Désindustrialisation par pays

Désindustrialisation par pays

La désindustrialisation par pays n’est pas nouvelle; mais elle s’est affermie entre 2000 et 2020 particulièrement en France. L’emploi industriel, y compris énergie, diminue de 2,5 millions de personnes entre 1974 et 2018, du fait de la concurrence étrangère et des délocalisations vers des zones où la main d’œuvre est moins chère La différence entre les emplois délocalisés à l’étranger et les emplois des filiales étrangères en France représente 1,3 millions de personnes en 2018, soit 53% de l’emploi industriel en France. En Allemagne ce pourcentage est de 17%, en Italie 12%,… .

Une situation financière souvent difficile et des fermetures d’usines ont souvent accompagné des désindustrialisations et ont eu des conséquences sur les sous-traitants et sur le bassin d’emploi d’une région entière. L’industrie agro-alimentaire est la seule branche où l’emploi a augmenté entre 1970 et 2019. Celui-ci a diminué de -700 000 personnes dans le textile-habillement, -400 000 dans la métallurgie et le travail des métaux, -200 00 dans les matériels de transport terrestres, etc… La part de l’industrie, hors énergie, dans la valeur ajoutée totale est de 11,5% en 2019 (ratio plus bas que nos principaux partenaires sauf le Royaume Uni).

Mais c’est surtout le solde des échanges extérieurs de biens qui est devenu de plus en plus déficitaire depuis 2004. Au total, et après correction des coûts d’acheminement des importations entre les frontières (correction CAF-FAB), le solde commercial des produits industriels et de l’énergie est de -94 milliards d’euros en 2021 dont -62 Md€ de produits industriels (-10 Md€ par rapport à 2020) et -32 Md€ de produits énergétiques (-17,5 Md€ par rapport à 2020). Le déficit commercial de ces deux biens se creuse de 27,5 Md€. Les données des autres pays de l’UE sont publiées ci-dessous montrant un solde commercial excédentaire.

C’est l’un des principaux points faibles de l’économie française. Notre économie ne peut-elle produire de nouveau des biens qu’elle importe de Chine ou d’Europe, notamment d’Allemagne, Italie, pays de l’Est, etc.. ? Faut-il faire de la réindustrialisation une priorité de la politique économique ?

 

De-industrialisation per country is not new, but it has intensified between 2000 and 2020, particularly in France. Industrial employment, including energy, has decreased by 2.5 million people between 1974 and 2018, dueto foreign competition and transfer of production facilities to areas with cheaper labor. Difference of employment between French affiliates located abroad and foreign affiliates in France is about 1,3 million persons in 2018, which equals53% of employment in manufacturing industries in France. thisratio is about 17% in Germany, 12% in Italy, etc ….

Difficult financial situations and plant closures have often accompanied de-industrialisation which had consequences on subcontractors and employment pool of an entire area. Agri-foods Manufacturing is the only branch where employment had increased between 1970 and 2019. It decreasedabout – 700 000 persons in textile and clothing, – 400 000 persons in cast and fabricated metal products, more than -200 000 persons in land transport equipment, and so on. The share of manufacturing industries, excluding energy, is 11.5% of total value added in 2019 (a ratio lower than our main partners’ one except United Kingdom).

But above all it’s manufacturing trade balance that has become increasingly in deficit since 2004. Balance of trade CIF-FOB (after adjusting for the costs of transporting imports between borders, i.e..transit) in manufactured and energy goods is – 94 billion euro in 2021 of which– 62 billion euro of manufactured goods ( – 10 billion comparing to2020) and – 32 billion euro of energy product (- 17,5 billion comparing to2020). Trade deficit in these two goods increasedby 27.5 billion in 2021. Figures of other countries in EU are below showing a positive trade balance.

This is one of the main weak points of French economy. Can’t our manufacturing  industries produce again the goods that are imported from China or Europe, especially Germany, Italy, Eastern Europe, etc….? Should we make re-industrialisation a priority of our economic policy?

 

 

SOMMAIRE

INTRODUCTION SUR LA DÉSINDUSTRIALISATION PAR PAYS

I – BAISSE DE L’EMPLOI INDUSTRIEL, QUASI-STABILITÉ DE LA PRODUCTION EN VOLUME DEPUIS 2000

II – LES FACTEURS DE LA DÉSINDUSTRIALISATION PAR PAYS

III – DÉTÉRIORATION DU SOLDE DU COMMERCE EXTÉRIEUR DÈS 2002

IV – LA SITUATION FINANCIÈRE DANS L’INDUSTRIE SE DÉGRADE DEPUIS 2000

V – INVESTISSEMENT, COMPÉTITIVITÉ ET CROISSANCE

 

Résumé

° La désindustrialisation par pays s’est affermie entre 2000 et 2019 surtout en France. Quelques économistes l’ont parfaitement analysé [1] (les nombres entre crochet renvoient à la bibliographie en bas de page). : « Il existe une histoire spécifique du décrochage industriel français, qui a abouti au recul le plus important au sein de l’Europe. L’Union européenne (UE) reste globalement performante en matière industrielle si on en juge par les parts de marché, les brevets, les spécialisations. C’est la France qui a décroché notamment parce qu’elle n’a pas tiré les conséquences macroéconomiques de son passage à l’euro. L’Hexagone réussit moins bien que les pays de l’Europe du Sud dont la compétitivité coût est meilleure que la sienne, moins bien que les pays d’Europe centrale et orientale qui, forts de leurs atouts en capital humain et de leur proximité avec l’Allemagne, ont une stratégie de pays émergents. La France est également en retrait par rapport à l’Allemagne et aux pays nordiques qui, grâce à leurs efforts de recherche et développement (R&D) et de montée en gamme, ont amélioré leur compétitivité hors coût« .

« La France s’est donc désindustrialisée, elle a perdu des parts de marché dans les exportations de la zone euro, et ses produits sont devenus moins compétitifs que ceux de ses principaux concurrents. L’exemple de l’automobile illustre ce décrochage spécifique de la France, fait de fermetures d’usines, de délocalisations en Europe de l’Est et en Afrique du Nord, à la différence de l’Allemagne, qui a su maîtriser sa chaîne de valeur, conserver sa production domestique tout en exportant et en s’implantant en Chine. On aurait pu donc s’attendre à ce que la France corrige ses faiblesses de compétitivité, adapte sa politique macroéconomique, s’engage dans les réformes structurelles tant différées et s’inscrive résolument dans une stratégie d’innovation. La France doit trouver les moyens nécessaires pour ne pas rester simple spectatrice de la réindustrialisation européenne« .

 

 

 

1/ Principaux ratios et évolutions : lesquels choisir ?

° Trois questions se posent quand on étudie la désindustrialisation par pays :

  • les données sont elles comparables : peut on comparer la valeur ajoutée de l’industrie entre les pays ?
  • à quels agrégats se référer : valeur ajoutée, production, emploi, solde extérieur, etc….
  • Qu’entend-on par industrie? En effet, il y a deux définitions de l’industrie selon que l’on inclut ou non l’énergie. 

 

° Les comparaisons de la part de l’industrie dans la VA sont délicates : le TES français en branche pure minore celle-ci d’un peu plus de 1%. Dans les autres pays,  où le TES est en secteur d’activité, l’industrie inclut les activités secondaires de services et de commerce (voir page Tableau ressources emplois). En France, leur proportion dans le secteur d’activité est de plus de 10% de la production. Certes la VA de la branche industrie en France inclut la VA des secteurs d’activités de services qui produisent de l’industrie comme activité secondaire. Mais cette part est faible : moins de 2% de la production de ces secteurs. En outre, la VA des activités secondaires de services du secteur industrie est proportionnellement plus élevée que la VA de la seule industrie, en proportion de la production. En Allemagne, la VA du secteur d ‘activité industrie représente 22% en 2018 quand la VA de la branche industrie n’en représente plus que  18,5% (voir page Comptabilité nationale et comparaisons internationales). L’un dans l’autre, il faut rehausser la part de la VA de l’industrie française de 1% pour la comparer aux autres pays (tableau suivant : France corrigé).

° La part de l’industrie hors énergie, dans la VA totale en prix courants est de 11,5% « corrigé »  en 2020 et 12,3% en 2019 contre 18,1% en 1995, ratio plus bas que la plupart de nos principaux partenaires sauf le Royaume Uni.  Elle est de 21,5% en Allemagne en 2019 presque comme en 1995 (22,7%) et de 16,2% dans l’UE en 2019 (16,4% en Italie). Cette part baisse très peu dans certains pays de l’est de l’UE (24% en Tchéquie soit autant qu’en 1995).

Part de la valeur ajoutée de l’industrie manufacturière en prix courants dans la valeur ajoutée totale en %

 

° Cette évolution globale vers la désindustrialisation par pays est donc bien plus marquée en France que dans la plupart des économies comparables. La part occupée par l’industrie dans la valeur ajoutée globale en France se révèle bien plus inférieure à la moyenne européenne en 2020 qu’en 1995. La France se présente comme l’économie la plus désindustrialisée du G7 en dehors du Royaume-Uni (9,1%) sachant que  la composante énergétique y est plus importante. La part aux États-Unis est supérieure (13,9%). C’est en 2000 que la baisse de cette part s’accélère en France. Les deux courbes de la France et de l’Espagne sont très proches. Tout au plus, la chute est en partie limitée en France entre 2010 et 2019.

° Certes cette évolution est-elle quelque peu freinée en volume (prix chaînés) du fait d’une hausse relative jusqu’en 2000. Du coup, la part de la VA de l’industrie dans la VA totale « corrigée » en prix chaînés diminue légèrement de 12,9% en 1991 à 12,2% en 2020 (12,6% en 2019). Elle était de 13,4% avant la crise de 2008. Les premières années de la décennie 2000 sont des années charnières. C’est en 2003 que la part en volume commence à diminuer en partie parce que les prix des consommations intermédiaires (CI) de la branche industrie semblent avoir anormalement trop augmenté (voir ci-dessous) permettant à la VA en volume de croître plus que la production. La part de la VA en prix chaînés se maintient quelque peu après la crise 2009. Mais en prix chaînés, on ne retrouve pas cette baisse relative dans plusieurs pays : Allemagne, Corée, Japon, États-Unis. 

 

Part de la valeur ajoutée de l’industrie manufacturière en prix courants dans la valeur ajoutée totale en %Désindustialisation par pays

Part de la valeur ajoutée de l’industrie manufacturière en prix « chaînés » dans la valeur ajoutée totale en %désindustialisation par pays

 

° Pour des raisons de commodités statistiques mais surtout économiques, on calcule aussi cette part, de même que d’autres agrégats (solde extérieur par exemple) y compris énergie. L’industrie, y compris énergie, compte pour 23,5 % de la valeur ajoutée globale en Allemagne en 2020 mais 24,8% encore en 2019, 19,5 % en Italie, 16,1 % en Espagne. La France (14,6% ré-estimé), pourcentage proche de celui des Pays-Bas, ne se présente plus comme l’économie la plus désindustrialisée du G7, la part aux États-Unis étant inférieure (13,9%) comme celle du Royaume-Uni (13%). Le léger frémissement en France entre 2010 et 2019 (la part de la VA est stable autour de 14%) est à relativiser. D’une part, il concerne uniquement l’énergie : la part de l’industrie manufacturière baisse légèrement de 0,3 point. D’autre part, il se retrouve dans d’autres pays : cette part progresse de 0,3 points dans l’UE des 28 pays entre 2010 et 2019.

° En revanche, en volumes chaînés, cette part baisse plus en France (14,9% ré-estimé en 2020 contre 17,4% en 1997) que celle de l’industrie manufacturière et plus qu’aux États-Unis (66,3% en 2020 comme en 1997).

Part de la valeur ajoutée de l’industrie y compris énergie en prix courants dans la valeur ajoutée totale en %désindustialisation par pays

Part de la valeur ajoutée de l’industrie y compris énergie en prix « chaînés » dans la valeur ajoutée totale en %désindustialisation par pays

 

 

° Du coup, la part de la France dans la valeur ajoutée de l’industrie manufacturière dans l’UE s’est réduite de 20% entre 2000 et 2019 (graphique suivant), moins toutefois que celle du Royaume-Uni. Les parts de l’Allemagne et Autriche ont augmenté, ainsi que surtout celle des autres pays de l’est de l’UE.

 

Évolution de la part de la VA de l’industrie en % de la VA de l’industrie dans l’UE en prix courantsdésindustialisation par pays

 

° À noter enfin que le processus de désindustrialisation par pays est assez difficile à analyser en se référant aux comptes nationaux : la VA de l’industrie manufacturière en volume augmente de 14,5% entre 2000 et 2017 en France. Mais la production en volume n’augmente que de 2,5% durant la même période. Cette divergence vient des évolutions élevées des prix des consommations intermédiaires (CI) par l’industrie, ce qui a pour effet de les faire baisser en volume durant cette période. Tout ceci pour dire qu’il vaut presque mieux se référer à la production qu’à la VA en volume pour juger de l’évolution de l’industrie en France.

° Il reste que la VA de l’industrie manufacturière baisse de 3,0 % en volume en France entre 2010 et 2020, tandis qu’elle augmente de 10,6 % dans l’ensemble de l’Union européenne à 27 pays, hausse un peu gonflée certes du fait de l’Irlande (voir page PIB irlandais.) La désindustrialisation par pays frappe donc particulièrement la France.

° Cette divergence entre l’évolution de la VA en volume de l’industrie et sa production en volume se retrouve dans d’autres pays, mais pas dans tous.

 

Valeur ajoutée de l’industrie manufacturière dans l’Union européenne : prix de l’année précédente chaînés, indice base 100 en 2010, en %

 

° Plusieurs types d’indicateurs existent ainsi pour mesurer la désindustrialisation par pays [2] :

  • l’évolution de la production et de la valeur ajoutée (VA) de l’industrie en volume,
  • la part de l’industrie dans la VA globale en valeur et en volume,
  • l’évolution de l’emploi et des heures travaillées, ainsi que des filiales françaises à l’étranger
  • des indicateurs divers : solde de la balance commerciale de biens manufacturés et énergétiques, rentabilité et solde des fermetures et ouvertures d’usines, positionnement sectoriel vers le « haut de gamme » ou le « bas de gamme« , équipement vétuste, évolution de la FBCF en machines et équipements, robots par employés, part de la R&D dans le PIB,..

° Ce sont ces derniers qui seraient les plus significatifs, étant étroitement liés entre eux. Ils permettent d’identifier par ailleurs les causes profondes de la désindustrialisation en France. On les étudie au chapitre 3 : délocalisations, concurrence étrangère, gains de productivité importants, externalisation des services, dépenses de R&D et d’équipements assez moyennes, rentabilité assez faible. Mais en réalité, ces facteurs sont plus nombreux : désertification, absence de liaisons entre les villes moyennes,  rapports entre sous-traitants et grands donneurs d’ordres plus tendus que dans d’autres pays, PME industrielles très nombreuses en Italie et en Allemagne, relations étroites des entreprises industrielles de ce pays avec celles des pays de l’Est de l’UE, « idéologie très élitiste éloignée de la science et de l’industrie » en France, manque d’anticipation de l’administration française, etc… .

° Ce n’est pas un hasard si le géant américain des semi-conducteurs Intel a choisi l’Allemagne pour installer en Europe une usine qui doit accroître la souveraineté du continent pour la production de composants de pointe. C’est la région de Dresde, cœur de la « Silicon Saxony » accueillant déjà des grands noms des puces électroniques, qui serait la mieux placée. Une usine d’assemblage devrait être créée en Italie.

° Certes quelques efforts ont été entrepris : États généraux de l’industrie en 2010. Mais ils n’ont abouti à aucune mesure concrète. L’observatoire du «Fabriqué en France» mis en place en 2010 n’a pas non plus donné de résultats probants, freinant toutefois la baisse de la part de l’industrie (voir ci-dessus).  La meilleure disposition pour l’industrie tenait à la réforme des universités menée par V. Pécresse, parce qu’elle rapprochait à terme les entreprises des universités et créait un cadre pour que les universitaires mettent leurs capacités d’innovation au service de la production. Plus récemment, Les startups industrielles correspondent à de jeunes entreprises innovantes qui ont vocation à créer des productions industrielles. Représentant aujourd’hui 12% des startups en France, elles contribuent à la réindustrialisation des territoires : 62 % des sièges de ces entreprises sont situés hors de l’Île-de-France.

° Mais peut on renverser la tendance à la perte d’industries de base (équipements, machines, métallurgie, automobile,…) ? Existe-t-il une volonté politique ? Ainsi le secteur automobile a affiché un déficit historique de sa balance commerciale de l’ordre -18 milliards d’euros en 2021. Ce déficit s’accroît régulièrement depuis 2010. En 2000, le commerce extérieur de la filière automobile française se traduisait pourtant par un excédent de 9,4 milliards, qui a culminé en 2004 à 12,3 milliards d’euros. Puis il a ensuite plongé : -3,7 milliards en 2010, -15,4 milliards en 2020. Bref l’état de l’appareil productif de l’ industrie française peut inspirer de sérieuses inquiétudes. Certaines études prédisent un rebond de la part de l’industrie à 12,5% en 2030. On peut toujours l’espérer ?

 

 

 

 

2/ Ainsi la désindustrialisation par pays n’est pas de même ampleur dans l’UE

° Certes l’emploi industriel baisse presque partout mais avec de fortes nuances. De plus, les indicateurs les plus significatifs sont au vert dans certains pays (Allemagne, Autriche, Suède, Pays Bas,…) avec ici aussi de fortes disparités. La France et le Royaume Uni sont les plus touchés par la désindustrialisation par pays en terme d’emplois et de déficit extérieur. 

°  L’Allemagne ne connaît pas ce phénomène avec une balance commerciale excédentaire même si les effectifs industriels baissent de 5% entre 1995 et 2017, ce qui n’a rien à voir avec la baisse de 25% en France. Que dire des Pays Bas avec un excédent commercial des biens de  87 Mds de dollars même si les exportations de biens sont artificiellement gonflées par les ré-exportations (services logistiques d’entreposage et de groupage à Rotterdam) et par le négoce international (achats de marchandises pour être revendus sans franchissement de la frontière). Comment parler de désindustrialisation en Russie avec un excédent commercial de 193 Mds de dollars même si celui ci provient de l’énergie et des matières premières, et même si de nombreuses d’usines ont fermé depuis la fin de l’ère soviétique ? Dans une certaine mesure, l’Italie avec un solde commercial des biens de +56 Mds de dollars, des effectifs industriels qui baissent de 15% et 185 robots pour 10000 employés dans l’industrie ne subit pas plus ce phénomène de désindustrialisation par pays qu’en France, même si sa production industrielle baisse un peu alors qu’elle stagne en France entre 2000 et 2017.

