Numérique : une nouvelle révolution industrielle ou technologique ?

 

II – LE RECOURS AU NUMÉRIQUE

III – LES DONNÉES DES COMPTES NATIONAUX

IV – COMPARAISONS INTERNATIONALES

V – LES ÉVOLUTIONS DES PRIX

 

Résumé

° Une révolution technologique est-ce un art de faire quelque chose d une manière différente, par exemple de produire ou de communiquer différemment ? Avec le numérique, il y a la possibilité supplémentaire d’avoir des relations, d’entrer en contact avec quelqu’un, de communiquer autrement, d’avoir des informations sur tout à tout moment… . Le progrès des sciences ne vient-il pas des informations échangées ? Si le numérique permet de faciliter ces échanges, alors c’est bien une révolution technologique. C’est aussi une révolution des « comportements ». De plus en plus de personnes, y compris les  enfants, ont un smartphone. Le numérique va-t-il faire disparaître la lecture de livres ? Est-ce une (quatrième) révolution industrielle, sachant qu’il s’appuie à la fois sur des biens (matériels informatiques) et sur des services (télécommunications, logiciels,…) ?

°  Il y aurait deux révolutions numériques concomitantes. L’une concerne la production des entreprises; l’autre la consommation des ménages. La diffusion des ordinateurs de bureau et d’Internet dans les années 1990, des ordinateurs portables et de l’Internet mobile dans les années 2000 et des Smartphones dans les années 2010 ont profondément renouvelé les manières de produire, de consommer et de vendre, mais aussi les façons d’apprendre, de communiquer et de se divertir. Dans un  ouvrage, l’Insee éclaire ces transformations de l’économie et de la société par le numérique1 à partir des données de la statistique publique [1] (les nombres entre crochet renvoient à la bibliographie en bas de page).. L’Économie numérique y est appréhendée à travers les nouvelles pratiques liées au développement des technologies, contenus et supports de l’information.

°  Il s’agit donc de faire une synthèse sur les travaux français et étrangers en abordant différents sujets : définition du domaine, évolutions principales en France, puis dans les autres pays de l UE, données de la comptabilité nationale (valeur ajoutée, consommation des ménages, FBCF, échanges extérieurs, partage volume-prix); bref des aspects étudiés dans les autres pages de ce blog,

 

° Il s’agit aussi de répondre à certaines questions. Elles concernent principalement la mesure de la croissance du PIB et de l’hypothèse qu’elle serait-sous évaluée. On conclut au vue des comparaisons internationales que la croissance du de la production en volume des activités numériques n’est absolument pas minorée en France, dès lors que les prix des biens et services de l’économie numérique ne progressent pas plus vite en France depuis 2000 que dans les autres pays (logiciels) ou ne baissent pas moins que dans les autres pays (matériel informatique, télécommunications,..).

° Autrement dit, il n’y a aucun problème de minorant de la croissance du PIB en volume en France du moins pour ces activités.  Si il y a une croissance minorée du PIB, ce souci est mondial et en aucune manière spécifique à la France qu’on s’intéresse aux séries depuis 2000, ou à celles depuis 2010, sachant que certains prix comme ceux des logiciels ont été enquêtés dans les années 2000-2010.  

° La question reste en revanche posée de savoir si les gains de productivité ne sont pas minorés dans les entreprises qui utilisent le numérique ou bien si des services quasi-gratuits qui apparaissent avec le numérique (Wiképédia, Airbnb, covoiturage, etc…) sont oui on non comptabilisés dans le PIB. On n’a pas de réponse. On se contente donc de présenter le débat. Sauf de rappeler que cette question n’est pas nouvelle : Robert Solow se l’était déjà posé en 1987 dans son fameux paradoxe «vous pouvez voir l’ère informatique partout, sauf dans les statistiques de la productivité».  Et de rappeler aussi que la comptabilité nationale, et notamment le PIB, mesure d’abord ce qui est vendu sur le marché, ce que certains critiquent d’ailleurs depuis longtemps, voulant par exemple y introduire la production domestique des ménages non rémunéré et pourquoi pas ces services numériques quasi-gratuits.

 

 

Les entreprises

Intelligence artificielle, impression 3D, réalité virtuelle… ces innovations technologiques, intégrées aux processus de production des entreprises, bouleversent les chaînes de valeur, si bien que certains parlent déjà de quatrième révolution industrielle. Celle-ci fait référence au processus permettant d’accroître la compétitivité des entreprises en intégrant des appareils connectés au sein de l’industrie et des services. En s’appuyant sur l’Internet des Objets, les entreprises ont l’opportunité de produire davantage tout en réduisant le risque d’erreur.

Cette révolution caractériserait par une croissance exponentielle, portée par l’émergence de technologies novatrices telles que la robotique ou encore le stockage de l’énergie ou la capacité à traiter des volumes massifs de données.

Pour certains, la quatrième révolution industrielle marque la fusion entre la frontière physique et numérique [1]. Plus précisément, c’est l’interaction entre les différentes technologies (intelligence artificielle, blockchain, machines) qui se trouve au cœur même de la révolution industrielle. L’usine du futur serait l’un des emblèmes phares de la quatrième révolution industrielle. Si l’industrie du XXe siècle se caractérise par une production automatisée, l’usine du futur va marquer la fusion entre les objets connectés et les usines. Les éléments de production, les produits, les machines pourront ainsi communiquer entre eux et échanger des informations. L’objectif serait d’ augmenter leur productivité, disposer d’une traçabilité fixée qui permet de suivre le processus de fabrication du produit et optimiser l’efficacité énergétique des usines. L’utilisation des nouvelles technologies permet de travailler sur la conception et le process de fabrication, ce qui facilite la prise de décisions en temps réel et l’anticipation des stocks.

Les entreprises seraient appelées à recourir à la réalité virtuelle, qui constitue un excellent outil pour simuler les processus et permettre aux industriels d’anticiper de nombreux éléments stratégiques, de la conception des pièces à la conception des postes de travail. À titre d’exemple, une usine a conçu une salle de réalité virtuelle pour simuler de nouvelles lignes d’assemblage, de la conception des nacelles à la maintenance. L’occasion pour les ingénieurs de visualiser la taille réelle des pièces et de tester l’ergonomie. La révolution industrielle vise donc à transformer en profondeur les modes de production

La quatrième révolution industrielle devrait transformer la plupart des secteurs d’activité et le monde du travail, nécessitant l’acquisition de nouvelles compétences et qualifications. Les emplois les moins qualifiés risquent de disparaître, à l’inverse des détenteurs du capital technologique et financier qui seront favorisés. Elle va toutefois favoriser les tâches à forte valeur ajoutée et une réorganisation complète du monde du travail. Elle devrait également créer de nouveaux emplois et consolider certains métiers à l’instar des développeurs spécialistes d’intelligence artificielles.

Parmi les activités de technologies, contenus et supports de l’information (TCSI), l’emploi et la valeur ajoutée sont  particulièrement dynamiques dans les services de programmation, conseil et autres activités informatiques.

 

Les ménages

L’économie et la société françaises se transforment sous l’effet du développement du numérique. En 2017, 84 % des ménages ont accès à Internet à leur domicile, soit deux fois plus qu’en 2006. Depuis une dizaine d’années, les équipements et les usages sont devenus plus mobiles. Huit personnes sur dix de 15 ans ou plus ont utilisé Internet au cours des trois derniers mois en 2018, le plus souvent pour envoyer des courriels et rechercher des informations.Toutefois, cette mutation est elle nouvelle?

Déjà en 2006, une étude de l’Insee annonçait que « la part des produits des technologies de l’information et de la communication (TIC) dans le budget des ménages est passée de 1,3 % à 4,2 % entre 1960 et 2005 [3]. Cette hausse quasiment ininterrompue n’a pas d’équivalent parmi les autres postes de taille significative. La demande est très dynamique : elle a augmenté de 12,6 % par an en volume sur 45 ans. Cette forte croissance est aussi favorisée par 20 ans de baisse continue des prix, principalement ceux des microordinateurs, et la mise à disposition de produits toujours plus performants. Les Français consomment globalement comme la moyenne européenne en matière de TIC, mais restent sensiblement moins équipés en téléphones mobiles et accès à l’internet. Les utilisateurs d’internet sont passés de 150 000 en 1995 à 26 millions en 2005 en France. Le nombre d’abonnés a quadruplé entre début 2000 (3,1 millions) et fin 2005 (13,1 millions). Avec un accès à haut débit qui passe de 50 000 à 9,5 millions d’abonnés sur cette période, la France rejoint le peloton de tête européen ».

Cependant, une personne sur cinq n’a aucune capacité numérique en 2017. Les plateformes numériques et le commerce électronique se développent rapidement, mais restent minoritaires dans les secteurs concernés. En 2017, les ventes dématérialisées représentent 30 % du chiffre d’affaires des sociétés de 250 salariés ou plus ; cette part a doublé en dix ans.

Ainsi, la numérisation de l’économie et de la société pose un certain nombre de questions. Des disparités apparaissent selon le profil des individus, mais aussi selon les territoires ou la taille des entreprises. Ainsi, l’accès à Internet, son usage et les capacités numériques varient fortement selon la génération, et dans une moindre mesure en fonction du diplôme ou du niveau de vie. Les outils informatiques ont des effets ambivalents sur l’emploi et les conditions de travail (disparition de certains emplois qui sont automatisés, apparition de nouveaux métiers, télétravail, etc.). Les infrastructures, les équipements et les usages, notamment l’essor du Smartphone et l’augmentation du trafic de données mobiles, ont des impacts environnementaux difficiles à quantifier, mais réels et croissants. Le numérique génère également une masse considérable de données, qui intéressent notamment les entreprises à des fins publicitaires, posant la question de la protection des données. Par ailleurs, les cyberattaques risquent d’être de plus en plus fréquentes, les experts de cybersécurité seront également très demandés.

 

 

 

I – LE DOMAINE DU NUMÉRIQUE

En 2007, l’OCDE a défini les secteurs des technologies de l’information et de la communication (TIC) et des contenus et supports de plus en plus produits et diffusés de manière numérique. Ces définitions font encore aujourd’hui référence, même si elles ne permettent pas d’identifier les secteurs qui ont été profondément transformés par le numérique, notamment les entreprises qui ont créé de nouveaux biens et services nativement numériques. La numérisation de l’économie fait apparaître de nouveaux produits, de nouveaux modèles économiques, de nouveaux acteurs et modifie les chaînes de valeur.

Avec une définition extensive prenant en compte le degré de numérisation des secteurs par l’intensité de leur recours aux TIC, 80 % de l’économie française serait concernée par la numérisation. Dans ce contexte, l’OCDE coordonne la mise en place d’un compte satellite du numérique (voir page Comptes satellites) et propose de définir une méthode pour construire des TES du numérique. En attendant, mesurer l’impact économique du numérique reste un « défi statistique et intellectuel »

 

1/ L’approche de l’OCDE

 

a) les premiers travaux en 2007

Une question souvent soulevée lorsqu’il s’agit de mesurer la numérisation de l’économie est la suivante comment définir concrètement l' »économie numérique ». Malheureusement, malgré de nombreuses tentatives de la part universitaires, d’organisations internationales et d’offices statistiques nationaux, il n’existe actuellement aucune définition unique et généralement acceptée de ce que recouvre l’économie numérique. Bien que cet état de fait soit largement reconnu, cela ne signifie pas qu’il soit plus facile de parvenir à une définition internationalement reconnue.

Il n’en reste pas moins utile de discuter brièvement des différentes perspectives vers une définition de l’économie numérique, et pourquoi les TES numériques, qui ne préconisent pas une définition particulière de l’économie numérique, offrent des solutions pratiques.

Les partisans de définitions spécifiques de l’économie numérique privilégient généralement l’une des deux approches suivantes: la première considère que  l‘économie numérique se limite à un ensemble limité d’activités économiques qui produisent des biens TIC et des services numériques spécifiques, qui facilitent la numérisation de l’économie. Cette approche s’oppose à l’autre vision, selon laquelle l’économie numérique comprend également l’activité économique subséquente rendue possible par la numérisation de l’économie. Le numérique comprendrait également l’activité économique ultérieure rendue possible par ces biens TIC et ces services numériques.

Le premier type de définition suit une approche ascendante, caractérisant la production ou les processus de production des industries et des entreprises pour décider si elles doivent être incluses dans l’économie numérique. Le deuxième type de définition, en revanche, suit une approche descendante ou fondée sur les tendances, en identifiant d’abord les tendances clés de la transformation numérique, puis en analysant dans quelle mesure elles se reflètent dans l’économie réelle. Si des variantes de ces deux approches ont été proposées par diverses organisations internationales, des offices nationaux de statistiques, des universitaires et le secteur privé, aucune n’a été en mesure de saisir pleinement toutes les facettes et perspectives de l’économie numérique. C’est pour cette raison que le présent rapport propose un cadre de définition à plusieurs niveaux qui décrit différentes mesures de l’économie numérique afin de prendre en compte différentes facettes et perspectives.

