Tableau entrées-sorties mondial

Le Tableau entrées-sorties (TES) a de multiples finalités : calculer le l’évolution du PIB en volume, étudier la structure de production des branches, l’utilisation des biens et des services, mesurer les échanges extérieurs par pays. Son dérivé, le TES symétrique permet d’éclairer sur les contenus en importations ou les chaînes de valeur mondiale qui mesurent la valeur ajoutée de chaque pays dans les échanges mondiaux, etc.… Au début des années 2000, Eurostat a lancé un groupe de travail pour harmoniser les méthodes d’élaboration entre pays afin de permettre les comparaisons internationales et d’avoir un TES européen. Ce travail a été poursuivi à l’ONU en 2018 par la rédaction d’un manuel.

Présenter les méthodes de chaque pays pour évaluer le PIB, élaborer des comptes de l’industrie et d’autres branches ou calculer des indices de prix et de volume, comparer les compte satellites et environnementaux, etc…, sont des objectifs de ce site. Mais il a aussi pour objet de faire des comparaisons entre pays sur des questions d’actualité telles que désindustrialisation, financiarisation, dépenses publiques, économie numérique, transition énergétique,…. L’essentiel est de rester ici en phase avec l’actualité économique.

Toute étude économique doit s’appuyer sur de telles comparaisons. Toutefois les méthodes spécifiques à chaque pays pour évaluer telle ou telle opération ou classer telle ou telle unité institutionnelle, leur interprétation particulière des manuels de comptabilité nationale, rendent parfois difficiles ces comparaisons. En outre, depuis 2009 et surtout 2020 la mondialisation s’est ralentie surtout avec la pandémie. Tandis que le repli des nations sur elle-même s’est affirmée. Mais demain le besoin d’harmoniser les méthodes et d’élaborer un TES mondial et d’autres tableaux de la comptabilité nationale reviendront peut être au premier plan. Le nombre important de formations internationales sur ces sujets en est la preuve.

 

Supply and Use Table (SUT) has multiple purposes :to calculate GDP in volume, to study production structure by industries and uses of goods and services, to measure external trade by countries. Its derivative, Symmetric input output table (SIOT) shed light on imports contents,the world value chains whichmeasure value added of each country in world trade, …  At the early 2000s, Eurostat launched a task force to harmonize compilation methods between countries in order to do international comparisons and to get an European SUT. In 2018 this work went on at United Nation ; a guide was written. 

Presenting each country’s methods to estimate GDP, compiling manufactured goods and other industry accounts ,calculating price and volume indices of each product, comparing satellite accounts or environmental accounts …,  are some of the objectives of the site. But its also focuses on topical issues such as de-industrialisation, financialization, public expenditures, digital economy, energy transition…. The main issueis to keep up with the economic news.

Every economic study has to be based on such comparisons. However, specific methods used by each country to evaluate this or that transaction or classification of each institutional unitand their own interpretation of international guidesmake  these comparisonssometimes difficult. Moreover, since 2009 and especially 2020due to thepandemic,  globalization has slowed down. While withdrawal of nations into themselves has raised. But to morrow harmonizing methods and developping a wordwhile SUT may be a priority. The high number of international training courses on this topic seems a proof of this.

 

 

SOMMAIRE

I – HISTOIRE DES TES

II – UNE MÉTHODE ATYPIQUE EN FRANCE

III – AMÉLIORER LE PARTAGE « VOLUME-PRIX » ET MIEUX ESTIMER LA FBCF

IV – UN TES MONDIAL

Michel Braibant

Résumé

 

Ce blog se déploie sur trois dimensions.

  • Il présente les méthodes d’élaboration du tableau entrées-sorties (TES) mondial et ses concepts phares, le PIB et les chaînes de valeur mondiales. Aussi on fait une étude approfondie des pratiques françaises et étrangères, ainsi que des sources et des données. Dans le Menu « concepts et méthodes », il s’agit de les préciser avec le souci de les améliorer ponctuellement. Toutefois, ce blog ne se limite pas à ces aspects conceptuels du TES. Il aborde d’autres aspects de la comptabilité nationale comme les comptes de secteurs institutionnels, les finances publiques, etc…
  • On propose ensuite  de faire une synthèse des méthodes comptables et des résultats dans le Menu « méthodes et résultats ». Puisse-t-on  choisir les bons ratios et nuancer les conclusions qu’on fait souvent au regard des chiffres. De nombreux ouvrages ont traité de l’intérêt et des limites des comparaisons internationales, des méthodes les plus pertinentes à propos de telle ou telle question économique et des erreurs à éviter dans les démarches comparatives.
  • Ces comparaisons sont faites sur plusieurs questions économiques et financières, telles que la désindustrialisation, la tertiarisation, la financiarisation, la dépense publique, le partage volume-prix dans une économie de services, l’investissement incorporel, les comptes par catégories de revenu, l’économie numérique, etc.. . Mais quelques données françaises et étrangères ont été rectifiées pour ne pas aboutir à des conclusions erronées (Menu « résultats et études économiques »).

 

PRÉSENTATION GÉNÉRALE

° Au fil des pages, et d’un domaine à l’autre, prend ainsi forme le dessein de décrire les méthodes des comptes en France et à l’étranger et les principaux résultats et études économiques, comme par exemple les équilibres-ressources-emplois (ERE) des différents produits de l’économie : agriculture, industrie, énergie, construction, services marchands, etc… .

° La comptabilité nationale fait partie de la science économique par le biais de variables clés : PIB, pouvoir d’achat, épargne, etc … . Ce blog fait la part à ces deux entités. S’agissant des études économiques, on cherchera à décrire les principaux résultats en France et à l’étranger, spécifiques à chaque sujet. Mais l’économie est un tout : une dépense publique plus élevée en France ne peut être analysée sans oublier la spécificité du système de retraites et de redistribution, voire la désindustrialisation ou le déficit chronique des échanges extérieurs. Il est ainsi utile d’étudier chaque phénoméne séparément mais sans oublier les liens entre eux.

° On présente dans cette page les méthodes de confection du TES, appelé tableau de ressources-emplois (TRE) à l’étranger. On les schématise par des exemples fictifs (des tableaux excel sont insérés dans les pages) pour faciliter la compréhension. Il s’agit de les comparer aux recommandations internationales et aux comptes de chaque pays pour voir si la méthode française est plus ou moins appropriée. .

° L’analyse des méthodes conduit à celle du système productif : l’agriculture (page Comptes agriculture), l’industrie (page Comptes de l’industrie), l’énergie (page  Comptes de l’énergie), les services marchands (page Comptes des services), la construction (page Comptes de la construction), la R&D  (page Compte de la recherche développement), l’environnement (Compte Environnement), les compte satellites (Comptes satellites). Il s’agit ainsi de comparer les différences de ratios et d’évolutions entre les agrégats français et étrangers.  Quelle est la nature exacte de telles différences ?

° À l’image de l’économie et de la comptabilité nationale qui ne sont pas des sciences exactes, on n’en sait parfois rien. Prenons un exemple. Si la productivité du travail de la construction baisse de -0,5% par an depuis 1995 en France (comme toutefois dans d’autres pays : États-Unis, Italie, Espagne, Autriche,..) alors qu’elle augmente légèrement dans les pays du Nord de l’Europe, c’est peut être lié à un partage volume-prix approximatif. Mais c’est peut être aussi le reflet de la réalité. Celle ci peut se situer entre ces deux évolutions. Et demain, d’autres études pourront confirmer cette baisse alors que nous avons choisi de vérifier ce chiffre. Ce sont ces comparaisons qui conduisent néanmoins à s’interroger sur les méthodes. D’ailleurs, on reprendra systématiquement  dans toutes les pages  ces comparaisons internationales d’un agrégat ou d’un ratio français avec ceux des autres pays même si chaque pays a ses structures productives spécifiques et ses méthodes comptables.

° La productivité horaire du travail ne baisse plus (+0,1% par an entre 2010 et 2018 avec un net regain depuis 2014 : +1,8% par an). Mais elle augmente de +0,9% dans l’UE. Ceci montrerait les difficultés du partage volume-prix : chaque logement construit est différent. A moins qu’il ne s’agisse d’une mesure approximative des heures travaillées, notamment du travail dissimulé, supposé stable dans le temps en proportion du travail mesuré. On trouve une explication partielle de cette évolution : les investissements en volume par la construction sont à peine plus élevés en 2017 qu’en 2010.

° Une publication de l’Insee du 9 juillet 2010 sur l’indice du coût à la construction (ICC) précise que celui-ci intègre désormais des normes énergétiques comme les réglementations thermiques car leur introduction ne correspond pas à un effet prix mais à un « effet qualité ». Cela remonte à l’abandon du métrage au profit d’un indice hédonique. Cette méthode consiste à établir à partir d’un modèle économétrique, une relation entre le prix du marché de construction et les caractéristiques de l’ouvrage, ceci permettant d’évaluer la valeur implicite de ces différentes caractéristiques. L’effet qualité est supposé être capté en mesurant l’évolution des caractéristiques entre deux périodes : toutefois, le prix des logements varie souvent en fonction d’un trop grand nombre de caractéristiques, parfois difficilement observables dans les données, si bien que la mesure de l’effet qualité dans l’évolution des prix des logements demeure un exercice délicat.

° Ce blog aurait pu s’intituler (comme deux titres de pages) « Comptabilité nationale et comparaisons internationales » ou « chaînes valeur de mondiales », traduisant la globalisation de l’économie, même si on assiste à une montée du nationalisme dans de nombreux pays. Pourquoi alors parler de TES mondial ? Parce que la comptabilité nationale est universelle au niveau des méthodes et des organismes (OCDE, Eurostat.,..)  qui font le lien entre les manuels internationaux et les Instituts Nationaux Statistiques (INS) chargés de les appliquer.

° Certaines pages sont liées entre elles. Par exemple, pour lire l’analyse que l’on fait des dépenses publiques (page Dépenses publiques en Europe), on se reportera si possible aux pages Administrations PubliquesDette publique, Comptes satellites et Richesse et consommation.

° On se réfère ici à trois bases de données : celle de l’INSEE, d’Eurostat et de l’OCDE. Cette dernière intègre plus de pays et parfois plus d’agrégats. Les séries de l’INSEE remontent à 1978, voire 1949 pour certaines. Les deux bases internationales sont disponibles depuis 1995 en valeur et en prix chaînés (page Vers des prix chaînés équilibrés ?).

 

° Le TES français n’est pas vraiment comparable aux tableaux ressources-emplois (TRE) étrangers par secteurs d’activité ou par branches d’activité principale (voir page Tableau « ressources-emplois »). Celles-ci regroupent les unités d’activité économique au niveau local exerçant la même activité économique principale ; une branche d’activité peut avoir des activités secondaires différentes  : la part de la valeur ajoutée (VA) industrielle en France, déjà faible, est ainsi minorée d’un peu plus d’un point par rapport à celle des autres pays. Certes des ratios en niveau et en évolution (productivité du travail, taux de marge,…) sont plus comparables. N’est-ce pas un intérêt de la comptabilité nationale que de faire des comparaisons internationales pour l’analyse économique? Seuls les ERE par produits en ligne ne changent pas en théorie quand on passe du TES français aux TRE étrangers

° Notons d’autres différences de méthode qui rendent difficiles les comparaisons internationales. On peut citer un

  • calcul erronée de la FBCF en R&D en Suède,
  • l’absence de marges de transports dans de nombreux pays dont l’Allemagne (Marges de transport),,
  • des évolutions de prix des services aux entreprises et des télécommunications surprenantes au Royaume-Uni,
  • méthode de calcul de la correction CAF-FAB particulière en France (Correction CAF-FAB),
  • traitement différent selon les pays des services achetés pour être revendus et plus généralement des doubles comptes (billets de transport des agences de voyage, immeubles des promoteurs,..), 
  • une méthode différente d’estimation de la FBCF en logiciels,
  • une ventilation de la correction territoriale (dépenses touristiques) par produits dans certains pays et pas dans d’autres,… 

° Bref, les exemples ne manquent pas. À tel point qu’on peut se demander si la préparation d’une nouvelle base des comptes nationaux ne nécessite pas de connaître les méthodes des autres pays, sans pour autant les suivre. Ceci n’est pas facile même si Eurostat (l’office statistique de la Communauté Européenne) rassemble les « inventaires RNB » qui les explicitent. Celles du TES ont été présentées dans le Manuel « Supply and Use » publié par Eurostat en 2008 [1] (les nombres entre crochet renvoient à la bibliographie en bas de page).

