CATÉGORIES DE REVENU ET CONSOMMATION

La hausse des inégalités a suscité un intérêt considérable ces dernières années de la part du monde académique, des décideurs politiques et du grand public. Pourtant, notre capacité à mesurer l’évolution de la distribution des revenus et du patrimoine au sein d’un pays, entre différents pays et au niveau mondial, reste limitée. Au cours des dernières décennies, des études  montreraient dans la quasi-totalité des pays une hausse de la part du revenu et du patrimoine détenue par les plus riches. Richesse et consommation sont étroitement liées. Mais l’ampleur de cette hausse varie fortement, ce qui suggère que les institutions et politiques des différents pays jouent un rôle. En France, les inégalités sont ainsi plus faibles pour le revenu disponible disponible ajusté qui prend en compte les transferts sociaux en nature (santé, éducation, aides au logement,..) que pour le revenu disponible brut.

SOMMAIRE

I – EN FRANCE, LA REDISTRIBUTION TEND À RÉDUIRE LES INÉGALITÉS

II – RICHESSE, PAUVRETÉ ET CONSOMMATION DANS LE MONDE

 

Résumé

° Des études récentes ont présenté la méthodologie des comptes nationaux distributifs, qui ventile le revenu national total et le patrimoine total entre résidents [1] (les nombres entre crochet renvoient à la bibliographie en bas de page).. Ces comptes permettent d’estimer des statistiques d’inégalité et de croissance par catégorie de revenu et niveau de patrimoine cohérentes avec la croissance agrégée des comptes nationaux. Cette méthodologie a récemment été appliquée à plusieurs pays et les données produites sont disponibles dans WID.world, base de données sur les inégalités mondiales. Elles combinent les statistiques nationales pour estimer les inégalités mondiales depuis 1980. Malgré le rattrapage de grands pays émergents comme la Chine et l’Inde, les inégalités mondiales ont augmenté depuis 1980. Cette évolution s’explique par la croissance des revenus des personnes les mieux payées au niveau mondial .

 

 

Inégalités de revenus ou de patrimoine ?

° En France, la mesure de référence des inégalités de revenus s’appuie sur une définition du niveau de vie qui prend uniquement en compte les ressources monétaires Jusque dans un passé récent, cette mesure appréhendait mal les revenus du patrimoine financier et ignorait la contribution du logement au niveau de vie des individus. La prise en compte « élargie » des revenus du patrimoine dans la mesure des niveaux de vie modifie le paysage des inégalités en France. Qu’il s’agisse du patrimoine financier, dont la distribution au sein de la population est plus concentrée que celle des revenus, ou de la propriété de la résidence principale, les compléments de ressources estimés accroissent la mesure des inégalités globales. Les inégalités de niveau de vie entre les différentes catégories socioprofessionnelles et selon l’âge en sont également modifiées.

° Le niveau de vie d’un individu est par convention mesuré comme celui du ménage dans lequel il vit ; il se calcule en divisant le revenu disponible par le nombre d’unités de consommation de ce ménage (voir définitions ci dessous). Il est désigné par « niveau de vie standard ». Les ressources qui constituent le revenu disponible comprennent les revenus d’activité (rémunérations des salariés, bénéfices des entrepreneurs individuels), les revenus du patrimoine hors plus-values latentes ou réalisées (dividendes, intérêts et loyers), les transferts (notamment les indemnités d’assurance nettes des primes) et les prestations sociales (pensions de retraite, indemnités de chômage, allocations familiales, minima sociaux, etc.). Le revenu disponible  est net des impôts (principalement impôt sur le revenu, taxe d’habitation, CSG et CRDS) et des cotisations sociales.

° Mais  certaines composantes du concept « standard » de niveau de vie sont mal appréhendées : c’est le cas des revenus du patrimoine financier, en particulier, car seule une partie d’entre eux est soumise à l’impôt sur le revenu. Certains en sont exonérés, comme les intérêts des livrets d’épargne réglementée ; d’autres sont soumis à un prélèvement forfaitaire, libératoire de l’impôt sur le revenu. Ils font dans ce cas l’objet d’un prélèvement à la source et n’entrent pas dans le calcul de l’impôt Le patrimoine des ménages étant nettement plus concentré que les revenus au sein de la population (graphique suivant) et cette concentration s’étant en outre accrue au cours des dernières années. l’appréhension partielle des revenus du patrimoine financier dans les enquêtes Revenus fiscaux entraîne une sous-estimation des inégalités.

 

Courbe de concentration du revenu disponible et du patrimoine financier des ménages en 2004

 

° Par ailleurs, le fait de restreindre la mesure du niveau de vie à des composantes strictement monétaires prête souvent à polémique puisque le temps dédié au loisir, à la production domestique et à l’accès aux services publics participent au bien-être des individus. De même, le logement contribue au niveau de vie des individus. Comparer les niveaux de vie des propriétaires et des locataires soulève ainsi des difficultés. Les propriétaires de leur résidence principale, disposant d’un patrimoine qui a une valeur d’usage, peuvent être considérés comme favorisés en termes de niveau de vie par rapport aux locataires qui doivent affecter une fraction de leurs revenus au règlement d’un loyer. Prendre en compte cet avantage revient à élargir la mesure du niveau de vie à un élément non monétaire, le logement, traité qui est un élément du patrimoine des individus.

° Il existe un consensus pour dire que la meilleure prise en compte des revenus du patrimoine financier devrait accroître les inégalités mesurées et dans une moindre mesure le taux de pauvreté. Si le sens de l’effet ne fait pas de doute, il n’existe cependant que très peu d’études qui se sont efforcées d’en mesurer précisément l’impact. La mesure de cet impact reste évidemment tributaire des choix et des hypothèses d’imputation.

+ La pratique des comptes nationaux, qui incluent des revenus supplémentaires (les loyers imputés) dans la masse du revenu disponible brut des propriétaires de leur résidence principale, les recommandations d’Eurostat incitent à proposer une méthodologie qui tienne compte du logement, afin d’alimenter la réflexion sur la mesure des niveaux de vie. Le sens de l’effet des loyers imputés sur les inégalités de revenus n’est pas aussi clair que celui des revenus financiers. Les locataires et les propriétaires sont très inégale – ment répartis dans la population. La proportion de propriétaires s’accroît ainsi assez régulière – ment le long de l’échelle des « niveaux de vie standard ». Par ailleurs, le pourcentage de propriétaires augmente dans un premier temps au cours du cycle de vie, avec l’âge du chef de ménage, jusqu’à 60 ans avant de légèrement diminuer avec la dés-épargne pendant la dernière partie du cycle de vie. Certains travaux sur les données françaises attribuent aux loyers imputés un impact neutre sur le taux de pauvreté ; d’autres un léger effet à la baisse.

° Dans cette page, on va tenter une synthèse des différents travaux récents français et étrangers sur les liens entre catégories de revenu et consommation, en essayant de prendre une vision large du revenu, incluant notamment les revenus de patrimoine. On reconnait que cette synthèse est parfois incomplète par le fait qu’elle ne prend pas en compte les patrimoines. On essaiera de situer les inégalités en France par rapport aux autres pays. de voir comment celles-ci ont évolué ?

° Plusieurs optiques sont proposées du fait d’une diversité indispensable des approches (revenu ou richesse, épargne ou consommation,…;), des ratios et sources statistiques. Comme pour d’autres sujets brulants (financiarisation, dépense publique,…), ceci incite à une grande prudence sur l’analyse des résultats. On peut suivre les évolutions dans le temps ou bien s’intéresser aux comparaisons internationales à une année donnée. On serait amené à ne pas généraliser la montée des inégalités durant ces dernières années les tous les pays.

 

 

 

+ Selon Eurostat, les indicateurs de pauvreté uniquement basés sur les statistiques du revenu ne reflètent pas le tableau complet de la vulnérabilité économique d’un ménage [2]. La consommation et la richesse sont deux autres dimensions clés qui déterminent les opportunités économiques des personnes ou les inégalités matérielles. En fusionnant les trois dimensions du revenu, de la consommation et de la richesse (ICW) en un seul ensemble de données, une analyse de la distribution conjointe de ces dimensions peut être effectuée en construisant un certain nombre d’indicateurs ad hoc pour les pays de l’Union européenne (voir ci-dessous). Ces indicateurs peuvent aider à répondre à des questions telles que: Quelle partie de la population est vulnérable dans plus d’une dimension? Quelles caractéristiques les ménages vulnérables exposent-ils?

 

Deux sources pour mesurer la consommation par catégories de ménages en fonction du revenu

° Par exemple au niveau européen, le revenu, la consommation et la richesse (ICW en anglais) déterminent la situation financière et le bien-être matériel des ménages et des individus. Les comptes nationaux (NA) et les statistiques sociales sont deux sources statistiques distinctes de données à la disposition des utilisateurs et des décideurs [3]. Les agrégats ICW (NA), qui décrivent la situation des ménages en tant qu’unité institutionnelle dans le contexte macroéconomique, sont utilisés dans l’analyse des politiques macroéconomiques; tandis que les distributions d’ICW basées sur des micro-données (Enquête sur le budget des ménages (HBS)) sont utilisées pour mesurer les inégalités dans les politiques sociales. Ce résumé traite de certains des problèmes de comparabilité entourant les concepts et les données de consommation des ménages.

° Bien que les deux sources de données montrent le niveau et les tendances des dépenses de consommation des ménages, il existe des différences conceptuelles et de collecte de données (voir ci dessous). La comparaison des statistiques micro et macro sur les dépenses de consommation des ménages s’explique par la nécessité de comprendre les deux sources de données et d’établir des liens solides entre elles. Les deux sources de données utilisent la Classification de la consommation individuelle selon la destination (COICOP). Pour plus d’informations; voir «Sources de données».

° Le graphique suivant présente un exemple d’analyse complémentaire des dépenses de consommation mesurées en NA et en HBS. Il montre la part des dépenses de consommation des ménages en termes de consommation totale de logement, d’eau, d’électricité, de gaz et d’autres combustibles (04). Cette catégorie de consommation contribue le plus à la consommation totale des deux sources. Alors que les macro-agrégats ne montrent que la part moyenne des composants de consommation, les données HBS peuvent fournir des informations détaillées sur les sous-groupes de population. Les deux sources de données sont d’abord comparées au niveau agrégé; Les données HBS sont ensuite utilisées pour montrer les modèles de distribution entre les quintiles de revenu. Les résultats de la première étape révèlent une disparité dans la cohérence des données entre les pays: pour la Finlande, la France, la Lettonie, l’Autriche et la Belgique ; les deux sources (NA et HBS) indiquent des parts similaires; pour la Bulgarie, la Hongrie, la Lituanie, Roumanie, Portugal et Royaume-Uni, les différences entre les sources de données sont considérables. Ce graphique met en évidence la nécessité de mieux comprendre à la fois les sources de données et les raisons des lacunes existantes dans les données. Concernant les distributions, le graphique montre l’inégalité des parts de consommation pour le 1er et le 5e quintile de revenu dans les données HBS: la plus importante étant le Royaume-Uni (29 points de pourcentage), l’Allemagne (19 points de pourcentage) et la Slovaquie (21 points de pourcentage).

° La consommation totale et ses composantes sont comparées entre les deux sources en décrivant les lacunes de données en termes de taux de couverture (calculés comme le ratio HBS et NA) et les raisons possibles de ces lacunes. Les résultats reflètent les différences entre les méthodologies utilisées pour le HBS et NA, et les différences de mise en œuvre dans les pays de l’UE. Les informations sont fournies pour les pays qui disposent de données.

Part des dépenses de consommation pour le logement, l’eau, l’électricité, le gaz et les autres combustibles (04) dans la consommation totale des ménages en Amérique du Nord et HBS, 2010,% (Source: Eurostat)

° Des études ont été aussi entreprises à l’Insee qu’on reprendra dont celle déjà citée. Le revenu disponible, la dépense de consommation et le taux d’épargne des ménages ont été décomposés pour la première fois en 2003 par catégorie de ménages selon le niveau de vie (appréhendé via les quintiles de revenu disponible par unité de consommation), la composition du ménage, l’âge de la personne de référence du ménage et sa catégorie socioprofessionnelle.

° Suite à la participation de l’Insee à un groupe d’experts international mené par l’OCDE et Eurostat sur la mesure de la distribution des revenus, de la consommation et du patrimoine par catégorie de ménages dans le cadre de la comptabilité nationale, de nouvelles variables ont été exploitées : la source principale de revenu du ménage et la composition du ménage croisée avec l’âge de la personne de référence du ménage. En parallèle, la variable Tranche d’Unité Urbaine du lieu de résidence du ménage a également été introduite pour ajouter une dimension géographique aux travaux existants.

° Des flux de revenus désignés par le terme « transferts privés » sont introduits car ils ne sont pas uniformément répartis entre les ménages. Il s’agit de transferts monétaires uniquement. Les transferts en nature en sont exclus. Les héritages et donations sont également hors champ de ces « transferts privés ».

° La dépense de consommation des ménages correspond aux dépenses que les ménages supportent directement. Elle n’inclut pas la part des dépenses de santé, d’éducation, de logement, prise en charge par la collectivité (analysée dans la partie « Transferts sociaux en nature, revenu disponible ajusté et consommation effective par catégorie de ménages en 2003 »). Elle inclut en revanche les loyers imputés, c’est à dire les services de logement produits par les ménages propriétaires occupants à leur propre bénéfice. À ce titre, leur revenu et leur consommation sont augmentés de ces loyers imputés, qui correspondent aux loyers qui seraient acquittés par ces propriétaires-occupants dans le secteur locatif privé pour des logements de caractéristiques similaires.

° La part du revenu disponible qui n’est pas utilisée en dépense de consommation constitue l’épargne. Le taux d’épargne est le rapport entre l’épargne des ménages et leur revenu disponible brut.

° Les analyses par catégorie de ménages sont réalisées à l’aide de plusieurs enquêtes de l’Insee relatives aux ménages. Ces dernières portent pour la plupart sur le seul champ des ménages ordinaires de métropole.

 

stabilité relative des inégalités de revenu mais pas de celles de patrimoine depuis la crise de 2008

° Les différentes études ne sont pas toutes d’accord sur l‘évolution des inégalités en France comme dans d’autres périodes de l’histoire de France et des autres pays. On pense ainsi au Royaume-Uni avant la première révolution anglaise où on disposait il est vrai de bien moins de moyens statistiques qu’aujourd’hui.

° Il ressort néanmoins de plusieurs travaux français que les inégalités en France ne se sont guère aggravées entre 2008 et 2018. De plus, elles ne seraient pas plus importantes que dans de nombreux pays de l’UE, du fait du système important de redistribution qui permet aux ménages les plus modestes de percevoir des transferts, notamment des prestations sociales et des transferts sociaux en nature (éducation, santé,..) voire des autres dépenses publiques (page Dépense Publique). De plus la France a un des taux de pauvreté les plus bas de l’Union européenne.

° Le système socio-fiscal apparaît de plus en plus redistributif. Le ratio des prélèvements obligatoires sur le revenu disponible brut est passé de 21 % dans les années 1950 à plus de la moitié entre 2010 et 2016. Parallèlement, la part des prestations sociales dans le revenu des ménages s’élevait à 16 % dans les années 1950 et atteint actuellement un niveau moyen de l’ordre de 35 %. Au total, la proportion des revenus dépendant des politiques fiscales et sociales est plus importante de nos jours, ce qui peut conduire à des fluctuations importantes de pouvoir d’achat à très court terme, notamment lorsque des mesures sont mises en place.

° Mais les inégalités de patrimoine auraient augmenté en France entre 1998 et 2018. Cette hausse s’explique principalement par la forte valorisation du patrimoine immobilier (+ 141 % en euros courants), surtout sur la période 1998‑2010, qui a profité aux ménages les mieux dotés.

 

 

I – EN FRANCE, LA REDISTRIBUTION TEND À RÉDUIRE LES INÉGALITÉS

Avant de reprendre les études de l’Insee et donner quelques résultats, il est utile de rappeler la méthode de calcul de l’estimation de la consommation des ménages par catégories de revenus.

 

 

1/méthodologie de construction des comptes par catégorie de ménages

a) les sources

Les enquêtes auprès des ménages permettent d’enrichir la description de leur revenu et de leur consommation et d’étudier les disparités entre les différents types de ménages en allant au-delà des moyennes calculées par les  comptes nationaux. Elles permettent également d’enrichir la description de leur revenu et de leur consommation, en répartissant entre les catégories de ménages chaque composante du revenu ou de la consommation.

Chaque année, les comptes nationaux établissent, dans le compte des ménages, le niveau et la composition du revenu disponible brut et de la dépense de consommation. Depuis 2009, l’Insee a publié plusieurs décompositions de ce compte selon différentes catégories de ménages. Ces travaux, qui ont ensuite été conduits aussi à l’étranger, consistent à répartir entre les groupes sociodémographiques (selon le niveau de vie, l’âge, la catégorie socioprofessionnelle, etc.) chaque composante du revenu ou de la consommation en s’appuyant sur les enquêtes de l’Insee auprès des ménages portant sur les thèmes des revenus et de la consommation. L’étude portant sur 2017 actualise les études antérieures et présente des chiffres cohérents avec la nouvelle base 2014 des comptes nationaux. La méthodologie est aussi améliorée sur plusieurs points. En particulier désormais, le calcul des profils de revenus s’appuie sur les seules enquêtes Revenus fiscaux et sociaux (2011 à 2017), et pour les profils de consommation, sur les enquêtes Budget de famille (2011 et 2017). La meilleure comparabilité temporelle des données d’enquêtes accroît la fiabilité des évolutions. Le champ géographique est la France. La décomposition ne porte cependant que sur les ménages vivant en « logement ordinaire », c’est-à-dire ne vivant pas dans une communauté (cités universitaires, Ehpad, couvents, prisons, etc.) ; les enquêtes utilisées ne portent en effet que sur ces ménages. Les agrégats répartis par la décomposition sont corrigés en conséquence et diffèrent légèrement des agrégats figurant dans le compte des ménages.

Chaque composante du revenu disponible et de la dépense de consommation est répartie par catégorie de ménages, selon les étapes suivantes :

  • Des montants moyens sont calculés pour chaque catégorie de ménages (le salaire moyen pour chaque quintile de niveau de vie, par exemple) ;
  • Ensuite des montants totaux associés sont calculés en multipliant les montants moyens par les effectifs de chaque catégorie ;
  • Enfin, les différentes masses obtenues sont recalées sur la masse totale de la comptabilité nationale (base 2014).

Ainsi, pour chaque composante du revenu disponible et de la dépense de consommation, une décomposition de l’agrégat correspondant de la comptabilité nationale par catégorie de ménages est obtenue. La somme de ces composantes fournit pour chaque catégorie son revenu disponible total et sa consommation ; son épargne et son taux d’épargne sont déduits.

La difficulté de l’exercice consiste à traiter au mieux des différences de champs et de concepts entre les comptes nationaux et les enquêtes.