Du point de vue de la mesure, il était plus concevable d’obtenir une image de l’économie numérique en agrégeant certains produits ou services, comme représentant la représentant la numérisation en cours dans l’économie (et certaines branches correspondantes à la production de ces produits). Cette approche s’est traduite par  la classification et la définition du secteur des TIC dans la Classification standard internationale de toutes les activités économiques, révision 4 et la liste complémentaire des produits TIC dans la classification centrale des produits. Ces classifications ont été reprises et sont maintenant largement utilisées au niveau international.

Cependant, d’un point de vue politique, ces définitions sont souvent considérées comme trop étroites. et, bien que la croissance de ces secteurs nouveaux a généralement été plus élevée que la croissance économique plus large, il est probable que le résultat de ces interprétations « étroites » de l’économie numérique en sous-estime la valeur  et sous-estime l’impact global de la numérisation sur l’économie..

 

b) les travaux récents

Une tentative récente de fusionner ces deux approches a été la définition reconnue dans la déclaration ministérielle du G20 DETF de 2020. Celle-ci définit l’économie numérique comme « toute activité économique fondée par l’utilisation de ses intrants numériques, y compris les technologies numériques, l’infrastructure numérique, les services numériques et  les données ; elle fait référence à tous les producteurs et consommateurs, y compris les pouvoirs publics, qui utilisent ces intrants numériques dans leurs activités économiques« . Il est important de noter qu’un cadre de définition à plusieurs niveaux, qui délimite plus précisément les impacts de la numérisation sur l’économie, accompagne cette définition large. Ces niveaux, qui sont cohérents avec les résultats des TES numériques, séparent :

  • les entreprises en celles qui produisent des biens et services liés aux TIC,
  • celles qui dépendent de ces intrants numériques,
  • enfin les entreprises qui améliorent de manière significative leur productivité par l’utilisation d’intrants numériques.

 

En tant que telles, les définitions descendantes ne considèrent pas simplement un ensemble d’entreprises, d’industries ou de secteurs, mais l’étendue de la numérisation dans tous les processus productifs et sociétaux, ainsi que les changements qui en découlent dans la demande et les réglementations du marché du travail. « l’économie numérique transcenderait le secteur des TIC et englobe la plupart des secteurs de l’économie et de la société. Pourtant, de nombreux gouvernements continuent de traiter l’Économie numérique comme un secteur, en mettant exclusivement l’accent sur le développement des infrastructures TIC et la création d’une main-d’œuvre en technologies de l’information (TI) « . De même, l’OCDE décrit  » l’économie numérique comme s’étendant au-delà des entreprises et des marchés car elle inclut les individus, les communautés et les sociétés  » (OCDE, 2019a). On constate que l’économie numérique  » englobe les entreprises de tous les secteurs de l’économie, qui utilisent les technologies numériques avec toujours plus d’intensité, pour bouleverser profondément la façon dont la valeur est créée « .

 

                   L’économie numérique représentée à l’aide d’une approche « à plusieurs niveaux ».   Source: The Digital Economy Report, 2019, UNCTAD

 

 

Ce faisant, cette approche montre que le fait d’accroître la visibilité des transactions numériques, ainsi que des produits et des acteurs qui y sont impliqués, est un facteur important de la croissance économique. les produits et les acteurs qui y participent est un résultat plus réalisable à court terme qu’une définition internationalement acceptée et applicable sur le plan statistique.

 

Une autre approche pour délimiter l’économie par rapport à l’économie numérique est de considérer leur intensité numérique et d’identifier ainsi les secteurs à forte intensité numérique. En se basant sur sept métriques différentes, certains proposent une classification des secteurs par l’intensité numérique. Divers indicateurs, tels que les investissements des entreprises dans les actifs « numériques », le (type de) capital humain et les compétences nécessaires à la production. ou la façon dont les entreprises abordent les marchés et interagissent avec les clients et les fournisseurs. sont utilisés pour classer les secteurs en « élevée », « moyenne-haute », « moyenne-faible » et « faible » intensité numérique. Bien que cette approche puisse être rudimentaire, puisque toutes les entreprises d’un secteur sont classées dans le même groupe d’intensité numérique, quel que soit leur niveau spécifique de numérisation, cette l’approche a l’avantage de pouvoir être élaborée en utilisant des agrégats par branches de la comptabilité nationale largement disponibles.

Cette question plutôt complexe sur la meilleure façon de définir l’économie numérique a incité les premières discussions sur les TES numériques à contourner la question de ce qui devrait être inclus.ou exclus, mais plutôt à se concentrer sur une meilleure compréhension de l’impact de la numérisation sur les transactions économiques mesurées. Par conséquent, les TES numériques ne se concentrent pas seulement sur les les différents produits et acteurs associés à la numérisation, mais elles tentent aussi, et c’est important, d’identifier la nature des transactions entre les acteurs (schéma suivant). Un principe fondamental du cadre est de délimiter les transactions selon qu’elles sont ou non commandées et/ou livrées numériquement.

En préconisant de nombreuses approches différentes de la mesure de la numérisation, les TES numériques sont en mesure d’aborder les questions politiques créées par les diverses définitions avancées par les utilisateurs de statistiques économiques, tout en étant cohérentes avec les normes statistiques établies du SCN.

Cadre conceptuel pour la mesure de l’économie numérique

Des variations de ce cadre conceptuel et son application dans un cadre d’utilisation des ressources ont été présentées et discutées dans divers forums, dont une proposition finale présentée au Groupe consultatif informel de l’OCDE sur la mesure du PIB dans une économie de marché.

Cela a permis de parvenir à un accord sur les spécifications de base du cadre et de définir les classifications spécifiques des produits et des secteurs d’activité nécessaires dans un cadre de l’offre et de la demande en produits numériques afin de rendre la numérisation plus visible dans le système des comptes nationaux. Le cadre et les TES (tableaux des ressources et des emplois) associés ont été conçus dans le but explicite de maintenir un équilibre entre la production de statistiques pertinentes pour les décideurs politiques tout en restant statistiquement réalisables pour ceux qui font ces TES.

La part de l’économie numérique varie très fortement selon les pays selon qu’ils retiennent une vision étroite  ou large de celle-ci,, celle de la Chine étant beaucoup plus large que celles de l’Australie et des États-Unis (voir la page Comptes satellites).

 

 

2/ Le champ du numérique de l’Insee

L’Insee quantifie l’économie des technologies, contenus et supports de l’information (TCSI), qui correspond au périmètre d’activités économiques et de produits commun aux différentes sources statistiques mobilisées (comptabilité nationale, estimations d’emploi, statistiques d’entreprises). Les TCSI désignent les activités économiques correspondant aux codes de la nomenclature d’activités française (NAF) et les produits associés détaillés au tableau suivant. Les entreprises des secteurs des TCSI emploient à la fois des personnes exerçant des métiers « numériques » (par exemple, des développeurs, des informaticiens, etc.), mais aussi des salariés exerçant des métiers non numériques, sur des fonctions supports notamment (assistants, comptables, etc.). À l’inverse, les métiers « numériques » essaiment dans tous les secteurs de l’économie ; ainsi, un data scientiste peut travailler dans une entreprise du secteur des transports. L’approche par secteur d’activité (fondée sur la NAF) et l’approche par métier (fondée sur les professions et catégories socioprofessionnelles) se recoupent partiellement mais ne se recouvrent pas.

Ce champ correspond approximativement aux « technologies de l’information et de la communication » (TIC) et aux « contenus et supports » définis par l’OCDE. Faute de données disponibles à un niveau sous-division de la NAF dans la comptabilité nationale et les estimations d’emploi, il exclut la réparation d’ordinateurs et d’équipements de communication (NAF 95.1), qui fait partie des TIC d’après l’OCDE. À l’inverse, il inclut des technologies connexes aux TIC.

 

Définition des technologies, contenus et supports de l’information (TCSI)

 

 

II – LE RECOURS AU NUMÉRIQUE

1/ Les ménages

a) quelques données globale en France

En 2017, 84 % des ménages ont accès à Internet à leur domicile. Avec l’évolution et la démocratisation des technologies de l’information et de la communication (TIC), l’équipement des Français a changé en vingt ans. En 2017, 77 % des ménages disposent d’un ordinateur de bureau ou d’un ordinateur portable à domicile, contre 13 % de ménages équipés d’un ordinateur de bureau en 1995. La part de ménages ayant accès à Internet (c’est adire couverts par le réseau et possédant les équipements d’accès) a doublé en une dizaine d’années : elle est passée de 42 % en 2006 à 84 % en 2017. Les équipements sont devenus plus mobiles. En 2017, 93 % des ménages sont équipés d’un téléphone portable, 62 % d’un ordinateur portable et 42 % d’une tablette tactile

Ces taux d’équipement augmentent depuis 2011, alors que celui en ordinateur de bureau régresse (– 10 points en six ans) (fiche 2.1). Le Smartphone a été adopté massivement et très rapidement : en sept ans, le taux d’équipement est passé de 17 % en 2011 à 75 % en 2018. Cette progression est notamment liée au développement du réseau mobile haut et très haut débit (3G, 4G).

Cette évolution transparaît dans le budget des ménages. En 2017, les ménages consacrent 4,2 % de leur budget aux biens et services des TCSI, contre 3,2 % en 1960. Cette dépense a progressé jusqu’au milieu des années 2000, pour atteindre 6,3 % en 2006 du budget total, en raison de la hausse des dépenses pré engagées dans les services de télécommunication (abonnements téléphoniques, aux chaînes de radio et de télévision par câble ou satellite, à Internet), puis a diminué dans la consommation des ménages, en raison d’une forte baisse des prix des services de téléphone mobile (fiche 3.6).

Taux d’équipement des ménages en biens électroniques en France de 1995 à 2017

 

b) Des lacunes et disparités subsistent en matière de technologie et d’utilisation de l’internet….

En 2017, 19 % des personnes de 15 ans ou plus n’ont aucune capacité numérique. Avec la présence accrue du numérique dans la vie de tous les jours, de nouvelles compétences sont nécessaires pour rechercher des informations sur Internet, communiquer par courriel ou via les réseaux sociaux, utiliser des logiciels, etc. En 2017, 19 % des personnes âgées de 15 ans ou plus résidant en France n’ont aucune capacité numérique, tandis que 27 % ont des compétences numériques plus que basiques (graphique suivant). Marqués selon l’âge, les écarts traduisent l’environnement technologique dans lequel les générations ont grandi : 71 % des 75 ans ou plus ne déclarent aucune capacité numérique, contre moins de 5 % des moins de 45 ans. À l’inverse, 55 % des jeunes de 15 à 29 ans ont des compétences numériques plus que basiques.

En France, 14 % des individus disent encore n’avoir jamais utilisé Internet en 2018. C’est surtout le cas des personnes âgées et des moins diplômé. Or, ne pas en maîtriser les bases est pénalisant pour consommer, pour participer à la vie sociale et publique, ainsi que dans le monde du travail. En 2017, 35 % des personnes âgées de 60 à 74 ans et 71 % des 75 ans ou plus n’utilisent pas Internet ou n’ont aucune compétence numérique. En outre, ces proportions varient selon le diplôme. Les écarts entre bacheliers et non‑bacheliers sont particulièrement forts au sein des générations les plus anciennes et se réduisent jusqu’à s’estomper chez les 15‑29 ans. En effet, les plus jeunes ont tous déjà utilisé Internet. En revanche, des disparités de maîtrise du numérique persistent : 66 % des 15 à 29 ans titulaires du baccalauréat ont des compétences numériques plus que basiques, contre 40 % des 15 à 29 ans non bacheliers

Bien que tardive, la diffusion des produits électroniques (téléphone portable, ordinateur, accès à Internet) auprès des personnes âgées est très rapide, tandis qu’elle ralentit pour les plus jeunes puisque leur taux d’équipement est saturé. Ainsi, 83 % des personnes âgées de 60 à 74 ans ont un accès à Internet en 2017 contre 14 % en 2004. Des disparités en matière d’équipement des ménages en ordinateur existent aussi selon le niveau de vie, même si elles se réduisent depuis une dizaine d’années.

 

Niveau de capacités numériques selon l’âge en France en 2017

La question des disparités est particulièrement forte dans le cadre de la dématérialisation des services publics. Sans accompagnement, une partie de la population qui n’est pas à l’aise avec les outils numériques pourrait être exclue. Si 72 % des diplômés du supérieur ont rempli leur déclaration de revenus en ligne, seules 20 % des personnes non diplômées ou titulaires du certificat d’études primaires l’ont fait en 2018 , dernière année avant que la déclaration de revenus sur Internet soit obligatoire pour tous. De même, l’écart entre les plus et les moins diplômés dépasse 35 points pour la recherche d’informations administratives et le téléchargement des formulaires administratifs.