° Tout au plus, un rebond de l’industrie française, perceptible avant l’irruption de la crise sanitaire, semble se confirmer depuis 2017 . Tendance inédite depuis de nombreuses années, le solde des créations et des destructions d’emplois industriels a été positif en 2017, 2018 et 2019. Le nombre d’emplois salariés dans l’industrie, y compris énergie, est passé de 2729 milliers en 2017 à 2812 milliers de personnes à la fin de l’année 2019, soit plus de 80 000 emplois supplémentaires. Il faut y voir une forme de conversion des esprits à la nécessité de la ré-industrialisation de la France ainsi que le fruit des politiques de compétitivité menées ces toutes dernières années. La mise en place, par exemple, des 127 sites industriels clés en main sur tout le territoire, les différentes mesures transverses (fiscalité,  formation professionnelle…) ont amélioré l’attractivité de la France. L’annonce récente du plan France 2030 constitue la traduction la plus éclatante dans les faits de cette prise de conscience et de ce sursaut.

° Mais cette embellie n’a pas fait disparaitre les fragilités profondes de notre appareil productif, mises en lumière par la crise sanitaire. Celle ‑ci a eu l’effet, dans le débat public, d’un électrochoc. Les fragilités résultant de la désindustrialisation ont éclaté au grand jour : masques, respirateurs,  équipements médicaux et produits stratégiques, certains vitaux, ont fait cruellement défaut lorsque la France a dû affronter l’épidémie.

° Les pays occidentaux, particulièrement en Europe, et en son sein singulièrement la France, ont réalisé alors que les « chaînes de valeur » s’étaient complexifiées : elles sont désormais profondément morcelées et difficiles à maîtriser (voir page chaînes de valeur mondiales). Avec la globalisation des échanges économiques, une logique de flux s’est substituée, dans la production industrielle, à une logique de stock , entraînant un renforcement des dépendances à l’égard de certains produits ou intrants stratégiques, avec un risque de rupture de la continuité des approvisionnement.

 

 

 

 

INTRODUCTION

Que signifie la notion de désindustrialisation par pays [6] ? Il est difficile de l’apprécier et donc d’en faire un diagnostic parfait. Faut-il suivre la valeur ajoutée (en valeur ou en volume), la production ou encore les heures travaillées ?

 

 

1/ production ou valeur ajoutée industrielle ?

La comptabilité nationale donne deux mesures de l’activité de l’industrie : la production et la valeur ajoutée de chaque branche. Ces deux mesures répondent à des besoins différents :

— la connaissance de la production (nationale) d’un produit est nécessaire pour équilibrer les emplois et les ressources de ce produit. Schématiquement, production + importations + marges = consommation + formation de capital + exportations ;

— la valeur ajoutée mesure la contribution exacte apportée par une industrie déterminée à la richesse nationale. Elle est égale à la valeur de la production de cette industrie, diminuée de la valeur des biens produits par d’autres industries et consommés au cours de la production considérée. La valeur ajoutée d’une industrie est égale à la somme des salaires, des impôts et des revenus des entreprises.

Or pour ces deux variables, des divergences d’évolution sont significatives en volume (prix chaînés base 2014) de l’industrie y compris énergie. En volume, on observe entre 2000 et 2017 pour cet ensemble : Production : +2,5%, Valeur ajoutée (VA) +11,3%, CI – 1%.

Que conclure de telles divergences? La VA en volume est calculée par la méthode de la double déflation (calcul de la production en volume et de la CI d’une en volume, d’où par différence calcul de la VA en volume). Est-elle plus fragile en France entre 2000 et 2007 que dans les autres pays, compte tenu d’une surestimation des évolutions des prix des CI par l’industrie qui entraînent une baisse des CI en volume de la branche industrie, donc une hausse non négligeable de la VA? Le graphique suivant présente les 3 courbes en volume pour l’industrie (y compris énergie).

 

En particulier la baisse très forte du prix de la consommation finale des ménages en matériel informatique et téléphonie mobile (-8% par an entre 1995 et 2017) mériterait d’être confirmée. Elle entraîne une moindre baisse du prix de la CI de ces produits qui se répercute sur les prix de la CI des branches industrielles, lesquels augmentent plus que les prix de production (car les autres prix des produits industriels sont orientés à la hausse). Le cas extrême est celui d’une hausse du prix des matériel informatique et électroniques  par la branche « matériels de transports ». Du coup le prix de la VA de l’industrie baisse et son volume augmente. Peut on conclure que la croissance de la VA en volume de l’industrie serait surestimée de 0,1% par an entre 1995 et 2007 ?

  • Le graphique suivant montre qu’on retrouve les divergences d’évolution de la production et de la VA en volume dans d’autres pays (États Unis, Belgique, Pays Bas) mais pas dans tous (Suède, Italie,…). L’Allemagne ou la Finlande se situent entre ces deux groupes : la croissance de la VA de l’industrie y est supérieure de 5 points à celle de la production. En France (comme en Belgique), le contraste est plus saisissant car la VA augmente de 14% quand la production diminue de -2%. 
  • Il reste que quelques pays (Royaume Uni, Finlande, Suède) ont un prix de VA de l’industrie en baisse entre 2000 et 2017. Mais ils ne représentent pas la majorité. De nombreux pays (Allemagne, Italie, Espagne Royaume Uni, États-Unis,…) ont un prix de VA de l’industrie qui augmentent d’au moins +15% durant cette période (+13% pour l’UE).

 

désindustrialisation par pays

 

 

 

On retrouve bien cet écart en France pour la plupart des grandes branches industrielles sauf dans les matériels de transport : dans l’automobile, la production baisse de -20% de 2000 à 2017 mais la VA de -36%. L’écart est de -16%, donc dans l’autre sens.  De même, dans les autres matériels de transport que l’automobile, la production augmente de 100% et la VA de 26%, soit un écart de -74%. 

désindustrialisation par pays

Entre 1995 et 2017, ces divergences sont encore plus accentuées dans l’automobile. Rappelons que la VA y représente seulement 22,5% de la production en 2016, soit moins que la moyenne européenne (27%), dont 34% en Allemagne. On retrouve d’ailleurs à peu près le même écart dans les autres matériels de transport : 23,5% en France, 29,5% dans l’UE et 33,5% en Allemagne.

 

désindustrialisation par pays

 

Comment expliquer de telles évolutions ? La relation est loin d’être parfaite ce qui limite la portée de cette seule explication. Mais on observe néanmoins que dans les pays où la VA des matériels de transport a progressé ou stagné (+98% en Allemagne, +1% en Italie), production et VA de l’ensemble de l’industrie évoluent de manière plus rapprochée. En revanche, en France ou en Belgique, où la VA en matériels de transport diminue, l’écart est assez important entre l’évolution de la VA de l’industrie et la production de l’industrie.

En France, les consommations intermédiaires représentent 69 % de la production dans l’industrie manufacturière. On comprend l’enjeu d’en améliorer la productivité. Il semble que les pays où cette productivité des CI ait le plus progressé depuis 2000, soient la France, les Pays Bas, les États-Unis, la Belgique. Cette productivité augmenterait moins en Allemagne, en Italie et en Suède.

 

 

 

Si on se réfère à la production en volume, il y a bien eu désindustrialisation en France depuis 2000, de manière plus prononcée que dans la plupart des pays (du moins ceux pour lesquels on dispose de statistiques sur la production en volume à partir de la base STAN de l’OCDE), à l’exception de quelques pays comme l’Italie et le Royaume Uni, où la production en volume baisse plus qu’ en France.

 

Les évolutions en valeur en France donnent des résultats totalement différents entre 2000 et 2017 : Production + 22,1 %, VA +14,1% , CI : +33,1%. Ce sont donc les évolutions de prix de ces agrégats qui expliquent les divergences avec les évolutions en volume

Entre 1990 et 1999, production et CI en volume évoluent presque au même rythme du fait de la méthode de construction du TEI qui impose une certaine stabilité des coefficients techniques en volume d’une année à l’autre, contrairement à la période 1999-2017.

La méthode a changé depuis la base 2000 : il s’agit de caler la VA et les CI sur la statistique d’entreprise au niveau global et dans une moindre mesure par activités. Ainsi c’est en partie le changement de méthode de la base 2000 qui a provoqué une divergence d’évolution de la production et des CI en volume entre 2000 et 2017.

 

Ainsi, on se réfère à la production en volume et à  la VA en volume, complétée par les évolutions de l’emploi. Mais il est assez difficile de commenter des séries divergentes de VA et de production : certains économistes se référent à la valeur ajoutée. Mais dans les branches industrielles (telle l’automobile) les comités professionnelles commentent plus les données sur la production, par exemple les immatriculations de voitures neuves.

 

 

2/ l’emploi industriel

Pour la productivité du travail ou pour des ratios mesurant la part de l’industrie dans l’économie (compte tenu des doubles comptes liés par exemple à la sous-traitance), voire pour des séries longues par exemple sur plus de 30 ans, on retient la VA. En effet, seules les VA sont additives. On peut ainsi se référer à la part de l’industrie dans la VA globale en volume et surtout en valeur, puis à l’évolution de la valeur ajoutée en volume. On peut ensuite observer les effectifs « en personnes physiques » ou en « équivalents temps plein » (qui prend en compte le temps partiel) en suivant à nouveau, les évolutions ou la part de l’industrie manufacturière dans le total des effectifs. Avec 10,3 % de l’emploi intérieur total par branche en nombre de personnes en 2018, la désindustrialisation semble avérée en France, non seulement parce que ce pourcentage a diminué mais aussi parce qu’il est très bas. 

 

 

3/ les autres indicateurs plus pertinents de la désindustrialisation par pays

D’autres indicateurs sont pertinents comme le taux de marge (rapport entre l’excédent brut d’exploitation et la valeur ajoutée), l’évolution des exportations et surtout celle du solde du commerce extérieur (négatif, il traduit une désindustrialisation par pays surtout s’il était positif dix ans plus tôt). L’évolution du contenu en importations des emplois intérieurs (consommation finale, consommation intermédiaire et formation brute de capital fixe) est aussi un indicateur pertinent. Une hausse de ces ratios traduit une désindustrialisation : ce qu’on produisait auparavant est désormais importé.

Enfin, l’externalisation des services peut traduire une désindustrialisation « artificielle » et  expliquer une baisse de la valeur ajoutée industrielle. En effet, si une entreprise industrielle a une activité auxiliaire de services, par exemple l’activité « expertise comptable », celle-ci est incluse dans la valeur ajoutée de l’entreprise industrielle et donc dans la valeur ajoutée industrielle. Si l’entreprise décide d’externaliser cette tâche, alors la valeur ajoutée de l’activité d’expertise comptable bascule dans la valeur ajoutée des services.

 

Ainsi, la désindustrialisation par pays, qui n’est pas récente, se renforce en France entre 2000 et 2017, avec tout au plus une décélération de ce phénomène depuis 2012 : c’est ce qui ressort du faisceau d’indicateurs issus de la comptabilité nationale, en comparant la France à ses principaux partenaires européens.

Elle se caractérise par plusieurs critères concomitants :

  • un recul de la part de la branche industrielle dans la valeur ajoutée globale à prix courants ;
  • un recul de l’emploi industriel qui atteint un niveau très bas ;
  • une quasi stabilité de la production en volume depuis 2000;
  • une situation financière assez difficile avec des fermetures d’usine plus importantes que les ouvertures;
  • une dégradation du solde extérieur à partir du milieu des années 2000, marquée par la hausse de la part des importations dans les achats des ménages ou ceux des entreprises
  • la perte de compétitivité sur les marchés étrangers.

La France subit de plein fouet ces phénomènes entre 2000 et 2017 comme dans l’industrie automobile. Sa valeur ajoutée est 10 fois moins élevée en France qu’en Allemagne en 2017.

Ce phénomène n’est certes pas nouveau mais il s’amplifie avec des à coups : la désindustrialisation apparaît au milieu des années soixante-dix. Dès 1975, l’emploi industriel baisse tandis que celui des services marchands continue de croître. À la même époque, la part de l’emploi industriel commence à baisser. En 1980, on note un décrochage entre l’évolution de la valeur ajoutée en volume de l’industrie et celle des services marchands (graphique suivant).

 

Désindustrialisation par pays

Désindustrialisation par pays

 

 

 

 

 

 

I – BAISSE DE L’EMPLOI INDUSTRIEL, QUASI STABILITÉ DE LA PRODUCTION EN VOLUME DEPUIS 2000

 

La désindustrialisation est d’abord nette en terme d’emplois. Le graphique suivant, élaboré à partir des séries longues de l’INSEE, illustre en valeur absolue l’effondrement continu des effectifs de l’industrie française (salariés et non-salariés, à temps plein ou pas) entre 1970 (5,1 millions) et 2018 (2,9 millions), soit une baisse de 2,2 millions (la baisse annuelle moyenne s’élevant à environ 46 400 personnes), sachant que l’emploi industriel a connu historiquement son plus haut niveau en France en 1974, avec 5,4 millions de personnes (ce sommet a été atteint au milieu des années 1960 au Royaume-Uni et au milieu des années 1950 aux États-Unis).

En valeur relative, les effectifs dans l’industrie sont ainsi passés de 24 % à 10,3 % de la population active à peine entre 1970 et 2018 (15 % en 2000). Mais le graphique du résumé témoigne cependant du caractère non linéaire de cet effondrement, deux paliers pouvant être identifiés au tournant des années 1990 et 2000. La crise de 2007-2008 en a encore aggravé le mouvement.

Tandis que l’emploi industriel a perdu près de 47 % de ses effectifs entre 1974 et 2018, l’emploi des services marchands a été plus que doublé, permettant à l’emploi global de croître de 1,4 % par an . Le différentiel de croissance entre les deux évolutions s’est maintenu au même rythme depuis 1974. Les heures travaillées dans l’industrie chutent en France entre 2000 et 2017 de – 24 %. L’emploi industriel diminue de 832 milliers d’effectifs entre 2000 et 2017. Tout au plus, observe t on un  ralentissement de cette baisse depuis 2009 (-272 milliers d’effectifs entre 2009 et 2018).

En comparaison avec d’autres pays développés, le cas de la France est loin d’être isolé comme l’indique les tableaux suivants. Ainsi, sur la période 1995-2019, la Belgique, la Suède, (voire l’Espagne entre 2010 et 2020) ont affiché une baisse de l’emploi manufacturier (hors énergie) comparable  en valeur relative (autour de 1,2% par an). L’effondrement est encore plus spectaculaire au Royaume-Uni (- 1,9 %). Mais la baisse est en revanche plus contenue dans le cas des Pays-bas (- 0,6% entre 2000 et 2019) ainsi qu’en Italie (-0,7%), Elle est même quasi négligeable en Allemagne (-0,1%). On note même une légère hausse en Pologne ou en Tchéquie permettant une baisse de -0,5% dans l’UE (-0,6% dans la zone euro).

Évolution annuelle moyenne de l’emploi dans l’industrie manufacturière par pays entre 1995 et 2020 en  %

Évolution annuelle moyenne de l’emploi dans l’industrie y.c. énergie par pays entre 1995 et 2020 en  %

Le nombre de personnes occupées fait apparaître l’évolution de l’emploi dans le secteur de l’industrie. Il correspond au nombre total de personnes travaillant dans l’unité considérée ainsi qu’aux personnes travaillant à l’extérieur de l’unité tout en faisant partie de celle-ci et en étant rémunérées par elle. Le nombre d’heures travaillées atteste l’évolution du volume de travail effectué. Le nombre total d’heures effectuées représente la somme des heures effectivement travaillées pour assurer la production de l’unité d’observation au cours de la période de référence. Cet indicateur complète donc le précédent. De nouveau la part des heures travaillées dans l’industrie y.c. énergie en France (minorée d’ailleurs de l’ordre de 1%) n’est pas la plus faible 10,8% contre 10,1% au Royaume-Uni. Le pourcentage des Pays-Bas est aussi plus faible (10,3%). Mais il l’était déjà en 1995.

Milliers d’heures travaillées par branches (ou secteurs d’activités) en % du total égal à 100%

 

 

1) La désindustrialisation s’affirme en France : baisse importante des heures travaillées et même de la production en volume depuis 2000; la valeur ajoutée résisterait mieux

 

a) La valeur ajoutée

En Allemagne, on n’observe pas de désindustrialisation comme l’indiquent les deux graphiques suivants. La part de la VA de l’industrie en France dans la VA de l’industrie y.c. énergie dans l’UE des 28 pays dépasse à peine les 10% en 2020 contre 14% en 1995. On retrouve des tendances analogues pour la part de la seule industrie en France dans la VA totale des 28 pays. La part de la VA des autres pays de l’UE (essentiellement les pays de l’Europe de l’est) ne cesse d’augmenter de 7,5% en 1995 à 19,4% en 2020.

Part de la VA de l’industrie (y.c. énergie) de chaque pays en % dans la VA de l’industrie (y.c. énergie) dans l’UE en prix courants

Part de la VA de l’industrie (hors énergie) de chaque pays en % dans la VA de l’industrie (hors énergie) dans l’UE en prix courants

 

En 2018, la part de la VA de l’industrie (y compris l’énergie) est quasiment la plus faible en France en monnaie courante : 13,7% (18,9 % en 2000). Cette part est de 25,4 % en Allemagne quasiment comme en 2000 (ce qui témoigne du décrochage français impressionnant avec le voisin d’outre-Rhin – dont elle a été longtemps le challenger -, où ce secteur reste une valeur sûr). Plus inquiétant, la France se situe aussi en retrait par rapport à des pays comme l’Italie (19,7 %), voire  l’Espagne (16 %). Maigre consolation, elle ne devance que celle du Royaume-Uni (13 %) dont la part était nettement plus importante en 1995 parmi les grands pays de la zone.

Certes cette VA est sous estimée de l’ordre de 1,5% en France par rapport aux autres pays : l’industrie est une branche pure alors qu’elle inclut pour un peu moins de 10% des services dans les autre pays. Pour comparer la VA industrielle à celle des autres pays il faut se référer aux TES symétriques disponibles jusqu’en 2018. Les différences relatives entre la France et les autres pays sont plus faibles : la part de l’industrie-énergie en France y est de 14,5% en 2018 contre 21,4% en Allemagne (l’écart de 7 points est sensiblement réduit par rapport au TRE où il était de plus de 11,5 points, 10 points une fois le TES français re-estimé), Cette part est de 20% en Italie, et seulement 9,8% au Royaume Uni. On ne dispose pas des données de l’Espagne et la Belgique.

 

Part de la VA en valeur de l’industrie y compris énergie dans la VA totale en Europe selon le TES symétrique en 2010 et 2018 en %

 

 

Part de la VA en valeur de l’industrie manufacturière dans la VA totale en Europe selon le TES symétrique en 2010 et 2018 en %

 

La VA de l’industrie (y compris énergie) augmenterait de 11,3 % en volume en France (voire même +14% pour l’industrie manufacturière hors énergie), soit nettement moins qu’en Allemagne (+36%), et que dans l’ensemble de l’Union Européenne, hors Royaume Uni (+27%); elle baisse légèrement en Italie et au Royaume- Uni. Mais encore une fois, la croissance française, reposant sur des données perfectibles, serait sur-estimée entre 2000 et 2007.