 

  • Différences de champs

La comptabilité nationale couvre l’ensemble de la population résidente en France alors que les enquêtes mobilisées ne couvrent que les ménages dits « ordinaires », et non ceux vivant en collectivités (foyers de travailleurs, maisons de retraite, etc.). Une correction des montants globaux des comptes est réalisée pour se ramener au champ des enquêtes.

Les services d’intermédiation financière indirectement mesurés (Sifim), correspondant aux marges de taux sur dépôts et crédits prélevées par les banques, ne sont pas mesurés par les enquêtes. Les Sifim du revenu disponible et de la consommation mesurés par la comptabilité nationale sont donc exclus.

 

  • Différences de concepts

Le revenu disponible brut (RDB) tel qu’il est défini en comptabilité nationale n’est pas collecté tel quel dans les enquêtes. Celles-ci ne couvrent, en effet, pas certaines de ses composantes. Par exemple les cotisations sociales ou bien la fraude et le travail au noir. Par ailleurs, le RDB en comptabilité nationale comprend également les loyers dits « imputés » (loyers que les propriétaires de leur résidence sont réputés se verser à eux-mêmes).

Pour classer chaque ménage d’une enquête dans son quintile de revenu disponible brut, ce dernier doit donc être estimé. Ce revenu est d’abord calculé pour les ménages interrogés par l’enquête sur les revenus fiscaux et sociaux (ERFS). Les revenus les moins bien couverts (revenus financiers) font l’objet d’estimations économétriques et de recalage sur les données macroéconomiques. Les composantes manquantes (intérêts sur les crédits de consommation, revenus de la fraude, du travail au noir etc.) sont réparties sur la base d’hypothèses. Une équation explicative de ce revenu disponible a ensuite été estimée économétriquement, sur des variables communes aux différentes enquêtes. Les coefficients estimés associés aux variables de l’équation sont ensuite utilisés pour imputer un revenu disponible au sens de la comptabilité nationale dans l’enquête Budget de famille (pour 2011). Ainsi, un classement des ménages dans le quintile de RDB homogène entre les deux enquêtes est obtenu.

 

b) les définitions

Dans les enquêtes sur les Revenus fiscaux et sociaux (ERFS), le ménage désigne l’ensemble des occupants d’une résidence principale, qu’ils aient ou non des liens de parenté. Le ménage peut ne comprendre qu’une seule personne. Ne font pas partie des ménages les personnes vivant dans des habitations mobiles (y compris les mariniers et les sans‑abri) ou dans des communautés (foyers de travailleurs, maisons de retraite, résidences universitaires, etc.).

Les unités de consommation (UC) sont calculées selon l’échelle d’équivalence dite de l’OCDE modifiée, qui attribue 1 UC au premier adulte du ménage, 0,5 UC aux autres personnes de 14 ans ou plus et 0,3 UC aux enfants de moins de 14 ans.

Un loyer imputé est, selon la comptabilité nationale, un loyer correspondant à ce que les ménages propriétaires paieraient pour se loger s’ils étaient locataires. Il est évalué en référence aux prix pratiqués sur le marché. Ce loyer imputé est enregistré comme une production pour compte propre de services de logement des propriétaires occupants. Il augmente simultanément leur revenu (déduction faite des charges) et leur consommation.

Dans le domaine des statistiques sur le revenu, des quintiles sont utilisés pour déterminer la manière dont le revenu est distribué au sein de la population. Un quintile est, ici, un ensemble de ménages regroupés en fonction de leur « niveau de vie », au sens du revenu disponible brut par unité de consommation. Chaque quintile représente 20 pour cent, ou un cinquième, de tous les ménages.  Par exemple, le premier quintile comprend le cinquième de la population en bas de l’échelle des revenus (c’est-à-dire les 20 % de la population ayant les revenus les plus faibles), le deuxième quintile représente les 20 % suivants (de 20 % à 40 %), etc.; et le cinquième quintile représente les 20 % de la population ayant les revenus les plus élevés.

Le revenu disponible brut des ménages (RDB) comprend les revenus nets d’activité, les transferts nets reçus (indemnités de chômage, retraites et pensions), les revenus du patrimoine (fonciers et financiers) et les autres prestations sociales perçues. C’est le revenu dont disposent les ménages pour consommer ou investir.

Le revenu disponible brut ajusté des ménages (RDBA) est le revenu disponible brut augmenté des transferts sociaux en nature.Le revenu net d’activité inclut les salaires nets (salaires bruts diminués de l’ensemble des cotisations salariales, y compris celles versées aux complémentaires santé) et les revenus nets des entrepreneurs individuels.

Les revenus du patrimoine regroupent, d’une part, les revenus financiers, c’est-à-dire les intérêts nets reçus, les revenus distribués des sociétés (dont les dividendes), les autres revenus d’investissement et les revenus des terrains et gisements et, d’autre part, les revenus immobiliers, qui comprennent les revenus fonciers reçus par les bailleurs, mais aussi des revenus imputés aux propriétaires occupant leur propre logement (loyers imputés).

Les transferts nets comprennent en positif les prestations en espèces (y compris les retraites) et en négatif les impôts courants sur le revenu et le patrimoine, ainsi qu’un reliquat d’autres transferts courants.

Les transferts sociaux en nature incluent les prestations en nature (prise en charge par les administrations publiques de la consommation des ménages en biens et services marchands : médicaments, soins médicaux) et la valeur des services individualisables non marchands produits par les administrations publiques et les institutions sans but lucratif au service des ménages (éducation par exemple).

L’épargne est la part du revenu disponible des ménages qui n’est pas utilisée en dépense de consommation finale.

Le niveau de vie est le revenu disponible du ménage rapporté au nombre d’unités de consommation (UC). Le niveau de vie est donc le même pour toutes les personnes d’un même ménage.

Les inégalités avant redistribution sont calculées à partir du niveau de vie avant redistribution. Celui est défini ici comme l’ensemble de ses revenus avant paiement des impôts directs (mais nets de cotisations sociales) et perception des prestations sociales, par unité de consommation (UC). Il comprend ainsi les revenus d’activité (y compris indemnités de chômage), les pensions et retraites et les revenus du patrimoine.

En ordonnant une distribution de revenus ou de niveaux de vie etc., les quantiles, les déciles (notés généralement de D1 à D9) sont les valeurs qui partagent cette distribution en 10 parties d’effectifs égaux. Les centiles (notés généralement de C1 à C99) la partagent en 100 parties d’effectifs égaux. La médiane (D5 ou C50) partage la population en deux sous‑populations égales.

Le rapport interdécile est le rapport du 9e décile au 1er décile (D9/D1). Il met en évidence l’écart entre le revenu (ou le niveau de vie) plancher des 10 % des ménages les plus aisés et le revenu plafond des 10 % des ménages les plus modestes.

L’indice de Gini mesure le degré d’inégalité d’une distribution (par exemple, le revenu ou le niveau de vie) pour une population donnée. Il varie entre 0 et 1, la valeur 0 correspondant à l’égalité parfaite (tous les ménages ont le même revenu), la valeur 1 à l’inégalité extrême (un ménage a tout le revenu, les autres n’ayant rien).

Le ratio (100‑S80)/S20 ou rapport interquintile des masses met en évidence les écarts entre la masse des revenus disponibles par UC détenue par les 20 % des personnes les plus aisées et celle détenue par les 20 % des personnes les plus pauvres.

Le taux de pauvreté est le pourcentage de la population dont le niveau de vie est inférieur au seuil de pauvreté. Pour la pauvreté monétaire, ce seuil est calculé, au niveau national, comme étant égal à 60 % du niveau de vie médian de l’ensemble des personnes.

L’intensité de la pauvreté permet d’apprécier à quel point le niveau de vie de la population pauvre est éloigné du seuil de pauvreté. Elle est mesurée comme l’écart relatif entre le niveau de vie médian de la population pauvre et le seuil de pauvreté, rapporté au seuil de pauvreté. Plus cet indicateur est élevé et plus la pauvreté est dite « intense », au sens où le niveau de vie des plus pauvres est très inférieur au seuil de pauvreté.

L’unité de standard de pouvoir d’achat (SPA) permet d’exprimer dans une unité commune les pouvoirs d’achat des différentes monnaies. Elle est calculée à partir de la parité de pouvoir d’achat (PPA), rapport entre la quantité d’unités monétaires nécessaire dans des pays différents pour se procurer un même panier de biens et de services (page Parités de pouvoir d’achat).

 

 

2/ Analyse par catégorie de ménages et par fonction de consommation en 2011

 

a) le revenu disponible brut des ménages par catégorie de niveau de vie en 2011

Il est possible de décomposer le compte des ménages selon l’échelle de niveau de vie [4]. Il apparaît que la part des prélèvements obligatoires et des prestations sociales se répartissent différemment entre les différentes catégories de ménages. Les prestations sociales représentent plus de la moitié du RDB des ménages du premier quintile de la distribution des niveaux de vie (« les 20 % des ménages les plus modestes »), tandis qu’elles ne représentent qu’un peu plus d’un quart de celui des ménages du cinquième quintile (« les 20 % des ménages les plus aisés »). En revanche, la situation s’inverse dans le cas des prélèvements. Par conséquent, bien qu’une mesure qui modifie la fiscalité des revenus ait un effet sur le pouvoir d’achat plus ample sur la période récente et ce, quel que soit le ménage, cet effet varie notablement selon la catégorie de ménage. Par exemple, une hausse uniforme d’une prestation sociale profitera plus fortement au pouvoir d’achat des ménages du bas de la distribution.

Structure du revenu disponible brut des ménages par catégorie de niveau de vie en 2011 (source : Insee)

 

b) La consommation des ménages peut être décomposée en trois grands ensembles : du plus sensible au moins sensible à une variation de revenu.

  • Le premier ensemble correspond aux dépenses pré-engagées, c’est-à-dire aux dépenses réalisées dans le cadre d’un contrat difficilement renégociable à court terme. Il comprend essentiellement les dépenses de logement et frais associés (eau, électricité et autres charges courantes), mais également les services financiers et assurances (hors assurance-vie), les frais de cantine, la redevance télévisuelle, etc. (tableau 2). Au niveau macroéconomique, si ces dépenses sont arbitrables à long terme – une variation permanente du revenu peut entraîner une variation en volume des dépenses de logement – elles ne le sont pas ou relativement peu à très court terme : une variation du revenu n’aura quasiment pas d’effet sur la consommation en volume de logement à un horizon de quelques trimestres,
  • Le deuxième ensemble correspond à des dépenses qualifiées de peu compressibles, c’est-à-dire des postes de consommation difficilement arbitrables à court terme parce qu’ils répondent à des besoins essentiels. C’est le cas des dépenses alimentaires, de santé, d’éducation, de carburants ou de services de transports2, notamment pour les trajets domicile-travail. De la même façon que pour les dépenses pré-engagées, mais dans une moindre mesure, une variation du revenu n’entraînera à court terme qu’une faible évolution en volume de la consommation de ces biens et services. En revanche, à long terme, une modification du revenu des ménages pourra conduire à des changements plus substantiels.
  • Enfin, le troisième ensemble contient les dépenses qualifiées de compressibles, c’est-à-dire les postes les plus arbitrables et donc a priori les plus sensibles aux évolutions de revenu. Cet ensemble contient notamment les dépenses de biens plus ou moins durables (meubles, achat de véhicules, habillement-chaussures) et des dépenses contingentes (loisirs et culture, boissons alcoolisées et tabac, hébergement-restauration etc.).

Cette typologie s’appuie à la fois sur le concept de dépenses pré-engagées, élaboré et utilisé par l’Insee depuis 2007, et sur une expertise a priori de la flexibilité ou au contraire de l’inertie de certaines consommations. Comme pour toute classification de ce type, les choix retenus ne sont sans doute pas intuitifs au même degré pour tout le monde. Mais les estimations de sensibilité de ces consommations au revenu présentées dans la suite de ce dossier permettent cependant d’en évaluer la pertinence empirique des impôts directs est la plus élevée (27 %) chez les ménages les plus aisés, qui contribuent pour près des deux tiers à l’impôt total. Les prestations reçues par ces ménages représentent quant à elles 28 % du RDB, ce qui reste assez proche des 35 % moyens : en montant, du fait en particulier des prestations retraites, les prestations reçues par les ménages les plus aisés sont deux fois plus élevées que celles des ménages les plus modestes. Pour les 20 % les plus modestes, les transferts nets représentent plus de la moitié du RDB, alors que, pour les autres ménages, ce sont les revenus d’activité qui représentent la plus grande partie du RDB.

Choix de classification des dépenses de consommation finale des ménages.

Depuis 1960, la structure de la consommation a évolué. Alors que les dépenses pré-engagées ne représentaient que 15 % de la dépense de consommation finale des ménages, elles atteignent, en 2016, un peu plus de 34 % (graphique suivant). Cette augmentation est principalement due au poids croissant des dépenses liées au logement qui est expliqué à la fois par la hausse des loyers (effet-prix) et par la hausse de la qualité et de la quantité des logements (effet-volume) (voir page Consommation des ménages). De façon complémentaire, les parts des dépenses compressibles et peu compressibles ont diminué et représentent respectivement 42 % et 24 % de la dépense de consommation finale en 2016, contre 52 % et 33 % en 1960. Néanmoins, depuis le milieu des années 1980, le poids des dépenses peu compressibles est resté stable, après une période de baisse du poids de l’alimentation liée à la saturation des besoins de la majeure partie de la population. Enfin, la baisse tendancielle des poids des meubles, des boissons alcoolisées et tabac et de l’habillement-chaussures explique la diminution du poids des dépenses compressibles. Au total, la structure de la consommation des ménages s’est déformée vers des postes de dépenses relativement moins arbitrables et donc moins sensibles aux variations de revenu qu’auparavant.

 

Structure de la dépense de consommation finale des ménages par type de dépenses depuis 1960 en %

À court terme, une part des variations de la consommation des ménages peut être expliquée par le niveau de contrainte de la dépense, une autre par des chocs exogènes.

À très court terme, les fortes variations de la consommation sont dues aux dépenses les plus sensibles au revenu : c’est-à-dire les dépenses compressibles. Suivent, dans une moindre mesure, les dépenses dites peu compressibles. Enfin, les dépenses pré-engagées, hors dépenses énergétiques du logement, présentent par construction la plus grande stabilité infra-annuelle. Plus précisément, les dépenses compressibles contribuent pour 65 % à la variabilité des dépenses totales de consommation tandis que les dépenses pré-engagées hors énergie y participent à hauteur de 2,3 % seulement. Toutefois, cette part s’élève à 17 % lorsque les dépenses d’énergie liées au logement sont inclues. Enfin, les dépenses peu compressibles, quant à elle, contribuent à hauteur de 15 % à cette variabilité.

À côté de ces variations expliquées par la sensibilité des différents types de dépense aux chocs de revenu, certaines fluctuations peuvent découler de chocs exogènes, indépendants des évolutions du revenu ou des prix. C’est notamment le cas des dépenses énergétiques du logement, dont les variations à très court terme sont directement liées aux écarts de températures par rapport aux normales saisonnières. Par exemple, un hiver plus doux qu’habituellement se traduira par un moindre besoin de chauffage et donc une baisse de la consommation d’énergie. Parmi les biens durables, l’achat de véhicule peut être anticipé ou reporté en lien avec des mesures d’incitation à l’acquisition ou à la vente d’une automobile. Par exemple, après la chute de la consommation de voitures neuves en 1993, l’introduction des mesures de « primes à la casse » des véhicules anciens en 1994 et en 1996, a temporairement relancé la consommation de matériels de transport. De même, la baisse de la consommation de 1,3 % au deuxième trimestre 2011 provenait, en grande partie, des matériels de transports qui y ont contribué à hauteur de –0,8 point de pourcentage, en lien avec la suppression de la « prime à la casse » cette année-là. Au dernier trimestre 2018 enfin, certains ménages ont pu retarder leur acquisition de véhicule neuf pour pouvoir bénéficier début 2019 d’une « prime à la casse » revalorisée à cette date.

 

 

c) Le taux d’épargne diffère grandement selon l’échelle des niveaux de vie

Les données par catégories de ménages indiquent que les ménages les plus modestes ont un taux d’épargne négatif en 2011 (–13,4 % pour les ménages du premier quintile) c’est-à-dire qu’ils consomment plus que leur revenu. Ceci traduit le fait que leur consommation est sans doute partiellement financée par des transferts intertemporels tels que le crédit ou les transferts intra-familiaux. À l’inverse, les ménages les plus aisés ont épargné près de 40 % de leur revenu (graphique suivant). Ce taux d’épargne négatif indique notamment la difficulté pour les ménages plus modestes à lisser leur consommation à très court terme, c’est à-dire à conserver une consommation stable malgré les à-coups du revenu, en épargnant ou en dés-épargnant. Difficulté d’autant plus grande que la part de leur revenu arbitrable, c’est-à-dire le revenu restant une fois les dépenses pré-engagées effectuées, dans le revenu total est plus faible que pour les ménages plus aisés.

Taux d’épargne par catégorie de ménages en 2011 en %

En effet, en distinguant à nouveau par catégorie de niveau de vie des ménages, il apparaît que les dépenses pré-engagées ont un poids plus important dans la consommation des ménages les plus modestes, essentiellement du fait des dépenses de logement (graphique suivant). Au niveau agrégé, la capacité d’arbitrage des ménages entre consommation et épargne est donc en partie affaiblie lorsque le panier moyen est essentiellement composé de dépenses pré-engagées ou peu compressibles. À l’inverse, pour les dépenses compressibles, voire peu compressibles, un surcroît de revenu peut être plus fortement consommé que pour les catégories de ménages plus aisés En 2011, la part de la consommation consacrée aux dépenses pré-engagées est plus élevée de trois points pour les ménages dont le niveau de vie est inférieur au 1er quintile (les 20 % les plus modestes) par rapport aux ménages dont le niveau est supérieur au 5ème quintile (les 20 % les plus aisés). Cet écart s’élève à 9 points si on retire les loyers imputés des dépenses pré-engagées et s’accroît en distinguant plus finement les niveaux de vie. De la même façon, le poids des dépenses peu compressibles est plus élevé chez les ménages les plus modestes (31 % contre 25 % pour les plus aisés), en grande partie du fait des dépenses alimentaires. Enfin, le poids de la consommation dite compressible est plus élevé chez les ménages les plus aisés : ces ménages dépensent davantage pour les loisirs, la culture et l’hébergement-restauration.

Décomposition des dépenses de consommation par type de dépense et par niveau de vie en 2011 en %

 

 

3/ Analyse par catégorie de ménages et par fonction de consommation en 2017-2018

En 2017, le revenu disponible brut (RDB) des ménages s’élève en moyenne à 45 876 euros et leur dépense de consommation à 38 570 euros. Ainsi, leur taux d’épargne est de 15,9 % [5].

Les disparités sont importantes entre les diverses catégories de ménages. Le RDB moyen par unité de consommation des 20 % de ménages les plus modestes est 4,3 fois inférieur à celui des 20 % les plus aisés. Ce rapport était de 4,8 en 2011.

En tenant compte des transferts sociaux en nature dont bénéficient les ménages, les inégalités se réduisent, avec un rapport de 1 à 3 entre le premier et le dernier cinquième de la distribution.