° Deux objectifs de politique économique ont pris de plus en plus d’importance notamment en France : d’une part satisfaire au mieux les critères de Maastricht, donc élaborer minutieusement les comptes des administrations publiques (page Administrations Publiques); d’autre part suivre la conjoncture, donc privilégier les comptes de la dernière année. En outre, les comptes financiers et de patrimoine ont été développés au fil du temps (page Comptes financiers et non financiers, TES en année courante).

° Les objectifs de la comptabilité nationale étant de répondre d’abord aux questions prioritaires en fonction des moyens disponibles, on s’est ainsi de plus en plus intéressé aux comptes trimestriels. Ils sont élaborés en France à partir de régressions économétriques entre les variations des variables endogènes (immatriculations de voitures neuves, logements construits, indices de la production industrielle,…), qui sont des variables en produit-branche (et non en secteur d’activité), et la production des branches (variable exogène). Élaborer un TES par secteur d’activité entraînerait une moindre qualité des régressions du fait des activités secondaires : on ne peut pas estimer aussi bien la variation de la production du secteur d’activité automobile que celle de la branche automobile à partir des immatriculations de voitures neuves. D’autres raisons peuvent justifier d’élaborer un TES en branche pure (les indice de prix à la production par exemple mesurent l’évolution mensuelle des prix de vente des produits et services associés).

° L’Insee a ainsi privilégié la rétropolation de séries longues des TES et des TEE, remontant jusqu’en 1978, voire 1949 dans la nomenclature la plus agrégée, (travaux qui ne sont pas faits dans la plupart des autres pays), pour améliorer cette qualité tout en satisfaisant les utilisateurs pour leurs études : ils peuvent calculer des coefficients techniques (CI d’un produit par une branche rapportée à sa production) ou des coefficients budgétaires (consommation des ménages d’un produit rapporté à la consommation totale) même si ceux-ci incluent les marges. Alors que les TES symétriques, qui seraient mieux appropriés pour ces calculs car les emplois sont aux prix de base, ne sont disponibles que sur une période très courte (2010-2017).

° Mais ne peut-on satisfaire plusieurs objectifs économiques en même temps? Le déficit et la dette publique (116% en 2020) sont suivis de près, en partie sous la houlette des Institutions Européennes (page Dette publique).. La confiance des agents économiques en dépend aussi en grande partie. La dépense publique représente 62% du PIB en France, ratio parmi les plus élevés au monde (page Dépenses publiques en Europe). Mais ces deux agrégats sont liés aussi à la croissance (recettes fiscales) et au solde du commerce extérieur. Si il est positif, la dette publique est allégée comme dans plusieurs pays de l’UE dont l’Allemagne. De même, une bonne situation financière des entreprises entraîne moins de dépenses de l’État (subventions, crédits d’impôts,..) et plus de recettes fiscales.

° Ainsi, n-a-t-on pas trop privilégié l’analyse des finances publiques pour évaluer les critères de Maastricht, mettant au second plan d’autres aspects comme l’étude du système productif? Certes il existe bien des études ponctuelles par secteur d’activité sous forme de rapports présentés en Commissions des comptes de l’agriculture et d’autres secteurs (services, logement, transports, santé,..). Mais les pouvoirs publics, afin de faire des arbitrages dans leurs choix,  et les utilisateurs de la comptabilité nationale, n’ont-ils pas besoin d’une vision globale des évolutions économiques et pas seulement de chacune séparée? Autrefois le Rapport des Comptes de  la Nation de l’Insee répondait en partie à ce besoin. Mais il a été abandonné de même que la publication « Économie Française », qui l’a remplacé. Il avait en outre un aspect de vulgarisation essentielle en comptabilité nationale.

° L’analyse du système productif, (son efficacité), n’est-t-elle pas ainsi la clef de voûte des questions économiques de la France? Son étude n’est-elle pas un objectif important, par exemple analyser au mieux la désindustrialisation (page Désindustrialisation par pays) ou la tertiairisation (page Diversité tertiaire) et les comparer aux autres pays? La crise économique liée à la pandémie de covid-19 devrait renforcer ce besoin d’analyse de la production par grandes branches (voir page Reprise économique fragileCrises économiques et comptabilité nationale). Mais quel contraste entre la relative « pauvreté » des statistiques, comptes et études de l’industrie et les besoins prioritaires de ré-industrialiser le pays et réduire le déficit extérieur.

°Au delà de ces aspects méthodologiques, trois questions économiques (parmi d’autres) étaient venues sur le devant de la scène durant ces dernières années. Ces questions sont souvent traitées dans ce blog. 

 

 

 

1 – COMMENT DÉFLATER DES SERVICES DE PLUS EN PLUS COMPLEXES SOUS L’EFFET DE LA DIGITALISATION ?

° Dans le calcul des indices de prix, l’effet-qualité est compris dans l’évolution du volume et non du prix (voir page Mesure des volumes et des prix). La mesure de cet effet se pose surtout dans les activités tertiaires. L’importance qu’elles ont prises en terme économique (80% des emplois) et social, les concepts et méthodes qu’on utilise, les statistiques dont on dispose, sont-ils adaptés pour apprécier les services modernes? Certes, des progrès ont été accomplis du fait des enquêtes sur les indices de prix auprès des producteurs (page Mesure des volumes et des prix). Mais les comptes nationaux ne retiennent, ce faisant, que des améliorations de la qualité de la production (« output »), par exemple à travers une « meilleure » appréhension du volume des produits « nouveaux ». On en garde ici le principe mais en élargissant l’objet à des indicateurs de qualité, afin d’avoir une idée du résultat (« outcome ») pour l’usager. Cette qualité peut être en effet appréhendée de différente manière comme dans l’éducation, la santé, ou dans d’autres services, chaque activité tertiaire ayant ses propres indicateurs. Mais il faudrait à l’avenir des études plus développées que des réponses fragiles à travers quelques tableaux et graphiques.

° À cette complexité croissante, ne doit-il pas correspondre une diversité des approches statistiques ? Ne faudrait-il pas aussi mesurer la valeur des services « modernes » par la quantité de travail qui y est incorporée ou tout autre indicateur réel de leur activité, tel le résultat ? Les difficultés conceptuelles et pratiques que soulèvent ces approches alternatives ne peuvent empêcher que, au moins pour ces services, la question actuellement se pose.

° Cette question est différente de la mesure du bien-être : le PIB ne tiendrait pas compte des dommages sur l’environnement : pollution et épuisement des ressources naturelles (page Compte Environnement). Il n’intègre ni le travail domestique, ni le travail bénévole. Il ne déduit pas les pertes correspondant à la destruction des richesses naturelles. Le résultat d’un service est, lui, beaucoup plus ponctuel et peut être plus chiffrable que la notion de bien-être plus vague : que signifie le bien-être d’une nation ? On dispose d’ailleurs d’une batterie d ‘indicateurs pour le quantifier, comme l’indice de développement humain (I.D.H.) (page PIB et bien-être). Le résultat d’un service, à travers la qualité, peut être intégré dans l’évolution du volume de ce service. Mais comment mesurer l’évolution de cette qualité dans chaque service (éducation, santé, services numériques, commerce, etc… ) ?

° Il faut distinguer les services aux entreprises et ceux aux particuliers. Pour ceux-ci, le résultat est tout aussi important que la productivité. S’est-il amélioré malgré les hausses de la productivité du travail dans certains services privés aux particuliers (activités financières, assurances, mutuelles, téléphonie, …) ou dans les services administratifs? Des innovations, présentées comme telles par les entreprises ou les administrations, le sont elles vraiment pour l’usager? La plupart des services « modernes » aux particuliers (ceux dont la demande croît fortement, parfois de façon exagérée) ne sont plus personnalisés, avec un émiettement des responsabilités.

° Le numérique a-t-il ainsi vraiment permis une amélioration de la qualité des services en France? Certes le numérique apporte des avantages appréciables comme des services quasi-gratuits (page économie numérique). Il développe des services informatiques très performants comme le « cloud-computing » : il permet notamment à une société, un ménage,… d’accéder à des ressources informatiques sur Internet (stockage, puissance de calcul, logiciels) plutôt que via sa propre infrastructure informatique.

° Mais comment a évolué la qualité des services depuis 20 ans? les erreurs de gestion, mêlées à des critères financiers ou des besoins d’économie, ne sont-elles pas en augmentation ? Les vérifications sont-elles moindres du fait de la numérisation (contrôle automatisé)? L’économie numérique ne profite-t-elle pas à une minorité qui sait s’en servir, les autres se débrouillant comme ils peuvent? Les exemples ne manquent pas de services qui fonctionnent imparfaitement  :

  • modification d’adresse d’un usager sans changement de numéro de téléphone que l’opérateur gère mal,
  • changement perpétuel de logiciels alors que l’usager n’a pas eu le temps de s’adapter au précédent,
  • difficultés pour ceux qui n’ont pas internet de répondre aux demandes de l’administration et d’obtenir satisfaction,
  • réponse très lente des entreprises privées et des administrations aux questions simples des usagers,
  • distributions tardives voire inexistantes des proclamations électorales dans les boîtes aux lettres,
  • temps anormalement élevé passé par l’usager devant l’ordinateur pour faire avancer un dossier, …,

° D’ailleurs, certains économistes sont dubitatifs : dans certains produits numériques, les problèmes de mesure de la productivité seraient moins importants que ce que l’on suppose. Ils estiment que son ralentissement reflète probablement une véritable diminution du taux de croissance technologique plutôt qu’une erreur de mesure. En outre, les prix des activités numériques aussi bien les matériels informatiques que les télécommunications ont plus baissé en France que dans les autres pays entre 2000 et 2019. De même, les prix des logiciels évoluent moins vite que dans d’autres pays. Autrement dit si il y a un problème de mesure des évolutions des prix de ces activités, il n’est pas spécifique à la France.

 

° Pourtant d’autres économistes avancent que l’évolution du PIB en volume serait sous-évaluée ou du moins non significative, allant jusqu’à rejeter partiellement ce calcul, considérant que la mesure des revenus est la plus correcte (approche « revenus » du PIB). D’une part, les évolutions de prix à qualité constante des services modernes ou des biens faits sur mesure seraient difficiles à connaitre, sous l’effet des produits de l’économie numérique. D’autre part, les comparaisons internationales montrent de fortes divergences des prix de ces produits alors même que la diffusion de ces technologies laisserait supposer une certaine convergence des prix entre pays. Ces économistes pointent alors des divergences de méthode pour mesurer les changements de qualité de ces produits et se servent de l’écart entre pays dans la dynamique de prix comme étalon de l’erreur de mesure du partage volume‑prix.

° Il est vrai que le partage volume-prix est devenu difficile dans une économie numérique et dans une économie où les biens se vendent en même temps que des services (voir ci-dessous). Ainsi la production réelle des services de télécommunications aurait été largement sous‑estimée au Royaume Uni. La quantité de données transmises par réseau de télécommunications affiche une croissance exponentielle entre 2010 et 2017. Logiquement, cette forte amélioration devrait générer une forte hausse des volumes. Or la VA en volume de ces services a diminué de 8% sur cette période. La hausse des prix est de 3%. Des méthodes alternatives, prenant en compte la croissance de la consommation de données, aboutiraient à une baisse des prix de 37% à 96%.

° Mais ne serait ce pas plus complexe que cela? Qu’en est-il des autres pays qui continuent de calculer le PIB en valeur selon les approches « demande » et « production » puis à le calculer en volume, voire même à le calculer simultanément en volume et en valeur ? Ne faut-il pas aussi raisonner différemment depuis la crise actuelle liée à la pandémie ? Cette dernière amène certains économistes à réfléchir sur le calcul du PIB en volume mais pas pas seulement à partir de la question du partage volume-prix des produits : la productivité du travail ne devient-elle pas plus difficile à mesurer avec le télétravail.? Que dire de la production dans les bureaux où le télétravail (par des réunions en « zoom ») ne facilite pas les échanges entre collègues ?