Évolution de la valeur ajoutée de l’industrie y.c. énergie en volume base 100 en 2000

Évolution de la valeur ajoutée de l’industrie manufacturière en volume base 100 en 2000

 

 

b) la production

S’agissant de la production de l’industrie y.c. énergie en volume (on dispose des données de quelques pays en utilisant aussi la base STAN pour les États-Unis), celle ci est moins élevée en France en 2020 qu’en 2000 (-6%). Au contraire elle est bien plus élevée en Allemagne de près de +20% et aux Pays Bas (+19%), voire dans les pays scandinaves (Danemark surtout pour l’industrie manufacturière du fait de la production d’éoliennes) même si la crise de 2008 a fortement affecté l’industrie dans tous ces pays. Les États-Unis ne se démarquent pas de nombreux pays européens avec un indice y.c. énergie de 102 en 2020 base 100 en 2000  et hors énergie de 98. Mais le contraste est surtout marqué avec les pays de l’Est de l’Europe dont l’indice est proche de 200 en 2020. En France, l’indice est encore plus bas pour la seule industrie manufacturière : 88 en 2020 base 100 en 2000

Évolution de la production de l’industrie y.c. énergie en volume base 100 en 2000

Évolution de la production de l’industrie manufacturière en volume base 100 en 2000

 

 

 

 

 

 

 

2) Des gains de productivité industriels du travail en France comme dans l’UE

Les gains de productivité de l’industrie manufacturière seraient assez élevés en France : +2,6% par an entre 1995 et 2020 (mais cette croissance provient de la période 1995-2000).  Ils sont de +2,5 % dans l’UE, +1,8% en Allemagne et +1,1 % en Italie. Ces derniers pays perdent moins d’emplois en créant des emplois peu rémunérés. Les PME et les PMI s’y sont mieux maintenues qu’en France, faisant subsister un tissu industriel régional. Le déclin relatif de l’industrie en France ne signifie pas faible croissance de la productivité horaire du travail. On note toutefois un très net infléchissement de cette hausse avec les crises entre 2007 et 2010 ainsi qu’en 2020.

 

a) La spécificité française

Ainsi si les gains de productivité sont les mêmes en France et dans l’UE, ni la VA, ni les heures travaillées n’évoluent au même rythme. Ces dernières diminuent de -1,6% par an entre 1995 et 2020 contre -1% dans l’UE. La VA progresse de 1% par en France contre +1,5% par an dans l’UE. La comparaison  France-Allemagne est exemplaire : Les heures travaillées ne diminuent que de -0,6% par an. La VA augmente de 1,2%, soit une hausse de la productivité horaire de +1,8% par an, moindre qu’en France.

Autre exemple, durant la décennie 2010, la VA de l’industrie y.c. énergie augmente de 0,9% par an dans l’UE contre une stabilité en France. Les heures travaillées diminuent de -1,1% en France contre -0,4% dans l’UE. La productivité horaire évolue à peine plus vite dans l’UE.

La comparaison avec le Royaume-Uni est plus délicate. On ne dispose pas des données de 2020. Les tableaux suivant montrent donc une évolution annuelle moyenne entre 2010 et 2019 pour ce pays. Il reste que les heures travaillées augmentent de 0,3% par an durant cette décennie contre +0,5% par an pour la VA de l’industrie, soit une faible hausse de la productivité (+0,2%). Mais il est vrai que ces heures avaient très fortement chuté avant 2010.

En France, les heures travaillées baissent partout (sauf dans la pharmacie) même dans les branches à croissance assez forte de la VA (matériel de transport, chimie). Les heures travaillées diminuent fortement dans le textile habillement. La productivité horaire du travail est en forte hausse dans la plupart des branches (parfois supérieure à +3 % par an depuis 1995). Par contre, elle progresse faiblement dans l’automobile voire dans les IAA, ce qui permet une baisse réduite des heures travaillées.

 

Évolution annuelle moyenne de la VA en volume dans l’industrie manufacturière en %

Évolution annuelle moyenne des heures travaillées dans l’industrie manufacturière en %

Évolution annuelle moyenne de la productivité horaire dans  l’industrie manufacturière en %

Évolution annuelle moyenne de la VA en volume dans l’industrie y.c. énergie  en %

Évolution annuelle moyenne des heures travaillées dans l’industrie y.c. énergie en %

Évolution annuelle moyenne de la productivité horaire dans  l’industrie y.c. énergie en %

Évolution annuelle de la productivité horaire dans  l’industrie y.c. énergie base 100 en 1995 en %

 

 

b) Chute de l’emploi industriel en France depuis plusieurs décennies

L’industrie représentait 22 % des heures travaillées en 1974 (point culminant) puis 13,7% en 2000 et enfin 9,6 % en 2020 (qu’on peut estimer à 10,6% quand on compare aux autres pays); soit une baisse du niveau de 44 % entre 1974 et 2020. Les effectifs sont passés de 5,1 millions (5,4 millions en incluant l’énergie) à 2,6 millions (respectivement 2,9 millions) entre les deux années malgré un léger rebond depuis 2018. Les activités déjà en recul ont poursuivi leur diminution, cependant que celles jusqu’alors épargnées sur longue période (industries agro-alimentaires, fabrication de produits informatiques, électroniques, optiques) ont été touchées à leur tour. Ce ne sont pas les quelques milliers d’emplois en plus en 2018 et 2019 qui modifient cette évolution.

Dans le détail, les branches industrielles ont connu des évolutions différenciées. La branche« industries extractives » et « fabrication de textiles, industries de l’habillement, industrie du cuir et de la chaussure » a perdu 88 % de les effectifs entre 1970 et 2019. La part de cette dernière branche dans la valeur ajoutée industrielle s’est effondrée – de 7,5 % à 1,5 %. En effectifs absolus, les deux tiers des destructions nettes d’emplois industriels sont concentrés dans les branches « fabrication de textiles, industries de l’habillement, industrie du cuir et de la chaussure » (– 728 000), « métallurgie et fabrication de produits métalliques, hors machines et équipements » (– 374 000), « autres industries manufacturières » (– 210000) et « fabrication de matériel de transport » (– 209000). Néanmoins, la part de ces branches dans la valeur ajoutée industrielle s’est globalement maintenue et a même sensiblement augmenté dans le cas de la fabrication de matériel de transport.

Emploi intérieur total dans l’industrie manufacturière en nombre de personnes en milliersDésindustrialisation par pays

Variation de l’emploi intérieur des branches en nombre de personnes en milliers entre 1970 et 2019désindustialisation par pays

 

 

 

En 2019, en France, 5,3 millions de personnes en emploi au sens du Bureau International du Travail (BIT) sont ouvriers  soit 20 % de l’emploi total. Sur longue période, mise à part une stabilisation dans les années 1990, la part des ouvriers dans l’emploi a reculé de façon continue. En 1982, les ouvriers étaient 6,9 millions, soit 30 % de l’emploi total. La majorité (60%) de ces ouvriers ne travaille pas dans l’industrie.

Part des ouvriers dans l’emploi total entre 1982 et 2019

Le repli concerne surtout les ouvriers non qualifiés de type industriel Les ouvriers regroupent sept catégories socioprofessionnelles.

  • Les ouvriers qualifiés de type artisanal sont les plus nombreux en 2019 (25 % des ouvriers (graphique suivant). Ils travaillent dans des environnements très diversifiés, rarement en usine. Ils sont maçons, agents d’entretien et de maintenance des bâtiments, cuisiniers ou commis de cuisine, bouchers artisanaux salariés, mécaniciens de garage automobile, jardiniers… Depuis 1982, leur part au sein des ouvriers a augmenté de 7 points.
  • Viennent ensuite les ouvriers qualifiés de type industriel (tourneurs fraiseurs, chaudronniers, conducteurs de ligne de fabrication, conducteurs d’engins BTP…), qui regroupent 20 % des ouvriers. La plupart d’entre eux travaillent à la production ou à la maintenance sur des sites industriels (chimie, plasturgie, métallurgie…) ou dans des ateliers de fabrication (composants électroniques, produits agroalimentaires, textile…). Depuis 1982, leur part au sein des ouvriers a légèrement reculé (– 2 points).
  • Les ouvriers non qualifiés de type industriel représentent 16 % des ouvriers. Leur part a fortement reculé depuis 1982 (– 12 points), notamment dans l’industrie manufacturière. Aujourd’hui, cette catégorie regroupe principalement des professions du transport et de la logistique (conditionneurs, manutentionnaires, préparateurs de commandes) ainsi que des manœuvres des travaux publics.
  • Les ouvriers non qualifiés de type artisanal, qui regroupent notamment les ouvriers non qualifiés du bâtiment ou les agents d’entretien et les femmes de ménage des bureaux (ou des locaux), comptent pour 14 % des ouvriers en 2019 ; leur part au sein des ouvriers est stable par rapport à 1982.
  • Les chauffeurs, qu’ils soient chauffeurs routiers, chauffeurs-livreurs, coursiers ou encore chauffeurs de bus ou de car, représentent 12 % des ouvriers en 2019, soit 5 points de plus qu’en 1982.
  • Enfin, deux catégories socioprofessionnelles regroupent chacune moins de 10 % des ouvriers. Il s’agit des ouvriers qualifiés de la manutention, du magasinage et du transport (caristes, magasiniers, conducteurs de train, marins de la marine marchande), dont le poids (8 %) a augmenté de 2 points depuis 1982, et des ouvriers agricoles (qui incluent aussi les bûcherons et marins-pêcheurs), dont le poids (5 %) est le même qu’il y a près de 40 ans.

En définitive, depuis 1982, l’emploi ouvrier s’est très nettement replié dans la filière industrielle, surtout pour les emplois non qualifiés. Moins soumis à la concurrence internationale, les métiers artisanaux, notamment dans le bâtiment et la restauration alimentaire, ont mieux résisté. Le développement des échanges et de la sous-traitance a soutenu l’emploi ouvrier dans les transports, la logistique et le nettoyage.

Cette recomposition des emplois d’ouvriers s’accompagne d’une hausse de l’emploi qualifié en leur sein : en 1982, 53 % des ouvriers étaient qualifiés ; ils sont 65 % en 2019.

 

Les ouvriers en 1982 et 2019 par catégorie socioprofessionnelle

 

 

 

 

3)  Diversité des évolutions en France

 

a) Depuis 2000, les évolutions de la production en volume ont été fortement ralenties sauf dans la pharmacie, les autres matériels de transport et certaines branches de l’énergie.

D’un coté la production de l’industrie pharmaceutique a augmenté de +3;8% par an entre 2000 et 2019 (+3,5% en 2020).

A l’opposé celle des textiles, habillement, industrie du cuir et de la chaussure a chuté de -3,2% par an sur 19 ans. Celeld e l’automobile a diminué de -0,9%.

Entre ces deux extrêmes, se trouvent la plupart des branches.

Certaines productions sont en hausse :  Autres industries manufacturières : réparation et installation (+0,8% par an entre 2000 et 2019), IAA (+0,4%), fabrication d’autres matériels de transports (+4%).

D’autres stagnent depuis 2000 : chimie (-0,1%); fabrication de machines et équipements électriques (0,1%). Alors que leur croissance était forte avant 2000. Il est vrai qu’il faudrait remonter plus loin dans le temps, les années précédents 2000 étant particulièrement fastueuses.

Beaucoup d’industries ont ainsi subi un net ralentissement de leur croissance après 2007 (voire un arrêt de celle-ci). On retrouve ce fléchissement dans la chimie, les plastiques, la métallurgie, les autres industries manufacturières. Seule la pharmacie n’a pas pas vu sa croissance trop freinée après 2010, de même que certaines branches de l’énergie (électricité, gaz,..). Les IAA sont aussi peu affectées mais leur croissance reste modérée . De 2010 à 2019, les productions de la pharmacie, de la chimie, des IAA, des autres matériels de transport, des machines et équipements, des produits informatiques, électroniques et optiques, et des autres industries manufacturières et réparations -installation augmentent en volume.

Comment la production de l’industrie pourrait augmenter globalement quand de nombreux site sont délocalisés à l’étranger ? Cette production n’est plus comptabilisé en France mais dans les autres pays quitte à être ensuite en partie exportée en France.

Évolution annuelle moyenne de la production en volume des branches  de l’industrie en France en %

 

 

 

 

b) La valeur ajoutée industrielle serait moins affectée mais son évolution est elle fiable ?

La hausse de 0,9% par an de 2000 à 2019 de la valeur ajoutée (VA) de l’industrie (y c énergie) en volume (prix chaînés) résulte d’évolutions divergentes selon les branches :

Depuis 2000, plusieurs branches manufacturières ont mieux résisté.

Deux branches connaissent une baisse sensible de leur VA : l’automobile et le textile habillement.

Deux autres branches connaissent une hausse : les autres matériels de transport et la pharmacie. Au cours de la décennie 1990, la valeur ajoutée de la pharmacie, du bois, papier, imprimerie et des IAA avait ralenti et la baisse de la valeur ajoutée du textile s’était accentuée. La hausse de l’évolution de la valeur ajoutée au cours des années 2000 précédant la crise a été très variable selon les branches.

La crise de 2007 a peu affecté les industries agroalimentaires (IAA) (mais la croissance de celles ci reste assez faible: +1,1% par an de 1995 à 2017), les matériels de transport hors automobile, la fabrication de produits informatiques, électroniques et optiques, les industries chimiques et la pharmacie  : leur valeur ajoutée en volume dépasse en 2019 leur niveau de 2007, parfois même assez nettement : +58% pour la fabrication de produits informatiques, électroniques et optiques, +25% pour la chimie, autant de croissances qui font plus que compenser les baisses dans d’autres branches. On peut aussi mentionner les industries de-réparation-installation (C33Z) qui sont plus dynamique que la fabrication du meuble dans l’ensemble autres industries manufacturières.

Évolution annuelle moyenne de la VA en volume des branches  de l’industrie en France en %

La hiérarchie des branches manufacturières en termes de valeur ajoutée a peu varié en 22 ans à part pour le textile, habillement, cuir, chaussure (désigné ensuite par textile). Les IAA sont depuis 1980 les premiers contributeurs à la valeur ajoutée manufacturière (21,2 % en 2020). Les autres industries manufacturières (y compris réparation et installation) et les matériels de transport sont les deuxième et troisième contributeurs, respectivement 14% et 11,2%. La métallurgie occupe la quatrième place (10%) mais la troisième jusqu’en 2012. Derrière se trouvent les produits en caoutchouc, plastique et autres minéraux non métalliques, tandis que le textile a chuté de la sixième à la douzième position.

En termes d’emploi en EQTP, les IAA sont également les premiers contributeurs en 2017 (24 % de l’emploi manufacturier). En hausse depuis le début des années 1980, leur poids était alors inférieur à celui de la métallurgie et à celui du textile qui depuis a chuté. La part de l’emploi des autres branches manufacturières a peu varié sur la période

Évolution de la valeur ajoutée en volume en %

 

 

 

II – LES FACTEURS DE LA DÉSINDUSTRIALISATION PAR PAYS

Plusieurs phénomènes expliquent le recul de l’emploi industriel en France que deux études ont mis en lumière sans qu’on puisse exactement mesurer leur contribution relative : À la fois causes et reflets de la désindustrialisation, on les décrit ici tout en les développant dans les chapitres suivants.

 

  • la productivité du travail,
  • l’externalisation des services,
  • la concurrence étrangère sur les marchés français et étrangers  [3].
  • les créations de filiales à l’étranger [4].
  • rentabilité assez faible,
  • faiblesse des investissements en machines et équipements, voire en R&D

 

Les résultats obtenus conduisent à considérer que les deux premiers facteurs, d’ordre interne, ont respectivement contribué pour 25 % et 30 % aux destructions d’emplois industriels sur la période  1980-2007. Mais depuis la crise de 2009, les emplois détruits sous les effets de la « concurrence par les coûts » c’est-à-dire par manque de compétitivité et délocalisations diverses, prendraient une part prépondérante. Ce sont sont ceux qui relèveraient de la désindustrialisation par pays.

Les deux premiers  facteurs de la désindustrialisation par pays renvoient aux causes logiques et mécaniques :

  • Le premier facteur est le glissement statistique de nombreux emplois depuis le secteur secondaire vers le secteur tertiaire (externalisation de certaines activités), mais sans destruction nette d’emplois, puisque ceux-ci sont transférés et même démultipliés dans le secteur des services, qui est leur place naturelle. De 1970 à 2013, l’industrie manufacturière a externalisé de plus en plus ses activités. Ainsi, les CI de services principalement marchands se sont accrues plus rapidement que la production, pesant sur la valeur ajoutée. Mais le recours croissant de l’industrie manufacturière aux services aurait essentiellement eu lieu au cours des années 1990, puis aurait nettement ralenti : la part des CI des services principalement marchands de la branche manufacturière dans l’ensemble des CI de la branche a augmenté jusqu’en 2000, puis elle a nettement ralenti, avant de stagner de 2007 à 2013 malgré une reprise entre 2017 et 2019. Au total, elle a doublé pour atteindre 19 % en 2013. Le coefficient technique des services aux entreprises par l’industrie est d’ailleurs moins élevé en 2017 que dans d’autres pays : Pays Bas, Belgique, Italie,…. Ce n’était pas le cas au début des années 2000 (voir page Diversité tertiaire)

 

Évolution des consommations intermédiaires (CI) de la branche manufacturière en moyenne annuelle

 

  • La hausse de la productivité du travail dans l’industrie, +2,6% par an entre 1995 et 2020, entraîne souvent le non remplacement des emplois après départ à la retraite, le  transfert des salariés vers d’autres tâches, et des  licenciements dans certains cas. De ce fait, les suppressions d’emplois n’ont rien d’anormales.Les forts gains de productivité enregistrés dans l’industrie conduisent à réduire les besoins de main-d’œuvre dans ce secteur mais induisent, en contrepartie, une baisse des prix relatifs des biens industriels et, par suite, une hausse de leur demande relative. L’effet net sur l’emploi dépend du degré de substituabilité entre les biens industriels et les services. À ces effets imputables au différentiel de croissance de la productivité entre industrie et services, s’ajoute l’effet de la hausse du revenu due, quant à elle, à la croissance de la productivité de l’ensemble de l’économie. Cette hausse affecte en effet la demande en biens industriels et en services de manière non uniforme.Une part de la baisse de l’emploi dans l’industrie au cours de la période 1980-2007 peut s’expliquer par la relation entre d’une part, les gains de productivité réalisés dans ce secteur (et plus généralement dans l’économie) et d’autre part, les comportements de demande des agents. En effet, pour que l’emploi dans l’industrie reste constant deux conditions sont nécessaires :- les gains globaux de productivité dans l’économie doivent être accompagnés d’une croissance équivalente de la demande adressée à tous les secteurs ;- un différentiel de croissance de la productivité en faveur de l’industrie doit être accompagné par un surcroît équivalent de croissance de la demande adressée à ce secteur.Si l’évolution de la demande adressée au secteur industriel ne vérifie pas ces conditions, l’amélioration de la productivité se traduira par un déséquilibre sur le marché des produits qui sera résolu par les entrepreneurs par des destructions d’emplois dans ce secteur (au bénéfice d’autres secteurs si la main d’œuvre est parfaitement mobile). Il en résultera une diminution du poids de l’industrie dans l’emploi total.

 

Il est en effet dans la logique des choses que les progrès technologiques continuent à détruire encore des milliers emplois par les progrès de la productivité, notamment les moins qualifiés, qui sont les plus faciles à automatiser (mécanisation, robotisation).