Les taux d’épargne progressent avec le revenu. Les ménages les plus modestes consacrent une part plus importante de leurs dépenses à des consommations « contraintes ».

 

a)  Plus de revenus du patrimoine pour les ménages les plus aisés, plus de transferts pour les plus modestes

En 2017, le revenu disponible moyen par unité de consommation (UC) est de 29 954 euros, soit environ 2 500 euros par mois (tableau suivant). Cette moyenne cache d’importantes disparités entre les ménages des différents quintiles de niveau de vie, classiquement défini comme le revenu disponible brut par unité de consommation (RDB/UC). Le revenu moyen par UC du premier quintile (les 20 % les plus modestes) est de 1 100 euros par mois, contre 4 700 euros pour celui du dernier quintile (les 20 % les plus aisés).

 

Décomposition du revenu disponible brut des ménages selon les quintiles de RDB/UC en 2017

En ne tenant compte que des revenus nets d’activité et des revenus du patrimoine, l’écart entre le premier et le dernier quintile serait de 1 à 10. La prise en compte des transferts nets le réduit à 4,3.

La structure du revenu disponible brut varie fortement entre les différents quintiles. Pour les ménages les plus aisés, les revenus d’activité indépendante et les revenus financiers pèsent beaucoup plus : respectivement 14 % et 11 % du RDB de ces ménages, contre au plus 2 % et 3 % pour les autres ménages (tableau suivant).

Pour les plus aisés, la part des transferts nets est aussi bien plus faible (4 %) que chez les autres ménages (où, selon le quintile, elle est comprise entre 16 % et 57 %) : en effet, celle des impôts directs est la plus élevée (27 %) chez les ménages les plus aisés, qui contribuent pour près des deux tiers à l’impôt total. Les prestations reçues par ces ménages représentent quant à elles 28 % du RDB, ce qui reste assez proche des 35 % moyens : en montant, du fait en particulier des prestations retraites, les prestations reçues par les ménages les plus aisés sont deux fois plus élevées que celles des ménages les plus modestes. Pour les 20 % les plus modestes, les transferts nets représentent plus de la moitié du RDB, alors que, pour les autres ménages, ce sont les revenus d’activité qui représentent la plus grande partie du RDB.

En comparant la structure des revenus en 2017 et 2011, on note l’importance croissante des transferts nets reçus chez les ménages les plus modestes (57% en 2017 contre 45% en 2011) du fait des prestations (63% en 2017 contre 53% en 2011).

Structure du revenu disponible brut des ménages selon les quintiles de RDB/UC en 2017

 

b) Entre 2011 et 2017, la baisse des revenus financiers réduit les écarts de revenu

Les écarts de revenu disponible entre les quatre premiers quintiles sont assez stables sur la période. En revanche, le cinquième quintile se rapproche du RDB moyen (de 2,0 fois en 2011 à 1,9 fois en 2017).En effet, sur cette période, le RDB des 20 % les plus aisés baisse de 6,7 % en euros constants (graphique suivant), principalement en raison de la chute de leurs revenus financiers (– 30,6 %). Cela est non seulement dû à la crise, mais aussi au changement tempo-raire de fiscalité avec la fin du prélèvement libératoire pour les intérêts et les dividendes, soumis de 2013 à 2017 au barème progressif de l’impôt sur le revenu. Les revenus des ménages des quatre premiers déciles progressent en euros constants. La croissance du RDB du premier quintile s’explique par une hausse des transferts nets supérieure à la baisse des salaires nets ; en effet, le profil des ménages du premier quintile change : en 2017, il y a davantage d’allocations chômage et moins de salaires qu’en 2011. La croissance du RDB des quintiles intermédiaires s’explique presque intégralement par la hausse des salaires nets.

 

Contributions à l’évolution du revenu disponible brut en euros constants entre 2011 et 2017 selon les quintiles de RDB/UC

 

c) Consommation et épargne varient en fonction du niveau de vie

La structure de la consommation des ménages varie selon le quintile de RDB/UC auquel ils appartiennent. En 2017, le poids de l’alimentation dans la dépense des plus modestes est ainsi supérieur de 4,6 points à celui des plus aisés ; en proportion de leur consommation totale, les premiers dépensent aussi deux fois plus en communications que les derniers, et deux fois plus en alcools et tabac. En revanche, la part budgétaire de l’ameublement et de l’entretien de la maison est moins importante, reflétant la plus faible proportion de propriétaires dans ce premier quintile. Ils dépensent aussi moins en hôtels et restaurants.Le plus souvent, la structure du panier de consommation reste néanmoins assez proche pour tous les quintiles. Elle est nettement moins contrastée que la structure du revenu.

Les niveaux de consommation sont eux aussi moins dispersés que les revenus, même si les écarts restent marqués : entre les ménages du premier quintile de RDB/UC et ceux du dernier, la dépense de consommation par UC varie de 1 à 3,1 (contre 1 à 4,3 pour le RDB). Autrement dit, l’épargne d’un ménage est, en proportion de son revenu, d’autant plus importante qu’il est aisé : en 2017, le taux d’épargne passe de 2,7 % du RDB pour les ménages du premier quintile à 28,4 % chez ceux du dernier quintile. Le taux d’épargne des 20 % de ménages les plus aisés perd 5 points, dont 3 points entre 2012 et 2013. En effet, le RDB du dernier quintile connaît une baisse marquée dans cette période : les profits distribués par les entreprises se réduisent, en raison d’une fiscalité sur les revenus financiers plus importante après 2012. Cette tendance devrait s’inverser à compter de 2018, avec le retour à une fiscalité plus favorable. On verra plus loin que les ménages français modestes épargnent un peu ce qui n’est pas le cas dans la plupart des pays de l’UE.

 

d) Des dépenses plus fortement contraintes pour les ménages les plus modestes

Comme en 2011, le poids des dépenses pré-engagées(essentiellement liées au logement) est assez homogène selon le RDB/UC. En revanche, hors loyers imputés (considérés comme une dépense en comptabilité nationale, mais non ressentis comme telle par les ménages puisqu’il ne s’agit pas d’une dépense effective), il décline nettement quand le niveau de vie progresse. Il en est de même pour les dépenses peu compressibles, si bien que, pour les ménages les plus modestes, les choix de consommation sont plus contraints et la part des dépenses compressibles est réduite : en 2017, rapportées à l’ensemble des dépenses hors loyers imputés, elles représentent 35 % de leur consommation, contre 50 % pour les plus aisés. Les ménages les plus jeunes ont un revenu plus faible que la moyenne, mais une part des dépenses compressibles plus élevée que la moyenne (47 % contre 43 % en 2017), si bien que leurs choix de consommation sont moins contraints. En revanche, pour les ménages retraités agriculteurs, ouvriers et employés, la part des dépenses compressibles est très faible (entre 30 % et 34 %), en raison notamment du poids important de leurs dépenses aliment.

 

e) Prendre en compte le revenu disponible brut ajusté pour mesurer les inégalités

Le revenu disponible brut ajusté (RDBA) des ménages ajoute les transferts sociaux en nature au revenu disponible des ménages. Ces transferts représentent environ 20 % du RDBA. Avec les transferts en espèces, ils représentent en moyenne 35 % du RDBA, 70 % pour les ménages du premier quintile et moins de 20 % pour le dernier quintile.Le RDBA est un indicateur plus pertinent du « niveau de vie » des ménages que le RDB puisqu’il prend en compte des transferts sociaux correspondant à la valeur de biens et services consommés par les ménages mais pris en charge par la collectivité. La prise en compte des transferts sociaux en nature réduit significativement les inégalités entre ménages : le RDBA des ménages les plus aisés (dernier quintile) est 3,0 fois plus élevé que celui des plus modestes (premier quintile), alors que leur RDB est 4,4 fois plus élevé.

En outre, les transferts sociaux en nature ont amorti les effets de la crise de 2008 sur le niveau de vie des ménages, notamment entre 2011 et 2013, période au cours de laquelle le RDB a chuté lourdement. Alors que le RDB moyen des ménages a baissé de 1,3 % (en euros constants) entre 2011 et 2017, le RDBA est resté quasi stable (– 0,1 %). Les évolutions sont néanmoins contrastées entre catégories de ménages.

 

 

4/la redistribution est deux fois plus ample en intégrant les services publics

Une autre  étude de l’Insee prend d’ailleurs  en compte l’ensemble des transferts, directs comme c’est le cas usuellement, mais aussi les prélèvements indirects ainsi qu’une valorisation monétaire des services publics [6]. le revenu national joue ce rôle central du revenu national dans les comptes nationaux distribués. Égal à la somme de tous les revenus primaires des secteurs institutionnels de la comptabilité nationale attribuables aux ménages résidant en France, il définit ainsi le revenu primaire élargi, prenant la forme d’un revenu national avant transferts. Il inclut notamment les cotisations versées par les employeurs et les bénéfices réalisés par les entreprises, qu’ils soient ou non distribués aux actionnaires sous forme de dividendes.

Le revenu national net (RNN) avant transferts est défini comme la somme des revenus primaires élargis, qu’ils relèvent du secteur des ménages ou de celui des entreprises ou des administrations publiques. Il intègre les revenus salariaux, les revenus d’activité (dits mixtes) des indépendants et les revenus du patrimoine (soit trois quarts du RNN), comme c’est le cas dans les analyses usuelles de la redistribution monétaire. Cette optique élargie ajoute trois autres types de revenus (représentant un quart du RNN) : les loyers imputés aux propriétaires, les profits des entreprises non versés comptablement aux ménages et le revenu primaire des administrations publiques, notamment les taxes sur les produits et impôts sur la production.

L’attribution aux ménages de l’ensemble des transferts des APU et ISBLSM  définit alors une redistribution du revenu national après transferts, sous la forme d’un niveau de vie élargi. L’effet redistributif est ensuite calculé par différence entre le revenu national avant transferts et le revenu national après transferts. Cet exercice permet de mesurer comment la distribution du revenu primaire élargi est modifiée en prenant en compte l’action publique. Pour ce faire, l’ensemble des revenus et des transferts est distribué aux ménages en combinant des données microéconomiques et de comptabilité nationale.

 

a) Le revenu avant transferts des 10 % les plus aisés est treize fois plus élevé que celui des 10 % les plus modestes

En 2018, en adoptant cette approche du revenu primaire élargi, le revenu national moyen avant transferts s’élève à 42 800 euros par unité de consommation (UC), dont 27 100 euros de revenus salariaux, 9 300 euros de revenus mixtes et du patrimoine et une part restante due à la définition des revenus primaires élargis. Ce revenu se répartit très inégalement dans la population : les 10 % les plus aisés en niveau de vie reçoivent 133 100 euros par UC en moyenne (191 000 pour les 5 % les plus aisés) contre 10 500 pour les 10 % les plus modestes. Au total, les 10 % les plus aisés reçoivent 31,5 % du revenu national tandis que les 30 % les plus modestes en reçoivent 11,0 %. Les 10 % les plus modestes1 reçoivent 2,4 % du revenu national, soit treize fois moins par UC que les 10 % les plus aisés, valeur proche du rapport de 1 à 16 mesuré à partir du revenu avant redistribution usuel.

 

b) Les prestations sociales en espèces sont très ciblées sur les plus modestes, contrairement aux retraites

Les prestations sociales correspondent aux transferts en espèces et individualisables. Parmi elles, les retraites forment la part la plus importante, même si, celles‑ci étant moins ciblées, l’effet net sur la redistribution est mécaniquement plus limité. Elles représentent en moyenne 18 600 euros par an par bénéficiaire2 , et 7 200 euros par UC en moyenne sur l’ensemble des individus, retraités ou non. Les autres revenus de remplacement (chômage, pensions d’invalidité, indemnités journalières et rentes d’accidents du travail et de maladies professionnelles) s’élèvent à 1 900 euros par UC et les autres transferts sociaux en espèces, allocations familiales et minima sociaux, à 1 200 euros par UC en moyenne.

Les retraites sont concentrées dans le haut de la distribution, mais légèrement moins que les salaires : les 10 % les plus aisés en reçoivent 18 %, contre 26 % pour les salaires bruts. Pour les 10 % des individus les plus aisés, les retraites constituent ainsi le principal transfert brut reçu (environ 33 700 euros par bénéficiaire, soit 14 000 euros par UC sur l’ensemble des individus, retraités ou non). Les autres revenus de remplacement se distribuent quasi uniformément dans la population en raison de deux mécanismes qui se compensent : les allocations chômage sont légèrement redistributives (34 % reçus par les 30 % les plus modestes), alors que les indemnités journalières suivent le profil des revenus salariaux avec 27 % des masses versées aux 10 % les plus aisés.

Enfin, de façon similaire aux résultats usuels sur la redistribution, les prestations sociales monétaires visant à lutter contre la pauvreté et à aider les familles sont très concentrées sur les ménages pauvres et modestes. Représentant un total de 54 milliards d’euros en 2018, le montant reçu par les ménages décroît fortement en fonction du revenu : les 10 % les plus modestes reçoivent 27 % des transferts, soit un montant moyen de 3 300 euros par UC (contre 1 200 euros par UC sur l’ensemble de la population, bénéficiaires ou non).

L’ensemble des prestations sociales monétaires est ajouté au revenu national avant transferts et les prélèvements sont retranchés pour obtenir le revenu disponible, égal à 29 700 euros en moyenne par UC. Ce concept de revenu disponible diffère de la notion de niveau de vie usuellement mesuré dans les données microéconomiques.. Il est nettement moins concentré que le revenu primaire élargi au sens où les 10 % les plus aisés disposent d’un niveau de vie au sens usuel (revenu disponible par UC), 7 fois plus élevé que celui des 10 % les plus modestes (contre un rapport de 13 pour le revenu primaire élargi).

 

c) En raison de leur ampleur, les services publics de santé et d’éducation jouent un rôle déterminant dans la réduction des inégalités

Les ménages accèdent à des services publics gratuits ou délivrés à un coût plus faible que celui du marché, comme l’éducation, la santé ou l’action sociale, et bénéficient de transferts affectés à une dépense monétaire particulière, comme les allocations logement3 , les chèques énergie ou l’aide à une complémentaire santé. Ces prestations, qualifiées de transferts « en nature » par la comptabilité nationale, représentent en moyenne 8 800 euros par an et par UC  figure 2. Il s’agit de l’un des principaux vecteurs de la redistribution élargie (408 milliards d’euros en 2018, soit 21 % du revenu national net).

Pour les 10 % les plus pauvres, ces transferts « en nature » (12 600 euros par UC en moyenne, 14 % du total de ces transferts) représentent 1,7 fois les transferts monétaires et contribuent à hauteur de 44 % à leur niveau de vie après transferts, contre 7 % pour les 10 % des individus les plus aisés. Pour ces derniers, ils s’élèvent à 6 300 euros par UC, dont 3 200 euros pour la santé et 1 900 euros pour l’éducation.

Hors prise en compte des retraites, les transferts versés aux ménages diminuent donc selon le niveau de vie, du fait du profil décroissant des prestations monétaires mais aussi, et surtout, de celles en nature figure 3. Si certains de ces transferts en nature ont vocation à permettre à chacun d’accéder à la santé ou à l’éducation par exemple, elles ont également pour effet de réduire les inégalités primaires de revenus. En prenant en compte les retraites, le profil des transferts versés est uniforme sur la majeure partie de la distribution et augmente en haut.

Parmi ces transferts en nature, la santé est le principal poste avec 4 000 euros en moyenne par UC par an. Les dépenses remboursées décroissent légèrement en fonction du niveau de vie, en raison des remboursements hospitaliers pour séjours de longue durée de type psychiatrique, hospitalisation à domicile et de soins de suite et de réadaptation, plus concentrés sur les ménages modestes. En effet, ces derniers rencontrent plus de problèmes de santé et bénéficient donc davantage du système public de soins . Le système de santé génère ainsi une redistribution importante par rapport à la situation contrefactuelle où chacun prendrait directement en charge sa propre santé, et en l’absence de cotisations proportionnelles aux revenus.

L’éducation représente, quant à elle, un transfert « en nature » estimé à 2 300 euros par UC par an en moyenne sur l’ensemble de la population, avec ou sans enfant. Les ménages avec enfants scolarisés ou étudiants reçoivent en moyenne 6 900 euros. Le transfert lié à l’éducation est le plus élevé pour les 10 % les plus modestes (qui reçoivent 15 % du transfert total), il se réduit jusqu’au 9e dixième, avant de légèrement augmenter en haut de la distribution.

 

Transferts moyens reçus par les ménages selon leur niveau de vie usuel

 

d) Les services publics collectifs jouent également un rôle important dans la redistribution

Pour étudier la redistribution élargie, il est nécessaire de prendre également en compte les services publics dits non individualisables, ou dépenses de consommation collective. Celles‑ci regroupent les dépenses publiques dans les domaines tels que la défense, la police et la gendarmerie, la protection civile, la justice, la diffusion de la recherche, les services de l’équipement, ou le fonctionnement de l’État et des collectivités locales.

Attribuer à chaque ménage une valeur de ces services publics suppose de faire des hypothèses. Elles sont déterminantes tant le champ considéré est large, avec un total de 191 milliards d’euros en 2018, soit 4 100 euros par UC. L’option la plus fréquente consiste à considérer ces dépenses proportionnelles au revenu, ce qui revient à supposer que l’effet sur la redistribution est neutre et que le bénéfice de ces services est aussi inégalement réparti que le revenu avant transferts. L’autre option attribue un montant forfaitaire à l’ensemble de la population, en s’appuyant sur l’universalité d’accès aux services publics.

Ici, la distribution est faite à partir de données microéconomiques pour tenir compte d’éventuelles inégalités géographiques d’accès aux services publics du fait de leur répartition sur le territoire . Cette méthode attribue un montant de dépenses collectives à proximité du lieu de résidence de chaque ménage. Elle est adaptée aux services publics dont la mission est locale, comme ceux rendus par les collectivités locales ou par les missions de sécurité et de protection civile ou l’équipement, qui représentent environ 70 % des services publics collectifs. La dépense publique liée à des activités nationales non localisables, comme la défense, les administrations générales d’État et les activités de diffusion de la recherche, est distribuée forfaitairement car elle est supposée bénéficier à tous sur l’ensemble du territoire national.

 

 

5/ Analyse des revenus en France sur longue période jusqu’en 2019.

Une étude de l’Insee analyse l’évolution des revenus sur longue période [7]. En 2018, en France métropolitaine, la moitié de la population a un niveau de vie inférieur à 1 771 euros par mois, un niveau légèrement plus élevé que celui de 2008 en euros constants. Le niveau de vie plafond des 10 % les plus modestes reste lui inférieur à celui de 2008, du fait de la baisse du revenu avant  redistribution ; cette baisse est elle‑même liée à la hausse du nombre de chômeurs chez les plus modestes. À l’inverse, les revenus avant redistribution des plus aisés ont augmenté. Finalement, les inégalités avant redistribution ont fortement augmenté depuis 10 ans. Le système socio-fiscal a amorti cette hausse : en 2018, après redistribution, les inégalités sont légèrement supérieures à leur niveau de 2008.