° La crise de 2020 amène les comptables nationaux à se poser aussi des questions sur la pertinence et les méthodes des comptes trimestriels, sur le calcul prioritaire d’un PIB annuel en volume en se glorifiant d’une économie qui produit de plus en plus de biens jetables et polluants, etc… . Les débats restent ainsi ouverts : par exemple calcul du PIB en terme de revenus donc uniquement en valeur ou bien calcul du PIB en volume selon les méthodes classiques, choix d’une méthode des comptes trimestriels adéquate aux confinements à répétition, évaluation de la production des services non marchands en période de confinement, calcul de la productivité du travail dans une économie de télétravail, etc… (voir page Crises économiques et comptabilité nationale).

° Mais sur les années précédant la crise actuelle, on n’a pas assez fait le rapprochement qui s’impose entre la théorie et les évolutions des prix, notamment à travers les comparaisons internationales. Il apparaît ainsi que ces questions délicates de partage volume-prix existent dans tous les pays. Aussi, pour avoir une idée de la qualité du partage volume-prix en France, mieux vaut comparer les indices de prix des produits avec ceux des autres pays. C’est ce qu’on ait dans d’autres pages pour les produits de l’économie numérique, pour la construction et les services et  (pages économie numérique, Partage Volume Prix).

° Pour ces derniers, les prix relatifs de la valeur ajoutée (VA) des branches tertiaires par rapport à la VA des branches qui produisent des biens augmentent en France 2 fois plus vite que dans l’UE entre 1995 et 2018 (écart de 0,7% par an). Mais on verra que cette divergence provient en grande partie, non des prix des services, même si certains sont assez mal mesurés jusqu’en 2010 (éducation, services aux entreprises), mais des évolutions fortes des prix des consommations intermédiaires (CI) des produits industriels, qui sont consommés pour l’essentiel par les branches industrielles. Du coup, le prix de la VA (production – CI) de l’industrie-agriculture diminue de – 0,1% par an de 1995 à 2018 en France, évolution qu’on ne retrouve pas dans la majorité des pays : + 0,9% par an dans l’UE.

° On démontrera ainsi que la question du partage volume-prix n’est pas spécifique à la France. La croissance n’y serait pas sous-estimée relativement aux autres pays. Le calcul du PIB en volume à partir des approches « demande » et « production » est fait dans tous les pays, souvent de manière simultanée au calcul du PIB en valeur, ce qui montre l’importance du PIB en volume dans les autres pays (voir page Calcul du PIB dans plusieurs pays). Il est admis que ce calcul a un sens. Mais il est aussi reconnu que le PIB n’est pas un indicateur de bien-être (page PIB et bien-être). On peut très bien calculer les évolutions du PIB en volume tout en soulignant que ce n’est pas le seul indicateur du bien être social et environnemental. Et ainsi  évaluer en parallèle des indicateurs adéquats sur ces questions importantes.

 

 

2 – COMMENT MESURER LA VALEUR AJOUTÉE DE CHAQUE PAYS DANS LES ÉCHANGES MONDIAUX DE BIENS ET SERVICES ?

° Ce blog schématise enfin à travers plusieurs pages (page Chaînes de valeur mondiales, page TES méthode mondiale) les différents projets (FIGARO pour Eurostat, TIVA pour l’OCDE) d’élaboration d’un TES mondial dont le but principal est notamment d’évaluer les chaînes de valeur mondiales (CVM), (« valeur ajoutée de chaque pays dans les échanges mondiaux de biens et services« ). Ceci n’est pas toujours facile : les données du commerce extérieur de chaque pays sont souvent insuffisantes quand elles ne se contredisent pas d’un pays à l’autre (asymétries).

° De plus, les pratiques des multinationales qui créent des filiales dans des pays à fiscalité faible avec un ou deux salariés, mais avec une forte valeur ajoutée, modifient le PIB en valeur : cas irlandais en 2015, +34% (page PIB irlandais). Les salaires des informaticiens et des chercheurs sont bien enregistrés aux États Unis (approche « revenu » du PIB) mais les redevances de brevets et licences de reproduction de logiciel le sont en Irlande (approche « production »). Cette question illustre d’ailleurs celle de la mesure délicate du PIB par l’approche « production ». Certains lui préfèrent le calcul par l’approche « revenu ». Mais celle-ci ne permet pas de mesurer le PIB en volume.

° La mondialisation économique a ainsi conduit à un monde plus connecté ayant des répercussions profondes sur les modes de production, le commerce international, les investissements étrangers, la croissance économique, le marché du travail et de nombreux autres secteurs de l’économie. L’augmentation des interactions transfrontalières et l’ouverture croissante des nations posent également des problèmes de mesure aux fournisseurs de données micro- et macroéconomiques, tandis que l’interprétation et l’application des statistiques deviennent elles aussi plus difficiles.

° Du fait de la mondialisation, l‘importance des frontières légales nationales tend à s’estomper et il pourrait devenir plus difficile d’appliquer les définitions classiques distinguant entre les activités économiques internes (domestiques ou nationales) et externes (étrangères). Il est, dès lors, plus problématique, dans certains cas, de définir la ligne de démarcation entre les unités économiques résidentes et non résidentes — une distinction majeure pour les statistiques macroéconomiques. Une mutation permanente de la balance des paiements est ainsi requise, afin de pouvoir lire et dire les évolutions économiques contemporaines, et poser le cadre général des voies et moyens de la mondialisation.

° Les progrès de la mondialisation, qui pourrait toutefois ralentir avec l’épidémie de Covid 19, devraient remettre au goût du jour le TES symétrique par le calcul des CVM dans les échanges internationaux. Déjà se profile un TES mondial, fait à partir de TES symétriques domestiques et importés, pour répondre au défi de la mondialisation et analyser la structure de l’économie mondiale alors que le profilage des données d’entreprise, en partie lié à celle-ci, pose un problème supplémentaire aux comptables nationaux.

 

 

 

3 – DÉSINDUSTRIALISATION ET TERTIAIRISATION EN FRANCE

° Il reste que la désindustrialisation en France est sans précédent. On ne la retrouve pas à ce point dans les autres pays, sauf au Royaume Uni et en Grèce. Le solde extérieur devient déficitaire en 2003 et ne cesse de se dégrader depuis malgré des redressements épisodiques : – 46,5 Mds en 2020 (page échanges extérieurs). Ce n’est pas du tout le cas de nombreux pays, à commencer par l’Allemagne (+193 Mds en 2020), les Pays-Bas, la Chine. D’autres États s’en sortent bien : pays scandinaves, pays de l’est de l’UE, la Russie (grâce à l’énergie), voire l’Italie (+61 Mds) ou l’Espagne (+16 Mds),.. .L’euro n’est donc pas le seul facteur explicatif de ce déficit.

° La désindustrialisation est marquée par une baisse de l’emploi industriel, y compris énergie, de 2,5 millions de personnes entre 1974 et 2018, du fait de la concurrence étrangère et des délocalisations, avec une situation financière souvent difficile et des fermetures d’usines. Mais quelles en sont les causes particulières à la France ? Nous nous y intéressons car ce phénomène, assez complexe, fait référence à plusieurs variables : production, valeur ajoutée, emploi, solde des échanges extérieurs, coefficients budgétaires des ménages (page Consommation des ménages).

° Il faut certes pondérer la désindustrialisation par l’externalisation des services. Plus l’industrie sous-traite des services qu’elle produisait auparavant, plus sa VA baisse. Mais si l’industrie a beaucoup externalisé des services en France, c’était avant 2000. Le coefficient technique des services par l’industrie (rapport des CI de services par l’industrie à sa production) a explosé entre 1970 et 2000. Depuis ce mouvement s’est ralenti à tel point que ce coefficient technique tend à se rapprocher entre l’Allemagne et la France. Un autre mouvement a pris le relai : certains  groupes « industriels » produiraient de plus en plus de services (commercialisation après-ventes, sièges sociaux, etc…) en créant des filiales. Une partie de leurs services sont d’ailleurs vendus aux groupes eux-mêmes.

° Une économie s’appauvrit-elle avec 10,5% des heures travaillées dans l’industrie manufacturière? Certes ce ratio est sous-estimé de plus de 1 % comparé aux autre pays du fait que l’emploi en France est en branche pure alors qu’il est en secteur d’activité ailleurs (Comptabilité nationale et comparaisons internationales). On note aussi qu’aux États-Unis, voire en Belgique et aux Pays-Bas, cette part est proche de celle de la France sans qu’il y ait appauvrissement de ces pays et déficit extérieur des produits industriels du moins dans ces deux premiers pays. Mais il est vrai que ce ne sont pas partout les mêmes emplois tertiaires : aux Pays-Bas, forte proportion du transport et des services aux entreprises bénéfiques pour la Balance des Paiements; en Espagne, le tourisme (bénéfique aussi) et le commerce; en France et au Danemark, importance relative des emplois principalement non marchands, etc,… .

° Peut-on produire efficacement des services sans base industrielle? Savoir si il faut produire des biens ou des services, et quels services (publics ou privés), tel n’est pas le propos ici même si ces questions sont essentielles ? Mais peut-on les financer, du moins les emplois non-marchands, sans un excèdent commercial industriel ? La qualité des services, moins exposés à la concurrence étrangère, même si leur part augmente dans les exportations, n’est-t-elle pas meilleure avec une base industrielle forte comme en Allemagne (19,4% des heures travaillées) ? On aurait pu attendre cette qualité de services supérieure en France du fait de leur importance (80% du PIB). Or est-ce vraiment le cas ?

° Les réponses à ces questions ne sont pas simples. Certains économistes mettent en évidence une corrélation étroite entre la production industrielle par habitant des pays et leur PIB par habitant, l’indicateur habituellement utilisé pour mesurer la richesse d’un pays. D’autres établissent une relation entre la part de l’industrie dans le PIB et le solde des échanges extérieurs de biens : moins on produit de biens, moins en exporte et plus on en importe. Le déficit des seuls biens est de -65 Mds en 2020.

° D’autres pensent que la frontière industrie-services est dépassée. L’investissement devient de plus en plus immatériel (logiciels, R&D,…); les emplois des ouvriers sont devenus bien plus importants dans les services que dans l’industrie tandis que les emplois de fonction de services ne cessent d’augmenter dans l’industrie, en représentant largement plus de 50%.

° Mais les chiffres ne sont-ils pas encore plus complexes à analyser? On peut par exemple observer que les services représentent 4/5 des effectifs en France. Toutefois la part de la consommation effective des ménages en volume des services n’y a pas tant augmenté depuis 1960 (+4 points, dépassant 60% en 2018). Les transactions de biens représentent 4/5 des échanges extérieurs dans le monde. Mais les exportations de services numériques ou d’autres tel le tourisme sont essentielles pour certains pays (États-Unis, Royaume-Uni,…) qui compensent en partie ou même totalement (Espagne) leur déficit du solde des échanges de biens.

° L’approche fonctionnelle de la consommation des ménages ne montre-t-elle pas d’ailleurs que biens et services sont imbriqués comme dans la santé (soins hospitaliers et médicaments) ou dans le numérique (biens informatiques et services d’information-télécommunications ou logiciels) ? De même, il est difficile de distinguer les logiciels « embarqués » dans les matériels informatiques pour le calcul de la FBCF (voir page la FBCF). Il n’est pas simple enfin de calculer des indices de prix quand les achats de smartphones se combinent avec des abonnements. 

 

 

 

 

 

 

AMÉLIORATIONS POSSIBLES

Au delà de questions importantes (appréciation sur stockMarges de commerce par produits,…) pour lesquelles on propose différentes méthodes d’estimation, plusieurs points devraient être améliorés dans le TES français. Certains ne sont pas liés au choix par secteur d’activité ou par branche pure.

° Premier point, les « colonnes » (comptes de production et d’exploitation par branche du TES) sont trop fragiles notamment dans l’industrie malgré des améliorations progressives depuis la base 2000; le tableau des entrées intermédiaires (TEI), lui aussi re-estimé en base 2000, doit être amélioré à partir de l’enquête cadre « achats ». Notons l’importance de deux statistiques : niveaux au moment du changement de base et évolutions en année courante. Certes les évolutions sont importantes mais les niveaux aussi, comme le montrent les inventaires RNB de chaque pays transmis à Eurostat. D’autant que la France dispose d’un système d‘élaboration des statistiques annuelles d’entreprises (Esane) très solide puisqu’il repose sur une mise en cohérence des enquêtes d’entreprises de l’Insee (EAP, ESA) et des données fiscales. Elles permettent ainsi d’évaluer correctement ces comptes (page Comptabilité nationale et comptabilité privée).