Mais ces deux facteurs, très importants avant 2000, ne jouent pas plus que dans les autres pays depuis deux décennies. Les gains de productivité du travail sont à peu près les mêmes que dans l’UE. L’externalisation des services tend à se ralentir et surtout à se rapprocher d’autres pays en terme de coefficients techniques : Allemagne, Italie, Pays-Bas, Belgique.

 

 

1/ Les délocalisations

Les entreprises automobiles françaises auraient ainsi délocalisé une partie importante de leur production à l’étranger pendant que celles de l’Allemagne ou de l’Italie auraient maintenu leurs usines d’assemblage sur leur territoire tout en faisant appel à des sous-traitants locaux.

Ce phénomène peut être en partie mesuré si on se réfère aux investissements directs à l’étranger (voir page chaînes de valeur mondiales). Les IDE à l’étranger en % du PIB sont plus élevés en France qu’en Allemagne (du moins entre 1990 et 2010 mais pas après) ou qu’en Italie. Mais les IDE ne mesurent pas seulement un investissement matériel en capital fixe mais une dépense financière (en numéraire, en titres …), souvent pour racheter des entreprises existantes ou les étendre.

 

a) Beaucoup plus d’emplois créés à l’étranger par les multinationales industrielles françaises que d’emplois créés en France

Pour chaque pays de l’UE, on connaît par la base Eurostat le nombre de personnes employées dans l’industrie manufacturière par des filiales étrangères (FATS entrantes) (1) et réciproquement le  nombre de personnes employées à l’étranger par des filiales des pays de l’UE dans l’industrie manufacturière (FATS sortantes) (2). Les statistiques sur les filiales étrangères sortantes décrivent ainsi les activités des filiales étrangères à l’étranger contrôlées par le pays déclarant. Une filiale étrangère dans le cadre des FATS sortantes est une entreprise ou une succursale non résidente du pays déclarant sur laquelle une unité institutionnelle résidente du pays déclarant exerce un contrôle direct ou indirect.

La différence entre (2) et (1) donne une idée du niveau d‘emplois, solde net par l’industrie du fait de ces délocalisations.

En 2018, la France est le pays de l’UE où l’écart (2) – (1) est le plus élevé (1294 milliers de personnes = 2011 milliers d’emplois à l’étranger – 717 milliers d’emplois de filiales étrangères en France) comme en Allemagne. Les autres pays viennent loin derrière : Royaume-Uni (526 milliers en 2017), Italie (418 milliers). Tous les pays de l’Est de l’Europe ont un solde largement déficitaire, donc plus d’emplois sur leur territoire que d’emplois délocalisés, la palme revenant à la Pologne avec près de 900 milliers d’emplois en plus sur son territoire. Mais c’est par centaines de milliers d’emplois que la Tchéquie, Roumanie, Hongrie, etc.…accueillent des emplois délocalisés notamment des autres pays de l’ouest de l’UE dont la France.

En % des emplois industriels sur le territoire (grandeur la plus significative), le pourcentage français n’est pas le plus élevé : 53% (ce qui est très conséquent) par rapport au Danemark ou à la Suède. Mais en Allemagne il  n’est que de 17%, 23% au Royaume-Uni en 2017, 12% en Italie. En outre ce pourcentage augmente en France entre 2010 et 2018 (+17 points) alors qu’il stagne dans ces autres grands pays.

Il n’y a donc pas beaucoup à chercher plus loin que ces mouvements de délocalisation comme le premier facteur de la diminution de l’emploi industriel en France ne serait-ce que sur la dernière décennie.

 

Tableau 42 effectifs délocalisés – effectifs des filiales étrangères eurostat

 

Différence entre le  nombre de personnes employées à l’étranger par des filiales de l’UE (2) et le nombre de personnes employées dans l’industrie manufacturière par des filiales étrangères (1) en milliers

Ratio de cette différence en % de l’emploi industriel dans chaque pays de l’UE

 

Ratio de cette différence en % de l’emploi industriel dans quelques pays de l’UE entre 2010 et 2018

 

 

b) Le choix des délocalisations par les multinationales françaises plutôt que de la montée en gamme

La dégradation de la compétitivité-coût s’est également traduite par un important volant de délocalisation de sites de production, avec à la clé une désindustrialisation plus rapide qu’ailleurs. Compte tenu de ce que le tissu industriel français est composé plus qu’ailleurs de grandes entreprises, celles-ci ont tiré plus fortement avantage de leur capacité à produire dans des pays à faibles coûts pour compenser la dérive des coûts en France par rapport à leurs concurrents. Dans les années 1970 et 1980, face à la baisse de sa compétitivité coût en lien avec les dévaluations compétitives de l’Italie et de la France, l’industrie allemande a opté pour la montée en gamme, ce qui lui a permis de construire une forte image de marque et d’asseoir sa conquête de marchés extérieurs en Europe et sur d’autres continents.

Dans les années 2000, face à la dérive de ses coûts, l’industrie française n’a pas pris le même chemin, sans doute car les positions de force sur le haut de gamme étaient déjà bien établies par l’industrie allemande et donc difficiles à remettre en cause. Par ailleurs, la possibilité de maintenir une compétitivité prix par la délocalisation de sites de production vers les pays à bas coûts de main-d’œuvre était devenue largement plus accessible dans les années 2000 pour l’industrie française, du fait de l’intégration dans l’économie mondiale et dans l’Union européenne de pays à faibles coûts de main-d’œuvre. Alors que cette possibilité était extrêmement réduite dans les années 1980 quand l’industrie allemande était confrontée à une dérive similaire de sa compétitivité coût. Les grandes entreprises françaises sont donc devenues les championnes de la délocalisation, ce qui leur a permis de maintenir leur compétitivité au niveau mondial, mais au détriment de l’emploi industriel en France.

Ainsi, par rapport à ses voisins européens, la France a été plus fortement touchée par les délocalisations de sites de production, au point que l’emploi des filiales industrielles à l’étranger des groupes français correspond à 83 % de l’emploi dans le secteur industriel en France, contre 46 % au Royaume-Uni, 39 % en Allemagne, 26 % en Italie et 10 % en Espagne et bien entendu de 1% à 6% dans les pays de l’Est de de l’UE (tableau suivant).

Emploi des filiales à l’étranger en pourcentage de l’emploi domestique salarié, secteur industriel

 

Au final, l’industrie française souffre aujourd’hui d’un déficit de compétitivité hors prix, qui explique que les industriels français parviennent moins bien que leurs homologues allemands à vendre le même produit sur un même marché. En proposant des produits généralement positionnés dans le milieu de gamme, donc peu différenciant, les industriels français se sont plus exposés à une concurrence par les prix des pays émergents et d’une partie de l’Union européenne.

Ainsi la France a d’abord perdu des parts de marché vis-à-vis de ses partenaires européens qui partagent la même monnaie, y compris l’Espagne et l’Italie, et l’ensemble de la zone euro a connu sur la période une nette amélioration de sa balance commerciale vis-à-vis du reste du monde. Face au recul très fort de la base industrielle, des emplois et du creusement du déficit du commerce extérieur, des mesures ont été mises en place dans la dernière décennie, en particulier le CICE et le Pacte de responsabilité. Établies suite à la prise de conscience suscitée par le rapport Gallois de 2012 pointant le risque de marginalisation de l’industrie française face à la dérive de ses coûts, ces mesures ont contribué à combler l’écart de coût salarial unitaire (tous secteurs confondus) vis-à-vis de l’Allemagne. Cela s’est inscrit dans un contexte d’accélération salariale  en Allemagne suite à l’instauration d’un salaire minimum en 2015 et de revalorisations octroyées dans le cadre d’accords de branches. Le ciblage en France sur les bas salaires des mesures de baisses du coût du travail fait que ces aides bénéficient cependant moins directement à l’industrie, compte tenu du salaire moyen plus élevé dans ce secteur. L’industrie a néanmoins profité indirectement de la baisse du coût du travail dans les services, via une baisse du prix de certaines consommations intermédiaires (voir ci-dessus). Les dernières évaluations indiquent que les branches les plus exposées à la concurrence internationale auraient modéré leurs prix grâce au CICE. Y-a-t-il pour autant une démonstration robuste d’un effet significatif du CICE sur les exportations ?

 

Les emplois industriels détruits correspondent à la facette la plus spectaculaire et inquiétante qui soit : celle des destructions nettes d’emplois, suite à la faillite de nombreuses entreprises, à la fermeture d’usines ou à la cessation de lignes de production.

 

 

 

 

2/ La concurrence étrangère

Premier fait significatif, la France est passée d’une position d’excédent commercial régulier de biens à celle d’importateur net depuis la première moitié des années 2000. En France, la demande des ménages et des entreprises inclut de plus en plus de produits importés. Les exportations ne progressent pas aussi vite que celles de nos principaux partenaires.

Le positionnement sectoriel de l’industrie française demeure encore trop marqué par le bas et le moyen de gamme, qui peine à exporter, où les marges bénéficiaires sont faibles et continuent même à se réduire pour faire face à la concurrence.. La surreprésentation de l’emploi industriel dans les secteurs de basse et de moyenne-basse technologies (66 %) selon la nomenclature d’activités françaises (NAF rév. 1) est porteuse de beaucoup de destructions d’emplois, car c’est bien dans ces domaines que l’on trouve en premier lieu les fonctions les plus menacées par l’accroissement de la productivité, de même que les faillites potentielles d’entreprises. La part de l’emploi industriel dans les secteurs des moyennes-hautes technologies (24 %) et surtout des hautes technologies (10 %) est donc encore trop faible en France. C’est pourtant dans ces domaines que les pouvoirs publics voient le salut de l’industrie française d’où la mise en œuvre des pôles de compétitivité en 2005 (au nombre de 71 en 2017).

La plupart des produits français entrent alors frontalement en concurrence avec ceux fabriqués sur ces mêmes segments par les pays émergents qui se sont lancés avec succès dans ces activités, mais de manière plus compétitive. A l’inverse, l’Allemagne (balance commerciale des biens de + 262 milliards de dollars en 2018) tire profit de manière exceptionnelle de la grande diversification de ses productions et surtout de son positionnement dans les secteurs du moyen et du haut de gamme (sans parler de l’incomparable réputation de qualité de ses produits. C’est ce choix stratégique qui lui permet de pratiquer des marges bénéficiaires élevées et une politique de réinvestissement systématique dans la R & D et la modernisation de son outil de production pour conserver une avance qui lui vaut de figurer au second rang mondial des puissances exportatrices derrière la Chine (solde des biens de + 395 milliards), mais devant les États-Unis et le Japon.

Cette évolution n’est pas complètement anormale : d’autres grands pays industrialisés (États Unis, Royaume Uni,..)  sont confrontés à une baisse de leur part de marché à l’exportation face à la concurrence des pays émergents. Toutefois, c’est l’accélération de cette tendance qui est préoccupante dans le cas de la France. Quel contraste avec l’Allemagne mais aussi d’autres pays européens. Au niveau mondial, la Chine a le plus grand excédent. La Russie s’en tire très bien grâce aux produits énergétiques et matières premières. La France n’a que les services, notamment le tourisme, pour compenser en partie le déficit industriel qu’aggrave celui de l’énergie. Sa situation n’est guère meilleure que celle du Portugal ou de l’Espagne en matière d’échanges de biens.

Certains économistes attribuent ce déficit extérieur croissant à l’euro en 2002 et à l’entrée dans l’UE des pays de l’est  en 2004. Mais pourquoi les performances françaises sont elle-inférieures à celles de l’ensemble des pays de la zone euro, soumis aux mêmes contraintes de taux de change? Comment l’Italie dégage-t-elle un excédent important de plus de 60 Mds d’euros quand la France a un déficit du même ordre de grandeur?

Entre 2009 et 2019, l’UE-27 a connu une augmentation rapide de ses exportations avec le reste du Monde (commerce extra-UE-27), lesquelles sont passées de 1 184 milliard d’euros à 2 132 milliards d. Les importations ont suivi approximativement la même tendance que les exportations. Elles ont augmenté de 1 193 milliard d’euros en 2009 à 1 935 milliard d’euros en 2019. Le solde commercial de l’UE-27, légèrement négatif en 2009, atteint 197 milliards d’euros en 2019. Même l’année 2020 dégage un bilan positif. Sur la période allant de janvier à décembre 2020, les exportations de biens de la zone euro vers le reste du monde se sont élevées à 2 131,4 Mds d’euros et les importations à 1 897,0 Mds. En conséquence, la zone euro a enregistré un excédent de 234,5 Mds d’euros, contre +221,0 Mds d’euros en janvier-décembre 2019.

Évolution du commerce extérieur de biens, UE-27, 2009-2019 (en milliards d’euros)

 

De même que pour le commerce extra-UE-27, l’Allemagne était également l’État membre de l’Union enregistrant le plus haut niveau de commerce intra-UE-27 en 2019, totalisant 22,8 % des exportations de biens de l’UE-27 à destination d’autres États membres et 23,2 % des importations de biens de l’UE-27 provenant d’autres États membres (voir graphique 8). Les Pays-Bas (13,5 %) étaient le seul autre État membre à comptabiliser plus d’un dixième des exportations intra-UE, conséquence de « l’effet Rotterdam », tandis que la France (12,5 %) était le seul autre État membre à totaliser plus d’un dixième des importations intra-UE contre seulement 9% des exportations.

 

Commerce de biens intra UE-27 pays, 2019 (en %, part des expéditions arrivées de lUE-27)

 

Edith Cresson, ex-Premier ministre, soulignait «Il existe en France une idéologie très élitiste. Tout ce qui appartient au domaine de la production est subalterne». Et d’ajouter «En France, les politiques n’ont pas de culture scientifique». E. Cresson n’oublie pas les obstacles qui, dans l’informatique, l’ont empêché de rapprocher HP et Bull. Mais ses critiques vont aussi à la Commission européenne, qui s’est opposée à la fusion d’Aérospatiale avec de Havilland, de Schneider avec Legrand Industries ou de Péchiney avec Alcan (finalement, celle-ci a été réalisée mais dans le sens contraire au scénario de départ, ce qui causa la perte de Péchiney sans que la France ne réagisse). Comme si la priorité avait été d’empêcher la constitution de champions à l’échelle internationale: «Dans l’industrie, rien n’est permis, mais dans la finance, rien n’est interdit.»

La dégradation du commerce extérieur n’est pas seulement un symptôme de la désindustrialisation par pays; elle en est également un facteur. L’aggravation du déficit concourt en effet par elle-même à accélérer le mouvement de désindustrialisation par pays (France, Royaume-Uni). C’est cette accélération qui fait la spécificité de la France, car si la désindustrialisation par pays est quasi générale, y compris en Allemagne, elle les a touchés dans de moindres proportions.

L’aggravation du déficit commercial de biens entretient ainsi mécaniquement le phénomène de désindustrialisation. Pour un niveau de demande interne de biens manufacturés donné, un déficit de la balance des biens manufacturés conduit à diminuer la production, en la remplaçant par des importations. Par conséquent, un déficit de la balance des biens manufacturés diminue de façon mécanique la production de biens pour une demande donnée. Lorsque ce déficit augmente (ou que le solde commercial se dégrade), la production de biens diminue encore (par rapport à la situation antérieure où le solde commercial était moins dégradé), ce qui amène à la désindustrialisation. On comprend ainsi qu’un déficit de la balance des biens persistant (et donc de la balance commerciale) entraîne quasi mécaniquement une accélération de la désindustrialisation par pays.

Ainsi il existerait un cycle cumulatif entre la désindustrialisation par pays et la dégradation du solde de la Balance commerciale (graphique suivant). Plus l’industrie se développe plus vite dans les autres pays qu’en France et plus les importations augmentent plus que les exportations. Et réciproquement plus la France importe des biens plus qu’elle n’en n’exporte, et plus des usines ferment en France [5].

«En pratique, la relation entre déficit et désindustrialisation s’observerait le plus souvent à l’occasion de politiques de relance. Dans ce cas, les importations augmentent car une partie de la demande est satisfaite par l’étranger  (selon un effet revenu qui concerne surtout les biens car ils sont plus échangés) et ce, d’autant plus que l’appareil productif est incapable de répondre à ce surplus de demande (du fait de la désindustrialisation) ». Autrement dit, adopter une politique de stimulation de la consommation intérieure pour relancer l’économie nationale revient à doper nos importations et donc à renforcer l’industrie des autres pays.

Mais autre phénomène lié à cette hausse plus forte des importations que des exportations, certaines entreprises françaises dépendent tellement d’unités de production étrangère pour la fourniture de telle ou telle pièce ou de composants électroniques que si celui-ci vient à manquer, c’est l’entreprise française qui doit limiter sa production ou la retarder pour cause de rupture d’approvisionnement. le marché des puces ne devrait retrouver ainsi son équilibre qu’en 2023. Les raisons de ce délai supplémentaire sont en fait multiples : le Covid est le principal élément perturbateur. Les chaînes d’approvisionnement se révèlent ainsi très fragiles. On constate de plus en plus leurs limites. Il devient nécessaire de repenser les méthodes de travail et de reconsidérer les stratégies d’externalisation et de gestion des stocks ». Si la crise sanitaire mondiale aura bien soulevé un problème, c’est celui de l’adaptation à des contraintes inflexibles plus importantes que les lois de marché, qui deviennent alors secondaires.

 

Relation entre le déficit extérieur et la désindustrialisation par pays mesurée en % de la VA de l’industrie

 

 

 

3/rentabilité de l’industrie assez faible en France

Un autre indicateur (facteur) de la désindustrialisation par pays est la rentabilité : comme le taux d’investissement se maintient en France dans l’industrie, le stock de capital ne cesse de croître bien plus que la VA de l’industrie entraînant une baisse sensible de la productivité du capital. Du coup, le taux de rentabilité des entreprises de l’industrie baisse car non seulement le taux de marge baisse entre 2000 et 2017 (malgré un redressement depuis 2009) mais aussi la productivité du capital. On ne retrouve pas cette baisse dans la plupart des pays. Le taux de rentabilité augmenterait aux Pays Bas ou en Allemagne. Le taux de marge de l’industrie dans l’UE a gagné 8 points entre 1995 et 2017 contre seulement 2 points en France, où il est déjà plus bas.

Il s’en suit un nombre important de fermetures d’usines :  de 2009 à 2015 le nombre de fermetures aurait excédé largement celui des ouvertures : 1 775 fermetures contre 1 178 créations, soit un solde de 597 usines. En 2016, pour la première fois depuis la création de cet indicateur, fermetures et ouvertures seraient à égalité (136 chacune). Les fermetures seraient surtout le fait de petits établissements (71 employés en moyenne). Fait symptomatique, les nouvelles usines sont minuscules en termes d’emplois créés (une vingtaine de salariés seulement en moyenne lors de leur ouverture en 2016 et ce chiffre n’a cessé de baisser depuis 2009), ce qui bouleverse les représentations en matière d’« usine type ». Il faudrait y voir un effet direct de leur robotisation et de leurs investissements dans les technologies, impératifs seuls à même d’assurer leur pérennité à moyen et long terme.

On assiste certes à une financiarisation accrue mais qu’on retrouve dans tous les pays (voir page Financiarisation). Pour l’ensemble de l’économie, et non pour la seule industrie, le solde net des dividendes (versés moins reçus) en proportion de la VA reste relativement stable en France comme dans les autres pays et surtout il demeure assez bas. Cependant les parts des dividendes versés et reçus n’en continuent pas moins d’augmenter à un rythme accéléré  avant 2010, évolution tout au plus stoppée par la crise économique de 2008.