 

a) La médiane des niveaux de vie est légèrement plus élevée en 2018 qu’en 2008, mais pas le premier décile.

En 2018, le niveau de vie médian s’accroît de 0,3 % en euros constants par rapport à 2017 (graphique suivant). C’est la cinquième année de hausse consécutive, après une baisse de 0,4 % en moyenne annuelle entre 2009 et 2013. Cette légère augmentation traduit l’amélioration de l’activité économique de ces années, mais elle reste plus faible que la croissance du PIB par unité de consommation (UC) depuis 2016. Alors qu’il augmentait régulièrement depuis 1970, le niveau de vie médian a tendance à stagner depuis la crise économique de 200]. En 2018, le niveau de vie médian n’est supérieur que de 1 % à son niveau de 2008. Cette quasi stagnation contraste avec la période plus dynamique du milieu des années 2000, pendant laquelle le niveau de vie médian évoluait plus rapidement que le PIB (+ 1,7 % par an en moyenne entre 2004 et 2008). Globalement, depuis 1996, le niveau de vie évolue d’une façon relativement proche du PIB, mais avec des évolutions moins heurtées, en suivant les fluctuations conjoncturelles avec un peu de retard.

Cependant, l’évolution des niveaux de vie n’est pas la même pour toute la population et l’évolution de la médiane peut masquer des évolutions plus contrastées le long de l’échelle des niveaux de vie. Le premier décile de niveau de vie (c’est‑à‑dire le niveau de vie plafond des 10 % les plus modestes, de 930 euros en 2018) est en 2018 inférieur de 2,9 % à son niveau de 2008, alors que la médiane et le 9e décile ont eux augmenté. En effet, le premier décile a subi une plus forte baisse à la suite de la crise (– 4,4 % entre 2008 et 2012, contre – 1,0 % pour la médiane). Il a ensuite crû un peu plus fortement entre 2012 et 2017, avant de baisser de 1,6 % en 2018. La baisse de 2018 est toutefois liée pour plus d’un tiers à la mesure de la réduction du loyer de solidarité. Avant la crise de 2008, le premier décile augmentait au moins aussi vite que le niveau de vie médian (+2,6 % par an en moyenne entre 1996 et 2002 contre + 1,8 %, et au même rythme entre 2002 et 2008). À l’autre extrémité de la distribution, l’évolution du 9e décile (c’est à dire le seuil minimal des 10 % les plus aisés, de 3 260 euros mensuels en 2018) a été globalement proche de celle du niveau de vie médian entre 1996 et 2018 (à  part un épisode plus heurté entre 2011 et 2013,

 

Évolution des déciles de niveau de vie de 1996 à 2018

 

b) Les inégalités ont légèrement augmenté entre 2008 et 2018 mais baissé en 2019

En 2018, le rapport interdécile D9/D1, rapport entre le niveau de vie plancher des 10 % les plus aisés (le neuvième décile) et le niveau de vie plafond des 10 % les plus modestes (premier décile), est de 3,49 (tableau suivant). Tout en haut de la distribution, les inégalités sont encore plus fortes2. Ainsi, parmi les 10 % les plus aisés, le niveau de vie plancher des 1 % les plus aisés (7 180 euros mensuels en 2018) est lui‑même 2,2 fois plus élevé que celui du 9e décile, et celui du plancher des 0,1 % les plus aisés (17 540 euros mensuels en 2018) est 5,3 fois plus élevé. Le seuil de revenu délimitant  les 0,01 % les plus aisés est quant à lui de 54 500 euros mensuels, plus de 15 fois supérieur au 9e décile.

La mesure de la part des niveaux de vie détenue par certaines parties de la population permet de mesurer plus finement la concentration des revenus en haut et en bas de la distribution. Les 20 % les plus modestes détiennent ainsi 8,7 % des niveaux de vie en 2018, les 20 % les plus aisés détenant 38,0 %, et les 10 % les plus aisés 24,8 %. Le rapport interquintile des masses (ratio  100S80)/S20), mesurant le rapport entre la masse des niveaux de vie des 20 % les plus aisés et celle des 20 % les plus modestes, est donc de 4,45 en 2018. Enfin, l’indice de Gini, qui prend en compte l’ensemble de la distribution des revenus, est de 0,298 en 2018.

Complémentaires pour donner une vision exhaustive des inégalités], tous ces indicateurs indiquent que le niveau des inégalités en 2018 est légèrement supérieur à celui de 2008. Cette hausse depuis 2008 prolonge celle qui avait commencé auparavant (en 2004 selon le rapport interdécile, voire en 1997‑1998 selon le rapport interquintile des masses, l’indice de Gini ou la part détenue par les 10 % les plus aisés)3. La hausse des inégalités entamée depuis cette période s’interrompt en 2011, avec une forte baisse enregistrée entre 2011 et 2013, liée à la diminution du niveau de vie des plus aisés (la part de niveau de vie détenue par les 10 % les plus aisés baisse de 25,3 % à 23,8 %). Entre 2013 et 2017, les inégalités se stabilisent et sont proches du niveau de 2008, avant d’augmenter de nouveau en 2018.

La hausse de 2018 s’explique par celle du niveau de vie des plus aisés, liée à la forte progression des dividendes reçus, et, dans une moindre mesure, par la baisse des allocations logement. La baisse en 2013 et la hausse en 2018 des revenus dans le haut de la distribution sont liées à des mesures sur la fiscalité des dividendes. Ainsi, ces variations seraient fortement atténuées en adoptant une définition plus large des revenus prenant en compte les profits non distribués des entreprises (voir ci-dessus).

Selon des estimations provisoires, les inégalités auraient diminué en 2019 (– 0,003 pour l’indice de Gini et – 0,1 point pour le rapport interquintile des masses), notamment sous l’effet de l’augmentation de la prime d’activité.

Indicateurs sur le niveau de vie de 1996 à 2018

 

 

c) La hausse des inégalités avant redistribution est liée à la baisse des revenus avant redistribution des plus modestes

Depuis 2008, les inégalités avant redistribution, c’est‑à‑dire avant ajout des prestations monétaires et prélèvement des impôts directs, se sont accentuées : l’indice de Gini augmente de 0,021, le rapport interquintile des masses de 1,5 et le rapport interdécile de 1,0. Cette hausse est en grande partie liée à la baisse des revenus avant redistribution des plus modestes. En effet, le 1er décile du niveau de vie avant redistribution a diminué de 11 % entre 2008 et 2018 et le 2e décile de 3 %, tandis que les autres déciles augmentent.

La baisse de la masse des niveaux de vie avant redistribution des 20 % les plus modestes est de 7,9 % entre 2008 et 2018, soit légèrement inférieure à celle du premier décile de niveau de vie. Cette baisse de 7,9 % est principalement liée à la dégradation de la conjoncture du marché du travail qui a entrainé une hausse du nombre de personnes recevant des allocations chômage parmi les 20 % les plus modestes (+ 44 % entre 2008 et 2018). Ces derniers ont remplacé une partie des retraités et des salariés dans le bas de la distribution : le nombre de personnes recevant des pensions de retraite parmi les 20 % les plus modestes a baissé de 6 % en dix ans, et le nombre de salariés a diminué jusqu’en 2016 (– 5 % entre 2008 et 2016) avant de réaugmenter seulement en 2017 et 2018. La proportion des inactifs hors retraités (étudiants vivant avec leurs parents, ou hommes ou femmes au foyer) dans le bas de la distribution a également augmenté sur la période, comme en témoigne la hausse de leur taux de pauvreté. Ce changement de profil dans le bas de la distribution tire à la baisse les revenus agrégés, car les chômeurs (et a fortiori les inactifs hors retraités) ont en moyenne des revenus plus faibles que les salariés et les retraités. Ainsi, pour les 20 % les plus modestes, les revenus du chômage contribuent pour + 3,7 points à l’évolution de leur revenu avant redistribution, mais ne compensent pas la baisse des salaires et des retraites, qui contribuent respectivement à – 6,6 points et – 2,6 points. Cette baisse des salaires est aussi liée au développement du temps partiel. Le nombre d’indépendants parmi les 20 % les plus modestes a aussi fortement augmenté, mais la baisse de leur rémunération moyenne conduit à une contribution de – 0,3 point à la baisse du revenu avant redistribution. Enfin, les montants moyens de revenus du patrimoine ont fortement baissé pour cette partie de la population, conduisant à une contribution négative de – 2,0 points des revenus du patrimoine.

 

 

d) La hausse des inégalités avant redistribution est également liée au dynamisme des hauts revenus

Avant redistribution, le 9e décile de niveau de vie est celui qui a le plus augmenté entre 2008 et 2018 (+ 5,4 %). La part des niveaux de vie avant redistribution détenue par les 10 % les plus aisés est passée de 27,9 % à 28,8 % entre 2008 et 2018. La hausse est exclusivement portée par les 1 % les plus aisés depuis 2013 : la part des revenus déclarés détenus par ceux‑ci était de 6,4 % en 2013 et atteint 7,4 % en 2018, tandis que celle des 0,1 % les plus aisés passe de 1,6 % à 2,3 %.

Cette hausse des très hauts revenus déclarés est notamment liée au dynamisme des revenus du patrimoine, en particulier des valeurs mobilières. En effet, les revenus avant redistribution des très hauts revenus sont constitués d’une part importante de revenus du patrimoine ou de revenus exceptionnels : environ 35 % pour les 1 % les plus aisés et plus de 50 % pour les 0,01 % La hausse est aussi liée à celle des revenus d’activité des salariés et des indépendants (ces derniers étant, comme les revenus du patrimoine,  particulièrement concentrés parmi les plus aisés). Dans le secteur privé, la part de la masse salariale détenue par les 1 % des salariés les mieux rémunérés a augmenté de 0,2 point entre 2008 et 2017 et de 1,0 point depuis 1998.

 Cette hausse des très hauts revenus s’inscrit dans une tendance internationale depuis les années 1980‑1990 (voir ci-dessous) même si la hausse en Europe et plus particulièrement en France est plus faible et plus tardive que dans les pays anglo‑saxons. Plusieurs pistes d’explication sont avancées, notamment le commerce international et le progrès technique biaisé vers les plus qualifiés, l’innovation , l’effet des baisses de la fiscalité sur les très hauts revenus sur les revenus primaires des cadres dirigeants  ou encore la hausse des rémunérations dans le secteur financier

 

e) Le système socio‑fiscal a limité la hausse des inégalités depuis 2013

Une année donnée, le système socio‑fiscal diminue les inégalités via une redistribution verticale des revenus. En 2018, il diminue l’indice de Gini de 0,085. Le rapport interquintile des masses est divisé par 2 : le niveau de vie moyen avant redistribution des 20 % de personnes les plus aisées est 8,7 fois supérieur au niveau de vie moyen des 20 % de personnes les plus modestes ; après redistribution, ce rapport est de 4,4 (graphique suivant). La réduction des écarts est encore plus grande aux extrémités de la distribution des revenus, où le rapport entre le niveau de vie moyen des 10 % les plus riches et celui des 10 % les plus pauvres est divisé par 3,4 du fait de la redistribution (passant de 24 à 7,1). Pour tous les indicateurs, on a vu que la réduction des inégalités est encore plus forte en prenant en compte dans la redistribution les transferts en nature comme la santé et l’éducation, et les services publics

Le système socio‑fiscal atténue aussi l’évolution des inégalités dans le temps. En effet, avant redistribution, les inégalités évoluent tendanciellement plus vite qu’après redistribution lorsque la conjoncture se détériore, et diminuent moins lorsqu’elle s’améliore. Cela est vérifié quel que soit l’indicateur considéré. Globalement, depuis 2008, les inégalités ont beaucoup augmenté avant redistribution et n’ont progressé que légèrement après.

Cette réduction du niveau des inégalités et ce lissage de leur évolution sont en partie mécaniques et liés à la progressivité des impôts directs (impôt sur le revenu notamment), et au ciblage des prestations sociales sous condition de revenu. Ces dernières augmentent mécaniquement quand les revenus des plus modestes baissent ou lorsque le chômage augmente. Cependant, cet effet a été amplifié par les réformes socio‑fiscales de ces dix dernières années, qui ont soutenu les plus modestes à travers les revalorisations exceptionnelles de certaines prestations au‑dessus des revalorisations usuelles calées sur l’inflation. Entre 2008 et 2017, les réformes socio‑fiscales ont ainsi fortement bénéficié aux 10 % de ménages les plus modestes, pour lesquels plus de la moitié du revenu disponible est composé de prestations sociales. Par exemple, dans le cadre du plan pluriannuel contre la pauvreté et pour l’inclusion sociale adopté en janvier 2013, le revenu de solidarité active (RSA) a été revalorisé de 2 % par an pendant cinq ans. Le complément familial, versé aux familles nombreuses sous condition de ressources, et l’allocation de soutien familial, réservée aux parents isolés ne percevant pas de pension alimentaire, ont également été fortement revalorisés pendant quatre ans. La création de la prime d’activité en 2016 en remplacement du RSA activité et de la prime pour l’emploi a également soutenu le niveau de vie des travailleurs pauvres.

La redistribution limite ainsi la baisse du niveau de vie des plus modestes, qui n’est plus que de 3 % pour le niveau du 1er décile de niveau de vie. L’évolution du 2e décile est quant à elle inchangée avant et après redistribution, tandis que dans les autres déciles, les niveaux de vie après redistribution sont moins dynamiques qu’avant redistribution. C’est pour les plus hauts revenus que l’écart est le plus important. Pour le 9e décile, la hausse est de 5,4 % avant redistribution depuis 2008 et de 0,7 % après. La part des revenus détenus par les 10 % les plus aisés a augmenté de 0,9 points avant redistribution, alors qu’elle est restée quasi‑stable après redistribution.

Les principaux indicateurs d’inégalités de niveau de vie diminuent toutefois nettement entre 2018 et 2019, après une hausse d’ampleur équivalente l’année précédent. L’indice de Gini est de 0,289 en 2019, comme en 2017 et 0,009 point de moins qu’en 2018. Le rapport interdécile, rapport entre le niveau de vie plancher des 10 % les plus aisés et le niveau de vie plafond des 10 % les plus modestes, est de 3,42 (– 0,07 point sur un an). En 2019, les 20 % de personnes les plus aisées perçoivent 38 % de la masse totale des niveaux de vie et les 20 % les plus modestes, 9 %. Ainsi, les premiers perçoivent une part des niveaux de vie 4,36 fois plus importante que les seconds (ratio (100-S80)/S20), une proportion qui diminue en 2019 (– 0,09 point). La baisse des principaux indicateurs d’inégalités entre 2018 et 2019 est plus importante que celle qui avait été estimée à l’automne 2020 (– 0,003 point pour l’indice de Gini), en raison notamment de revenus du patrimoine moins dynamiques qu’anticipé.

 

Inégalités de niveaux de vie depuis 1996

 

 

 

f) 14,8 % de la population vit au‑dessous du seuil de pauvreté en 2018

Le seuil de pauvreté monétaire est fixé par convention à 60 % du niveau de vie médian. En 2019, 9,2 millions de personnes vivent en dessous de ce seuil, soit 80 000 personnes de moins qu’en 2018. En 2019, le taux de pauvreté monétaire s’établit à 14,6% contre 14,8 % en 2018 de la population. Une  personne est considérée comme pauvre si son niveau de vie est inférieur au seuil de pauvreté, fixé par convention à 60 % du niveau de vie médian de France métropolitaine. Le seuil de pauvreté s’établit à 1 102 euros par mois en 2019. Il correspond à un revenu disponible de 2 314 euros par mois pour un couple avec deux enfants de moins de quatorze ans. Le seuil de pauvreté augmente de 28 euros entre 2018 et 2019, du fait de la forte progression du niveau de vie médian.

 

Indicateurs de pauvreté

La diminution du taux de pauvreté en 2019 résulte principalement de la progression plus forte que la médiane du niveau de vie des ménages les plus modestes, en raison de la baisse du chômage. La revalorisation de la prime d’activité bénéficie également aux ménages les plus modestes, mais dans une moindre mesure, 77 % des ménages bénéficiaires de la prime d’activité ayant un niveau de vie supérieur au seuil de pauvreté. Cette part a de plus augmenté de 7 points sur un an, sous l’effet de l’extension de la prime d’activité.

En 2019, la réforme de la réduction du loyer de solidarité de 2018 a le même impact sur le niveau du taux de pauvreté qu’en 2018. Si l’on considérait la réduction de loyer comme un gain en revenus et non comme une baisse des dépenses, la diminution du taux de pauvreté entre 2018 et 2019 serait donc inchangée.

Le taux de pauvreté reste plus élevé en 2019 qu’en 2007 (13,6%), malgré une stabilité entre 2011 et 2017. Le niveau de 2007 était lui‑même plus élevé que celui de 2004 (12,7%). Sur un champ restreint (hors revenus financiers non fiscalisés et allocation aux adultes handicapés), pour lequel on peut avoir davantage de recul, 2004 est même le point le plus bas depuis 1970 le taux de pauvreté ayant fortement baissé entre 1970 et le milieu des années 1980, notamment du fait de la chute du taux de pauvreté des retraités et des indépendants.

Taux de pauvreté à 60 % de 1970 à 2015 selon le statut d’activité de la personne de référence

 

g) La redistribution réduit le taux de pauvreté de 7,5 points

Avant redistribution, c’est‑à‑dire avant prise en compte des prestations monétaires et des prélèvements par les impôts directs, le taux de pauvreté est de 22,3 % en 2018 (graphique suivant) : les prestations sociales non contributives et les impôts directs permettent donc une réduction de 7,5 points du taux de pauvreté. Les prestations sociales contribuent pour 90 % à la baisse : les minima sociaux contribuent pour 1,8 point, les allocations logement pour 2,0 points, les prestations familiales pour 1,9 point et la prime d’activité pour 1,0 point. La réduction de la pauvreté du fait de la redistribution est particulièrement marquée pour les familles nombreuses, les moins de 20 ans et les personnes en situation de handicap.

L’intensité de la pauvreté avant redistribution aurait été de 39,8 % en 2018, contre 19,6 % après redistribution. Les prestations monétaires et les impôts directs réduisent ainsi de plus de 20 points l’intensité de la pauvreté en 2018. L’intensité de la pauvreté avant redistribution a fortement augmenté depuis la crise de 2008, avec une hausse de 7 points entre 2007 et 2018 (une légère tendance à la hausse préexistait depuis 2002, où un point bas de 31,6 % avait été atteint). En revanche, l’intensité de la pauvreté après redistribution est restée stable. Cette hausse de l’intensité de la pauvreté avant redistribution est directement liée à la baisse du niveau de vie avant redistribution des plus modestes depuis 2008.

 

Taux de pauvreté et intensité de la pauvreté avant et après redistribution

 

h) Les chômeurs, les jeunes et les familles monoparentales sont beaucoup plus exposés à la pauvreté

En 2018, les salariés ont un taux de pauvreté de 7,2 %, plus faible que toutes les autres situations sur le marché du travail. Le rôle protecteur de l’emploi salarié face à la pauvreté s’est même  renforcé puisque le taux de pauvreté des salariés a diminué depuis 1996. Les indépendants sont beaucoup plus exposés au risque de pauvreté (17,7 %), même si ce risque a légèrement baissé depuis 1996.