 

Niveau de capacités numériques selon l’âge et le diplôme en France en 2017

Le numérique peut permettre de rapprocher les habitants des territoires éloignés des services publics, des zones d’emploi, des commerces, etc. Par exemple, la dématérialisation des démarches administratives, la télémédecine, le télétravail, le commerce en ligne réduisent les distances, à condition néanmoins de garantir une connexion internet de qualité et de développer ces nouvelles pratiques partout en France. Or, certains territoires ruraux et de montagne ne sont pas couverts ou sont mal couverts par les réseaux internet fixe et mobile. Ces « zones blanches » engendrent des difficultés d’accès à Internet ou à la téléphonie mobile, tant pour les ménages que pour les entreprises. Des accords entre l’État et les opérateurs téléphoniques prévoient des obligations d’aménagement du territoire en très haut débit, afin d’accélérer la couverture internet des zones peu denses. En septembre 2018, les quatre opérateurs téléphoniques déclarent couvrir entre 92 % et 98 % de la population en France métropolitaine avec leur réseau 4G, contre 82 % à 92 % de la population un an plus tôt.

 

 

 

c)… qu’on retrouve dans les autres pays

Ainsi, alors que l’adoption d’Internet atteint la saturation dans certains pays, des écarts persistent à la fois entre les pays, et entre différents groupes à l’intérieur d’un même pays – notamment les hommes et les femmes, les personnes d’âges différents, les personnes ayant des niveaux de revenu ou de formation différents, et entre les personnes vivant dans des zones urbaines ou rurales.  Ces écarts sont particulièrement pertinents en temps de crise et, dans le cas de la pandémie de COVID-19, ils sont susceptibles de affecter la capacité des différents groupes à continuer à travailler ou même à rester en contact avec le monde extérieur à leur domicile.

Si l’utilisation d’Internet est très répandue parmi la jeune génération, les générations plus âgées ont encore du chemin à faire pour rattraper leur retard. rattraper leur retard. L’économie numérique actuelle se caractérise par la connectivité entre les utilisateurs et les appareils, ainsi que par la convergence de parties autrefois distinctes des écosystèmes de communication, comme les réseaux fixes et sans fil, la voix et les données, les télécommunications et la radiodiffusion.et les données, les télécommunications et la radiodiffusion.

Les graphiques ci-dessous montrent l’écart entre les pays en ce qui concerne l’utilisation quotidienne de l’internet pour les personnes ayant un faible niveau d’éducation et celles ayant un niveau d’éducation élevé, respectivement. ceux ayant un niveau d’éducation élevé, respectivement, entre 2010 et 2018. Le niveau d’éducation tend à être corrélé avec d’autres facteurs tels que le revenu personnel et celui du ménage – bien que les ventilations par revenu soient moins largement disponibles pour les pays du G20.

En 2018, en moyenne dans tous les pays du G20 pour lesquels des données sont disponibles (elles couvrent le Brésil, la France, l’Allemagne, l’Italie, la Corée, le Mexique, la Turquie et le Royaume-Uni), près de 95 % des personnes ayant un niveau d’éducation élevé ont utilisé l’internet quotidiennement ou presque, avec peu de variations entre les pays. En revanche , il existe des variations beaucoup plus importantes entre les pays en ce qui concerne la part des personnes ayant un niveau d’éducation faible (ou nul) qui utilisent régulièrement l’internet. En moyenne, dans les pays du G20 pour lesquels des données sont disponibles, seuls 55% des individus seulement des personnes ayant un faible niveau d’éducation utilisent régulièrement l’internet – les plus faibles taux d’utilisation ne représentant que 40% de ces personnes, contre 75% dans les pays du G20  où le taux d’utilisation est le plus élevé.

Écart de niveau de formation dans la diffusion d’Internet, OCDE, 2010-18 Pourcentage d’utilisateurs quotidiens d’Internet dans chaque groupe (source OCDE)

 

 

S’agissant de l’accès à un ordinateur par l’intermédiaire de l’un de ses membres, les comparaisons européennes montrent aussi des disparités selon la zone d’habitation et la tranche de revenu. Si le pourcentage ne serait pas plus faible en France dans les zones rurales que dans les villes (sauf dans les banlieues et les villes moyennes), ce n’est pas le cas des autres pays de l’UE. En revanche l’accès à internet est plus limité pour les ménage en zone rurale en France (77%) que dans les villes (88%).

En outre, le pourcentage est de 68% pour les ménage se trouvant dans le premier quartile de revenu contre 97% dans le quatrième quartile, situation identique dans les autres pays mais de nouveau plus faible. il en va de même pour les ménages les moins aisés (71% dans le premier quartile en France contre 94% dans le quatrième quartile).

 

Ménages ayant accès à un ordinateur par l’intermédiaire de l’un de ses membres en % en 2019

Type de connexion à l’internet des ménages à large bande en %  en 2019

 

 

2/ Les entreprises

a)connexion à internet et site web

En France, les sociétés sont aujourd’hui largement équipées en technologies de L’information et de la communication (TIC) [5]. Toutefois, les différences sont  importantes selon le type de technologie. Ainsi, en 2018, quasiment toutes les sociétés de 10 personnes ou plus sont connectées a Internet (99 % des sociétés) mais seules 69 % d’entre elles disposent d’un site web. L’usage de technologies. En revanche, la présence des entreprises sur les médias sociaux a doublé sur la même période (18 % des sociétés de 10 personnes ou plus en 2013, 41 % en 2017).

L’usage de technologies plus spécialisées, comme l’impression 3D ou la robotique, progresse mais reste minoritaire. . En 2018, en France, 4 % des sociétés de 10 personnes ou plus ont recours à l’impression 3D. Celle-ci concerne 16 % des sociétés de 250 personnes ou plus, alors qu’elle est marginale dans les sociétés de 10 à 19 personnes (2 %). Son usage est plus répandu dans l’industrie (10 % des sociétés). Le plus souvent, le site web sert à décrire les biens et les services proposés par l’entreprise et permet, dans un quart des cas, de commander ou de réserver en ligne. En 2018, 8 % des sociétés de 10 personnes ou plus implantées en France utilisent un robot : 27 % des sociétés de 250 personnes ou plus, contre 5 % des sociétés de 10 à 19 personnes. Leur utilisation est plus fréquente dans l’industrie (23 %) (tableau suivant).

Connexion internet, sites web et technologies des sociétés selon le secteur ou leur taille en 2018 en %

 

b) Le commerce électronique pèse de plus en plus dans l’activité des entreprises

Dans ce contexte, le commerce électronique prend une place de plus en plus importante dans l’activité des sociétés implantées en France. En 2017, il représente 21,5 % du chiffre d’affaires des sociétés de 10 personnes ou plus hors secteurs agricole, financier et d’assurance (graphique suivant). Cette proportion a augmenté de 5 points en deux ans, soit autant qu’entre 2007 et 2015. L’augmentation est particulièrement nette pour les sociétés de 250 personnes ou plus pour lesquelles la part des ventes dématérialisées a presque doublé en dix ans et atteint 30 % de leur chiffre d’affaires en 2017. La majeure partie du commerce électronique s’effectue entre sociétés (86 % du chiffre d’affaires du commerce électronique), principalement par échange de données informatisé. Les achats des particuliers sur Internet ne représentent finalement que 14 % du chiffre d’affaires du commerce électronique des sociétés.

Part des ventes dématérialisées dans le chiffre d’affaires des sociétés entre 2007 et 2017

La situation est contrastée selon la taille des entreprises. En effet, en 2016, toutes les sociétés de 10 personnes ou plus sont équipées d’au moins un ordinateur ou d’un smart-phone avec un accès à Internet, tandis que 17 % des très petites entreprises (TPE) n’utilisent ni ordinateur ni smartphone et 19 % n’ont pas d’accès à Internet. Toutefois, le retard des TPE en matière d’accès à Internet se réduit entre 2012 et 2016. La visibilité des TPE sur Internet reste limitée : une sur trois seulement possède un site web, contre deux sociétés de 10 personnes ou plus sur trois et presque toutes les sociétés de 250 personnes ou plus ; cela reflète pour partie des besoins différents (graphique suivant). Afin d’accroître leur visibilité sur Internet, les petites sociétés recourent plus fréquemment que les grandes à des places de marché (Amazon, Booking.com, etc.). Selon la taille des entreprises, le commerce électronique est plus ou moins développé. En 2017, les ventes dématérialisées représentent 8 % du chiffre d’affaires pour les sociétés de 10 à 49 personnes et 30 % pour les sociétés de 250 salariés ou plus. Insee Références, édition 2019 –

De plus, l’écart se creuse : la part du commerce électronique est stable pour les sociétés de 10 à 49 personnes, alors qu’elle augmente nettement pour les sociétés de 250 personnes ou plus (+ 9 points en deux ans).

Part des ventes dématérialisées dans le chiffre d’affaires des sociétés selon la taille des sociétés

 

En 2017, 14 % des sociétés françaises de 10 personnes ou plus ont reçu des commandes via un site web et 7 % en ont reçu via des réseaux de type EDI (échange de données informatise). Au total, 19 % des sociétés ont reçu des commandes par voie électronique. Ce chiffre est proche de la moyenne de l’UE (20%) mais avec de fortes disparités selon la taille des entreprises : 49% pour les grandes entreprises contre 16% pour les petites (respectivement 42% et 18% dans l’UE).

Bien que pratiquées par deux fois moins d’entreprises, les ventes via des réseaux de type EDI représentent un chiffre d’affaires deux fois plus important que celui des ventes web.

Le tableaux suivants comparent ces pourcentages dans les pays de l’UE.

Entreprises avec ventes en ligne (% des entreprises selon la taille sauf secteur financier) en 2019

Entreprises avec ventes de type EDI (% des entreprises selon la taille sauf secteur financier) en 2019

Entreprises avec ventes web, via un site web, une appli ou des places de marché (% des entreprises selon la taille sauf secteur financier) en 2019

 

Dans l’hébergement et la restauration, 28 % des sociétés françaises ont reçu des commandes ou des réservations via Internet. Parmi ces sociétés, 67 % l’ont notamment fait sur des places de marché contre 38 % pour l’ensemble des sociétés de 10 personnes ou plus vendant en ligne. En 2017, un quart des sociétés a envoyé des factures dans un format structure permettant leur traitement automatique. Plus de la moitie des grandes sociétés (250 personnes ou plus) en a émis, contre un tiers des sociétés de 50 a 249 personnes et moins d’un quart pour les autres. Alors qu’’un tiers des sociétés du commerce de gros émet de telles factures, moins d’une société sur cinq de l’hébergement-restauration le fait.

Au sein de chaque entreprise, l’émission de factures structurées est complétée ou concurrencée par d’autres modes. Ainsi, quels que soient le secteur ou la taille, l’émission de factures papier reste répandue : deux tiers des sociétés déclarent avoir émis certaines factures uniquement au format papier. C’est un peu plus dans Le commerce de gros (71 %) et un peu moins dans l’information‑communication (55 %). Au final, seules 5 % des sociétés émettent plus de la moitie de leurs factures dans un format structure permettant un traitement automatique.

Les entreprises adoptent de nouveaux outils, tels que des progiciels de gestion intégrée, des applications de gestion de la relation client, des outils de travail collaboratifs, etc. En 2017, plus de 60 % des sociétés de 250 salariés ou plus sont équipées d’outils de gestion et de travail collaboratif . L’investissement en logiciels progresse fortement, en particulier celui dans les logiciels sur mesure, développés ou adaptés pour les besoins de l’entreprise . En 2016, les logiciels représenteraient 75 % de l’investissement des entreprises et des administrations dans les TCSI (15 % pour les logiciels standard et 60 % pour les logiciels sur mesure), pour un total de 27 milliards d’euros. Ce montant resterait toutefois à vérifier (voir page la FBCF). De nouvelles technologies se diffusent : en 2017, 8 % des sociétés de 10 personnes ou plus implantées en France recourent à des technologies de radio‑identification, 4 % à l’impression en 3 dimensions (3D) ; et 8 % à des robots en 2018.

Deux usages se développent au sein des entreprises. Le Cloud comptine permet aux sociétés de s’affranchir de tout ou partie de leurs investissements en infrastructures informatiques pour utiliser, à la place, des services en ligne : logiciels, stockage, puissance de calcul, etc. En 2018, en France, 19 % des sociétés de 10 personnes ou plus ont recours au Cloud payant, c’est‑a‑dire moins souvent que dans l’UE (26 %). L’analyse de données massives issues d’appareils, de capteurs, de la géo localisation ou encore des médias sociaux sont en revanche plus répandus en France que dans UE (16 % contre 12 %), notamment parmi les grandes sociétés.