 

 

4/ Investissement en R&D et numérisation de l’industrie

La R & D représente  2,2 % du PIB en 2016 en France (valeur qui a très peu évolué depuis 1996), contre 2,9 % en Allemagne, où ces dépenses ont par contre grimpé de 75 % entre 2005 et 2016. Mais cette différence est largement du à un effet de structure comme l’ont montré plusieurs études du MESR : la part de l’industrie y est deux fois plus élevé qu’en France, là où s’effectue l’essentiel de la R&D (dépense intérieure de R&D). Le ratio « DIRD / VA » de l’industrie automobile est d’ailleurs plus élevé en France qu’en Allemagne ainsi que dans d’autre pays.

Plus inquiétantes sont les évolutions de 2017 en France. Depuis 2012, la part de la DIRD des entreprises (DIRDE) dans le PIB reste stable à 1,44% alors qu’elle était de 1,28% en 2007. Dans la construction aéronautique et spatiale, la DIRDE continue de décroître (-4,4 % en volume) pour s’établir à 3,4 Md€. Les dépenses de R&D dans l’industrie pharmaceutique poursuivent leur baisse (-0,3 % en volume en 2017) et s’élèvent à 3,0 Md€. En 2017, la DIRDE reste stable en volume dans les branches des industries manufacturières. La croissance de la DIRDE en 2017 (+1,5% en volume) est donc imputable à l’industrie automobile et aux services.

Par ailleurs, les grandes entreprises réalisent 57 % de cette dépense, et les ETI (entreprises de tailles intermédiaires) en réalisent un quart. Les PME et les ETI actives en R&D exportent proportionnellement plus. Elles réalisent respectivement 30 % et 34 % de leur chiffre d’affaires à l’exportation contre 10 % et 21 % en moyenne pour l’ensemble des PME et des ETI. Il faudrait aussi savoir quel type de R&D (fondamentale, expérimentale, appliquée) est réalisée et dans quelles branches ?

Les travaux de R&D des PME sont majoritairement consacrés aux activités de services. À l’inverse, 44 % des dépenses de R&D des grandes entreprises sont à destination des industries de haute technologie (industrie pharmaceutique ; fabrication de produits informatiques, électroniques et optiques ; construction aéronautique et spatiale), et 31 % à destination des industries de moyenne-haute technologie. Les dépenses de R&D que réalisent les ETI sont, pour les trois quarts, industrielles, Qu’en est-t-il dans les autres pays ?

Trois faits apparaîtraient spécifiques à l’industrie française s’agissant des investissements en actifs incorporels même si ils sont difficiles à quantifier compte tenu des fragilités comptables (doubles comptes entre logiciels et R&D en France, matrice FBCF produit-branche peu fiable, fragilité des séries au Royaume Uni et des niveaux en Suède,..) :

  • D’une part, elle investit relativement plus en actifs immatériels (48% en 2016 de son investissement selon les comptes de l’Insee). Mais le montant de cette FBCF paraît trop élevé. On l’a rectifié tout en le mettant en parallèle avec les séries actuelles des comptes français. Du coup on obtient 42% en baissant sensiblement la FBCF en logiciels et en rehaussant celle en produits industriels (voir page la FBCF). Ce pourcentage est de 41,5% en Allemagne, 30% au Royaume Uni et aux Pays Bas voire moins en Italie, Espagne. Cet investissement est fait en France au détriment des machines, équipements et robots (32% du total). En Italie, ce pourcentage dépasse 55%; il est de 45% en Espagne et autour de 40% dans la plupart des pays (Allemagne, Autriche,..) sauf au Royaume Uni (31%).
  • L’investissement en droit de propriété intellectuelle (R&D et logiciels) par l’industrie rapporté à la VA de l’industrie est de 14,9% en France, (ce qui paraît de nouveau trop élevé), 12,2% étant plus proche de la réalité, moyennant ces corrections. L’Autriche arrive en seconde position des pays étudiés (10,6%) puis l’Allemagne (8,4%) et d’autres pays ensuite (Pays Bas, Italie, Espagne, Royaume Uni,…). Ce même ratio pour les matériels au sens large est de 15,4% en Italie, 13,5% en Espagne, la France se situant dans la moyenne (11,7%). Mais elle se situe dans le dernier peloton pour les seuls investissements en machines et équipements, (hors matériels de transport et TIC).
  • D’autre part, et ceci n’est pas contradictoire, l’industrie française « capte » moins l’investissement en R&D que dans certains pays comme l’Allemagne, presque la moitié allant aux entreprises de services. Ce phénomène est encore plus fort au Royaume Uni. Les ratios précédents de pourcentage de DIRDE dans le PIB doivent ainsi être interprétés avec beaucoup de prudence quand on s’intéresse à l’industrie.
  • Enfin, la France manquerait d’entreprises moyennes et de taille intermédiaire, à la différence de l’Allemagne et de l’Italie. Or ce sont d’abord celles-ci qui tirent l’emploi et les exportations en Allemagne notamment, et au final investissent le plus dans la R & D (hors grands groupes). Aussi lorsqu’elles investissent, l’immense majorité des entreprises françaises se concentrent en priorité sur le simple renouvellement de leurs équipements, au détriment des investissements dits de rupture technologique.

 

Très liée à la question de l’innovation, celle de la modernisation des équipements constitue un autre indicateur très utile à mobiliser pour appréhender l’exposition des entreprises à la désindustrialisation.  Celle-ci peut se mesurer tout d’abord par le suivi de l’âge moyen du parc des machines qui ne cesse d’augmenter, ce qui témoigne d’un renouvellement très insuffisant. En 2013, ce parc avait en moyenne 19 ans d’âge, contre 17,5 ans en 1998. C’est l’une des raisons qui explique notamment pourquoi le taux d’utilisation des machines était en moyenne de 81 % en France (machines en panne ou trop vétustes pour être pleinement utilisées, réduction des volumes produits ne justifiant pas de nouveaux investissements), contre 95% en Allemagne. En 2014, 34 % des industriels français estimaient que leur outil de production était peu compétitif selon une autre étude.

Mais c’est le degré de robotisation des usines qui focalise le plus l’attention, à la fois comme mesure de l’un des talons d’Achille de l’industrie française (par son insuffisance, reflet du sous-investissement chronique), mais aussi comme solution prometteuse pour sauver l’industrie. Les dernières études disponibles insistent sur le différentiel abyssal exprimé en valeur absolue entre la France (34 000 robots à peine) et l’Allemagne (162 000) en 2014, sans qu’il soit actuellement possible d’expliquer clairement cette situation. Le nombre de robots s’élevait en 2016 à 132 robots pour 10 000 employés dans l’industrie en France, contre 308 outre-Rhin. Mais là aussi il s’agit en partie d’un « effet de structure » : l’industrie automobile est largement celle qui utilise le plus de robots par salariés. Or, elle est 10 fois plus importante en Allemagne. Dans l’industrie automobile, le nombre de robots par salariés ne serait pas plus élevé en Allemagne qu’en France. Leur nombre tourne souvent autour de 170 dans de nombreux pays (Italie, États Unis, Espagne, Danemark,…). La dynamique de réindustrialisation des pays développés, mais aussi la baisse des coûts unitaires de ces machines va-t-elle faire exploser leurs usages en France ?

Certaines études ont montré enfin l’importance d’autres facteurs plus qualitatifs de la désindustrialisation par pays: formation continue, éducation, organisation managériale des entreprises, poids des ETI et des PME dans le tissu productif, et importance relative de leurs exportations, importance des équipements en TIC,… .

 

 

 

III – DÉTÉRIORATION DU SOLDE DU COMMERCE EXTÉRIEUR DÈS 2002

 

Dans le cas de la France, bien que les facteurs structurels (gains de productivité plus élevés, déformation de la structure de demande, externalisation de services) expliquent la moitié des destructions d’emplois industriels sur la période 1980-2017, la concurrence internationale semble contribuer de façon croissante aux destructions d’emplois industriels.

On se limite à quelques analyses des importations de biens à partir du TES symétrique, les données et analyses plus complètes du solde des échanges extérieurs se trouvant dans les pages Correction CAF-FAB, échanges extérieurs, Comptes de l’industrie). La désindustrialisation par pays s’observe en terme d’importations : la pénétration étrangère s’accélère.

 

 

1/ la dégradation du solde extérieur de biens

En 2020, en valeur, le déficit du commerce extérieur de l’industrie manufacturière double ; il se creuse à 52,0 milliards d’euros

Commerce extérieur de produits manufacturés en valeur en milliards d’euros

 

Plus intéressantes sont les analyses sur les « contenus en importation ». La méthode consiste à partir des TES symétriques que chaque pays, dont le France, élabore pour Eurostat dans une nomenclature en 64 produits. On calcule le ratio « consommation finale des ménages importée/consommation finale des ménages totale » ; on fait de même pour la consommation intermédiaire (CI) et la Formation brute de capital fixe (FBCF).

On appelle cette méthode « contenu en importations ». On a rétropolé les séries disponibles sur le site d’Eurostat depuis 2010 (en base 2000) jusqu’en 2000. Les difficultés du commerce extérieur de la France se trouvent en partie dans les tableaux et graphiques suivants

 

a) la Comparaisons France-Allemagne de la part importée dans les emplois finals

La part importée dans la consommation finale des ménages augmente de +42 % en France entre 2000 et 2014 contre +24 % en Allemagne : cette part est de 47% en France en 2014 contre 39 % en Allemagne. On retrouve une proportion assez proche pour les achats des entreprises : la part importée dans la consommation intermédiaire et la FBCF est de 47 % en 2014 contre 39 % en Allemagne. De nouveau, elle évolue plus vite en France qu’en Allemagne entre 2000 et 2014 (+31 % contre +12 %) (l’évolution relative entre la France et l’Allemagne est même plus forte que pour la consommation des ménages). La concurrence étrangère se retrouve donc autant sur les achats des ménages que sur ceux des entreprises. Cet écart s’explique par presque tous les produits  : d’abord le pétrole raffiné, ensuite l’automobile, puis l’habillement, les biens d’équipement électriques.

En revanche, le ratio évolue plus faiblement en France pour le papier, la chimie pharmacie pour les achats des entreprise, et pour les produits des IAA pour les achats des ménages.

 

 

b) la comparaison France-Italie

De même quand on compare la part des importations de biens dans les emplois finals de biens, l’Italie a un contenu en importations des emplois finals beaucoup plus faible qu’en France surtout pour les achats des entreprises et dans une moindre mesure pour ceux des ménages (graphiques suivants). Ce sont donc des constations analogues avec l’Italie.

Certains disent que le solde des échanges extérieurs de biens et services est excédentaire en Italie parce que les importations progressent nettement moins vite qu’en France. Tandis que les exportations augmentent au même rythme. C’est vrai. Mais le résultat est là ; déficit de la France : -46,5 Mds d’euros en 2020; excédent de l’Italie : +61 Mds d’euros en 2020, soit un écart de plus de 100 Mds d’euros entre les deux pays. Décidément, la création de l’euro n’est pas la seule cause du déficit grandissant des échanges extérieurs français. Le graphique suivant montre par ailleurs que le solde extérieur ne résulte pas seulement des exportations mais aussi des importations (voir page échanges extérieurs). On peut avoir un excédent comme l’Allemagne du fait d’exportations en forte hausse. Mais on peut aussi avoir un excédent comme l’Italie en freinant ses importations.

Évolution des exportations et des importations en France et en Italie en valeur base 100 en 2001

 

c) ratio des « importations des différents emplois /(importations + la production domestique) » par pays

Il est aussi très instructif de calculer par pays et par emplois, le ratio  » produits importés / importations + production domestique » pour quelques produits phares. Si en 2017, ce ratio était plutôt faible par rapport à la moyenne des pays dans les produits agro-alimentaires, la pharmacie et les matériels de transport, tel n’était pas le cas dans les produits informatiques, électriques et les automobiles et camions. On a choisi ici quelques produits consommés par les ménages n’appartenant pas à la catégorie des biens intermédiaires ceux la mêmes qui sont fortement importés. On peut avoir ainsi une idée du « made in France » en contenu direct. Un bien produit (et consommé) en France, peut en effet l’être à partir d d’intrants étrangers.

La structure par type de produits diffère d’un pays à l’autre. Ainsi, le « made in » en tous biens manufacturés de la France est proche de 40 %, comme celui du Royaume-Uni ; il est inférieur à celui de l’Allemagne et de l’Italie (50 %). Les importations de produits allemands pour satisfaire la consommation des ménages français en équipements de transports et en activités informatiques se sont largement développées entre 2005 et 2015 (respectivement + 11,9 % et + 12,6 %).

 

Ratio des « importations des différents emplois /(importations + la production domestique) » en 2017 en %

lecture : 23% de la consommation finale des produits agro-alimentaires est importée en France (importations directes), le reste produit en France utilisant en partie des produits étrangers (importations indirectes non mises en évidence ici).

 

 

 

2/ Comparaison France-Allemagne des politiques économiques

L’Allemagne mène depuis le début années 2000 une politique néo-mercantiliste avec une compression de la demande interne, via de fortes hausses d’impôts sur les  classes moyennes et des baisses des dépenses sociales/retraites (graphique suivant)

Cette politique a  conduit à une relative compression de ses importations et à une hausse de ses exportations

  • L’effet sur les exportations vient à la fois :
    • de la réduction de l’inflation (favorable à la compétitivité) que la compression de la demande engendre,
    • du mécanisme « d’évacuation des surplus domestiques » (par exemple Volkswagen a compensé la baisse de ses ventes en Allemagne par des exportations sur des marchés dynamiques),
  • Une telle politique n’a pu fonctionner que parce que ses partenaires commerciaux soutenaient en parallèle leur demande et ont servi de débouchés aux produits allemands,
  • La France a mené une politique beaucoup plus favorable à la demande, indispensable pour soutenir l’activité, mais qui a creusé le déficit extérieur.

Des politiques macro-économiques  divergentes

 

 

 

 

 

 

IV – LA SITUATION FINANCIÈRE DANS L’INDUSTRIE SE DÉGRADE DEPUIS 2000

L’industrie française aurait  souffert d’une dégradation de sa compétitivité coût en lien avec une fiscalité particulièrement élevée sur les facteurs de production et en hausse jusque récemment.

 

1/ Les coûts salariaux

Il faut étudier les niveaux et les évolutions. Puis il faut calculer les coûts salariaux unitaires. Ces calculs sont assez complexes (voir encadré). Les coûts salariaux unitaires correspondent aux coûts salariaux par unité de valeur ajoutée produite.  Les coûts salariaux incluent les salaires et  traitements bruts versés par l’employeur (rémunérations, primes, congés payés, commissions et honoraires …., y compris cotisations sociales), augmentés des charges patronales.  Dans le cas de comparaisons inter-temporelles, l’évolution de la valeur ajoutée est mesurée en volume. Si les gains de productivité du travail sont proches coûts salariaux unitaires, l’effet de la hausse de ces derniers est quasi nulle sur les prix.

 

 

 

a) les coûts de l’heure de travail en Europe

En 2017, la Belgique, la Suède, la France et l’Allemagne, font partie des pays à coût élevé dans l’industrie manufacturière. En France, le coût horaire a crû en euros courants à un rythme annuel de 2,9 % entre 2000 et 2017 ( à peu près comme dans l’UE) contre +2,2 % en Allemagne. Si le rythme de croissance s’y est accéléré entre 2000 et 2008 (+4,2 % possiblement en raison de la généralisation des 35 heures contre +3,2 % dans l’UE et +1,9% en Allemagne), il a retrouvé entre 2008 et 2017 un taux de 1,9 % inférieur à la plupart des pays. En 2017, le coût horaire est redevenu un plus bas en France qu’en Allemagne.

Depuis 2016, l’évolution plus rapide des coûts horaires en France par rapport à l’Allemagne s’est inversée. Alors qu’en 2000, le coût de l’heure de travail dans l’industrie était de 24 euros en France et de 28,5 euros en Allemagne, il était passé respectivement à 36 euros de l’heure dans les deux pays en 2012 soit une hausse de 50 % en France contre une hausse de 26 % en Allemagne. Par la suite, le coût horaire a augmenté de 7 % en France contre 16 % en Allemagne pour atteindre respectivement 38,6 euros et 41,8 euros de l’heure. Parallèlement à ce rééquilibrage partiel de l’évolution relative des coûts horaires, les performances de la France en matière de créations d’emplois industriels et d’attractivité des sites de production se sont améliorées mais demeurent en dessous du potentiel du pays eu égard aux autres facteurs structurels d’attractivité.

Coût de l’heure de travail dans l’industrie manufacturière (en euros de l’heure)

 

b) Les coûts salariaux unitaires.

La dégradation de la compétitivité coût ne s’explique pas par un dérapage des salaires dans les entreprises industrielles françaises. Pour celles-ci, la hausse des salaires au cours des vingt dernières années a été similaire à celle de la moyenne des pays de la zone euro. Le décalage avec l’Allemagne s’est fortement atténué dans les années 2010 : alors que l’écart de coûts salariaux unitaires entre la France et l’Allemagne s’était dégradé de 17 points entre 1999 et 2008 dans l’ensemble de l’économie et de 5 points dans l’industrie, il s’est réduit de 7 points entre 2008 et 2019 dans l’ensemble de l’économie et de 5 points dans l’industrie (voir graphiques suivants 2a et 2b).

Est-ce que l’augmentation  conséquente du coût du travail indirect contenu dans les consommations intermédiaires de l’industrie française a pesé sur sa compétitivité-coût ? Le coût du travail indirect pèserait-il au moins autant dans les coûts de production de l’industrie que le coût du travail direct? Sa hausse s’expliquerait pour l’essentiel par une forte hausse des coûts salariaux unitaires dans les secteurs abrités de la concurrence internationale (+35 % entre 2000 et 2016, contre +5 % dans les secteurs exposés).

Évolution des coûts salariaux unitaires, base 100 = 1999

Il faudrait calculer les coefficients techniques des services (hors transport du fait du traitement différent des marges de transport selon les pays) par l’industrie en valeur et en volumes chainés et faire le rapport des deux pour avoir une idée des hausses de prix des CI de services. Ceci est assez compliqué à faire à partir des données Eurostat. Toutefois, en valeur leur progression en valeur est plus forte en Italie, Belgique et Allemagne. Elle peut s expliquer en Italie par une hausse plus forte de ces coûts qui se répercute sur celle les prix. Tel n’est pas le cas en France. Mais on observe que les coûts salariaux unitaires tous secteurs confondus ont progressé au même rythme que dans la zone euro. En outre les CI de services ne représentent que 13% de la production industrielle en 2018 en France.

Plus significative est l’évolution des prix des CI, notamment de l’industrie et de l’énergie et pas seulement des services, dont on a vu qu’ils augmentent fortement en France.

