC et des coûts de la construction.

« On voit que la croissance de l’ICC est trop forte à travers la variation des coûts des « facteurs de production » que sont essentiellement les produits de construction et les salaires et charges des personnels d’exécution et d’encadrement ; cette variation est reflétée par les divers « index Bâtiments », représentatifs des divers « corps d’état » du bâtiment (gros œuvre, plomberie, peinture, etc.), qui sont agrégés dans l’index « BT01 Tous corps d’état », réputé transcrire l’évolution du coût des facteurs de production d’un bâtiment moyen. »

« Pour faciliter la comparaison de la croissance du prix des matériaux de construction dans différents pays de l’Union, il convient alors de corriger ces données. Le graphique ci-dessous incorpore ces données corrigées. La correction réduit l’estimation initiale du différentiel de coût de la construction entre la France et l’Allemagne, avec une progression corrigée des coûts de 22 % en Allemagne de 2003 à 2012 contre 34 % en France. La différence s’explique par la croissance du coût des matériaux et des salaires plus rapide en France qu’en Allemagne : sur ce dernier point, s’il est exact que depuis 2007 les variations de coût de main d’oeuvre sont proches entre la France et l’Allemagne, il y a en revanche une différence significative de croissance avant 2007. En Allemagne les salaires croissent de 1 % entre 2005 et 2007, en France de 8 % ».

 

 

Michel Braibant


BIBLIOGRAPHIE

[1] note du partage volume prix en base 2014 de L. Aeberhardt et C. Bidault, Insee, 2018, Insee, https://www.insee.fr/fr/metadonnees/source/fichier/Tome_1_partage_volume_prix_base_2014_20181022.pdf

[2]  document « La croissance est elle sous estimée ? Dossiers de l’économie française 2018, INSEE », https://www.insee.fr/fr/statistiques/3614240?sommaire=3614262

[3] « Une histoire de la Comptabilité nationale  » A. Vanoli, collection Repères, la Découverte, 2002 (chapitre 9),

[4] Guide de l’utilisateur : Système canadien des comptes macroéconomiques, Chapitre 7 Mesures des prix et des volumes, https://www150.statcan.gc.ca/n1/pub/13-606-g/2016001/article/14622-fra.htm

[5] Handbook on prices and volumes measures in national accounts, 08/02/2016, mise à jour du manuel de 2001, Eurostat, https://ec.europa.eu/eurostat/fr/web/products-manuals-and-guidelines/-/KS-GQ-14-005

[6] Économie et statistiques de l’INSEE , 494-495-496 2017, « Stagnation de la productivité en France : héritage de la crise ou ralentissement structurel »? (Gilbert Cette, Simon Corde et Rémy Lecat). https://www.insee.fr/fr/statistiques/3135045?sommaire=3135098

[7] Eurostat-OECD Methodological Guide for Developing Producer Price Indices for services, OCDE, 2006, https://ec.europa.eu/eurostat/documents/3859598/6485893/KS-04-14-661-EN-N.pdf/f8f5d9d6-50c4-4fa1-9322-c9c00a6377fd

[8] Indices des prix de production des services français pour l’ensemble des marchés (BtoAll) − Total HS − Ensemble des services, https://www.insee.fr/fr/statistiques/3553676?sommaire=3530679. Voir aussi Indice des prix à la production des services, Ipse https://www.insee.fr/fr/metadonnees/source/indicateur/p1640/description

[9] Le partage volume-prix à l’hôpital dans les Comptes nationaux de la santé, Malik Koubi, Annie Fenina, n° 118 – mars 2012, DREES, https://drees.solidarites-sante.gouv.fr/IMG/pdf/serieetud118.pdf

[10]  » Analyse de l’évolution comparée des prix et des coûts dans le bâtiment. Préconisations en matière de simplifications réglementaires », juillet 2013. Fédération Française du Bâtiment. http://docplayer.fr/1101057-Analyse-de-l-evolution-comparee-des-prix-et-des-couts-dans-le-batiment-preconisations-en-matiere-de-simplifications-reglementaires.html Voir aussi Diagnostic sur les indices statistiques des coûts de construction et sur les marges des entreprises du secteur » (avril 2014), rapport de l’Inspection Générale des Finances, https://www.modernisation.gouv.fr/sites/default/files/epp/couts-construction-marges-entreprises_rapport-diagnostic.pdf

Tableau entrées-sorties mondial (T.E.S.)