  • Certains agrégats sont plus importants que d’autres : les économistes s’intéressent certes aux coefficients budgétaires ou à la FBCF d’un produit, plus sûrement au solde de ses échanges extérieurs. Mais on ne regarde pas sa consommation intermédiaire (CI). Alors que l’évolution des prix des CI d’une branche est analysée. Elle doit refléter les coûts des matières premières dans l’industrie ou ceux des matériaux de construction dans le bâtiment.
  • Sans compter que l’évolution de la CI en volume détermine celle de la VA selon la méthode de la « double déflation » : la VA en volume est la différence entre la production et la CI. Que dire de ratios économiques significatifs, telle la productivité horaire du travail ou le taux de marge en valeur d’une branche d’activité. Ceci étant, chaque CI en volume d’un produit est importante à calculer puisque celle ci est répartie entre les branches utilisatrices, déterminant ainsi les CI globales des branches en volume.

 

° Le second point concerne la FBCF globale et par produit.

  • Au total, on estime que la FBCF serait surévaluée en France de quelques 13 milliards d’euros en 2017. Près de 15 Mds seraient expliqués par celle en logiciels et R&D (page Investissement incorporel pays) ) du fait d’abord d’un double compte entre la FBCF de ces deux produits, ensuite de logiciels « embarqués » dans les ordinateurs, qui devraient être traités en CI, sachant que la FBCF en matériels informatiques serait d’autant sous-évaluée, enfin d’un partage délicat entre CI et FBCF de la production vendue, et ce même si la PEFP (P12) serait quelque peu sous-évaluée .
  • La FBCF des ménages en bâtiment résidentiel des ERE (construction, architecture, droits de mutation payés par les ménages lors de l’achat d’un logement et frais liés versés aux agences immobilières) est supérieure de 5,6 Mds  à celle du CSL en 2017, en prenant en compte un remord de base lié aux achats de logements individuels par les HLM comptabilisés à tord dans la FBCF des ménages. Moyennant une baisse de 1,5 Mds, leur taux d’investissement perdrait 0,5 point, se rapprochant un peu du taux de l’UE. La FBCF en construction des autres secteurs institutionnels (SI) serait aussi surévaluée de 1,5 Md.
  • En revanche la FBCF en produits manufacturés  serait spus-évaluée de 5 Mds. Le partage « CI/ FBCF » serait fragile dans plusieurs EREs. La donnée d’entreprise Esane montre que la FBCF en produit industriels (matériels de transport, machines et équipements) est supérieure à celle des ERE en 2014 de 4,9 Mds. Pour un produit comme l’automobile, où l’on dispose d’une source en France, ce partage est le même qu’en Europe.
  • En France, on dispose de plusieurs sources pour estimer la FBCF : Esane, les données du compte satellite du logement (CSL), l’enquête « achat » de 2017, plus quelques sources ponctuelles et des travaux de l’Insee sur les logiciels et la R&D. On peut aussi se référer aux enquêtes de branche utilisées dans les autres pays pour estimer la FBCF par produit à partir de clés de répartition des ressources d’un produit entre ses différents emplois à un niveau très détaillé de nomenclature. Appliquée aux matériels informatiques en base 2000, cette méthode devrait être développée. L’enquête « achat » est une source indirecte dans d’autres pays en permettant d’estimer la CI par produit à partir de la structure des achats par branches, donc chaque case du TEI, puis en sommant ces cases en ligne, de la comparer à la CI de l’ERE. Si les deux CI sont proches, ceci signifie que le partage « CI / FBCF » est correct.
  • Le taux d investissement (FBCF / VA) est supérieur en France (25,3% en 2017) à celui de l’UE (22,5%) même si certains pays ont des taux plus élevés qu’en France (Belgique, Pays Bas, Suède,..). Mais cette différence se retrouve surtout dans 2 secteurs institutionnels : les ménages et les sociétés financières (SF). Le taux d’investissement des ménages est de 34,8% contre 28,2% dans l’UE. Celui des SF est de 21%, contre 11% dans l’UE du fait d’investissement bien plus élevé en produits du bâtiment par ces branches. De même la part de la FBCF dans les emplois intérieurs des « produits à FBCF » est supérieure en France (34,5% contre 31,5% dans les autres pays) même si des pays ont ici aussi des taux supérieurs.
  • L’écart entre la FBCF des ERE et la FBCF des SNFEI issue des données Esane varie de -2 à +4 milliards entre 2009 et 2016 (0,4 Md en 2014), sans qu’on sache exactement si cet écart n’est pas dû à des questions de comptabilisation statistique?
  • Enfin, la matrice FBCF « produit-branche » mériterait uen attention à la fois sur les marges et à l’intérieur sur les cases : ainsi pour les logiciels, l’industrie n’en investirait elle pas trop au détriment des branches tertiaires ? La part de la FBCF en logiciel et R&D représente 46,9% des investissements par l’industrie en 2017 contre 42,6% en Allemagne du fait de la R&D, et autour de 32% dans les autres pays. Certes l’industrie française utilise moins de robots par ouvriers que d’autres pays européens mais quand même.
  • Il conviendrait d’améliorer cette matrice mais pas de manière uniforme : ainsi l’industrie investirait trop en R&D et logiciels, soit autour de 4,8 Mds sur les 15 Mds à retirer à la FBCF en logiciels et R&D. En revanche,  la FBCF en machines et équipements par l’industrie devrait être rehaussée de près de 2,7 Mds en 2017. Une partie importante concernerait notamment les matériels de transport et les logiciels « embarqués » dans les matériels informatiques.

 

°  Le troisième point concerne l’évaluation du PIB à partir de l’approche « revenus« . Il est clair qu’un équilibrage simultané du TEE et des ERE apporte davantage de fiabilité qu’une procédure consistant à équilibrer le TEE sans utiliser l’information que pourraient apporter les ERE. Autrement dit, faut-il privilégier quelques sources jugées plus fiables ou considérer qu’aucune donnée n’est parfaite et se donner le droit de modifier l’ensemble des comptes de manière à distordre au minimum leur structure, ce qui est généralement la meilleure solution en termes de qualité du résultat, mais peut être pas en termes de temps ?  Certains pays (États-Unis, Suède) n’arbitrent pas les ERE (approche « demande »), même si ils accordent une importance croissante aux comptes des secteurs institutionnels en ajustant au mieux le solde des comptes non financiers (capacité ou besoin de financement) au solde des comptes financiers : Danemark, Norvège,.. (page Comptes financiers et non financiers)

Le calcul de la VA des ménages semble poser problème (voir page Ménages et ISBLSM). Le taux de VA des ménages est supérieur à celui des autres pays : deux branches sont concernées : l’action sociale et le logement, surtout les loyers « imputés » que se versent les ménages quand ils sont propriétaires. Ne faudrait-il pas prendre un niveau intermédiaire entre le PIB des approches « demande » et « revenu » comme le font la plupart des autres pays, quitte à être plus proche de ce dernier ? Certes le PIB de l’approche « demande » a été revu à la baisse en base 2010, ce qui revient à dire que le PIB de l’approche « revenus », en se rapprochant de celui de l’approche « demande », aurait dû être rehaussé, donc qu’il aurait fallu relever la VA d’un ou plusieurs secteurs institutionnels, mais pas celle des ménages déjà trop élevée. Si on met à part les sociétés non financières dont le taux de VA est le même en France que dans la moyenne des pays européens, d’autres VA mériteraient d’être regardées de plus près en particulier celle des sociétés financières.

 

°  Quatrième point, la question du partage volume-prix fait encore l’objet de nombreuses discussions.  On l’étudie d’un point de vue conceptuel et chiffré. Certes  des enquêtes sur les prix des services aux entreprises ont été menées depuis la décennie 2000. La couverture des prix des services s’est améliorée au fil du temps. Mais leur part prend une telle ampleur que cette question reste d’actualité. C’est le poids croissant des services qui n’ont pas de prix de vente (services non marchands) ou dont la production n’est pas mesurée par les ventes mais par les marges, soit en tout 48% de l’emploi global en France et plus généralement des services aux entreprises dont « l’effet qualité » n’est pas toujours facile à mesurer, qui pose problème sur le partage volume-prix. Ces derniers ainsi que les services de communications et d’informations (méthode assez imparfaite de « profils de consommateurs » dans la téléphonie) viennent s’ajouter pour représenter 60% de l’emploi en France. Ces questions sont universelles : combien de pays parviennent à mesurer correctement l’effet qualité des services d’éducation, santé, action sociale, ou d’économie numérique,…. ? Mais leur poids important en France les rendrait un peu plus cruciales.

  • La production d’une partie des activités tertiaires est mesurée par les marges : commerce, agences de voyages,  banques via le SIFIM (service d’intermédiations financières indirectement mesuré), assurances,…, où des prix de ventes ne peuvent être appliqués.
  • Pour les services principalement non marchands, on utilise la méthode output : les volumes évoluent comme des indicateurs des quantités (nombre d heures élèves, nombre de soins pratiqués dans les hôpitaux, …) pondérés par la structure de ces prestations (mais cette pondération est-elle bien connue ?), avec un effet-qualité mal appréhendé.
  • Pour plusieurs services et autres produits (travaux publics, certains services d’action sociale, activités des organisations associatives, R&D, auxiliaires financiers), on ne dispose pas d’indices de prix mais d’indices de coûts.
  • Pour l’économie numérique, le débat reste ouvert aussi bien sur la mesure des prix des services numériques que sur les conséquences de cette mesure dans la croissance du PIB. D’autant que certains services (bases de données, publicité,..) seraient quasi-gratuits. Puisque  les acti­vités numériques vont en augmentant, il sera de plus en plus important que les instituts de statistique collaborent au niveau international pour les prendre en compte de façon cohérente.
  • Eurostat a défini 3 catégories de produits en matière de partage volume prix selon la qualité de celui-ci : méthode A très bonne, méthode B acceptable, méthode C mauvaise, en espérant que la part de ces derniers diminue avec le temps. Ainsi, l’utilisation d’indice de prix de services voisins  (troisième groupe ci dessus) est considérée de type « C » selon une publication récente de l’Insee, soit 3,5% de l’emploi global.
  • Mais où se trouve la réalité entre cette vision, et celle moins optimiste, évoquée précédemment, qui considère que l’effet-qualité est mal pris en compte dans le calcul des prix des services plutôt modernes, soit 48% de l’emploi global (méthode de type « B », qu’on pourrait d’ailleurs qualifier de type « C» pour plusieurs produits) sinon même les deux tiers, en ajoutant de nombreux services aux entreprises ou d’information et communication, voire d’autres produits comme les travaux publics ?
  • Enfin, la méthode de la double déflation de calcul de valeur ajoutée n’est pas très fiable (différence entre la production et la CI de la branche en volume). Le partage volume prix de la CI de chaque produit consommée par la branche est le même que celui de la CI totale du produit. Ce dernier est déterminé lors de l’élaboration de l’ERE. Mais la CI en volume d’un ERE est très souvent calculée par solde. comme dans la construction ou l’industrie, moins dans les services où on dispose d’enquêtes sur les prix de la CI.

 

 

° Cinquième point, la connaissance en matière de concentration des revenus et du patrimoine au sein de la population fait l’objet d’une très forte demande sociale. La montée des inégalités n’est pas la même  selon les pays et selon les périodes. Une étude de l’Insee montre même qu’elles se seraient quelque peu réduites entre 2011 et 2016 en France du moins pour les revenus, les patrimoines n’étant pas pris en compte. On attend avec intérêt une mise à jour de cette étude sur la période récente.  D’autres travaux observent un accroissement des inégalités au niveau mondial entre 1985 et 2015, notamment en Chine et aux États-Unis, et même en Europe. Des économistes s’interrogent sur l’avenir de la croissance quand la pauvreté se développe. La propension moyenne à consommer (consommation / revenu) est en effet bien plus élevé chez les ménages à faible revenu que chez les riches.