Tableau 43 coefficient technique des services par l’industrie Eurosat

Coefficients techniques de services hors transports par l’industrie manufacturière en valeur en %

 

 

2/ la fiscalité

Les deux principaux impôts sur les entreprises sont les impôts liés à la production et les impôts sur le revenu ou les bénéfices des sociétés, inclus dans les impôts sur le revenu (D.51). On laisse ici de coté les autres impôts courants (D.59), qui comprennent notamment les les impôts courants sur le capital.

 

a) Les impôts liés à la production nets de subventions (D29-D39)

Les autres impôts sur la production (D.29) englobent tous les impôts que les entreprises supportent du fait de leurs activités de production, indépendamment de la quantité ou de la valeur des biens et des services produits ou vendus.

Les autres impôts sur la production comprennent (D29):

a) les impôts sur la propriété ou l’utilisation de terrains, bâtiments et autres constructions utilisés par des entreprises (y compris des propriétaires occupants de logements) à des fins de production;

b) les impôts sur l’utilisation d’actifs fixes (par exemple, véhicules, machines et équipements) à des fins de production, que les entreprises en soient propriétaires ou locataires;

c) les impôts sur la masse salariale ou les effectifs employés;

d) les impôts sur les transactions internationales (par exemple, voyages et envois de fonds à l’étranger, transactions similaires avec des non-résidents) dans le cadre des activités productives;

e) les impôts payés par les entreprises sur les autorisations d’exercer des activités commerciales ou professionnelles, à condition que l’octroi de ces autorisations soit subordonné uniquement au paiement des montants dus.

f) les impôts sur les émissions polluantes résultant d’activités de production.

g) la sous-compensation de la TVA résultant de l’application du régime forfaitaire, fréquent en agriculture.

Les impôts de production pèsent plus lourdement sur l’industrie que sur les autres secteurs en France : alors que la branche industrie manufacturière représente 9 % de la valeur ajoutée brute total de l’économie, il contribuerait pour 11 % au paiement des impôts de production (voir aussi page Financiarisation). Non seulement la part des impôts de production est plus élevé en France (2,9% de la VA totale) que dans la moyenne des 7 pays y compris la France (1,3%). mais cette part est de 3,3% dans l’industrie en France contre 0,7% dans la moyenne des 7 pays (graphique suivant). Partout sauf en France, la part de ces impôts dans la VA est nettement plus basse dans l’industrie que dans le reste de l’économie. On note des ratios nettement négatifs en Belgique ou Royaume-Uni, voire nuls en Allemagne.

Tableau 45 impots production eurostat 2018

 

Part des autres impôts moins les subventions sur la production (D29-D39) dans la valeur ajoutée de l’économie et de l’industrie manufacturière en % en 2018

 

 

b) Les impôts sur les sociétés

Le taux légal de l’impôt sur les bénéfices des sociétés, qui correspond au taux nominal auquel sont soumises les entreprises, ne permet pas de connaître précisément le régime fiscal attribuable à un Etat : il ne prend en compte ni l’ampleur de l’assiette à laquelle s’applique ce taux, ni les taux spécifiques et préférentiels éventuellement prévus pour certains secteurs économiques.

C’est pour cette raison que le taux d’imposition effectif moyen (TIEM), calculé par l’OCDE, lui est préféré ici. Cet indicateur “mesure l’impôt moyen qu’une entreprise acquitte dans le cadre d’un projet d’investissement qui génère des profits économiques positifs”, indique l’organisation internationale.

Dans les pays couverts par les données de l’OCDE, le taux effectif s’établit à 20,1 % en moyenne en 2019 : l’écart avec le taux légal d’imposition moyen (21,4 %) est de 1,3 point, mais il est beaucoup plus important dans certains pays. De manière générale, la comparaison des deux indicateurs montre que les déductions fiscales ont tendance à être plus généreuses lorsque les taux légaux sont les plus élevés.

En 2020, la France a un des taux les plus élevés au Monde (29,3%). Ce taux devait toutefois diminuer de 4 points en 2022. Les taux de l’impôt sur les sociétés dans le monde se sont stabilisés après une forte baisse durant ces 20 dernières années (28% dans les pays de l’OCDE en 2000). Ils sont à des niveaux faibles comme  12,5% en Irlande, et 16% dans de nombreux pays de l’est de l’UE (Pologne, Hongrie, Tchéquie,…), voire 10% en Bulgarie. A l’extémité, Guernesey, Jersey et l’île de Man, territoires autonomes du Royaume-Uni, ont abaissé leur taux à 0 % en 2009.

tableau 46 taux d’imposition effectif des sociétés OCDE 2020.xls

Taux d’imposition effectif moyen (TIEM), calculé par l’OCDE en %

 

 

c) une fiscalité trop élevée en France

Le facteur principal de la dégradation de la compétitivité-coût de l’industrie française proviendrait ainsi de l’importance de la fiscalité. L’industrie en France est soumise à un taux de prélèvements obligatoires (en tenant compte des cotisations sociales) supérieur à celui qui prévaut dans les autres secteurs, alors même qu’elle est exposée à une plus grande concurrence internationale : l’ensemble des prélèvements obligatoires sur l’industrie manufacturière représentait 28 % de la valeur ajoutée brute, contre 24 % pour les autres secteurs (hors finance).

Au total, la différence des niveaux de taxation avec l’Allemagne s’élèverait à 10,7 points de la valeur ajoutée du secteur manufacturier dont plus de la moitié en raison des impôts de production. Le total des prélèvements obligatoires pesant sur l’industrie représentait en 2016 deux fois le résultat d’exploitation en France, contre 80 % seulement en Allemagne.

Aujourd’hui, la fiscalité sur la production constitue avec le taux de l’impôt sur les sociétés un trait distinctif de la France parmi les facteurs qui influencent fortement les choix de localisation des sites de production : elle pourrait ainsi expliquer une partie des performances encore inférieures au potentiel du pays. Une publication récente du Conseil d’analyse économique montre les conséquences négatives de certains impôts de production sur la probabilité de survie des entreprises ainsi que sur leurs exportations.

 

 

 

3/ Les taux de marges dans l’industrie

Deux sources sont utiles pour suivre les taux de marge (rapport entre l’excédent brut d’exploitation et la valeur ajoutée) dans l’industrie (STAN database et Eurostat). Elles se complètent et permettent de suivre les taux d’autres pays que dans l’UE. Les séries de l’OCDE sont disponibles depuis 1995 comme celles d’Eurostat. Les taux aussi sont un peu différents entre les bases pour la branche industrie manufacturière (NACE C) mais les écarts sont assez faibles, encore que pour l’OCDE le taux de marge de l’industrie manufacturière en France passe de 37,3% en 2000 à 37% en 2015. Alors que pour Eurostat, ce même taux passe de 38,7% à 37,2%. Les données d’Eurostat reprennent celles de l’Insee. Comme le taux d’investissement, le taux de marge épouse des cycles.

La période 1995-2000 contraste avec la période qui suit 2000-2009. On note la nette reprise du taux de marge de l’industrie en France à partir de 2009, surtout après 2014. Il reste que le taux de marge de l’industrie manufacturière est relativement bas en France, à peu près au même niveau en 2016 que celui du Royaume Uni ou de l’Allemagne.

Aussi bien en niveau qu’en évolution, ce taux contraste avec celui des États-Unis et d’autres pays européens (Belgique, Autriche, Pays de l’UE et dans une moindre mesure Allemagne).

En France, le taux de marge de l’industrie manufacturière gagne 2,3 points, passant de 34,9% en 1995 à 37,2% en 2015 mais 33,7% en 2020. Entre 1995 et 2020, le taux de marge de l’industrie en Espagne gagne plus de 10 points avec un niveau proche au départ. Dans l’UE et dans tous les pays, les taux de marge gagnent aussi plus de 5 points sauf en  Allemagne dont le taux de marge gagne seulement 1,4 points entre 1995 et 2020. De tous les pays comparés, le taux de marge est le plus faible en France, proche de celui du Royaume Uni. Mais le taux dans ce dernier pays a aussi perdu près de 2 points entre 2000 et 2019 donc à peu près comme en France (de l’ordre de 1,2 point).

Toutes les branches sont plus ou moins touchées entre 2000 et 2019 par exemple celles liées à l’électronique, la fabrication d’équipements électriques mais pas les matériels de transport (qui incluent l’automobile et les autres matériels de transport aux évolutions divergentes). Le taux de marge de l’industrie pharmaceutique augmente de deux points en France entre 1978 et 2019 mais il reste le plus bas des pays comparés. Même dans cette branche, le taux de marge de l’UE progresse plus qu’en France.

La chute des taux de marge en Europe a été parfois plus forte qu’en France lors de la crise de 2009, mais la reprise a été aussi plus forte après. Ici aussi la désindustrialisation par pays est d’abord celle de la France et surtout celle du Royaume-Uni. Le contraste est ainsi marqué entre la baisse du taux en France entre 2000 et 2016 et la hausse ailleurs. Cette divergence est bien moins nette entre 1995 et 2016 puisque le taux de marge progresse en France de presque 3 points entre ces deux années, du fait d’une forte progression entre 1995 et 2000, qu’on ne retrouvait pas alors dans la plupart des pays. En 2000, le taux de marge de l’industrie française est au même niveau que celui de l’UE (39%). En 2019 il a baissé de 1 point en France quand il augmenté de 4 points dans l’UE. Certes le taux de marge en Allemagne reste plus faible qu’en France en 2020  (1,6 points de moins). mais il était inférieur de 4 points en 1995 et même de 7 points en 2000.

Tableau 46 Taux de marge industrie Eurostat

Évolution des taux de marge (EBE / VA) de l’industrie manufacturière en % depuis 1995

Les taux de marge dans l’industrie en France en %

 

On ne peut s’empêcher de rapprocher les évolutions assez fragiles en France du taux de marge de l’industrie des fermetures et ouvertures d’usines. Le solde est constamment négatif sauf en 2016 où les créations sont égales aux fermetures.

 

 

4/ Dégradation de la compétitivité coût

Au final, ces deux évolutions (coûts unitaires et taux de marge de l’industrie) expliquent en partie la dégradation du solde du commerce extérieur des biens. La comparaison des prix pratiqués à l’exportation par la France et par ses partenaires permet d’évaluer le rôle d’une « compétitivité-prix » dans les dynamiques de parts de marché. Par exemple, le ministère des Finances développe un indicateur de compétitivité-prix à l’exportation définie comme le rapport entre le prix à l’exportation des biens et services étrangers et celui des exports de biens et services français. Pour mesurer les prix étrangers, les prix pratiqués par chaque partenaire sont pondérés par le degré de concurrence entre la France et le pays considéré. Définie ainsi, la compétitivité-prix française s’améliore lorsque les prix français progressent moins vite que les prix étrangers exprimés en une monnaie commune. Cette amélioration peut résulter d’une moindre hausse des prix à l’exportation ou d’une baisse du taux de change nominal de l’euro.

Il apparaît toutefois compliqué d’expliquer la réduction des parts de marché françaises par rapport à ses partenaires de la zone euro en particulier, uniquement par une dégradation de la compétitivité-prix. Des travaux ont alors cherché à distinguer, dans l’évolution des parts de marché, ce qui est dû aux variations de compétitivité-prix et ce qui est dû à la compétitivité « hors prix ». La dimension hors prix de la compétitivité est plus difficile à mesurer que celle de la compétitivité-prix. La mesure consiste à l’appréhender comme la partie de la variation de part de marché qui n’est pas expliquée par les variations des prix des exportations.

Mesurées ainsi, on peut alors évaluer le rôle des deux dimensions dans la perte des parts de marché françaises à l’exportation. Les différences de prix peuvent en effet résulter de deux facteurs principaux : les coûts de production et les marges pratiquées. En outre, à prix donné, la compétitivité hors prix a une influence sur la capacité de l’entreprise à pratiquer des marges plus ou moins élevées et donc à moduler le poids des coûts de production dans le prix final. Il est donc utile d’apprécier les différences de coût de production pour mieux comprendre l’évolution des compétitivités prix et hors prix. Une situation dans laquelle la compétitivité-coût se détériore (comme en France avant 2008) tandis que la compétitivité-prix reste stable peut traduire un effort de compression de leurs marges par les exportateurs français plus important que chez leurs concurrents étrangers. L’effort relatif de marge à l’exportation est le rapport de la compétitivité-prix à la compétitivité-coût.

Sur l’ensemble de la période 2000-2016, la dégradation relative des parts de marché serait surtout due à la dégradation de la compétitivité « hors prix ». C’est notamment cette dimension qui explique l’évolution des parts de marché françaises par rapport aux autres grands membres de la zone euro depuis la crise de 2008.

En effet, la dégradation de la compétitivité coût ne s’est pas accompagnée d’une amélioration de la qualité moyenne des produits, que ce soit en termes de positionnement de gamme ou de contenu en innovation. Face à l’augmentation de ses coûts de production, l’industrie a choisi de préserver sa compétitivité prix en comprimant ses marges au détriment de sa montée en gamme et donc de sa compétitivité hors prix. La dégradation de la compétitivité coût s’est traduite par un recul des investissements en machines et équipements en volumes chaînés de 15,5 % en France entre 2000et 2019, alors qu’ils ont augmenté de 15 % en Allemagne.

Tableau 44 FBCF machines Eurostat par l’industrie

FBCF en machines et équipements et systèmes d’armes en volumes chaînés base 100 en 2000

 

 

 

 

 

 

 

 

V – INVESTISSEMENT, COMPÉTITIVITÉ ET CROISSANCE

Deux questions économiques sont finalement importantes concernant la désindustrialisation par pays :

  • tout d’abord, pourquoi la croissance relative de l’investissement ne se traduit pas dans une amélioration de la compétitivité en France ?
  • pourquoi  cet investissement (rapporté à la VA de l’industrie) qui semble croître plus vite en France ne se retrouve pas dans le taux de croissance de l’industrie en volume ?

 

 

1) L’évolution de la FBCF par l’industrie dans les différents pays

Outre la FBCF en machines et équipements qu’on vient de voir au chapitre précédent, il existe deux grandeurs pour mesurer l’effort d’investissement :

  • d’une part l’évolution du volume de la FBCF.
  • d’autre part le taux d’investissement (FBCF / VA ) en valeur mais surtout en volume.

On se réfère aux données d’Eurostat et de l’OCDE. D’autres travaux s’appuient sur la base Euklem qui rassemble notamment des données sur le capital (K) et le travail (L).

Voyons d’abord les évolutions de la FBCF globale de l’économie pour recadrer celles de la FBCF de l’industrie. Pour l’ensemble des branches, elle n’augmente pas plus vite en France que dans les autres pays surtout depuis la crise de 2008. La FBCF en volume augmente en France de 2,3% entre 2008 et 2017 (comme aux Pays Bas) mais beaucoup moins que dans de nombreux pays (Canada où la croissance est la plus forte +60% entre 2000 et 2017, États Unis, Royaume Uni, Belgique,..). Il n’y a qu’en Italie où la FBCF de l’ensemble des branches en volume baisse.

 

Évolution de la FBCF par l’industrie en volume (prix «chaînés») entre 2000 et 2017 et entre 2008 et 2017 en %

S’agissant de l’industrie, les données en valeur sont elles fiables ? Tout d’abord, on observe bien une hausse du taux  d’investissement en valeur dans l’industrie manufacturière en France de près de 8 points entre 1995 et 2017. A priori, l’industrie française ne souffrirait donc pas d’un déficit d’investissement en valeur par rapport aux autres pays .

 

Taux d’investissement de l’industrie (FBCF / VA) en valeur entre 1995 et 2019 en %

Mais ce pourcentage est il correct et pertinent pour l’analyse économique ?

  • la FBCF de l’industrie comprendrait à tord des doubles comptes en R&D et logiciels. Il faudrait ainsi diminuer la FBCF par l’industrie de l’ordre de -1,9 Mds d’euros pour avoir une vision plus exacte de la FBCF de l’industrie en France (2,6 Md en R&D et -2,3 Mds logiciels, +3 Mds en machines et équipements surtout des TIC). En effet, la FBCF globale des actifs de propriété intellectuelle serait globalement  surestimé de 15,5 Mds en 2017 (page la FBCF).
  • La part de ces investissements dans la FBCF de l’industrie manufacturière est largement supérieure : 63,2% en 2016 (48% dans l’industrie + énergie); 50,5 % en Allemagne, 52,6% au Royaume-Uni; 40% aux Pays-Bas, 25% dans certains pays dont l’Espagne, l’Italie,… . Ceci ne semble pas justifié même si les grandes entreprises françaises de l’industrie utilisent plus de logiciels que nos voisins. On estime que ce pourcentage doit être ramené à 55,4% en 2017 soit 55,6% en 2019, à peu près comme au Royaume-Uni. Il est d’ailleurs significatif que ces deux pays où la part de l’emploi industriel dans l’emploi total a le plus baissé des 20 dernières années sont ceux où la part des droits de propriété intellectuelle est la plus élevée dans la FBCF de l’industrie sans qu’on sache exactement pourquoi ?
  • la FBCF globale des produits industriels serait sous évaluée de près de 5,5 Mds. Comme une partie (3 à 4 Mds) irait dans des matériels TIC qui peuvent être investis par les branches tertiaires, on peut estimer à 2 Md la sous-évaluation de cet investissement en produits manufacturés par l’industrie.

 

De plus, la croissance du taux d’investissement en valeur et en volume résulte de deux évolutions :

  • d’une part la croissance plus forte de la FBCF que de la VA. Or la VA en valeur et en volume ne progresse pas beaucoup entre 2000 et 2017 en France, moins que la FBCF par l’industrie. C’est le mouvement inverse en Allemagne
  • d’autre part,des évolutions des prix de la FBCF et de la VA. 

 

 

Aussi le taux de FBCF en volume traduit mieux l’effort d’investissement : il rapporte la FBCF en volume à la VA en volume. Ce taux n’augmente pas en France alors qu’il augmente dans d’autres pays (Italie, Espagne). On a vu que la croissance de la VA en volume serait quelque peu surestimée entre 2000 et 2007. De plus, le taux d’investissement corrigé en France (de la FBCF en R&D et en logiciel) n’est plus le plus élevé. Ceux de la Belgique et même de l’Italie  atteignent 26% et 25% contre 25,5% en France (taux corrigé). La surprise viendrait de l’Allemagne où ce taux reste stable entre 1995 et 2010, autour de  20%.

Taux d’investissement de l’industrie (FBCF / VA) en volume (prix «chaînés») entre 1995 et 2019 en %

 

Mais cette baisse du taux d’investissement en Allemagne est due en partie à la forte croissance de la VA de l’industrie (+1,7% par an entre 1995 et 2018). Les allemands ont la maîtrise de leurs prix ; ils sont moins touchés par la concurrence. La VA de l’industrie y est élevée car ils fabriquent des produits de plus en plus « haut de gamme » (automobile, machines et équipements,..), source de croissance de la VA industrielle. C’est l’évolution inverse dans de nombreux pays en particulier en France, surtout entre 2007 et 2018 avec avec des produits de moindre qualité, donc un marché très concurrentiel.