37,8 % des chômeurs vivent sous le seuil de pauvreté en 2018, soit un taux plus de cinq fois plus élevé que pour les salariés. Le taux de pauvreté des chômeurs a augmenté entre le milieu des années 2000  et 2011 d’environ 5 points (le niveau de vie des chômeurs ayant notamment baissé entre 2009 et 2011, avant de diminuer. Le taux de pauvreté est encore plus élevé (50,8 %) pour les personnes vivant dans un ménage dont la personne de référence est au chômage.

Le taux de pauvreté des retraités (8,7 %) est très en dessous de la moyenne nationale et stable depuis 1996, car leurs revenus sont souvent supérieurs au seuil de pauvreté (pensions de retraites, ou minima vieillesse complétés par les allocations logement). Le taux de pauvreté des inactifs hors retraités est très élevé (32,7 % en 2018) et a fortement augmenté depuis 2004. Il fluctuait entre 21,7 % et 24,2 % entre 1996 et 2004 puis a augmenté régulièrement. Le taux de pauvreté des enfants est de 21,0 % en 2018, en légère hausse depuis le milieu des années 2000. Ce taux est supérieur au taux de pauvreté global, ce qui s’explique par le fait que les familles avec des enfants ont en moyenne un niveau de vie plus faible.

Les familles monoparentales sont la catégorie de ménages la plus exposée à la pauvreté : leur taux de pauvreté est de 35,3 % en 2018 (fiche 1.13). Ce taux est en hausse par rapport à 2017 (+ 1,7 point). Ceci s’explique en partie par le fait qu’au sein des familles monoparentales, l’adulte est nettement plus souvent sans emploi ou dans la catégorie socioprofessionnelle des employés (profils plus exposés à la pauvreté) que dans l’ensemble de la population. Parmi les enfants vivant avec un seul parent et dont celui‑ci est sans emploi, 78 % sont pauvres.

Le taux de pauvreté est également plus élevé que la moyenne pour les personnes seules de moins de 65 ans (20,2 %) et pour les couples de trois enfants ou plus (23,1 %) et ces différences ne s’expliquent pas seulement par leur statut d’activité ou leur catégorie socioprofessionnelle. À l’inverse, le taux de pauvreté est le plus faible pour les couples sans enfant (7,1 %), avec un ou deux enfants (9,3 %), et les couples dont la personne de référence a plus de 65 ans (6,2 %).

Le risque de pauvreté décroit globalement avec l’âge : le taux de pauvreté des 18‑24 ans est le plus élevé (22,7 %), tandis que celui des personnes âgées de 65 à 74 ans est le plus faible (8,5 %11). Cependant, depuis 2012, le taux de pauvreté de ces derniers s’est accru de 3,1 points.

 

i) Le nombre de personnes pauvres vivant en famille monoparentale a augmenté d’un million entre 1996 et 2015

La réduction de la pauvreté qui s’est opérée entre 1996 et 2004 est particulièrement importante chez les familles nombreuses : le taux de pauvreté parmi les couples avec trois enfants ou plus passe de 27,8 % à 20,7 %, soit 883 000 personnes pauvres en moins dans ce type de ménage. Dans des proportions moins importantes, on constate une baisse du nombre de personnes pauvres parmi les autres types de couples et une hausse parmi les familles mono‑parentales (+ 135 000) et les personnes seules (+ 272 000). Le taux de pauvreté des jeunes adultes diminue fortement, passant de 24,3 % à 17,6 % pour les 18‑24 ans et de 12,7 % à 10,9 % pour les 25‑29 ans. Les 18‑24 ans, cohabitant souvent avec leurs parents, profitent de la baisse de la pauvreté au sein des familles nombreuses, et les 25‑29 bénéficient entre autres de la baisse du chômage des jeunes à la fin des années 1990 : en 1996, le taux de chômage des 20‑29 ans est de 15,7 %, contre 10,8 % en 2001, suivi d’un rebond à 13,9 % en 2004.

La forte augmentation de la pauvreté au début de la crise économique de 2008 qui a suivi se manifeste pour toutes les configurations familiales, mais plus particulièrement chez les familles monoparentales, qui deviennent de plus en plus nombreuses et dont le taux de pau‑vreté continue d’augmenter (+ 6,4 points sur la période) en lien avec l’augmentation du taux de chômage des employés pour dépasser 30 % en 2011. En 2011, on compte 637 000 per‑sonnes pauvres en famille monoparentale de plus qu’en 2004. Du fait de la dégradation de la situation de leurs parents, le plus souvent actifs (et donc sensibles à la hausse du chômage), les plus jeunes sont particulièrement touchés par l’augmentation de la pauvreté, avec une hausse du taux de pauvreté de 6,1 points chez les 18‑24 ans (+ 283 000 pauvres) et de 3,1 points (+ 484 000 pauvres) chez les moins de 18 ans.

Au total, de 1996 à 2015, la structure de la pauvreté a été grandement affectée par les évolutions des configurations familiales survenues pendant cette période. En 2015, 2,1 millions de personnes pauvres vivent en famille monoparentale, et 1,8 million dans un ménage composé d’un couple avec trois enfants ou plus. En 1996, on comptait respectivement 980 000 per‑sonnes en moins et 725 000 personnes en plus dans ces situations. Cette évolution est due conjointement à l’aggravation de la situation des familles monoparentales, dont le taux de pauvreté a augmenté de 5,4 points sur la période, et à l’augmentation de la fréquence de cette configuration familiale. L’effet inverse est observé pour les couples avec trois enfants ou plus, qui deviennent relativement moins fréquents dans la population, et dont le taux de pauvreté a diminué de 4,0 points sur la période.

Ces différences de situations sont encore plus visibles avec un seuil de pauvreté fixé à 50 % du niveau de vie médian : en 1996, 30,5 % des personnes dont le niveau de vie était inférieur au seuil à 50 % vivaient dans une famille composée d’un couple et de trois enfants ou plus, contre 20,0 % en 2015. À l’inverse, les personnes en famille monoparentale ne représentaient que 14,3 % des personnes pauvres au seuil de 50 % en 1996, contre 24,6 % en 2015.

 

 

6/ Les inégalités de patrimoine ont augmenté entre 1998 et 2018.

Le patrimoine brut correspond au montant total des actifs détenus par un ménage, c’est‑à‑dire l’ensemble des biens lui permettant de disposer de ressources futures. Il inclut son patrimoine financier, son patrimoine immobilier et son patrimoine professionnel, mais aussi les biens durables (voiture, équipement de la maison, etc.), les bijoux, les œuvres d’art et autres objets de valeur, soit tout ce qui relève du patrimoine matériel, négociable et transmissible. Les droits à la retraite et le capital humain des membres du ménage (leurs connaissances et savoir‑faire acquis) en sont exclus. Il est évalué avant déduction des éventuels remboursements d’emprunts en cours.

Le patrimoine net correspond au montant total des actifs détenus par un ménage duquel est déduit le montant du capital qu’il doit encore au titre des emprunts qu’il a souscrits (contractés pour acquérir un bien immobilier, un bien d’équipement, ou pour tout autre motif personnel ou professionnel).

Le patrimoine brut hors reste correspond au patrimoine brut réduit à ses composantes immobilières, financières et professionnelles, hors biens durables, bijoux, œuvres d’art et autres objets de valeur

 

Début 2018, d’après l’enquête Histoire de vie et Patrimoine 2017‑2018, la moitié des ménages vivant en France déclarent un patrimoine brut supérieur à 163 100 euros ; ils possèdent 92 % de la masse totale de patrimoine. Ce patrimoine est principalement constitué de biens immobiliers (61 %), d’actifs financiers (20 %), d’actifs professionnels (11 %) et enfin d’autres biens durables et objets de valeur (8 %).

La composition du patrimoine des ménages diffère selon le montant de patrimoine brut.. Le patrimoine immobilier est largement majoritaire pour les ménages situés entre le 4e et le 9e décile, avec une part comprise entre 70 % et 77 % . À l’opposé, les 30 % des Français les moins dotés ne possèdent quasiment pas de patrimoine immobilier : leur épargne est placée dans des produits financiers peu risqués, tels les livrets (entre 29 % et 42 %), ou des biens durables, véhicules ou autre patrimoine restant (entre 54 % et 71 %).

Le patrimoine financier est réparti de façon nettement plus inégalitaire que le patrimoine immobilier (graphique suivant). La composante la plus inégalitairement répartie est le patrimoine professionnel, mais sa part dans le patrimoine brut est limitée. Les 10 % les moins dotés en patrimoine sont également plus souvent endettés, principalement pour des motifs privés : achat d’une voiture ou de biens d’équipement, notamment via des crédits à la consommation. Leurs emprunts représentent 38 % de leur patrimoine brut. Leur patrimoine brut s’élève à 1 800 euros en moyenne, soit 1 100 euros de patrimoine net une fois déduit le capital restant dû.

Les 10 % de ménages les mieux dotés se démarquent à la fois par le niveau de patrimoine détenu et par sa composition : leur patrimoine est en moyenne huit fois plus élevé que celui des autres ménages, et 19 % sont des actifs professionnels, contre 2 % pour les autres ménages. Ces ménages sont eux aussi endettés, mais leurs emprunts représentent une faible part de leur patrimoine brut : en moyenne 7 % d’emprunts privés et 3 % d’emprunts professionnels. Leur patrimoine brut s’élève à 1 279 000 euros en moyenne, soit 1 157 000 euros de patrimoine net une fois déduit le capital restant dû.

 

Concentration des différentes composantes de patrimoine et du patrimoine total début 2018

 

 

a) La répartition du patrimoine est plus inégalitaire qu’il y a vingt ans

Les montants, la répartition et la composition du patrimoine des ménages français ont peu évolué depuis 2015. Le patrimoine brut hors reste, c’est‑à‑dire hors véhicules, biens durables et objets de valeur, peut quant à lui être analysé sur vingt ans. Les évolutions du patrimoine brut dans le temps portent donc sur ce concept.

Entre 1998 et 2018, le patrimoine brut moyen détenu par les ménages vivant en France métropolitaine a été multiplié par 21 en euros courants2 et par 1,6 en euros constants. Il a surtout augmenté au cours des dix premières années : + 38 % entre 1998 et 2004 puis encore + 51 % entre 2004 et 2010 (graphique suivant). Il a ensuite stagné entre 2010 et 2015, avant de légèrement augmenter (+ 3 % en euros courants entre 2015 et 2018). L’effet de la pandémie de Covid‑19 sur le patrimoine est encore inconnu.

L’évolution entre 1998 et 2018 n’a pas été la même pour tous : le patrimoine brut moyen des 10 % les moins bien dotés en 2018 est inférieur de 48 % à celui de leurs homologues de 1998, alors que celui des 10 % de ménages les mieux dotés a augmenté de 119 % sur la période. En euros constants, le total détenu par les 10 % les moins bien dotés a même baissé de 58 % (contre une hausse de 77 % pour les mieux dotés). En euros courants au cours des vingt dernières années, le patrimoine a finalement augmenté de façon importante, à part pour les 30 % des ménages les moins dotés (ce résultat restant valable en euros constants). Ces évolutions différenciées selon le niveau de patrimoine ont renforcé les inégalités de répartition. Entre 1998 et 2018, l’indice de Gini du patrimoine brut est passé de 0,639 à 0,654. Cependant, l’indice de Gini ne reflète qu’imparfaitement l’évolution des inégalités.

 

Évolution entre 1998 et 2018 du patrimoine brut hors reste moyen, par tranche

 

 

b) Une hausse des inégalités causée par la valorisation du patrimoine immobilier dans les années 2000

L’augmentation des inégalités s’explique par l’accroissement important du patrimoine immobilier. Le patrimoine immobilier moyen a augmenté de 141 % entre 1998 et 2018 (graphique suivant), essentiellement sur la période 1998‑2010. Au total, la masse de patrimoine immobilier a augmenté de 201 % entre 1998 et 2018 (l’écart avec la hausse du patrimoine moyen s’explique par l’augmentation de 25 % du nombre de ménages sur la période). Cette évolution est d’abord due à la valorisation des logements anciens (contribution de 107 points à la croissance du patrimoine immobilier), puis aux constructions de logements durant cette période (contribution de 72 points) et enfin à la hausse des prix des logements neufs (contribution de 22 points). En vingt ans, cette conjoncture favorable a profité aux 70 % des ménages les mieux dotés en patrimoine brut, avec une augmentation de 127 % à 174 % de leur patrimoine immobilier, mais pas du tout aux ménages les moins dotés, très peu détenteurs de biens immobiliers.

Dès lors, en 2018, 62 % des inégalités de patrimoine au sens de l’indice de Gini sont dues au patrimoine immobilier, contre 55 % en 1998. Cela provient entièrement de la hausse de la part du patrimoine immobilier dans le patrimoine total pour les ménages du milieu et du haut de la distribution. En revanche, le patrimoine immobilier lui‑même est moins concentré en 2018 qu’en 1998 : l’indice de Gini calculé sur le patrimoine immobilier est passé de 0,644 à 0,636 entre 1998 et 2018.

Évolution du patrimoine financier et immobilier moyen entre 1998 et 2018, par tranche

c) La concentration du patrimoine financier s’est accentuée en vingt ans, mais sa part dans le total a baissé

Dans le même temps, le patrimoine financier moyen des ménages a beaucoup augmenté, mais dans une moindre mesure que l’immobilier (+ 78 % en vingt ans). L’essentiel de la hausse est intervenu entre 2004 et 2010 : + 60 %, puis + 9 % entre 2010 et 2015 et + 2 % entre 2015 et 2018. En vingt ans, il n’a cependant augmenté de façon importante que pour les 70 % des ménages les mieux dotés en patrimoine brut. Il a augmenté de moitié pour les ménages autour de la médiane et doublé pour les 10 % les mieux dotés alors qu’il a diminué ou stagné pour les 30 % de ménages les plus modestes.

De ce fait, en 2018, le patrimoine financier est également plus concentré qu’en 1998 : l’indice de Gini calculé sur le seul patrimoine financier est passé de 0,734 à 0,798. Malgré cela, le patrimoine financier n’est plus responsable que de 23 % des inégalités de patrimoine au sens de l’indice de Gini en 2018, alors qu’il en expliquait 26 % en 1998, car sa part dans le patrimoine total a diminué au profit de l’immobilier.

 

d) En moyenne, le patrimoine brut augmente pour les ménages dont la composition est restée stable

En 2017‑2018, une partie des personnes (36 %) ayant répondu à l’enquête en 2014‑2015 a été réinterrogée, pour apprécier l’évolution individuelle du patrimoine. Bien que trois ans soit une période courte, le montant du patrimoine des ménages a changé, en particulier pour les ménages dont le contour a évolué. Dans l’ensemble, lorsque le ménage a changé de composition, le patrimoine brut a baissé de 6,4 % 7. Il s’agit plus fréquemment de séparations ou de décès

d’adultes (pour 10,1 % des personnes) que d‘arrivées (dans 3,2 % des cas), ce qui explique la baisse du patrimoine du ménage. En cas de séparation ou de décès du conjoint, le patrimoine brut a baissé en moyenne respectivement de 38,5 % et 30,2 % entre 2015 et 2018. En cas de séparation, c’est surtout le patrimoine immobilier qui diminue (– 46,5 % en moyenne), la baisse du patrimoine financier étant plus limitée (– 19,5 % en moyenne).

e) Les emprunts pour la résidence principale sont majoritaires entre le 1er et le 9e décile de patrimoine net

En 2015, les 10 % de ménages les moins bien dotés en patrimoine net étaient collectivement plus endettés qu’ils ne possèdent d’actifs : leur patrimoine net moyen est négatif (– 3 200 euros,graphique suivant), bien que seuls 2,2 % des ménages soient concernés par une valeur négative. La situation de ces ménages n’est cependant pas nécessairement plus défavorable que celle des 10 % de ménages au patrimoine net immédiatement supérieur. Ces derniers ont plus de patrimoine net (en moyenne 6 000 euros) mais cela correspond à moins d’actifs (9 300 euros contre 12 500 euros) et moins de passif (3 300 euros contre 15 700 euros), ce qui peut être pour certains d’entre eux la conséquence d’un moindre accès au marché du crédit. En effet, seuls 27 % d’entre eux ont un emprunt en cours, contre 38 % des 10 % de ménages les moins bien dotés.

Leurs emprunts sont le plus fréquemment en lien avec des achats immobiliers ou fonciers hors résidence principale (39 % du montant total d’emprunt restant dû) ou des crédits à la consommation et pour d’autres motifs personnels (17 %). Les emprunts concernant la résidence principale ne représentent que 23 % de leur endettement total, contre 53 % à 85 % du montant total à rembourser pour les ménages au patrimoine compris entre le 1er et le 9e décile. Les montants moyens à rembourser varient peu entre le 3e et le 9e décile – entre 28 400 euros et 46 000 euros – et la proportion de ménages endettés également – entre 44% et 54 %. Les montants empruntables pour ces ménages sont sans doute plafonnés en fonction de leurs revenus, et le classement en déciles de patrimoine net repose principalement sur les actifs détenus, en particulier sur la valeur de la résidence principale achetée à l’aide de ces emprunts. En comparaison, les 10 % de ménages les plus aisés en patrimoine net ont un endettement moyen à rembourser très élevé (75 100 euros) en lien avec des motifs d’emprunt différents : ils sont davantage consacrés à des investissements immobiliers (37 %) et des emprunts professionnels (29 %). Sur l’ensemble des ménages endettés, les sommes encore dues représentent en moyenne 1,7 année de leurs revenus ; mais 10 % des ménages endettés doivent encore rembourser plus de 4,3 années de revenus.

Endettement par type d’emprunts début 2015, par tranches de patrimoine net

 

 

II – RICHESSE, PAUVRETÉ ET CONSOMMATION DANS LE MONDE

On se réfère à plusieurs études, celles de l’Insee sur les inégalités mondiales déjà citée, celle d’Eurostat et une étude aux États-Unis. Un étude de l’Insee déjà citée observe que les inégalités ont augmenté dans la majorité des pays de l’Union européenne depuis le début de la crise de 2008.

 

 

1/ Quelques comparaisons préliminaires entre la France et l’étranger

a) Les inégalités sont plus faibles en France que dans d’autres pays

La hausse des inégalités de revenus entre 2004 et 2011 en France fait suite à une relative stabilité du milieu des années 1980 au milieu des années 2000, qui tranchait avec l’augmentation des inégalités observée dans la plupart des pays industrialisés. Ainsi, selon OCDE, entre 1985 et 2008, l’indice de Gini a fortement augmenté sur cette période, notamment en Allemagne, aux États‑Unis, en Finlande et en Suède. Dans les pays de l’actuelle Union européenne (UE), seules la France, la Hongrie, la Belgique et la Grèce ont été épargnées par cette hausse, la Grèce devenant même un peu moins inégalitaire. Entre 2008 et 2011, l’augmentation de l’indice de Gini en France, plus nette que celle observée ailleurs, a été qualifiée par l’OCDE de « rupture importante par rapport à la tendance de long terme ».