 

c) Les conséquences de la numérisation sur l’emploi

La numérisation des entreprises a également un impact sur les emplois et les conditions de travail. L’automatisation des tâches, accélérée par la micro‑informatique et les robots industriels dans les années 1970, a été démultipliée avec la naissance et le déploiement d’Internet dans les années 1990. Désormais, tous les secteurs de l’économie se transforment sous l’effet du numérique. Les progrès de la robotique, de l’intelligence artificielle, du traitement des données massives, le développement de l’Internet des objets et de l’impression 3D comportent un potentiel considérable d’automatisation. Même si le chiffrage est délicat et nécessite des hypothèses fortes, d’après l’OCDE, l’automatisation devrait faire disparaître 16 % des emplois en France au cours des vingt prochaines années et transformer profondément 33 % des emplois. Les effets de l’informatisation sur la productivité et l’emploi dépendent du niveau technologique des secteurs. Ainsi, en France, entre 1994 et 2007, dans les secteurs industriels de basse technologie, l’informatisation est allée de pair avec de fortes hausses de la productivité et une diminution de l’emploi. En revanche, dans les secteurs industriels de moyenne et haute technologie, l’informatisation n’est associée ni à des gains de productivité ni à des pertes d’emploi. Partout, néanmoins, l’informatisation est plus favorable aux travailleurs les plus qualifiés.

À l’inverse, de nouveaux métiers se développent grâce au numérique. Les métiers du numérique s’exercent majoritairement dans les domaines du support informatique et des systèmes d’information (38 %) et de la programmation et du développement informatique (14 %). Ils essaiment bien au‑delà des secteurs d’activité de l’informatique ou des télécommunications : la moitié d’entre eux se situent dans d’autres secteurs du tertiaire. Ces métiers sont occupés principalement par des hommes, plutôt jeunes, très diplômés et cadres.

Les outils informatiques ont des effets ambivalents sur les conditions de travail. Certaines tâches sont ainsi facilitées, mais le rythme de travail est davantage déterminé par le contrôle ou suivi informatisé du travail. Entre 1994 et 2017, cette contrainte de rythme s’est fortement diffusée et a contribué à l’intensification du travail des salariés. Elle concerne près d’un tiers des salariés du secteur privé en 2017 . Les outils numériques permettent d’être plus mobile, plus autonome, mais ils sont aussi associés à une charge de travail plus importante . Le télétravail en est un bon exemple. En 2017, 3 % des salariés pratiquent le télétravail au moins un jour par semaine. Ce pourcentage a bondi avec la pandémie en 2020. Six télétravailleurs sur dix sont des cadres. Un dossier « Le télétravail permet-il d’améliorer les conditions de travail des cadres ? »met en évidence des effets incertains [6]. Les cadres télétravailleurs bénéficient d’un cadre de travail plus souple et de temps de trajet réduits, mais ceux qui télétravaillent au moins deux jours par semaine déclarent deux fois plus souvent travailler plus de 50 heures par semaine et le soir (entre 20 heures et minuit) que les cadres non télétravailleurs. L’éloignement physique réduit les possibilités de coopération avec la hiérarchie et les collègues. Finalement, les cadres télétravailleurs se disent autant satisfaits de leur travail que les non‑télétravailleurs.

 

III – LES DONNÉES DES COMPTES NATIONAUX

1/ Les entreprises du numérique et leurs salariés

Fin 2017, 191 200 unités légales (sociétés ou entreprises individuelles) exercent leur activité principale dans le domaine des TCSI, soit 4,1 % de l’ensemble des unités légales de l’économie marchande non agricole. Plus de la moitié de ces unités légales exercent une activité de programmation, conseil et autres activités informatiques. 22 % des unités légales des TCSI sont des micro‑entrepreneurs. Les grandes entreprises et les entreprises de taille intermédiaire réalisent trois quarts du chiffre d’affaires des secteurs des TCSI, davantage que dans l’ensemble de l’économie (hors secteurs agricole et financier). En outre, comme dans de nombreux secteurs, les entreprises appartenant à des firmes multinationales ont un poids prépondérant dans les secteurs des TCSI (79 % du chiffre d’affaires).

Les TCSI sont des secteurs innovants. Entre 2014 et 2016, trois quarts des sociétés des TCSI ont innové, contre la moitié pour l’ensemble des sociétés de 10 salariés ou plus. Les sociétés des TCSI sont un peu plus nombreuses à introduire des innovations technologiques (62 %) que non technologiques (en organisation, marketing, etc. ; 59 %). C’est l’inverse pour l’ensemble des sociétés : 33 % introduisent des innovations technologiques et 42 % des innovations non technologiques. Les sociétés des TCSI se caractérisent d’ailleurs par une présence plus importante des personnels dédiés aux activités de recherche et développement expérimental que dans l’ensemble des entreprises effectuant des travaux de R&D).

Les secteurs des TCSI emploient aussi des personnes dont la profession ne relève pas du numérique (fonctions supports notamment : assistants, comptables, etc.). À l’inverse, les professions spécialisées dans le numérique peuvent s’exercer en dehors des secteurs des TCSI (voir page diversité tertiaire). Les approches par secteurs et par métiers se croisent, mais ne se recouvrent pas. Fin 2016, 925 000 salariés travaillent dans les secteurs des TCSI en France hors Mayotte. Ils représentent 3,7 % de l’emploi salarié total, une part un peu moins élevée qu’en 2000 avant l’éclatement de la bulle internet. Entre 2000 et 2016, l’emploi salarié a progressé de manière vigoureuse dans les activités informatiques et les services d’information (+ 149 000 emplois entre 2000 et 2016 . À l’opposé, l’emploi a fortement reculé dans la fabrication de produits informatiques et dans les télécommunications .

Évolution de l’emploi salarié dans les secteurs des TCSI de 2000 à 2016

Fin 2016, 925 000 personnes occupent un emploi salarié dans les secteurs des technologies, contenus et supports de l’information (TCSI) en France (hors Mayotte). Elles représentent 3,7 % de l’emploi salarié total, une part un peu moins élevée qu’en 2000 (3,9 %). Au début des années 2000, à la suite de l’éclatement de la bulle internet, alors que l’emploi salarié global a continué de croître, l’emploi salarié dans les secteurs des TCSI a nettement baissé. Depuis 2002, sa part dans l’emploi salarié total fluctue entre 3,7 % et 3,8 %.

Depuis 2000, la tendance de l’emploi sala­rié varie fortement selon les secteurs des TCSI. Celui des activités informatiques et des ser­vices d’information a progressé de manière vigoureuse, passant de 255 000 emplois salariés en 2000 à 404 000 en 2016, soit une hausse de 59 %. Notamment, les activités de programmation et de conseil informatiques, qui composent 87 % de ce secteur en 2016, représentent près de deux emplois salariés des TCSI sur cinq en 2016, contre moins d’un sur cinq en 2000. À l’opposé, l’emploi du secteur de la fabrication de produits informatiques a fortement diminué (– 32 %), davantage même que l’industrie dans son ensemble (– 24 %). Dans les télécommunications, l’emploi sala­rié a aussi fortement reculé (– 34 %). Les dynamiques des autres secteurs sont moins marquées. Au total, la forte hausse dans le sec­teur des activités informatiques et des services d’information (+ 149 000) a été en grande partie contrebalancée par les baisses dans les télécommunications et dans la fabrication de produits informatiques (– 62 000 emplois dans les deux secteurs).

 

Part de l’emploi salarié dans les TCSI et évolution de l’emploi dans les TCSI de 2000 à 2016

 

 

b)  6% de la valeur ajoutée

En 2016, les TCSI représentent 6,0 % de la valeur ajoutée (en valeur) de l’économie française, comme en moyenne dans l’Union européenne. Elles sont principalement composées de la branche programmation, conseils et autres activités informatiques (39 %) et de celle des télécommunications (21 %). L’édition, qui recouvre notamment la production de logiciels standards (11 %), et la fabrication de produits informatiques, électroniques et optiques (10 %), représentent également des parts importantes de cette valeur ajoutée. Depuis 1999, la part de la branche industrielle se réduit (– 7 points entre 1999 et 2016), comme celle des télécommunications (– 5 points), au profit de la programmation, du conseil et des autres activités informatiques (+ 10 points). Depuis près de vingt ans, la croissance de la valeur ajoutée des TCSI en volume est plus dynamique que l’ensemble de l’économie, en particulier au début des années 2000 et depuis 2012.

Technologies, contenus et supports de l’information(TCSI)

La part liée aux TCSI dans la valeur ajoutée totale en volume croît entre 2000 et 2016, passant de 3,6 % à 5,8 %, hors activité liée au commerce de gros d’équipements de l’information et de la communication. En revanche, celle en valeur (cette fois‑ci y compris commerce de gros d’équipements de l’information et de la communication) a connu des évolutions plus contrastées liées à une évolution des prix des branches des télécommunications et de la fabrication de produits informatiques, électroniques et optiques : elle croît jusqu’à 7,0 % de la valeur ajoutée en 2002, puis baisse jusqu’à atteindre un creux en 2014 à 5,7 %. Depuis 2015, elle augmente de nouveau du fait principalement d’une hausse du volume et de prix plutôt stables (figure2).

Au début des années 2000, la croissance des TCSI est principalement liée à celle des télécommunications. En volumes chaînés, entre 2001 et 2002, la valeur ajoutée augmente en moyenne annuelle de 1,5 % dans l’ensemble de l’économie, alors qu’elle progresse de 7,0 % pour les TCSI, dont 5,9 points proviennent des télécommunications. Entre 2003 et 2008, la branche des TCSI ralentit légèrement : en moyenne annuelle, elle croît de 5,2 %, portée principalement par les services de télécommunications et de la programmation, conseil et autres activités informatiques. Entre 2009 et 2011, à la suite de la crise, la branche est moins dynamique avec une croissance annuelle moyenne de + 2,5 % ; le ralentissement est imputable aux branches de l’édition et de la programmation. Depuis 2012, la branche des TCSI est particulièrement dynamique comparée à l’ensemble de l’économie (+ 3,3 % de croissance annuelle moyenne contre + 0,9 %). La branche de la programmation, conseil et autres activités informatiques et celle des télé‑communications sont les principales contributrices à cette croissance (respectivement 1,5 et 1,1 point)

Part de la valeur ajoutée des TCSI dans l’économie totale de 1999 à 2016

Composition de la valeur ajoutée des TCSI de 1999 à 2016

 

c) La consommation des ménages en biens et services TCSI

La part de la dépense de consommation des ménages en valeur en biens et services des technologies, contenus et supports de l’information (TCSI) dans le budget global des ménages a augmenté entre 1960 (3,2 % du budget total) et 2017 (4,2 %) (figure1). Elle a progressé jusqu’au milieu des années 2000, pour atteindre 6,3 % en 2006 du bud­get total, en raison de la hausse des services de télécommunication.

La structure de la dépense de consommation des ménages en TCSI a changé entre 1960 et 2017. Sur cette période, la part de la dépense en produits de l’édition (journaux, livres, etc.) a été divisée par deux (43 % à 19 %), alors que celle des services de télécom­munications a plus que triplé (11 % à 39 %).

Les prix des biens et services des TCSI ont globalement augmenté moins vite que l’inflation d’ensemble (– 3,6 points par an en moyenne). Dans le même temps, les volumes ont augmenté plus vite que la consommation totale (+ 4,4 points par an en moyenne). D’importants effets qualité, traduisant l’amélioration technologique des produits numériques, ont contribué à cette hausse du volume. Les TCSI sont en effet l’objet de fréquentes innovations qui amé­liorent les performances, sans pour autant se traduire dans les prix.

Par rapport à l’évolution moyenne de la consommation des ménages, le volume de consommation en numérique est cyclique et correspond aux grandes phases d’équipe­ment des ménages. De 1960 à 1974, les prix augmentent de façon similaire à l’inflation, tandis que les volumes s’accroissent plus vite que l’ensemble des postes de consommation des ménages avec l’arrivée des téléviseurs en noir et blanc, puis en couleur dans les années 1960 et 1970. Entre 1975 et 1982, alors que les prix augmentent moins vite que l’inflation, les volumes augmentent fortement grâce aux abonnements au téléphone fixe et à l’équi­pement des ménages en appareils photogra­phiques. De 1983 à 1997, les prix continuent d’augmenter moins vite que l’inflation, les volumes sont toujours en hausse, mais de manière plus modérée. Lors de cette période apparaissent les caméscopes et les magnéto­scopes dans les années 1980, puis les chaînes câblées au milieu des années 1990. De 1998 à 2011, le volume augmente bien plus vite que les autres dépenses avec, en parallèle, une forte baisse des prix relatifs. Ce dynamisme s’ex­plique par l’engouement, au début des années 2000, des Français pour le téléphone mobile et les ordinateurs. Cette progression est favorisée par une forte baisse des prix des services de téléphones mobiles, qui subissent une guerre des prix depuis 2012. Ces derniers tendent à remonter au cours des dernières années et les volumes baissent de manière importante.