On observe que la FBCF de l’industrie en volume progresse en France de +1,5% par an entre 1995 et 2019, avec un net infléchissement entre 2007 et 2017 (+0,6%). Cette croissance entre 1995 et 2019 n’est pas plus forte que dans plusieurs pays (Pays Bas, Autriche, Espagne, Allemagne). Elle l’est toutefois par rapport à la Belgique (+1%), l’Italie (+0,8%), la Suède (+0,7%) et le Royaume Uni (+0,3%). Mais la croissance très faible depuis 2010 paraît un phénomène plus important : elle l’est plus que dans plusieurs pays (Allemagne, Espagne, Pays-Bas, Royaume-Uni, Autriche). Dans d’autres pays, il y a toutefois baisse de la FBCF par l’industrie (Belgique, Suède, Finlande). Cette moindre croissance que dans d’autres pays  concerne surtout les machines et équipements.

 

Évolution de la VA et la FBCF de l’industrie en volume (prix «chaînés») en moyenne annuelle en %

 

 

2) Ce n’est pas la croissance du taux d’investissement qui détermine la compétitivité mais la qualité des investissements (en particulier en machines et équipements).

On donne ici quelques explications de l’évolution du taux d’investissement, reprises d’un document de l’OFCE, tout en s’efforçant de vérifier les données [8].

« La désindustrialisation par pays, les pertes de parts de marché à l’exportation, la baisse des taux de marge, la décroissance de la productivité, et le positionnement technologique en recul sont autant de signes des difficultés des entreprises françaises. Mais cela est concomitant avec le maintien de l’investissement qui ne souffre pas d’un décrochage majeur par rapport à ses partenaires ».

« Les hypothèses avancées pour comprendre cette énigme sont au nombre de quatre :

1°) les investissements de  » remplacement / renouvellement » sont dominants et le capital productif français est trop obsolète ;

2°) les investissements ne sont assez pas productifs, la part des investissements en construction est trop importante relativement aux investissements en machines-outils et robots ;

3°) les investissements se substituent au facteur travail en France en raison de la baisse continue du coût du capital relativement au coût du travail ;

4°) ce qui compte pour la compétitivité c’est l’investissement dans les actifs intangibles et c’est là que le bât blesse pour les entreprises françaises ».

 

a) investissement de remplacement ou d’augmentation de la capacité en machines

« Sur le premier point, les réponses aux enquêtes de conjoncture de l’INSEE sur l’investissement apportent quelques éléments concernant les motifs de l’investissement dans l’industrie. Parmi les motivations pour investir, la part du renouvellement du capital a augmenté continûment depuis 2000 alors que l’introduction de nouveaux produits a diminué régulièrement de 2000 à 2008. Or la limite principale de l’investissement de renouvellement est qu’il n’augmente pas le stock de capital de l’entreprise ; il ne fait juste que le maintenir« .

Ainsi, le renouvellement des machines et équipements serait la première motivation d’investissement des chefs d’entreprise de l’industrie manufacturière française selon l’Insee : 29 % des investissements sont destinés au renouvellement, contre 23 % pour la modernisation et 16 % pour l’extension de capacité en 2017. Cet effort plus important dans le renouvellement des équipements plutôt que dans la modernisation ou l’extension de capacités peut expliquer en partie une moindre productivité de l’investissement, car ce type d’investissement ne contribue pas a priori à améliorer l’offre de produits et donc la compétitivité française. On note cependant que quand une entreprise remplace ses machines, elle obtient des machines plus jeunes et généralement plus performantes, augmentant l’efficacité du processus de production.

Toutefois, le parc de machines aurait vieilli plus vite en France qu’en Allemagne entre 2008 et 2013 : l’âge moyen des machines a gagné 1,6 année en France contre seulement 0,9 année en Allemagne. Ce vieillissement plus rapide provient d’une réduction de la part des machines de moins de 15 ans dans le parc français, passée de 53 % à 46 % sur la même période, renforçant le constat d’une baisse de ces investissements. Malgré cette obsolescence légèrement plus rapide, on note que l’âge moyen des machines est de 19 ans en France comme en Allemagne, contrairement à une opinion assez répandue.

Une autre étude confirme que l’investissement de renouvellement y représenterait plus de la moitié des motivations de l’investissement en 2015-2016 en France et en Allemagne, ce qui les distingue d’autres pays (Italie, Espagne, Royaume Uni).

 

 

b) les investissements en machines, équipements et robots dans l’industrie

  • les, machines et équipements

« S’agissant de la qualité, les investissements productifs sont ceux qui ont pour objectif de rendre plus efficace le processus de production : sont ainsi assez naturellement candidats les investissements en machines et outillage. Si les autres types d’investissement, comme les investissements en transport ou en construction peuvent très bien améliorer l’efficacité du processus de production et la productivité des travailleurs, il s’agit plus souvent d’investissement d’augmentation des capacités (conséquence de la croissance de l’entreprise plutôt que cause) ou de renouvellement. De plus, c’est au sein de la catégorie d’investissement « machines-outils » que l’on inclut les investissements en technologie de l’information et communications (TIC) et les investissements dans la robotisation potentiellement très productifs. Les investissements corporels des entreprises non-financières sont majoritairement des investissements en machines outils (34 %) et des investissements en construction (30 %), les premiers étant ceux où l’on doit s’attendre à ce que naissent des gains de productivité.

La part des investissements en construction dans la FBCF globale de l’industrie est moins élevée en France que dans les autre pays. Elle est de 14% en France (15,2% en corrigeant la FBCF en droits de propriété intellectuelle), 13,7 % en Allemagne mais nettement supérieure à 15% dans de nombreux pays, les données du Royaume Uni étant toutefois surprenantes (40%).

La part des matériels est en effet en dessous en France. Mais les matériels sont divers, comprenant outre les machines, les matériels de transport et les équipements TIC. La part des seules machines et équipements dans la FBCF de l’industrie est ainsi de 28% en France (32% en corrigeant la FBCF en droits de propriété intellectuelle  mais en rajoutant aussi 1,5 Mds de FBCF en produits industriels). Or, excepté le Royaume Uni (32%),  elle est bien plus élevée dans les autres pays : autour de 40% en Allemagne et en Autriche, 45% en Espagne et même 55% en Italie.

 

 

Dans le secteur manufacturier, le taux d’investissement (FBCF / VA) en machines et équipements  hors matériels de transports et TIC, est plus bas en France qu’en Italie, en Espagne et que dans la plupart des pays sur l’ensemble de la période 1995-2016. Depuis 2002, le taux d’investissement n’a été structurellement plus faible qu’au Royaume-Uni (en excluant le pic de 2005), le seul pays européen où la désindustrialisation par pays a été plus prononcée qu’en France. Il a atteint en France 8,3 % en 2015, soit moins que son niveau d’avant la crise mais plus qu’en 1995.

 

Dernière évolution significative, ces machines et équipements progressent moins en volume que dans de nombreux pays, surtout depuis la crise 2007, où ils régressent en France de -1,5% par an entre 2007 et 2017 du fait d’une forte chute pendant la crise 2007-2010 (-6,2% par an). Dans certains pays, ces investissements augmentent depuis 2007, en particulier depuis 2010 (Allemagne, Pays Bas, Suède, Autriche, Espagne,..). Il n’y a qu’au Royaume Uni où le baisse est plus prononcée malgré une reprise plus forte qu’en France depuis 2010. Entre 1995 et 2016, la croissance en France de +1,2% par an en volume résulte uniquement de la forte croissance avant 2000.

 

Ces évolutions marquent ainsi la désindustrialisation dans ces deux pays. Elles mettraient en relief les lacunes de l’investissement dans l’industrie française : trop d’investissements incorporels au détriment des machines et équipements, d’autant que cette part a baissé de 6 points entre 1995 et 2017 alors que celle des actifs de R&D et logiciels, déjà très élevée en 1995, continuerait d’augmenter (en fait à partir de 2010).

 

  • les robots 

Dans le même sens, on note la faiblesse de la robotisation et de l’investissement des entreprises françaises en nouvelles technologies. Celui-ci à l’exclusion des logiciels (c’est-à-dire ordinateurs, matériel de télécommunication, robots…) représenterait, en 2016, 0,5% du PIB en France contre 1,2% en moyenne dans les autres pays de la zone euro et 1,4% aux États-Unis.

Les robots font partie des machines et équipements.

On observe plus précisément une croissance très forte des robots par salariés dans certains pays depuis 1995 (États-Unis, Espagne, Corée,..). Déjà en 1995, l’Allemagne était en avance mais surtout la Corée, et le Japon dont le nombre de robots par salariés a stagné même si le Japon reste le premier producteur de robots au niveau mondial.

Plus globalement, cinq grands marchés tirent la demande mondiale. La Chine, le Japon (45 566 unités, +18%), la Corée du Sud (39 732 unités, +4%), les États-Unis (33 192 unités, +6%) et l’Allemagne (21 404 unités, +7%) ont représenté 73% du volume total des ventes en 2017. La croissance de 2017 a été portée par l’industrie du métal (+55%) et l’industrie électrique/électronique (+33%).

La Fédération internationale de robotique a calculé la densité de robots industriels dans plusieurs pays, mettant en évidence une certaine disparité à l’échelle mondiale, en lien notamment avec les spécialisations industrielles. Le développement de l’automatisation est particulièrement dynamique en Asie, où ont été installés plus de deux tiers des robots vendus dans le monde l’année dernière. La Corée du Sud comptait 932 robots industriels pour 10 000 salariés en 2020, soit le ratio le plus élevé au monde. Quant à la Chine, elle a vu sa densité de robots industriels plus que doubler en l’espace de trois ans. Avec une densité de 246 unités pour 10 000 employés, l’automatisation de l’industrie chinoise arrive désormais au niveau de celle des États-Unis.

En Europe, le pays le plus automatisé reste l’Allemagne avec 371 unités recensées pour 10 000 employés en 2020, suivi de la Suède (289) et du Danemark. Quant à l’industrie française, elle enregistrait toujours une densité légèrement plus faible que la plupart de ses voisins, soit 194 robots pour 10 000 employés, contre respectivement 224 en Italie, 221 en Belgique (et Luxembourg) et 203 en Espagne.

Robots dans le secteurs industriels pour 10000 salariés en 2020

Cependant, cet indicateur est très sensible à la composition sectorielle de l’économie des pays; il reflète autant le poids de l’industrie automobile et électronique dans l’industrie allemande que le niveau de modernité de cette dernière. En effet, l’industrie automobile concentre la plus grande part des robots industriels. Or, en regardant par secteur, on observe que le déficit de robotisation en France par rapport à l’Allemagne serait important dans certains secteurs comme la fabrication de produits électriques et électroniques mais inexistant dans l’industrie automobile (1 150 robots pour 10 000 salariés en France contre 1 131 en Allemagne en 2016). Avec dix fois plus d’effectifs dans l’automobile en Allemagne, et un taux de robotisation très élevé dans ce secteur, on a ainsi une explication structurelle de la différence de robots dans l’industrie entre les deux pays [9].

Le Royaume-Uni a une densité de robots de 71 unités ce qui est inférieure à la moyenne mondiale de 74 unités, se classant 22ème. Les pays d’Europe de l’Est comme la Slovénie (137 unités, 16ème dans le monde) et la Slovaquie (135 unités, 17ème mondial) ont tous deux une densité de robots supérieure à celle de la France. La Slovénie est la plus prospère parmi les pays des Balkans : 60% de l’offre totale dans cette région est allée en Slovénie (387 unités, soit 33% de plus qu’en 2015) pour l’industrie automobile.

Quand on compare tous les pays de l’OCDE, on voit qu’un nombre élevé de robots par emploi est significativement associé à un niveau de gamme élevé de la production, et à des excédents extérieurs.

La robotisation réglerait donc bien un certain nombre des problèmes structurels de la France. Mais la robotisation détruirait des emplois là où elle a lieu. Des estimations montrent que si la France disposait du même marché de robots industriels par salariés que l’Allemagne, les gains de productivité de l’industrie auraient été plus élevés de 0,8 point par an depuis 20 ans (à production industrielle identique, l’emploi industriel serait aujourd’hui plus faible de 17%). Mais ces travaux montrent aussi une absence de corrélation significative entre le degré de robotisation et le taux de chômage, à tous les niveaux de qualification. Il semble que la robotisation conduise, non pas à des destructions globales d’emplois, mais à une modification importante de la structure des emplois.

 

c) la baisse continue du coût du capital relativement au coût du travail

« La baisse du coût du capital relativement au coût du travail incite-t-elle plus fortement les entreprises françaises à substituer du capital au travail en comparaison des entreprises de la zone euro ? Cela peut-il expliquer la bonne tenue du taux d’investissement parallèlement à la faiblesse des taux d’emploi en France ? Les comparaisons internationales montreraient que le coût du travail en France ne s’est pas ajusté aux chocs conjoncturels comme cela a été le cas chez ses partenaires ».

« Les observations sont assez contradictoires. D’une part, les destructions d’emplois, surtout dans l’industrie, et l’automatisation de nombreux services (encaissement, commerce) laissent penser que cette substitution s’est bien produite. D’autre part, le ralentissement de la croissance de la productivité du travail et la faiblesse de la robotisation de l’industrie française plaident plutôt pour une faible substitution du capital au travail. 

 

 

 

d) investissements en R&D et logiciels par l’industrie

  • La R&D

Les entreprises françaises réalisent 65 % de la dépense intérieure totale en R&D, soit 1,4 % du PIB d’une R&D totale qui se monte à 2,2 % du PIB en France. En Allemagne, le pourcentage est supérieur de 0,6 point. Mais la structure sectorielle de l’économie d’un pays a un impact sur son effort de recherche global [9]. Ainsi, l’écart de 0,6 point entre les deux pays provient principalement d’un effet de structure économique (+ 1,3 point). Avec la structure économique de l’Allemagne, l’effort de recherche des entreprises françaises serait ainsi de 2,7 % du PIB contre 1,4 % avec la structure économique française. La structure économique de l’Allemagne est en effet plus favorable à un effort de recherche élevé, puisque les activités particulièrement intenses en R&D y occupent une place plus importante. C’est notamment le cas de l’industrie automobile, avec un effet de structure de 0,7 point. En revanche, l’effet d’intensité joue de manière négative sur l’effort de recherche des entreprises en Allemagne par rapport à celui des entreprises en France, et ce, à la fois dans les services (– 0,4 point) et l’industrie manufacturière (– 0,1 point). La structure économique du Royaume-Uni n’est quant à elle pas plus propice aux activités de R&D que celle de la France.

A l inverse, si la France avait les intensités sectorielles de l’Allemagne, son effort de R&D ne serait que de de 0,98% du PIB au lieu de 1,44%.

 

L’intensité de R&D reste plus élevée en Allemagne dans l’industrie : elle est définie comme la part de la valeur ajoutée du secteur qui est réinvestie en R&D. Sur l’ensemble de l’industrie, les entreprises de l’industrie manufacturière consacrent 6,9 % de leur valeur  ajoutée à des activités de R&D en France, 8,2 % en Allemagne et 8,1 % en Autriche. Tous secteurs confondus, y compris les services, les entreprises françaises consacrent 1,6 % de leur valeur ajoutée à des activités de R&D. Cette part est plus élevée en Autriche (2,4 %), en  Allemagne (2,2 %) et au Danemark (2,2 %). Depuis 2007, l’intensité de recherche globale a augmenté de 0,5 point en Autriche, 0,3 point en Allemagne, 0,2 point en France et au Royaume-Uni et de 0,1 point en Italie. Mais cet écart avec la France ne concerne pas tous les secteurs de l’industrie comme la fabrication de produits informatiques et électroniques, la fabrication d’autres matériels de transport (construction aéronautique,..) ou l’industrie automobile .

En Allemagne, la recherche industrielle est notamment portée par l’industrie automobile, avec de grands groupes comme Audi, BMW et Mercedes. Cette industrie représente 5 % de l’économie allemande et 35 % des dépenses de R&D des entreprises, soit 21 milliards d’euros. En France, l’industrie automobile représente 1 % de l’économie et 7 % des dépenses de R&D, soit 2 milliards d’euros. En France, malgré une intensité de recherche plus élevée (20% de la VA contre 17% en Allemagne), la valeur ajoutée de l’industrie automobile a diminué. L’intensité de recherche dans cette industrie a peu évolué en Allemagne depuis 2007, alors qu’elle a gagné plus de 8 points en France, grâce notamment au maintien des dépenses de R&D.

 

Dernier constat, seules les entreprises du Royaume-Uni réalisent plus de R&D dans les branches de services (59 %) que dans l’industrie, principalement dans le secteur des activités spécialisées, scientifiques et techniques (secteur qui comprend la branche d’activité « recherche et développement »). C’est en Allemagne, où l’industrie  manufacturière est la plus présente dans l’économie, que la R&D dans les branches industrielles est la plus importante (85 % De la DIRDE). La France se caractérise par un équilibre entre industrie manufacturière et services dans la structure des activités de R&D de ses entreprises : en 2015, 49 % de la R&D est réalisée dans l’industrie manufacturière et 47 % dans les activités de services. La construction aéronautique et spatiale est une branche industrielle particulièrement importante en France en matière de DIRDE. Incluse dans la fabrication d’autres matériels de transports, elle mobilise près de 10 % des dépenses de R&D des entreprises, soit un peu plus de 3 milliards d’euros, grâce à la présence de grands groupes, par exemple Airbus et Safran. C’est bien plus que dans les autres pays.

 

  • Les logiciels et autres actifs immatériels

Une autre étude de France Stratégie et La Fabrique de l’industrie formule une hypothèse originale en ne s’intéressant pas qu’à la R&D.  : « Les entreprises françaises mettent bien davantage de moyens que leurs concurrentes dans l’investissement immatériel au sens large, tout d’abord dans les logiciels (qu’ils soient comptables, RH, pour modéliser une production, etc,..). À l’inverse, le niveau d’investissement hexagonal en machines et équipements serait plus faible que celui des autres pays européens. « .

« La déformation de l’investissement en France pourrait être liée à la fiscalité française. Soumises à un coût du travail élevé, les grandes entreprises industrielles françaises auraient étendu leur appareil de production en dehors de l’Hexagone, tout en profitant de la niche du crédit d’impôt recherche pour localiser leurs laboratoires de recherche en France. « Les groupes industriels investiraient, mais pas en France. Ils y maintiennent les structures de conception, la R&D et tout ce qui tourne autour du développement des produits. Les activités industrielles d’entreprises seraient été très largement déportées à l’étranger ».

Peut-on vérifier ces pourcentages ? On a vu la fragilité des données (pages la FBCF, Investissement incorporel pays). Comment distinguer les logiciels des matériels informatiques ? Les pays ont ils les mêmes convention ? Certains révisent leurs chiffres comme le Royaume Uni. La Suède surestime la R&D. En France, le niveau de la FBCF en droits de propriété intellectuelle serait aussi surestimée de près de 4,8 Mds en 2017 (voir ci dessus).

Une fois ce montant retiré, on peut observer les faits suivants : Dans l’industrie manufacturière, les entreprises françaises se distinguent de leurs homologues européennes par leur fort taux d’investissement dans l’immatériel. L’investissement en logiciels et bases de données serait 5,8% de la valeur ajoutée en 2019 en France, contre 3,4% aux Pays Bas et autour de 2% dans les autres pays (1,9% en Allemagne). En s’affranchissant de cette différence d’affectation entre consommations intermédiaires et immobilisations (c’est-à-dire en pratique en additionnant ces deux types de données), les dépenses totales de logiciels et services informatiques de ‘industrie demeurent plus élevées en France qu’ailleurs. Cet investissement est concentré dans les très grandes entreprises :  40% de l’investissement immatériel (notamment logiciels, propriété intellectuelle et R&D), notamment dans 2 secteurs : la fabrication de produits informatiques, électroniques, optiques et électriques et la fabrication de matériels de transport.