Grâce au repli très net observé entre 2011 et 2013, l’indice de Gini aurait un peu diminué en France entre 2008 et 2015 (– 0,006 point) et a légèrement augmenté dans l’en‑semble de l’Union européenne (+ 0,002) (graphique suivant). Les inégalités augmentent dans la majorité des pays. Ainsi, elles progressent fortement à Chypre (l’indice de Gini augmente de + 0,026) et en Hongrie (+ 0,035). Elles sont aussi nettement orientées à la hausse en Italie, en Espagne, en Suède ou en Grèce (de + 0,012 à + 0,016). Les situations de ces pays sont de fait contrastées, les niveaux de vie médians de l’Espagne et de la Grèce ayant chuté respectivement de 14,5 % et 38,0 %, alors que celui de la Suède augmentait de 1,3 %. L’indice de Gini augmente aussi de 0,004 point en Allemagne. Seuls la Lettonie (– 0,030), la Pologne (– 0,016) et le Portugal (– 0,015) voient leurs inégalités baisser plus qu’en France. Elles stagnent ou diminuent légèrement en République tchèque, Belgique, Finlande, Autriche et Slovaquie. Finalement, la France reste dans une position médiane, avec un indice de Gini de 0,293 contre 0,308 en moyenne pour l’ensemble de l’Union européenne.

Inégalités de niveau de vie en Europe entre 2008 et 2015

 

On retrouve dans le graphique suivant ce constat d’inégalités plus faibles en France que chez ses principaux partenaires internationaux. Les inégalités de niveaux de vie sont relativement faibles en France par rapport aux autres pays de l’OCDE. Elles sont beaucoup plus faibles qu’aux États‑Unis où le rapport interquintile des masses est près de deux fois plus élevé, et qu’au Royaume‑Uni, en Italie ou en Espagne, où ce rapport est de 35 à 40 % plus élevé qu’en France. Les inégalités sont proches de celles de l’Allemagne, et plus élevées que dans les pays nordiques. Les inégalités de niveaux de vie dépendent en grande partie des inégalités avant redistribution. Avant redistribution, la France est beaucoup moins inégalitaire que les pays anglo‑saxons  et légèrement moins que la médiane des pays européens  notamment en lien avec le niveau du salaire minimum. Après redistribution, en se basant donc sur tous les éléments du niveau de vie, elle est légèrement mieux classée.

 

Rapport interquintile des masses de niveaux de vie en comparaison internationale depuis 2008

 

 

b) La France a un des taux de pauvreté les plus bas de l’Union européenne

En 2018, le  taux de pauvreté de la France s’élèverait à 13,6 % contre 16,8 % en moyenne en Europe avec une définition harmonisée pour les pays de l’UE (graphique suivant). Il fait partie des plus bas d’Europe, la France se situant en 10e position. Certains pays nordiques (notamment Danemark et Finlande) et d’Europe de l’Est (notamment la République tchèque, la Slovénie ou la Slovaquie) ont des taux de pauvreté plus faibles. Cependant, les seuils de pauvreté de ce dernier groupe de pays sont très en‑deçà de celui de la France (plus de deux fois plus faible en standards de pouvoir dachat (SPA) pour la Hongrie et la Slovaquie), et donc la mesure de la pauvreté est difficilement comparable. En effet, les seuils de pauvreté étant calculés pour chaque pays de façon relative par rapport au niveau de vie médian, le taux de pauvreté reflète la dispersion des niveaux de vie dans le bas de la distribution. Parmi les pays dont le seuil de pauvreté est supérieur à celui de la France, seuls les Pays‑Bas, l’Autriche et le Danemark ont un taux de pauvreté inférieur. À l’inverse de la France, certains pays cumulent fort taux de pauvreté et seuil de pauvreté très faible, comme les pays baltes, la Bulgarie et la Roumanie. En Espagne et en Italie, le taux de pauvreté est aussi relativement élevé, tandis que le seuil de pauvreté se situe à un niveau intermédiaire, proche de la moyenne des pays de l’UE.

La France se distingue aussi par une intensité de la pauvreté faible en moyenne par rapport à ses voisins européens (16,5 % contre 24,2 %). Parmi les cinq pays avec des intensités de la pauvreté plus faibles que la France, seule la Belgique a un seuil de pauvreté supérieur à la France. Les autres pays ayant une intensité de la pauvreté plus faible que la France ont des seuils de pauvreté significativement plus faibles ; c’est notamment le cas la République tchèque qui a l’intensité de la pauvreté la plus faible mais un seuil de pauvreté de près de 4 000 euros par an, plus faible qu’en France.

 

Seuil et taux de pauvreté dans l’Union européenne en 2018

 

 

2/ estimations des inégalités mondiales

Une étude de l’Insee examine de nouvelles méthodes permettant de développer un système de comptes nationaux distributifs – Distributional National Accounts, DINA– et présente des résultats nouveaux sur la dynamique des inégalités mondiales Les séries DINA peuvent servir à analyser la répartition de la croissance dans les différents groupes de revenus. Le tableau ci-après donne la décomposition de la croissance des revenus en Chine, en Europe, en Inde, en Russie et en Amérique du Nord par groupe de revenus. Le revenu national réel moyen par adulte a augmenté à des rythmes largement différents dans les cinq régions entre 1980 et 2016, affichant des taux impressionnants de 831 % en Chine et de 223 % en Inde et des taux modérés de 40 % en Europe, de 34 % en Russie et de 63 % aux États-Unis et au Canada.

 

a) montée des inégalités de revenus dans le monde entre 1980 et 2015 mais moins nettement en Europe

Dans tous ces pays, la croissance des revenus est systématiquement supérieure dans les groupes de revenus élevés. En Chine, les revenus des 50 % les plus pauvres ont augmenté de 417 % tandis que ceux des 0.001 % les plus riches ont augmenté de plus de 3 750 %. L’écart entre les 50 % les plus pauvres et les 0.001 % les plus riches est encore plus important en Inde. En Russie, la tranche supérieure de la distribution présente également des taux de croissance extrêmes tandis que les revenus des 50 % les plus pauvres ont diminué. Cela reflète la transition d’un régime dans lequel les hauts revenus étaient limités par le système communiste à une économie de marché où la réglementation les limite très peu. L’Europe apparaît comme la région dans laquelle l’écart de croissance entre les 50 % les plus pauvres, la population totale et les 0.001 % les plus riches est le plus faible. En Chine, les tranches supérieures ont enregistré une croissance significative, mais la croissance globale est si importante que même le revenu moyen des 50 % les plus pauvres a fortement augmenté, ce qui devrait rendre la hausse des inégalités plus acceptable. En revanche, aux États-Unis et au Canada, il n’y a quasiment plus de croissance des revenus des 50 % les plus pauvres (+5 %).

Croissance du revenu réel et inégalités 1980-2015 (%)

b) Dynamique des inégalités de patrimoine

Les statistiques disponibles sur la distribution du patrimoine et sur les actifs transfrontaliers sont très imparfaites surtout dans l’économie globalisée d’aujourd’hui. Une plus grande transparence et un meilleur accès aux sources de données administratives et bancaires font cruellement défaut pour approfondir les connaissances sur les évolutions sous-jacentes. Les séries doivent être vues comme imparfaites, provisoires et sujettes à révision. On observe une forte hausse des parts du patrimoine chez les plus riches aux États-Unis et en Chine ces dernières décennies, et une hausse plus modérée en France et au Royaume-Uni (graphique suivant).  Des facteurs variés expliquent ces dynamiques différentes. Tout d’abord, la hausse des inégalités de revenu et la stagnation des revenus des plus pauvres peuvent naturellement expliquer la hausse des inégalités de patrimoine aux États-Unis. Ensuite, un processus très inégal de privatisation et d’accès des ménages chinois aux capitaux propres cotés et non cotés a probablement joué un rôle important dans la hausse extrêmement rapide de la concentration du patrimoine en Chine, notamment parmi les très hauts revenus. L’effet modérateur potentiellement important du haut niveau des prix de l’immobilier devrait également être pris en compte. L’effet « classe moyenne » a sans doute été particulièrement prononcé en France et au Royaume-Uni, où les prix des logements ont fortement augmenté par rapport aux prix des actions. Compte tenu de tous ces facteurs, il est difficile de prédire si la tendance observée, à savoir une plus forte concentration du patrimoine, va se poursuivre. Sur le long terme, la stabilité des inégalités de patrimoine dépend de l’inégalité entre les taux d’épargne de différents groupes de revenu et de patrimoine, de l’inégalité entre les revenus du travail et les taux de rendement du patrimoine et de la progressivité de l’impôt sur le revenu et le patrimoine.

 

Part du patrimoine des 10 % et 1 % les plus riches en Chine, aux États-Unis, en France et au Royaume-Uni, 1890-2015

 

c) Dynamique des inégalités mondiales de revenu

Les  inégalités augmentent dans de nombreux pays, mais de grands pays émergents (Inde et Chine) rattrapent leur retard ce qui fait diminuer les inégalités mondiales. Les enquêtes menées auprès des ménages ne sont pas homogènes dans tous les pays ; elles captent mal les hauts revenus et ne sont pas cohérentes avec les agrégats macroéconomiques. Ces faiblesses soulignent une fois de plus le besoin de produire les séries DINA.

Le tableau précédent  montre que la croissance mondiale moyenne est relativement faible (60 %) par rapport aux taux de croissance des pays émergents. Au niveau mondial (et contrairement à ce que l’on observe dans la plupart des pays), les taux de croissance n’augmentent pas de façon monotone avec les revenus. On observe plutôt une croissance élevée parmi les 50 % les plus pauvres (94 %), une faible croissance parmi les 40 % intermédiaires (43 %) et une forte croissance pour les 1 % les plus riches de la population mondiale (101 %), notamment parmi les 0.001 % les plus riches (235 %).

Le graphique suivant présente l’évolution, au sein de la population mondiale, de la part des revenus des 1 % les plus riches et des 50 % les plus pauvres, entre 1980 et 2016. La part des revenus des 1 % les plus riches est passée d’environ 16 % en 1980 à plus de 22 % en 2007, puis a légèrement diminué à 20.4 % en 2016. La part des revenus des 50 % les plus pauvres a oscillé aux alentours de 9 %, avec une très légère hausse entre 1985 et 2016. Tout au long de la période, au total, les 1 % les plus riches ont gagné environ deux fois plus que les 50 % les plus pauvres, un groupe qui, par définition, est 50 fois plus grand. Pour cette raison, les revenus des 1 % les plus riches sont en moyenne cent fois supérieurs à ceux des 50 % les plus pauvres. Autre constat notable : ni la forte croissance enregistrée dans les pays émergents depuis 2000 ni la crise financière de 2008 n’ont stoppé la hausse des inégalités mondiales de revenu.

 

Part du revenu mondial des 1 % les plus riches et des 50 % les plus pauvres, 1980-2050

On observerait ces dernières décennies une hausse de la part du revenu et du patrimoine détenue par les plus riches dans la quasi-totalité des pays, mais l’ampleur de cette hausse varie fortement, ce qui suggère que les politiques et les institutions des différents pays jouent un rôle. Les taux de croissance élevés des pays émergents réduisent les inégalités au sein du pays, mais cela ne garantit pas que le niveau d’inégalité sera acceptable dans le pays concerné et n’assure en rien la durabilité sociale de la mondialisation. Il est essentiel d’accéder à des données plus nombreuses et de meilleure qualité pour suivre la dynamique des inégalités mondiales : c’est un élément crucial non seulement pour mieux comprendre la situation actuelle et les forces qui domineront à l’avenir, mais aussi pour définir les réponses politiques appropriées.

 

 

 

3/ Interaction entre le revenu, la consommation et la richesse des ménages dans l’UE

Le premier volet de l’étude d’Eurostat déjà citée présente des résultats expérimentaux tirés de la distribution conjointe des revenus, de la consommation et de la richesse des ménages [8]. Il convient toutefois de noter que l’ensemble de données conjoint repose sur l’appariement statistique de diverses enquêtes et repose donc sur des hypothèses. Les années de référence sont «vers 2010» et «vers 2015».

a) Indicateurs de revenu, de consommation et de richesse

1. La pauvreté monétaire dans l’UE

Les statistiques de l’UE sur le revenu et les conditions de sont à la base des indicateurs classiques de pauvreté. À ce titre, l’analyse de la pauvreté en Europe examine:

  • La pauvreté monétaire sur la base de l’indicateur de risque de pauvreté basé sur le revenu : 17,3% des personnes vivant dans l’UE 27 étaient menacées de pauvreté en 2015 (17,1% en 2018) .
  • La privation matérielle sévère qui a affecté 8,4% de la population de l’UE-27 en 2015 (6,1% en 2018) et
  • Le travail de très faible intensité qui concernait 10,7% de la population âgée de 0 à 59 ans dans l’UE-27 en 2015 (8,8% en 2018).

La réduction de la pauvreté étant un objectif européen et mondial important, ces indicateurs sont étudiés très attentivement. L’ indicateur «à risque de pauvreté ou d’exclusion sociale »  (AROP) , qui est l’indicateur principal pour surveiller la pauvreté dans l’UE, combine les trois concepts ci-dessus: 23,8% de la population de l’UE-27 étaient à risque de pauvreté ou d’exclusion sociale en 2015 (21,9% en 2018).

 

2.Faibles niveaux de dépenses

Tout comme le revenu, la consommation peut également être utilisée comme critère pour définir qui est une «personne vulnérable». La vulnérabilité peut être déterminée sur la base des dépenses de consommation plutôt que du revenu disponible des ménages, les dépenses équivalentes remplaçant le revenu équivalent. Par conséquent, les personnes dont les dépenses équivalentes sont inférieures à 60% des dépenses équivalentes médianes sont considérées comme souffrant de faibles niveaux de dépenses. Les chiffres peuvent ensuite être comparés sur la base du revenu disponible et ceux basés sur les dépenses (graphique suivant). Les seuils de risque de pauvreté pour le revenu peuvent être trouvés ici  pour chaque pays.

 

Proportion de la population qui souffre de pauvreté monétaire ou de faibles niveaux de dépenses (« expenditure »)  «vers 2015 » en % de la population totale (source : Eurostat)

 

Dans de nombreux pays, la proportion d’individus souffrant de faibles niveaux de dépenses est très similaire à la proportion d’individus sous le seuil de l’AROP basé sur le revenu. Dans certains pays, cependant, l’utilisation de l’approche des dépenses peut modifier les conclusions auxquelles on est parvenu. Par exemple, dans des pays comme l’Allemagne, la Bulgarie et la Roumanie, la proportion de personnes à revenu équivalent dans le cadre du AROP était significativement plus élevée que le taux de personnes vivant avec des niveaux de dépenses inférieurs au seuil en 2015. Certes, les dépenses de consommation fluctuent moins s que le revenu et pourraient donc être un indicateur plus stable.

La France a ainsi un des taux de pauvreté les plus bas de l’Union européenne. En 2015, la France a toujours un taux de pauvreté qui se situe dans le bas de l’échelle européenne. Il s’élèverait à 13,6 % contre 17,3 % en moyenne en Europe (graphique suivant). Seuls cinq pays ont des taux plus faibles : la Finlande, le Danemark, les Pays‑Bas, la République tchèque et la Slovaquie, ces deux derniers pays ayant toutefois des seuils de pauvreté beaucoup plus faibles qu’en France en valeur absolue (de 40 % pour la République tchèque et 49 % pour la Slovaquie).

Le taux de pauvreté en France en 2015 reste à un niveau plus élevé qu’au début de la crise de 2008, mais cette augmentation est plus mesurée que dans la majorité des autres pays européens : seuls cinq pays ne présentent pas une hausse de la pauvreté supérieure à celle de la France sur la période. Selon l’enquête SILC, entre 2008 et 2015,  le taux de pauvreté a augmenté de 0,7 point en France. Cette augmentation est relativement proche de la progression moyenne de 0,9 point observée dans l’Union européenne.

Le taux de pauvreté n’a nettement baissé que dans deux pays : la Lettonie et la Finlande. Il a reculé de 4,6 points en Lettonie alors que le seuil de pauvreté y a nettement progressé sur la période (+ 11,8 %). Cependant, il s’y établit encore à 21,8 %, un niveau relativement haut, avec un seuil de pauvreté parmi les plus bas d’Europe. En Finlande, le taux de pauvreté a perdu 2,2 points pour atteindre 11,6 %, avec un seuil de pauvreté stable et parmi les plus hauts d’Europe : le niveau de vie médian, qui détermine le seuil de pauvreté, est en effet plus élevé en Finlande que dans 19 des 27 autres pays de l’UE. Le taux de pauvreté a peu évolué en Autriche (– 0,4 point), en Pologne (+ 0,2 point) et à Chypre (+ 0,3 point). Il a nettement augmenté partout ailleurs, et le plus fortement en Roumanie (+ 3,2 points), qui présente le plus fort taux de pauvreté de l’Union européenne en 2015 (25,3 %). En Espagne et en Italie, dont les taux de pauvreté sont parmi les plus élevés d’Europe (plus de 20 %), il a progressé de manière importante (+ 1,9 point en Espagne et + 2,2 points en Italie) alors que le seuil de pauvreté y a baissé sur la période (respectivement – 14,5 % et – 5,1 %). L’augmentation a également été forte en Hongrie (+ 2,1 points) et en Slovénie (+ 2,6 points), bien que ces deux pays conservent en 2015 des taux de pauvreté relativement faibles.

Taux de pauvreté monétaire en Europe entre 2008 et 2015

 

3. Vulnérabilité basée sur les actifs

Un troisième aspect de la pauvreté consiste en la richesse accumulée détenue ou non par un ménage. Les ménages ont tendance à accumuler de la richesse par mesure de précaution, utilisant leurs actifs comme tampon pour lisser les variations de revenu au fil du temps. Ainsi, les ménages à risque de vulnérabilité liée aux actifs  » sont définis comme les ménages dont le total des actifs ne permet pas à ses membres de rester au-dessus du seuil AROP (60% du revenu médian équivalent) plus longtemps qu’une période donnée. En d’autres termes, dans l’hypothèse où le ménage cesserait de percevoir des revenus, sa richesse (utilisée pour financer les besoins de ses membres) sera épuisée presque entièrement après une période de x mois.

Les pays avec les taux les plus élevés de ménages à risque de vulnérabilité basée sur les actifs ne sont pas les mêmes que ceux avec les taux de AROP les plus élevés: en Irlande, en Allemagne, aux Pays-Bas, en Lettonie et en Finlande, plus de 15% des ménages étaient à risque d’actifs de vulnérabilité (après un mois) en 2014, ce qui signifie qu’ils tomberaient sous le seuil de pauvreté monétaire après seulement un mois sans revenu . Les pays ayant les taux les plus bas de vulnérabilité liée aux actifs sont ceux qui ont le taux d’accession à la propriété le plus élevé. Ceci illustre l’un des principaux inconvénients de cet indicateur: le concept de richesse ne repose pas uniquement sur les liquidités, mais inclut les objets de valeur et les biens immobiliers. Ainsi, l’indicateur se traduira presque systématiquement par le fait que les propriétaires ne font pas partie des «vulnérables», malgré les difficultés qu’ils peuvent rencontrer pour vendre leurs actifs immobiliers pour financer leurs besoins de consommation. Néanmoins, les propriétaires bénéficient implicitement d’une source de revenus supplémentaire, car ils utilisent leur logement pour se loger, comme s’ils étaient à la fois propriétaire et locataire. Les comptes nationaux ont introduit des loyers imputés précisément pour tenir compte de cette source de revenus.