La consommation des ménages en TCSI connaît une profonde mutation ces dernières années sous l’effet de la numérisation de l’économie. Ce phénomène touche de nom­breux secteurs d’activité, il fait apparaître de nouveaux produits et services, de nouveaux modèles économiques, de nouveaux acteurs, ce qui tend à modifier les chaînes de valeur. Parfois, les acteurs changent. Par exemple, les ménages se substituent à des professionnels, comme dans l’hôtellerie, ou échangent direc­tement entre eux à travers une plateforme. L’acte d’achat tend souvent à se dématérialiser avec une économie de plus en plus connectée. L’économie numérique, qui permet la mise en contact direct et en temps réel de l’offre et de la demande, engendre un fort mouvement de désintermédiation et de nouveaux modes de consommation dont le poids dans l’éco­nomie est croissant. Au vu des mutations en cours, le périmètre d’activités retenu ici ne peut donc pas définir l’économie numé­rique. Dans ce contexte, l’OCDE coordonne actuellement la mise en place d’un compte satellite numérique qui « ne peut être basé sur la seule définition de produits ou producteurs, puisqu’un focus sur les industries numériques exclurait les autres industries qui pourtant utilisent des produits numériques, et inversement un focus uniquement sur les produits numériques exclurait des transactions de produits non numériques facilitées par le e-commerce ».

Consommation de biens et services des TCSI et part dans la consommation des ménages de 1960 à 2017

Décomposition de la consommation en biens et services des TCSI de 1960 à 2017

Croissance en volumes relatifs et prix relatifs de la consommation en TCSI de 1960 à 2017

 

 

 

d) Échanges extérieurs des TCSI

Le solde des échanges extérieurs TCSI se dégrade entre 1999 et 2016, passant de – 4,2 milliards d’euros à – 15,9 milliards d’euros. Cette dégradation résulte essentiellement de la baisse du solde des échanges de biens des TCSI, grevé par une hausse des importations des biens de grande consommation (ordinateurs en début de période puis équipements de communication, notamment) tandis que l’activité française se tourne essentiellement vers des marchés de niche à haute technologie.

Hors biens des TCSI, la part des échanges extérieurs de services des TCSI dans le total des échanges extérieurs reste faible, mais augmente sur la même période : les exportations en services des TCSI représentent 2,8 % du total des exportations en 2016, contre 1,6 % en 1999. La part des importations suit une progression proche, mais un peu moins dynamique (2,8 % du total des importations en 2016, contre 1,8 % en 1999) (figure2).

Les échanges extérieurs de services des TCSI ont progressé au début des années 2000, mais ont souffert de la crise économique. Ils sont principalement portés par le dynamisme des activités liées aux logiciels spécifiques. Ces activités couvrent le développement, l’adaptation et la maintenance des logiciels non standards, réalisés pour les besoins particuliers d’une entreprise. L’investissement en logiciels dans les économies avancées stimule ainsi les entreprises informatiques françaises, qui exportent davantage chaque année au début des années 2000. Les importations sont également très dynamiques, témoins d’une activité mondiale soutenue par la diffusion des matériels informatiques (ordinateurs, serveurs, etc.). Toutefois, à partir de 2008, l’activité en programmation, conseil et autres activités informatiques s’essouffle, avec un solde extérieur toujours positif mais fortement réduit, de l’ordre de 0,8 milliard d’euros en 2016 contre 2,0 milliards d’euros avant la crise.

S’agissant des services de télécommunications, le solde des échanges extérieurs est faible en niveau, car ces services sont peu délocalisés. En outre, ils subissent une guerre des prix, initiée par la directive européenne de 1998 qui ouvre le marché à la concurrence et le solde extérieur des services de télécommunications devient ainsi négatif à partir de 2014.

Les biens qui contribuent à la baisse du solde des échanges extérieurs de TCSI sont variés : ordinateurs, équipements de communication ou encore produits électroniques grand public. Les importations d’ordinateurs, massives, augmentent au début des années 2000, puis baissent à la suite de la crise, sans se redresser par la suite. Il s’agit en effet de biens durables, et les ménages et entreprises françaises désormais équipés les achètent à un rythme moins soutenu qu’au début de la décennie. En matière d’informatique, la production française est essentiellement tournée vers des marchés de niches, destinés à des entreprises spécifiques, dont l’activité est moins dynamique que celle du secteur informatique dans son ensemble. Les exportations françaises diminuent ainsi de près de moitié entre 2007 et 2016.

Les équipements de télécommunication présentent aussi un solde d’échanges en baisse, qui devient négatif à partir de 2005. La production française, tournée notamment vers les appareils d’émission et de réception (vocale, d’images) qui sont exportés, est peu dynamique et subit les effets de la crise. Les exportations françaises se redressent au cours des années récentes. Cependant, les entre‑prises et ménages français importent massivement des appareils de téléphonie, et ce, sur l’ensemble de la période 1999‑2016 (+ 6,5 % en moyenne par an).

 

Composition du solde extérieur des biens et services des TCSI de 1999 à 2016, en valeur

IV –COMPARAISONS INTERNATIONALES

1/  Les ménages

a) connexion à internet

L’économie numérique actuelle se caractérise par la connectivité entre les utilisateurs et entre les appareils, ainsi que par la convergence de parties auparavant distinctes des écosystèmes de communication, telles que les réseaux fixes et sans fil, la voix et les données, ainsi que les télécommunications et la radiodiffusion. L’internet et les appareils connectés sont devenus un élément essentiel de la vie quotidienne de la plupart des individus des pays du monde.

La part des ménages ayant accès à Internet augmente continûment dans l’Union européenne (UE) depuis dix ans : elle est passée de 60 % en 2008 à 89 % en 2018. La progression a été très forte dans certains pays : cette part a doublé, voire triplé en Bulgarie (25 % à 72 %), en Roumanie (30 % à 81 %) et en Grèce (31 % à 76 %). En France, 89 % des ménages composés d’au moins une personne de 16 à 74 ans ont accès à Internet en 2018, contre 62 % en 2008. De même, le taux d’équipement des ménages de l’UE en haut débit a presque quadruplé en dix ans. Il est notamment passé de 21 % à 71 % pour les ménages bulgares, de 13 % à 79 % pour les ménages roumains et de 22 % à 76 % pour les ménages grecs.

Globalement, les ménages néerlandais restent les plus équipés de l’UE avec 98 % de taux d’accès à Internet au domicile, et ils sont les premiers – avec les ménages islandais – en taux d’équipement haut débit (97 %). La France se situe dans la moyenne de l’UE pour l’accès à Internet (89 %) et l’équipement haut‑débit (80 %). Les Danois sont également très connectés : 98 % d’entre eux ont accédé à Internet (tous modes d’accès confondus) dans les trois derniers mois en 2018 (contre 85 % en moyenne dans l’UE) et 92 % l’ont fait tous les jours ou presque. Les Bulgares sont les moins connectés (65 %), mais leur part a fortement augmenté au cours des dix dernières années : ils n’étaient que 35 % en 2008.

Concernant l’Internet mobile, la Norvège, le Danemark et la Suède sont très en avance par rapport à la moyenne dans l’UE : 89 % des Norvégiens et 88 % des Danois et Suédois ont accédé à Internet au cours des trois derniers mois en dehors du domicile et du lieu de travail via un appareil mobile (par exemple un ordinateur portable ou un téléphone portable), contre 69 % en moyenne dans l’UE.

Part des ménages de l’Union européenne ayant accès à Internet au domicile en 2008 et 2018 en %

Les outils de communication offerts par Internet sont très populaires : en 2018, ce sont encore les échanges de courriels qui sont les plus cités (par 73 % des usagers d’Internet dans l’UE), devant celui des outils plus récents que sont les réseaux sociaux (56 %), et même la communication par vidéo ou téléphone (42 %). La recherche d’informations sur des biens et services (70 %) arrive devant celles relatives à la santé (52 %). L’accès à des services, comme la gestion ou la consultation d’un compte bancaire est aussi d’usage fréquent (54 %) ; en revanche la prise de rendez‑vous médicaux via des plateformes dédiées reste marginale (17 %). La consultation de sites d’actualités en ligne s’est particulièrement développée au cours des dix dernières années : 61 % des Européens déclarent la pratiquer en 2017, contre 25 % en 2008. En revanche, certains usages concernant des publics plus restreints se développent lentement, tels la recherche d’emploi ou l’envoi de candidature par Internet (de 13 % en 2008 à 17 % en 2017) .

 

De même, la part des particuliers utilisant l’internet dans les pays du G20 a presque doublé en moyenne entre 2010 et 2019, avec des augmentations particulièrement considérables observées en Arabie saoudite, en Turquie, au Brésil, au Mexique, en Afrique du Sud, en Indonésie et en Inde – réduisant ainsi l’écart entre les économies du G20. Le Japon, la Corée, le Royaume-Uni et plusieurs autres économies du G20 atteignent la saturation (adoption par près de 100 % des individus), tandis qu’il reste un important potentiel de rattrapage dans d’autres pays. En général, les générations plus âgées sont moins connectées, bien que l’écart générationnel varie selon les pays.

 

Utilisateurs d’Internet, G20, 2010 et 2019, en pourcentage des 16-74 ans (source : OCDE)

 

 

b) achats sur internet

Internet contribue aussi au commerce : un Européen sur deux l’a utilisé au cours des douze derniers mois pour réaliser des achats en ligne, avec de fortes disparités selon les pays : 91 % des Britanniques l’ont fait en 2019, contre 29 % des Bulgares ou des Roumains. Comparativement, la revente de biens via Internet (19 %) reste plutôt rare. Enfin, l’accès à des informations ou des services administratifs en ligne se développe, illustrant la dématérialisation croissante de l’administration : la part des Européens qui ont rempli et transmis des formulaires par Internet au cours de l’année a doublé entre 2008 et 2018 (de 17 % à 34 %).

Achats effectués par des particuliers sur l’internet: Dernière commande en ligne  au cours des 12 derniers mois en % des particuliers

 

 

 

c) utilisation d’internet des usages pour contacter les pouvoirs publics

Par ailleurs, 53 % des Européens (avec de fortes variations selon l’âge) ont contacté les pouvoirs publics par Internet en 2019, contre 35 % en 2008 ; 44 % ont utilisé Internet en 2019 pour obtenir des informations à partir des sites web des pouvoirs publics contre 32% en 2008 et 32 % pour télécharger des formulaires officiels en 2018 contre 23 % en 2008.

 

Utilisation d’internet: pour leurs contacts avec les pouvoirs publics (12 derniers mois) Pourcentage des particuliers en %

Utilisation d’internet: pour obtenir des informations à partir de sites Web des pouvoirs publics Pourcentage des particuliers en %

 

 

 

2/ Les entreprises

Dans l’UE en 2018, presque toutes les sociétés de dix personnes ou plus ont accès à Internet. Les trois pays les moins connectés de l’UE sont la Hongrie (91 % des sociétés), la Grèce et la Roumanie (86 %). Quasiment partout, l’accès à Internet est à haut débit, mais seules 18 % des sociétés de dix personnes ou plus dans l’UE ont contractuellement accès à une vitesse de téléchargement de 100 mégabits par seconde (Mbits/s) ou plus (de 4 % en Grèce à 46 % au Danemark). En France, 12 % des sociétés ont accès à cette vitesse de téléchargement.

Toutefois, cet accès de l’entreprise à Internet ne concerne pas l’ensemble des employés. En moyenne, dans l’UE en 2019, 54 % des employés des sociétés de 10 personnes ou plus ont accès à Internet pour un usage professionnel (45 % en 2012). Les pays nordiques se démarquent des autres pays : en Finlande, au Danemark ou en Suède, plus de 70 % des employés de ces sociétés utilisent des ordinateurs ou des smartphones connectés à Internet. Les Pays‑Bas arrivent juste derrière (69 %), suivis de la France (62 %). Les pays où cet usage est le moins répandu sont la Bulgarie, la Roumanie, le Portugal et la Grèce (moins de 40 % des employés).

Personnes occupées utilisant des ordinateurs connectés à l’internet (Pourcentage du total de l’emploi sauf secteur financier) en 2019

Cet accès à Internet peut être mobile, notamment via le haut débit délivré par la 3G ou le très haut débit délivré par la 4G. Dans l’UE, sept sociétés sur dix mettent à la disposition de certains de leurs employés, pour un usage professionnel, des téléphones portables connectés à Internet via le réseau de téléphonie mobile. En Finlande, au Danemark et en Lituanie, c’est le cas de neuf sociétés sur dix, contre seulement la moitié en Roumanie, en Bulgarie et en Grèce. En France, 75 % des sociétés mettent des appareils mobiles à la disposition de certains employés.

Tous les employés ne sont pas concernés : dans les pays nordiques, près de six sociétés sur dix mettent des appareils mobiles connectés à Internet à la disposition d’au moins 20 % des employés. Cela ne concerne qu’à peine deux sociétés sur dix en Roumanie, en Bulgarie ou à Chypre. La France est dans la moyenne européenne (trois sociétés sur dix). En 2018, les sociétés des pays nordiques et des Pays‑Bas sont également beaucoup plus nombreuses à avoir un site web (plus de neuf sociétés sur dix). Dans l’UE, 77 % des sociétés de dix personnes ou plus ont un site web, en 2018 comme en 2016. Elles étaient 71 % en 2012. La France est en deçà de la moyenne européenne : en 2018, seulement 69 % des sociétés disposent d’un site web , avec peu de progrès ces dernières années (64 % en 2011).