Concernant la R&D, les industriels français y consacraient 9,3% en retirant le double compte (au lieu de 10,4% sans correction) de leur valeur ajoutée en 2017, contre 10 % pour les Allemands (tableau suivant).  Ce pourcentage proposé pour la R&D est à confirmer, l’enquête du MESR permettant de ventiler la FBCF en R&D par branche. On estime ici que la FBCF en R&D est globalement surestimée de 6 Mds en 2017 dont  2,5 Mds investis par l’industrie.

Les 3 tableaux suivants reprennent les caractéristiques de l’investissement (FBCF / VA) dans l’industrie en diminuant le niveau de la France pour ceux en droit de propriété intellectuelle (-4,8 Mds en 2017 dont -2,5 Mds pour la R&D, chiffre à confirmer, -2,3 Mds pour les logiciels et bases de données), et en rajoutant 2,7 Mds d’investissement en machines: On distingue les 3 grands groupes d’investissements : construction (1), matériels (2), droits de propriété intellectuelle (3). On note que même avec ces corrections qui diminuent pourtant fortement la FBCF en ces produits, la France serait le seul pays (avec le Royaume-Uni) où la part de la FBCF en droits de propriété intellectuelle serait nettement supérieure à celle en matériels : 15,1% contre 11,2% en matériel ! En Allemagne, ces ratios sont respectivement de 10,8% et 10,1% et en Italie de 6,8% et 18%.

En comparant ces données avec l’étude précédente du MESR, on conclut que l’intensité de R&D n’est pas vraiment moins élevée en France. Mais il convient encore une fois de prendre avec beaucoup de prudence ces données des comptes nationaux. Les autres pays ont ils des données plus fiables ? On n’en sait rien : pourquoi l’industrie allemande aurait un taux d’investissement en R&D et logiciels relativement faible (10,8% de sa VA en 2017), niveau proche du Royaume Uni, mais inférieur de 4,8 points à celui de l’industrie française (après correction) ? Il faudrait faire des études sectorielles plus détaillées pour éliminer les effets de structure et y voir plus clair. Il faudrait d’abord revoir de près la FBCF en France et la matrice FBCF produit-branche. 

La proposition de la FBCF globale et de la matrice de FBCF est expliquée dans la page la FBCF. On explicite la méthode de ventilation de la FBCF en logiciels en tenant compte que celle-ci est globalement surestimée de l’ordre de 9 Mds dont 2,2 Mds dans l’industrie (0,3 Md pour le produit édition, 2 Mds pour les logiciels). On estime ainsi à 8,7 Mds la FBCF en logiciels et base de données et à 2,3 Mds celle en produit d’édition soit un total de 11 Mds au lieu de 13,2 Mds dans la matrice FBCF produit-branche de la base actuelle des comptes français.

 

Répartition de la FBCF en logiciels estimée en 2017 à partir de l’enquête SYNTEC de 2001 et en supposant inchangés les taux de FBCF en logiciels par branches entre 2001 et 2017

 

 

Taux d’investissement des droits de propriété intellectuelle dans l’industrie hors énergie (FBCF / VA) en %

 

Part de la FBCF en droits de propriété intellectuelle dans la FBCF totale de l’industrie entre 1995 et 2019 en %

Part de la FBCF en R&D dans la FBCF totale de l’industrie entre 1995 et 2019 en %

 

Part de la FBCF en logiciels et bases de données dans la FBCF totale de l’industrie entre 1995 et 2019 en %

 

En conclusion, le surinvestissement immatériel constaté des entreprises Françaises industrielles serait pour partie le fait de mode de mesure différent. Il ne concernerait que l’industrie au sens strict et pas l’énergie. Pour l’ensemble énergie-industrie, le ratio de la part des droits de propriété intellectuelle est certes le plus élevé en Europe (47% en 2017). Mais ce ratio est de 43% en Allemagne et au Danemark. L’écart est bien plus élevée pour la seule Industrie (63,2% en France contre 50% en Allemagne) (graphique suivant).

Part de la FBCF en droits de propriété intellectuelle dans la FBCF totale de l’industrie-énergie en 2017 en %


 

 

3) D’autres facteurs de la désindustrialisation par pays que le taux d’investissement

« Ainsi le problème de l’investissement dans l’industrie n’est pas le niveau, mais le contenu de cet effort : ce n’est pas la quantité d’investissement qui compte mais sa qualité pour produire dans le « haut de gamme ». La diffusion des technologies numériques est aussi inférieure à la moyenne européenne. Dans une certaine mesure, les entreprises françaises investissent surtout dans de vieilles machines ».

Il semble que la croissance du taux d’investissement par l’industrie d’un pays, et notamment de la France et l’Allemagne, n’ait guère d’influence sur la croissance de l’industrie; La structure de cet investissement a déjà plus d’influence mais pas dans le sens souvent admis : ce sont les matériels qui sont déterminants et moins certains actifs immatériels. Encore faut il préciser lesquels. La R&D a quand même un rôle déterminant comme en Allemagne. Nous allons voir que la formation professionnelle est importante. Mais celle-ci n’apparaît quasiment pas dans la comptabilité nationale quand elle est faite en « interne » (page FBCF incorporelle pays).

Les travaux empiriques utilisant les méthodes traditionnelles distinguant trois facteurs de la croissance (le travail, le capital et le progrès technique, traité à part) attribuaient à l’investissement un rôle très limité dans la croissance. Les premiers résultats obtenus par R. Solow à la fin des années 50 avaient montré que 10 % seulement de la croissance américaine venaient de l’accumulation de capital. Autrefois, le progrès technique était considéré par les économistes comme relevant d’une activité scientifique et technique extérieure à l’économie. Les théories modernes de la croissance montrent, au contraire, que ce progrès technique  » ne tombe pas du ciel  » (selon l’expression de F. Hahn), il est le produit d’investissements spécifiques (P. Aghion). lesquels sont à l’origine d’enchaînements cumulatifs : les investissements en recherche et développement (R&D) et en formation entraîneraient la croissance, qui dégageraient des ressources supplémentaires pour l’investissement et la recherche.

 

 

Comment alors expliquer l’insuffisante performance qualité des exportations françaises ces quinze dernières années autrement que par la seule évolution des investissements en machines et équipements ? Dans son rapport d’avril 2019, le Conseil National de la Productivité met en avant quatre facteurs [10] :

  • performances moyennes dans le champ des compétences de la main-d’œuvre,
  • organisation des entreprises trop hiérarchiques,
  • faiblesse relative des entreprises de taille moyenne, notamment à l’exportation,
  • équipements en TIC dans la moyenne plutôt basse des autres pays.

 

a) Qualification et compétences de la population active

La population active française accuse, par rapport à la moyenne des pays de l’OCDE, un déficit systématique sur les différents indicateurs des compétences requises dans un cadre professionnel. D’où provient ce déficit ?

L’enquête PIAAC, qui permet de regarder le niveau des compétences des jeunes actifs récemment sortis du système scolaire, démontre que les difficultés identifiées par l’enquête PISA au niveau du secondaire ne sont pas réglées au moment de l’entrée sur le marché du travail. Le niveau de compétence des 25-34 ans est en dessous de la moyenne des pays participants à l’enquête et l’écart de compétence selon l’origine sociale est plus important que dans les autres pays.

Les enquêtes de l’OCDE révèlent également une obsolescence rapide des compétences acquises par les Français lors de leur formation initiale. Cette déqualification, une fois entré dans la vie active, met en évidence un problème au niveau de l’accès à la formation continue. Cette dernière bénéficie peu aux personnes dont les besoins sont les plus importants : en 2013, 36 % de la population active adulte française participe chaque année à une activité de formation contre 50 % en moyenne dans l’OCDE et 70 % dans les pays nordiques. Alors que 56 % des diplômés de l’enseignement supérieur participent à des formations, cette proportion n’est que de 17 % chez les individus qui n’ont atteint que le deuxième cycle.

 

 

b) Pratiques organisationnelles dans les entreprises

Par ailleurs, les enquêtes sur la qualité du management et des pratiques organisationnelles au sein des entreprises révèlent un score moyen de la France dans ce domaine. L’indicateur synthétique du World Management Survey place la France assez loin des économies anglo-saxonnes, de l’Allemagne ou des économies nordiques. Encore plus alarmant, les enquêtes conduites au niveau européen par Eurofund aussi bien auprès du management des entreprises que des salariés révèlent un retard important de la France dans toutes les dimensions identifiées comme influençant positivement la qualité du management (autonomie des salariés, encadrement des managers, organisation du travail…).

Cette faiblesse serait directement liée au déficit de compétences de la population active et au moindre renouvellement de notre tissu productif : les bonnes pratiques managériales sont corrélées avec la qualité du capital humain et l’intensité de la concurrence sur le marché des biens et services. Des facteurs d’ordre culturel semblent également être à l’origine de la rigidité de nos structures hiérarchiques. En effet, les enquêtes internationales montrent clairement que les Français entretiennent un plus fort niveau de défiance envers la plupart de leurs institutions et en particulier envers l’entreprise. Cette mauvaise qualité des relations sociales et cette incapacité à se faire confiance limitent fortement les possibilités de coopération et donc la mise en œuvre de meilleures pratiques managériales.

 

 

c) Dynamisme du tissu productif et entreprises exportatrices

Le dynamisme du tissu productif et l’intensité du processus de destruction-créatrice ne permettent pas de faire émerger suffisamment d’entreprises capables d’exporter et de rivaliser avec la concurrence internationale. En particulier, les entreprises les plus productives ne sont pas celles qui grandissent le plus – en embauchant et en attirant des capitaux – alors que de nombreuses entreprises trop peu productives restent en place.

L’efficience « allocative », c’est-à-dire l’efficacité d’une économie à allouer ses facteurs de production de manière à ce que les entreprises les plus productives grossissent en attirant capitaux et travailleurs, tandis que les moins productives se réduisent, voire disparaissent, semble trop faible en France. Selon des travaux récents conduits par l’OCDE, l’efficience « allocative » française est assez largement en dessous de celle des États-Unis, de l’Allemagne, de la Suède ou de la Finlande. L’allocation du facteur travail entre les entreprises du secteur manufacturier serait même moins efficiente en 2008 qu’elle ne l’était au début des années 2000.

Ceci se matérialise notamment par un déficit d’entreprises de taille intermédiaire capables d’exporter. Sur plus de trois millions d’entreprises en France, seules 125 000 exportent des marchandises. En comparaison, l’Italie en compte le double et l’Allemagne près de trois fois plus. Du point de vue de l’exportation, le principal point faible de la France est le nombre insuffisant d’entreprises de taille intermédiaire (ETI) : avec 4 600 ETI, la France en compte deux fois moins que l’Allemagne qui en recense 10 000, quand le Royaume Uni en totalise 8 000.

Enfin l’innovation est un facteur important du renouvellement du tissu productif et de la capacité à gagner des parts de marché à l’exportation. Si la France s’est dotée d’une politique d’innovation ambitieuse, et si certaines industries sont des leaders mondiaux dans leurs domaines (aéronautique et certains segments du secteur pharmaceutique par exemple), les classements internationaux sur l’innovation révèlent un positionnement intermédiaire qui place le pays derrière les leaders comme l’Allemagne ou la Suède.

 

 

d) diffusion du numérique dans les entreprises françaises 

Malgré un fort taux d’investissement dans les logiciels, les entreprises françaises accusent un retard certain sur l’adoption et la diffusion des TIC même par rapport aux pays européens avancés. alors que celles-ci sont devenues un déterminant essentiel des gains de productivité, de l’innovation et donc de la compétitivité. Ceci est d’autant plus dommageable que l’industrie va profondément bouleverser l’ensemble des modes de production à partir d’une utilisation plus intensive de ces outils numériques. La moindre diffusion du numérique dans l’économie pourrait s’expliquer, là encore, par le déficit de compétences de la population active et la faiblesse du management : pour investir dans les nouvelles technologies, les entreprises ont besoin d’une main-d’œuvre capable de s’adapter et de maîtriser ces nouveaux outils ainsi que d’un encadrement disposé à s’appuyer sur ces outils pour améliorer la performance. L’environnement réglementaire, dont le degré de concurrence, joue également un rôle essentiel dans la diffusion des outils numériques.

 

e) Conclusion

En conclusion, la désindustrialisation par pays a plus touché la France que les autres pays sauf le Royaume Uni. On l’observe à travers divers indicateurs : stabilité de la production industrielle entre 2000 et 2017 (+2,5% en volume en 17 ans), baisse des effectifs de 25% sur la même période, dégradation du solde extérieur des produits manufacturés surtout après 2007, où il devient déficitaire, relative faiblesse de l’investissement en machines et équipements, surtout en robots, moindre croissance de la rentabilité que dans les autres pays, etc… .

Le taux d’investissement global de l’industrie ne donne pas une indication des facteurs de la croissance de cette branche. Il faut s’intéresser aux investissements en machines et équipements et dans une moindre mesure à ceux en R&D. Mais la dimension hors-prix de la compétitivité, qui permet en grande partie la croissance de la production industrielle, souffre d’un certain nombre de déficiences particulières : formation continue insuffisante, organisation des relations humaines dans l’entreprise, pas assez d’entreprises de taille moyenne exportatrices, … .

Résilience de l’industrie française après les crises de 2008 et de 2020 ? Avec la mondialisation en plus et malgré une production industrielle qui ne chute pas autant qu’entre 1929 et 1938, il y a plus d’un point commun. Des signes avant coureur apparaissent avant 2007 : solde des échanges extérieurs de biens manufacturés en dégradation au point de devenir déficitaire en 2003, croissance faible de la production industrielle depuis le début des années 2000,… . Puis la baisse de la production affecte un peu moins la France en 2007 que les autres pays comme en 1929. Mais comme en 1932, la reprise est plus faible en 2010 que dans la plupart des pays sauf l’Italie et le Royaume Uni, et dans une moindre mesure l’Espagne. Le  solde extérieur continue de se dégrader contrairement à de nombreux autres pays où le solde devient très fortement positif (Allemagne, pays Bas,..). Tout se passe comme si la crise de 2008 avait accentué les faiblesses de l’industrie française.

 

La crise du coronavirus est survenue dans une économie avec plusieurs difficultés spécifiques à la France :

  • Solde de la balance des biens, y.c. énergie, déficitaire de – 40 milliards (en prenant en compte la correction CAF-FAB), et près de – 15 milliards d’euros pour la seule industrie (en supposant que cette correction se répartit moitié-moitié entre énergie et produits manufacturés), ce qui est assez exceptionnel en Europe hors Royaume Uni, Espagne et Grèce.  De nombreux pays, à commencer par l’Allemagne, les Pays-Bas ont une balance excédentaire ; d’autres États s’en sortent bien : pays scandinaves, pays de l’est de l’UE, Russie (grâce à l’énergie), voire l’Italie,.. ;
  • Solde commercial total non compensé par celui de la balance des services, notamment du tourisme, comme en Espagne, malgré un solde touristique largement excédentaire;
  • Industrie très fragile (10,5% de l’emploi, un peu plus de 11% de la VA globale ), avec une situation financière tendue marquée par  des fermetures d’usines plus importantes que les ouvertures;

Le tourisme subit le confinement de plein fouet. Le transport aérien ne se redressera pas de sitôt, entraînant probablement l’aéronautique dans la tourmente, un des seuls atouts industriels (page Reprise économique incertaine), Tout au plus, le solde négatif de l’énergie devrait s’atténuer avec la baisse des prix. On voit mal l’industrie retrouver ses niveaux d’autrefois (pas de politique industrielle, pas de ministère de tutelle, et surtout conditions de production beaucoup plus difficiles dans les usines,…). Même si cette crise devrait affecter autant les services que l’industrie, phénomène nouveau dans l’histoire économique.

Certes la crise actuelle du Covid et la transition énergétique amènent à repenser les modes de consommation et à produire autrement. Peut-être faut-il admettre que l’Allemagne et la Chine ne sont pas des exemples avec leurs centrales thermiques et leur production industrielle effrénée. Peut-être que les besoins de santé, d’éducation, d’action sociale deviennent prioritaires. Il reste qu’on ne peut les satisfaire sans biens. Il reste aussi qu’un pays peut difficilement survivre économiquement avec des déficits extérieurs cumulés. Il faudrait donc reproduire des biens en France.

Michel Braibant
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BIBLIOGRAPHIE

[1] La réindustrialisation par l’Europe ? E. Cohen, https://www.vie-publique.fr/parole-dexpert/283530-la-reindustrialisation-par-leurope-par-elie-cohen

[2] https://journals.openedition.org/rge/6333, La désindustrialisation : quelles réalités dans le cas français ? François Bost et Dalila Messaoudi,  Revue géographique de l’Est, vol.57 / 1-2 | 2017 : https://journals.openedition.org/rge/6333

[3] Économie et statistique n°438-440 : Ampleur et principaux déterminants : un état des lieux Commentaire : Désindustrialisation ou mutation industrielle ?https://www.insee.fr/fr/statistiques/1377174?sommaire=1377175, voir aussi le recul de l’emploi industriel en France entre 1980 et 2007 – Ampleur et principaux déterminants : un état des lieux L. Demmou

[4] Les politiques industrielles en France Évolutions et comparaisons internationales, France Stratégie,  https://www.strategie.gouv.fr/publications/politiques-industrielles-france-evolutions-comparaisons-internationales

[5] Sortir du cercle vicieux du décrochage industriel, T. Grjebine,  http://www.cepii.fr/blog/fr/post.asp?IDcommunique=868, voir aussi « Désindustrialisation (accélérée), le rôle des politiques macroéconomiques », F. Geerolf et T. Grjebine3 http://www.cepii.fr/CEPII/fr/publications/em/abstract.asp?NoDoc=12746

[6] Louis Gallois, Pacte pour la compétitivité de l’industrie française, rapport au Premier ministre, 5 novembre 2012 https://www.entreprises.gouv.fr/files/files/directions_services/politique-et-enjeux/simplifications/rapport-louis-gallois-competitivite.pdf

[7] « Le problème de l’investissement français n’est pas quantitatif, S. Guillou, OFCE, N° 51/30 Avril 2015 ». https://www.ofce.sciences-po.fr/pdf/notes/2015/note51.pdf

[8] https://www.strategie.gouv.fr/publications/linvestissement-entreprises-francaises-efficace, S. Guillou, C. Mini et R. Lallement, France Stratégie, octobre 2018

[9] La recherche et développement des entreprises françaises au sein de l’Union européenne : spécificités sectorielles et financement public, T. Balcone, C. Schweitzer, Insee, avril 2019, https://www.insee.fr/fr/statistiques/3902349?sommaire=3902446

[10] http://www.cae-eco.fr/Premier-rapport-du-Conseil-national-de-productivite, Premier rapport du Conseil national de productivité, avril 2019

Tableau entrées-sorties mondial (T.E.S.)