° En France, la mesure de référence des inégalités de revenus s’appuie sur une définition du niveau de vie qui prend uniquement en compte les ressources monétaires. Le SEC prévoyait de classer chaque ménage en fonction de sa source de revenus la plus importante dans l’un des six sous-secteurs suivants : employeurs (y compris travailleurs indépendants), salariés, bénéficiaires de revenus de la propriété, bénéficiaires de pension, bénéficiaires d’autres revenus de transferts, autres ménages. L’Insee, comme l’ensemble des autres instituts statistiques, a renoncé a établir des comptes selon ces critères, assez éloignes d’ailleurs des catégories socioprofessionnelles. Faut-il élaborer des comptes des ménages par  catégories de revenu dans le cadre central des comptes nationaux ? (voir page Richesse et consommation).

 

 

° Dernier point, le TES symétrique devrait faire l’objet d’une estimation plus précise aussi bien du TES symétrique globale en partant d’une véritable matrice de production que sa répartition entre production intérieure et importations selon une méthode plus élaborée qu’une règle de trois au niveau le plus détaillé de la nomenclature comme on le fait en France (page TES Symétrique). Cette question n’est pas anodine car pour le moment le TES symétrique est le seul tableau qui permet de comparer par exemple la VA de l’industrie entre la France et les autres pays et surtout calculer les chaînes de valeur mondiales, avec l’émergence d’un TES mondial.

Élaborer une matrice de production signifie :

  • Partir de la matrice de passage secteur-branche (PSB) des SNF-EI, y adjoindre les activités secondaires des branches non marchandes des administrations publiques (APU), par exemple leur publications vendues, comme le font les autres pays. Elles sont traitées en France comme ventes résiduelles du fait qu’on ne peut isoler leurs coûts de production.
  • Faire de même pour le vin, traité comme un transfert de l’agriculture aux industries agro-alimentaires (IAA).
  • Distinguer ainsi la production d’un produit de celle d’une branche d’activité principale à travers la matrice de production, mais pas comme on le fait en France en passant de l’une à l’autre moyennant ces transferts. On note que cette matrice n’est pas moins « diagonale » en France (le poids des activités secondaires n’y est pas plus important), raison supplémentaire pour faire un TES comme les autres pays.

 

 

 

 

I – HISTOIRE DES TES

 

Les premiers TES, appelés tableaux input-output, ont été inventés dans les années trente par Wassili Leontief, un économiste américain d’origine russe, qui les utilisa d’abord pour analyser l’évolution de l’économie, ensuite pour la prévision et la simulation [3]. Évalué en valeur et en volume, contrairement au TEE, le TES permet de calculer le PIB en volume et ses composantes. Tous les pays du monde font ce calcul du PIB en volume parfois de manière parallèle à celui en valeur en arbitrant les deux PIB simultanément  (Pays-Bas, Danemark, Norvège,…).

Le TES permet aussi une description de l’interdépendance entre les branches à l’aide de coefficients technico-économiques. C’est dans cette optique que les comptables français ont choisi d’établir un TES par branche pure. Un document « méthode de comptabilité nationale » de la base 1959, précise [4].

«L’INSEE avait établi pour l’année 1951 un système de tableau rectangulaire où figuraient les achats et les ventes des entreprises classées en secteur d’activité d’après leur activité principale. Ce schéma donnait une description relativement fidèle de la complexité économique, mais il ne facilitait pas les projections. Ce n’est pas pour des raisons théoriques que les comptables nationaux français ont abandonné pour l’étude de la production, la notion de secteurs d’activité, mais pour des raisons pratiques liés aux besoins de la projection et à l’existence d’informations sur les productions et les matières premières nécessaires pour effectuer de telles productions ».

Il est vrai que la planification constituait à l’époque l’outil majeur de la politique économique.

Mais on s’est de moins en moins intéressé aux aspects technologiques du TES pour mieux prendre en compte la complexification de l’ économie en liaison avec sa financiarisation (page Financiarisation).

 

Le TES a été par la suite intégré dans la comptabilité nationale dans le cadre du SCN 1968 puis dans le cadre du SEC (système européen des comptes) 1970. Ce système a officiellement introduit le lien entre les comptes nationaux et le Tableau entrées sorties à travers le TRE. Le SEC95 décrit un cadre entrées-sorties qui comporte 3 types de tableaux :

  • un tableau des ressources et des emplois (TRE), qui a plutôt une fonction de synthèse statistique,
  • un tableau qui fait un lien entre le TRE et les comptes par secteur institutionnels (TEE),
  • un tableau entrées-sorties symétrique en branche pure décomposé entre le tableau de la production intérieure et le tableau des importations dans le TES symétrique.

 

 

 

1/ Le TRE donne un aperçu :

– de la structure des coûts de production;

– du revenu généré dans le processus de production;

– des flux de biens et services produits dans l’économie nationale;

– des flux de biens et services de et vers l’étranger.

Le TRE a plutôt une fonction de synthèse statistique à partir des sources de base (enquêtes auprès des entreprises, données de la comptabilité publique,..) [5]. Il s’agit ainsi d’établir les lacunes et les incohérences dans les sources utilisées ou d’améliorer la cohérence, la plausibilité et l’exhaustivité des données contenues dans ces tableaux. Les pays étrangers établissent des TRE par branche d’établissement (ou secteur d’activité) en colonne.

Par ailleurs, les ERE en ligne du TRE par produits seraient plus fragiles que les comptes de production et d’exploitation en colonne car ils reposent sur une ventilation des ventes de branche d’établissement (secteur d’activité) par produits. Or cette ventilation est moins fiable que les ventes totales. C’est en grande partie le cas dans Esane où les corrections d’entreprises, appelées CORESANE, concernent surtout des ventilations des ventes par branche (produit). C’est pourquoi certains pays élaborent des ERE par groupe de produits proches dans un premier temps.

2/ Les TES symétriques sont destinés à des fins analytiques :

Ils analysent les différents inputs de la production et des interdépendances entre des branches d’activité ; analyses d’impact par exemple conséquences d’un choc pétrolier sur les coûts de production, estimation des « chaînes de valeur mondiale ». Ils permettent de calculer les contenus réels en importations de chacun des emplois finals. Ainsi la consommation des ménages en France contient 19,4 % d’importations dont 8,8 % est directement importé (cas où le produit final consommé par les ménages est importé) et 10,6 % est indirectement importé (cas où le produit final consommé par les ménages est assemblé en France mais à partir d’éléments pour certains importés).

Établis en branches pures, ils permettent aussi de connaître la véritable part de chaque branche dans l’économie. Si on veut connaître la part de la VA de l’industrie dans la VA totale en Allemagne, il convient de se référer au TES symétrique : les activités secondaires de services et de commerce du secteur d’activité de l’industrie ont été transférées dans les branches correspondantes. Il n’y a qu’en France, où le TES est en branche pure, qu’on peut se référer soit au TES classique soit au TES symétrique pour la mesurer.

D’autres travaux étrangers ont été entrepris sur des questions diverses à partir du TES symétrique. Une étude allemande présente le volume de travail rémunéré et non rémunéré, exprimé en unités de temps et en valeurs monétaires [6]. À cette fin, les données sur l’emploi du temps en Allemagne sont combinées au TES symétrique et à sa matrice inverse. Bien que celui ci fournisse des informations sur les contributions directes et indirectes des secteurs d’activité au PIB traditionnel, les données d’emploi du temps déterminent la charge de travail rémunérée et non rémunérée. Ainsi, on peut évaluer un PIB «élargi», défini comme la somme du PIB traditionnel et de la production des ménages (sans salariés).

On peut aussi citer l’élaboration de tableaux « entrées-sorties » en ressources matérielles, exprimées en unités physiques [7]. Plusieurs indicateurs de pression environnementale sont basés sur des informations pouvant être obtenues à partir de tableaux physiques des ressources et des emplois (PSUT). Le concept de tableaux des ressources matérielles et des emplois est d’ailleurs défini dans le Système de comptes économiques et environnementaux (SCEE) (2012).

 

 

 

 

II – UNE MÉTHODE ATYPIQUE EN FRANCE

 

1/ la méthode française

 

Plutôt que de s’harmoniser aux normes internationales (TRE), les comptables français se sont attachés à améliorer de nombreux points du TES : calage du PIB sur l’approche « revenu » et refonte du TEI en base 2000, meilleure estimation de l’appréciation sur stock, et mesure de l’activité dissimulée en base 2005, de l’investissement en R&D en base 2010, du commerce extérieur en base 2014, intégration du trafic de drogue dans le PIB, plus récemment réflexion sur la prise en compte de l’économie numérique et l’économie collaborative, autant de progrès.

En outre, les évolutions des statistiques d’entreprises par secteurs d’activité et des comptes nationaux par branche pure peuvent diverger sans que ceci soit trop gênant du fait même des différences conceptuelles.

Mais surtout, la France est l’un des seuls pays à rétropler des comptes sur une période très longue, gage de qualité des comptes trimestriels, comme ceci a déjà été dit.

La méthode française combine enfin une grande richesse de sources (ainsi la consommation commercialisable), voire de sources spécifiques (agriculture, construction,…).

 

Pour montrer la différence entre le TES français et le TRE des autres pays, prenons l’exemple d’une économie fictive avec 4 unités institutionnelles, un ménage, et 3 entreprises ; celles ci ont des UAEL (unité d’activité économique locale ou établissement, unité de base du TRE) lesquelles ont une activité principale et des activités secondaires ce qui permet de définir des UPH (unité de production homogène; une branche pure regroupe des UPH qui produisent le même produit).

Le schéma suivant lit ainsi : la production de l’«industry» (branche d’activité principale) (a) est de 300 dont 140 proviennent du ménage (a) et 160 de l’UAEL (1), appartenant à la SNF (1), qui a deux produits : (a) pour un montant de 120 et (b) pour un montant de 40. Celle ci a aussi une autre UAEL (2) qui a une activité principale (b) pour un montant de 210. Au total la production du produit (a) provient du  ménage pour 140, de l’UAEL (1) appartenant à la SNF (1) pour 120 et 10 de l’UAEL appartenant à la SNF (2), soit un total de 270.

 

Un exemple fictif reconstitué à partir du SCN 2008 et du SEC 2010

 

 

Nous présentons le TES français et le TRE des autres pays avec 3 produits-branches d’activité principale (« industry » en anglais) (a), (b) et (c) le commerce.

Les « lignes » sont apparemment inchangées entre une présentation sous forme de TES (où les colonnes sont des branches pures) ou de TRE (où les colonnes sont des secteurs d’activité principale) : dans les deux tableaux suivants, les ressources du produit (a) sont ainsi de 315 dont 150 d’emplois finals.

De même, le PIB est inchangé (430 dans l’exemple).

Seules sont affectées la structure interne du Tableau des Entrées Intermédiaires (TEI) et des CEB (tableaux 1 et 2 ci dessous). Le TEI et les CEB « étrangers » sont ici calculés en multipliant la structure de la matrice de production du tableau 2 par le TEI et les CEB du tableau 1.

 

 

Notons que peu de pays enquêtent à la fois des entreprises  et des UAEL avec leur décomposition des ventes par branche. Bien souvent, les pays (Allemagne, Pays Bas, France) enquêtent des entreprises dont on connaît les ventes par branches et seulement la structure du compte de résultat des entreprises (pas pour les branches), autrement dit la structure du compte de production et d’exploitation en comptabilité nationale.

La notion d’entreprise a aussi évolué : on enquête désormais des entreprises « profilées » (EP) (voir Profilage d’entreprise et TES). Mais cette nouveauté n’a rien à voir avec la spécificité du TES français. Les autres pays sont aussi amenés à enquêter des EP.

 

 

2/ Comparaison des méthodes étrangères et de la méthode française

La spécificité française ne se limite pas à une différence de tableaux mais aussi à la manière de les remplir. En France, les CI sont souvent déduites par solde de l’ERE car on dispose de nombreuses sources pour estimer la consommation des ménages, voire les autres emplois. Elles sont alors confrontées aux CI issues de la projection des coefficients techniques calées sur les données d’entreprises Ésane (SIE dans le schéma ci dessous). Il s’ensuit un arbitrage global du PIB. Par exemple, si le PIB de l’approche revenu est supérieur à celui de l’approche demande, on se rapprochera de la première estimation en ajustant les emplois, donc les CI, pour se caler au mieux sur l’approche «revenu», de manière à avoir une VA proche entre l’approche revenu (valeur ajoutée 1) et l’approche demande des ERE. (valeur ajoutée 2), la production étant déjà calée (page  TES méthode française).