Proportion de ménages exposés au risque de vulnérabilité liée aux actifs en fonction de la période considérée. en % des ménages (source : Eurostat)

 

4. apparemment pas plus de difficultés financières en France que dans les autres pays de l’UE

Pour comprendre la dynamique des inégalités de richesse, il est essentiel de décrire le processus d’accumulation d’actifs et donc les comportements d’épargne. Les flux d’épargne peuvent être définis comme le résidu entre le revenu et la consommation, c’est-à-dire ce qui reste du revenu à la fin de la période après les dépenses de consommation. Si le revenu est supérieur à la consommation, ce résidu est investi dans des actifs (financiers ou réels) et constituera une partie de la richesse détenue par le ménage. Si la consommation est supérieure au revenu, le ménage devra financer sa consommation non seulement par le revenu, mais aussi en contractant des dettes ou en vendant des actifs.

Le fait qu’un ménage ne puisse pas financer entièrement sa consommation à partir de ses revenus peut être une bonne indication des difficultés financières. Comme le montre le graphique, la proportion de ménages dont les dépenses annuelles sont supérieures à leur revenu (ménages en dés-épargne  ») varie considérablement d’un pays à l’autre, même si cet indicateur doit être interprété avec prudence, car il peut être affecté par des erreurs de mesure significatives.

Proportion de ménages dont les dépenses sont supérieures au revenu en % des ménages (Source : Eurostat)

De même, un taux d’épargne proche de zéro suggère que le ménage est incapable d’épargner et est plus susceptible de limiter ses dépenses, ne répondant ainsi pas à tous ses besoins. Les taux d’épargne sont calculés en divisant l’épargne (la différence entre le revenu disponible total et la consommation totale à la fin de l’année X) par le revenu disponible total du ménage au cours de la même année. Le taux d’épargne médian des ménages (lorsque les ménages sont classés en fonction de leur taux d’épargne, la moitié est au-dessus de ce taux et l’autre en dessous) peut être considéré comme un autre indicateur de distribution. En 2015, par exemple, la moitié des ménages allemands ont pu épargner au moins 20% de leur revenu annuel (contre 14% en 2010), mais la situation des ménages en Grèce et en Roumanie était plus difficile, comme plus de la moitié ne financent pas leurs dépenses sur leurs revenus (graphique suivant).

Taux d’épargne médians (%) des ménages «autour de 2010» et «autour de 2015». (Source: Eurostat)

 

5. Inégalité des revenus, des dépenses, de l’épargne et de la richesse des ménages

Le coefficient de Gini, ou indice de Gini, est une mesure statistique permettant de rendre compte de la répartition d’une variable (salaire, revenus, patrimoine) au sein d’une population. Autrement dit, il mesure le niveau d’inégalité de la répartition d’une variable dans la population. Le coefficient de Gini est l’indicateur le plus couramment utilisé pour exprimer l’inégalité.

Les pays les plus égalitaires en terme de dépenses ont un coefficient de l’ordre de 0,2 (Danemark, Suède, Tchéquie,.. etc.). Les pays les plus inégalitaires en terme d‘épargne ont un coefficient de 0,6 (Grèce, Roumanie, Croatie,  etc.). En France, le coefficient de Gini en terme de dépenses est de 0,33 en 2015. La richesse est en général bien plus inégalement répartie que le revenu ou la consommation (dépenses).

Le graphique suivant montre les coefficients Gini pour le revenu, les dépenses, l’épargne et la richesse des ménages pour les pays européens en 2015. Les coefficients varient entre 27 et 41 pour la consommation et entre 32 et 46 pour le revenu, mais ils vont de 49 à 75 pour la richesse et même plus élevé pour les économies.

A noter que La Chine, malgré sa croissance, demeure un pays inégalitaire avec un indice s’élevant à 0,47 en 2010 selon le Centre d’enquête et de recherche sur les revenus des ménages (institut dépendant de la banque centrale chinoise).

Coefficients de Gini pour le revenu (« income ») , les dépenses (« expenditue »), l’épargne (« saving »)  et la richesse (« wealth ») vers 2015 (source : Eurostat)

 

b) Interaction entre les indicateurs

Outre l’exercice comptable du calcul de l’épargne sur le revenu et la consommation au niveau des ménages, il est également intéressant de se concentrer sur l’interaction entre les différents indicateurs de vulnérabilité décrits ci-dessus. En particulier, les individus pauvres selon la définition habituelle basée sur le revenu et en même temps vulnérables par rapport à leurs niveaux de dépenses peuvent être intéressants, car ils combinent plusieurs dimensions de la pauvreté. La figure 6 montre l’intersection entre l’indicateur AROP habituel et l’indicateur basé sur la consommation; le segment vert représente la proportion de la population affectée par les deux types de vulnérabilité. Cette proportion est supérieure à 10% pour sept États membres (Espagne, Croatie, Roumanie, Grèce, Estonie, Lettonie et Bulgarie) en 2015. De même, il est intéressant d’observer comment la proportion de personnes vulnérables évolue en tenant compte de la consommation. Dans de nombreux pays, plus d’une personne sur quatre est soit menacée de pauvreté en raison de faibles revenus, soit souffre de faibles niveaux de dépenses, en Estonie, cela s’applique à près d’une personne sur trois.

Intersection entre la pauvreté basée sur le revenu et les faibles niveaux de dépenses «vers 2015» : proportion de la population ayant un faible revenu ou ayant de faibles niveaux de dépenses ou les deux  (source : Eurostat)

 

En revanche, seule une petite proportion de ménages  » dés-épargne  » et souffre simultanément de faibles niveaux de dépenses (graphiqiue suivant), ce qui signifie que leur consommation ne tombe pas en dessous de 60% de la consommation médiane de leur pays bien que leurs revenus ne couvre pas leurs dépenses. En 2015, les proportions les plus élevées de ménages combinant les deux types de vulnérabilité ont été observées en Roumanie (8,9%), en Croatie (5,9%), en Grèce (5,7%) et en Bulgarie (5,2%).

 

Intersection entre les ménages en dés-épargne et les faibles niveaux de dépenses «vers 2015» : proportion de ménages qui dés-épargnent ou qui souffrent de faibles niveaux de dépenses ou les deux (source : Eurostat)

c)  Dépenses de consommation par revenu

En plus des indicateurs ci-dessus, l’ensemble de données conjoint sur le revenu et la consommation des ménages peut être utilisé de manière très simple pour montrer les distributions de cas de consommation médiane sur différents groupes de revenus (graphique suivant). On observe une forte augmentation de la consommation avec le revenu disponible, qui est particulièrement prononcée en haut de la distribution dans la plupart des pays. La parité de pouvoir d’achat de monnaie (PPA) rend les distributions comparables entre les pays, bien que toute comparaison entre pays doive garder à l’esprit que la méthode d’appariement statistique repose sur des variables différentes pour chaque pays et que les années de référence diffèrent légèrement.

Consommation médiane par décile de revenu ` vers 2015′, en 1000 standard de pouvoir d’achat (1000 PPA) (source : Eurostat)

La « prospérité agrégée à consommer » est définie comme le pourcentage du revenu dépensé en moyenne en biens et services. Il est dérivé en utilisant l’approche des comptes nationaux pour le secteur des ménages, dans laquelle tous les revenus des ménages et les flux de consommation sont agrégés au niveau national. Ensuite, la dépense de consommation agrégée est divisée par le revenu agrégé. L’inverse de la prospérité agrégée à consommer est le taux d’épargne agrégé, qui reflète le comportement d’épargne de la population dans son ensemble. Le graphique suivant montre comment les groupes à faible revenu doivent dépenser une part considérablement plus élevée de leur revenu en biens et services que les groupes à revenu plus élevé, les empêchant ainsi d’épargner une partie de leur revenu, voire de dés-épargner comme c’est le cas pour le premier quintile de revenu dans presque tous les pays de l’UE.

« Prospérité agrégée à consommer » par quintile de revenu (%) «vers 2015», pourcentage du revenu des ménages consacré en moyenne aux biens et services (source : Eurostat)

d)  Les comportements d’épargne

Comprendre les comportements d’épargne des ménages est pertinent pour l’élaboration des politiques, car les choix budgétaires dépendent grandement des caractéristiques des ménages. De ce point de vue, la vulnérabilité peut affecter différentes parties de la population, mais la question essentielle porte sur le caractère transitoire de cette vulnérabilité. Un ménage peut être en mesure de maintenir un taux d’épargne faible (voire négatif) pendant une période déterminée, mais les personnes dont les dépenses sont supérieures à leur revenu seront à un moment donné confrontées à des contraintes budgétaires.

 

L Le rôle du cycle de vie

La théorie économique reconnaît que le comportement d’épargne des individus peut varier au cours de leur vie, car ils ont tendance à ajuster leur consommation afin de lisser les variations de revenu. En particulier, les personnes plus jeunes et plus âgées auront tendance à avoir des taux d’épargne plus faibles, puisqu’elles gagnent généralement moins que ce qu’elles gagneront en moyenne au cours de leur vie. Les données du graphique, cependant, ne sont pas concluantes à cet égard car il existe des variations considérables d’un pays à l’autre. Certes, la tranche d’âge <35 ans épargne le plus souvent moins que les ménages dont le principal soutien est plus âgé. Cependant, la baisse attendue des taux d’épargne après la retraite en raison de la baisse des revenus, par exemple, est observée dans moins de la moitié des pays (groupes d’âge de 65 ans et plus). On s’attend souvent à ce que les taux d’épargne soient fortement négatifs à des âges plus élevés, parce que les individus peuvent vouloir ou doivent utiliser de plus en plus leurs actifs vers la fin de leur vie. Ceci n’est pas corroboré par les données, suggérant que les gens peuvent conserver leurs biens, afin de les transmettre à leurs enfants par exemple.

Taux d’épargne en % médian par âge de la personne de référence du ménage ‘vers 2015 ‘ (source : Eurostat)

 

2. Structure et vulnérabilité des ménages

Le comportement d’épargne est également étroitement lié à la structure du ménage (voir la figure 11). Une famille avec trois enfants et un ménage composé d’un seul adulte aura des attitudes différentes vis-à-vis de la consommation et de l’avenir. Ainsi, nos données confirment que, dans la plupart des pays, un parent seul avec enfants est plus susceptible d’avoir un faible taux d’épargne. Cependant, la situation varie considérablement à travers l’Europe et en particulier la question de savoir si le fait d’avoir des enfants réduit les taux d’épargne semble dépendre principalement du système de sécurité sociale en place dans le pays.

Taux d’épargne en % médian par type de ménage ‘vers 2015’ (source : Eurostat)

 

3. Revenu et épargne

Les taux d’épargne augmentent avec le revenu (c’est-à-dire que la fraction du revenu non utilisée pour la consommation augmente avec le revenu) (graphique suivant). Seuls cinq pays affichent des taux d’épargne médians positifs pour le premier quintile de revenu (les 20% de ménages aux revenus les plus faibles): loin devant la France, puis la Tchéquie, l’Irlande, l’Estonie et la Pologne. En revanche, la Grèce (-73,3%), la Roumanie (-53,5%), la Croatie (-35,8%) et le Portugal (-26,4%) affichent les taux d’épargne négatifs les plus prononcés pour les ménages du quintile de revenu le plus bas. Pour ces quatre pays, même le ménage médian du deuxième quintile de revenu enregistre un taux d’épargne négatif. Des taux d’épargne médians solides sont atteints pour tous les pays du dernier quintile de revenu (les 20% de ménages ayant les revenus les plus élevés). La différence de taux d’épargne entre le quintile de revenu le plus pauvre et le plus riche est la plus élevée en Grèce,

Taux d’épargne (en %) médian des ménages par quintile de revenu `’vers 2015′ (source : Eurostat)

 

 

3/ Les travaux aux États-Unis

a) Dépenses des ménages et revenus

Plusieurs études ont été publiées sur ces questions [9]. Les dépenses sont un élément clé mais souvent négligé des bilans familiaux. Lors de la mesure de la sécurité financière des ménages, une attention particulière est généralement accordée au revenu, mais beaucoup moins à la question de savoir si ces ressources sont suffisantes pour couvrir les dépenses. Pour commencer à combler cette lacune dans le discours politique, ce recueil de graphiques utilise l’Enquête sur les dépenses de consommation du Bureau of Labor Statistics pour explorer les dépenses des ménages, en examinant les changements dans les dépenses globales et entre les catégories individuelles de 1996 à 2014. Il détaille également les différences de dépenses par revenu, avec un accent particulier sur la mesure dans laquelle les ménages ont une marge de manœuvre budgétaire qui pourrait être consacrée à l’épargne et à d’autres efforts de création de richesse.

Cette analyse porte sur la population en âge de travailler, qui comprend les répondants à l’enquête ou leurs conjoints âgés de 20 à 60 ans. Afin d’examiner les différences de dépenses en fonction du revenu, l’échantillon a été divisé en tiers.

L’analyse montre que tant le revenu médian que les dépenses se sont contractés après la Grande Récession, reflétant la crise économique du pays. En examinant les dépenses des ménages, cette recherche contribue à faire la lumière sur la sécurité financière de la famille au fil du temps, et en particulier ces dernières années. Les principales constatations comprennent:

  • Les dépenses médianes globales des ménages ont augmenté d’environ 25% entre 1996 et 2014, revenant aux niveaux d’avant la récession. 2 Après avoir baissé pendant et après la Grande Récession, les dépenses ont notamment augmenté entre 2013 et 2014. En 2014, le ménage américain typique a dépensé 36 800 dollars.
  • Bien que les dépenses se soient remises de la récession, les revenus ne l’ont pas fait. Au début de la reprise, les dépenses médianes des ménages sont revenues aux niveaux d’avant la crise, mais le revenu médian des ménages a continué de se contracter. En 2014, le revenu médian avait chuté de 13% par rapport aux niveaux de 2004, tandis que les dépenses avaient augmenté de près de 14%.
  • Les familles à faible revenu consacraient une part beaucoup plus grande de leur revenu aux besoins essentiels, comme le logement, le transport et la nourriture, que les familles à revenu élevé. Les ménages du tiers inférieur consacraient 40% de leur revenu au logement, tandis que les locataires de ce tiers consacraient près de la moitié de leur revenu au logement, à partir de 2014. Parce que leurs dépenses de base absorbaient une grande partie de leur revenu, les ménages du niveau de revenu inférieur ont dépensé considérablement moins que leurs homologues à revenu moyen et élevé pour les articles discrétionnaires, tels que la nourriture à l’extérieur de la maison et les divertissements.
  • Bien que tous les ménages aient eu moins de mou dans leur budget en 2014 qu’en 2004, les ménages à faible revenu sont passés dans le rouge. En 2004, les ménages typiques de la tranche inférieure avaient 1 500 $ de revenu après les dépenses. En 2014, ce chiffre avait diminué de 3 800 $, ce qui les mettait 2 300 $ dans le rouge. Le manque de flexibilité financière menace la sécurité financière des ménages à faible revenu à court terme et leur mobilité économique à long terme.

Les données suivantes sont ajustées à l’inflation en utilisant l’indice de consommation personnelle BEA, dont la population est limitée aux ménages  dans lesquelles le répondant ou le conjoint a entre 20 et 60 ans. La Source est Analyse de Pew sur les statistiques du travail Enquête sur les dépenses de consommation et les dépenses de travail

 

Les ménages ont dépensé plus en 2014 qu’en 1996, après ajustement pour l’inflation; cela vaut, que les chiffres soient basés sur des moyennes (moyennes) ou des médianes. Le ménage type a vu ses dépenses augmenter de plus de 25%, passant de 29 400 $ en 1996 à 36 800 $ en 2014. Les dépenses moyennes ont augmenté de 27% depuis 1996, passant de 43 200 $ à 54 800 $. Une grande partie de la croissance s’est produite entre 2012 et 2014, signalant une reprise prometteuse après la Grande Récession et la crise du logement.

Après une longue reprise, les dépenses des ménages augmentent pour revenir aux niveaux d’avant la récession (dépenses moyennes et médianes) 

De 2004 à 2008, le revenu médian des ménages n’a augmenté que de 1,5% 3, tandis que les dépenses médianes ont augmenté d’environ 11%. Au cours de cette période, le ratio dépenses / revenu (le pourcentage du budget d’un ménage utilisé pour les dépenses) a bondi de 9%. Au début de la reprise, les dépenses médianes des ménages sont revenues aux niveaux d’avant la crise, mais le revenu médian des ménages a continué de se contracter. En 2014, le revenu médian avait chuté de 13% par rapport aux niveaux de 2004, tandis que les dépenses avaient augmenté de près de 14%. Cette modification du ratio dépenses / revenus dans les années qui ont suivi la crise financière est une indication claire des raisons et de la façon dont les ménages se sentent financièrement tendus.

 

Les dépenses ont augmenté et les revenus ont chuté depuis la fin de la grande récession

Pour une famille type de quatre personnes (deux salariés et deux enfants), alors que le revenu médian du ménage a augmenté d’environ 10000 $ entre 1996 et 2014, les dépenses annuelles ont également augmenté d’environ le même montant, en grande partie en raison de la hausse des dépenses pour les besoins essentiels: logement, nourriture, et le transport. Bien que la variation absolue des revenus et des dépenses ait été similaire, cette famille avait moins de mou dans son budget en 2014 qu’en 1996, son ratio dépenses / revenu étant passé de 71% à 75%.

Une famille typique de quatre personnes avec deux salariés et deux enfants, avait des dépenses plus élevées par rapport au revenu en 2014 qu’elle ne l’avait 19 ans plus tôt. (Dépenses médianes)

 

Environ les deux tiers des dépenses des familles sont consacrés aux besoins essentiels: logement, nourriture et transport. En 2014, les obligations de logement représentaient la plus grande part du revenu avant impôts des ménages, soit environ 25%. Au cours de la période d’étude de 19 ans, les dépenses médianes globales de logement ont absorbé 21% du revenu avant impôts des familles. La deuxième plus grande dépense, la nourriture, consommait généralement près de 10 pour cent du revenu familial, tandis que le transport en prenait 7 pour cent. La proportion des dépenses des ménages que représentent ces catégories a très peu changé au cours des deux dernières décennies.

 

Le logement, la nourriture et les soins de santé représentent une plus grande part du revenu en 2014 qu’ils ne le faisaient 19 ans plus tôt (dépenses médianes en % du revenu)

 

Au cours des deux dernières décennies, les dépenses de logement ont augmenté pour les Américains à tous les niveaux de revenu. En 2014, les ménages du tiers inférieur ont dépensé beaucoup moins en dollars absolus (environ 9 200 $) que ceux du tiers moyen ou supérieur, dont les dépenses médianes de logement ont atteint respectivement 11 500 $ et 18 000 $. Cependant, le ménage typique à faible revenu a dépensé beaucoup plus pour le logement en proportion du revenu (40%) que ceux du milieu (25%) ou du haut (17%).