Les médias sociaux sont un complément au site web plutôt qu’une alternative : 47 % des sociétés européennes sont sur les médias sociaux en 2017 et presque toutes celles‑ci ont également un site web. L’inverse n’est pas vrai : les sociétés de la République tchèque, très équipées en sites web (83 %), sont peu présentes sur les médias sociaux (36 %). Cette présence sur les médias sociaux est plus ou moins forte selon les pays, sans corrélation apparente avec la fréquence des sites web : en tête, on retrouve Malte, le Danemark, les Pays‑Bas, l’Irlande, Chypre et, en fin de classement, la Pologne et la Lettonie. Avec 41 % de sociétés sur les médias sociaux, la France se situe en deçà de la moyenne européenne.

Entre 2013 et 2017, l’utilisation des médias sociaux pour développer l’image de la société et commercialiser ses produits est passée de 22 % à 40 % en Europe. Les sociétés les utilisent aussi de plus en plus pour communiquer avec leurs consommateurs (de 22 % des sociétés en 2013 à 44 % en 2017) et pour recruter des employés (de 9 % à 23 %).

Présence d’un site web d’entreprise en 2018 et présence sur les médias sociaux en 2017

 

Des données comparables et représentatives sur le déploiement des robots industriels en 2016 montrent que la Corée et le Japon sont en tête en termes de densité de robots dans le secteur manufacturier, suivis par l’Allemagne, les États-Unis et l’Italie. Si l’intensité moyenne est nettement plus faible dans les autres pays du G20, elle augmente plus rapidement que dans les 10 premiers pays à technologie des robots, laquelle devient ainsi plus courante. En particulier, l’intensité des robots dans l’industrie manufacturière a été multipliée par 20 en Chine  entre 2007 et 2016. Ces chiffres doivent toutefois être interprétés avec prudence, car les indicateurs sont basés sur la quantité de robots actifs dans un secteur donné et ne rendent pas compte de l’évolution de l’efficacité ou de la qualité des robots au fil du temps [7].

 

Intensité de robotisation dans les économies du G20, 2007 et 2016 ; stock d’unités de robots pour 10 000 actifs occupés, secteur manufacturier

 

 

3/ La valeur ajoutée

En 2016, à l’échelle de l’UE, la valeur ajoutée des technologies, contenus et supports de l’information (TCSI) s’est élevée à 778,9 milliards d’euros, dont 688,7 milliards pour les services des techno­logies de l’information et de la communi­cation (TIC) (télécommunications, services informatiques, services audiovisuels, etc.) et 109,8 milliards pour la fabrication de produits informatiques, électroniques et optiques.

En termes de VA, le poids des TCSI dans l’UE a légèrement diminué depuis le début des années 2000. En 2016, les TCSI représentent 5,8 % de la valeur ajou‑tée totale, contre 6,1 % en 2000 (figure1). La plupart des pays ont suivi des évolutions proches, si bien que la hiérarchie a peu évolué. En 2016, le Royaume‑Uni (6,7 %) et l’Allemagne (6,1 %) devancent la France qui se situe au niveau de la moyenne européenne (5,8 %). En revanche, l’Italie (4,3 %) et l’Espagne (4,6 %) sont en retrait par rapport à la moyenne des pays de l’UE.

La diminution du poids de la VA en valeur est imputable à la diminution des prix relatifs des activités qui composent les TCSI. En effet, la croissance de la valeur ajoutée en volume est plus dynamique que le reste de l’économie (figure2). Ce constat concerne la plupart des pays européens. Plus précisément, la croissance en volume a été très dynamique avant la crise de 2008‑2009, elle s’élevait à 5,6 % par an entre 2000 et 2007, alors que la VAe de l’ensemble des activités progressait de 2,3 % par an sur la même période. Après la crise, la croissance des TCSI est moins dynamique (+ 3,9 % par an), mais reste très supérieure à l’évolution de la valeur ajoutée totale (+ 0,6 % par an).

Poids de la valeur ajoutée des TCSI dans la valeur ajoutée totale entre 2000 et 2016 en %

Évolution en volume de la valeur ajoutée des TCSI de 2000 à 2016 dans quelques pays européens

Le dynamisme des TCSI peut aussi s’apprécier par les investissements des entreprises en logiciels et bases de données. Ces investissements ne concernent pas seulement les entreprises engagées dans une activité relative aux TCSI, mais l’ensemble des entreprises qui, dans leur processus de production, investissent dans des logiciels ou des bases de données qu’elles acquièrent ou développent. La plupart des pays européens ont connu des évolutions relativement proches : la croissance des investissements en logiciels et bases de données, si elle reste plus dynamique que la croissance de l’économie, a nettement ralenti après la crise. Seules l’Autriche et l’Italie ont connu un investissement plus dynamique, mais cette accélération est à relativiser pour l’Italie (figure3). En effet, l’investissement progressait faiblement, en volume, avant la crise (+ 0,2 % par an entre 2000 et 2007). Depuis la crise, l’investissement en logiciels et bases de données accélère (+ 1,6 % par an de 2008 à 2016) en Italie, mais reste nettement au‑dessous de celui de nombreux pays tels que l’Allemagne (+ 3,1 %) ou la France (+ 3,1 %). Ces deux pays ont connu des évolutions très proches jusqu’en 2014, mais depuis, l’investissement en logiciels et bases de données stagne en Allemagne, alors qu’il accélère en France.

 

V – LES ÉVOLUTIONS DES PRIX

Il convient de distinguer les biens et les services. On s’interroge ainsi sur la mesure de la croissance du PIB en volume [8]. Pou juger du partage volume prix des activités numériques, mieux vaut se référer au prix de production qu’aux prix de valeur ajoutée. D’une part, les critiques sur la qualité du partage volume-prix portent sur les prix de production. Le manuel d’Eurostat des volumes et des prix de 1995 s’intéresse d’abord aux prix de production  D autre part la valeur ajoutée en volume résulte du calcul de la double déflation, donc est plus fragile. Or on dispose de la  production en volume de quelques pays sur longue période dans la base de données d’Eurostat, ce qui est relativement nouveau. Dans la page partage Partage Volume Prix, on s’est référé aux données de l’OCDE pour analyser les évolutions des prix en prenant en compte les États-Unis.

 

 

1/ Les évolutions de prix des biens du numérique

a) l’indice de prix à la consommation (IPC)

Pour le calcul de l’indice de prix, lorsqu’un produit disparaît, il est rarement possible dans le cas des produits informatiques, électroniques (téléphonie mobile) de procéder à un remplacement « en équivalent » (c’est-à-dire de remplacer un ancien produit par un nouveau et de calculer directement l’évolution de prix entre ces deux produits), car les nouveaux produits mis sur le marché sont nettement plus performants que les anciens modèles, donc ne peuvent pas leur être directement comparés. La solution retenue dans l’indice des prix à la consommation (IPC) consiste à imputer au nouveau produit, lors de son introduction, une évolution de prix estimée selon différentes méthodes.

Compte tenu du turnover de ces produits, il est légitime de penser qu’une grande partie du changement de valeur se fait au moment de l’introduction de nouveaux produits. Dès lors, les ajustements pour la qualité sont cruciaux. Or, les méthodes retenues pour effectuer ces ajustements sont différentes dans les cas français (méthode par recouvrement essentiellement) et allemand (modèles hédoniques). D’autres méthodes plus directes sont également employées, estimant explicitement la différence de qualité.

Sur ces produits hautement technologiques, les ajus­tements qualité se font dans leur quasi‑totalité par une méthode de recouvrement, en considé­rant que la différence de prix observée entre le produit nouveau et disparu est une différence de qualité. Celui-ci est positif lorsque le modèle de remplacement est plus perfectionné et négatif lorsqu’il est plus simple. Des modèles hédoniques ont été testés mais ils se sont révélés de piètre qualité, soit que le nombre d’observations ait été insuffisant pour estimer de manière robuste les coefficients des modèles, soit du fait de la difficulté à modéliser le prix lui‑même en fonction de caractéristiques observables. Les modèles hédoniques reposent sur l’hypothèse que des caractéristiques obser­vables, stables dans le temps, déterminent la qualité et par là même le prix de produits. Dans le cas où ces caractéristiques sont elles‑mêmes soumises à des innovations majeures, et sont difficilement identifiables, les modèles hédo­niques ne permettent pas de résoudre le problème de la mesure de la qualité des nouveaux produits.

En rapportant la dépense des ménages pour le produit considéré à la quantité de pièces vendues, on obtient une valeur unitaire moyenne. Les fluctuations d’une valeur unitaire cumulent celle de l’indice de prix correspondant et celle de l’effet qualité. La baisse annuelle moyenne de prix des micro-ordinateurs est de 8,6 % par an entre 1995 et 2005. Sur la même période, la valeur unitaire moyenne de ces derniers n’a baissé que de 5,6 %. L’écart, dû à l’effet qualité, s’explique par la tendance longue du progrès technologique. Celui-ci est illustré par la « loi de Moore », qui veut que les performances des circuits intégrés (mémoires et processeurs) doublent tous les dix-huit mois.

Le succès des produits de téléphonie mobile rebondirait ainsi sur des produits nouveaux ou transformés. Leur prix initial est élevé alors que les performances sont limitées. La gamme s’élargit ensuite à des appareils moins chers, ce qui fait croître fortement les quantités vendues. Ensuite, la baisse des prix et l’évolution des fonctionnalités interviennent successivement, ce qui attire des consommateurs nouveaux et pousse au renouvellement rapide de ces produits.

Il reste que la baisse des prix de la consommation finale des ménages en « Matériel de téléphonie et de télécopie », est bien plus forte en France que dans la plupart des pays depuis 1995 : l’indice du prix est de 3,5 base 100 en 1995 (baisse de – 96%). On retrouve une telle baisse en Autriche, en Suède et en Finlande, surtout entre 1995 et 2007. Dans les autres pays, la baisse est moindre, notamment en Belgique  (-60%) et au Royaume Uni (-20%), voire en Allemagne (-15%). Les évolutions sont d’ailleurs plus rapprochées pour la fonction » Matériel audiovisuel, photographique et de traitement de l’information ».

 

De même, l’écart entre les indices des prix à la consommation harmonisés (IPCH) français et allemand depuis le début des années 2000 est de plus de 6 points par an pour le matériel de téléphonie et de télécopie (qui comprend notamment les téléphones portables) et de près de 3 points par an pour le matériel audiovisuel, photographique et de traitement de l’information (qui comprend notamment les ordinateurs et tablettes). Ces écarts étaient quasi inexistants avant 2000.

 

 

Le sens des biais pour chaque méthode est difficile à estimer. Pour illustrer l’impact des ajustements qualité, l’Insee a proposé une simulation sur l’IPC français de 2016 à 2018 en n’effec­tuant aucun ajustement pour la qualité pour les produits disparus et remplacés appartenant au champ du matériel de téléphonie et de télécopie et du matériel audiovisuel, photographique et de traitement de l’information, c’est‑à‑dire que en considérant que les nouveaux produits sont équivalents aux générations précédentes en termes de qualité. Sans ajustement qualité, l’indice d’ensemble aurait été plus dynamique de 0.1 point par an.

 

b) l’indice de prix à la production

Il n’est nécessaire de commenter le graphique suivant si ce n’est qu’il confirme largement les évolutions des IPC selon les pays, sachant que les périodes sont différentes (1995-2017 pour les IPC, 2002-2019 pour les indices de prix à la production) . À savoir que les prix baissent particulièrement en France comme en Suède, ce qu’on observe pour les IPC, et comme en Allemagne, ce qui était moins net pour les IPC.

 

Évolutions des prix à la production (P1) des produits fabrication de produits informatiques, électroniques et optiques, base 100 en 2000 en %

 

 

 

2/ les services de télécommunication

Plusieurs questions se posent. Leurs réponses ne sont pas consensuelles. D’abord, l’interopérabilité croissante des TIC (télévision et voix sur internet, télévision et internet sur mobiles…) rend de plus en plus difficile la classification par service des télécommunications. des offres toujours plus innovantes et plus complexes des opérateurs.

Il faut  rester prudent sur la qualité du partage volume prix de ces services. Les indices des prix à la consommation nationaux établis par l’OCDE pour le secteur des télécommunications montrent des tendances de croissance largement différentes entre 2002 et 2015, avec une baisse d’environ 40 % en Italie mais une hausse de près de 30 % au Canada. Ces écarts entre pays suggèrent que, au moins pour les biens et services numériques présentant des caractéristiques semblables, quel que soit le pays, il reste des progrès à faire sur le partage volume‑prix pour parvenir à prendre en compte les variations de qualité de façon plus cohérente. Prenons deux exemples étrangers.

Comme on l’a souligné dans la page partage Partage Volume Prix, les prix à la production (P1) de services de télécommunications baissent particulièrement en France entre 2000 et 2019, certes moins qu’au Danemark mais comme en Suède et bien plus que dans d’autres pays comme l’Allemagne.

 

Évolutions des prix à la production (P1) des Télécommunications, base 100 en 2000 en %

 

a) la méthode en France

Le partage volume‑prix des services de commu­nication n’est pas simple. Cette difficulté ne tient pas uniquement aux innovations que connaît ce secteur (dévelop­pement d’Internet, de la téléphonie mobile, de la data, 3G, 4G, etc.) mais également aux tarifications extrêmement complexes de ces services.