Le manuel récent de l’ONU dit qu’il n’y a pas de règle absolue sur le choix d’accorder la priorité aux colonnes ou aux lignes du TRE [8]. Cela dépend des enquêtes de base et des pratiques nationales spécifiques en matière de comptabilité nationale, ainsi que des indicateurs tels que la qualité et la couverture des données. Cependant, il est recommandé de démarrer le processus d’élaboration du TRE en colonne car les données sont issues des sources de base. Il ajoute :

« À condition que les résultats de l’enquête du cadre achats soient disponibles et qu’on connaisse bien les comptes de production, donc la VA et la CI, la méthode des « intrants » (colonne) est la meilleure option pour identifier les coûts des branches d’activité (secteurs d’activité). La méthode des «ERE», donc les lignes, peut également être utilisée dans une première étape, même si plus tard ces ERE seront changés pendant le processus d’équilibrage. En effet, si les ERE sont élaborés à un niveau très détaillé, l’on sera capable de décomposer les consommations intermédiaires entre certaines branches d’activité, même en l’absence d’informations directes sur les structures de coûts. Il existe des produits spécifiques, par exemple, les navires, les avions militaires, le nucléaire, les carburants, etc. où la méthode des ERE pourrait être préférée ».

Ainsi, il est possible de faire des ERE par exemple en 2600 produits comme le font les Allemands où il affectent une ressource à un emploi bien précis ou de disposer de plusieurs sources pour faire un ERE correct comme en France (construction, agriculture,..). Mais il est clair que les colonnes des TRE étrangers sont mieux estimées que dans le TES français puisqu’elles s’appuient directement sur les sources statistiques, notamment celles des entreprises ou parfois des UAEL.

 

 

3/ Résultats fragiles de la méthode française en colonne.

 

Il est vrai que les établissements (équivalents des UAEL) ne sont pas enquêtés en France mais c’est aussi le cas dans d’autres pays qui font des TRE par secteurs d’activités (Allemagne, Pays-Bas,..) à partir des données d’entreprises. De même, ces pays disposent souvent d’enquêtes sur la structure des achats, permettant de mieux remplir les colonnes du TRE. En revanche, les données d’entreprises (Esane) complètent les enquêtes par les statistiques fiscales en France, ce qui rend normalement plus robustes leurs comptes, raison supplémentaire pour privilégier les colonnes d’un TES par secteur d’activité.

La priorité de l’approche «revenu» dans le calcul du PIB a permis certes un meilleur calcul de la valeur ajoutée par branche, mais qui reste perfectible à un niveau désagrégé de nomenclature, du fait de la prise en compte relativement arbitraire des « effets colonnes » qui mesurent la différence par branche entre la consommation intermédiaire (CI) « passée » en branche, calée sur la statistique d’entreprise, et la somme des CI projetées avec la stabilité des coefficients techniques.

Ce passage des données en secteur d’activité aux données en branche est fondé sur des hypothèses de technologies fragiles. Les « effets colonnes » subsistent même si ils sont réduits, du fait du calage relatif sur la CI les ERE en lignes. Les agrégats des comptes de production et d’exploitation par branche pure (valeur ajoutée, rémunérations,…) variaient ainsi en base 2010 parfois de manière différente de ceux des comptes de secteurs d’activité correspondant. Tout au plus, les deux agrégats évoluaient de manière assez proche à moyen terme.

 

Un exemple montre ces difficultés. Le calcul de la VA par branche provoque des évolutions sensiblement divergentes entre 2009 et 2010 non pas tant du point de vue des résultats initiaux (calcul de la VA avec l’hypothèse « technologie secteur » puis calage sur la VA globale) que du point de vue des arbitrages qui sont ensuite faits soit pour diminuer les « effets lignes » ou pour se caler sur la CI des ERE. Ces effets mesurent la différence entre la CI de l’ERE en valeur et la CI projetée (avec l’hypothèse de stabilité des coefficients techniques), calée sur la statistique d’entreprise.

Lors du calcul en évolutions par la « technologie secteur », (« les structures des intrants sont les mêmes quel que soit le produit dans un secteur donné »), les modifications de structure de la matrice de production perturbent certes les évolutions de la VA en branches par rapport à celles des secteurs correspondants. Mais c’est surtout le lien entre données « secteurs d’activité » et données « branches » de la VA et des CI qui est perturbé par la construction du TEI. Celui-ci est élaboré sur la base de l’hypothèse de stabilité des coefficients techniques. Les CI du TEI sont également contraintes par la CI globale des ERE.

Ainsi, les évolutions des VA de la branche C10E (Fabrication de produits laitiers) restaient relativement proches (-5,5 %) de celles du secteur (-8,3%) lors de l’étape de calage sur les données sectorielles mais s’en écartaient de 7,3 points lors des arbitrages finaux. Une partie importante de l’écart (4,5 points) s’expliquait par des arbitrages pour résorber les effets lignes. La VA de la branche évoluait finalement de -1,1 %. On retrouvait de tels écarts dans d’autres branches.

Face à ces difficultés, l’INSEE a fait en sorte que les comptes de production soient plus cohérents avec les données sectorielles en base 2014, du moins en évolution. Les comptes de production et d’exploitation du TES ont ainsi été améliorés depuis la base 2000 suite au calage plus ou moins parfait des valeurs ajoutées (VA) des branches sur celles des secteurs d’activité « passées » en branche (à la fin de l’élaboration du TES, on s’assure que la VA d’une branche évolue à peu près comme celle du secteur d’activité correspondant). Ce calage, en n’étant pas exact (les écarts sur la CI pouvant atteindre parfois plus de 5%), laisse à priori une certaine marge de manœuvre aux ERE. Ceux ci sont faits de manière assez détaillée (avec des améliorations possibles tel le calcul de la FBCF par produits) par les responsables « secteurs-produits » (RSP) de l’Insee.

Cette hypothèse de stabilité relative des coefficients techniques est d’ailleurs trop large : l’économie a été bouleversée en 60 ans par la tertiarisation (79 % de la VA en 2015). La part de l’industrie en représente 11% contre 25% en 1959. Les entreprises externalisent (sous-traitent) de plus en plus leur production même si ce mouvement s’est sensiblement ralenti dans l’industrie depuis le début des années 2000. Mais il tendrait à de développer dans les services. Ces deux changements (tertiarisation et externalisation) peuvent faire fortement varier ces coefficients d’une année à l’autre.

 

 

4/ différence de méthode sur le calcul du TES symétrique

Autre raison, le calcul du TES symétrique se fait à l’étranger à partir d’une véritable matrice de production avec des activités secondaires, moyennant l’hypothèse « technologie produit » (« chaque produit a sa propre structure de production quel que le soit le secteur d’activité qui le fabrique »).

Au contraire, en France, cette matrice (qui existe pourtant mais non prise en compte dans le calcul du TES symétrique) se limite aux seules ventes résiduelles, par exemple les publications vendues par les ministères.

Ceci constitue d’ailleurs une autre spécificité car ces ventes sont traitées à l’étranger comme activités secondaires des secteurs d’activités non marchands même si on ne peut isoler des unités de production homogène pour ces produits, c’est à dire des unités où les coûts de production sont bien identifiables.

Quant à l’élaboration du partage « importation / production domestique » du TES symétrique, les pays étrangers estiment souvent le tableau des importations à partir de données du commerce extérieur très détaillées permettant d’affecter un produit importé à un emploi particulier. La méthode française fait ce partage à partir des EREs les plus détaillés de la nomenclature, ce qui est moins fiable.

 

 

 

 

III – AMÉLIORER LE PARTAGE VOLUME-PRIX ET ESTIMER MIEUX LA FBCF

1/ articulation du TES (TRE à l’étranger) par secteur d’activité et du TEE (CEI)

On estimerait en parallèle les comptes des secteurs institutionnels du TEE (et des sous-secteurs d’activités du TEE) et les comptes des secteurs d’activités du TRE, les deux tableaux étant cohérents. On a vu que que le SEC 2010 et le Manuel Input-Output d’Eurostat le recommandent fortement (page Liaison entre TEE et TES).

On n’insistera jamais assez sur ce besoin de cohérence : dans les autres pays, la production (et ses composantes) des sociétés non financières  (SNF) du secteur d’activité de la construction, 100 dans le tableau suivant, implicitement calculée dans le TEE par secteurs d’activité, se retrouve dans la production de la construction du TRE, moyennant l’ajout de celle des autres secteurs institutionnels : production des entreprises individuelles (EI),) ici égale à 15, soit un total de 115.

 

 

 

2/ utilisation de l’enquête cadre « achats »

Quitte à mieux estimer les CI en produits par les secteurs d’activité, d’abord à partir d’une exploitation des données d’entreprises, comme ce fut le cas lors des bases 2000 à 2010 en distinguant achats de biens et achats de services par secteurs d’activité. La méthode a donné des résultats satisfaisants au regard des comparaisons internationales. Les coefficients techniques français sont quasiment dans la moyenne des autres pays.

Quitte aussi à compléter leur estimation par une enquête sur la structure des achats des entreprises (cadre « achats »), qui pourrait avoir lieu tous les 5 ou 10 ans, comme celle menée en 2018. L’exemple de la page Tableau entrées intermédiaires, détaillé par étape, montre comment une telle enquête peut être intégrée dans le TES par secteur d’activité pour une année de base. Le cadre « achat » apparaît surtout très utile pour mieux appréhender les CI de services par les entreprises de services. Celles-ci constituent le principal bloc du TEI en niveau et ce sont elles qui progressent le plus.

Rien n’empêche de conserver les acquis de la méthode française, l’arbitrage sur le PIB de l’approche revenu. les « cibles » de FBCF par grands produits, les « effets lignes »,… Tous ces calculs sont nécessaires pour élaborer un TES en année courante (autre que l’année de base). Ainsi le calcul des CI à partir de l’hypothèse de constance des coefficients techniques peut être maintenue (quitte à être confrontées avec d’autre sources) car elle permet de calculer les CI d’un produit par un secteur d’activité pour les années où il n’y pas d’enquête. Elle permet aussi de calculer les CI pour un compte semi-définitif (comme le font plusieurs pays) et pour un compte provisoire. D’ailleurs, pour ces deux comptes, les méthodes sont différentes que pour le compte définitif.

De même l’estimation de nombreuses données dites « exogènes » des ERE telle que la production, les variations de stock producteur, la consommation des ménages, etc…, est indispensable aux RSP pour établir leurs ERE, en les confrontant avec d’autres sources.

 

 

3/Améliorer le calcul de la FBCF globale, par produits et par acquéreurs

La part de la FBCF en « construction – services annexes » dans la FBCF globale serait particulièrement importante. Cette part est de 53,4% en France en 2017. Il n’y a qu’au Royaume Uni et en Finlande où le ratio est proche ou plus élevé. Dans la plupart des pays il en revanche en dessous des 50% comme en Allemagne. Cette FBCF inclut celle des services annexes à la construction (agences immobilières, droits de mutation, services des notaires et des architectes). La part de ces services peut varier d’un pays à l »autre, en particulier les droits de mutations. En France, ces droits et les frais d’agence ont été multipliés par 7,7 entre 1984 et 2017 quand les achats de logement neufs et l’entretien-amélioration n’étaient multipliés que par 2,5.

Il en va de même pour la FBCF en droits de propriété intellectuelle (et ressources biologiques cultivées) dont la part est relativement élevée en France (24,4%) à peine inférieure à celle du Danemark et des États-Unis. La FBCF en R&D en Suède est artificiellement gonflée car elle incorpore la FBCF des autres services. Celle de l’Irlande n’est pas reprise dans le tableau suivant. Sa part est de 59% du fait des redevances de brevets et des copies de logiciels, « investis » en Irlande par les géants du numérique pour de raisons fiscales. Mais d’autres raisons expliquent que la part en droits de propriété intellectuelle varie selon les pays, notamment la part de la FBCF en logiciels, laissant une fois de plus perplexe.