 

Le coût du logement des ménages à faible revenu a augmenté de plus de 50% depuis 19 ans (dépenses de logement dans les 3 catégories de ménages)

Depuis le début de la crise du logement en 2007, les taux d’accession à la propriété ont baissé parmi les ménages à revenu moyen et élevé. Ces baisses ont affecté le marché locatif, les anciens propriétaires devenant locataires, entraînant des taux de vacance locatifs à des niveaux historiquement bas inférieurs à 7%. 4 La diminution de l’offre de propriétés locatives a augmenté considérablement le coût des logements locatifs; en 2014, les locataires de chaque échelon de l’échelle des revenus ont consacré une part plus élevée de leur revenu au logement qu’ils ne l’avaient fait au cours de n’importe quelle année depuis 2004. Bien que les locataires et les propriétaires aient dépensé plus pour le logement en 2014, des différences notables dans la proportion des ressources du ménage allant Le logement était évident dans tous les groupes de revenu, les ménages locataires à faible revenu consacrant près de la moitié de leur revenu avant impôts au loyer.

 

Les locataires à faible revenu consacrent près de 50% de leur revenu au loyer en 2014 (Pourcentage du revenu utilisé pour le logement par catégories de revenu et par statut de logement, 2000-2014)

Comme pour le logement, les ménages du groupe à faible revenu dépensent beaucoup moins en dollars absolus, mais beaucoup plus en pourcentage de leur revenu, en transport que ceux des groupes à revenu moyen ou élevé. De plus, les coûts de transport ont augmenté ces dernières années pour les ménages du bas, alors que ces dépenses étaient plus stables pour les autres groupes de revenu. Les ménages à faible revenu ont consacré près de 16% de leur revenu au transport en 2014, contre 9% quatre ans plus tôt. En revanche, les ménages du milieu ont consacré environ 11% de leur revenu au transport en 2014, tandis que ceux du haut ont dépensé 8%.

Au cours des 15 dernières années, les familles à faible revenu ont généralement consacré une part plus importante de leur budget au transport que les familles plus aisées (Dépenses en dollars et en % du revenu)

 

À mesure que la part du revenu du ménage utilisée pour le transport augmentait, le montant destiné à diverses sous-catégories a également augmenté. Pour tous les groupes de revenu, les dépenses en essence et en huile à moteur ont doublé entre 1996 et 2014. Pour les ménages du tiers inférieur, le coût annuel moyen du carburant, de l’assurance automobile, de l’entretien et de la réparation des véhicules et du transport en commun en 1996 était en moyenne de 2 000 $ par année; en 2014, ce groupe a dépensé près de 2 100 $ uniquement en carburant. Ces hausses de coûts extrêmes obligent les ménages à faire des choix difficiles et à faire des compromis pour répondre à leurs besoins essentiels.

Les ménages les plus modestes ont dépensé plus pour l’essence en 2014 que pour l’ensemble des transports 19 ans plus tôt  (sous-catégories de dépenses par revenu)

Bien que les conditions économiques systémiques, telles que les récessions ou les changements boursiers, affectent les tendances des dépenses de consommation, les ménages individuels prennent également des décisions sur la façon de dépenser leur argent discrétionnaire. En 2014, les ménages de l’ensemble de la répartition des revenus ont dépensé beaucoup plus pour l’épicerie que pour les repas au restaurant, mais, comme on pouvait s’y attendre, ceux du tiers supérieur ont dépensé beaucoup plus en nourriture hors de chez eux que les autres groupes. Les ménages au sommet ont également dépensé plus que d’autres pour les divertissements, y compris les animaux de compagnie et les soins pour animaux de compagnie, les équipements et services multimédias, l’admission à des événements tels que des films ou des pièces de théâtre et des jouets pour enfants. Les ménages typiques au sommet dépensent 380 $ par mois pour les repas au restaurant et les divertissements. À l’inverse, les ménages du tiers inférieur, qui avaient beaucoup moins de marge de manœuvre dans leur budget, consacraient très peu de ressources à ces deux catégories – environ 128 $ par mois.

Les ménages disposant d’une plus grande marge de manœuvre budgétaire dépensent davantage en nourriture et en divertissement (dépenses alimentaires et de divertissement par revenu)

 

Enfin la marge de manœuvre des familles dans leur budget a diminué pour tous les groupes de revenus entre 2004 et 2014. Cela signifie que les ménages avaient moins de revenus à consacrer aux investissements de création de richesse, tels que l’épargne à court et à long terme, l’éducation et l’assurance-vie. En 2004, le ménage type du tiers inférieur avait un peu moins de 1 500 $ restants après prise en compte des dépenses annuelles. À peine 10 ans plus tard, ce montant était tombé à moins de 2 300 $, soit une baisse de 3 800 $. Ces ménages peuvent avoir dû utiliser l’épargne, obtenir de l’aide de la famille et des amis ou utiliser le crédit pour faire face aux dépenses annuelles régulières des ménages. Le ménage type du tiers moyen a vu sa marge de manœuvre passer de 17 000 $ en 2004 à 6 000 $ en 2014. À noter que comme le revenu est mesuré avant impôt, certaines familles auront encore moins de mou dans leur budget que ce chiffre ne le laisse entendre.

Tous les ménages avaient moins de marge de manœuvre financière en 2014 qu’en 2004, mais les ménages à faible revenu ont plongé dans le rouge. (Montant du revenu restant après toutes les dépenses par revenu)

 

 

b) Inégalités de revenu et modèles de consommation par catégorie de revenu

Une autre publication examine s’il y a eu une divergence croissante dans la consommation de produits de luxe et de nécessité entre les classes de revenus [10]. L’analyse montre que si les produits de première nécessité représentent la majorité du panier de consommation des quintiles de revenus inférieurs et moyens, leur consommation de produits de première nécessité en dollars corrigés de l’inflation a diminué en raison de la hausse des prix de ces biens et de la stagnation de la croissance des revenus. Les quintiles de revenu supérieurs ont vu leur consommation de produits de luxe augmenter, parallèlement à une baisse de leur consommation de produits de première nécessité.

Alors que les inégalités de revenus se sont accrues aux États-Unis, les chercheurs se demandent à juste titre si elles ont également conduit à des inégalités de consommation relative. C’est une question importante car la consommation est clairement une meilleure mesure du bien-être d’un individu que son revenu.

Les résultats de la recherche sur la présence d’inégalités de consommation restent cependant quelque peu mitigés. De nombreuses études ont montré que les inégalités de consommation ont moins augmenté que les inégalités de revenus au cours des dernières décennies tandis que d’autres ont constaté que la hausse était assez similaire. Malgré cette divergence dans les résultats, il serait utile de savoir si les modèles de consommation des individus de différentes classes de revenus ont été réorganisés au cours de la même période où les inégalités de revenus ont augmenté.

On peut  distinguer le luxe et les nécessités dans les données de consommation produites par le Bureau of Economic Analysis qu’on peut utiliser pour révéler les changements de tendance dans les modèles de consommation pour différentes classes de revenu au cours des trois dernières décennies. Il apparaît alors que pour les quintiles de revenus inférieurs et moyens, la part de la consommation totale (réelle) corrigée de l’inflation destinée à l’achat de produits de première nécessité s’est contractée depuis 1984, tandis que la part du total destinée à l’achat de produits de luxe est restée assez constante ou a légèrement augmenté. Cependant, pour le quintile de revenu le plus élevé, la consommation relative de produits de luxe a augmenté.

Il apparaîtrait  disparité croissante entre les Américains les plus riches et les plus pauvres au lendemain de la Grande Récession de 2007-2008. Alors que le revenu moyen est revenu aux niveaux d’avant la récession, les gains de revenu ont été répartis de manière inégale. Pour mieux comprendre l’évolution et la répartition du revenu aux États-Unis, les chercheurs amérivcains en économie délimitent souvent la population en cohortes de revenu appelées «quintiles» comem en Europe. Les ménages sont divisés en quintiles en fonction de leur revenu brut.

Les données montrent que les 20 pour cent les plus riches ont représenté plus de 80 pour cent de l’augmentation du revenu des ménages de 2008 à 2012 (graphique suivant). Pendant ce temps, les revenus ont en fait chuté pour les 20% les plus pauvres. Par exemple, les données obtenues de l’enquête sur les dépenses de consommation du Bureau of Labor Statistics montrent que le quintile de revenu le plus élevé aux États-Unis a connu une augmentation du revenu nominal d’environ 7100 $ entre 2007 et 2012, tandis que le quintile de revenu le plus bas a connu une baisse d’environ 360 $. Tous ces changements de revenus ont eu un impact direct sur les dépenses. 

 

Niveaux de revenu nominal moyen après impôt, quintiles (Source : Bureau of Labor Statistics)

 

En raison des changements importants du taux de croissance du revenu par catégorie de revenu au cours des dernières décennies, les modèles de consommation des différentes catégories de revenu peuvent également avoir changé. Ces changements sont causés par une myriade de facteurs, mais une façon de les considérer est en termes de revenu et d’effets de substitution (qui vient de la théorie de la microéconomie). L’effet revenu indique qu’à mesure que les revenus des consommateurs augmentent, leur consommation augmentera également, jusqu’à un point de satiété, tandis que l’effet de substitution indique que les modèles de consommation des consommateurs sont affectés par les variations des prix relatifs des biens (c’est-à-dire à mesure que les prix pour un bien donné, les consommateurs réduiront leur consommation de ce bien dans la mesure du possible et augmenteront leur consommation d’un bien substituable qui leur procure un niveau de satisfaction comparable).

Depuis 1984, l’inflation des prix des biens de consommation, telle que mesurée par l’indice des dépenses de consommation personnelle du Bureau of Economic Analysis, a augmenté à un taux moyen très modéré de 2,4 pour cent par an. Au fur et à mesure que l’on devient plus riche en dollars réels, il est raisonnable de supposer que l’on remplacerait les biens et services considérés comme des nécessités par ceux considérés comme des produits de luxe. Dans la mesure où la croissance du revenu d’une personne continue de dépasser le taux de croissance des prix, nous nous attendons à ce que ce glissement vers des produits de luxe relatifs s’intensifie à long terme.

En utilisant ces principes comme toile de fond, ons aborde la question de savoir comment les modèles de consommation ont changé parmi les quintiles de revenu à mesure que la croissance des revenus a changé, associée à des changements continus des prix des biens. Plus précisément, y a-t-il eu des changements dans la consommation relative de biens de première nécessité et de luxe des populations, car certains quintiles ont prospéré tandis que d’autres ont connu une croissance lente des revenus?

Il n’existe pas de méthode claire pour classer les biens et services comme produits de luxe ou de première nécessité. Toute classification est au mieux subjective et au pire incohérente. Qu’est-ce qu’un article de luxe pour une personne – comme un logement en propriété lorsque des logements locatifs de qualité comparable sont disponibles à un coût moindre – pourrait raisonnablement être classé comme une nécessité pour un autre – comme un logement en propriété lorsqu’aucun immeuble locatif de qualité comparable n’est disponible . Cette subjectivité rend impossible la somme de l’utilité relative de divers biens et services parmi les individus. Cependant, en supposant que cette variation s’annule chez un grand nombre de personnes appartenant à des groupes de revenus classés de manière similaire, un bien ou un service peut être systématiquement classé comme une nécessité ou un luxe au sein d’une cohorte donnée en observant les parts de consommation.

On peut utiliser une méthode de classification empirique pour construire une métrique pour classer les biens et services comme produits de luxe ou nécessités. Je commence par une définition possible d’un «luxe» comme un bien ou un service qui est consommé dans de plus grandes proportions à mesure que le revenu d’une personne augmente. De même, une nécessité serait un bien ou un service dont la consommation est proportionnellement moindre à mesure que le revenu absolu d’une personne augmente. J’utilise cette définition pour classer les catégories de dépenses comme des produits de luxe ou des nécessités selon que leur part de la consommation augmente ou diminue à mesure que le revenu augmente (tableau suivant).

Part moyenne de la consommation réelle totale, 1984-2012

 

Pour identifier quelles catégories de dépenses sont consommées dans des proportions plus ou moins importantes à mesure que le revenu augmente, on peut analyser les données de consommation aux États-Unis provenant de la série annuelle de l’enquête sur les dépenses de consommation du Bureau of Labor Statistics.

Les résultats de cette analyse montrent comment les parts des différentes catégories de consommation réelle, calculées en moyenne sur la période d’analyse 1984-2012, changent à mesure que le revenu passe du quintile de revenu le plus bas au quintile de revenu le plus élevé. La classification dans la dernière colonne, «type de consommation relative», résulte de la méthode de ce chercheur. Un type spécifique de bien ou de service est classé comme un luxe s’il est consommé davantage, en pourcentage, à mesure que les niveaux de revenu réel augmentent (c’est-à-dire en passant du quintile de revenu inférieur au quintile supérieur). De même, un bien ou un service spécifique est classé comme une nécessité s’il représente un pourcentage plus faible de la consommation à mesure que les niveaux de revenu réel augmentent.

L’utilisation de cette méthode pour trier les données en produits de luxe et de produits de première nécessité révèle que dans toutes les catégories de revenus, la consommation de biens et services classés comme produits de première nécessité a diminué de 1984 à 2012, passant de 45,7% à 36,7% (graphique suivant). De même, la part de la consommation moyenne dans toutes les catégories de revenus a augmenté pour les articles classés comme produits de luxe au cours de la même période, passant de 51,0% à 56,0%. Bien que ce mouvement de tendance soit similaire dans les divers quintiles de revenu, il est loin d’être constant. Par exemple, les consommateurs du quintile de revenu le plus bas ont réduit leur consommation de biens et services classés comme produits de première nécessité de 63,5% en 1984 à 54,5% en 2012. Les consommateurs du quintile de revenu le plus élevé ont vu leur consommation de produits de première nécessité passer de 33,8% à 27,7%.

Répartition des dépenses de consommation personnelle réelles sur tous les quintiles de revenu (Source : Bureau of Labor Statistics)

 

 

Ces résultats montrent que les consommateurs ont, en général, considérablement augmenté leur consommation de produits de luxe au cours des 30 dernières années à mesure que leur niveau de revenu réel augmentait. Récemment, cependant, comme l’illustre la figure 2, cette tendance s’est inversée, les revenus ayant souffert au cours de la récente période de récession et de reprise. Depuis 2007, année du début de la Grande Récession, la consommation de produits de luxe a diminué et n’a commencé que récemment à se stabiliser en 2012. De même, la consommation d’articles de première nécessité a commencé à augmenter en 2007 et a ralenti en 2012.

Comme l’illustre le graphique suivant, les parts relatives de la consommation de produits de luxe et de produits de première nécessité varient considérablement d’un groupe de revenu à l’autre. À partir des différents graphiques, on peut voir que, à mesure que le niveau de revenu augmente, les articles de luxe représentent une plus grande part du panier de consommation du consommateur. S’il est vrai que tous les groupes de revenu ont réduit leur consommation de produits de première nécessité au cours de la période d’analyse, le rythme auquel ils sont passés à consommer de plus grandes quantités de produits de luxe variait considérablement d’un groupe à l’autre. Comme les résultats du tableau 1 et de la figure 3 sont détaillés, les quintiles de revenu le plus bas et le plus élevé étaient les plus invariants au fil du temps en ce qui concerne leur consommation de produits de luxe. Les consommateurs à revenu moyen ont connu la plus grande variation de tous les groupes. Leur consommation de produits de première nécessité a diminué de 12,2 points de pourcentage au cours de la période analysée,

Part relative de la consommation réelle par quintiles de revenu (Source : Bureau of Labor Statistics)

 

Si la croissance des revenus continue d’être à la traîne pour les groupes à revenu faible à moyen, deux implications potentielles à long terme pour la croissance économique future viennent à l’esprit. Premièrement, alors que la consommation a progressivement rebondi après la récession, les tendances actuelles de la croissance des revenus et des inégalités de revenus modifient la combinaison de biens et de services que les consommateurs achètent. Alors que les modèles macroéconomiques ont tendance à se concentrer sur les effets de revenu moyen, il peut y avoir des informations utiles dans les modèles désagrégés.

Deuxièmement, dans la mesure où la consommation de l’éducation continue de diminuer en proportion de la consommation réelle pour tous sauf le quintile de revenu le plus élevé, cela peut exacerber la tendance des inégalités de revenu au cours des prochaines années; une éducation accrue est l’un des moyens les plus fiables d’accroître les revenus. Les quintiles de revenu le plus bas, le deuxième, le moyen et le deuxième plus élevés ont tous vu leur part de l’éducation diminuer considérablement au cours de la période d’analyse (8,1 à 2,6%, 2,8 à 1,2%, 2,5 à 1,1% et 2,6 à 1,6%). pour cent, respectivement). Le quintile de revenu le plus élevé a vu sa part de la consommation d’éducation rester relativement stable, ne diminuant que légèrement de 3,4 à 3,2 pour cent.

 

Michel Braibant


 

BIBLIOGRAPHIE

[1] Vers un système de comptes nationaux distributifs : méthodes et estimations des inégalités mondiales avec les données WID.world, Insee, https://www.insee.fr/fr/statistiques/4770254

[2] Interaction entre le revenu, la consommation et la richesse des ménages – statistiques sur les principaux résultats, https://ec.europa.eu/eurostat/statistics-explained/index.php?title=Interaction_of_household_income,_consumption_and_wealth_-_statistics_on_main_results

[3] https://ec.europa.eu/eurostat/statistics-explained/index.php?title=Concepts_for_household_consumption_-_comparison_between_micro_and_macro_approach

[4] Quel lien entre pouvoir d’achat et consommation des ménages en France aujourd’hui ? Une analyse par catégorie de ménages et par fonction de consommation, https://www.insee.fr/fr/statistiques/fichier/4176734/062019_dossier1.pdf

[5] Plus d’épargne chez les plus aisés, plus de dépenses contraintes chez les plus modestes, J. Accardo, S. Billot, Insee, https://www.insee.fr/fr/statistiques/4764600

[6] Réduction des inégalités : la redistribution est deux fois plus ample en intégrant les services publics, Insee, mai 2021,https://www.insee.fr/fr/statistiques/5371275?sommaire=5371304

[7] Les revenus et le patrimoine des ménages, Insee, Édition 2021, https://www.insee.fr/fr/statistiques/5371304

[8] https://ec.europa.eu/eurostat/statistics-explained/index.php?title=Interaction_of_household_income,_consumption_and_wealth_-_methodological_issues

[9] https://www.pewtrusts.org/-/media/assets/2016/03/household_expenditures_and_income.pdf

[10] https://www.clevelandfed.org/newsroom-and-events/publications/economic-commentary/2014-economic-commentaries/ec-201418-income-inequality-and-income-class-consumption-patterns.aspx

Tableau entrées-sorties mondial (T.E.S.)