Les changements de tarification s’accompagnent souvent d’un changement du périmètre des offres commerciales proposées par les opérateurs qui couvrent en général plus d’un service (SMS, data, voix, fixes et mobiles, national et international, etc.), Ces offres sont sans cesse renouvelées. Les méthodes par recouvrement sont inadaptées. En outre, les caractéristiques de ces offres commerciales sont souvent peu adaptées à des modèles hédo­niques : comment gérer par exemple le passage à des offres illimitées, sachant que, in fine, le consommateur n’en aura pas l’usage ? Pour toutes ces raisons, les indices de prix à la consommation européens favorisent les indices dits à « usage constant ». Ces indices, qui sont une approximation des indices à utilité constante, suivent la dépense minimale à laquelle doit consentir un consommateur pour satisfaire son usage spécifique et constant entre deux périodes.

Cette méthode pose toutefois un certain nombre de difficultés. Il faut tout d’abord être en mesure de décrire de manière précise les usages des consommateurs. L’Arcep (Autorité de régulation des communications électroniques, des postes et de la distribution de la presse) dispose d’informa­tions très riches sur la clientèle des opérateurs, ce qui permet de la segmenter en un ensemble de profils de consommateurs.

Une seconde difficulté pour utiliser cette méthode à usage constant tient à la modélisation simplifiée du comportement du consommateur : dans le cas de l’IPC français, on fait l’hypothèse que celui‑ci connaît les différentes offres des opérateurs et ajuste en permanence son forfait de manière à minimiser sa dépense. Mais le consommateur n’ajuste souvent son forfait qu’au sein des offres d’un même opérateur, en négligeant ainsi la mobilité entre opérateurs, ce qui revient à traiter chaque opérateur comme proposant un produit différent.

Cette hypothèse réaliste au sein d’un marché initialement très segmenté a posé un problème avec l’arrivée en France d’un quatrième opérateur sur le marché de la téléphonie mobile en 2012‑2013, qui s’est accompagnée d’un transfert massif d’abonnés des anciens opérateurs vers ce nouveau concur­rent : les prix pratiqués par le nouvel opérateur étant beaucoup plus bas, le chiffre d’affaires des services de télécommunication a chuté tandis que les minutes de communication et les SMS ont explosé. Or, l’IPC a traité les forfaits du nouvel opérateur comme des produits nouveaux et le différentiel de prix avec les forfaits historiques comme un différentiel de qualité. L’IPC a certes baissé nettement en 2012, mais uniquement via l’adaptation des tarifs des opérateurs historiques face à l’arrivée du nouveau concurrent. Mais cette adaptation n’a été que progressive et décalée par rapport aux transferts vers le nouvel opérateur.

Le partage volume-prix de la consommation finale des ménages n’a alors pas suivi l’IPC dont on a vu qu’il est fondé sur l’hypothèse que le consommateur est parfaitement informé des offres de prix et choisit la meilleure offre de prix correspondant à son profil parmi les offres d’un opérateur donné. Aussi, les quantités transmises par l’ARCEP (minutes de communication, SMS/MMS) ont  été utilisées par les comptables nationaux pour l’évaluation des volumes de téléphonie mobile entre 2011 à 2014, ce qui a permis d’éviter de mesurer à tort un fléchissement des volumes dans un contexte concurrentiel. Toutefois, les données transmises par l’ARCEP ne permettent plus d’utiliser cette méthodologie désormais, et une nouvelle méthode, exploitant cette fois ci l’IPC compte tenu de la stabilisation récente du marché et malgré les hypothèses sous-jacentes à sa construction, a été élaborée.

Le volume des exportations est déterminé en déflatant la valeur estimée à partir des données de la Balance des Paiements par l’indice BtoE.  Le partage volume-prix des consommations intermédiaires, solde de l’ERE en valeur (mais pas en volume : en volume c’est la production qui est le solde de l’ERE) est réalisé à partir de l’indice BtoB. La méthode d’évaluation des évolutions en volume serait considérée comme de type A. Mais après ce qui vient d’être dit, on peut émettre quelques réserves.

b) la méthode au Royaume Uni

Sur le marché des télécommunications, la principale question est de conceptualiser et mesurer le produit phare, à savoir «les données», en englobant le haut débit (fixe et mobile) et tous les autres services de télécommunications (appels téléphoniques, messages texte, etc.). Quelle est l’unité de mesure de volume la plus appropriée, tenant compte des variations de qualité et, par conséquent, le déflateur de prix le plus approprié à appliquer à la production nominale pour pouvoir estimer les volumes?

Cette question fait partie d’un ensemble plus vaste de questions semblables récemment posées quant à la mesure de l’économie numérique, mais qui ne font que ranimer de vieux débats, certes de manière particulièrement aiguë. L’innovation est la caractéristique fondamentale de l’économie numérique. Elle s’incarne dans de nouveaux produits et services, dans l’amélioration de la qualité et de la variété ou dans de nouveaux modèles économiques (comme les plateformes numériques). Elle participe des changements intervenus dans le secteur des télécommunications ces dernières années. L’innovation dans son ensemble est depuis longtemps problématique dans la construction des indices de prix : le principal problème repose sur le fait que la traditionnelle théorie des indices suppose que le panier de biens est fixe et reste exactement le même d’une période à l’autre, de sorte que les comparaisons peuvent se faire à périmètre constant »

Conséquence du changement technologique rapide enregistré dans le secteur des services de télécommunications, le poids des volumes des différents services est largement différent du poids de leurs revenus respectifs. Par exemple, les services de données représentent un poids très important en termes de volumes (mesurés par bit pour tous les services), mais beaucoup plus petit en termes de revenus. L’indice de prix utilise habituellement la pondération par les revenus. Les prix officiels pondérés en fonction des revenus ne mesurent pas bien les prix réellement payés pour des biens que les consommateurs considèrent comme un substitut presque parfait mais que l’indice traite comme des biens distincts même si la substitution par les consommateurs se poursuit dans le temps.

Au Royaume‑Uni, l’ONS déflate la production du secteur des services de télécommunications au niveau national agrégé au moyen d’un indice (au niveau du produit) comprenant deux composantes: premièrement, l’indice du prix à la consommation (IPC) couvrant les services et équipements de télécommunications et, deuxièmement, l’indice du prix à la production de services (IPPS) couvrant les services de télécommunications aux entreprises. En termes de poids, l’IPC représente environ les deux tiers du déflateur actuel, et l’IPPS le tiers restant. Entre 2010 et 2017, le déflateur global au niveau du produit a augmenté d’environ 3% dans le secteur des services de télécommunications  malgré les avancées technologiques considérables réalisées durant cette période (comme le passage de la 3G à la 4G). Bien que cette méthode soit conforme aux normes internationales, elle découle de nombreux choix pragmatiques nécessaires à la construction d’un déflateur approprié pour la vente de services de télécommunications aux entreprises et aux consommateurs du Royaume‑Uni.

Des économistes anglais ont examiné  deux possibilités alternatives de partage volume-prix [9].

  • L’option A correspond à une version améliorée de l’indice des prix à la production de services, utilisant la méthodologie actuelle (qui se base sur des indices de valeur unitaire), avec une pondération par les revenus. L’IPPS actuel traite les services de voix et de texte séparément, et exclut les services de données. L’ajout des données au panier semble être une solution immédiate pour améliorer ce déflateur et résoudre certains problèmes de la méthode actuel. En conséquence, avec cette option, le haut débit et les données mobiles sont ajoutés à la voix et au texte dans l’IPPS actuel. Pour refléter l’écart potentiellement important entre les valeurs de consommation, nous construisons des indices de valeur unitaire plus fins et nous les agrégeons en fonction des poids des revenus. Cela se fonde largement sur l’IPPS actuel, mais avec des différences importantes: l’indice inclut les données mobiles et celles du haut débit, intègre les transaction B2All et est chaîné annuellement. Si l’on ôte la composante IPC du déflateur et si l’on utilise l’IPPS amélioré, les prix des services de télécommunications ont diminué d’environ – 37% entre 2010 et 2017,
  • L’option B correspond à un indice de valeur unitaire calculé à partir de la consommation de données. Si l’on suppose une parfaite substituabilité, cette approche par la consommation de données dépend fondamentalement de la pondération par les volumes et, en théorie, reflète des variations basées uniquement sur les coûts. L’option B consiste à incorporer le point de vue de l’ingénierie considérant que le principal service produit par le secteur est la transmission de données, et, à cette fin, à convertir les différents services en unités de données (bits ou octets25) utilisées pour fournir le service. Du point de vue des réseaux, il y a peu de différence entre un appel vocal et un appel passé par Skype ou WhatsApp par exemple, au‑delà des différences entre les bits consommés par seconde. Pour la plupart des services, le nombre total de bits transmis durant la période d’utilisation du service est la caractéristique principale même si d’autres caractéristiques ont également leur importance. Ici, la baisse des prix serait beaucoup plus forte : –  96% entre 2010 et 2017.

Les effets qualité de la production y seraient donc très mal pris en compte. La consommation de données aurait augmenté de près de 2300% entre 2010 et 2017 au Royaume‑Uni, et pourtant la valeur ajoutée brute réelle du secteur des services de télécommunications a diminué de 8% entre 2010 et 2016, affichant l’un des taux de croissance de la productivité les plus bas de son histoire [7]. Ce décalage entre l’amélioration rapide des technologies et la performance économique mesurée vient en grande partie des déflateurs appliqués à la production. Dans ce contexte, certains suggèrent que les déflateurs officiels sous estiment  la «vraie» baisse des prix de ces produits et, en conséquence, la croissance économique réelle.

En utilisant ces deux méthodes, ils concluent que les services de télécommunications ont enregistré une baisse de prix comprise entre 37% et 96% de2010 à 2017, bien au delà du déflateur actuel (+3%). Ces améliorations alternatives du calcul de l’indice des prix des services de télécommunications, qui permettent de prendre en compte des services de données haut débit, suggèrent que la production réelle du secteur des services de télécommunications a été largement sous‑estimée au Royaume‑Uni (et sans doute dans d’autres pays) ces dernières années.

Ces deux options illustrent une différence clé entre les approches des ingénieurs et des économistes : ceux-ci observent divers produits dont les prix et les poids sont différents au sein d’un panier de biens, fournis via la transmission de données, tandis que les ingénieurs observent le secteur des services de télécommunications ne produisant qu’un seul produit (les données transmises, qui sont utilisées de plusieurs façons pour fournir différents services), où le coût par bit de données a enregistré une baisse claire et significative au fil du temps.

 

c) La méthode en Australie

Depuis 2013‑2014, l’indice des prix d’accès à l’Internet corrigés de la qualité se fonde sur les variations de l’indice des prix à la consommation des équipements et services de télécommunication (IPC Télécom). L’IPC Télécom est corrigé de la qualité pour refléter, par exemple, des limites de téléchargement de plus en plus élevées, et a diminué d’environ 20 % depuis 2013‑2014. Les progrès technologiques ont en effet permis aux fournisseurs d’accès à l’Internet d’offrir à leurs clients des limites de téléchargement de plus en plus élevées pour un coût supplémentaire minime, voire nul, et parfois des forfaits illimités qui leur permettent de fidéliser leurs clients. De plus, compte tenu de l’émergence des tablettes et des smartphones, le nombre d’utilisateurs de services d’Internet sans fil a fortement augmenté.

Depuis le premier trimestre 2014, l’Office statistique australien utilise beaucoup plus de données de transactions dans le calcul de l’IPC australien, qui inclut les transactions relatives aux services de télécommunication. Ces données de transaction ont permis de remplacer les prix ponctuels de certains produits (précédemment collectés sur le terrain) par une valeur unitaire (fondée sur les données de transaction).

L’IPC Télécom a ainsi progressé durant la période précédant 2014‑2015 (c’est à dire avant l’adoption de l’approche de la valeur unitaire), puis a régulièrement reculé à compter de 2014‑2015 à mesure de la diminution progres­sive des prix corrigés de la qualité.. Toutefois, des informations disponibles (volume de données sans fil téléchargées et nombre d’abonnés) montrent  que les volumes de téléchargement augmentent régulièrement depuis 2010. En conséquence, un redressement a été appliqué afin de saisir la croissance de la production réelle, sous‑estimée durant la période précédant l’introduction de la méthode de la valeur unitaire, entre 2008‑2009 et 2013‑2014

 

 

4/ les logiciels

Les logiciels regroupent des services variés, dont la multiplicité complexifie les estimations : dépenses en traite­ment des données et portail internet et dépenses en logiciels « standard » mesurées en France à partir de la statistique d’entreprise, dépenses en logiciels spécifiques via le recours à des sociétés de services en ingénierie informatique, estimées également à partir de la statistique d’entreprise mais en retirant du mieux possible ce qui relève des consommations intermédiaires. Pär ailleurs, une part importante des dépenses en logiciels (plus de 30 %) relève de dépenses réalisées en interne dans les entreprises pour développer des logiciels à façon, et mesurées par les comptables nationaux à partir de données sur les rémunérations en sélectionnant les professions susceptibles d’être impliquées dans ces déve­loppements. Faute d’éléments spécifiques sur le prix réel de ces dépenses, le prix de marché des dépenses « externes » leur est en général appliqué.