Pourtant les recommandations internationales ont été nombreuses : ce fut d’abord le Rapport de la task-force 2003 OCDE sur les logiciels visant à harmoniser les pratiques des pays d’où ont découlé les principes sur lesquels les évaluations françaises sont construites depuis la base 2000. Puis ce fut le Manuel OCDE de 2010 sur la capitalisation des produits de la propriété intellectuelle où sont précisés les traitements sur les originaux et les copies. Les licences d’utilisation sont considérées comme des copies et sont en général classées en actifs, dès lors qu’elles sont utilisées pendant plus d’un an, et que l’utilisateur en assume les risques et profits. Puis vinrent les recommandations Eurostat GNI 2018 sur les logiciels réaffirment que les dépenses en logiciels doivent être traitées en général en FBCF et demandant d’isoler la production pour compte propre et de baser son évaluation sur la masse salariale des informaticiens, Enfin le Rapport de la task-force OCDE-Eurostat IPP 2017-2019 précise que les logiciels et bases de données ne sont pas facilement séparables et que le partage des emplois reste très variable d’un pays à l’autre, tout comme les évolutions en prix.

 

Du coup, c’est la FBCF en machines et équipements qui aurait une part très faible en France (21,9%) contre plus de 30% en moyenne. Certes il y a d’autres pays où la part en FBCF en machines et équipements est faible : Royaume Uni, Finlande, Danemark, voire les États-Unis et le Canada. Mais elle est comprise dans ces pays entre 24% et 25% et non égale à 22%. Sachant que les comparaisons internationales ne sont pas une source, on ne peut que regarder de près le calcul de la FBCF par produits en France. A moins que les chiffres actuels correspondent à la réalité. On aurait ainsi une explication du retard industriel français.

 

 

Étant donné les sources françaises (CSL, Esane, enquête structure des achats de 2017, travaux de l’Insee sur la FBCF en logiciels et R&D, enquêtes de branche, sources ponctuelles comme pour l’automobile, etc,.) et les données des autres pays, on estime que la FBCF globale est surévaluée de 13 Mds en France en 2017. Les FBCF en France en construction et en droits de propriété intellectuelle seraient ajustées à la baisse en partie au détriment de celles en machines et équipements.

En rajoutant 5 Mds à la FBCF en produits industriels, et moyennant les autres modifications (- 3 Mds de FBCF en construction et -15 Mds en logiciels et R&D), la FBCF en produits industriels représenterait 23,7% de la FBCF globale en 2017, soit encore en dessous des pays où cette part est déjà très faible (Finlande, Royaume Uni, États Unis, Canada). Celle en construction-architecture, déjà très élevée, augmenterait légèrement malgré la baisse proposée de 3 Mds d’euros (54,1% ). La FBCF en droits de propriété intellectuelle et ressources biologiques cultivées diminuerait de 2 points mais resterait aussi largement au dessus (22,2%) de la moyenne des autres pays : 19,5%. Autant dire que ces ajustements modifient à peine la hiérarchie des pays, en fonction de la part de la FBCF par produits. La FBCF en droit de propriété intellectuelle poserait aussi quelques soucis dans les autres pays : le Royaume-Uni a modifié cette FBCF plusieurs fois. L’Allemagne ne sous-estime-t-elle pas la FBCF en logiciels quand la Suède surévalue celle en R&D ?

 

L’ajustement de la FBCF en construction de -3 Mds ne se reporterait qu’en petite partie sur la CI. Le solde du commerce extérieur (+2,5 Mds en 2017 selon la Balance des Paiements) devrait récupérer une grande partie de cette baisse où l’ERE actuel n’incorpore pas à tort des exportations et des importations alors que les autres pays européens en ont.

 

On doit enfin s’interroger sur la part de la FBCF en logiciels par la branche industrie en France dans la FBCF de l’industrie (17,4% en 2016), deux fois plus élevée qu’ailleurs (8% dans l’UE). Du coup, la part des investissements en droits de propriété intellectuelle dans la FBCF de l’industrie est de 46,9% en France contre 42,6% en Allemagne du fait de la R&D (38,9%); les logiciels n’en représentant que 3,7%. Ce ratio est plus faible aux Pays Bas et au Royaume Uni (30%) et en Italie et en Espagne (autour de 23%). À moins qu’il y ait une vraie faiblesse structurelle de ces équipements en France, on voit mal pourquoi le ratio français est si élevé (page la FBCF). Bref, la matrice FBCF « produit-branche » serait à revoir, aussi bien les marges que les cases internes.

 

 

4/ Peut-on estimer le PIB en se rapprochant de la méthode des autres pays ?

Ce point est lié en grande partie au précédent. En France, la PIB de l’approche « revenu » issu du TEE sert de cible au PIB des autres approches, en particulier à celui de l’approche « demande » des ERE (Le PIB). Dans tous les autres pays, le PIB retenu est un montant moyen entre le PIB des approches « demande » et « production » sauf en Suède et aux États-Unis où le PIB est celui de l’approche « demande » (Calcul du PIB dans plusieurs pays).

Mais l’approche « revenu » est-elle fiable même si elle l’est plus que l’approche « demande » en France du fait d’Esane ? D’abord, il ne s’agit pas d’évaluer les revenus reçus par les unités institutionnelles résidentes (salaires, etc…). Aucun pays au monde (sauf peut-être les États-Unis) n’utilise cette méthode. Selon cette approche, la VA est partout calculée comme le solde entre la production et les CI.

De plus, la mesure de la VA semble poser problème dans plusieurs branches : loyers réels, loyers imputés (activité immobilière des propriétaires occupant leur logement) et action sociale. Dans cette dernière, la production est traitée en PEFP (P12) contrairement aux autres pays où elle est une production marchande ou non marchande. Dans le cas d’une production de services d’action sociale par les ménages, on suppose en France que ce sont les ménages employeurs qui produisent les services pour leur propre consommation finale.

Au final, le taux de VA de sociétés non financières (S11) est quasiment le même en France que dans la moyenne européenne : 42,5% contre 42,4% en 2016. Il n’en est rien pour les autres secteurs institutionnels. Mais ceci n’est qu’une comparaison.

 

Dans le tableau suivant le PIB « revenu » est de 12700; le PIB « demande » est de 12550 à partir des E.R.E.. En France, on modifie els ERE de manière à se caler sur le PIB « revenu » (ligne arbitrage France) : par exemple, on rehausse de 100 la FBCF des SNFEI (1850 au lieu de 1750) ainsi que la CF des ménages (+50). Mais ne peut-on pas trouver un montant intermédiaire du PIB (comme le font tous les autres pays), certes plus proche de celui issu de l’approche « revenu » que de celui de l’approche « demande » ,par exemple 12650, ou vérifier pour une prochaine base le calcul de la CI des ménages et donc de la VA?

 

 

 

5/ Comment prendre en compte l’effet-qualité dans les évolutions de volume et non de prix ?

Le partage volume-prix reste une question essentielle. Il faut distinguer celui pour la production et pour la valeur ajoutée, point de départ des calculs de productivité horaire du travail. Il faut aussi distinguer les biens et les services. Cette question n’est pas spécifique à la France.

Du côté de la production des biens, il n’est possible de définir des prix que pour des produits homogènes, c’est-à-dire des produits dont toutes les unités peuvent être considérées comme équivalentes. Les produits homogènes n’existent habituellement pas naturellement mais ils sont le résultat d’un processus de standardisation. Ce processus garantit au produit un certain nombre de caractéristiques qui le définissent. Supposons que l’on cherche à mesurer l’évolution des prix des voitures en comparant les prix entre T-1 et T. Cette comparaison ne peut se faire que pour des voitures de même qualité. Mais comment peut-on s’assurer que les voitures dont on relève le prix en T sont bien de la même qualité que celles dont on a relevé le prix en T-1 ? Certaines voitures en T-1 n’existent plus en T.

Du coté de activités tertiaires qui représentent 80% de la valeur ajoutée totale, un effort a été fait pour les services aux entreprises dont les prix ont été enquêtés plus récemment que pour les services aux ménages, aussi appelés « traditionnels ». Toutefois les innovations sont nombreuses dans les services (sans d’ailleurs qu’elles profitent toujours au client).

Mais des incertitudes subsistent sur le calcul de la VA en volume selon la méthode de la »double déflation ». Ainsi, le volume de la VA et les gains de productivité du travail des services et dans une moindre mesure des biens ne sont pas simples à mesurer dans tous les pays. On ose espérer que les comparaisons internationales restent possibles même si l’effet qualité est plus ou moins pris en compte selon les pays dans les services principalement non marchands ou que l’évolution du prix des marges ne diffère pas trop selon les méthodes de partage volume-prix, comme pour le commerce où la méthode française n’est pas la même que celle des autres pays.

Depuis 2008, les choses se sont améliorées même si les données de prix sur la consommation intermédiaire restent rares. Mais des incertitudes subsistent du fait de ce calcul par solde. Ainsi, le volume de la VA et les gains de productivité du travail des services et dans une moindre mesure des biens ne sont pas simples à mesurer dans tous les pays même si l’effet qualité est plus ou moins pris en compte selon les pays dans les services principalement non marchands ou que l’évolution du prix des marges ne diffère pas trop selon les méthodes de partage volume-prix, comme pour le commerce où la méthode française n’est pas la même que celle des autres pays. On fait des comparaisons internationales pour analyser la dynamique des prix en France et à l’étranger depuis 25 ans (page Partage Volume Prix).

Mais la non-additivité des séries en volume chaînés pose problème pour le calcul des contributions à la croissance (dont la formule traditionnelle repose sur l’additivité des séries traitées). Les  agrégats ne peuvent pas être obtenus directement comme la somme des niveaux inférieurs ; ceci rend plus complexe l’élaboration des comptes, ainsi que leur présentations aux utilisateurs (page  Vers des prix chaînés équilibrés ?).

 

 

 

 

 

 

 

IV – UN TES MONDIAL

1/ Profilage de la statistique d’entreprise et TES

Comme si tout cela n’était pas suffisamment compliqué, voilà qu’un nouveau changement important est apparu récemment pour l’élaboration du TES français (et des TRE étrangers) : les nouvelles sources statistiques à savoir le profilage des entreprises, en partie liée à la mondialisation. Il a été mis en place à l’INSEE en 2013 : il consiste à prendre en compte les structures complexes existant entre les groupes d’entreprises souvent mondiaux pour donner plus de pertinence aux statistiques publiées.

Ce système de consolidation des flux internes à une entreprise profilée peut largement se justifier d’un point de vue économique et comptable (consolidation des flux) au regard par exemple de l’explosion des dividendes versés à d’autres unités légales d’une même entreprise profilée. Mais il est en contradiction avec une directive du SEC, qui précise bien d’enregistrer dans la production tous les flux entre deux unités d’activités économiques locales (UAEL) d’une même unité institutionnelle (UI).

La ventilation branche d’une EP est elle aussi bien estimée que celle des unités légales (UL) de contour ? De toute évidence, elle ne donne pas les mêmes structures dans les deux cas. Prenons le cas d’une EP de l’industrie automobile dont une UL (1) fait de la R&D qu’elle vend à une autre UL (2) de la même EP. Non seulement cet échange n’apparaît plus dans les ventes de l’EP. Seules apparaissent les ventes de l’UL (2). Mais le PIB risque d’être minoré du fait même que cette vente de R&D était comptabilisée en FBCF par l‘UL (2). A moins qu’on ne comptabilise une production pour emploi final propre de R&D par l’EP, autant de questions pas faciles à traiter.

Que dire aussi de la sous traitance dans le BTP (14% de la production) et de tous les échanges « verticaux » entre des UL qui ne sont plus comptabilisés dans les ventes quand ils se font dans une même EP, comme c’est particulièrement le cas dans ce secteur d’activité ? Dans ce secteur d’activité, certaines UL ne sont plus enquêtées depuis 2012 (comme dans les autres secteurs sur lesquels porte l’enquête ESA auprès des entreprises); les EP regroupent parfois plusieurs centaines d’UL La ventilation par branches des ventes est donc très fragile. La seule source pour y remédier est l’enquête production de l’Insee de 2018 pour vérifier si la structure des ventes a évolué depuis 2012.

Le SEC reconnaît deux unités de base de la comptabilité nationale, à savoir l’unité institutionnelle (UI) pour l’analyse des flux de revenus et l’UAEL pour l’analyse des flux de production. Le profilage pose ainsi un problème supplémentaire aux comptables nationaux.

 

 

2/ Le TES international

Les progrès de la mondialisation devraient remettre au goût du jour le TRE et le TES symétrique, par le calcul des chaînes de valeur mondiales dans les échanges internationaux. Déjà se profile un TES mondial, fait à partir de TES symétriques domestiques et importés.

  • Le TES est tout d’abord mondial s’agissant des concepts et des méthodes de confection dans chaque pays, qui doivent être le plus harmonisés possible.
  • Ensuite, il l’est parce qu’il peut être utile de disposer d’un TES mondial ou européen, somme des TES de chaque pays, pour connaître la structure de l’économie mondiale ou européenne.
  • Enfin, il l’est pour estimer les importations d’un pays en provenance des exportations de chaque pays et ainsi mesurer les chaînes de valeur mondiales, c’est-à-dire la valeur ajoutée de chaque pays dans les échanges mondiaux de biens et services.

 

 

3/ Des échanges mondiaux aux chaînes de valeurs mondiales (CVM)

La chaîne de valeur désigne l’ensemble des activités productives réalisées par les entreprises en différents lieux géographiques au niveau mondial pour amener un produit ou un service du stade de la conception au stade de la production et de la livraison au consommateur final [9]. Une chaîne de valeur est l’ensemble des activités d’ajout de valeur nécessaires pour faire passer un bien ou un service des étapes de conception, recherche-développement, production, commercialisation, distribution et soutien aux clients finals, parfois même la gestion et le recyclage des déchets. Cette notion renvoie à la valeur ajoutée au bien ou au service à chaque étape du réseau. Si la Chine exporte des châssis de voiture pour un montant de 100 à l’Allemagne laquelle les assemble à des moteurs pour un montant de 50 et exporte ensuite le tout pour 150 à la France, les échanges extérieurs bruts sont de 250. Mais la CVM est de 150 dont 100 de VA par la Chine et 50 de VA par l’Allemagne.

L’intensification de la mondialisation des chaînes de la valeur a entraîné un niveau sans précédent d’interdépendance entre les pays associés aux chaînes d’approvisionnement [10]. Cette mondialisation rend la mesure des échanges extérieurs très complexe car un produit acheté par un pays A à un pays B transite par de nombreux pays qui y ajoutent de la valeur ajoutée.

Eurostat et l’OCDE ont mis en place des projets (FIGARO et TIVA) pour élaborer un TES mondial. Ils établissent ainsi un méga-TES avec les échanges mondiaux entre chaque paire de pays. Pour la France, ce tableau donne ses importations en provenance de chaque pays. Dans FIGARO, il s’agit de considérer de manière équilibrée les échanges effectués par chaque pays de l’UE avec ses partenaires commerciaux de l’UE et du reste du monde.

Mais les échanges d’exportations et d’importations sont évalués FAB (franco à bord) tandis que les importations des tableaux nationaux sont évaluées CAF (coût, assurance, fret). De même, les dépenses des résidents à l’étranger et des non résidents en France (correction territoriale) sont ventilées par produits et par pays dans ces tableaux. On en déduit ainsi un véritable solde des échanges extérieurs par produits, ce qui n’est pas possible dans les TRE des pays où les importations de biens CAF sont globalement corrigées d’une correction CAF-FAB (valeur du transport sur les pays de transit). Cette correction est estimée globalement sans distinguer les produits. Comme elle est rajoutée dans une colonne spécifique, il faut retirer cette correction des importations de ceux-ci par un jeu d’écriture adéquat. C’est un peu le même principe pour la correction territoriale qu’on estime globalement sans distinguer les produits.

Cet objectif ne va pas d’ailleurs sans difficulté : en théorie, les exportations du pays A vers le pays B devraient refléter les importations du pays B en provenance du pays A. Dans la pratique, cela est cependant rarement le cas, en raison de divers facteurs, y compris par exemple les différences de valorisation (CAF pour les importations et FAB pour exportations), dans la classification des pays partenaires, dans les régimes douaniers et dans les méthodes d’élaboration et de diffusion. Les asymétries entre les valeurs d’exportation et d’importation pour un même flux commercial sont depuis longtemps reconnues comme un facteur important qui limite l’utilisation analytique et politique des statistiques du commerce international de marchandises. Pour s’attaquer à ce problème, l’OCDE a élaboré une approche en plusieurs étapes pour rapprocher les statistiques du commerce international de marchandises.

Ces problèmes d’asymétrie (par exemple écart entre les exportations françaises vers l’Allemagne enregistrées par la France et les importations allemandes de la France enregistrées par l’Allemagne) sont liés à la mondialisation : ils font l’objet d’ajustements et d’estimations supplémentaires (biens envoyés à l’étranger pour transformation, activités de négoce, achats directs à l’étranger par les résidents, réexportations, etc.), en vue de concilier, dans toute la mesure du possible, les différences de concept et de couverture entre les statistiques commerciales et les données des échanges extérieurs des comptes nationaux (TRE, TES). on discerne ainsi plusieurs catégories d’ajustement pour résorber ces asymétries dont voici les 6 principales.

 

  • enregistrement FAB (« franco à bord ») des importations de biens (par exemple à la frontière polonaise) d’un montant de 100 destiné à la France, donc hors transport dans les pays de transit (20), non compatible avec l’enregistrement français CAF (« coût assurance fret ») à la frontière française, d’un montant de 130 au lieu de 120. Il s’agit de rendre les flux cohérents puis de ventiler la correction CAF-FAB par produit. Celle-ci a pour objet d’évaluer les importations de biens FAB, hors transports de transit.
  • produits envoyés à l’étranger pour subir une petite transformation avec ou sans changement de propriétaire (travail à façon à l’étranger),
  • négoce international, (moyennant un service commercial du pays du négociant sans que le bien franchisse sa frontière), impliquant les échanges extérieurs entre 3 pays : des poissons pêchés en France pour un montant de 10 transitent par un négociateur à Rotterdam et sont vendus pour 15 en Finlande. Les exportations de la France sont théoriquement de 10, les importations en Finlande sont de 15. Si les flux sont bien enregistrés, les Pays Bas produisent 5 de négoce international, traité en marge commercial du produit « poissons » puis en exportations de poissons,
  • produits importés d’un pays A par un pays B pour être ré-exportés vers un pays C (moyennant un service logistique) : L’Espagne importe du pétrole brut d’Algérie, qui est en fait destiné au Portugal. Elle le stocke et comptabilise dans ses exportations de pétrole brute vers le Portugal, d’une part celui en provenance d’Algérie, d’autre part, celui qu’elle produit.
  • achats directs à l’étranger par les résidents et réciproquement (correction territoriale). Comme pour la correction CAF-FAB, il s’agit de ventiler ces achats par produits pour évaluer un solde extérieur par produit.
  • Les asymétries sont également un problème important pour les statistiques du commerce des services, malgré des efforts substantiels actuellement déployés au niveau international pour garantir que les méthodes ont les mêmes concepts et définition et pour corriger ces asymétries.

On note que les données équilibrées, bien qu’elles se situent généralement entre les exportations et les importations déclarées, peuvent parfois être supérieures ou inférieures aux deux, en raison des ajustements apportés aux données. Par exemple, lorsqu’un pays signale des flux commerciaux confidentiels importants (qui sont d’abord répartis entre les produits / partenaires concernés), les valeurs finales équilibrées peuvent être supérieures à celles déclarées par le partenaire. Le graphique suivant le montre dans le cas des exportations françaises vers la Suisse.

 

Mais d’autres difficultés viennent se greffer pour mesurer les chaînes de valeur mondiales, quand des grandes entreprises créent des filiales à l’étranger pour payer moins d’impôt et enregistrent artificiellement une partie de leur production dans ces pays sans qu’ils y aient des heures travaillées correspondantes.

Une entreprise américaine produit un logiciel original. En plus, elle « produit » une licence de reproduction, qui est achetée par une société chinoise. Cette dernière organise la commercialisation de ces CD-Rom dans le monde entier. Consciente de toutes les opportunités fiscales, la maison mère crée une entité ad hoc en Irlande dans le but de minimiser sa valeur ajoutée aux États-Unis et en Chine. Cette entité n’a pas d’employé (sauf un concierge…) mais a la propriété du logiciel et reçoit ainsi le paiement de la licence pour l’utiliser. L’unité irlandaise étant interne à la multinationale, cette dernière a la tentation de sous-évaluer la valeur de la vente du logiciel à l’Irlande, en y mettant un prix nul. Au contraire, pour faire paraître un profit en Irlande, elle donnera un prix élevé à la licence vendue par l’Irlande à la Chine. Si rien n’est corrigé, le PIB irlandais, et sa contribution dans les chaînes de valeur mondiales est surévalué, au détriment de celui de la Chine. Le PIB par habitant, très suivi, perd de sa signification (page Parités de pouvoir d’achat).

Michel Braibant

Après une formation en économie, j’intègre l’ENSAE en 1973, puis travaille à l’INSEE et dans des services statistiques ministériels.

Ayant exploré différents domaines de la comptabilité nationale et dans des secteurs aussi variés que l’industrie, les transports, l’énergie, les services, l’agriculture, l’environnement, souvent en tant que Responsable « secteur-produits » des ERE, j’ai publié différents articles sur ces domaines.

Mon expérience m’a permis de rédiger des publications et guides méthodologiques après avoir été responsable de l’élaboration du tableau « entrées sorties » en France. Nous avons collaboré de façon collégiale à l’élaboration du Manuel « input-output » d’Eurostat. Dans ce cadre, plusieurs missions à l’étranger ont enrichi mes expertises dans ce domaine. J’ai également enseigné la comptabilité nationale à l’ENSAI de 2001 à 2007.

De même, mes précédents ouvrages portent sur le TES : « de la désindustrialisation à la tertiairisation, vers un mélange des genres », « l’investissement incorporel en France et à l’étranger ».


Bibliographie

[1] Manuel « input-output » “Eurostat Manual of Supply, Use and Input-Output Tables », édition 2008, https://ec.europa.eu/eurostat/documents/3859598/5902113/KS-RA-07-013-EN.PDF/b0b3d71e-3930-4442-94be-70b36cea9b39

[2] EU inter-country supply, use and input-output tables Full international and global accounts for research in input-output analysis (FIGARO), I. Remond-Tiedrez, J. M. Rueda-Cantuche (ED.), https://ec.europa.eu/eurostat/documents/3888793/10109187/KS-TC-19-002-EN-N.pdf/8d9af6c5-efbf-9da5-e2cc-e4a74d616c08

[3] La structure de l’économie américaine 1919 1939, W. Leontief édition Genin Paris, 1958

[4] Méthodes de la comptabilité nationale, cadre et définition de la base 1959 (études et conjoncture 1966, INSEE)

[5] [Tableaux Entrées-Sorties 2010, Décembre 2013, Bureau fédéral du Plan, https://www.plan.be/admin/uploaded/201401141529040.IOT2010_FR.pdf, https://www.plan.be/uploaded/documents/201401141529040.IOT2010_FR.pdf

[6] The magic triangle of Input-Output table, C. Stahmer, janvier 2010, https://www.researchgate.net/publication/262097800, http://citeseerx.ist.psu.edu/viewdoc/download?doi=10.1.1.551.6441&rep=rep1&type=pdf

[7] « Physical/Hybrid supply and use tables, Methodological report », S. Merciai and J. Schmidt , projet Desire, Development of a system of indicators for a resource efficient Europe, 8 – 9 – 2016, http://cordis.europa.eu/docs/results/308/308552/final1-final-summary-report-en.pdf

[8] Handbook on Supply, Use and Input-Output Tables, Series F No.74, Rev., United Nations, New York, 2018, https://unstats.un.org/unsd/nationalaccount/docs/SUT_IOT_HB_Final_Cover.pdf

[9] « économies interconnectées : comment tirer parti des chaînes de valeur mondiales », rapport de synthèse, OCDE, 2013, https://www.oecd.org/fr/sti/ind/economies-interconnectees-CVM-synthese.pdf

[10] indicators on global value chains: a guide for empirical work, Nadim Ahmad, 06-Jul-2017, OCDE, https://www.oecd-ilibrary.org/docserver/8502992f-en.pdf?expires=1595322544&id=id&accname=guest&checksum=866A341ED00DBB014D62C51558943169

 

Tableau entrées-sorties mondial (T.E.S.)