 

a) La production

La production de l’ensemble des branches des services (90 % des ressources des ERE), pour un compte définitif, est estimée directement en valeur à partir des ventes branches issues de la statistique d’Esane. Le partage volume-prix de la production est généralement réalisé à partir des IPC ou des IPSE (indice des prix des services aux entreprises).

Lors d’un compte semi-définitif, la production en volume est obtenue en déflatant la valeur (indice de chiffre d’affaires) par des IPC ou des IPSE.

Ainsi, pour les produits J58Z1 et J60Z1 le prix choisi est en priorité le déflateur de la consommation des ménages, en l’occurrence l’IPC. Si l’utilisation de l’IPC pose des problèmes de cohérence au sein des ERE, le prix suit les IPSE disponibles. Pour les autres produits la valeur est déflatée par un IPSE (BtoAll).

Les ERE J58Z, J59Z, J61Z et J62Z comportent des importations (10 % des ressources des ERE) estimées en valeur à partir des données de la Balance des Paiements. Dans le cas où un IPSE (BtoE) est disponible (cas des J58Z2, J61Z et J62Z), il est utilisé pour le partage volume-prix des importations. Pour les autres ERE, le partage volume-prix est déterminé en utilisant le déflateur de la production.

L’utilisation du prix de production peut être remise en question si des IPSE (BtoE) sont disponibles.

Le volume des impôts (part très faible dans le total des ressources) suit l’indice de volume de la consommation des ménages. Les impôts concernent les ERE 59Z2, 60Z1 et 60Z2.

 

b) Les emplois

La consommation finale des ménages (15 % des emplois) est estimée en valeur à partir de diverses sources (Livre Hebdo, GfK, données de la Direction Générale des Médias et des industries culturelles, données des douanes, de la DGFIP, de la DG Trésor, données du Centre National du cinéma et de l’image animée, données du Syndicat National de l’édition phonographique, EAP, CA3). Le partage volume-prix repose sur l’IPC. A noter que pour le produit J60Z2, l’IPC retenu ne comprend que la contribution à l’audiovisuel public. Le partage volume-prix de la FBCF (40 % des emplois, essentiellement localisés sur le 62Z) est réalisé selon diverses méthodes.

Le partage volume-prix de la FBCF des logiciels spécifiques (J62Z) se fait en utilisant l’IPSE (BtoAll) de la « programmation, conseil et autres activités informatiques » (62).

Pour ce qui est des logiciels standards (J58Z2), la FBCF est le poste solde de l’ERE en valeur comme en volume. L’l’IPSE « Édition d’autres logiciels » (58.29) est utilisé depuis le SD 2015 pour le partage volume-prix de l’ensemble des opérations de l’ERE, à l’exception de la consommation des ménages (qui ne pèse quasiment rien). De ce fait, le déflateur de la FBCF peut s’écarter très légèrement de IPSE « Édition d’autres logiciels ».

Le partage volume-prix de la FBCF des autres ERE est calculé au niveau H en utilisant le déflateur de la production.

Les ERE J58Z, J59Z, J61Z et J62Z comportent des exportations (10 % des emplois environ). Dans le cas où un IPSE (BtoE) est disponible, pour les produits J58Z2, J61Z et J62Z notamment, il est utilisé pour le partage volume-prix des exportations. Pour les autres ERE, le partage volume-prix est déterminé en utilisant le déflateur de la production. L’utilisation du prix de production peut être remise en question si des IPSE (BtoE) sont disponibles.

 

 

 

c ) synthèse et appréciation sur la qualité du partage volume-prix

La méthode d’évaluation des évolutions en volume utilisant une déflation par l’IPSE est considérée par l’Insee comme une méthode de « type A ». Mais la mesure du partage volume prix de la PEFP reste assez délicate. La méthode d’évaluation des évolutions en volume utilisant une déflation par l’IPC peut être considérée comme une bonne méthode (« type A ») dans le cas des produits utilisés essentiellement par les ménages, et s’il s’agit d’un indice correspondant bien au contenu du poste considéré de la nomenclature. Dans le cas contraire (Radiodiffusion), on considère qu’il s’agit d’une méthode de « type B ».

Selon le graphique suivant, les indices de prix français des  logiciels et applications se situent plutôt dans la moyenne des pays, avec une quasi-stabilité depuis 2000. Ceci est confirmé par l’OCDE. Il reste que la complexité et la multiplicité des types de dépenses en logiciels rend assez difficile leur évaluation.

Évolutions des prix à la production (P1) des services de programmation, conseil en informatique et autres services d’information base 100 en 2000 en %

 

 

 

 

3/ Le PIB est il mal estimé en volume du fait du numérique ?

a) le débat sur la croissance du PIB

La croissance a ralenti depuis une vingtaine d’années, ce qui peut sembler paradoxal dans un contexte marqué par des innovations de grande ampleur. Selon une hypothèse assez répandue, les outils traditionnels de mesure de la croissance économique seraient inadaptés à la mesure des nouvelles formes de croissance permises par l’économie numérique. Cette question a plusieurs dimensions . Tout d’abord, la numérisation ou plus généralement les TIC conduisent à un renouvellement accéléré des biens et services marchands. La valeur monétaire de ces nouveaux biens et services reste bien enregistrée dans les comptes en valeur : le problème est d’y séparer l’effet de volume et l’effet de prix. Si la mesure des prix sous‑estime la façon dont la numérisation réduit le coût d’accès aux biens et aux services, ou si elle sous‑estime les gains en qualité associés aux nouveaux biens, alors la croissance en volume est sous‑estimée. Diverses tentatives ont été faites pour donner des majorants du biais sur la mesure de la croissance.

Ce problème n’est toutefois pas nouveau : une part substantielle de la croissance économique a toujours été portée par le renouvellement et la diversification des biens et services. Les techniques de mesure des prix prennent ce problème en compte. Elles ne peuvent le faire de manière absolument parfaite, mais diverses études estiment le risque d’erreur de mesure à quelques dixièmes de points, c’est‑à‑dire de l’ordre de celui qui aurait déjà existé avant la numérisation de l’économie, et cet écart ne se serait pas spécialement aggravé sur la période récente, car la problématique des nouveaux produits n’est pas nouvelle [10]: Ceci écarterait l’hypothèse que le ralentissement actuel de la croissance serait un simple artefact lié à une détérioration de la qualité des partages volumes-prix. En outre, dans certains pays, le covoiturage, le partage de logements et les produits et services numériques ont récemment été introduits dans l’indice des prix à la consommation (IPC).  Enfin, ne faut-il faut pas aussi tenir compte du temps passé sur internet par l’usager pour obtenir des services traditionnels ?

 

 

b) le services quasi-gratuits

Un deuxième problème est lié au fait que la numérisation a favorisé le développement de services gratuits. L’économie numérique comprend de nombreux produits apparemment gratuits, donc en principe hors du champ de la comptabilité nationale. Ces biens set services ne sont pas moins « produits » lorsqu’ils le sont gratuitement que contre paiement. Les services totalement gratuits ne sont comptés dans le PIB qu’à la hauteur des quelques emplois rémunérés qu’ils créent et des biens et services payants qu’ils consomment pour leur fonctionnement. Ils mettent en relation des particuliers sur internet moyennant perception d’une commission. C’est uniquement cette commission qui est enregistrée en comptabilité nationale. On pourrait penser que le partage volume-prix et la mesure du PIB en volume n’est pas affecté par cette mutation. Par exemple, la location d’un logement sur Airbnb ne devrait pas modifier vraiment le PIB car la comptabilité nationale considère que le service de logement est produit quoi qu’il arrive, et évalué via les loyers imputés, que ce logement soit effectivement occupé par son propriétaire, temporairement vacant ou loué à des touristes de passage.

Des équivalents monétaires de ces services gratuits peuvent être évalués, c’est un champ de recherche assez actif. Cependant, il n’y a pas forcément lieu de les agréger au cadre central des comptes nationaux, d’une part en raison de leur fragilité, et d’autre part au vu de ce que sont les principaux usages des comptes nationaux. La fonction principale des comptes est en effet d’évaluer comment sont générés et répartis les revenus monétaires. Y rajouter l’équivalent monétaire de services qui échappent à la sphère de l’échange monétaire relève plutôt de comptes satellites.

Plus complexe est le cas des nouveaux services qui ne sont que partiellement ou faussement gratuits. L’encyclopédie en ligne Wikipedia, l’échange d’appartements ou l’hébergement temporaire et gratuit reposent sur un « modèle collaboratif à fonctionnement essentiellement non marchand ». Mais ce n’est qu’en partie le cas pour la location d’hébergements entre particuliers (comme Airbnb) ou le covoiturage qui correspondent à des « modèles collaboratifs mixtes » dans lesquels une personne verse une contrepartie monétaire pour utiliser un bien ou un service. En outre, le recours à AirBnB se fait au détriment de la demande de services hôteliers classiques. Leurs prix sont moins chers. Comment évoluent les volumes ? Faut il considérer que la location d’un logement coûtant deux fois moins cher qu’un hôtel se traduit par une baisse en volume de la consommation touristique ? Par ailleurs, il y aurait souvent baisse du PIB en valeur et en volume : Ainsi, on n’utilise plus les cartes Michelin mais des facilités numériques : GPS, GoogleMaps. Si les achats de CD chutent au profit du visionnage gratuit sur Youtube conduisant à une chute de chiffre d’affaires nominal pour l’industrie du disque, et si on applique à ce chiffre un indice des prix stable parce que toujours calculé sur les seuls biens commercialisés, le message sera celui d’une baisse des volumes.

Toutefois, l’émergence de substituts gratuits à des biens ou services payants ne serait qu’un cas extrême d’apparition de substituts meilleur marché que les produits d’origine : il n’y aurait pas de raison de la traiter différemment. Les indices de prix en tiennent d’ailleurs un peu compte. Dans le cas rare où c’est un bien existant qui devient gratuit, on enregistre bien une baisse de 100 % de son prix, pondérée par son poids initial dans le budget des ménages. Il y a aussi le fait que l’arrivée de nouveaux produits gratuits doit normalement tirer vers le bas les prix de leurs substituts payants, ce que les indices de prix prennent en compte.

La publicité est un cas à part dont le traitement comptable est critiqué par certains depuis longtemps mais qui pose aussi problème avec l’émergence de la publicité gratuite. On en explique certains aspects dans la page Partage Volume-Prix.

 

c) La question de la mesure de la croissance du PIB avec la mondialisation

Enfin, le numérique favorise la mobilité des actifs intangibles des grandes entreprises multinationales et des flux de revenus associés, ce qui est susceptible de fausser la mesure de la production locale. Ce problème, probablement le plus important pour le moment, peut prendre une ampleur particulièrement marquée dans les petits pays à fiscalité attractive, pour lesquels cela conduit à s’interroger sur la façon de continuer à suivre une notion pertinente de production « intérieure » (voir page PIB irlandais).

 

 

Michel Braibant


BIBLIOGRAPHIE

[1] La quatrième révolution industrielle, K. Shwab, janvier 2017,

[2] L’économie et la société à l’ère du numérique, Insee, Édition 2019, https://www.insee.fr/fr/statistiques/4238635

[3] La consommation des ménages en TIC depuis 45 ans : un renouvellement permanent, R. Arthaut,  https://www.epsilon.insee.fr/jspui/handle/1/159

[4] https://www.bmwi.de/Redaktion/FR/Pressemitteilungen/2020/20200430-les-ministres-du-numerique-du-g20-adoptent-une-declaration-sur-le-covid-19.html

[5} https://www.insee.fr/fr/statistiques/4255768?sommaire=4256020

[6] https://www.insee.fr/fr/statistiques/4126590#:~:text=conditions%20de%20travail%20%3F-,R%C3%A9sum%C3%A9,de%20l’ensemble%20des%20salari%C3%A9s.

[7] A roadmap toward a common framework for measuring the Digital Economy, OCDE, 2020,  https://www.oecd.org/sti/roadmap-toward-a-common-framework-for-measuring-the-digital-economy.pdf

{8] L’économie numérique fausse-t-elle le partage volume-prix du PIB ? F1903 – G2019/04, Insee, Mai 2019,  https://www.insee.fr/fr/statistiques/4161481

[9] La mesure du numérique explique‑t‑elle le ralentissement de la productivité ? Le cas de l’Australie D. Burnell et A. Elnasri, https://www.insee.fr/fr/statistiques/4770254

[10] Une comparaison de déflateurs pour les services de télécommunications, Mo Abdirahman, D Coyle*, R.Heys,Insee, https://www.insee.fr/fr/statistiques/4770254

 

Tableau entrées-sorties mondial (T.E.S.)